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ChroniqueBLAST (sur YouTube)· 18 février 2022 17 minAutoproduitActualité / polémiqueEnvironnement & énergieÉconomie & entreprises

L'OCÉAN EST EN DANGER ET S'IL MEURT, NOUS MOURRONS

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  • 3:30Chiffre
    « Le rythme de réchauffement de l’océan a plus que doublé depuis 1993. »
  • 4:30Fait
    « Selon une étude publiée le 1er février 2022, les coraux dans le monde entier sont probablement condamnés quoiqu’il arrive. »
  • 9:30Chiffre
    « Plus de 100 000 poissons ont été rejetés à la mer à 300 kilomètres de La Rochelle. »

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C’est un objet de fascination, de peur aussi parfois, depuis la nuit des temps. J’aimerais vous parler ici de l’océan. On ne le réalise pas toujours, mais nous avons une relation très intime avec l’océan et notre survie lui appartient.

Notre oxygène, notre climat et une grande partie de notre alimentation dépendent de l’océan. “Si l’océan meurt, nous mourrons” alerte Paul Watson, fondateur de Sea Shepherd, depuis des années. Ce qui se passe dans l'océan affecte toutes les formes de vie sur la planète.

Et pourtant, nous connaissons mieux la surface de la Lune ou de Mars que les abysses de l’océan. Alors que le dérèglement climatique s’accélère, il devient urgent de mieux le comprendre et de dévoiler ses secrets. Ariel, écoute moi.

Le monde humain c’est la pagaille. La vie sous la mer, c’est bien mieux que la vie qu’ils ont sur la terre. Malheureusement, la vie sous l’océan a déjà beaucoup changé depuis La petite sirène (1993) et elle n’est plus si belle.

Durant les cinquante dernières années, l’océan a subi plus de destructions que durant toute son histoire. Acidification, pollution plastique, surpêche… Nous savons aujourd’hui que l’océan est en danger, mais il faut le reconnaître, on ne comprend pas toujours exactement pourquoi, quelle est la nature exacte des pressions qui pèsent sur celui-ci, et surtout comment le préserver. Alors que cette année 2022 est une année charnière pour la préservation de l’océan avec de nombreux rendez-vous importants, et que le One Planet Summit s’est achevé le 11 février, retour sur les grandes menaces qui pèsent sur l’océan et les décisions politiques à prendre face à elles.

Pour commencer, il faut bien comprendre de quoi on parle, qu’est-ce que l’océan ? C’est tout simplement l’écosystème le plus vaste et le plus important de notre planète. Il couvre les deux tiers de la surface du globe et représente 97% de la réserve totale d’eau sur Terre.

Petit rappel des cours de géographie : il y a cinq océans. Atlantique, Pacifique, Indien, Antarctique, Arctique. Et ils communiquent tous entre eux.

Ils font partie d’une masse d’eau unique, et c’est pour cela que l’on parle de l’océan et non des océans. Cet océan nous entoure littéralement. Plus d’un quart de la population mondiale habite à moins de 100 kilomètres du littoral.

Et une immense partie vit près des lacs, des rivières ou des marécages qui mènent tous à l'océan. On pourrait donc dire que chaque personne sur la planète influe, sans le savoir, sur la santé de l’océan. Et si vous vous souvenez bien de vos cours de SVT sur le cycle de l’eau, vous savez également que l’océan fournit l’eau nécessaire au développement et au maintien de la vie terrestre.

L’océan est aussi une ressource alimentaire, puisque le poisson est la principale source de protéines animales pour 3 milliards de personnes sur la planète. On pourrait également rappeler que l’océan est une source d’énergie renouvelable, qu’il a des effets bénéfiques pour la santé et le bien-être, qu’il contribue aux valeurs culturelles, au tourisme, au commerce et aux transports. Bref, l’océan nous rend une quantité incroyable de services essentiels.

Et le plus important de tous, il est au cœur de la machine climatique planétaire. Il régule notre climat en absorbant le CO2 présent dans l’atmosphère, mais aussi en redistribuant la chaleur et le dioxyde de carbone. Pour faire simple, l’océan est le principal poumon de la planète.

Il absorbe plus de 25% des émissions de CO2 émises chaque année et il est responsable d’environ 50% de l’oxygène produit sur la planète. L’océan fournit une respiration sur deux. D’autre part, l’océan bouge en permanence, à travers les courants marins, il stocke et redistribue d’énormes quantités de chaleur.

C’est grâce à l’océan que le climat de notre planète reste relativement doux, même si ça commence à beaucoup changer. Il absorbe plus de 90% de la chaleur émise par les gaz à effet de serre. Bref, l’océan contribue à limiter le réchauffement climatique global.

Et le problème, depuis plusieurs décennies, c’est que la capacité de l’océan à réguler le climat est de plus en plus altérée par les conséquences des activités économiques et industrielles. Les émissions de CO2, la surexploitation des ressources et les pollutions ont ravagé les écosystèmes marins. Pour vous donner quelques informations, le rythme de réchauffement de l’océan a plus que doublé depuis 1993.

L’absorption d’une plus grande quantité de CO2 a entraîné une augmentation de l’acidification des eaux superficielles de l’océan. Pour résumer, un cercle vicieux s’est enclenché : plus le climat se réchauffe, plus l’océan se réchauffe et s'abîme, moins il absorbe de CO2, plus il y a de CO2 dans l'atmosphère et plus le climat se réchauffe, et ainsi de suite. Au-delà de tous ces problèmes déjà importants, il y a évidemment l’élévation du niveau des mers.

Conséquence de la fonte des glaciers mais aussi de la dilatation de l’océan sous l’effet de l’augmentation de sa température. Aussi, plus la température de l’océan est élevée, plus son évaporation augmente et entraîne des phénomènes climatiques exceptionnels. Par exemple, les tornades et cyclones sont de plus en plus fréquents, et ils affectent surtout les régions côtières.

Au total, plus d’un quart des habitants de la planète est directement menacé par les conséquences du changement climatique sur l’océan et la cryosphère. Les zones côtières abritent 28% de la population mondiale, dont 11% vit à moins de dix mètres au-dessus du niveau de la mer. Plus l’océan se réchauffe, plus la biodiversité évolue aussi en conséquence : migration d’espèces, disparition des coraux, désoxygénation… L'acidification de l’océan fragilise et bouleverse les écosystèmes, comme par exemple la capacité des organismes vivants, plantes et animaux, à fabriquer leurs squelettes et coquilles.

À ce sujet, une information capitale est sortie récemment sans provoquer beaucoup d’émotions. Et pourtant elle est gravissime. Selon une étude publiée le 1er février 2022, les coraux dans le monde entier sont probablement condamnés quoiqu’il arrive.

Des scientifiques ont démontré qu’avec une hausse de la température moyenne de 1,5 degré par rapport à l'ère pré-industrielle, plus de 99% des coraux seraient incapables de se remettre des vagues de chaleur marines de plus en plus fréquentes. Et avec un réchauffement de plus deux degrés, leur mortalité serait de 100%. Or le dernier rapport du GIEC est clair, si nous continuons sur la trajectoire actuelle, le seuil de 1,5 degré pourrait être franchi dès 2030… En raison du réchauffement climatique et de la pollution, déjà 14% des coraux ont disparu entre 2009 et 2018.

Bientôt les fonds marins multicolores et un peu magiques pourraient ressembler à ça, des cimetières de squelettes blanchis. Enfin, je ne peux vous parler des menaces qui pèsent sur l’océan sans mentionner la pollution plastique. Selon le dernier rapport World Wildlife Fund, cette pollution “a atteint toutes les parties des océans, de la surface aux grands fonds marins, des pôles aux côtes des îles les plus isolées”.

Non seulement ces plastiques se retrouvent dans les estomacs de tous les animaux marins, des poissons aux oiseaux de mer, mais ils deviennent aussi au fur et à mesure invisibles, pour devenir des nano plastiques, impossibles à récupérer. Et donc même si, du jour au lendemain, il n’y avait plus aucun plastique déversé dans l’océan, le nombre des microplastiques devrait quand même doubler d’ici à 2050. Et selon les estimations, la production de plastique dans le monde devrait aussi doubler d’ici à 2040… Petit rappel, les plastiques à usage unique représentent plus de 60 % de la pollution marine.

C’est une pollution qui va rester des décennies voire des siècles dans la mer. Et donc, en fait, c’est une pollution qui n’arrête pas d’augmenter. Je ne rentrerai pas ici dans le détail des impacts de la surpêche, de la pêche illicite, de la pêche en eaux profondes, de la pollution chimique, etc.

Mais je pense que vous avez à peu près compris le tableau. Et, j’imagine qu’à ce stade, vous êtes complètement déprimés. Ah, j’aimerais tant vous dire que toutes ces informations ont créé un électrochoc, chez les chefs d’État et les entreprises les plus polluantes, que le problème est pris en charge, qu’il n’y a pas à s’inquiéter.

Mais malheureusement, on n’y est pas encore vraiment… L’océan est la star environnementale de 2022. Cette année il y aura au moins six grands rendez-vous. Le premier, le One Ocean Summit organisé par la France, il s’est achevé tout à l’heure à Brest.

Si jusqu’alors, l’océan a surtout été le parent pauvre des négociations climatiques et internationales, l’année 2022 pourrait quand même marquer un tournant avec de nombreux grands rendez-vous, très attendus notamment par les ONGs. En réalité, il y a eu, jusqu’alors, beaucoup de discussions techniques sur ce sujet mais peu de décisions politiques : cette année pourrait concrétiser les choses. Elle a commencé avec le One Ocean Summit du 9 au 11 février à Brest.

Un sommet organisé par la France qui possède, rappelons le, le deuxième plus grand espace maritime mondiale. Le One Ocean Summit qui a été vendu comme un sommet pour mobiliser la communauté internationale et agir concrètement, à réduire les pressions sur l’Océan, a plutôt été une sorte de rampe de lancement. À l’issue des deux jours, une trentaine de chefs d'État et de gouvernement se sont engagés à mieux protéger l'océan.

Avec des absences notables comme la Grande-Bretagne, la Chine, la Russie ou encore l’Australie. L’enjeu est désormais d’enclencher des accords internationaux dans les prochains mois. Le sommet a rassemblé 41 États, des représentants de la société civile, des experts et des grandes entreprises.

En résumé, il y a eu beaucoup de beaux discours mais peu de déclarations concrètes. Dans les grandes lignes : 41 États, dont ceux de l’Union Européenne, s’engagent à défendre au cours des prochains rendez-vous internationaux un “traité de protection de la haute mer”. C’est un accord opérationnel et mondial sur l’utilisation durable de la haute mer et la protection de sa biodiversité. 11 armateurs européens vont rejoindre le label Green Marine Europe, portant le nombre total à 22.

Ils s’engagent à limiter les différentes pollutions qu’ils provoquent, comme les émissions de gaz à effet de serre, l’huile, le bruit… Tout sera fait pour “verdir” le trafic maritime et bâtir des “navires zéro émission” ont déclaré plusieurs multinationales. Déclaratif comme je vous le disais. Sur la pollution plastique, 2 milliards d’euros supplémentaires ont été attribués par les banques européennes d’investissement, pour financer des projets luttant contre cette pollution.

Mais rien de très concret pour prendre le problème à sa source : la production de plastique. La France a néanmoins annoncé avec la loi anti-gaspillage, qu’elle était en voie de supprimer les emballages plastiques à usage unique d’ici 2040. Avec l’Inde, elle a engagé une initiative à visée multilatérale sur l’élimination de la pollution due au plastique à usage unique.

Au niveau de la biodiversité, une trentaine d’États supplémentaires (donc 84 pays au total) ont rejoint les objectifs de 30 % d’aires marines protégées dans l’océan d’ici à 2030. Un tiers devrait comprendre une “protection forte”. La France de son côté atteint désormais les 30% de terres et mers protégées.

Mais pour des ONG comme Sea Shepherd ou Greenpeace, ce n’est pas assez. Elles considèrent que les niveaux de protection ne sont pas suffisants, d’autant plus que seuls environ 2% des eaux françaises sont sous “protection forte”. Et en réalité seuls les niveaux de protection “forte” et “totale” sont les plus efficaces pour préserver la biodiversité.

Le sujet des aires marines protégées est un enjeu crucial de la protection de l’océan. La question qui se pose désormais est celle des outils de surveillance. Déclarer des aires protégées c’est possible mais il manque des moyens de mise en œuvre.

Pour les scientifiques comme Joachim Claudet, directeur de recherche au CNRS : Surtout le statut d’aire marine protégée n’empêche pas des méthodes de pêche destructrices, comme la pêche au chalut de fond par exemple et il ne protège pas de l’exploitation minière, le grand sujet polémique soulevé en marge de ce sommet. Tout au long des trois jours de sommet, plusieurs actions et manifestations ont tenté de s’opposer aux logiques dénoncées comme capitalistes du One Ocean Summit. Beaucoup ont alerté sur l’exploration minière vendue par Emmanuel Macron.

Lors de sa présentation sur la France 2030, le président avait parlé de “grandes odyssées d’exploration et d’aventures à la fois humaines, intellectuelles et de recherche”. Mais qui peut accepter que nous laissions en quelque sorte dans l'inconnue la plus complète une part si importante du globe ? Et nous avons dans nos zones économiques exclusives la possibilité d’avoir accès à ces explorations, qui est un levier extraordinaire de compréhension du vivant, peut être d’accès à certains métaux rares, de compréhension de fonctionnement de nouveaux écosystèmes, d’innovation en termes de santé, en terme de de biomimétisme, etc.

Emmanuel Macron dit vouloir explorer les océans, mais convoite aussi ses ressources. Et oui, vous ne le saviez peut-être pas mais l’océan profond recèle des réserves minérales : comme le zinc, le cuivre, ou encore l’or et l’argent. Lors du One Ocean Summit, Annick Girardin, le ministre de la mer, a réaffirmé l’ambition de la France dans l'exploration et l'exploitation minière des fonds marins.

La France est d’ailleurs en train d’élaborer des ordonnances, qui abrogeront la seule disposition du code minier français, qui interdisait jusqu’ici d’exploiter les fonds marins français… Pour bien comprendre ce que cela signifie, on parle ici d’aller explorer et exploiter l’océan profond, les abysses, c’est-à-dire tout ce qui est en dessous de 200 mètres de profondeur, parfois à plus de 6000 mètres. Des habitats encore méconnus, éloignés de tout son et lumière, au développement très lent. Certains coraux sont vieux de plus de 5000 ans.

Et malheureusement, la France n’est pas le seul pays à vouloir les exploiter. Il y a encore beaucoup d’inconnues sur l’impact qu’auraient ces exploitations. Mais pour les scientifiques, elles pourraient mener à tuer des écosystèmes essentiels, des écosystèmes que nous ne connaissons pas et ceci pourrait aussi déstabiliser les abysses, tout ça pour aller chercher des matériaux rares.

On n’arrête pas le progrès. Le seul endroit de la planète à ne pas avoir été exploité par les humains risque bientôt de l’être pour aller récupérer des métaux stratégiques, comme le cobalt, le cuivre ou le nickel au cœur d’écosystèmes marins exceptionnels et vulnérables. Une folie qui n’est pas sans rappeler le film Don’t Look Up.

De nombreux scientifiques et ONGs réclament, au nom du principe de précaution, un moratoire sur l’extraction minière en eau profonde déjà demandé en septembre 2021 par le Congrès mondial sur la nature de l’UICN. Un vote au cours duquel la France s’était abstenue. Malgré le travail des activistes pour alerter, Emmanuel Macron n’a pas changé d’avis.

Bloom, l’association de protection des océans, a décidé de boycotter le sommet décrit comme un “flop diplomatique”. Pour s’en expliquer, Claire Nouvian, sa présidente, a publié une lettre ouverte qui dénonce l’hypocrisie du sommet et d’Emmanuel Macron. Alors pourquoi avez-vous boycotté ?

Mais parce que ça ne sert à rien. Ce sommet ne sert à rien ? À rien.

Dans son bilan du sommet, l’ONG s’indigne notamment du fait que le One Ocean Summit n’a vu aucune annonce concrète sur la pêche industrielle, une des premières causes de destruction de l’océan ou encore la surpêche. Pourtant une semaine plus tôt, Sea Sheperd révélait ces images qui ont fait le tour des chaines d’information et des réseaux sociaux. Ce qui paraît ici être de l’écume est en réalité un gigantesque banc de merlans bleus morts. : Plus de 100 000 poissons ont été rejetés à la mer à 300 kilomètres de La Rochelle.

Le responsable est le Margiris, un bateau-usine de 142 mètres, capable de traiter 250 à 600 tonnes de poissons par jour. C’est le deuxième plus grand chalutier au monde qui a rejeté illégalement ces poissons en pleine mer. Il faut savoir que pour ces gros navires, ça coûte du temps, de l’argent, du carburant, d’aller débarquer des poissons qui ne les intéressent pas au port.

Et donc la tentation est grande de les relâcher en mer, même si c’est complètement illégal. Le navire a déclaré un “incident de pêche”. Sea Shepherd a déposé plainte le 8 février, à la veille du One Ocean Summit.

L’ONG a dénoncé aux côtés d’autres organisations comme Greenpeace le “blue washing” du sommet. Pour beaucoup, il est passé à côté du sujet. Il ne reste désormais qu’à espérer que les prochains rendez-vous seront plus concluants.

Prochaine grande étape : la Conférence sur les océans, organisée par les Nations-Unies à Lisbonne en juin 2022. C’est la fin de cette vidéo. Pour aller plus loin, je vous ai mis comme d’habitude plusieurs liens juste en dessous.

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