Jean Jouzel : "Contrairement à ce que certains pensent, il y a encore un intérêt très fort pour l'environnement"
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Dans le grand entretien ce matin, j'ai l'honneur de recevoir l'un de nos grands climatologues, membres du GIEC, médaille d'or du CNRS. Il copublie « Les orphelins de la planète », le livre de scientifiques sur l'urgence, l'urgence d'agir pour préserver la planète, les conséquences du dérèglement déjà à l'œuvre et à venir si nous n'agissons pas de manière urgente. Un livre nécessaire, documenté, sans appel et qui paraît chez Grasset. Chers auditeurs, vos questions, interventions au 0145 24 7000 ou sur l'application Radio France. Bonjour Jean Jouzel. Bonjour Ali Badou. Et bienvenue. Votre nom est synonyme de la lutte contre le réchauffement climatique.
Il est également synonyme d'une approche scientifique de la question écologique et climatique. Pronostics vital engagés, c'est par ces mots que s'ouvre votre livre Jean Jouzel. Nous sommes les enfants d'une planète. Une planète, vous faites la comparaison avec le vocabulaire médical, une planète dont le pronostic vital est engagé et dont nous risquons de devenir les orphelins tant elle est en danger extrême. Ce sont vos mots. Qui sont donc ces orphelins ?
Ces orphelins, ce sont les jeunes. Mais permettez-moi d'abord, donc ce livre a été co-écrit avec Alain Grandjean et Claude Henry. Et permettez-moi vraiment de rendre hommage à Claude Henry qui nous a quittés il y a quelques semaines.
Physicien, économiste, qui était professeur à l'école polytechnique et à Columbia à New York.
Ce livre lui doit vraiment beaucoup. Y compris les premières phrases que vous avez citées. Donc c'est vraiment vibrant. Oui, disons, je crois que nous nous tournons quand même vers les jeunes. Je crois que le titre est très explicite. Parce que nous sommes au bord du gouffre. C'est très clair. Cette urgence climatique, elle est là. Pour ce qui me concerne, et aussi c'est vrai pour Alain Grandjean et Claude Henry, nous le répétons depuis quelques décennies.
Mais vraiment, je vous remercie de nous avoir invités à un moment où je crois que nous sommes au creux de la vague en termes de tous ceux qui, comme nous, comme vous, j'imagine, portaient de l'intérêt à notre environnement, à tout ce qui nous entoure. On voit bien les difficultés. Et par rapport à la science également, par rapport à la remise en cause de la vérité scientifique, vous m'avez présenté comme scientifique. C'est effectivement, j'ai consacré toute ma carrière à la recherche. Et vraiment, ça me marque.
Et on va en parler, évidemment. Mais c'était aussi le besoin et l'envie de reprendre ce sujet qui est passé au deuxième plan de l'actualité. C'est assez sidérant de voir que le problème ou l'un des grands enjeux du siècle n'est plus aujourd'hui une préoccupation majeure. Mais avant d'en parler, vous n'en avez pas ras-le-bol, Jean Jouzel. Vous êtes un grand chercheur. Vous êtes également un lanceur d'alerte. Votre nom est connu partout dans le monde. Vous faites partie d'une communauté de scientifiques dont les travaux font autorité. Et à chaque fois, vous devez reprendre votre bâton de pèlerin. Qu'est-ce qu'il n'imprime pas ?
Qu'est-ce qu'il n'imprime pas ? Je crois que c'est parce que, peut-être, la difficulté de l'action, parce que chacun d'entre nous, nous sommes concernés, finalement. Ça interroge complètement le mode de fonctionnement de nos sociétés. Ça va au-delà du réchauffement climatique. C'est tout le problème de la biodiversité, de notre environnement, de l'organisation de nos sociétés qui est interrogée dans cette transition qui est absolument nécessaire. C'est peut-être la raison pour laquelle ça n'imprime pas. C'est difficile de la mettre en œuvre. Mais il faut absolument aller de l'avant. Par moment, on a...
Alors, je continue à témoigner parce que, justement, et c'est, je crois, le message clé de notre ouvrage, la situation est vraiment très grave. Nous sommes au bord du groupe. Mais il y a toujours des moyens d'agir. Et c'est cela, c'est un encouragement à l'action, également, qu'il faut mettre. Et c'est pour cela que, je crois, je continue à témoigner. Nous continuons à essayer de dire les choses de façon, en essayant d'être trop catastrophiste. Il faut quand même se rendre compte que ce que nous vivons aujourd'hui...
Oui, parce que vous n'êtes pas un prophète de malheur. Et contrairement à d'autres, vous essayez de ne pas l'être. Mais si je vous présente comme scientifique, c'est que votre parole est rigoureuse et fondée en science. Elle n'est pas celle de quelqu'un qui dirait qu'il y a des signes d'une accélération, du réchauffement climatique. Vous parlez de faits. Les faits sont là. Ils sont établis. Et ils sont établis par les scientifiques partout sur la planète. On n'en est plus à l'état d'imaginer, de deviner ce que pourrait devenir la planète demain. On sait. On sait, oui. On sait, Jean-Claude.
On sait que le réchauffement climatique que nous vivons aujourd'hui, qui est très bien marqué, y compris ce dernier mois d'avril, qui a encore été de nouveau très chaud, eh bien, ce réchauffement climatique est lié de façon certaine aux activités humaines. Et nous avons les arguments. Ça ne veut pas dire que nous pouvons en discuter. Ce n'est pas le problème. Mais ces arguments sont là. Les faits sont là. Et ce réchauffement climatique va se poursuivre avec, si nous ne le maîtrisons pas, je reprends les termes du GIEC, le réchauffement climatique est une menace pour notre humanité et la santé de notre planète. C'est très clair.
Donc, voilà, disons, nous mettons, par notre action d'aujourd'hui, des prochaines années, nous mettons vraiment en danger les jeunes, les jeunes d'aujourd'hui, disons qu'ils auront du mal à s'adapter, sinon une impossibilité dans certaines régions, au réchauffement climatique qu'ils connaîtront dans la deuxième partie de ce siècle. Et c'est vraiment une alerte très forte que nous souhaitons donner.
Ceux à qui nous laisseront la planète en héritage, les enfants, des petits-enfants, et puis ceux qui ne sont même pas encore nés. Oui, moi qui... C'est ça qui est paradoxal, Jean Jouzel. Comment est-ce que vous pouvez expliquer la responsabilité vis-à-vis de personnes qui n'existent pas encore sur cette Terre ?
Oui, d'autres existent. C'est une question quasiment philosophique. Chez moi-même, ces petits-enfants, et c'est vrai qu'ils seront là. Et voilà, tous ces jeunes qui nous entourent, et certains qui nous écoutent. Voilà, donc, oui, c'est important de... Comment, non ? Bien sûr, c'est aussi vrai, nous mettons en danger les jeunes qui seront là au siècle prochain, qui ne sont pas encore sur Terre. Nous les mettons également encore plus en danger que les jeunes d'aujourd'hui.
Avant de parler des raisons d'espérer, s'il y en a, on voit revenir aujourd'hui des débats qu'on croyait derrière nous. On va vous rappeler les fondamentaux, tout simplement. Vous refaites ce travail de pédagogie que vous avez fait de nombreuses fois. Vous faites l'histoire de ces moments décisifs, où des scientifiques, et non pas des prophètes, je le répète, ont lancé l'alerte. Mais où est la mobilisation nécessaire pour éviter le pire aujourd'hui, Jean Jouzel ?
La mobilisation, elle est encore dans certaines associations. Elle est, contrairement à ce que certains pensent, il y a encore un intérêt très fort pour, disons, pour l'environnement. J'ai participé récemment à une émission ici sur France Inter, et on parlait du balcac écologique, et on voit bien que ce balcac écologique, c'est une construction politique, c'est-à-dire le fait que l'écologie...
Traduction en français ?
Oui, disons, le retournement par rapport à l'écologie n'est pas... C'est une construction, disons, politique. Le grand public continue à s'intéresser à son environnement, parce que c'est là où nous vivons, c'est très clair, dans les villes qui sont mises à mal par le réchauffement climatique, et je crois que cet intérêt demeure, et c'est là la force. Oui, c'est chacun d'entre nous, c'est entraîner la population, entraîner ses jeunes dans des actions qui restent possibles.
Oui, mais ils sont où, les jeunes ? Avant le Covid, on voyait des mobilisations qui réunissaient parfois des centaines de milliers de jeunes dans quelques très grandes villes d'Europe et d'Amérique du Nord. Où sont-ils passés ?
Non, oui, c'est vrai, il reste toujours certains actifs, mais c'est une partie de... C'est comme chaque génération, c'est une partie de la génération, et notre problème, c'est comment entraînons-nous vers cette transition absolument indispensable, l'ensemble d'une génération ? C'est vrai aussi, d'ailleurs, pour ma génération, mais comment entraînons-nous les populations, plutôt que de les forcer, alors que le message est clair, si nous ne faisons rien, c'est vraiment un monde désastreux que nous préparons.
Vous avez le sentiment, malgré tout, qu'on est dans le film Don't Look Up, ce film qui a eu énormément de succès et qui est dans le déni parfait d'une météorite qui va frapper la Terre et des scientifiques qui disent « ça va arriver » et la formule Don't Look Up ne regarde pas,
ferme les yeux. Oui, en toile de fond, Don't Look Up, c'est aussi le réchauffement climatique qui est interrogé. C'est une métaphore. C'est très clair, c'est une métaphore du réchauffement climatique, et oui, bien sûr, c'est là où nous en sommes, et c'est tout à fait regrettable alors que les faits s'accumulent, alors que les engagements sont pris. L'accord de Paris est là, il est ambitieux, mais nous ne tenons pas nos engagements collectivement.
Il y a eu Kyoto, il y a eu Copenhague, il y a eu Paris en 2015, ce sont des objectifs importants, c'est des COP emblématiques sur lesquels vous revenez. Il y a un fossé entre ces objectifs et la réalité de leur mise en œuvre. Pourquoi est-ce qu'on n'agit pas suffisamment, Jean Jouzel ? Je vous pose la question de manière tout à fait naïve avant d'aller au standard, retrouver les élus.
Oui, parce que nous sommes accrochés, peut-être vous-même, moi-même d'ailleurs, à la consommation de biens, et disons, sans peut-être, bon j'espère, d'avoir une certaine sobriété dans ma vie, mais voilà, donc nous sommes collectivement, disons, poussés également par la publicité à consommer, et plus nous consommons de biens, et bien plus nous émettons de gaz à effet de serre, c'est très clair, donc c'est ce monde de consommation, de consommateurs qui est interrogé.
Il faut réfléchir à un monde plus, disons, plus apaisé d'ailleurs, plus solidaire, où l'équité est au rendez-vous, disons, où les inégalités, le premier risque du réchauffement climatique, c'est l'accroissement des inégalités, et c'est bien ça le problème aussi, ça met, disons, ça questionne notre civilisation, disons, le développement harmonieux de notre civilisation ne peut pas se faire dans un contexte de réchauffement climatique, c'est très clair pour moi.
Et vous revenez d'ailleurs régulièrement sur ces questions qui sont d'ordre économique, et qui relèvent aussi de la justice sociale, non pas à l'échelle des États-nations seulement, mais à l'échelle de la planète. Ce qui est intéressant, c'est que vous n'avez jamais hésité à débattre, et même à débattre avec des personnes puissantes, qui étaient dans un déni de réalité assez fascinant. L'été 2003, vous participez à une table ronde qui est organisée par le MEDEF, et donc avec les grands acteurs des plus grandes entreprises françaises qui pourraient agir.
Et il y a cette scène avec le PDG de Total Energy, Patrick Pouyanné, et vous rappeliez l'urgence absolue à agir, et lui, il vous dit « J'entends l'appel de Jean, mais le problème, c'est qu'il y a la vie réelle. Je suis un producteur d'énergie fossile, parce que c'est de l'énergie que vous utilisez tous les jours. » Et ce livre, en quelque sorte, c'est votre réponse, vous démontrez chiffre à l'appui, qu'en fait, la vie réelle, c'est celle d'un dérèglement qui est déjà à l'œuvre.
Et aussi cette idée que la demande, on ne peut pas maîtriser la demande, si au contraire, il faut maîtriser la demande. Il y a beaucoup de moyens de maîtriser la demande, y compris le développement des énergies renouvelables. Et c'est vrai que, pour poursuivre sur Patrick Pouyanné, je suis vraiment extrêmement choqué par son attitude actuelle d'aller dans la roue de Donald Trump dans ce soi-disant « Golfe d'Amérique forêt ». Disons que ça m'interroge vraiment, quand même. Justement, j'allais y venir. C'est vraiment une servilité incroyable, je le dis franchement.
Ce golfe du Mexique que Donald Trump a voulu rebaptiser « Golfe des Amériques », c'est un endroit où il se trouve beaucoup d'hydrocarbures, où il y a des plateformes offshore, et Total y est présent.
Il y est présent et envisage de continuer à forer dans des régions où c'est très dangereux. On a déjà vu cela il y a quelques années. Donc oui, ça m'interroge beaucoup, une attitude de Total dans cette... Vraiment, c'est incroyable. Alors que tout devrait être mis en oeuvre pour justement diminuer nos émissions de gaz à effet de serre. Ils ont essayé de maîtriser la production des combustibles fossiles. Ce n'est pas le cas.
Mais pourquoi est-ce qu'un Français, un Français comme Patrick Pouyanné, suit le slogan de Donald Trump qu'on a tous en tête ? Drill, baby, drill. Je m'interroge. Fort, bébé, fort. J'aurais aimé que ce ne soit pas le cas, je le dis. Bonjour Françoise, et bienvenue sur France Inter.
Oui, bonjour Ali, et bonjour à votre...
À Jean-Joselle.
Oui. Voilà. Eh bien, nous, les citoyens, nous sommes aussi en état de désespérance. Voilà. Nous, les citoyens, totalement conscients de ce réchauffement climatique, au quotidien, nous mangeons local, nous utilisons les produits locaux de saison, nous n'allons pas dans les fêtes fashion, fêtes décorations, mais là, on ne voit rien venir. La loi, aucune initiative politique, et tout est dans l'ACOM, en définitive, à Bordeaux. On a vu Paul Watson serrer la main de Pierre Urnick, et serrer la main de Nathalie Delattre, des candidats politiques bordelais.
Paul Watson, il faut le rappeler, qui est le fondateur de Sea Shepherd, qui a pour vocation, cette ONG, de sauver les cétacés.
Tout à fait. Mais nous, qu'est-ce qu'on peut faire, nous, à notre niveau, autre que cette sobriété heureuse ? Et voilà. Merci.
En tout cas, merci.
À des pistes, s'il vous plaît. Parce que nous sommes désespérés.
Eh bien, on va y venir, justement. Merci, Françoise, pour votre question.
Merci de votre engagement. D'ailleurs, oui, on peut faire beaucoup. Et d'ailleurs, vous avez évoqué le terme citoyen. Et j'ai participé à la Convention citoyenne sur le climat. Et justement, si vous allez voir, les propositions faites par ces 150 citoyens sont remarquables dans tout ce qui concerne notre vie tous les jours. Se loger, se nourrir, se débrouiller. C'est un moment extraordinaire, d'ailleurs. De délibération, de prise de décision. J'ai eu la chance d'y participer. Enfin, j'étais membre du comité de gouvernance.
Oui, c'est le moins qu'on puisse dire. Vous dirigez les travaux. Mais malgré tout, qu'est-ce qui en est sorti ?
Justement, les propositions sont très riches par rapport à ce que dit François. Mais pourquoi ne pas les appliquer, Jean-Joselle ? Voilà, c'est plus le problème. On estime qu'il n'y a que 20% de ces recommandations qui ont été mises en œuvre. Et je suis convaincu que si l'ensemble des... Enfin, disons, si on les avait prises plus au sérieux, eh bien nous serions sur une meilleure trajectoire par rapport à ce que nous affichons dans notre pays. Donc oui, on sait ce qu'il faut faire. C'est ce que je veux dire.
Bonjour, Vera. Bonjour, Vera. Vous nous appelez de Grenoble. Bienvenue sur France Inter ce matin avec Jean-Joselle.
Oui, je suis Sarah de Grenoble. Voilà, je me faisais une réflexion depuis longtemps en sachant que les mots, les expressions sont super importantes. Oui. Pour moi, l'homme, il est égoïste. L'homme avec un grand H, il est égoïste. On dit sauver la planète. La planète, on n'a pas la sauvée, en fait. Elle est très, très forte. Elle s'est prise par la tronche. Il y a des centaines de millions à météorites qui a tué tous les dinosaures. Il faut qu'on n'utilise pas l'expression « Sauvons l'humanité ». Et je pense que ça percuterait beaucoup, beaucoup plus que de dire « Sauver la planète ».
Eh bien, justement, merci pour votre question. Jean-Joselle va vous répondre. Je suis d'accord avec vous. Vous êtes d'accord ?
J'ai déjà dit, et d'ailleurs le titre de notre livre, c'est bien « Les orphelins de la planète ». C'est pas du tout. Voilà, c'est bien. Je suis d'accord. C'est quand même sauver l'humanité à l'échelle de la vie de notre planète. Les 4 milliards, 500 milliards d'années, c'est vrai que ce que vit notre humanité est peut-être un petit moment, une petite fenêtre. Mais c'est quand même nous qui sommes concernés, nous, nos enfants, vos petits-enfants, les nôtres et toutes les générations futures à échéance de quelques milliers ou peut-être un peu plus de millions d'années. Mais voilà, donc c'est quand même ce moment-là que nous vivons aussi, effectivement.
mais quand on parle de l'humanité mais aussi de la nature qui nous entoure, on ne peut pas simplement, disons, la nature qui nous entoure, elle doit nous aider. C'est une alliée dans cette lutte contre le réchauffement climatique et il faut aussi, disons, c'est l'ensemble du vivant, c'est l'ensemble du vivant, de la biodiversité, oui. Comme un monde habitable. Voilà, exactement.
Et habitable, notamment par les humains. Il y a de très nombreuses questions parce que, par exemple, sur l'application de France Inter, on vous interroge sur les seuils et sur les degrés à quel niveau d'augmentation ou d'accélération du réchauffement climatique la planète sera encore viable. Un mot avant de répondre à cette question et de rejoindre Jocelyn sur le standard d'Inter. Vous dites que, bon, il y a évidemment des pays qui sont plus exposés que d'autres, plus vulnérables que d'autres, mais la crise climatique, elle touche tout le monde. La France est vulnérable. En quelques années, les quantités absorbées par nos forêts ont été divisées par deux.
Elles ne représentent plus que 7% de nos émissions, alors que notre pays affiche pour objectif d'augmenter ce puits de carbone de 50% 2050. Cet objectif paraît inaccessible. Expliquez-nous ça de manière très simple. Dans la loi des gens
pour atteindre l'eutralité carbone en France, nous espérions vraiment augmenter le puits de carbone, l'absorption du carbone par les forêts et éventuellement par les sols. Et en fait, c'est le contraire qui se passe parce que les forêts sont mises à mal par le réchauffement climatique. D'abord, il y a vraiment des maladies qui se propagent beaucoup plus rapidement qu'avant. Même le squelette, par exemple. Ensuite, il y a des feux de forêt et puis les sécheresses à répétition ont mis vraiment nos forêts à mal. Il y a eu des sécheresses pendant 4 ou 5 ans à répétition. Et tout cela fait que les forêts se portent très mal et absorbent beaucoup moins de cases carboniques que nous n'espérions.
Deux fois moins qu'il y a une vingtaine d'années, par exemple. Et c'est le contraire que nous avons inscrit dans la loi. C'est ça le problème.
C'est le problème majeur. Et vous parlez des forêts, vous parlez également des villes et des conséquences de la bétonisation sur la question climatique. Bonjour Jocelyn. Bonjour. Et merci d'être sur France Inter avec Jean Jouzel ce matin.
Oui, mais avec plaisir. Vous avez une question ? Oui, j'ai une question. Je suis effrayé effaré par les déclarations des hommes politiques qui nous disent qu'on devra s'adapter à une augmentation de plus 4 degrés. Mais ça, c'est invivable. C'est infernal.
Une augmentation de plus 4 degrés. Merci Jocelyn parce que justement c'est la question que je l'ai vous posée Jean Jouzel. Plus 4 degrés juste pour qu'on puisse mesurer à quoi ça ressemblerait parce que ça ne semble pas énorme. C'est un monde qui change.
Oui, par rapport à aujourd'hui c'est un peu plus de 2 degrés et demi. On a déjà pris à presque 2 degrés en France mais c'est quelque chose qui sera un monde différent du monde d'aujourd'hui en termes d'événements extrêmes qui seront beaucoup plus intenses. Par exemple, les vagues de chaleur et dans les villes seront beaucoup plus beaucoup plus vraiment on parle de températures qui pourraient atteindre 50 degrés à Paris avec les problèmes d'île eau de chaleur.
D'ailleurs, je profite de cette question pour dire que nous organisons avec le forum international du climat de la météo et du climat une journée consacrée aux villes et changements climatiques parce que les villes sont au cœur des problèmes. Donc, oui, ce sont les villes où il sera peut-être plus difficile les événements extrêmes. L'élévation du niveau de la mer se poursuivra et en France, ne serait-ce que 50 à 80 centimètres supplémentaires, c'est quelque chose auquel il sera difficile de faire face dans d'autres pays évidemment encore plus. Oui, plus 4 degrés en France par rapport à la période pré-industrielle.
C'est un climat complètement différent, différent de celui que nous connaissons, des sécheresses à répétition. J'étais à Grenoble hier, donc diminution de l'enneigement dans les Alpes, voilà, les glaciers qui reculent, tout ce qu'on connaît va s'accélérer très rapidement.
Il y a ce qui est visible et vous décrivez aussi ce qui est invisible en l'occurrence, les courants marins, il y a aussi des conséquences majeures dans le monde invisible.
Oui, il y a ces seuils dont on parle effectivement des changements de circulation océanique qui restent du domaine du possible mais aussi la fonte des sols gelés, la fonte du Groenland, une accélération de l'élévation du niveau de la mer qui au prochain siècle et dans les prochains siècles pourraient atteindre quelques mètres. Alors, ça paraît lointain mais c'est aujourd'hui qu'on en décide, c'est ça qui est important et personne n'arrêtera l'élévation du niveau de la mer.
Donc on n'en décide pas justement Jean Gouzel, il y a de très nombreuses questions sur l'application d'Inter avec ceux qui vous interrogent sur les décideurs politiques puisque vous les connaissez, que vous les avez rencontrés, que vous les avez même convaincus sans forcément les inciter à agir. Vous décrivez les prédateurs, vous dites qu'ils sont bien connus, les sociétés d'exploitation de combustibles fossiles, la chimie, je ne vais pas faire la liste infinie. Vous revenez sur la détermination des lobbies et une question d'actualité puisque nous avons, que le monde catholique a un nouveau pape. Vous racontez ce qui n'est pas une anecdote.
Certains, dans les lobbies, sont allés jusqu'à tenter d'influencer la rédaction de l'encyclique du pape François, l'audato si, c'était une encyclique très importante dans l'église catholique pour évoquer la question très importante
écologique. J'ai eu, un des grands moments des dernières années que j'ai eues, c'est la rencontre avec le pape. J'étais avec Pierre Laroutourou et nous avons passé une demi-heure avec le pape François justement autour de l'audato si et voilà, de projets autour du climat. Et effectivement, disons, Claude-Henri d'ailleurs qui était assez impliqué sur ces aspects a fait une enquête et clairement, il y a eu du lobbying qui n'a pas été, disons, aucun succès d'ailleurs parce que l'audato si c'est remarquable. Je vous engage à lire l'audato si que vous soyez catholique ou non, lisez-le, c'est vraiment un grand moment, une grande lecture.
Mais c'est fascinant de voir que le lobbying peut aller s'injuster jusque dans le cœur du cœur de la curie romaine. Pourquoi est-ce que la technique ne va pas nous sauver ? Il y a ceux qui sont optimistes et qui font confiance en la science et à la capacité des êtres humains de trouver des solutions finalement pour éviter la catastrophe, Jean Jouzel. Oui,
c'est la voie qui m'est... Alors, la technique, je suis tout à fait favorable à l'innovation, à la recherche, mais c'est dans la mesure où elle s'inscrit dans cet objectif de neutralité carbone.
Donc, il faut de la recherche, de l'innovation dans tous les domaines, mais disons, ce n'est pas la technologie qui nous sauvera et nous avons consacré un chapitre à la géoingénierie, en particulier les risques posés par la géoingénierie solaire, ceux qui pensent qu'en envoyant des particules dans l'atmosphère, nous pourrions maîtriser le réchauffement climatique, le limiter, alors qu'on met une épée de Damoclèphe sur les jeunes d'aujourd'hui, tout simplement parce qu'il y aurait un choc terminal si on devait arrêter dans quelques dizaines d'années et donc c'est vraiment terrible de penser à ça, de penser que la technologie résoudra tout. dans certains contextes.
Jean Jouzel, il y a ce livre Les Orphelins de la Planète que vous co-signez avec Alain Grandjean et Claude Henry qui est publié chez Grasset et il y a un rendez-vous aussi également le 15 mai que vous organisez. Dites-nous à quoi ça va ressembler ?
Oui, merci. C'est vrai que ce livre parle d'engagement et j'engage les jeunes à s'engager, tout le monde à s'engager. Une des façons que nous allons nous engager c'est d'essayer d'aller vers le grand public. C'est ce que nous faisons à travers ce forum international de la météo et du climat. Ce sera du 15 à 17 juin à Paris. Une journée consacrée ensuite à vie et les changements climatiques et dans le cadre de l'année de la mer disons plus tournée vers les présentateurs météo consacrés à l'océan ce sera à Nice du 6 au 8 juin. Et Céline Dacosta y sera. Voilà. Et merci beaucoup. Merci infiniment. C'est important pour nous de témoigner.
Merci Jean Jouzel. C'était un bonheur de vous recevoir. Merci beaucoup. Et je vous souhaite une excellente journée. Le combat continue à suivre la revue de presse. Merci à tous.