Elisabeth Morin-Chartier : "Le Roumain qui travaille en France doit être payé comme le Français"
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 0:29FerméeRéponse directe
Allez-vous y arriver ?
- 1:05FerméeRéponse directe
Combien sont-ils d'un côté et de l'autre ?
- 1:33FerméeRéponse directe
Donc le principe même, vous le défendez vous ?
- 1:51OuverteRéponse directe
Mais alors, le dumping social, ces accusations de dumping social ?
- 3:17OuverteRéponse directe
Que voulez-vous changer avec cette révision ? Et là encore de manière très concrète
- 3:31FerméeRéponse directe
On aura les mêmes lignes pour tout le monde ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:08Locuteur 1Chiffre
« Il y a à peu près 400 000 travailleurs détachés en France, venus de l'étranger. »
- 1:15Locuteur 1Chiffre
« Pratiquement 300 000 Français qui travaillent en Europe. »
- 2:00Locuteur 1Chiffre
« Parce qu'il y a 20 ans, l'écart de salaire minimum dans les 15 pays que comptait l'Europe à ce moment-là, allait de 1 à 3. »
- 2:09Locuteur 1Chiffre
« Avec l'élargissement de l'Europe, l'écart des salaires minimums est passé de 1 à 10. »
- 2:24Locuteur 1Fait
« Il est payé sur le salaire minimum du pays d'accueil. »
- 3:50Locuteur 1Promesse
« Donc le roumain qui viendra travailler en France devra être payé exactement comme le travailleur français. »
- 4:08Locuteur 1Promesse
« Et en plus, il n'y aura pas le droit de traiter les indemnités en moins sur le salaire. »
- 4:22Locuteur 1Promesse
« Ça sera le tarif du repas français si le hongrois est en France. »
- 4:51Locuteur 1Promesse
« Nous votons lundi en commission emploi au Parlement européen. »
- 5:09Locuteur 1Promesse
« Faire en sorte que le travail détaché, ça soit un plus pour l'Europe, ça soit un plus pour les entreprises, ça soit un plus pour les salariés. »
Temps de parole
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L'interview éco, votre invité ce soir, Jean Lémarie, est en charge d'un dossier brûlant. Bonsoir Elisabeth Morin-Chartier. Bonsoir. Vous êtes députée européenne et votre combat en ce moment, c'est le travail détaché au Parlement. Vous êtes co-rapporteur pour la révision de la fameuse directive sur les travailleurs détachés. Vous essayez de convaincre ces jours-ci une majorité de députés qu'il faut changer les règles. Ça se joue là vraiment en ce moment. Vous n'avez plus que quelques jours. Allez-vous y arriver ?
Je suis déterminée pour changer les règles parce que la révision de cette directive sur le travail détaché est une nécessité absolue. Pourquoi est-ce que c'est une nécessité absolue ? Parce que la directive actuelle date d'il y a 20 ans.
Alors il faut rappeler d'un mot, ce qu'est le travail détaché.
Qu'est-ce que c'est qu'un travailleur détaché ? C'est finalement le Hongrois, le Portugais, le Bulgare qui vient travailler en Belgique, en Espagne, en Allemagne. Mais c'est aussi le Français qui va travailler en Pologne, en Allemagne, en Italie.
Combien sont-ils d'un côté et de l'autre ?
Il y a à peu près 400 000 travailleurs détachés en France, venus de l'étranger. Pratiquement 300 000 Français qui travaillent en Europe. Ça correspond à deux libertés fondamentales. La liberté fondamentale de prestation de services à travers l'Europe et la liberté fondamentale de libre circulation des travailleurs. Donc le principe même, vous le défendez vous ? Bien sûr que je défends la mobilité. Erasmus est là pour développer la mobilité. On voit bien qu'aujourd'hui, la mobilité c'est la meilleure résistance au chômage et c'est le développement de la plus grande expertise de l'Europe.
Mais alors, le dumping social, ces accusations de dumping social ?
Oui, il y a dumping social aujourd'hui. Pourquoi ? Et il faut en sortir. Pourquoi ? Parce qu'il y a 20 ans, l'écart de salaire minimum dans les 15 pays que comptait l'Europe à ce moment-là, allait de 1 à 3. Avec l'élargissement de l'Europe, l'écart des salaires minimums est passé de 1 à 10. Ça signifie qu'aujourd'hui, un travailleur détaché est payé selon quelles règles ? Il est payé sur le salaire minimum du pays d'accueil. Mais est-ce que c'est bien vrai tout ça ? Pas vraiment. Pourquoi ? Parce qu'on voit sur la feuille de salaire du travailleur du pays d'accueil qu'il peut y avoir une prime de froid, une prime de risque, une prime de pénibilité, un 13e mois, donc des lignes en plus.
Mais des lignes qui comptent beaucoup. Des lignes qui comptent beaucoup. Et sur la feuille de paye du travailleur détaché, il peut y avoir des lignes en moins. C'est-à-dire que peuvent être déduits du salaire minimum, des frais de transport, des frais de logement, des frais d'alimentation. Et donc les deux feuilles de salaire ne correspondent plus. C'est là le dumping social. Mais c'est aussi la concurrence déloyale entre les entreprises.
Que voulez-vous changer avec cette révision ? Et là encore de manière très concrète, Elisabeth Mora-Chartier.
Nous voulons changer. Et ma proposition de directive change cette base de rémunération. On aura les mêmes lignes pour tout le monde ? On aura les mêmes lignes pour tout le monde, exactement. La rémunération va être sanctuarisée avec les mêmes lignes, exactement, pour le travailleur détaché et pour le travailleur du pays d'accueil.
Mais en s'alignant sur quel niveau ? Le plus bas ou le plus haut ?
En s'alignant sur tout ce que... Pays d'accueil. Pays d'accueil. Donc le roumain qui viendra travailler en France devra être payé exactement comme le travailleur français. Et en plus, il n'y aura pas le droit de traiter les indemnités en moins sur le salaire. Les indemnités devront être traitées à part. Et attention, le sandwich qui sera, ou le repas qui sera donné en indemnité pour le hongrois, ça ne sera pas le tarif du repas hongrois. Ça sera le tarif du repas français si le hongrois est en France. Comme ça c'est clair, les règles sont les mêmes et les lignes seront les mêmes.
C'est votre combat du moment, Elisabeth Mora-Chartier. Face à vous, des oppositions très fortes venues notamment des pays de l'Est. Où en êtes-vous là, vendredi soir, des discussions qui doivent aboutir dans les tout prochains jours ? Est-ce que vous avez votre majorité ?
Je ne peux jamais le dire à l'avance. Une majorité, ça se voit au vote. Et nous votons lundi en commission emploi au Parlement européen. Donc, nous allons voir. Mais j'ai proposé une directive équilibrée. Parce que pour moi, mon combat, c'est de ne pas poser le socle de l'Europe sociale. Faire en sorte que le travail détaché, ça soit un plus pour l'Europe, ça soit un plus pour les entreprises, ça soit un plus pour les salariés. Et je pense fermement qu'il faut rapprocher l'Europe des citoyens. Le travail est leur premier sujet de préoccupation.
Vous êtes prudente sur l'obtention d'une majorité. Est-ce que les choses avancent ? Est-ce que c'est en bonne voie ce soir ?
C'est en bonne voie. Mais je ne vends jamais la peau de l'ours avant de l'avoir tuée. Vous savez, j'ai proposé une trentaine de compromis pour que la situation des salariés ne pousse pas à faire une Europe au moins-disant sociale. Moi, je veux une véritable Europe sociale. On a fait l'Europe économique, on a fait l'Europe de la politique agricole commune, on a fait l'Europe de la paix. Il faut faire l'Europe sociale. Et puis, il faut que nos entreprises dans l'espace européen puissent se développer dans une concurrence loyale. Donc, il faut être équilibré entre les travailleurs étrangers qui viennent chez nous, nos travailleurs qui vont à l'étranger, les entreprises, les salariés.
C'est ça l'Europe. L'Europe de l'équilibre.
Il faut l'accord des parlementaires, il faut l'accord des gouvernements européens. Là aussi, ça se joue ces jours-ci. Vous êtes, vous, élu sous l'étiquette Les Républicains. Est-ce un sujet de droite ou de gauche aujourd'hui ? Au niveau de l'Europe.
C'est un sujet européen. Moi, tout mon travail... Mais les clivages, où sont-ils ? Entre pays ou entre options politiques ? Il y a beaucoup plus de clivages entre pays qu'entre options politiques. Je dois vous dire que je travaille en parfaite coordination avec ma co-rapporteure, Agnès Yungerius, qui a été la patronne d'une très grande confédération syndicale aux Pays-Bas. Elle est socialiste. Notre texte, c'est notre texte à toutes les deux, ensemble.
Élisabeth Morin-Chartier, députée européenne. Suspense donc encore quelques jours, évidemment. On va suivre ça. Ce sujet des travailleurs détachés est un sujet crucial. Merci à vous.
Elisabeth Morin-Chartier