Ludovic Vigogne : "Emmanuel Macron n'a pas du tout réfléchi à ce qu'il ferait après sa réélection"
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Il y a un an, Emmanuel Macron était réélu à l'Élysée, chose assez rare sous la Vème République. Mais aujourd'hui, sa cote de popularité est au plus bas. Bonjour Ludovic Vigogne.
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Et votre thèse, c'est que si c'est compliqué pour le président aujourd'hui, c'est parce qu'il a raté les 100 premiers jours de son second mandat ?
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C'est si important que ça, les 100 premiers jours ?
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Il y a quelques jours, Emmanuel Macron a dit qu'il avait devant lui 100 jours d'action et d'apaisement. Le fait de reprendre cette formule, les 100 jours, c'est pour faire oublier ce faux départ ?
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Vous nous racontez tout vraiment depuis le soir de sa réélection à l'Élysée, comment il a vécu ce moment.
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Et vous dites qu'il a presque eu un success blues comme il existe, un baby blues, fatigue, déprime, ça ne l'amuse plus autant qu'avant ?
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« si c'est compliqué pour le président aujourd'hui, c'est parce qu'il a raté les 100 premiers jours de son second mandat »
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« C'est d'habitude une période où on marche sur l'eau, où on connaît un véritable élan, où on connaît un état de grâce. »
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« Il n'a pas réussi à écrire le début de son mandat. »
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« Pendant tout son premier mandat, il a pensé à sa réélection. Ça a été vraiment son obsession. »
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« À ce qu'il ferait au lendemain de celle-ci, il n'a pas du tout réfléchi. »
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« Quand on lui annonce qu'il a très largement emporté, ses premiers mots sont « le plus dur commence ». »
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« Il avait d'abord pensé à Catherine Vautrin, la présidente de la communauté urbaine du Grand Reims »
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« Il cherchait un peu un profil à la Castex. »
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« Emmanuel Macron va lui dire que c'est elle qu'il va nommer quelques jours plus tard. »
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« Emmanuel Macron va se faire tordre le bras et va se faire imposer Elisabeth Borne. »
- 4:20InvitéFait
« Il a considéré qu'il n'avait pas les marges de manœuvre suffisantes »
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« François Bayrou, Richard Ferrand et Edouard Philippe font une réunion secrète »
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« Les Français lui ont donné une très large majorité le 24 avril. Il ne pense pas qu'ils vont se déjuger cette semaine plus tard. »
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« C'est très difficile un second mandat. On l'a vu avec les précédents, De Gaulle, Mitterrand, Chirac. »
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Il est 6h20. Il y a un an, Emmanuel Macron était réélu à l'Elysée, chose assez rare sous la Vème République. Mais aujourd'hui, sa cote de popularité est au plus bas. Bonjour Ludovic Vigogne. Bonjour. Vous êtes journaliste politique à l'Opinion et vous venez de publier un livre qui raconte le passage à vide qu'a suivi la réélection d'Emmanuel Macron. Et votre thèse, c'est que si c'est compliqué pour le président aujourd'hui, c'est parce qu'il a raté les 100 premiers jours de son second mandat. C'est si important que ça, les 100 premiers jours ?
Oui, bien sûr. C'est d'habitude une période où on marche sur l'eau, où on connaît un véritable élan, où on connaît un état de grâce. Et ce n'est pas du tout ce qu'a connu Emmanuel Macron. Et c'est encore plus gênant pour lui parce que sa campagne n'avait déjà généré aucun souffle. Et donc, aucun souffle pendant sa campagne, aucun élan au lendemain, ça produit beaucoup de dégâts qu'il va payer tout au long de son quinquennat.
Il y a quelques jours, Emmanuel Macron a dit qu'il avait devant lui 100 jours d'action et d'apaisement. Le fait de reprendre cette formule, les 100 jours, c'est pour faire oublier ce faux départ ?
Il y a en tout cas sans doute quelque chose de cet ordre-là. C'est l'idée de repartir de zéro. Il n'a pas réussi à écrire le début de son mandat. Il veut sans doute essayer maintenant de se donner une deuxième chance et d'ouvrir vraiment celui-ci.
Alors, on va rembobiner l'histoire. Vous nous racontez tout vraiment depuis le soir de sa réélection à l'Élysée, comment il a vécu ce moment. Pas d'euphorie. Il ne voulait pas paraître arrogant comme il avait pu l'être cinq ans auparavant. Et vous dites qu'il a presque eu un success blues comme il existe, un baby blues, fatigue, déprime, ça ne l'amuse plus autant qu'avant ?
Oui, le success blues, c'est Jean-Pierre Raffarin qui dit ça. Il n'a pas retrouvé à ce moment-là le Macron inventif, disruptif qu'il avait connu les années précédentes. Oui, Emmanuel Macron traverse une drôle de période qui est faite de plein de choses. Effectivement, il y a un peu de fatigue physique. Il a été pendant cinq ans en première ligne. Ça a été un omniprésident. Les dernières semaines, durant la campagne, ont été très dures avec la guerre en Ukraine dans laquelle il s'est jeté à corps perdu. Et donc, il arrive au lendemain de sa réélection avec un peu moins d'énergie. Et ça, ce n'est pas le cas des précédents présidents qui ont réussi à être réélus ?
C'était moins le cas parce que, par exemple, Jacques Chirac ou François Mitterrand étaient en cohabitation. Donc, c'était très différent. Ils n'avaient pas les pleins pouvoirs comme Emmanuel Macron. Et puis, ils n'avaient pas été en quinquennat avec un régime d'hyperprésidence comme Emmanuel Macron l'a connu.
Et ce qui est le plus surprenant et qui surprend d'ailleurs son propre entourage, c'est qu'il a semblé subir le début de son second mandat. Vous dites même qu'il n'avait rien préparé, rien anticipé.
Oui, tout à fait. Pendant tout son premier mandat, il a pensé à sa réélection. Ça a été vraiment son obsession. En revanche, à ce qu'il ferait au lendemain de celle-ci, il n'a pas du tout réfléchi. Et donc, c'est vrai qu'au lendemain du 24 avril, il se retrouve face à une feuille blanche. Quand on lui annonce qu'il a très largement emporté, ses premiers mots sont « le plus dur commence ». Et ça s'avérera très juste.
Et alors, on va rembobiner maintenant les faits les uns après les autres parce que vous nous racontez tout en détail ce qui s'est passé. D'abord, le choix du premier ministre, il n'avait pas anticipé et finalement, il n'a pas eu celle qu'il voulait.
Non, tout à fait. Ses proches ont réussi à lui tendre le bras. Il avait d'abord pensé à Catherine Vautrin, la présidente de la communauté urbaine du Grand Reims, une femme de droite qui a été ministre de Jacques Chirac, qui correspondait à ce qu'il cherchait. Une femme, une élue de terrain, issue de la droite. Il cherchait un peu un profil à la Castex. Il trouvait que leur duo avait été très complémentaire.
Il aurait voulu garder Jean Castex d'ailleurs.
Dans un premier temps, oui, mais celui-ci n'a pas voulu parce qu'il voulait se laisser le temps justement de trouver la candidate idéale pour Matignon. Et donc, il peut proposer à Catherine Vautrin, il va l'avoir deux fois. Une première fois pour faire un peu connaissance avec elle parce qu'il ne la connaît pas et lui demander de réfléchir à ce que pourrait être son gouvernement. Et une deuxième fois, le 12 mai, ils vont déjeuner ensemble pendant trois heures dans le Jardin de l'Elysée. Emmanuel Macron va lui dire que c'est elle qu'il va nommer quelques jours plus tard. Ils vont discuter de l'architecture du gouvernement, de la manière dont ils vont travailler ensemble.
Brigitte Macron les rejoindra à la fin du déjeuner et son époux lui présentera sa future première ministre. Et pendant quatre jours, celle-ci va se préparer. Elle va voir Jean Castex pour une pré-transition.
C'est vraiment ces quatre jours où elle s'y croit et elle la prend au dernier moment.
Oui, c'est un moment assez incroyable. Effectivement, elle prépare son cabinet, elle prépare son discours sur le perron de Matignon lors de la passée en ce moment de pouvoir qu'elle doit avoir avec Jean Castex. Et puis finalement, patatras, ce ne sera effectivement pas elle parce qu'Emmanuel Macron va se faire tordre le bras et va se faire imposer Elisabeth Borne.
Et ça veut dire qu'il écoute les gens qui sont autour de lui parce qu'on a l'impression, ce que vous dites aussi dans le livre, qu'il décide tout seul.
Donc finalement, il a écouté. Non, c'est plus compliqué que ça. C'est-à-dire qu'il a considéré qu'il n'avait pas les marges de manœuvre suffisantes, ce qui est tout à fait surprenant pour quelqu'un qui vient de se faire réaliser, pour imposer Catherine Vautrin contre la volonté de la plupart des membres de son cercle rapproché.
Alors après, il y a l'épisode de la composition du gouvernement qui est aussi compliqué qu'il ne l'amuse pas. Vous dites que c'est le genre de tambouille qu'il a...
Non, c'est quelque chose qu'il a déjà fait. Au-delà des ministères très importants avec qui il sera au contact permanent, les autres, ça a peu d'importance pour lui et tout le monde est un peu interchangeable.
Voilà, et après, il y a les législatives, il y a son projet de partie unique qui va être enterré. Pareil, il ne réussit pas à l'imposer. François Bayrou, Richard Ferrand et Edouard Philippe font une réunion secrète, ça vous avez été au courant. Vous nous le révélez dans le livre et réussissent, là encore, à lui tordre le bras.
Oui, tout à fait. C'est vraiment quelque chose dont il ne voulait pas. Et étonnamment, Emmanuel Macron ne va pas jusqu'au bout pour l'imposer. Là aussi, il sent des tâches assez vite, finalement. Il n'a pas envie de mettre autant que ça les mains dans le cambouis. Et c'est ce qui se passe régulièrement tout au long de ses premiers jours de manière assez surprenante.
Oui, parce que pareil pour le père Chouard, le poste de président de l'Assemblée nationale, il voulait Roland Lescure, C.I.L. Broun-Pivet. Pareil pour la présidence des macronistes, des députés, il n'aura pas celle qu'il voulait.
C'était Aurore Berger, mais de toute façon, il n'y avait personne d'autre. Et là, l'Élysée ne pouvait pas faire autrement.
Voilà, il n'a pas réussi à contrôler le casting.
Non, vraiment pas. Il se fait imposer ses choix. Et c'est en plus quelque chose qui le terrorisait un peu. C'est-à-dire qu'il avait vraiment en tête le précédent de François Mitterrand en 1988, qui, six jours après sa réélection, s'était fait imposer le premier secrétaire du Parti Socialiste. Mitterrand soutenait Laurent Fabius. Ça avait été Pierre Moroy qui avait été élu. Emmanuel Macron a vraiment ce précédent en tête. Et pourtant, il se fait imposer lui aussi ses choix, notamment à la présidence de l'Assemblée nationale.
Voilà, les législatives, il les rate. Pas de programme, pas de leader, pas de campagne. Il apparaît 15 jours avant le premier tour sur le tarmac. On s'en souvient, juste avant de prendre un vol pour aller en Roumanie.
Pour aller en Roumanie et après à Kiev, oui, parce qu'il pense les gagner. Mais pour lui, il y a quelque chose qui est automatique. Les Français lui ont donné une très large majorité le 24 avril. Il ne pense pas qu'ils vont se déjuger cette semaine plus tard.
Et finalement, il dit, bon, on a perdu cette petite phrase toute simple. Bon, on a perdu au soir du second tour des législatives. Il n'a rien réussi durant ces 100 jours ?
Je ne vois pas ce qu'il a vraiment réussi, non. Et c'est quelque chose qu'il va payer tout au long de son mandat. C'est parce qu'il n'a pas réussi son entame qu'il est aujourd'hui dans une situation aussi difficile. C'est très difficile un second mandat. On l'a vu avec les précédents, De Gaulle, Mitterrand, Chirac. Ils sont sortis en guenille de leur second bail élysien. Et face à cette malédiction, Emmanuel Macron, lui, a un boulet supplémentaire. C'est cette absence de majorité absolue qui entrave son action au quotidien et qui menace l'épaisseur de son bilan en 2027. Et pour relancer son mandat, c'est pour ça qu'il décide de s'attaquer à la réforme des retraites ? Oui, c'est ça.
Il décide d'en faire la preuve qu'il a des marges de manœuvre, que sa détermination est intacte malgré les conditions politiques qu'il connaît. Il décide de prendre ce dossier-là. Il sait très bien que ça va être très difficile. Ça se révélera encore plus difficile qu'il ne l'imaginait.
Est-ce que ces 100 jours ont changé sa façon d'exercer le pouvoir ?
Est-ce qu'il en a tiré un enseignement ? Ça, je ne sais pas s'il en a tiré un enseignement. En tout cas, ce qui est sûr, c'est qu'il en subit les conséquences. Je ne sais pas si quand on est comme ça dans l'action au quotidien et qu'on doit gérer au jour le jour des dossiers plus cruciaux les uns que les autres, on est à même de tirer déjà des conclusions. En tout cas, il va en payer les conséquences tout au long des quatre années encore qui viennent.
Et ce qui apparaît aussi dans votre livre, c'est que c'est un homme vraiment très seul, isolé à l'Elysée. Alors, on le savait déjà un petit peu, mais vraiment là, c'est flagrant dans ce livre. Son équipe est de plus en plus restreinte. Il y a plein de gens qui sont partis. Et je me demande si ce n'est pas Nicolas Sarkozy qui a la meilleure analyse, vous rapportez des propos de l'ancien président, qui lui dit « Vous n'avez pas plus d'ennemis que moi, mais vous avez moins d'amis. »
Oui, c'est assez juste. C'est vrai qu'ils ont tous les deux, ils suscitent tous les deux une vraie détestation. Mais c'est vrai qu'Emmanuel Macron, lui, est particulièrement seul. Il y a deux personnes qui comptent essentiellement. C'est son épouse Brigitte, c'est le secrétaire général ultra-puissant de l'Elysée à l'Élysée colère. Et pour le reste, les autres n'ont pas vraiment d'influence. Il peut les écouter, mais est-ce qu'il les entend ? C'est rarement le cas.
Est-ce qu'une dernière question, est-ce que les gens vous ont parlé facilement pour faire ce livre ? Parce qu'on sait qu'Emmanuel Macron déteste montrer les coulisses de son pouvoir. Il n'a pas dû aimer votre livre d'ailleurs, j'imagine.
Alors, je pense qu'effectivement, il y a des épisodes comme celui sur Catherine Vautrin qui ne lui a pas beaucoup plu. Après, oui, on m'a parlé assez facilement parce que ça fait longtemps que je fais ce métier. J'en connais certains depuis très longtemps. Et puis, je pense que dans un moment comme ça, qui s'est si mal passé, chacun veut remettre un peu les pendules à l'heure et montrer qu'elle est sa part de responsabilité et qu'elle n'est pas sa part de responsabilité. Les 100 jours, mais ça s'écrit S.A.N.S.
C'est le titre de votre livre, Ludovic Vigogne. Merci beaucoup d'être venu ce matin sur France Inter. Merci beaucoup d'avoir regardé cette vidéo !