Dr Marion Adler : "On peut se réjouir que les jeunes aillent moins vers le tabac", même s'ils "vapotent plus"
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Chapitres
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Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:33PrésentateurFait
« Il n'y a plus que 18% de Français qui déclarent fumer tous les jours, c'est moins d'une personne sur cinq. »
- 0:52Locuteur non identifiéPromesse
« Et surtout, l'aide qu'on a pu apporter aux gens avec le remboursement des traitements comme les substituts nicotiniques ou les traitements médicamenteux, c'est une vraie aide. »
- 2:53Locuteur non identifiéFait
« Et on le voit dans les autres pays d'Europe qui ont des augmentations vraiment très importantes et qui sont significatives. A chaque fois que c'est une augmentation significative, il y a beaucoup plus de sorties du tabagisme. »
- 3:38Locuteur non identifiéFait
« Mais ça reste quand même chez les gens des catégories socio-professionnelles défavorisées. Ça reste une addiction forte et souvent une très forte addiction à nicotine. »
- 4:01Locuteur non identifiéChiffre
« Que la nicotine, ce n'est pas dangereux. »
Temps de parole
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Il est 6h21, c'est une baisse historique pour le tabagisme en France. 4 millions de personnes ont arrêté de fumer ces dix dernières années, de fumer tous les jours. Et l'autre bonne nouvelle, c'est que les jeunes sont de moins en moins tentés par la cigarette. Voilà les deux grands enseignements du dernier baromètre de Santé publique France que nous allons détailler avec vous Marion Adler. Bonjour. Bonjour. Vous êtes la responsable du service d'addictologie de l'hôpital Antoine Becler à Clamart dans les Hauts-de-Seine. Il n'y a plus que 18% de Français qui déclarent fumer tous les jours, c'est moins d'une personne sur cinq.
Alors évidemment, c'est toujours trop, le combat n'est pas encore gagné, mais là c'est en bonne voie.
Oui, bien sûr, on peut être très content et savoir qu'il y a quand même des politiques de santé publique qui ont aidé à la diminution du tabagisme. Et surtout, l'aide qu'on a pu apporter aux gens avec le remboursement des traitements comme les substituts nicotiniques ou les traitements médicamenteux, c'est une vraie aide. Mais chez les jeunes, on peut quand même voir qu'il y a aussi l'aide par la cigarette électronique qui est un vrai concurrent.
Il fume moins de cigarettes, mais il va pas de plus, c'est ça ?
Je pense qu'il va pas de plus, du coup ils vont moins vers la cigarette. Donc c'est vraiment ce qu'on constate maintenant depuis des années. On constate un engouement en effet pour la cigarette électronique ou vape et c'est infiniment moins toxique. Donc c'est quand même une bonne chose d'aller moins vers le tabac. Donc je pense qu'on peut se réjouir du fait que les jeunes aillent moins vers le tabac, donc s'intoxiquent moins. C'est important, la cigarette électronique est vraiment un concurrent et permet de sortir du tabagisme. Ça je le vois chez mes patients.
Ils sont bien aidés par les traitements validés, par les substituts nicotiniques, par les traitements médicamenteux qui sont maintenant remboursés. Et ça c'est une très bonne chose. Ils sont aussi aidés avec la vape qui peut être associée à tous ces traitements.
Donc pour vous, l'idée de Sébastien Lecornu de taxer les liquides de vape, c'est vraiment une mauvaise idée ?
C'est une très mauvaise idée. Il faut d'abord que le tabagisme diminue et continue à taxer le tabac bien sûr. Et ça, ça fait partie de ce qu'il faut parce que c'est un produit qui est dangereux et qui est à 100% dangereux. Et on s'aperçoit que la vape est vraiment une aide dans le sevrage tabagique. Donc c'est une très mauvaise idée de taxer les produits liés à la vape qui diminuera l'aide et qui fera que certaines personnes retourneront vers le tabac. Donc je pense qu'il ne faut surtout pas le mettre au même niveau. Il n'y a pas de tabac dans la vape. C'est de la vaporisation de nicotine. Et il faut redire ici que la nicotine n'est pas toxique.
Elle est la substance d'addiction dans la cigarette. Et c'est dramatique parce que c'est une très très forte addiction. Mais du coup, c'est comme ça qu'on se sort du tabagisme en prenant la nicotine qui n'est pas toxique et en éloignant la fumée, le résultat de la combustion. Et c'est la combustion qui est toxique.
Et la forte augmentation du prix des cigarettes cette année, est-ce que ça joue aussi ? Est-ce qu'on a pu le mesurer ça ?
Oui absolument. Et on le voit dans les autres pays d'Europe qui ont des augmentations vraiment très importantes et qui sont significatives. A chaque fois que c'est une augmentation significative, il y a beaucoup plus de sorties du tabagisme. Et c'est vraiment une mesure de santé publique qui a fait ses preuves. Donc c'est très important de continuer. Mais d'une manière importante, ce ne sont pas des petites augmentations qu'il faut. C'est vraiment une augmentation majeure. Et cet argent doit servir après à aider les gens à arrêter de fumer en remboursant justement les substituts, ce qui est le cas, ce qui est une très bonne chose en France.
Mais on voit que le tabac reste encore un marqueur social. Les fumeurs sont plus nombreux dans les catégories populaires et moins chez les riches.
Oui, alors ça aussi, on dénormalise le tabac maintenant. Donc l'image du tabac devient ringarde, devient quelque chose de mauvais. Donc comme c'est une mauvaise image, il y a beaucoup de gens qui s'en éloignent. Mais ça reste quand même chez les gens des catégories socio-professionnelles défavorisées. Ça reste une addiction forte et souvent une très forte addiction à nicotine. Donc avec des besoins de traitement importants, avec beaucoup de doses de nicotine. Il ne faut pas négliger ça. Il faut surtout leur dire à tous ces fumeurs qu'ils ont accès à ces traitements et beaucoup de gens ne le savent pas. Que la nicotine, ce n'est pas dangereux.
C'est de nouveau important de le dire que c'est très addictif et que ce n'est pas ça qui va être toxique dans le sevrage tabagique. Et surtout que ces traitements sont complètement remboursés et qu'on peut y aller à chacun à son rythme. Alors ça aussi, c'est important de le dire. On peut arrêter de fumer d'un coup ou progressivement. Ce qu'il faut, c'est avoir la bonne dose, les bons traitements associés au patch, les formes rapides ou orales de nicotine. On peut associer aussi la cigarette électronique comme on disait. Mais il faut aussi savoir que si on fume avec un patch, ce n'est pas du tout dangereux en soi.
C'est-à-dire que c'est dangereux de fumer, mais on peut progressivement s'éloigner du tabac ou d'un coup. Chacun doit le faire à son rythme.
Marion Adler, est-ce que cette baisse de la consommation du tabac se voit dans les conséquences liées au tabagisme, sur les maladies ou la mortalité ? Est-ce que ça se voit déjà ou c'est trop tôt ?
Écoutez, on va sûrement le voir parce qu'on s'aperçoit dans certains pays où le tabagisme a pratiquement disparu, comme la Suède où il y a une autre manière de prendre le tabac avec les snus. On s'aperçoit qu'ils ont par exemple... C'est du tabac chiqué ça ? Oui, c'est exactement ça. Et donc il n'y a plus de fumée, ils ont le taux de cancer du poumon le plus bas d'Europe. Ils ont une nette diminution des maladies cardiovasculaires. Donc on le voit dans certains pays qui n'utilisent plus du tout pratiquement le tabac fumé. Donc ça c'est important, c'est important absolument d'éloigner la fumée.
Marion Adler, pour les auditeurs qui nous écoutent et qui aimeraient être aidés pour arrêter de fumer, vous nous le dites, il y a vraiment des traitements qui sont remboursés. A quelle porte doivent-ils frapper ? Est-ce qu'on va chez son médecin ? Est-ce qu'on va chez des spécialistes ? Est-ce qu'il y a des centres spécifiques pour nous aider à arrêter de fumer ? Comment on fait ?
Alors il y a des consultations d'aide à l'arrêt du tabac, mais il y a aussi les généralistes, il y a aussi les SAFAM, il y a des infirmiers et infirmières qui peuvent prescrire des traitements d'aide à l'arrêt du tabac, des substituts nicotiniques. Il y a le pharmacien qui peut conseiller. Donc il y a beaucoup d'acteurs de santé qui peuvent aider, qui peuvent conseiller. Et donc ceux qui peuvent prescrire, les traitements seront remboursés. C'est très important de le dire. On a de nouveaux accès aussi aux traitements médicamenteux qui sont remboursés comme la Varinicline. C'est important aussi de le dire.
Ce sont des traitements qui sont vraiment aidants et beaucoup d'acteurs de santé peuvent prescrire ces traitements. Donc c'est important aussi de dire les sages-femmes parce que les femmes enceintes peuvent aussi avoir accès à ces traitements et sont aidées dans l'arrêt du tabac avec ces traitements bien plus que sans les traitements.
Et on va en parler beaucoup puisque le mois sans tabac vient de débuter. Merci Marion Adler, responsable du service d'addictologie de l'hôpital Antoine Béclair à Clamart.