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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 31 mai 2023 25 min

Bruno Le Maire : "Un ISF vert qui toucherait 10% des contribuables, je dis non"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin le ministre de l'économie et des finances dans le grand entretien du 7-9-30. Vous avez la parole, amis auditeurs, amis auditrices, au 01 45 24 7000 et sur l'application de France Inter. Bruno Le Maire, bonjour. Bonjour Nicolas Demorand. Bonjour. Bonjour Léa Salamé. Et bienvenue sur Inter, monsieur le ministre. On va aller droit au but. On est à deux jours de la décision de l'agence de notation Standard & Poor's. Pensez-vous qu'après Fitch, il y a un mois, cette agence va dégrader la note de la France ? Est-ce qu'il faut s'y préparer ?

0:34
Bruno Le Maire

Très franchement, je ne sais pas. C'est une agence qui est indépendante. Elle prend ses décisions de manière indépendante. En revanche, je pense que nous avons de bons arguments à faire valoir. J'ai reçu l'agence Standard & Poor's, comme l'a rappelé la première ministre. J'ai présenté nos arguments. Je pense qu'ils sont convaincants. D'abord, contrairement à ce que disait l'agence Fitch, nous faisons des réformes. Nous arrivons à les faire passer à les appliquer. Réforme de l'assurance chômage, réforme des retraites. C'est à mettre au crédit du président de la République et de la majorité. En deuxième lieu, nous avons des résultats économiques qui sont solides.

Nous avons une croissance qui s'est maintenue à 0,2 au premier trimestre, là où notre voisin allemand est en récession. Nous avons créé 42 000 emplois au premier trimestre. Et nous sommes en train de faire reculer l'inflation. Et en troisième lieu, nous avons une stratégie crédible de réduction des déficits et d'accélération du désendettement, puisque la dernière proposition que nous avons faite durcit le désendettement du pays.

1:29
Invité

Oui, c'est sur ça, manifestement, qu'ils ont des doutes. Vous pensez les avoir convaincus ? Vous pensez que dans deux jours, vos arguments ont été suffisamment forts et suffisamment tendus pour que la note ne soit pas abaissée ? Où il faut se préparer à ça ?

1:43
Bruno Le Maire

Nous verrons, mais je vais vous dire, toutes les décisions dont je viens de vous parler, je ne les prends pas. Nous ne les prenons pas pour les agences de notation. Nous les prenons parce qu'elles sont bonnes pour les Français. Quand nous décidons, avec le président de la République, avec Elisabeth Borne, d'accélérer le désendettement du pays et dire qu'il faut aller plus vite sur la réduction de la dette, c'est tout simplement parce que les taux d'intérêt augmentent et qu'on ne veut pas payer des charges de la dette vertigineuses avec de l'argent qui pourrait servir aux hôpitaux, aux crèches, aux policiers ou aux gendarmes. Donc c'est pour les Français que nous faisons cette politique.

2:10
Invité

Je sais bien, les agences de notation, ce n'est pas l'alpha et l'oméga, il ne faut pas leur donner trop de pouvoir. Mais ils ont quand même un pouvoir, c'est-à-dire que quand ils baissent la note, ça a des conséquences économiques qui sont qu'on va emprunter plus cher. Est-ce que ça, si demain ou après-demain...

2:22
Bruno Le Maire

Justement, je ne suis pas certain de ces conséquences-là, donc je ne vais pas lire dans le mar de café. Je ne sais pas quelle soit la décision de Standard & Poor's. Il y a d'autres indicateurs pour les marchés. Je pense que ce qui compte pour les marchés, c'est est-ce que, oui ou non, cette majorité continue à faire des réformes ? La réponse est oui. Est-ce que le Président de la République est déterminé à continuer sur la voie des réformes ? La réponse est oui, et il a la capacité de le faire et les instruments constitutionnels pour le faire. Est-ce que cette majorité a une stratégie crédible de réduction des déficits et de réduction de la dette ?

Oui, j'ai expliqué que nous allions retirer le bouclier sur le gaz et sur l'électricité, que nous avions de la croissance, que nous avions mis sur pied une revue des dépenses publiques dont je donnerai les résultats le 19 juin lors des assises des finances publiques. Oui, mais nous avons une dette à 3 000 milliards. Avec plusieurs milliards d'euros d'économie en 2024. Donc tout ça, ce sont des éléments crédibles de désendettement.

3:12
Présentateur

Le service de la dette, donc la charge de remboursement, sera de 71 milliards en 2027. Ça deviendra le premier budget de l'État. C'est ce que nous disait Pierre Moscovici à ce micro. C'est absolument considérable et c'est ce qui est au cœur, Bruno Le Maire, du possible abaissement de la note française.

3:32
Bruno Le Maire

Oui, mais d'abord, pourquoi est-ce que nous avons cette dette élevée ? Ça remonte à plusieurs années, ça ne remonte pas à 2017. Nous avons ensuite fait face à la crise du Covid et il y avait un choix à faire que nous assumons, que nous revendiquons avec le président de la République. Est-ce qu'il valait mieux protéger nos entreprises et nos salariés ou laisser exploser le nombre de faillites et le nombre de chômeurs ? Nous avons fait le premier choix, nous avons protégé massivement résultats. Nous avons aussi retrouvé nos résultats économiques plus vite que tous les autres pays européens.

3:59
Invité

Avec une dette qui a aussi explosé plus que nos voisins européens, Bruno Le Maire.

4:04
Bruno Le Maire

Elle n'augmentait pas plus que nos voisins européens dans des dimensions qui sont parfaitement comparables. En revanche, maintenant que nous sommes revenus dans une situation normale, que l'inflation est en train de reculer, nous devons accélérer le désendettement. Je rejoins parfaitement Pierre Moscovici avec qui nous discutons très régulièrement. Il faut accélérer le désendettement du pays. Nous le ferons et je ne veux laisser aucune ambiguïté, Nicolas Demorand, à ce sujet. Mais nous serons intraitables sur le rétablissement de nos finances publiques, sur la réduction du déficit et sur l'accélération de la baisse de la dette publique.

4:32
Présentateur

Mais dans ce contexte annoncé, 2 milliards de baisse d'impôt pour les classes moyennes, est-ce raisonnable ? Se priver de 2 milliards de recettes fiscales alors que vous disiez en septembre que la France est à l'euro près. Est-ce que ça n'est pas paradoxal ? Le gouverneur de la Banque de France, vous le savez, François Villeroy de Gallo, appelle à arrêter la course à la baisse d'impôts dans ce pays, surtout avec les déficits que nous avons. Ce sont ces mots que je viens de citer.

4:55
Bruno Le Maire

Moi, ça me semble à la fois raisonnable et cohérent. Raisonable parce qu'on parle de 2 milliards d'euros, donc c'est une somme qui est raisonnable. Et cohérent parce que depuis 2017, ça fait maintenant 6 ans que je suis dans ces fonctions. Avec le Président de la République, le fil directeur de notre politique, c'est le travail et la rémunération du travail. Le travail, nous sommes en train de réussir. Nous n'avons jamais eu un niveau d'emploi aussi élevé depuis plusieurs décennies. Et la rémunération du travail, c'est un combat permanent. Parce que tous les salariés, vous le diront, ils veulent toucher plus pour leur travail.

On a baissé l'impôt sur le revenu de ceux qui avaient les salaires les plus modestes. Nous avons mis en place une prime d'activité. Nous avons défiscalisé les heures supplémentaires. Nous avons augmenté les primes pour ceux qui reviennent au travail. Donc nous avons tout fait pour que le travail paye davantage. Cette baisse d'impôts s'inscrit dans cette logique-là.

5:44
Invité

Oui, mais vous avez de plus en plus de voix et de voix qui ne sont pas... Pardon, François Villeroy de Gallo, ce n'est pas les insoumis qui vous disent, ou la BCE, qui vous disent arrêtez d'être obsédé par ce postulat qui est de dire on ne baissera pas les impôts alors qu'on est endetté à 3 000 milliards.

6:01
Bruno Le Maire

C'est ce que de plus en plus de voix vous le disent. Je ne suis pas obsédé du tout par ça. Je suis obsédé par une chose, que les gens qui travaillent vivent bien et une rémunération digne puissent construire leur vie sans se dire on est à l'europrès à la fin du mois. C'est mon obsession. Et je pense que ce qui va rassembler la société française dans les années qui viennent, c'est le sentiment que oui, le travail paye, que tout le monde peut avoir un travail. Si il se donne le mal de le faire et on accompagnera ceux qui sont le plus éloignés de l'emploi pour le faire également. Mais en plus, c'est leur intérêt parce que le travail paye.

Je pense que c'est un combat juste, nécessaire, important pour notre pays.

6:36
Présentateur

Un mot sur le rapport Pisani-Mafouz consacré au coût de la transition écologique. Rapport que Jean-Marc Jancovici jugeait très intéressant hier à notre micro. Et Jancovici regrettait d'ailleurs que vous l'ayez balayé si rapidement de la main. Ce rapport préconise, je le rappelle, un recours accru à l'endettement, 10 points de PIB d'ici à 2030, couplé à un impôt exceptionnel sur le patrimoine financier des 10% des contribuables les plus aisés, ce qui rapporterait 5 milliards d'euros par an.

Pierre Moscovici, je le recite, défendait aussi le rapport et il a souligné que si on ne finance la transition écologique ni par les impôts ni par la dette, on prend le risque de ne pas la financer du tout. Vous lui répondez quoi ?

7:21
Bruno Le Maire

Que c'est effectivement un très bon rapport. C'était ma première réaction chez vos confrères sur RTL. Je pense que c'est un rapport très important, le rapport Pisani-Ferry. Je pense que c'est un rapport qui pose pour la première fois très clairement l'équation économique et financière de la transition écologique. J'ai commencé à lire, il est très long, donc ça prendra un peu de temps, mais je trouve que l'évaluation qui est faite du coût économique de la transition écologique est très juste et très impressionnante.

7:46
Invité

Et sur les conclusions ?

7:48
Bruno Le Maire

Je valide les chiffres au niveau du ministère de l'économie et des finances. On estime qu'on est sur 60 à 70 milliards d'euros de financement nécessaires chaque année.

7:56
Présentateur

Et sur les leviers d'aide ?

7:57
Bruno Le Maire

Les leviers, je vous donne juste un exemple. Et un ISF vert. Un ISF vert qui toucherait 10% des contribuables. Ce 10% des contribuables, c'est ceux qui payent déjà 75% de l'impôt sur le revenu. Donc je dis non. Et je redis avec beaucoup de fermeté, non, nous n'augmenterons pas les impôts sur ces 10% des contribuables qui payent déjà 75% de l'impôt sur le revenu. La somme, c'est 5 milliards d'euros. 5 milliards d'euros par an, c'est ce que rapporterait cet ISF vert. Je fais une autre proposition. Mon autre proposition, plutôt que d'augmenter l'impôt des Français, c'est de mobiliser l'épargne des Français.

Si nous mobilisons l'assurance vie, et il y aura dans le projet de loi industrie verte, une obligation d'avoir des unités de compte qui iront vers le financement de la transition écologique. Si nous mettons en place ce plan épargne vert qui est aussi dans le projet de loi industrie verte, et si nous réorientons les sommes du livret de développement durable et solidaire, c'est très exactement 5 milliards d'euros chaque année qui pourront être dégagés pour le financement de la transition écologique. Je préfère financer la transition par la mobilisation de l'épargne plutôt que par l'augmentation des impôts.

8:58
Invité

Là aussi, on vous cite quelqu'un qui a contribué à écrire le programme d'Emmanuel Macron et qui dit ça. On vous cite le gouverneur de la Banque de France, on vous cite Jean-Pizani Ferry qui a contribué à écrire. Mais j'ai reçu Jean-Pizani Ferry, j'ai discuté avec lui. Je ne dis pas le contraire, je dis que vous entendez-vous ces voix qui ne sont pas des voix extrêmes gauchistes ou même gauchistes, qui vous disent, comme un ISF vert serait une bonne idée, et vous le balayez immédiatement.

Il paraît même, c'est le Parisien qui le dit, qui rapporte les propos du président de la République en Conseil des ministrières, il est utile, qui aurait dit sur ce rapport et sur l'ISF vert, il est utile de révéler le coût de la transition écologique, mais il est important d'éviter le piège à cons du débat sur la fiscalité des riches. C'est un piège à cons. Vous comprennez bien ce que vous pensez au fond, parce que vous pouvez dire, oui, c'est un piège à cons, c'est un piège à cons de parler de la fiscalité des plus riches.

9:45
Bruno Le Maire

D'abord, je n'étais pas au Conseil des ministrières pour ne pas valider des propos. Mon avis est très clair, d'abord, je ne balaye jamais rien à revers de la main. Il n'y a aucun mépris, aucune facilité de penser chez nous. Il y a simplement une équation financière. 60 à 70 milliards d'euros à trouver par an. Il y a cette recette que nous avons employée pendant des années, des années, des années, qui est de dire, on a besoin d'argent, on taxe ceux qui travaillent. Désolé, ma réponse sera toujours non. On dit les plus riches, c'est 10% de nos compatriotes. Et à la fin, quand on s'aperçoit qu'il faut encore plus d'argent, on va vers les classes moyennes et on finit par taxer tout le monde.

Nous avons le niveau de prélèvement obligatoire le plus élevé de tous les pays développés. De tous les pays développés. Je pense que les gens en ont marre. Je pense que beaucoup de gens qui travaillent, qui voient ce qui leur reste à la fin du mois, disent trop, c'est trop. Et je prends vraiment très à cœur de répondre à tous ceux qui travaillent. Ça, c'est les classes moyennes.

10:42
Invité

Vous avez raison sur les classes moyennes, mais sur les plus riches, ils disent trop, c'est trop ?

10:44
Bruno Le Maire

Mais les plus riches ne disent pas trop, c'est trop. Les 10%, c'est beaucoup de Français, c'est des millions de nos compatriotes. Et on sait très bien que quand on commence à ouvrir la voie d'une augmentation des impôts des 10% les plus riches, on vous dit que c'est temporaire, c'est définitif. Et on vous dit que c'est les 10% les plus riches, on finit par les classes moyennes. Je pense que mon raisonnement, notre raisonnement est très simple. Quand on a le niveau d'impôt et de taxes le plus élevé de tous les pays développés, on cherche des solutions alternatives.

S'il n'y avait pas, les Asalamets, de solutions alternatives, je dirais, bon, on n'a pas le choix, mais on a des solutions alternatives. Vous avez 500 milliards d'euros d'épargne privée qui se trouvent sur des livrets ou sur des placements sur lesquels vous n'avez pas l'épargne qui est orientée dans la bonne direction. Vous pouvez réorienter la fiscalité. C'est vrai que c'est plus difficile de dire, on va faire fiscaliser davantage tout ce qui est dépenses brunes, dépenses pour les énergies fossiles, tous les avantages fiscaux qui existent sur des véhicules qui sont très lourds et très polluants, on va les retirer, on va récupérer l'argent et on va le mettre sur la transition écologique.

Il me semble que c'est plus vertueux. Avoir l'État qui accompagne et qui, par exemple, vous aide à acheter votre véhicule électrique, à rénover votre bâtiment, ça c'est vertueux, on peut le faire sans augmenter les impôts. S'il n'existait pas de solution alternative, je me poserais la question. Mais à partir du moment où il existe des solutions alternatives pour financer ces 60 milliards d'euros et la transition écologique, je préfère ces solutions alternatives à la facilité de l'impôt qui exaspère nos compatriotes.

12:08
Présentateur

Hier, Bruno Le Maire, vous étiez à l'inauguration de la première usine produisant en France des batteries pour voitures électriques, co-entreprise Stellantis, Total Energy, Mercedes. Deux questions. Combien faudra-t-il d'usines de ce genre pour combler notre retard avec les Chinois ? D'autant que vous avez dit que la bataille est au couteau entre Chine, Etats-Unis, Europe pour attirer les industriels et que personne ne se fait en la matière de cadeaux. Il y a eu évidemment les fonds mis par ces entreprises mais aussi énormément d'argent public, plus d'un milliard de fonds publics, l'écrasante majorité venait de la France. Donc on va combler notre retard avec les Chinois en combien de temps ?

Et c'est la guerre ?

12:55
Bruno Le Maire

Oui, c'est une guerre économique. Il ne faut faire aucune illusion. En tout cas, c'est un combat économique qui est très dur parce que la transition écologique amène une nouvelle répartition des chaînes de valeurs et des industries partout à travers la planète. Deuxième observation, cette usine est la preuve vivante que la politique peut changer la donne. Personne ne croyait, il y a quelques années, quand nous avons lancé ce projet avec le ministre de l'Économie allemande de l'époque, Peter Altmaier, avec la chancelière Angela Merkel et avec le président de la République et d'Al Macron, qu'on pouvait faire des batteries en Europe. Personne.

Tout le monde nous a rionné, y compris de grands industriels qui participaient hier à cette réunion mais qui finalement ont soutenu le projet. Tout le monde disait, c'est plié. Les batteries électriques, c'est la Chine et on ne pourra pas faire autrement. Nous nous sommes mobilisés. Les industriels, Total, PSA, Stellantis, Mercedes, se sont mobilisés. Les ingénieurs, l'ensemble des forces publiques, la Commission européenne qui nous a permis de financer largement cette usine pour attraper notre retard. Résultat, nous avons cette usine. Nous aurons 4 usines de batteries électriques en France dans les années qui viennent. Elles représentent 10 000 emplois salariés. 10 000 dans l'industrie.

14:02
Invité

Hier, la CGT, vous le savez, a manifesté pour dénoncer la casse sociale liée à l'électrification

14:07
Bruno Le Maire

des véhicules à Dauvre. Il y a des inquiétudes de la part de tous les ouvriers qui travaillaient dans le véhicule thermique. Ces inquiétudes, elles sont légitimes. Nous y répondrons et les industriels doivent aussi y répondre. Mais nous sommes en train de réussir notre rattrapage sur la Chine en matière de véhicules électriques. Le véhicule électrique sera le véhicule du 21e siècle. Si nous ne faisions pas de batteries électriques en France et en Europe, nous risquions de voir disparaître la filière de l'industrie automobile en Europe. Là, nous allons réussir. Je pense que c'est la preuve vivante une fois encore que la politique peut changer la donne.

que nous pouvons livrer le combat face à la Chine et face aux Etats-Unis et qu'il faut investir massivement dans ce véhicule électrique.

14:46
Invité

Deux questions économiques encore, M. le ministre de l'Économie, avant de vous poser quelques questions politiques parce qu'on voulait aussi vous entendre sur la situation politique du pays. D'abord, le moral des patrons continue de s'assombrir. Pour le troisième mois consécutif, le climat des affaires s'est détérioré en France selon les données de l'INSEE paru hier. Dans ce contexte, vous maintenez votre prévision de croissance à 1% en 2023 ou c'est plus réaliste ?

15:04
Bruno Le Maire

Non, je maintiens la prévision de croissance à 1%. Nous avons un premier trimestre où une fois encore, nous avons 0,2% de croissance. Donc la croissance française résiste. Après, soyons lucides, l'environnement économique est un environnement qui est plus difficile. Avoir notre premier partenaire commercial, l'Allemagne, qui est entrée en récession, ce n'est pas une bonne nouvelle pour la France. Avoir le conflit en Ukraine qui persiste, ce n'est pas une bonne nouvelle non plus pour l'économie française.

15:33
Invité

Mais tout de même, vous pensez qu'on arrivera au 1% ?

15:35
Bruno Le Maire

Nous résistons. Je maintiens la prévision de croissance à 1%. Je suis lucide sur les risques qui pèsent aujourd'hui sur notre croissance et sur l'économie française.

15:43
Présentateur

Sur l'inflation alimentaire, elle se maintient à un niveau élevé, près de 15% en avril. Vous avez dit que les prix arrêteraient de monter à partir de l'automne. Mais vont-ils baisser ? Michel-Edouard Leclerc a déclaré début mai qu'on ne reviendrait jamais au prix d'avant. Avis partagé par Dominique Schellcher de Système U qui avertit les consommateurs, il ne faut pas laisser croire que les prix vont revenir au niveau de ceux qui existaient avant le conflit en Ukraine. Ils ont raison ?

16:10
Bruno Le Maire

L'inflation ralentit. Elle ralentit même fortement. C'est la première fois depuis plusieurs mois que nous voyons que l'inflation ralentit en France. De combien ? Nous avions... Je ne peux pas donner le chiffre pour le moment.

16:22
Invité

Ça va sortir en 5 minutes. Je pense que vous pouvez le dire. L'inflation va baisser dans 5 minutes. On saura que l'inflation a baissé.

16:28
Bruno Le Maire

Mais j'ai toujours indiqué, nous avons toujours indiqué avec le gouvernement qu'à l'entrée de l'été nous verrions l'inflation ralentir. Nous y sommes. L'inflation ralentit. Et il y a un certain nombre de prix qui vont commencer à baisser. Sur les prix alimentaires, maintenant il faut accélérer la baisse. Il faut que chacun tienne ses engagements. Les distributeurs ont tenu leurs engagements sur le panier anti-inflation sur le trimestre anti-inflation. Et ils ont pris la décision de le prolonger au-delà du 15 juin. Très bonne nouvelle.

Il faut que les industriels qui se sont engagés dans mon bureau à revenir à la table des négociations commerciales pour traduire cette baisse de l'inflation dans les prix sur les rayons tiennent leurs engagements.

17:10
Invité

Pardon, vous avez entendu ce que dit le patron de Super U. Je réponds très précisément au patron de Super U. Les Français, il faut qu'ils s'habituent les consommateurs à l'automne. L'inflation va baisser mais les prix ne vont pas baisser. C'est-à-dire que la bouteille d'huile va rester au prix où elle est aujourd'hui.

17:25
Bruno Le Maire

Je souhaite que les prix qui doivent baisser, c'est-à-dire ceux dans lesquels les intrants ont fortement baissé, je pense aux pâtes avec le prix du blé qui a baissé, ça se traduisent dans les rayons. Je le redis, les grands industriels ont pris dans mon bureau des engagements de revenir à la table des négociations commerciales avec les distributeurs. L'engagement pour le moment n'a pas été tenu. De deux choses l'une, soit les grands industriels tiennent leurs engagements dans les jours qui viennent, soit j'utiliserai l'instrument fiscal pour récupérer les marges qu'ils doivent rendre aux consommateurs. Et Bruno Le Maire, ça vous le dit, depuis un mois,

17:57
Invité

ils ne le font pas ?

17:58
Bruno Le Maire

Très bien, la loi de finances liée à Salamé, elle n'est pas en juin, elle est en octobre. Donc je mets le marché dans la main des industriels de manière très claire. Ils se sont engagés, dans mon bureau, les 75 plus grands industriels de l'agroalimentaire et des produits d'hygiène à répercuter dans les prix la baisse des prix de gros pour que le consommateur paye moins cher dans ses rayons de supermarché. Aujourd'hui, aucune de ces négociations commerciales ne s'est rouverte. J'avais laissé jusqu'à fin mai, début juin, nous y sommes. Donc je le sanctionnerai

18:30
Présentateur

les entreprises

18:32
Bruno Le Maire

si elles ne le font pas ? C'est beaucoup plus précis, ce n'est pas une sanction. Ce sera une taxation des très grandes entreprises de l'agroalimentaire, les 75 qui étaient dans mon bureau, qui s'étaient engagées à redistribuer les marges aux consommateurs en baissant les prix avec des négociations commerciales. Soit elles le font et tout se passera bien. Et je leur fais confiance pour tenir parole. Mais si elles ne tiennent pas parole, je pense que je serai fondé à utiliser l'instrument fiscal pour récupérer les marges et rendre ces marges

19:00
Présentateur

aux consommateurs. Ça répond à la question de Camille sur l'application d'Inter. Michael, sur la question de la notation de la France, le gouvernement fait donc des réformes pour les marchés et non pour le peuple. Nous ne sommes plus en démocratie quand nous sommes dépendants d'intérêts extérieurs et financiers. Une réaction très rapide sur ce point.

19:18
Bruno Le Maire

Je ne peux que répéter ce que j'ai dit. Toute la politique que nous menons depuis six ans, elle est faite pour nos compatriotes. Elle donne des résultats, croissance, emploi, réindustrialisation. On ne le fait pas pour les agences de notation.

19:29
Invité

Sur l'immigration, vous savez qu'il y a une volonté, en tout cas affichée, je ne sais pas si elle est véritable, entre Gérald Darmanin et LR, votre ancien parti, de travailler ensemble pour essayer de proposer et de faire voter ensemble un texte commun sur l'immigration. Hier, Bruno Retailleau était à ce micro et il disait quelque chose. Il disait qu'il y avait une ligne rouge. C'est votre proposition de titulariser, de donner un titre de séjour pour les métiers en tension. LR est archi contre. Il dit que c'est une ligne rouge. On ne transigera pas sur ça avec un argument.

parce que quand on lui dit que les patrons le veulent, ont besoin de main-d'oeuvre dans le BTP, dans l'hôtellerie-restauration, ils répondent, ils tapent le MEDEF, hier, Bruno Retailleau, en disant je sais qu'une partie du patronat adorerait importer de la main-d'oeuvre pour garder les salaires bas et ce n'est pas notre politique sociale. C'est ça qu'ils disent, qu'ils disent que si on augmentait les salaires, on n'aurait pas besoin d'immigration. Qu'est-ce que vous répondez à cet argument ?

20:18
Bruno Le Maire

D'abord, sur votre première remarque, je pense que Gérald Darmanin a parfaitement raison de chercher un accord avec l'ALR sur ce projet de loi immigration. Ce projet de loi immigration doit être marqué du sceau de la fermeté. Nos compatriotes, dans leur immense majorité, veulent que nous fassions preuve de fermeté en matière d'immigration parce que c'est une question de souveraineté et d'autorité de l'État et que rien n'est plus important que l'autorité de l'État. Et c'est, à mon sens, la priorité absolue de ce texte de loi. Il y a un deuxième élément, est-ce qu'il faut des régularisations ? Peut-être qu'au cas par cas, d'ailleurs, beaucoup de LR le demandent parfois.

Vous avez des personnes qui sont parfaitement intégrées, qui parlent bien notre langue. La question,

20:58
Invité

c'est sur les métiers en tension. Je vais venir, mais je voudrais juste

21:00
Bruno Le Maire

un raisonnement global pour que vous ne me disiez pas que je balaye les choses d'un revers de la main. Il peut y avoir, au cas par cas, des régularisations qui sont nécessaires de gens qui sont parfaitement intégrés dans notre pays, qui parlent bien la langue, qui travaillent et qui contribuent à la croissance de notre pays. Sur le sujet de faire appel à de la main-d'oeuvre étrangère sur les métiers en tension.

Tant que nous avons un chômage, même s'il est en baisse, qui reste supérieur à la moyenne européenne, tant que nous ne sommes pas au plein d'emploi, tous nos efforts, et c'est ce que nous faisons avec la Première Ministre, ce que nous faisons depuis plusieurs années, doivent être engagés pour faire revenir sur le marché du travail ceux de nos compatriotes qui en sont le plus éloignés. C'est ma priorité.

Et ça passe, effectivement, par rendre parfois plus attractifs des métiers qui ne sont pas suffisamment attractifs, par l'augmentation des salaires dans certains métiers, par l'augmentation des rémunérations et des conditions de vie plus souples et plus faciles pour ceux qui reprennent la voie du travail. Notre priorité absolue, c'est le plein emploi et que tous nos compatriotes puissent trouver un travail.

22:00
Présentateur

Au sujet du Rassemblement National, Elisabeth Borne a déclaré ce week-end sur Radio-G que ce parti était héritier de Pétain. Hier, en Conseil des ministres, Emmanuel Macron a désavoué la Première Ministre. Il a affirmé qu'il ne fallait pas combattre l'extrême droite par des arguments moraux. Vous n'arriverez pas à faire croire à des millions de Français qui ont voté pour l'extrême droite que ce sont des fascistes. Propos rapportés par le Parisien et le Figaro.

22:25
Bruno Le Maire

Qu'en pensez-vous ? Je ne pense absolument pas qu'il y ait eu de désaveu du président de la République vis-à-vis de la Première Ministre. Ensuite, le Rassemblement National est un parti qui a une histoire, qui est l'héritier du Front National. Chacun la connaît. J'ai toujours décrit le Rassemblement National ou le Front National, appelez-le comme vous voulez, c'est le même comme le parti de la défaite et de la capitulation qui n'apporte aucune solution au problème des Français. On parlait d'industrie tout à l'heure. Vous pensez qu'en fermant les frontières comme le propose le Rassemblement National, on arrivera à réindustrialiser le pays et à conquérir de nouveaux marchés.

On parlait de la baisse des prix. La seule proposition qu'est faite au Rassemblement National pour lutter contre l'inflation et l'augmentation des prix, c'est la baisse de la TVA qui a montré toute son inefficacité dans d'autres pays. Est-ce que vous pensez

23:11
Invité

comme le Président de la République qu'on ne combat plus l'extrême droite aujourd'hui par des arguments moraux ? C'est ça la question. Par rappeler le passé pétainiste de certains fondateurs du Front National en 1972 qui étaient Wafaf Netses. Est-ce que ça ne marche plus les traités de fascisme ? C'est ça qu'il dit.

23:26
Bruno Le Maire

Je pense que le Rassemblement National a une histoire et que la Première Ministre est parfaitement fondée à rappeler cette histoire et je pense surtout qu'aujourd'hui nous avons un parti qui a plus de 80 députés qui a une force politique dans notre pays et dont pourtant aucune des solutions ne fonctionne ne peuvent être efficaces et ne peuvent améliorer la vie de nos compatriotes. Je le redis avec beaucoup de fermeté. Les arguments moraux vous dites

23:51
Invité

aujourd'hui peuvent encore être utilisés pour combattre le Rassemblement National.

23:55
Bruno Le Maire

Je dis simplement qu'on peut rappeler parfaitement comme l'a fait la Première Ministre l'histoire du Rassemblement National tout en combattant le Rassemblement National sur ses propositions et sur ses idées. Enfin, ce parti depuis 10 ans n'a fait des propositions sur aucun des sujets de préoccupation de nos compatriotes avec aucune solution qui soit efficace. Je rappelle qu'il voulait la suppression de l'euro. C'est l'euro qui nous a sauvés face à la crise du Covid. Je rappelle qu'il voulait l'alliance avec la Russie. la Russie a attaqué l'Ukraine. Je rappelle qu'il a proposé la baisse de la TVA. C'est complètement inefficace pour lutter contre l'augmentation des prix.

Je rappelle qu'il veut fermer les frontières. C'est l'assurance de la désindustrialisation du pays. Mais je pense qu'il faut prendre une à une les propositions du Rassemblement National, montrer qu'elles sont totalement inefficaces, que c'est à chaque fois du vent et que ce parti n'est pas en mesure de gouverner la France. Il mettra le pays dans le mur pour une raison qui est simple à Salamé. Il ne croit pas dans les forces de la France. Il ne croit pas dans les forces des Françaises et des Français. C'est le parti de la capitulation nationale.

24:52
Invité

Merci Bruno Le Maire. Et on a le chiffre. L'inflation chute à 5,1% sur un an en mai. Selon l'INSEE, on n'a pas cassé l'embargo. On est respectueux.

25:01
Présentateur

C'est bien de respecter les règles. Merci Bruno Le Maire d'avoir été à ce micro.

Bruno Le Maire : "Un ISF vert qui toucherait 10% des contribuables, je dis non" — Bruno Le Maire · Pourquijevote