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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 13 juillet 2026 21 min

Le risque d'incendie "va être encore plus prégnant ces prochaines semaines en France"

Source d'origine 3 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

C'est une question donc que l'on n'est malheureusement pas près d'arrêter de se poser, vous l'avez entendu encore dans tous les journaux ce matin. Comment lutter contre les feux de forêt ? On parle d'urgence, de moyens, de prévention, d'anticipation, d'adaptation ce matin avec nos invités. Pauline Villain-Carlotti, bonjour. Bonjour. Merci d'être avec nous en studio. Vous êtes docteur en géographie, spécialiste de la gestion sociale de l'environnement, actuellement directrice d'études risque incendie de forêt chez Warusen, bureau d'études spécialisées. Et vous êtes l'autrice de l'épreuve du feu, habiter autrement la terre, paru chez Flammarion.

Avec nous également depuis l'un des territoires les plus concernés par ce risque de feux de forêt. Éric Agrignier, bonjour. Bonjour. Vous êtes lieutenant-colonel des pompiers du Gard. Vos questions, vos réactions, vous qui nous écoutez comme d'habitude au 01 45 24 7000 et sur l'application de Radio France. Parlons d'abord de ce début d'été 2026, plus de 8000 départs de feu, 25 000 hectares brûlés, selon le dernier des comptes il y a trois jours, de la sécurité civile, dans les Pyrénées-Orientales, dans la Drôme notamment, et aussi, entre autres, chez vous, Éric Agrignier dans le Gard. On le voit ces dernières heures près de Paris, en forêt de Fontainebleau.

Quel bilan, quels enseignements vous tirez de ce début de saison, Pauline Villain-Carlotti ?

1:15
Invité

Alors, pour le moment, je ne parlerai pas de bilan, mais plutôt d'enseignement, c'est-à-dire que le changement climatique, dont on parle de plus en plus, mais qui, jusqu'à récemment, semblait encore quelque chose de l'ordre de la prospective et des scénarios, est en train de devenir tangible dès cette année, où on a une saison incendie qui a démarré très vite, très fort, encore plus tôt que d'habitude.

Au 13 juillet, on a déjà, effectivement, eu un nombre d'hectares brûlés qui est très important, et on constate une des alertes principales des scientifiques depuis des années, c'est-à-dire que le risque d'incendie de forêt est en train de remonter vers le nord et de dépasser la problématique strictement méditerranéenne, pour devenir un enjeu national qui va concerner l'intégralité de la France dans les années à venir, et ce qu'on constate actuellement, notamment avec les incendies en forêt de Fontainebleau.

2:08
Présentateur

Avec déjà ces chiffres que je viens de citer, pour rester sur la situation immédiate, c'est à peu près le double de ce qui était mesuré l'année dernière à la même date. Vous, sur le terrain, Éric Agrignier, comment ça se passe ?

2:20
Invité

Écoutez, je rejoins le constat qui vient d'être fait. Je mets un petit bémol quand même, parce que quand on dit le risque feu de forêt va concerner l'ensemble du territoire national, je me permets de moduler un petit peu cette parole, je veux dire, il concerne la totalité du territoire. 2022, c'était il n'y a pas si longtemps que cela, on avait déjà constaté que les feux de forêt touchaient des endroits qui étaient auparavant épargnés. On a vu des feux de plus de 1000 hectares en Bretagne, on a vu des feux de plusieurs centaines d'hectares dans les Vosges ou le Jura.

Donc effectivement, tout ce qui était prédit par les spécialistes du climat, on le constate sur le terrain, c'est vrai que dans le sud, on est habitué à ce type de risque depuis de nombreuses années, mais effectivement, aujourd'hui, ce n'est pas demain, c'est aujourd'hui, c'est l'ensemble du territoire qui est concerné et nous ne sommes qu'à la mi-juillet. Cela veut dire que ce risque et la vulnérabilité des végétaux qui est extrêmement sensible au égard à cette canicule qui frappe l'ensemble du territoire, elle ne va faire que s'aggraver et donc ce risque va être encore plus prégnant ces prochaines semaines dans l'ensemble du territoire national.

3:34
Présentateur

Évidemment, les risques de canicule aggravent le phénomène et cet épisode que nous vivons n'est pas terminé. On le voyait avec la météo de Céline Dacosta, ça va durer au moins jusqu'à la fin de semaine. À quoi faut-il s'attendre, Pauline Villain-Carlotti, pour la suite de l'été ?

3:48
Invité

Une tendance qui va se poursuivre, mais surtout, la canicule, c'est un phénomène ponctuel qu'on vit actuellement, mais la dessication des végétaux, c'est un processus de long terme qui est lié à une sécheresse qui n'est pas seulement la sécheresse estivale, mais une sécheresse qui perdure. Dessication, juste ? Le dessèchement. Dessèchement, très bien. La végétation est particulièrement sèche parce que nous avons un problème de ressources hydriques du fait des sécheresses estivales, mais aussi hivernales.

Donc la vague de chaleur actuelle, elle renforce un phénomène qui est déjà à l'oeuvre depuis longtemps et qui occasionne une sécheresse de l'air, mais aussi des sols et de la végétation qui fournit donc un matériau combustible disponible pour la propagation des incendies. Et en l'absence, pour le moment, on ne voit pas revenir de précipitations à court terme. On a déjà trois vagues de chaleur de haute intensité qui ont été subies par l'intégralité de la population depuis juin. Et la tendance fait que l'été va être très compliqué de ce point de vue-là avec une végétation particulièrement sèche et des températures particulièrement élevées.

4:56
Présentateur

Et on vous a bien entendu tous les deux. Ça va être malheureusement de pire en pire dans les années et les décennies à venir. Vous dites, Pauline Villain-Carlotti, ce qui est exceptionnel, ou ce qui nous semble exceptionnel aujourd'hui, ça va être la norme, voire la norme basse dans les décennies à venir, avec donc des saisons d'ores et déjà beaucoup plus longues qu'avant qui commencent plus tôt, qui se terminent plus tard, des régions touchées de plus en plus étendues, donc grosso modo, tout le territoire potentiellement. Éric Agrigny, est-ce que vous, les pompiers, vous êtes armés pour faire face à cette situation et cette nouvelle donne ?

5:28
Invité

Oui, évidemment. Alors, la sécurité civile en France est essentiellement basée sur les services départementaux d'incendie et de secours. Donc, c'est l'échelon local. Les SDIS, par définition, services départementaux, sont financés par les conseils départementaux et les communes, avec des dispositifs qui sont gérés, donc, à l'échelle de ces organisations et, évidemment, qui se sont adaptés au fil du temps à ce risque faute forêt. Alors, ça a, bien entendu, débuté depuis nombreuses années dans le Sud, mais, bien entendu, tous les SDIS, maintenant, se forment, d'abord, à ce type de risque.

Il y a une école d'application de sécurité civile à côté de Marseille qui est un pôle national de formation de tous les cadres et, effectivement, depuis déjà de très nombreuses années, cette anticipation au commandement de ces feux de forêt qui est quand même une stratégie particulière, nécessite une adaptation des formations des cadres de toute la France. Et puis, bien sûr, il y a tout ce qui est de l'évolution des organisations, bien sûr, et du matériel. Et puis, il y a l'échelon central. L'échelon central est, évidemment, fondamental.

Et là, en ce moment même, lorsque, effectivement, les feux touchent l'ensemble de la France, il y a une mobilisation des moyens nationaux, bien sûr, et puis une entraide entre les départements et même entre les zones de défense qui est effective avec des mouvements de personnel. On appelle ça des colonnes de renfort feu de forêt. Une colonne, c'est environ une centaine de sapeurs-pompiers et des colonnes convergent d'une zone à l'autre pour se prêter mutuellement main-forte et tout cela est coordonné par le centre opérationnel de gestion de crise.

7:16
Présentateur

Sauf que, quand on a, je disais, depuis le début de l'été, 8000 départs de feu, plus de 8000 départs de feu dans toute la France pour une journée seulement, c'est ce que disait Laurent Nunez la semaine dernière, mercredi dernier, c'est un exemple, plus de 325 départs de feu en France sur une seule journée. Et là, c'est le pire des scénarios pour vous, Éric Agrignier, pour les services de secours.

7:38
Invité

Oui, et je peux même décliner cela à l'échelon local. Vous savez, le week-end dernier, dans notre département, dans le Gard, j'ai connu, puisque j'étais de permanence, une après-midi à 30 départs de feu. 30 départs de feu.

7:51
Présentateur

Rien que sur votre département.

7:53
Invité

Rien que sur notre département, entre 11h du matin et 20h le soir. Donc, évidemment, ça, ce sont les situations les plus difficiles à gérer parce que, évidemment, la stratégie nationale de lutte contre les feux de forêt, c'est l'attaque massive des feux naissants, c'est-à-dire le déclenchement rapide des moyens aériens et des moyens terrestres qui convergent vers le départ de feu pour, évidemment, ce qu'on appelle dans notre jargon le tuer dans l'œuf, c'est-à-dire l'attaquer massivement par tous les moyens pour éviter qu'il ne prenne des proportions trop catastrophiques.

Bon, effectivement, lorsqu'on est confronté à une simultanéité des feux, cette stratégie est mise à mal et il faut s'adapter en permanence, donc redéployer ses forces, reconstituer des moyens, ça se joue à l'échelon local et ça se joue ensuite à l'échelon zonal et national. La simultanéité est très compliquée à gérer.

8:47
Présentateur

C'est ça le gros défi de la lutte et on va parler de l'adaptation évidemment dans quelques instants, mais Pauline Villain-Carlotti pour parler de l'urgence, c'est-à-dire de la lutte des pompiers en première ligne contre les feux de forêt, ces départs simultanés qui vont être de plus en plus fréquents dans les années à venir, ça c'est le gros défi.

9:05
Invité

Oui, c'est le gros défi et j'imagine que ce qu'on est en train de vivre actuellement va peut-être être enfin une prise de conscience que la réponse strictement réactionnelle face à l'incendie au moment de la saison estivale ne va pas suffire dans les années à venir et qu'il va falloir très clairement poser la question de la prévention et de l'aménagement des territoires face aux risques d'incendie de forêt et ne pas rester simplement dans une stratégie de lutte.

Maintenant, il faut adapter nos territoires, il faut les adapter par un urbanisme qui soit adapté donc à l'incendie de forêt avec des plans de prévention des risques d'incendie de forêt, avec des zonages et une limite de la constructibilité. Il faut limiter les interfaces habitat-forêt, ces zones de contact entre les espaces habités et les espaces végétalisés. Ça, c'est là où se produisent la plupart des départs de feu, c'est là où se concentrent les vulnérabilités humaines mais aussi matérielles et c'est là le défi qui nous attend d'encadrer ces interfaces.

10:02
Présentateur

C'est le défi donc, en tout cas, le sujet essentiel, l'aménagement du territoire puisque, vous le dites, les services de secours sont humains, au bout d'un moment, ils ne peuvent pas être partout. Donc, l'aménagement du territoire, on parle de quoi concrètement ? D'abord, le débroussaillage ?

10:18
Invité

Alors, on parle des obligations légales de débroussaillement qui sont un dispositif individuel. Débroussaillage,

10:23
Présentateur

débroussaillement d'ailleurs, pardon, on peut dire les deux ?

10:25
Invité

Oui, d'après l'académie française, je crois, mais...

10:28
Présentateur

D'accord, vous dites débroussaillement.

10:29
Invité

Moi, je dis débroussaillement.

10:30
Présentateur

Donc, on est obligé de le faire ?

10:32
Invité

Oui, c'est une réglementation qui s'applique aujourd'hui dans une cinquantaine de départements en France qui va s'étendre dans les années à venir. Ils sont en projet en Bretagne, par exemple, justement, à l'issue des feux de 2022. Le problème de cette réglementation, c'est qu'elle est mise en œuvre là où elle s'applique à hauteur de 30% en France. D'accord. Donc, elle n'est pas respectée pour différentes raisons, des freins en termes de ressources matérielles ou humaines, mais aussi parce qu'elle est difficile à comprendre dans la mesure où le périmètre à débroussaillé de 50 à 100 mètres s'abstrait des limites de propriété.

11:08
Présentateur

50 à 100 mètres autour des habitations ?

11:09
Invité

Autour des habitations. Un périmètre défini, mais ce n'est pas une question de simple géométrie. C'est une question de société. C'est-à-dire qu'on sort là de l'analyse spatiale pour aller vers quelles sont mes relations avec mes voisins, comment faire, comment mon voisin ne veut pas débroussailler. Mais toutes ces questions-là n'ont pas été posées au moment de l'édification de cette réglementation. Et aujourd'hui, elles se confrontent à de divers problèmes sur le terrain qui font que c'est un bon principe de stratégie d'évitement, mais qu'il est complètement inopérant à l'échelle nationale.

11:41
Présentateur

Donc, aller plus loin dans l'effectivité, la mise en œuvre de ces débroussaillements, on vous entend, vous dites aussi revoir l'aménagement du territoire, il ne suffit pas de lutter contre le feu de forêt quand ils sont là, d'essayer de prévenir évidemment avant qu'ils arrivent. Ça veut dire quoi quand vous dites créer des territoires résilients ? Dans les faits, ça veut dire quoi ?

12:01
Invité

Ça veut dire retrouver, je parlais tout à l'heure des plans de prévention des risques, de limiter la constructibilité dans certaines zones, celles qui sont principalement exposées pour limiter la vulnérabilité à l'échelle locale et donc l'endommagement consécutif aux incendies de forêt. Ça veut dire aussi revoir un peu la question des interfaces habitat-forêt et recréer des zones tampons, des zones de pare-feu qui permettent de mettre en sécurité les territoires. Ça veut dire une gestion de la végétation, une gestion paysagère, mais aussi une gestion strictement, on va dire, d'organisation des végétaux, choisir des essences qui sont plus ou moins adaptées au feu.

Par exemple, dans les Landes, il y a des résineux qui brûlent très vite, c'est ça ?

Oui, et qui ne sont pas particulièrement adaptés et à l'issue des grands incendies de 2022, il a été imposé un reboisement pour les propriétaires forestiers, reboisement principalement de résineux, pas de réflexion sur la mixité nécessaire à la résilience de la forêt landaise et ce sont des choses qui posent problème et qu'il va falloir changer, donc faire de la mixité dans la végétation, faire varier les strates végétales, donc la hauteur des arbres, la diversité aussi de l'âge des peuplements pour qu'on ait des ruptures de combustible et pas une canopée uniforme qui va fournir en gros une alimentation continue pour des futurs incendies.

13:24
Présentateur

Donc si on a différentes tailles d'arbres, le feu va avoir plus de mal à progresser ?

13:28
Invité

Il va progresser à différentes vitesses et donc il peut perdre en intensité, il est plus facile à gérer et ces ruptures permettent justement de pouvoir le circonscrire alors que quand on a une canopée continue, ça devient très compliqué notamment dans les forêts de résineux.

13:42
Présentateur

C'est intéressant parce que vous écoutez, on comprend qu'on a les solutions, en tout cas les experts comme vous connaissent des solutions pour lutter contre les feux de forêt, maintenant il faut les mettre en oeuvre. Si vous dites aussi Pauline Villain-Carlotti qu'il faut revoir la végétation autour des habitations, c'est parce que les feux dans leur très grande majorité sont d'origine humaine, pas forcément des pyromanes qui vont allumer les feux, mais des accidents à cause des travaux, à cause des barbecues, etc. 90% des feux d'origine humaine. Ça c'est un sujet qui nous concerne tous aussi finalement, Éric Agrigny, nos comportements.

14:15
Invité

Oui, alors je rejoins complètement ce qui vient d'être dit sur la nécessité d'aller plus vite et plus fort sur l'aménagement du territoire, c'est central, c'est central dans la prévention et c'est central pour nous dans la lutte. Oui, il ne faut pas oublier que les sapeurs-pompiers... Ah oui, évidemment, les accès aux massifs, vous savez, quand on est en période de lutte, notamment lors des jours à Fort-Vent, on peut avoir des sautes de feu de plusieurs centaines de kilomètres, ça a été... Centaines de mètres, pardon, jusqu'à un voire deux kilomètres. Ah oui. Tout ça, ça a été documenté, voilà, notamment sur les grands feux du Var. Donc vous comprenez

14:53
Présentateur

que l'aménagement... C'est-à-dire que des végétaux enflammés peuvent parcourir deux kilomètres et aller finalement perpétuer le feu deux kilomètres plus loin ?

15:03
Invité

Oui, tout à fait, par les jours, notamment à Fort-Vent, c'est quelque chose qui a été mesuré sur le feu de Gonfaron qui avait eu lieu dans le département du Var. Donc l'aménagement du territoire, le contournement des massifs par des pistes d'accès et puis le recoupement de ces massifs qui ne peuvent plus être en continu pendant des centaines et des centaines d'hectares, c'est évidemment tout cela qu'il faut réfléchir en nous. Donc ça, c'est évidemment incontestable. Quant à la résilience des populations, évidemment, c'était déjà d'ailleurs prévu dans la loi de modernisation de la sécurité civile qui date d'août 2020. 2004, c'est-à-dire de plus de 20 ans.

Donc là, le ministre de l'Intérieur a annoncé que la prochaine loi dite de sécurité civile allait bientôt être publiée et donc, évidemment, le citoyen doit être placé au cœur de sa propre sécurité. Et tous ces concepts de résilience qui vont conditionner le comportement de nos citoyens depuis la prévention jusqu'à l'action lorsque je suis confronté à un départ de feu est fondamental. Et ça passe, effectivement, ça vient d'être dit, par les fameuses applications des OLD, c'est-à-dire comment je réfléchis moi-même à me protéger face au risque.

16:24
Présentateur

Une question, justement, sur la sensibilisation, je crois, aux standards de France Inter. De la part d'Olivier, bonjour Olivier, on vous écoute.

16:33
Auditeur

Oui, allô ?

16:34
Présentateur

Oui, bonjour, on vous entend bien.

16:36
Auditeur

Oui, bonjour à vous tous, merci pour vos émissions et merci de prendre ma question. Je crois qu'on est en plein cœur de la question que je voulais poser. Donc, j'ai bien compris être organisé pour intervenir en cas de feu, aménager le territoire pour limiter les adhérences entre les endroits habités et les forêts. Tout ça, j'ai bien compris. Après, je me posais quand même la question de l'entretien des forêts, l'aménagement du territoire en général, d'accord, l'aménagement des forêts. Les forêts, ce sont des filières bois. On sait que depuis plusieurs années, l'ONF n'a pratiquement plus de moyens.

Le nettoyage des forêts aussi, dans le temps, on enlevait les broussailles, on enlevait, mais aujourd'hui, on nous explique que les broussailles sont très bonnes pour régénérer la forêt. La filière bois, on a tendance aussi à exploiter les forêts de manière un petit peu économiquement le plus viable possible, mais est-ce que c'est bien bon tout ça pour traiter la problématique de risque d'incendie, le nettoyage des berges, etc. Donc, toutes ces choses qui ne semblent plus tout à fait... Qu'est-ce qu'on fait ? en termes de planification à plus long terme pour préparer nos forêts à ce changement climatique ?

17:59
Présentateur

Eh bien, on va poser la question à Pauline Villain-Carlotti, je pense qu'il va pouvoir vous répondre. Merci beaucoup, Olivier. Est-ce qu'il faut aller beaucoup plus loin ? En effet, d'abord sur les moyens de l'ONF, donc l'Office national des forêts, et sur, tout simplement, l'entretien des forêts. Est-ce qu'on a un peu délaissé ces massifs forestiers ?

18:16
Invité

Alors, une petite précision quand même, la majeure partie de la forêt française est une forêt privée, donc gérée par le centre national, enfin, les propriétaires, et au travers du centre national de la propriété forestière, et donc pas directement l'ONF, même si le CNPF et l'ONF travaillent en partenariat renforcé, notamment sur les questions de défense des forêts contre les incendies. en termes d'aménagement et de planification territoriale, c'est peut-être à l'échelle des forêts et des massifs qu'on a le moins de retard, parce que la prise en compte de l'aménagement des massifs forestiers est, on va dire, le cœur de la DFCI française depuis à peu près les années 80.

18:56
Présentateur

DFCI ?

18:57
Invité

Défense des forêts contre les incendies forestiers. Oui, pardon, vous l'avez dit. Et au travers, notamment, des plans de massifs et avec l'aménagement, on va dire, d'ouvrages de DFCI, des citernes, des pistes, des zones d'appui à la lutte. Donc, on n'a pas tellement de retard là-dessus. Par contre, on a un besoin de maintenance qui demande des financements et de consolidation de ce qui existe actuellement. Et ces financements, dans une période de désaide budgétaire, sont de plus en plus difficiles à trouver et mobiliser pour le sujet de la DFCI. Et sur l'adaptation des forêts, effectivement, il faudrait aussi aller plus loin.

C'est-à-dire qu'on ne peut pas réfléchir simplement en ouvrage structurel. Il faut aussi penser, encore une fois, aménagement paysager, à diversification des essences, mixité des peuplements et surtout des essences qui vont aussi être résilientes face au changement climatique et à la remontée des températures.

19:52
Présentateur

Une dernière question, Éric Agrenier, sur la question des moyens, puisqu'on l'évoquait pour l'ONF, la question des moyens pour les pompiers et les centrales aussi. Il y a des sapeurs-pompiers volontaires qui doivent être libérés par leurs employeurs pour pouvoir vous prêter main forte. Laurent Nunez, le ministre de l'Intérieur, demande au préfet d'engager une démarche justement auprès des entreprises pour les libérer plus facilement. Ça, c'est essentiel pour vous ?

20:14
Invité

C'est clair que pendant ces périodes à très fortes sollicitations, vous savez qu'en France, il y a 258 000 sapeurs-pompiers, tout statut confondu, dirais-je, avec les unités militaires, les sapeurs-pompiers professionnels, les sapeurs-pompiers volontaires et l'essentiel, effectivement, de ces effectifs, ce sont les sapeurs-pompiers volontaires qui sont des citoyens qui travaillent par ailleurs, qui ont un métier et qui, lors de leur temps de repos, leur temps de vacances parfois s'engagent au profit de leur centre de secours pour, évidemment, remplir l'émission des sapeurs-pompiers. Donc, en quelques secondes... Facilité, facilité, effectivement. Voilà, ça vous aiderait.

Oui, évidemment, ça veut dire mettre à disposition cette ressource supplémentaire pour les 10 en ce moment, ça serait appréciable, bien entendu.

21:04
Présentateur

Très bien. Merci à tous les deux, en tout cas. Érica Grigny, lieutenant-colonel des pompiers du Gard et Pauline Villain-Carletti, docteur en géographie spécialiste de la gestion sociale de l'environnement et des feux de forêt. Je rappelle le titre de votre livre chez Flammarion, « L'épreuve du feu habiter autrement la terre ». Prof.

21:22
Locuteur

Sous-titrage Société Radio-Canada

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