Rencontre avec Brigitte Liso, Députée du Nord
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Brigitte Liso, un pur bonheur de vous rencontrer aujourd'hui. Vous êtes député de la circonscription du Nord. On vous reçoit aujourd'hui et merci en tous les cas d'avoir répondu positivement à l'invitation.
On vous reçoit aujourd'hui pour parler du projet de loi, projet de fin de vie. Ça vous inspire quoi ce projet ? Alors, ça évoque en moi un long travail déjà depuis 2017 puisque dès les premiers mois de de mon premier mandat avec un groupe de députés, nous avons déjà organisé sans aboutir un groupe de travail sur la fin de vie.
Et puis ensuite Olivier Falorni qui est vraiment notre chef de fil sur le sujet a proposé une loi euh fin 2021 ou 22 il me semble qui n'a pas abouti puisqu'elle a été obstruée. Et j'ai eu vraiment la grande satisfaction de voir que le gouvernement s'en emparaît en 2022 et nous avons pu enfin travailler sur le sujet. Alors qu'est-ce qu'on peut espérer en qualité de français ?
Est-ce qu'on peut espérer un modèle un petit peu européen comme nos amis espagnols ou belges ou au contraire est-ce que le projet français va être beaucoup plus strict ? Alors le projet français va se rapprocher du du de la loi belge avec peut-être des nuances dont on pourra peut-être parler un peu plus tard si vous le souhaitez. Alors, comment les personnes vulnérables vont-elles être protégées dans cette dans ce projet de loi ?
Comme dans leur vie courante et quotidienne, celles qui sont sous tout tutelle ou curatelle auront cette possibilité d'être protégé. Et puis je veux préciser et bien rappeler que cette ce projet de loi ne s'adresse qu'à des personnes ayant une pleine conscience de leur état et de leur envie d'accéder à à l'aide à mourir. Est-ce qu'il y a des limites éthiques qui ont été mises en place et qui sont non négociables dans ce texte ?
Alors, les limites qui ont été mises et qu'on pourra peut-être euh discuter plus tard quand la cette loi-là sera passée euh ont été mises effectivement, moi je je pense à euh au au je vais le lire aux directives anticipées par exemple qui n'ont pas lieu d'être dans cette loi mais qu'on pourrait imaginer plus tard être acceptable. Donc la place des associations à DMD par exemple, ça va être quoi à leur place ? Est-ce qu'il y aura encore une utilité pour ce genre d'association une fois que le projet de loi sera installé ?
Bien sûr, parce que je crois qu'il y aura de toute façon un besoin de prise en charge de la personne, de l'individu et une aide dans le parcours qui n'est pas simple de d'accéder à l'aide amour. Alors, comment est-ce qu'on peut justement s'assurer que le choix de la fin de vie est réellement libre et éclairé ? Bien, nous avons mis alors des gardes fous, c'est un un mot un peu malheureux, mais c'est bien de ça dont il s'agit.
C'est-à-dire que la personne doit être totalement consciente, être la seule à faire la demande de cette aide à mourir. Donc en cas, il ne pourrait y avoir une influence extérieure puisque je vous rappelle que un médecin et un collège de médecin acceptera ou non cet accès à l'aide à mourir. Alors dans le serment d'Hippocrate, bien sûr, il est inscrit "Tu ne tueras point." Comment justement le texte va-t-il protéger et libérer les consciences des médecins et des soignants ?
Alors, je crois que ça c'est une question purement individuelle et d'ailleurs, il y a une clause de conscience qui existe et qui existera dans dans ce projet de loi et chaque médecin pourra ou non aider une personne à à sa fin de vie. Euh ceux qui ne le souhaitent pas, on leur demande juste d'orienter la personne vers un médecin qui lui euh l'aurait accepté. Est-ce qu'à votre connaissance, il y a eu des dérives notamment en Belgique ?
À ma connaissance, non. Je crois que la la loi belge est aussi euh assez bien cadrée. Euh à ma connaissance, non.
Voilà, c'est ma réponse. Quand vous étudiez, pour rentrer un petit peu dans votre groupe de travail, lorsque vous étudiez cette loi, vous vous penchez sur quoi particulièrement ? Sur l'accès à une nouvelle liberté individuelle.
Je crois que c'est vraiment le maître mot de cette loi. Personne n'est contraint, personne n'a une obligation, mais chaque personne est libre de ce choix-là. Et à partir du moment où elle l'a décidé, elle l'a fait savoir et cela a été accepté par le corps médical, jusqu'au bout, on pourra l'accompagner.
Pourquoi lorsque la loi Léonetti a été votée, euh pourquoi est-ce qu'on n'est pas allé plus loin ? Vous pensez qu'il y avait des freins ? Qu'il y avait des freins politiques ?
Moi, je crois que la société évolue et que c'était peut-être pas à ce moment-là euh la date, la bonne date pour euh pour aller plus loin. Lorsque vous parlez avec vos collègues députés, est-ce que vous avez l'impression qu'ils sont prêts à lâcher un petit peu des règles ? Enfin, est-ce qu'ils sont prêts à aller plus loin ou est-ce qu'au contraire, ils veulent rester assez conservateurs ?
Bien, il y a plusieurs cas de figur évidemment, il y a des des collègues qui sont tout à fait convaincus de l'utilité de cette loi. Euh il y en a qui sont euh totalement contre et euh je pense qu'il faut respecter chaque choix. Euh mais il y a aussi beaucoup de de mes collègues qui ont besoin d'être rassurés, besoin de mieux comprendre et besoin de savoir ce qui ce que vraiment cette loi va impliquer.
Ça touche à l'intime le choix de notre fin de vie. Est-ce que vous avez le sentiment que les citoyens ont été suffisamment interrogés sur ce projet de loi ? Alors, ils l'ont été. savoir si les questions étaient toujours les bonnes, je ne peux pas répondre à cette question.
Néanmoins, les différentes études montre qu'il y a une très très large majorité de citoyens qui souhaitent avoir ce choix, leur leur venu. Est-ce que vous vous avez un devoir de réserve ou est-ce que vous avez la parole libre et vous pouvez nous dire ce que vous vous en pensez ou est-ce que au contraire vous avez un devoir de réserve ? Vous souhaitez en tous les cas l'avoir ?
Écoutez euh non moi je suis totalement libre sur euh sur le sujet. Je suis euh identifiée à l'intérieur de mon groupe politique euh comme étant euh une, mais je ne suis pas seule bien évidemment, euh convaincu de l'utilité de de ce projet de loi. Euh non, je n'ai pas de devoir de réserve.
Alors, je vais rebondir sur une question. Vous en pensez quoi vous de cette loi ? En tous les cas, de ce projet de loi ?
Moi euh je l'attends euh avec impatience et non pas à titre personnel, mais euh bien évidemment parce que j'ai rencontré beaucoup de personnes, j'ai rencontré des médecins, j'ai rencontré des associations euh qui euh qui attendent cela, je dirais oui, avec impatience, même si elles ne sont pas aujourd'hui concernées. Et une des rares fois après le vote à l'assemblée qui a eu lieu l'année dernière pendant très longtemps quand j'étais dans ma circonscription, c'est un sujet qui revenait et très souvent on me disait merci merci d'avoir porté ce sujet-là, merci de faire avancer les choses et surtout continuer. Qu'est-ce que vous allez mettre comme réserve dans ce projet de loi ?
Je crois qu'il faut vraiment un cadre très précis. Il est bien évident que on ne décide pas un matin de demander l'aide à mourir. La loi telle qu'elle est est assez stricte et je pense que à ce moment-là de de l'évolution de la société, c'est très bien comme il est.
Demain, et je ne vous le souhaite absolument pas, évidemment, vous avez une maladie extrêmement grave, incurable. Alors, vous avez déjà réfléchi ? Bien sûr, j'y réfléchis.
Et puis aussi voir à quel moment de la vie peut-être ça peut être déterminant. Euh ça cela arrive parce que c'est pas non plus on parle de fin de vie mais c'est pas corrélé à un âge hein. On peut avoir une demande de d'aide à la fin de vie malheureusement assez jeunes.
Euh je pense qu'il faut considérer l'environnement la la vie que chacun a et puis aussi les douleurs. Je crois que les douleurs quand elles sont insurmontables, qu'on ne peut pas soulager, je crois qu'il faut accéder à cette demande. Alors, je vais me faire l'avocat du diable, je vais reposer la question.
Mais pour vous personnellement, et bien pour moi, oui, là aujourd'hui, à l'heure où je vous parle, oui, parce que si je n'avais pas cette conviction personnelle, je ne la porterai pas pour l'ensemble de mes concitoyens bien évidemment. Alors, demain, un de vos enfants en a besoin. Comment est-ce que vous réagissez Je ne réagirai pas parce que ce sera à lui de prendre la décision et uniquement à lui.
Et vous avez l'impression que comme vous êtes frontalier avec la Belgique, vous avez l'impression qu'ici on est plus ouvert sur ce sujet que par exemple les Bretons. C'est assez difficile de de répondre à cette question parce que je ne connais pas très bien les Bretons. Mais ce que je sais, c'est que les personnes vivant dans ma région sont assez satisfaites de savoir qu'il y a une possibilité pas très éloigné de de pouvoir accéder à cette aide à mourir.
Et c'est vrai que nous n'avons pas de facilité dans ce cadre là. On ne se dit pas on va prendre un train, un avion ou la voiture pour aller consulter un psychiatre en Belgique. Donc la démarche est différente.
Il y a les kilomètres, il y a le fait qu'on ait pas eu une éducation si vous voulez à ce genre de choses. Est-ce que vous parfois vous rencontrez des gens qui vous disent "Non, non, surtout pas, il faut surtout pas cette loi Bien sûr, bien sûr. Je rencontre des gens qui sont vraiment contre cette loi, mais je leur dit et bien ne l'utilisez pas, c'est juste un droit supplémentaire.
Ça n'est à aucun moment une obligation, à aucun moment une contrainte. Jamais un médecin fera cette proposition. D'ailleurs, on leur demande pas, on leur même on leur interdit même dans dans le cadre de cette loi.
Donc chacun peut vivre sa fin de vie tel qu'il le souhaite. Est-ce que vous avez envie de dire aux médecins qui le pratiquent de façon illégale ? Bravo messieurs ou mesdames, vous êtes courageux.
Je leur dirai merci. C'est beau ça. Bravo à vous.
Qu'est-ce que vous avez envie de rajouter dans cette loi, dans ce texte de loi ? Quelque chose de d'intime venant de vous ? Vous avez envie de d'y mettre quoi ?
Ah, j'aurais envie de de d'offrir la possibilité à à une tierce personne, ça a été retoqué dans la loi que nous avons voté à à aider un proche. Ça n'est pas le cas aujourd'hui. Et comme on va repartir sur la base de ce qui a été voté, ce ne sera de toute façon pas le cas.
Mais là aussi, c'est une liberté supplémentaire. Vous êtes optimiste ? Oui.
Le président de la République l'a signifié lors de de ses vœux. Donc c'est un engagement qu'il avait déjà eu mais là qui a été renforcé. Donc elle sera étudiée.
Moi, je crois que elle sera votée puisque euh si je me réfère à au précédent vote, il y avait 35 députés et c'est pas rien. 305 députés qui ont dit "Oui, je suis d'accord avec cette loi pour la mes concitoyens." Vous n'avez pas le sentiment que justement par le biais de cette loi de fin de vie, on parle plus de vie que de mort ?
La mort fait partie de la vie. H je voudrais juste que l'on on arrête de d'opposer les soins palliatifs à l'aide active à mourir parce que je pense que c'est tout à fait complémentaire que je suis d'accord avec le fait qu'il n'y a pas suffisamment de soins palliatifs en France qu'il faut donc améliorer cette possibilité et néanmoin nous sommes dans le nord donc je vais y revenir nous avons une région et un département en tout cas suffisamment bien doté en terme de soins palliatifs et cela n'empêche pas certaines personnes de recourir à l'aide à mourir en Belgique. Donc je crois que il faut décorer ces deux ces deux phases qui sont complémentaires.
Un immense merci pour cette parole qui était libre et libérée. Merci beaucoup Brigitte Lisa et on aura l'occasion d'y revenir. Merci beaucoup.
Merci à vous.
Brigitte Liso