Chute de François Bayrou, budget 2026, gouvernement de gauche... L'interview d'Olivier Faure (PS)
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
La réalité c'est que je n'ai jamais parlé de coalition à l'allemande et que moi je souhaite éviter toute forme de confusion. Je souhaite qu'il y ait un gouvernement de gauche et écologiste au gouvernement et qu'il y ait une assemblée qui est ce qu'elle est et dont nous respections les équilibres et que nous venions donc devant le Parlement présenter notre projet et puis ensuite on voit ce qui se passe, c'est-à-dire ce qui passera et ce qui ne passera pas. Je souhaite en gros qu'on respecte la démocratie, qu'on respecte les Françaises et les Français qui ont voté il y a un an à peine.
Et donc tout le monde pense que de toute façon s'il devait re-voter, il voterait peu ou prou la même chose et nous serions dans une situation identique.
Olivier Faure, on a fait et refait les calculs ce soir. Un gouvernement avec les communistes, les écologistes, les socialistes, ça pèse 121 députés aujourd'hui à l'Assemblée. Ça ne m'a pas échappé. Est-ce que vous pouvez réellement revendiquer Matignon avec derrière vous 121 députés ?
Mais, excusez-moi, mais quel est en fait aujourd'hui celui ou celle qui irait à Matignon qui peut revendiquer une majorité absolue ? Personne. Et donc la question n'est pas de savoir si quelqu'un a une majorité, personne ne l'a. En revanche, ce qui peut arriver, c'est qu'on est des gens qui changent de méthode de gouvernement, qui ne font pas semblant d'être majoritaire. Moi, je ne dis pas que je suis majoritaire. Je dis, je sais que nous serions un gouvernement minoritaire.
Mais vous seriez la plus petite des majorités de toutes celles possibles aujourd'hui.
Mais pas la petite des majorités. Je ne sais pas comment compter.
À qui tendriez-vous la main ? C'est-à-dire, pour élargir, effectivement, est-ce que vous pourriez tendre la main au bloc central, c'est-à-dire aux macronistes ? Est-ce que vous pourriez même envisager de discuter avec certains LR, ceux qui n'ont pas soutenu François Bayrou ou qui ont même voté contre ? Est-ce que vous seriez prêt à discuter aussi large que cela ?
La réalité, c'est qu'aujourd'hui, personne ne peut dire « ce sera tout mon programme, rien que mon programme ». C'est impossible. Et donc, forcément, ce gouvernement-là serait obligé, amené à discuter avec les uns et les autres et de voir comment nous pouvons faire avancer ce pays parce qu'on ne peut pas accepter l'idée que pendant l'année et demie qui vient, – Vous feriez ce que Jean-Luc Mélenchon dit ? – Mais pas du tout.
– C'est-à-dire que vous feriez une sorte de grande coalition ?
– Je ferais exactement ce qu'il y a un an, quand le nouveau front populaire existait, eh bien, il y avait à ce moment-là un courrier qui a été adressé au président de la République par le CIC-Casté à l'époque et tous les présidents de groupe, en disant « nous savons que nous ne sommes pas majoritaires et donc nous chercherons des compromis texte par texte ».
– Mais une petite différence, c'est qu'à l'époque, vous aviez tout de même les députés LFI avec vous, on a compris ce soir que ce ne serait plus le cas.
– Mais je le mets au défi Jean-Luc Mélenchon de voter contre le taxe Zuckmann, je le mets au défi de voter contre la suspension de la réforme des retraites, je le mets au défi de voter contre une augmentation du pouvoir d'achat pour les salariés qui ont en dessous de 1.120 euros.
– Et vous le mettez au défi de vous censurer ?
– Mais bien sûr.
– Vous n'y croyez pas ? Vous pensez que d'une fois sur place, il ne pourrait pas appeler ses troupes à vous censurer ?
– Mais comment voulez-vous aujourd'hui que les électeurs insoumis comprennent que Jean-Luc Mélenchon appellerait à censurer un gouvernement de gauche dans un moment où les femmes et les hommes de gauche espèrent précisément que les choses puissent changer ? Bien sûr que nous ne ferons pas exactement tout ce que nous avions prévu de faire, c'est une évidence. Il y aura une échéance de présence et des présidentielles en 2027. – Et même avec les députés… – Mais dans l'attente, il faudra bien que quelque chose se passe, que les Français ne soient pas en train de se dire « Mais c'est la grande déprime, on ne peut rien faire, on ne peut pas avancer ».
– Olivier Faure, même avec les députés insoumis, vous vous exposez à une censure, parce qu'une censure peut très bien intervenir sans recours au 49.3, comme vous vous y êtes engagé, et là vous auriez devant vous un mur, Rassemblement National, Bloc Central et les LR. Donc vous seriez minoritaire.
– Chacun prend son risque, Yves Tréhard. Et donc moi je suis prêt à ce que la gauche et les écologistes prennent le leur, et qu'ils fassent la démonstration que dans les propositions qu'ils font, ils peuvent trouver des majorités d'idées, et permettre d'avancer, parce que je crois que sur un certain nombre de sujets, nous pouvons avancer. – Olivier Faure. – Et qu'on n'est pas obligé de passer par une purge pour arriver à résoudre la question d'équation financière que nous avons devant nous.
– Vous venez d'évoquer la taxe Zuckmann, la retraite à 62 ans. Sur ces deux points-là, je vais même aller plus loin. Vous n'auriez pas l'opposition, espérez-vous, de LFI, parce que vous dites qu'ils ne vont pas voter contre ces mesures qu'ils souhaitent. Vous auriez même peut-être l'approbation du RN. Est-ce que ça, vous l'accepteriez ? Sur la retraite à 62 ans, par exemple, vous êtes d'accord ?
– Mais regardez ce que font les Français, et quelles sont leurs opinions sur ce sujet-là. Leur opinion, elle est ultra majoritaire.
– Leur opinion, elle est aussi soutenue par le RN. – Mais vous pourriez donc tenir grâce aux voies du RN ?
– Mais vous venez de me dire à l'instant que je pourrais aussi être battu par les voies du RN. Donc le RN existe dans cet hémicycle, on ne peut pas faire autrement que de prendre ou de ne pas prendre les voies qui les accorde aux uns et aux autres. Qu'est-ce que vous voulez que j'y fasse ? Moi, ce que je dis, c'est que je me présenterais…
– Au fond, vous êtes réaliste, vous voulez être réaliste.
– Je me présenterais devant l'Assemblée avec la gauche et les écologistes en disant « voilà ce que nous proposons, ça vous va, vous prenez, ça vous va pas, vous prenez pas ».
– Pourquoi vous ne l'avez pas proposé il y a un an ?
– Je l'ai proposé il y a un an.
– Non, mais il y a un an, vous n'étiez pas vous-même aussi franchement et clairement candidat.
– Mais je suis candidat pour la gauche et les écologistes. Ça pourrait être un autre que moi, je n'en fais pas une autre personnelle.
– C'est rien de ce psychodrame qui avait duré des semaines pour que vous essayiez de trouver un candidat, une candidate commune qui avait finalement fini… – Ça n'a pas duré des semaines, ça avait duré trop longtemps mais pas des semaines. – Ça avait duré très longtemps et vous aviez fini par sortir le nom de Lucie Castel, qui n'est donc plus la candidate, vous préférez carrément faire des choses vous-même.
– Mais ça n'est pas moi, l'article 8 de la Constitution est très clair, il dit que c'est le président qui nomme le Premier ministre. Si on lui dit « on veut un tel ou un tel », de toute façon il choisit tout seul. On l'a fait l'an passé, ça n'a pas marché. Donc là je ne lui dis pas « prenez tel ou tel », je lui dis « c'est vous qui avez le choix de prendre au sein de la gauche et des écologistes un Premier ministre qui permette d'avancer. »
– Alors attendez, pour être bien sûr de la méthode fort, si je puis dire. Dans votre tête, le gouvernement que vous pourriez diriger, c'est un gouvernement avec uniquement des ministres de gauche, uniquement, on est d'accord, communistes, socialistes, écologistes, et soutenus en fonction des textes par tel ou tel. Parce qu'il y a quelqu'un d'autre dans votre parti, Jérôme Gage, qui propose quelque chose d'un peu différent. Il dit « le président nomme un Premier ministre, et ensuite on s'enferme quelques jours avec le bloc central à l'Assemblée, et on essaie précisément de trouver une majorité sur tel texte ou tel texte.
» – J'aime beaucoup cette logique de s'enfermer, on a l'impression qu'il faudrait vous enfermer
– – On s'enferme pendant 10 jours pour qu'enfin vous vous parliez.
– Les concrèves, ça ne marche pas, vous l'avez remarqué. – Vous n'y croyez pas, vous cette logique ? – Mais ce n'est pas ça, c'est que moi je ne veux pas être dans la coproduction d'un projet commun avec la Macronie ou avec la droite. Je pense que c'est le meilleur tapis rouge qu'on puisse dérouler sous les pieds de Marine Le Pen, qui vous dira, il viendra à votre micro, et qui dira, écoutez, ces gens-là, c'est l'élite autoproclamée, qui a décidé de faire dans le lot des Français une politique qui est celle du moins-disant, etc. Et donc je suis la seule alternative.
Moi je ne souhaite pas cela, je souhaite que nous puissions dire qu'il y a dans ce pays une gauche et des écologistes, et il y a une droite, et c'est parfaitement légitime d'être de droite, et je ne reprocherai jamais à quiconque ses opinions, mais simplement dans le débat parlementaire, nous pouvons trouver à certains moments des points de convergence.
– Quel est le programme ? – Taxe Zuckman, retraite à 62 ans, quels sont les points que vous proposeriez de mettre sur la table ?
– Nous ce que nous proposons, c'est simple, nous proposons un plan qui est un plan qui permet de ne pas mourir et guérir. Donc nous considérons que la trajectoire proposée par François Bayrou est une mauvaise trajectoire, à 44 milliards d'économies c'est impossible. – Vous proposez la moitié ? – On en fait la moitié, et l'argent qu'on récolte, notamment grâce à la taxe Zuckman, la taxe sur les GAFAM, permet de trouver l'argent pour à la fois, donc permettre de réduire le déficit, et en même temps d'opérer un plan de relance et de faire gagner du pouvoir d'achat aux Français et aux Français.
– Donc on a 27 milliards d'économies, on a la taxe Zuckman, quoi d'autre ?
– Et on a 6 milliards qu'on redonne immédiatement aux Français, donc pour tous les Français qui nous écoutent et qui ce soir gagnent moins de 1920 euros net par mois, ils verront à la fin de l'année, par la baisse de la CSG, ils verront en réalité leur pouvoir d'achat à côté de 900 et 1500 euros. Ce qui est énorme pour des gens qui aujourd'hui ont tant de peine à financer la rentrée des classes, les vacances, offrir des loisirs à leurs enfants, faire en sorte que la vie soit plus belle qu'elle n'est aujourd'hui. – Ça, c'est ce que nous pouvons proposer dès demain.
– Sur le budget de la Sécurité sociale qui a été beaucoup débattu ces derniers jours, est-ce que vous reprendriez ce qui a été mis notamment par des décrets par François Bayrou sur les plus grandes difficultés à accéder à l'AME, sur la question des jours fériés, des jours de carence ? Est-ce que sur ces points-là, qui faisaient partie de l'équation, vous êtes dedans ou vous mettez ça à la population ?
– Non, on ne met pas, on peut passer autrement. Et donc ce que nous cherchons à dire, c'est qu'il y a d'autres moyens de faire. Pour toutes celles et ceux qui… enfin, vous allez sur le site du PS, vous verrez que tout est documenté, chiffré, et que nous avons trouvé les moyens de faire en sorte que ce pays ne bascule pas dans un abîme de dettes, mais en même temps que ce ne soient pas les Français de la classe moyenne, des classes populaires qui en soient les victimes.
– Vous pourriez garder Éric Lombard comme ministre de l'Économie, si vous étiez Premier ministre ?
– Je ne fais pas de casting, en fait, on n'en est pas là du tout. On est dans une situation… – Vous vous dites que c'est votre ami ?
– Non, non, mais que c'est un homme qui vient de la gauche. Il y a de la gauche dans ce gouvernement, Éric Lombard, François Rebsamen, Juliette Méadelle, voilà des gens avec qui vous pourriez créer une forme de continuité.
– Éric Lombard, il a été coproducteur du budget que nous condamnons. – Il est contre les hausses d'impôts, Éric Lombard. – Il est contre les hausses d'impôts, c'est vrai avec lui, mais moi je ne suis pas là pour le faire parler. Ce que je dis simplement, c'est qu'il faut de la clarté, et il faut éviter toute forme de confusion. La confusion conduit forcément à l'extrême droite. Pourquoi ? Parce qu'à un moment, quand on pense que c'est une affaire où la droite et la gauche, de toute façon, c'est du pareil au même, et bien dans ces cas-là, l'alternative, elle est uniquement portée par l'extrême droite. Et je ne veux à aucun prix de l'extrême droite au pouvoir.
Et donc c'est la raison pour laquelle je dis qu'il faut être clair. Et accepter le jeu de la démocratie parlementaire.
– Vous rappeliez aussi que c'est la décision du chef de l'État. À l'heure où nous parlons, vous n'avez pas eu de contact avec Emmanuel Macron. Est-ce que vous pouvez nous dire ce soir, les yeux dans les yeux, est-ce que des contacts existent avec d'autres émissaires que le président de la République, entre vous et votre parti ? – Non, il n'y a pas de contact. – Mais donc vous entendez ce soir que, je ne sais pas, c'est une parole qui sonne dans le vide, il veut aller vite. Dans quelle mesure vous espérez que votre candidature soit plus essayée par le président ?
– J'imagine que le président de la République, ne serait-ce que par élégance vis-à-vis du Premier ministre, qui n'était pas encore démis de ses fonctions par le vote de confiance, je pense qu'il y avait quand même et même de décence à avoir, et il ne pouvait pas appeler qui que ce soit. Maintenant, c'est à lui effectivement, parce que c'est lui qui est maintenant dos au mur. Qu'est-ce qu'il accepte ? Est-ce qu'il accepte de prendre enfin ses pertes ? Est-ce qu'il accepte de dire, oui, effectivement, j'ai perdu les élections législatives de l'an passé. Et donc, je dois accepter une cohabitation.
Cohabitation qui, en réalité, a plutôt profité au président de la République précédent qui l'ont accepté. Et moi, je souhaite qu'il y ait une cohabitation d'un genre d'ailleurs assez nouveau, puisque c'est une cohabitation où les cohabitants ne sont même pas majoritaires. Donc, il y a là matière à discussion et évidemment à faire avancer ce pays, parce que je ne veux pas qu'on prenne de retard dans tout ce qu'on a à redresser dans ce pays et dans l'espoir qu'il faut rendre aussi à ce pays. Il faut rallumer la lumière. Ce n'est plus possible d'être dans cette espèce d'obscurité qu'on nous a imposée depuis de l'an.
– Justement, Olivier Faure, dans une seconde, il y aura des questions de français pour vous, qui peuvent s'exprimer ce soir à travers le QR code. Très bien, mais pour rebondir sur ce que disait Marie Chantret à l'instant, on comprend que vous, ce soir, vous y croyez encore. Vous dites, ok, Emmanuel Macron, demain matin, demain après-midi, va finir par m'appeler. – Non, c'est vrai, je n'y crois en rien. – Attendez, quand on interroge, enfin quand le service politique de BFMTV interroge ses sources, notamment auprès d'Emmanuel Macron, les noms qui reviennent ce soir, on en a deux, trois, quatre. – Jamais le vôtre. – Il n'y a pas Olivier Faure.
– Sébastien Lecornu, Catherine Vautrin, Éric Lombard, Xavier Bertrand, Gérald Darmanin, Pierre Moscovici, Yael Brondivet. – Brondivet, absolument. – Évidemment, sous votre contrôle, Marie, puisque c'est votre service qui a recueilli ces noms. Pour l'instant, il n'y a aucune ouverture à gauche. Alors certes, le même service politique nous disait il y a quelques jours qu'Emmanuel Macron avait demandé à ses ministres, je cite, « de travailler avec le Parti Socialiste ».
– Mais aucun lien ne se fait, aucun lien ne s'établit visiblement. – Je ne vous dis pas que c'est ce qu'il va faire. Je vous dis sur la quoi, effectivement, moi je crois. Je crois que le président de la République, il est maintenant dos au mur. Et qu'il est dans une situation où si, en fait, il repasse les mêmes plats en changeant simplement la salade, il va finir par se retrouver avec une censure et il sera obligé de dissoudre. Et à ce moment-là, si la dissolution ne permet pas de trouver une majorité, c'est lui qui sera en réalité directement la cible et il devra démissionner.
– Vous-même, vous n'auriez pas tellement intérêt à ce qu'il y ait une dissolution. Les projections, les différentes projections le montrent. Si vous n'étiez pas, et on le sent bien, vous n'êtes plus vraiment dans un lien suffisant avec LFI pour faire une alliance électorale, vous n'en sortiez pas majoritaire.
– Mais ce soir, le sondage qui sortit sur une chaîne concurrente, c'est de dire, en fait, que le premier groupe serait à nouveau l'extrême droite, sans majorité absolue, et juste derrière, ce serait la gauche et les écologistes, les insoumis étant loin derrière. Donc, moi, je n'ai pas peur de la dissolution. Je ne suis pas en train de chercher à venir faire le maquignon avec le président de la République.
– Si d'aventure, le président de la République faisait appel à un homme ou une femme de gauche, mais qui ne soit pas vous, ça pourrait être Bernard Cazeneuve, ça pourrait être Jérôme Gage, on l'a évoqué, ça pourrait être quelqu'un d'autre. Est-ce que vous l'accepteriez ?
– Mais moi, je ne suis pas en train de faire un acte de candidature personnel. Ce que je dis, c'est que nous avons posé des choses sur la table, et que s'il y a quelqu'un qui était nommé et qui reprenait ce que nous avons nous-mêmes posé sur la table, je ne vais pas me renier. Et donc, si le contre-plan que nous avons présenté était repris par X ou Y, je le voterais, bien sûr.
– Les questions des Français pour vous, Olivier Faure, avec Lisa Hadev qui nous rejoint sur le plateau. Lisa, première question.
– Bonsoir, Olivier Faure. – Bonsoir. – Première question de Sylvie. Pourquoi ne pas réunir des parlementaires du Parti Socialiste aux Républicains pour négocier une politique commune et proposer à un Premier ministre de coalition, par exemple quelqu'un comme Bernard Cazeneuve, du PSALR ?
– Oui, franchement, si maintenant on veut expliquer que les socialistes et les LR, c'est la même chose, on fait ça, et à la fin, vous aurez le peine. Parce que vous allez créer une telle confusion. Moi, je suis contre le en même temps. On ne peut pas être en même temps de droite, en même temps de gauche. La démocratie, c'est de faire des choix, et proposer des choix au pays. Et donc, moi, je suis un homme de gauche, et je considère que la gauche a vocation à gouverner.
Maintenant, ça n'empêche pas de chercher au Parlement à avancer avec, y compris des gens qui ne pensent pas comme vous, mais ça ne peut pas être une coalition où on serait tous ensemble et où la seule alternative posée serait celle de l'extrême droite. – Deuxième question, Lisa.
– Autre question qui vous est adressée ce soir, celle de Philippe. Les socialistes sont-ils prêts à casser l'union de la gauche pour être au gouvernement ?
– Je crois que ce soir, vous avez montré vous-même que Jean-Luc Mélenchon avait cassé l'union de la gauche ce soir et qu'il n'avait même pas l'intention de soutenir un gouvernement qui viendrait de la gauche. Mais moi, je souhaite au contraire l'unité de la gauche et des écologistes faire en sorte que nous puissions gouverner ensemble et puis avancer, parce que je crois qu'il y a aujourd'hui un besoin de gauche en ce pays.
– Vous êtes surpris, vous êtes déçus par le non-soutien de Jean-Luc Mélenchon ?
– Surpris, non. Et je pense que ceux qui sont déçus, ce sont ses électeurs qui considèrent qu'aujourd'hui, il s'est placé en dehors même de toute volonté de réparer ce pays dans les plus brefs délais. Que dit Jean-Luc Mélenchon ? Il dit « c'est la présidentielle ou rien ». Mais enfin, qu'est-ce qui garantit que la présidentielle serait en fait la victoire de Jean-Luc Mélenchon ? Rien, tous les sondages disent le contraire. Donc il peut l'espérer, il a le droit de l'espérer, il est même légitime à l'espérer. Simplement, il ne peut pas dire « parce que je veux prendre ce risque-là, je le fais prendre à tous les Français ». Moi, je ne veux pas faire prendre de risque aux Français.
Je leur dis « on peut maintenant travailler, on peut maintenant avancer, alors faisons-le maintenant ». N'attendons pas une hypothétique victoire dont nous ne savons pas ce qu'elle pourrait être. Mais que vous alliez à Matignon, c'est fini votre alliance ?
Qui nous a rejoint, pardon, Tugduel-Denis, qui est donc le directeur de Valeurs Actuelles.
Vraiment juste une seconde, mais que vous alliez à Matignon ou pas, c'est fini votre alliance avec Jean-Luc Mélenchon alors ? Mais il y a beaucoup de désaccords avec Jean-Luc Mélenchon et vous les connaissez. Et donc moi j'ai toujours dit… Oui, c'était votre allié. Mais j'ai toujours dit la même chose, j'ai toujours dit que je ne souhaitais pas… Il y a beaucoup de sujets, je pense ces derniers jours, la Chine, l'Ukraine… Proche-Orient, nous n'avons pas tout à fait les mêmes approches, même s'il y a des points communs aussi.
La Chine, vous parlez des propos de Sophia Shikiru.
Oui, absolument.
Qui a refusé de qualifier la Chine de dictature et qui a mis sur un même plan les libertés telles qu'elles sont en France ou telles qu'elles sont en France.
Oui, je ne lui conseille pas d'aller vivre en Chine et de vérifier par elle-même ce qu'est la liberté pour un Chinois aujourd'hui. Donc évidemment qu'il y a… Et je me suis battu pour la reconnaissance du génocide des Ouïghours à l'Assemblée. Je l'avais fait voter à la fin de la dernière législature. Non, ça n'est pas pour aujourd'hui expliquer que nous sommes face à une grande démocratie. C'est forcément un pays avec lequel il faut discuter parce que la Chine est un grand pays. Mais de là à considérer que c'est une démocratie ou que ce n'est pas un régime plus autoritaire que le nôtre, là, il faut arrêter de se moquer du monde.
Ce qui est étonnant, Olivier Frant, tout à l'heure, vous avez dit, regardez, c'est Jean-Luc Mélenchon qui a cassé. Ce qui est très bizarre quand on l'écoute, et depuis des années, c'est que ce n'est pas vous qui avez pris l'initiative de casser.
Mais moi, je veux rassembler tous les électrices et les électeurs de gauche. Mais vous pouvez adhérer à tout ce que la France insoumise dit ? Je viens de vous dire le contraire. Simplement, ce que je dis, c'est que moi, je veux l'unité des hommes et des femmes de gauche qui, dans ce pays, veulent espérer avec la gauche. Et donc, je ne suis pas là, chaque matin, à me demander ce que fait Jean-Luc Mélenchon. Ça m'est indifférent. Ce que je veux, c'est qu'on puisse affirmer par nous-mêmes des positions qui peuvent rassembler le plus large électorat et faire en sorte que la gauche puisse gouverner. Donc, Jean-Luc Mélenchon a besoin de me taper dessus. Moi, ça m'est égal.
Je ne m'occupe pas de ce que dit Jean-Luc Mélenchon. Ce que je veux, c'est qu'on puisse faire avancer le pays et le faire avancer au profit du plus grand nombre.
Jean-Luc Mélenchon, lui, a rompu. C'était très clair.
Non, mais je ne sais pas ce qu'il a rompu. En fait, il était celui qui, avant-hier, disait qu'il ne fallait surtout pas s'écartir des insoumis. Aujourd'hui, il a peut-être rompu. Moi, ce que je dis, c'est qu'il y a des électrices et des électeurs avec lesquels je ne romperai jamais parce que je veux que toute la gauche se retrouve et que tous les écologistes se retrouvent pour pouvoir permettre à la gauche de gouverner.
Une question encore. Dans deux jours, c'est la fameuse journée du 10 septembre avec les mobilisations partout en France, avec l'idée d'un bloc en tout. Est-ce que ça a encore du sens de se mobiliser mercredi ? Ou est-ce que vous appelez à ce que les choses se construisent désormais plutôt qu'elles ne se détruisent dans les rues avec une logique de bloc en tout ? Quelle est votre attitude vis-à-vis du mouvement mercredi ? Est-ce que ça a changé ?
Je pense qu'il y a une expération qui est très puissante dans ce pays et que quoi que vous disiez, quoi que je dise, ça ne changera rien. Et qu'il y a besoin à un moment que ça sorte et que ça s'exprime. Et donc, la seule chose que j'ai à dire par rapport à ce mouvement, c'est que celles et ceux qui participeront doivent faire attention. S'ils souhaitent redonner la main au chef de l'État, qu'il soit violent. Qu'il soit, si les poubelles brûlent, si c'est la chienlit, comme on va dire le général de Gaulle.
Vous appelez au respect, à la non-violence, à la dignité, à des rassemblements qui permettent de manifester une colère, mais qui ne permettent pas au chef de l'État de dire « Regardez, ces gens-là sont complètement fous, c'est des dingues ». Et donc, la seule réponse est sécuritaire. Parce que la réponse, elle est bien sûr parfois sécuritaire, mais elle est d'abord économique, sociale, écologique.
Merci Olivier Faure d'avoir été avec nous ce soir dans cette émission spéciale. On a bien compris que vous attendez toujours le coup de téléphone de l'Élysée. On verra dans les heures qui viennent. Merci beaucoup.
Olivier Faure