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interviewThinkerview· 6 octobre 2022 169 min

François Ruffin : Où va la France ?

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:09
Présentateur

François Ruffin, bonsoir.

0:10
François Ruffin

Bonsoir.

0:11
Présentateur

Nous vous recevons pour une chaîne internet qui s'appelle Thinkerview. Nous sommes en direct. Est-ce que vous pouvez vous présenter succinctement ?

0:17
François Ruffin

Je suis donc député, représentant de la nation. C'est le titre que je préfère. C'est-à-dire qu'au fond, je considère que ça fait maintenant près de 25 ans que j'essaye de représenter la nation ou les parts les moins visibles de la nation. D'abord dans mon journal qui était Fakir, à la radio avec Daniel Mermet, à la base si j'y suis, dans mes films, merci patron et compagnie, et maintenant, parfois, à la tribune de l'Assemblée nationale. Mais je vois une continuité dans mon parcours.

0:44
Présentateur

Je vois, alors les gens ne le voient pas, mais il y a plein de papiers par terre. C'est quoi tous ces petits papiers ?

0:49
François Ruffin

C'est mon filet de sécurité. En général, je ne regarde pas. Mais quand je vais dans les médias, j'arrive toujours avec mes paquets de documents parce que j'ai bossé en amont. Et avant de passer ici à Thinkerview, on ne sait pas si on va nous parler de l'Amérique latine, des gazoducs, de l'Algérie, de quoi. Donc on révise le quid et voilà.

1:07
Présentateur

Eh bien, écoutez, bienvenue. Et donc, on va parler aujourd'hui de Où va la France ?

1:13
François Ruffin

Avec ça.

1:14
Présentateur

Ça fait à peu près 5 ans qu'on ne s'est pas vus. C'était fort agréable la première fois. Et donc, on va creuser aujourd'hui, un peu en détail, le prisme de lecture de...

1:23
François Ruffin

François Ruffin, moi.

1:25
Présentateur

Oui, François Ruffin, merci. J'étais en train d'avaler ma veugienne, c'est pour ça. François Ruffin, Où va la France ? Là, si on devait se revoir dans 5 ans pour refaire une émission, on en serait où selon votre perception, selon ta perception, de l'industrie, de l'énergie, du social, de la géopolitique, de la guerre économique ? Dans 5 ans, la France, elle en est où ?

1:54
François Ruffin

Franchement, je ne suis pas prophète. Il faut se dire que la vérité, c'est que la question Où va la France ? Je viens de la sortir. Moi, je ne sais même pas que c'était le thème de l'émission. D'accord ? Et je sais qu'il n'y a pas pour moi de fatalité dans l'histoire. Et c'est ce que les hommes en font, et les femmes, bien sûr. Je veux dire que la crise de 1929, elle a donné le New Deal aux Etats-Unis, elle a donné le nazisme en Allemagne, elle a donné le Front populaire en France. Donc, il y a des réponses qui peuvent être nationales, qui peuvent être différentes selon la structure des sociétés et selon la volonté des hommes et des femmes qui l'habitent.

Et donc, évidemment, moi, je me bagarre pour qu'on ait une issue de l'histoire, une suite qui soit plutôt progressiste, qui soit faite de solidarité et qui fasse que les personnes qui habitent notre pays, elles puissent vivre dignement, se loger dignement, s'habiller dignement, se nourrir dignement et qu'il n'y ait pas du gavage en haut et du rationnement en bas.

2:47
Présentateur

Moi, je vais poser une question qui est quel est le point commun depuis les 2000 dernières années qu'il y a entre toutes les crises que l'humanité a pu traverser ? Quel est le point commun qu'il y a entre toutes les crises depuis les 2000 dernières années ?

3:05
François Ruffin

C'est vraiment un spécimen, toi. C'est fait exprès, c'est fait exprès. Est-ce que tu connaissais l'émission de Jacques Sancel, Radioscopie ?

3:15
Présentateur

J'étais pas né, je crois bien.

3:17
François Ruffin

Si, si, si, arrête. Et tu vois, à un moment, il interroge Sartre comme ça, « Et Dieu dans tout ça ? » Et ça tombe comme ça, un peu du ciel, c'est le cas de le dire. Mais toi, on a l'impression que c'est pareil. Et à un moment, il y a Daniel Mermet et d'autres qui avaient repris les questions de Jacques Sancel, et ça faisait... Et ça tombait sur une question au hasard, et l'invité, d'un seul coup, il devait répondre, « Et Dieu dans tout ça ? » Mais toi, on a l'impression que c'est pareil. D'abord, je sais pas. Du coup, tu nous offres un point d'entrée, et on va prendre ce qui se fait. D'abord, dire de où je parle, tu vois.

On était dans la cuisine tout à l'heure, et il y a Bernadette qui est venue, une blague, qui est venue pour vider les poubelles.

3:59
Présentateur

Que je n'avais pas vue depuis longtemps, en plus.

4:00
François Ruffin

Voilà, et qui raconte un petit peu sa vie. Je suis venu du Congo-Brasaville. Quand j'étais à la préfecture, je ne savais pas lire, pas écrire. Et je pleurais. Et je pleurais pour avoir mes papiers, et la France, elle m'a apporté ça. Elle m'a apporté qu'à la mairie, j'ai pris des cours de français, maintenant, je sais lire, je sais écrire, et je me sens mieux. En gros, c'est ce qu'on sentait. Moi, je suis quoi ? Moi, je suis là pour défendre les Bernadettes, ici, et défendre Géraldine. Je vais te prendre dans mon coin, à Amiens, qui travaille chez Honnête, donc une société de ménage, à l'hôpital d'Amiens, et qui prend le quart le matin.

Comme Bernadette, elle doit venir de troisième couronne de la banlieue parisienne et faire une heure, une heure et demie de transport pour venir ici, tu vois. Et bien là, Géraldine, elle prend le quart le matin, elle vient faire ses trois heures à l'hôpital pour nettoyer les couloirs, et elle repart, et elle a un chantier le soir. Voilà pour qui je viens parler.

4:53
Présentateur

Donc là, je t'ai envoyé une question un peu balèze d'un coup.

5:00
François Ruffin

Bah oui, 2000 ans et les crises en général.

5:02
Présentateur

Quel est le point commun dans toutes ces crises ? Et bien le point commun, c'est que...

5:05
François Ruffin

Si tu as les réponses, ça va mieux.

5:08
Présentateur

Non mais je te lance après sur le prochain sujet, c'est notre introduction qui est complètement ratée d'ailleurs. On en est sorti à chaque fois par une augmentation de consommation énergétique. C'est-à-dire ta crise de 1929, la crise de 1914, la guerre de 1939. À chaque fois, on en est ressorti par une consommation énergétique accrue. La crise qu'on est en train de vivre en ce moment, c'est qu'on ne pourra pas repartir sur une augmentation de consommation énergétique accrue. Donc moi, la question que je te pose, c'est comment toi, qui es député, qui a les mains dans le cambouis, qui est enraciné localement, qui va voir les problèmes des gens, des vrais, tu vois ce que je veux dire ?

Comment toi, tu vas faire pour réussir à ce que les gens puissent avoir un toit sur la tête, avoir un service public qui tient encore la route, alors que notre décrue énergétique va être affolante ?

6:02
François Ruffin

Tu sais, en ce moment, je suis pas mal interrogé par ce qui s'est passé pendant les guerres. La nécessité pour moi, en gros, c'est Roosevelt 1942. Roosevelt 1942, il entre en guerre, il lui manque de bombardiers, il lui manque de tanks, il lui manque de porte-avions, l'armée représente 2% du budget américain, et à l'arrivée, deux ans plus tard, ça représente, je crois, 47% du budget américain, et il a démultiplié ses capacités de production. De la même manière qu'il produit une économie de guerre, je pense qu'on doit produire une économie de guerre climatique.

Et ce que fait Roosevelt aussi, et ce qui me paraît essentiel, c'est que, partant d'une crise majeure, la Deuxième Guerre mondiale, il établit un certain niveau d'égalité à l'intérieur du pays. Le taux d'impôt sur les sociétés va être multiplié par 16, tu vois. Le taux d'impôt sur les revenus, il me semble que c'est par 40. Bon, on atteint 90% dans les tranches supérieures, tu sais, d'imposition sur le revenu, et ça produit un certain niveau d'égalité qui fait qu'il y a une acceptation de la société d'aller dans le sens commun. L'Angleterre, au même moment, elle met en place des mesures de rationnement, finalement.

Et là, ce qui est incroyable, c'est que c'est pendant la Deuxième Guerre mondiale que l'espérance de vie des classes populaires a le plus progressé en Angleterre pendant tout le XXe siècle. Elle a gagné 7 années. Pourquoi ? Parce qu'en même temps qu'on s'est dit qu'il fallait que le bas, le haut, pardon, on baisse le plafond, on a relevé le plancher du bas et on leur a dit vous aurez de quoi manger, vous aurez de quoi vous soigner, tu vois. Et je pense que la réponse à la crise aujourd'hui qu'on traverse, ce qui est pour moi pas seulement une crise de l'énergie, il faudrait, j'espère, en venir à une crise de la démocratie et qui est une crise de la démocratie organisée et voulue.

Bon, mais la réponse...

7:56
Présentateur

Attention, c'est des points de vue sédicieux, ça.

7:58
François Ruffin

Oui, mais il m'arrive d'avoir des points de vue sédicieux un petit peu, quoi.

8:01
Présentateur

Mais... Des enquêtes aussi pour sédition, non ?

8:03
François Ruffin

Alors, moi, j'étais... Enfin, je suis quand même l'une des rares personnalités qui s'est fait surveiller par les deux Bernards en même temps, par Bernard Arnault et par Bernard Squarsini. Je ne sais pas si tu voudras en faire un point de... Mais voilà, c'est moi qui étais sous surveillance. Bon, mais donc... Là, voilà. L'exigence d'égalité. Je pense qu'on ne pourra accepter des mesures de réduction de notre consommation d'énergie que si jamais il y a le plafond qui est redescendu et le plancher qui est relevé.

8:40
Présentateur

C'est ce que tu m'autorises à te couper.

8:41
François Ruffin

C'est ce que tu fais. De toute façon, en général, sans me demander mon autorisation.

8:46
Présentateur

Je m'excuse d'avance.

8:47
François Ruffin

Je t'en prie.

8:48
Présentateur

Hier, il y avait la conférence de l'OPEC. L'OPEC, pardon. Il y a eu une question d'une journaliste concernant la pénurie, la précarité énergétique. Et la réponse, ça a été... Mais vous savez, ma très chère dame, en Afrique, il y a plus de 600 millions de personnes qui n'ont pas l'eau et l'électricité. Ça, c'est la vraie précarité énergétique. La journaliste faisait référence à la précarité énergétique que l'Europe est en train de subir. Sur ce nivellement, sur cette égalité d'accès à l'énergie, comment on peut mondialiser ce concept ? Est-ce que les 680 millions d'Africains qui n'ont pas accès à l'eau et l'électricité, on doit leur lever le plafond de la consommation énergétique ?

Et est-ce que les consommations énergétiques européennes et occidentales doivent être plafonnées énivelées en fonction de la précarité énergétique africaine ?

9:43
François Ruffin

Il s'agit d'aller vers ça. Maintenant, et c'est évident qu'on ne va pas le faire en claquant des doigts, mais il va y avoir une autorisation à tous ceux qui sont en bas de relever le plancher et une obligation pour ceux qui sont en haut d'abaisser le plafond. Mais ça, ça ne va pas se faire par la main invisible du marché. Si on laisse faire la main invisible du marché, elle va produire le pire dans les temps qu'on traverse. C'est-à-dire que c'est le porte-monnaie qui va devenir le régulateur, qui l'est déjà.

Et au fond, le porte-monnaie font que ceux qui sont en haut ne ressentent aucune limite à leur hyper-consommation et vont continuer d'hyper-consommer et vraisemblablement d'hyper-consommer encore davantage. Tandis que ceux qui sont en bas sont immédiatement restreints dès qu'on dit qu'il y a une augmentation de 5% ou là, il va y avoir 15%. Pour eux, ça va représenter quelque chose de gigantesque et d'infaisable alors que ça sera indolore pour ceux qui sont en haut. Donc ça ne peut pas se faire seulement par les prix du marché. Ça doit se faire par une volonté de dire il y a un rationnement, il y a un quota, il y a un plafond qu'on ne doit pas dépasser.

Tu vois, c'est la nécessité de restaurer des limites. Le mot limite est un mot important. Je me souviens, j'étais allé au Monaco Yacht Show tu nous racontais tout à l'heure comment tu avais fréquenté des univers de riches.

10:58
Présentateur

Comment on avait acquis.

10:59
François Ruffin

Il m'est arrivé aussi comme reporter et avec plaisir d'aller à Meugev assister à des tournois de polo sur glace, d'aller faire le faux gendre de millionnaire de chips français qui va s'exiler fiscalement en Belgique et rencontre des cabinets conseils, va acheter de l'immobilier, fréquente un cercle hérité de Léopold Senghor ou des choses comme ça. avec grand bonheur et là je me trouvais au Monaco Yacht Show et il y a un moment où ils remettent le green label, le label vert. Donc c'était le yacht écologique. Je demande à le voir. Je m'attendais à un voilier en bois et là je tombe sur un yacht de trois ponts en acier noir et tu vois complètement écrasé par la masse.

Je vois ça et je demande au président du jury mais qu'est-ce qui est écologique là-dedans ? Il me dit bah voilà, c'est pas une blague, je te jure que c'est pas une blague.

12:03
Présentateur

Un peu catalytique.

12:04
François Ruffin

Non, il m'a dit quand on va aux toilettes, ça reste à l'intérieur, c'est pas jeté dans la mer et les plans ont été faits sur ordinateur et pas sur papier. Je demande mais combien ça consomme à l'heure ? Ils me disent entre 800 et 1200 litres de l'heure. Et c'est du détaxé, tu sais. Bon, donc, et il y avait un yacht qui s'appelait le limitless, le sans limite. Ça dit tout. Là, on vit des temps. Pour moi, le mot qui doit dominer notre époque, là, c'est le mot indécence. On est dans un temps d'incroyable indécence. Moi, j'ai fait ma campagne électorale en faisant compter les gens avec moi. Est-ce que vous pourriez compter avec moi jusque trois ?

Un, deux, trois, 10 000 euros pour Jeff Bezos, le patron d'Amazon qui ne paye pas ses impôts en France alors que le boulanger du coin est taxé à 24%. Et ça veut dire que pendant ces trois secondes, il a gagné autant que Hayat, qui était ma suppléante accompagnante d'enfance en situation d'endicap pendant un an. Enfin, c'est du délire. Là, tu vois, on te parle de crise. Je sais que ça fait marxiste de base, tu vois. Mais, enfin, c'est tellement gros comme une vache au milieu du couloir. Et tous les jours, il faudrait qu'on ne voit pas cette vache au milieu du couloir.

Quant à, Les Echos, le journal de mon ami Bernard Arnault, qui n'est quand même pas, pour le coup, un repère de marxiste, qui annonce que dividende record, donc de tous les temps, pour les entreprises du CAC 40, 44 milliards d'euros. Quand il t'annonce que l'an dernier, les salaires des PDG français ont doublé. Enfin, pendant la crise Covid, les milliardaires français, ils ont fait plus de 300 milliards d'euros. Tu vois, ça ne veut rien dire. On ne sait pas ce que ça veut dire plus de 300 milliards d'euros.

Alors, il s'agit toujours de donner des images parce que les gens, et en particulier, tu vois, les gens qui sont déjà du mal à aller jusqu'à 2000 euros, ils ne vont pas aller à 300 milliards. par le PIB de ma région Hauts-de-France, que je ne reconnais toujours pas, moi, c'est Picardie, il dépend de ça, moi, c'est la Picardie toujours, tu vois, mais c'est 150 milliards d'euros. Le PIB de la région Grand Est, c'est 150 milliards d'euros.

Donc, il faut imaginer que pendant un an, les ouvriers, les employés, les architectes, les médecins, les gendarmes, les hospitaliers de ces deux immenses régions entre Strasbourg et Calais, entre Dunkerque et Beauvais, entre Reims et Lille, tout ça, a travaillé pendant un an pour enrichir les milliardaires français. C'est tellement, on est tellement dans un temps, alors, je continue dans mes chiffres, tu m'arrêtes quand tu veux, mais en 20 ans, le PIB des 500 fortunes françaises, il était équivalent, le patrimoine des 500 fortunes françaises était de 5% du PIB il y a 20 ans, on est aujourd'hui à 38% du PIB.

Donc, tu vois, d'ailleurs, ça y est, c'est parti, mais le symbole pour moi de l'époque, c'est Orpéa, ce qui s'est passé chez Orpéa, donc dans les maisons de retraite, où on découvre que les personnes âgées sont rationnées sur leur crouton de soupe, qu'elles sont rationnées sur leur couche-culotte, qu'elles sont rationnées sur leur gâteau de pépiteau, que, en vérité, m'a expliqué le journaliste Victor Castané, elles avaient faim, la faim s'était installée dans les EHPAD, parce qu'ils ne les nourrissaient pas, et pour, du coup, quand même trouver des coupes faim, en fait, ils ont dit, on va faire prescrire des médicaments de la sécurité sociale, comme ça, c'est la sécu qui payait la bouffe, tu vois, le rationnement, donc tout est rationné, et à l'inverse, le seul truc qui n'était pas rationné, c'était les profits hors PA et les salaires de ses dirigeants, et je pense que...

15:58
Présentateur

Il a fait rencourcer en ce moment-là.

15:59
François Ruffin

Ouais, non, enfin, on verra bien ce que ça donne, mais là, on est, pour moi, dans cette histoire-là, elle est la caricature, le symbole de notre monde, avec, donc là, je te dis, les milliardaires, les fortunes, t'arrives même pas à savoir combien il y a de zéro il y a derrière, en revanche, dès qu'il s'agit des gens, là, c'est à l'euro près pour reprendre du Bruno Le Maire, tu vois, il va donner 8 milliards d'euros aux grandes entreprises de ce pays, là, c'est dans le budget, c'est la baisse de la CVAE, sur la contribution, sur la valeur ajoutée des entreprises, c'est des trucs chiants, tu vois, c'est 8 milliards d'euros, les deux tiers vont aller aux plus grosses entreprises du pays, ça va passer comme une lettre à la poste, bon, il en est à 50 milliards d'euros au total, tous les ans, de dons aux plus riches, c'est-à-dire qu'on a déjà une mondialisation qui produit une inégalisation interne, ça, c'est un théorème de Ekster Olin, bon, c'est des économistes, à l'ouverture de l'économie répond des inégalisations internes, donc, en fait, qu'est-ce qui se passe ?

T'as les ouvriers à qui on demande de regarder vers l'est et vers le bas, parce qu'on va dire aux mecs de chez Dunlop, ouais, mais attends, tu peux pas être payé plus de 12 euros de l'heure parce que, regarde, en Estonie, ils produisent des pneus pour bien moins cher que toi, donc, on leur demande de regarder vers l'est et vers le bas, et t'as le patron de Total, lui, qui s'augmente de 52% l'année dernière, parce qu'il dit, mais regardez, le patron de Exxon, il est bien mieux payé que moi, donc, lui, le haut, regarde vers plus haut et vers l'ouest, tu vois le truc ? Ça, c'est... Donc, et non, que devrait faire l'État dans ce cadre-là ? Il devrait essayer de...

Peut-être pas d'arriver à l'égalité, mais d'essayer de rétablir un petit peu les plateaux de la balance. Eh bien, t'as un État qui fait l'inverse et qui décide pendant ce temps-là que sur les accompagnantes d'enfants en situation de handicap, ça sera à l'euro près, elles seront pas augmentées, bien qu'étant employées de l'éducation nationale, elles vont rester largement sous le SMIC et sous le seuil de pauvreté, et qu'en revanche, on va donner 8 milliards d'euros supplémentaires aux entreprises. Donc, on vit un temps d'indécence incroyable.

18:02
Présentateur

Revenons à tes bateaux. Il y a un yacht qui a été designé pour la crise énergétique, c'est le Faucon Maltais. Tiens, à voir, c'est un yacht avec trois mains.

18:11
François Ruffin

D'accord.

18:12
Présentateur

Mais bon.

18:12
François Ruffin

Mais de la même manière qu'il y a des bateaux, maintenant, des portes-conteneurs qui...

18:17
Présentateur

Avec des cerfs-volants.

18:17
François Ruffin

Qui peuvent être faits avec des voiles. Je veux dire, c'est pas comme si on n'avait pas des techniques à notre disposition, puisque pendant des siècles, on a quand même transporté des marques, transporté, pardon, des marchandises sur les mers par des moyens qui étaient extrêmement écologiques.

18:33
Présentateur

Alors, tu me lances sur le débat sur la crise énergétique.

18:37
François Ruffin

C'est toi qui te lances. Et je crois qu'il n'y a pas besoin de faire beaucoup d'épreu pour que tu te lances tout seul dans un débat sur la crise énergétique. Alors,

18:43
Présentateur

la voile, il y a des entreprises qui font venir du cacao et du café à la voile. Ça met beaucoup plus de temps, c'est beaucoup plus cher. Est-ce que la voile peut soutenir une économie mondialisée ? Est-ce que l'écologie, peut soutenir une économie mondialisée basée sur une fonction expérientielle, basée sur la mégalomanie de la consommation ? Est-ce qu'il... Quel changement de paradigme tu vois se profiler pour temporiser ce monstre qui, depuis les 50 dernières années, détruit le biotope, les gens, les âmes, crée des conflits ?

19:20
François Ruffin

Je pense qu'il y a une chose dont tu ne dis pas qu'elle le détruit, mais c'est la démocratie. Et, bon, je vais le dire, moi je suis protectionniste depuis longtemps, c'est-à-dire que je souhaite une relocalisation des économies. Il ne s'agit pas de faire produire du café et du chocolat, on ne va pas y arriver ici en Picardie, tu vois. Mais bientôt. Mais peut-être. Mais, c'est Keynes qui disait écoute, que la culture, que les idées, que les livres soient internationales, il le faut. Mais en revanche, que tout ce qui peut être de l'ordre de la production locale soit de la production locale.

Voilà, c'était, et donc évidemment il y a un distinguo à opérer entre des valeurs de, tu vois, le siècle des Lumières était un siècle qui transportait les idées d'un pays à l'autre et une production qui, quand elle peut être nationale, doit rester nationale. Mais donc, je te dis la démocratie parce que, pour moi, Samuel Huntington, donc tu vois, qui a écrit ensuite le choc des civilisations, mais en 1975, il rend un rapport à la commission trilatérale que tu connais, donc qui réunit les élites américaines, européennes et japonaises et c'est un rapport sur... Isétique. Oui, et qui s'intitule Crisis of Democracy. Crise de démocratie. Mais pour lui, c'est comme une crise de foi.

C'est qu'il y en a trop. Et il explique dans ce rapport qui est public, qu'on connaît, qui n'était pas à l'époque, mais il dit, voilà, on a un problème. La démocratie, c'est bien, mais il faut toujours qu'il y en ait quand même qui ne soient pas dedans. ça va mieux quand il n'y a pas les noirs à l'intérieur, ça va mieux quand il n'y a pas les pauvres à l'intérieur, ça va mieux quand il n'y a pas les femmes à l'intérieur, ça dépend des moments, mais voilà. Et aujourd'hui, il dit, comment vous voulez que les dirigeants dirigent tranquillement ? Parce que, en ce moment, on est donc dans l'après 68, les années 70, 1975, en ce moment, ces gens prennent la démocratie au sérieux.

ils manifestent, ils protestent, ils s'organisent, ils votent. Bon, ce n'est pas possible. Comment voulez-vous que dans ces conditions, nos gouvernants gouvernent tranquillement ? Et il dit, c'est texto-là, ce que j'ai dit là, c'est un peu de la paraphrase, mais ce qu'il dit ensuite texto, il nous faut restaurer de l'apathie politique. C'est écrit dans le rapport de Samuel Huntington et on ne comprend pas ce qui se passe depuis 40 ans, le temps dans lequel on se trouve, si jamais on ne voit pas qu'il y a une stratégie mise en place par les dominants pour échapper à cette démocratie qui était trop vivace alors.

Ça, tu vois, Huntington, il parle des Etats-Unis, on a des témoignages sur les boîtes américaines dans lesquelles le lundi matin, les ouvriers ne vont plus à l'usine, où on est dans une espèce de démission permanente et où le capital se dit, mais bon sang, est-ce qu'on va encore pouvoir continuer à faire tourner la boutique ?

22:17
Présentateur

Un peu ce qui s'est passé avec le Covid.

22:19
François Ruffin

Oui, sauf que là, il l'avait décidé. Là, c'est pas comme si il l'avait décidé, tu vois. Et là, dans mon coin, c'est la même histoire un peu. Donc, mon coin, les cathédrales de Picardie, d'Amiens, de Beauvais, ont été construites sur le textile depuis des siècles. Bon, 1975, c'est mon année de naissance, l'année du rapport Huntington, et c'est aussi le sommet de la protection textile en Picardie. Jamais on n'a produit autant. Mais c'est un temps où quand on regarde dans le Val-de-Nièvre, dans le lieu de l'Empire Saint-Frère, eh bien, il y avait des grèves tous les jours, enfin régulièrement.

Il y avait des hausses de salaires, il y avait des revendications, il y avait à l'époque une CFDT qui était plus à gauche que la CGT. Et donc, c'était un temps comme ça, on passait par-dessus les murs, on libérait les camarades, enfin tu vois, c'était des temps de manifestation. Eh bien, comment ils ont répondu à ce rapport de force ? Ils ont répondu ce rapport de force en finalement, comme ils perdaient sur ce terrain-là, en décidant de changer de terrain. Et à ce moment-là, qu'est-ce qu'ils ont fait ? Ils ont signé un truc qui s'appelle, je ne sais pas si tu connais, les accords AMF, les accords multifibres.

Les accords multifibres, c'est les premiers accords de mondialisation sur le textile et ça va avoir comme effet très rapide une délocalisation d'abord dans les pays du Maghreb, puis à Madagascar, puis en Inde, puis en Chine. Dix ans plus tard, en 1985, il n'y a presque plus rien du textile en Picardie. Tout est quasiment démoli. Et en revanche, si tu regardes les coupures de presse de l'époque, tu as des ouvertures du Resto du Coeur, tu as des dépressions, tu as des plans de licenciement en série et tu as du malaise qui est installé. Et là, c'est clair que qu'est-ce qui s'est passé à ce moment-là ?

24:03
Présentateur

Quelle année ? Rappelle-moi.

24:05
François Ruffin

Dix ans plus tard, 1985. Et 1985, c'est le moment, c'est pour ça que je prends cette date, c'est le moment où Bernard Arnault rachète l'Empire Boussac-Saint-Fresc, qui va être le point d'origine de sa fortune, parce qu'il vient et promet aux milliers d'ouvriers qu'il va garder les emplois et en fait, il va tout liquider, il ne va garder que la pépite qui se trouve à l'intérieur qui est Dior, sur lequel il va fonder son empire du luxe, donc basé sur un mensonge. Et donc, voilà, et tout le reste va être démantelé.

Parce que, il y a eu, ce n'est pas par le fruit de hasard, ce n'est pas par la main invisible du marché, ce n'est pas par la providence, c'est par un choix qui était finalement moins un choix de recherche du profit pour moi. Évidemment, il allait y avoir des salaires moins chers au Maghreb qu'en Picardie, mais surtout, pour moi, c'est un choix de pouvoir, de garder le pouvoir, d'inverser le rapport de force. Et donc là, là, et bien, c'est pour ça que je te dis, au fond, le processus de mondialisation a un impact sur la fiscalité. Je veux bien développer tout ça, je suis très à l'aise. Tu me permets ou pas ? Bien sûr. Non, sur la fiscalité. Regarde ce qui se passe.

Depuis, il faut prendre, tu sais, c'est en 1982, Lionel Jospin qui dit nous ouvrons une parenthèse libérale alors qu'il était premier secrétaire du Parti Socialiste. En fait, la parenthèse libérale, on est encore coincé à l'intérieur. Donc, ce qui se passe sur le terrain de la fiscalité, c'est une baisse, une baisse constante de ce qu'on appelle des taxations des bases mobiles. Qu'est-ce qui est mobile ? Le capital est très mobile. Il peut partir d'un endroit à un autre. Qu'est-ce qui est très mobile aussi ? Les firmes, elles peuvent menacer de partir d'un endroit à un autre. Qu'est-ce qui est beaucoup moins mobile ? Les PME ? L'artisan du coin qui ne va pas partir aux Bermudes ?

25:51
Présentateur

Le petit propriétaire de son appartement ?

25:53
François Ruffin

Mais oui, juste le nous. Moi, je ne vais pas aller me délocaliser au Luxembourg ou en Andorre, tu vois, ou encore moins à Jersey. Et donc, du coup, on a un glissement de la fiscalité des bases mobiles vers les bases immobiles. Et donc, tu regardes l'impôt sur les sociétés, il était à 50% au milieu des années 80, en 1985, il est précisément à 50%. Là, le taux affiché est de 25%. Mais en vérité, on sait que les sociétés du CAC 40, elles sont à 4%. Le total paye 0% d'impôt sur les sociétés pour mémoire, comme ça. Et il est à 24% pour les PME. Et en revanche, quel est le type de fiscalité qui va augmenter ? C'est la TVA, c'est la CSG, c'est ce type de contributions-là.

Là, ça va être la taxe foncière, par exemple. Et donc, et tout, alors que c'est un, je l'ai dit, dumping fiscal parce qu'il y a la menace de partir. Et en fait, les multinationales peuvent être comme dans un espèce de supermarché où elles vont chercher les plus faibles normes environnementales, le plus bas coût fiscal.

26:56
Présentateur

Le plus bas coût énergétique.

26:57
François Ruffin

Aussi.

26:58
Présentateur

J'en reviens à ma question. Ah. comment on fait pour relocaliser une industrie quand on a un prix de l'électricité qui a été multiplié par X, un prix du gaz qui a été multiplié par X, quand on entend une petite commune dire, ben là, le prix de l'électricité s'est multiplié par 16, le prix du gaz multiplié par 32. comment on fait pour relocaliser dans une Europe qui n'a pas d'énergie de bon marché et qui en plus maintenant a des problèmes d'approvisionnement ?

27:27
François Ruffin

Dire quand même que la crise du gaz et la crise de l'électricité, ce n'est pas les mêmes. C'est toi le grand spécialiste à tueur. Tu pourrais te mettre dans le fauteuil et me donner des leçons.

27:39
Présentateur

Je ne suis pas censé donner des leçons et je ne suis pas censé donner mon plan de vue.

27:42
François Ruffin

Tu le donnes quand même. La neutralité des journalistes, je n'y crois pas.

27:46
Présentateur

Ça tombe bien, je ne suis pas journaliste.

27:47
François Ruffin

Oui, mais la neutralité des non-journalistes non plus. Rien n'est neutre dans cette existence. Nul ne traverse l'existence de manière neutre. La crise du gaz est une crise d'importation mais la crise de l'électricité, c'est une crise qu'on se produit nous-mêmes quand même. Aujourd'hui, la hausse des cours de l'électricité, c'est un truc qui n'a rien à voir avec la réalité du marché qui ne devrait plus être un marché par ailleurs. C'est le choix. Il faudrait revenir aux responsabilités de Sarkozy, Macron et compagnie de la Commission européenne. Ils ont, tu vois, quand on n'a qu'un marque taux, on voit tous les problèmes sous forme de clous. Ce sont des ayatollahs de la concurrence.

Ils ne voient toute l'existence que sous un prisme qui est la concurrence, la concurrence, la concurrence. Le rail, tu vois, on a une loi sur le nouveau pacte ferroviaire. A l'intérieur, il y avait 87 fois le mot concurrence. Il y avait 0 fois le mot réchauffement, 0 fois le mot climat, 0 fois le mot biodiversité, 0 fois le mot passager. Tu vois, ce n'était pas ça qui comptait. Ce qui comptait, c'était juste d'instaurer de la concurrence, de la concurrence, de la concurrence. Regarde ce qu'ils font sur les universités. C'est à nouveau, leur prisme, c'est la concurrence, la concurrence, la concurrence. Tout n'est vu qu'avec cette concurrence.

Et évidemment, il a fallu que, alors qu'on avait quand même EDF, GDF, c'était quand même un truc qui marchait et qui a marché pendant longtemps, l'héritage de Marcel Paul. et finalement qui a marché pendant longtemps, y compris avec les industriels comme bénéficiaires d'une situation stable sur le terrain énergétique.

29:24
Présentateur

Un plan à long terme.

29:26
François Ruffin

Visibilité à long terme. Il a fallu qu'ils cassent ça, qu'ils en fassent des petits bouts, des espèces du mécano. Ah, tu vois, j'ai une citation qui me revient d'un paysan, un arboriculteur.

29:38
Présentateur

Comment il s'appelle ?

29:39
François Ruffin

Régis Mince. Je suis sûr que je vais retrouver son nom au fur et à mesure. Tu vois, Régis Aubenas, tu vois, qui habitait... Comme l'Ardèche ? Oui, mais qui n'est pas en Ardèche, qui est à côté, qui est dans la Drôme, donc qui avait des abricotiers. Et alors, crise de l'abricotier, crise des arbres fruitiers, pourquoi alors ? Tu vois, même il était à la FNSEA, il y est toujours, et tu vois des conflits internes à la FNSEA, ça nous fait glisser, mais c'est pas grave, des conflits internes à la FNSEA parce que lui, il est dans quelque chose qui réclame de la main-d'oeuvre.

Tandis que ceux qui dirigent la FNSEA, c'est là où il y a peu de main-d'oeuvre, tu vois, par exemple dans mon coin, ça va être les grandes surfaces de blé, mais lui, qui ont très peu de main-d'oeuvre, alors que lui, il reste dans l'arboriculture, dans quelque chose qui a beaucoup de main-d'oeuvre. Donc, il ne peut pas être concurrent ou compétitif face aux fruits apportés d'Espagne avec un plus bas coût de main-d'oeuvre, d'autant plus que si c'est...

30:34
Présentateur

Un plus bas coût énergique,

30:35
François Ruffin

avec des travailleurs détachés à l'intérieur, donc son truc se casse la figure. Mais bon, et donc, à un moment, il dit, je suis allé à Bruxelles et j'ai rencontré là les... pas les commissaires, mais les techniciens du lait. Et il me dit, ne me parlez que de concurrence, concurrence, concurrence, ouverture du marché, ouverture du marché, ouverture du marché. Et il a cette phrase, il me dit, j'ai rencontré les petits soldats de Milton Friedman. Donc Milton Friedman étant cet économiste de l'école de Chicago qui pense le marché, le marché, le marché, avec Hayek. Bon, et au fond, ça va faire une longue digression, mais tu vois, sur ce lait, qu'est-ce qu'ils ont fait ?

Ils ont décidé de déréguler le marché du lait, donc de supprimer les quotas, parce que c'était un marché où chacun avait son droit de production pour pas qu'il n'y ait pas trop de lait sur le marché et que ça produise une baisse des coûts. il y avait un minimum garantie dans le prix du lait. Ils ont cassé tous ces instruments-là. Qu'est-ce que ça a fait ? Ça a fait le prix du lait à plonger, ça a tué des milliers et des milliers d'agriculteurs, mais alors là où c'est le plus terrible, où vraiment, tu te dis, ce sont des fanatiques, il faut voir que l'idéologie, elle est vraiment de leur côté.

Moi, je suis franchement, je peux me dire que je suis un pragmatique, je suis un bricoleur, j'essaye de voir ce qui peut marcher, ce qui ne peut pas marcher dans le truc, mais eux, ils se sont cassés la gueule sur le lait. Qu'est-ce qu'ils ont fait ? Ils ont recommencé avec la betterave. Mais la même chose, il y avait des quotas de production, il y avait une régulation du marché, on avait sorti la betterave des cours mondiaux pour avoir, tu vois, un truc qui se tient année après année. Ben non, ils ont bazardé tout ça et ça a eu la même conséquence.

Ben, ils ont fait pareil sur le gaz et surtout sur l'électricité, parce que l'électricité, on a des moyens de production, on n'est pas dans la dépendance de la même manière.

32:32
Présentateur

On a fait le constat qu'on a été dirigé par des branques, si je t'écoute bien.

32:36
François Ruffin

Non, ce n'est pas des branques, tu vois, ce n'est pas des branques. Je pense que c'est l'idéologie qui ne l'ident pas. Ah oui, ce sont des idéologues et on a une idéologie, alors il y a deux choses, il y a une idéologie qui est profondément ancrée dans leur cerveau et qu'ils la répètent comme des perroquets sans même se rendre compte qu'ils sont habités par une idéologie. Évidemment, c'est les idéologies qui sont les plus terribles que celles qui sont intériorisées à ce point-là et qui ne se présentent pas comme étant des idéologies.

Et il y a une deuxième chose dont il faudra parler peut-être un moment et donc pour moi, l'affaire colère, là, est une illustration, c'est qu'on parle de lobby, mais le mot lobby est trop faible.

33:21
Présentateur

Le mot lobby... Je te coupe, je te coupe. Pour moi, je vais te dire pour moi exceptionnellement, pour moi, ça n'est que l'écume des choses. Tu comprends ce que ça veut dire ? Pour moi, ça n'est que l'écume des choses parce que je vois la population française exposée à des risques dramatiques. Je vais les exposer et puis on va essayer de développer les questions ensemble. Je parlais de la crise énergétique, la relocalisation. Quand on voit qu'un boulanger se fait tondre par sa facture d'électricité, quand on voit quelqu'un qui travaille le verre pour faire des bouteilles, c'est terminé. Quand on voit des boîtes en Belgique dire que ça coûte trop cher en énergie, je ne vais plus produire.

Quand on voit des agriculteurs qui ne peuvent plus se fournir à des prix décents pour des fertilisants, alors que les sols en France sont un peu ravagés, donc il faut les doper. Quand on voit des risques alimentaires, des risques énergétiques, l'affaire Colère pour moi c'est l'écume des choses.

34:23
François Ruffin

Si tu veux on y reviendra après mais je veux juste te dire pourquoi ça n'est pas l'écume des choses parce qu'aujourd'hui on a, je te disais les lobbies c'est un mot trop faible parce que le lobby suppose une pression de l'extérieur. Or aujourd'hui on a un État qui est colonisé de l'intérieur. Et si tu veux...

34:40
Présentateur

C'est dur comme propos.

34:41
François Ruffin

Oui mais c'est l'évidence.

34:43
Présentateur

C'est ton évidence.

34:44
François Ruffin

Oui mais...

34:45
Présentateur

Je suis obligé de me faire l'avocat du diable.

34:46
François Ruffin

Bon, regarde...

34:49
Présentateur

Ils ne sont pas condamnés ces gens-là.

34:51
François Ruffin

D'accord. Ils se sont mis en examen. Oui oui mais de toute façon... Présomption d'innocence. D'accord. La prise illégale d'intérêt tu vois dans cette petite affaire c'est pour moi c'est comme Al Capone qui tombe pour fraude fiscale.

35:04
Locuteur

Non mais

35:05
Présentateur

ils ne sont pas encore jugés ces gens-là.

35:07
François Ruffin

Et je vais te dire au fond l'essentiel de ce qu'ils ont fait ça a été de faire de la prise légale d'intérêt. Donc ils vont... Je ne sais pas s'ils seront jugés ou pas jugés mais c'est le tribunal de l'histoire et populaire quelque part qui devra établir leur bilan et montrer quelle est la réalité de leur bilan. Je te prends des choses comme ça mais...

35:27
Présentateur

Présomption d'innocence.

35:28
François Ruffin

Non mais même je veux te dire je leur accorde la totale innocence parce que il faudrait voir mais parce que à la limite ce qu'ils font c'est de rendre légale la prise du pays par les intérêts privés. Donc c'est même pas du domaine de la justice. Là ils vont être attrapés par un fil peut-être mais l'essentiel de ce qu'ils ont fait Alcatel livré à Nokia avec la casse d'un outil essentiel industriel Alstom livré à General Electric Technip pour les américains mais ça c'est des choses mais tu regardes le bilan fiscal c'est quoi ? C'est de décider qu'on vide les caisses de l'Etat

36:13
Présentateur

Est-ce que ça te fait penser à l'ex-finance soviétique quand elle s'est effondrée et que des oligarques se sont servis un peu à gauche et à droite ?

36:21
François Ruffin

Je ne sais pas parce que ça voudrait dire que ça ne va pas tenir et je ne sais pas si ce n'est pas capable de tenir j'en sais rien parce que c'est là où je peux te dire que pour moi ce n'est pas marginal évidemment le MSC je te dis à quel point ça n'est qu'un

36:36
Présentateur

présomption d'innocence

36:37
François Ruffin

oui mais à quel point ça n'est qu'un petit fil de rien du tout présomption d'innocence en revanche le fait qu'on ait un Etat qui soit colonisé par les intérêts privés jusqu'à son sommet mais tu lis des bouquins comme La Caste tu vois tu as un catalogue c'est un espèce de botin mondain de tous les inspecteurs des finances qui pantoufles et qui rétro-pantoufles avec en vérité BNP Paribas qui dirige Bercy tu as l'impression en tout cas d'une confusion entre les deux donc une banque systémique non ? mais donc ça a des du coup comment on va pouvoir affronter toutes les crises que tu viens de mentionner et auxquelles je veux qu'on apporte des réponses on va y venir il y avait un point

37:21
Présentateur

d'interrogation après BNP vas-y continue

37:23
François Ruffin

si jamais l'outil qu'on a l'un des outils est quand même l'Etat la démocratie qui doit permettre aux habitants de faire des choix et que au fond il y a une démocratie confisquée et un Etat confisqué voilà la question que ça pose mais pour tout ce que tu viens de lister au fond je crois que on a le choix entre deux orientations c'est le marché ou la volonté c'est à dire soit on laisse faire le marché et le marché va décider que le boulanger du coin il ne pourra plus payer ses factures donc il devra fermer soit il y a la volonté qui prend le dessus la volonté politique la volonté collective de se dire quels sont nos besoins non pas être dans une économie qui s'autorégule tu vois c'est qu'Anguilhem un philosophe qui disait qu'il y a des règles dans la société mais il n'y a aucune règle qui naît d'elle-même il n'y a pas d'autorégulation la règle elle arrive toujours d'un extérieur et donc là croire qu'on va aller vers une autorégulation du marché c'est de la fiction c'est de la foutaise c'est juste pour avoir la paresse du laisser faire et un laisser faire un laisser aller qui enrichit les riches et qui va appauvrir encore plus tu vois en bas donc la question c'est comment on fait pour avoir de la volonté de se dire aujourd'hui qu'est-ce qu'on veut produire mais aussi éventuellement qu'est-ce qu'on ne veut plus produire et que ça soit des choix qui soient opérés ensemble et que ça soit pas laissé à la main invisible du marché ou aux actionnaires

38:54
Présentateur

et moi je te réponds qu'est-ce que tu peux te permettre de consommer

38:57
François Ruffin

oui mais c'est la question dans qu'est-ce qu'on veut produire et qu'est-ce qu'on ne veut plus produire tu vois c'est la question mais tu vois qu'est-ce qu'on produit en France tu sais que par exemple sur les questions industrielles ça a été le coeur de mon combat de dire je vais te donner un exemple Gilles Le Gendre qui vient de nous dire que il arrêtait son sèche-linge et

39:21
Présentateur

il était trop pédagogique qu'est-ce qu'il avait dit

39:23
François Ruffin

et qu'il va avoir je ne sais pas un tankarville tu vois ce que c'est un truc pour porter le linge

39:29
Présentateur

c'est ce qu'on a

39:30
François Ruffin

et tu vois donc c'est le début de mon film Merci Patroux je ne sais pas si tu te souviens où je descends des trucs et je décroche mon t-shirt mais quand j'en discutais avec les ouvriers de chez Whirlpool qui produisaient des sèches-linges donc quand il y a un pitié de grève tu sais on a du temps pour discuter comme ça et j'en disais mais tu sais moi au fond sèche-linge moi j'en n'ai pas besoin j'en veux pas le vent il fait le boulot depuis 2000 ans il n'y a pas raison que le vent il arrête de faire ça il me dit mais nous c'est pareil on n'a pas besoin de sèche-linge on j'ai des brouilles très bien sans donc il faut se dire qu'on peut se passer du sèche-linge et peut-être qu'on doit le faire tu vois et c'est en en discutant avec des ouvriers qui produisent en revanche est-ce que je vais me passer une machine à laver par exemple non moi je n'ai pas envie je te dis je n'ai pas envie de me remettre à laver avec du savon toutes mes fringues

40:20
Présentateur

il y a une caste en Inde qui s'appelle les Dobby pour ça

40:23
François Ruffin

bah oui mais je n'ai pas envie justement je n'ai pas envie non plus qu'on ait une caste spéciale pour ça dévolue à cette tâche et à d'autres tâches moi je suis pour une juste répartition des tâches qu'il y a à mener dans la société et qu'il n'y ait pas des oisifs qui soient hors de ces tâches là mais bon mais donc peut-être qu'on peut aller vers des sèches-linges des lave-linges pardon des lave-linges collectifs qu'on doit avoir une moindre production de lave-linges maintenant en France c'était ma bagarre sur Whirlpool moi je suis venu voir le ministère de l'économie en disant mais vous vous rendez compte la Suisse la petite Suisse la grande Suisse si tu veux t'es Suisse ?

41:07
Présentateur

non mais j'adore les Suisses ils m'ont soumis la vie

41:09
François Ruffin

la grande Suisse la grande Suisse qui nous a envoyé Rousseau alors la grande Suisse je parle de Jean-Jacques et donc elle a deux usines de production de lave-linges t'imagines nous la France je ne vais pas dire la grande France mais quand même si la grande France on a zéro il nous reste zéro usine de production de lave-linges donc oui je pense que par exemple on pourrait avoir dans notre pays une usine de lave-linges je reviens à ma question mais du coup ça signifie aujourd'hui d'avoir la possibilité que ce ne soit pas l'économie qui décide de ce qui est produit mais que ce soit les gens le peuple les représentants qui se disent voilà ce qui nous paraît utile au fond il faut aller comme on a pu l'avoir en temps de guerre je disais je parlais de ça tout à l'heure deux économies différentes une économie des besoins et là c'est assurer de quoi se produire se nourrir se vêtir

42:14
Présentateur

une économie de survie

42:15
François Ruffin

non c'est pas une économie

42:16
Présentateur

parce que là on va rentrer dans une économie de survie ce qui était déjà le cas ce qui était caché là on va rentrer

42:23
François Ruffin

pour une économie de survie ce que je te décris n'est pas une économie de survie c'est une économie de la dignité c'est une économie de la garantie que les besoins les besoins essentiels sont remplis pour toute la population tu vois et à côté de ça

42:38
Présentateur

c'est quoi les besoins essentiels c'est se chauffer se nourrir se vêtir se loger

42:41
François Ruffin

et se nourrir tu l'as dit et se soigner et s'éduquer mais s'éduquer tu vois ce sont et à côté de ça t'as l'économie des désirs qu'il ne s'agit pas qu'il ne s'agit pas d'éliminer mais là tu peux te dire bon bah tu laisses ça au marché tu vois mais en revanche il y a une organisation de la société pour que les besoins ça a été le système utility pour information dans la deuxième guerre mondiale l'Angleterre a fonctionné comme ça avec un système utility qui garantissait qu'un certain nombre de besoins essentiels était rempli tout ça rentrait dans l'utilité et puis il y avait de façon marginale une économie des désirs à côté

43:27
Présentateur

comment on fait quand on a toute une génération qui a été programmée à coup de neuromarketing pour activer les zones les plus primitifs du désir dans leur cerveau pour acheter des conneries je suis désolé de parler aussi vulgairement comment on fait pour se battre et imposer un nouveau système donc ça c'est la prochaine question mais la première question c'était comment on fait pour réindustrialiser un pays quand on n'a pas d'énergie bon marché

43:50
François Ruffin

d'abord il faut à l'intérieur de réindustrialiser on doit se demander ce qu'on veut produire et ce qu'on ne veut plus produire j'insiste

43:58
Présentateur

plutôt ce qu'on va pouvoir produire et pénurie de machin de pièces de composants de matériaux de matières premières et je t'en passe

44:06
François Ruffin

disons nous qu'il nous reste quand même encore des marges de manœuvre quels sont ces marges de manœuvre ? vraisemblablement quelles sont ces marges de manœuvre ? là vraisemblablement

44:16
Présentateur

quelles sont ces marges de manœuvre ?

44:17
François Ruffin

l'énergie je veux dire on peut avoir de l'énergie électrique encore on n'est pas mort sur ce terrain là

44:25
Présentateur

on a la moitié du parc la moitié du parc est mort

44:28
François Ruffin

il n'est pas mort il est en réparation mais il n'est pas mort mais j'ai pas envie de me lancer dans un débat sur l'énergie c'est important parce que tu vas m'emmener sur ton dada à toi et juste tu n'as pas le courage de venir te foutre sur ce fauteuil à ma place

44:41
Présentateur

c'est en train de se faire c'est en train de se faire on va peut-être y avoir une interview de Sky fait par une brute d'accord une brute qu'on ne voit jamais sa tête d'ailleurs revenons à nos moutons oui réindustrialiser la France dans 5 ans avec une énergie qui coûte un bras un rein un oeil avec des marchés alternatifs qui coûtent un bras un rein un oeil

45:06
François Ruffin

non mais là

45:07
Présentateur

c'est quand même

45:08
François Ruffin

les sens même toi là tu poses le problème sur ton dada à toi

45:12
Présentateur

non mon dada c'est la physique et la calorie

45:15
François Ruffin

d'accord donc tes chaussures

45:17
Présentateur

c'est 500 calories ton jean c'est 1800 calories ta chemise c'est tant de calories ta montre c'est tant de calories ta coupe de cheveux c'est tant de calories

45:24
François Ruffin

je veux dire moi je pose c'est est-ce qu'on veut ou on veut pas tu vois par exemple sur les t-shirts

45:31
Présentateur

t-shirts français

45:33
François Ruffin

garantis bravo mais t'as des des marques de mode pas celle de Pinot et Arnaud mais si on dit nous ce qu'on veut ce qu'on demande c'est être plus régulé parce que si vous mettez pas de règles nous on tente de de vouloir faire des choses qui soient à la fois locales qui soient respectueuses de l'environnement qui soient bien foutues et au fond si vous mettez pas de règles et ben on est tué en permanence par la fast fashion qui va chercher sa production de t-shirts

46:12
Présentateur

tu m'autorises tu m'autorises à reposer ma question comment on fait pour réindustrialiser le pays avec une énergie qui coûte un bras un oeil et un rein

46:20
François Ruffin

mais d'abord tu te demandes ce que tu veux produire je suis désolé mais il y a sans doute

46:25
Présentateur

avant de vouloir produire quoi que ce soit on est d'accord que si on n'a pas d'énergie bon marché

46:30
François Ruffin

on l'a dans l'os mais non pourquoi bon marché je veux dire à la limite elle sera pas bon marché bah oui t'auras de l'énergie qui est pas bon marché ok mais de la même manière que moi je suis favorable à ce qu'on est à main d'oeuvre qui soit pas bon marché donc pourquoi ça devrait pourquoi

46:44
Présentateur

il faut fermer les frontières

46:46
François Ruffin

mais fermer non mais je veux dire moi je suis partisan du protectionnisme oui donc ça veut dire que je pense qu'il faut des quotas d'apportation il faut des taxes aux frontières il faut des barrières douanières ça veut pas dire qu'aujourd'hui on doit se dire qu'on va relever de 20% les barrières douanières sur tous les produits importés non non ça n'aurait pas de sens aujourd'hui il faut cibler ce qu'on veut relocaliser mais il faut cibler alors tu peux dire aliment, vêtement, médicament par exemple mais tu dois cibler il y a 20 000 lignes tarifaires je trouve ça

47:16
Présentateur

j'éclairage

47:17
François Ruffin

il y a 20 000 lignes tarifaires à l'OMC à l'Organisation Mondiale du Commerce et bien dans ces 20 000 lignes tarifaires là tu dois cibler ce qui te paraît essentiel que tu dois sur lequel tu dois retrouver une certaine indépendance et ça se fait pas tous azimuts ça se fait en s'organisant et en disant voilà je cible ces produits là je veux ne plus dépendre sur les principes actifs tu sais il y a 20 ans on produisait 80% des principes actifs des médicaments ici et 20% ailleurs et maintenant ça s'est inversé c'est 80% ailleurs 20% ici si tu veux inverser ça c'est là où je te dis la question clé pour moi c'est le marché ou la volonté si tu laisses faire parce que si tu veux moi ça fait 10 ans dans mon coin c'est pour des raisons d'abord sociales que je me suis bagarré là dessus c'est vrai ça fait 10 ans même plus qu'on me dit il y a de la relocalisation il va y avoir de la relocalisation je la vois pas venir moi je la vois pas venir

48:12
Présentateur

un peu comme le prix de l'énergie non

48:13
François Ruffin

mais je dis non tu as un truc en tête t'es pire que moi c'est pas ça

48:21
Présentateur

je suis pire que toi pour la simple et bonne raison ça fait 10 ans qu'on fait ça des politiques des politiques on en voit beaucoup et quand on leur parlait il y a 10 ans d'énergie ils nous regardaient comme des poissons rouges là ils font moins les malins

48:33
François Ruffin

alors je veux dire moi ça fait 5 ans au moins qu'en commission des affaires économiques je vais te le dire sur un autre truc d'accord c'est pour ça d'ailleurs que t'es ici laisse moi terminer tu vois là aujourd'hui c'est comme si d'ailleurs c'est lié aux questions d'énergie on nous dit de toute façon il va y avoir un relèvement du prix des transports et donc le relèvement du prix des transports va faire que naturellement on va retrouver des marchandises qui vont être produites à proximité c'est à dire que c'est encore la main invisible du marché qui va faire des miracles et nous ramener ça ici non c'est pas vrai si on le veut pas ça ne se produira pas donc il faut le vouloir tu vois donc le prix des transports qui se relèvent c'est lié à ton énergie mais tu vois sur le marché du travail moi ma bagarre c'est quoi c'est que Bernadette et Géraldine c'est que ça a été identifié dans un rapport je prends la séquence la séquence dans laquelle on se trouve c'est à dire t'as la crise du Covid la crise du Covid elle te montre quoi elle te montre le caractère essentiel de Bernadette et Géraldine à qui on a demandé de continuer à bosser parce qu'il fallait que les chambres d'hôpital elles soient nettoyées on a demandé aux aides-soignantes de continuer à bosser on a demandé aux caissières de continuer à bosser on a demandé aux manutentionnaires de continuer à bosser on a demandé aux charistes voilà tous des gens qu'on ne voit pas dont on parle pas d'habitude là les auxiliaires de vie sociale et compagnie il fallait qu'elles travaillent et donc on a dit votre travail est essentiel vous êtes indispensables c'était la phrase de Macron tu sais à l'époque il disait il faudra se rappeler que notre pays tout entier repose aujourd'hui sur ces femmes et ces hommes que nos économies reconnaissent et rémunèrent si mal et il ajoutait citant la déclaration universelle de 1789 les distinctions sociales ne peuvent reposer que sur l'utilité commune tu vois et je connais très bien mon compte gauche il dure 30 secondes mais bon et donc dans la foulée de ça qu'est-ce qui est décidé ?

rien sinon un rapport alors tu peux dire oh putain un rapport de plus je lis le rapport rapport de la DARES donc le ministère des affaires sociales est rédigé par une économiste qui s'appelle Christine Herrell qui identifie 17 métiers de la deuxième ligne que je viens de te citer mais aussi les ouvriers de l'industrie agroalimentaire les travailleurs du bâtiment tout ça 5 millions de personnes 5 millions de personnes ont à bien nous dire ils sont sous-payés ils ont des contrats courts ils ont des horaires instables et ils ont plus de pénibilité ils respirent des produits chimiques et tout ça en revanche ils ont un grand sentiment d'utilité mais donc ça c'est le rapport académique qui est vraiment formidable et quelle est la conclusion politique qu'en tire Elisabeth Borne qui était à l'époque ministre du travail c'est nous faisons le pari avec confiance que le dialogue social aboutira à quelque chose d'intéressant c'est à dire finalement c'est la main invisible du marché la rebaptisée dialogue social une forme de providence qui va faire que l'art money va être rétablie sur terre et que les salaires des agents d'entretien ils vont grimper de 30% rien ne s'est produit de tout ça les salaires de Géraldine c'est le même ça n'a pas bougé même il s'est gratté par l'inflation aujourd'hui l'inflation elle est à combien ?

6% en gros

51:44
Présentateur

ça c'est celle qui est annoncée

51:46
François Ruffin

non mais en fait je pense que tu as des inflations différentielles c'est à dire que si tu es dans les classes pop tu consacres plus de parts de ton revenu à manger par exemple on sait qu'il y a plus d'inflation sur la bouffe et si tu es à la campagne tu as plus de dépenses en matière de chauffage et en matière de déplacement et donc tu vas avoir plus à payer une inflation qui va être plus importante aussi là dessus de toute façon l'inflation elle pèse surtout sur ceux qui dépensent et pas sur ceux qui épargnent sur ceux qui épargnent ça pèse moins dans les dépenses courantes mais bon qu'importe mais donc tu vois je pense que le grand choix il est entre la volonté là si tu veux qu'ils soient réévalués tous ces métiers là ça va pas se faire par le fruit du hasard ça se fera parce qu'on le voudra ou alors est-ce que tu laisses faire le marché

52:38
Présentateur

je vais encore faire mon relou

52:42
François Ruffin

l'énergie

52:43
Présentateur

l'énergie donc augmentation des salaires de 30%

52:48
François Ruffin

30% de la même manière que je te dis qu'on identifie quel produit on veut rapatrier dans les 20 000 lignes tarifaires de l'OMC de la même manière on identifie dans les métiers lesquels on veut réévaluer et il ne s'agit pas de réévaluer le publicitaire parce que c'était ta question là ta question c'était sur

53:13
Présentateur

la réindustrialisation

53:14
François Ruffin

de la France non non mais t'as dit comment on fait avec des gars qui ont un imaginaire où on active leur zone de désir en permanence comment on fait pour changer ça je pense qu'on ne changera pas pourquoi j'ai fait journaliste moi j'ai fait journaliste parce que je suis

53:29
Présentateur

une riche fiscale à 7 500 balles

53:31
François Ruffin

non pas vraiment et puis je vais te dire compte tenu de mes revenus quand j'étais journaliste à Fakir il y avait peu de risques que la niche fiscale me serve à quoi que ce soit mais parce que je me disais que je voulais changer le monde toujours mais qu'on ne peut pas changer le monde si on ne change pas le regard sur le monde et si du coup on ne change pas ce qu'on met dans les têtes qui vont porter ce regard là il est évident qu'on ne peut pas sortir de notre société qui fait primer les désirs immédiats l'hyper-consommation avec des publicités partout tout le temps c'est des milliers de messages publicitaires qui sont reçus chaque jour par les gens c'est dingue je veux dire c'est évident que la Pravda en Union soviétique était beaucoup moins efficace que les Dior Renault et compagnie tous azimuts tu ne vas peut-être pas acheter une Renault mais de toute façon tous les jours en revanche va s'imprimer dans ta tête que ton statut social ta réussite ton bonheur est lié à ce que tu achètes tu vois et ça c'est imprimé dans les corps et c'est dur de prétendre et y échapper donc évidemment il faut couper ça ouais ça veut dire que franchement il faut rompre avec la publicité partout tout le temps si tu veux vraiment sortir d'une hyper consommation qu'on ne peut plus se permettre sur le plan écologique mais de toute façon qui est déjà à mon avis déprimante sur le plan humain

55:10
Présentateur

on en revient à l'énergie je ne veux pas te lâcher donc là on nous annonce que si le gaz russe il est coupé définitivement on va ressortir de l'hiver au mois de février donc en février on sera toujours en hiver on ressortira entre 5% et 20% de nos stocks de gaz d'accord comment on va faire pour refaire nos stocks de gaz et comment on va faire pour trouver des fournisseurs alternatifs est-ce que là il y a eu la rentrée des députés ils se rendent courant de tout ça ils maîtrisent qui peut nous fournir du gaz qui peut avoir des marchés parallèles qui ont des marchés alternatifs ou ils sont juste là pour faire peau de fleur

55:48
François Ruffin

je ne sais pas s'ils sont là pour faire sur les fondamentaux est-ce qu'ils sont au courant sur les fondamentaux de l'énergie mais qu'on sait qu'il y a des fondamentaux d'autres choses aussi

55:59
Présentateur

les fondamentaux énergétiques tu n'as pas d'énergie tu n'allumes pas ton lumière

56:02
François Ruffin

tu peux te dire que tu n'allumes pas ton industrie la manière dont les gens sont soignés la manière dont les gens sont éduqués ça fait partie quand même de fondamentaux aussi sans énergie tu n'as pas ça d'accord j'ai bien compris mais de toute façon c'est ma question

56:17
Présentateur

est-ce qu'ils sont au courant de ça

56:19
François Ruffin

non mais de toute façon je veux dire ne nous faisons pas d'illusions sur l'Assemblée d'abord ce n'est pas là que se trouve le lieu de pouvoir c'est où le lieu de pouvoir il est à l'Elysée au moins on est dans un pays où c'est clair je veux dire qu'est-ce qui se passe dans notre pays les lois sont décidées par l'Elysée elles sont fabriquées technocratiquement par les ministères elles sont enregistrées à l'Assemblée nationale c'est ce que un grand constitutionnaliste Jean-Cosquela appelle le temps de l'habillage démocratique

56:49
Présentateur

en fait tu ne sers à rien

56:50
François Ruffin

non je ne pense pas à ça tu vois je pense que on a une fonction qui n'est pas la fonction législative je pense que grosso modo c'est du flanc on l'a alors évidemment on a une chambre qui est un peu plus incertaine par les temps qui courent mais quand même il y aura des majorités qui se dégageront mais en revanche on est le lieu d'une fonction tribunicienne alors tu sais le tribun du peuple c'était celui qui du temps des Romains était envoyé par les quartiers populaires pour aller chahuter le Sénat des aristocrates tu vois et bien je pense que je remplis une fonction tribunicienne c'est à dire d'interpellation sur ben voilà tu vois hier je parlais de Cindy excuse moi mais je fais mon truc qui est assistante maternelle qui a travaillé pendant la crise de Covid alors que pour prendre les gamins des soignants alors qu'elle est en obésité et que donc elle avait des angoisses sur qu'est-ce que ça allait lui faire le virus avec le protocole les nettoyages dans tous les sens elle a fait le boulot et

57:52
Présentateur

pour un salaire de misère

57:53
François Ruffin

pour oui pour le SMIC quoi grosso modo elle a sorti de la crise Covid bon il faudra se rappeler que notre pays tout entier blablabla rien du tout tu vois au contraire elle a les réformes du chômage elle fait qu'elle perde deux gamins elle a pas de droit au chômage qu'est-ce que c'est les conséquences pour elle ben c'est plus de légumes au marché plus de viande rouge les gamins qui vont plus à la cantine le midi et elle qui fait pas d'activité Zumba tu vois qui se prive sur à la fois des choses superficielles on va dire mais où on peut avoir du bien-être et sur des choses qui sont un peu plus un peu plus essentielles bon ben voilà

58:27
Présentateur

c'est pas l'activité Zumba

58:28
François Ruffin

tu connais pas la Zumba

58:29
Présentateur

non je connais le Step

58:30
François Ruffin

ben c'est un truc encore plus c'est hyper rythme

58:33
Présentateur

le Step c'était déjà la torture

58:35
François Ruffin

donc voilà ça me fait penser à un truc tu vois sur le Step non non sur alors ta question de l'énergie mais sur où est-ce qu'on pense que se trouve le progrès tu vois au fond pendant

58:54
Présentateur

et Dieu il en pense quoi

58:55
François Ruffin

Dieu dans tout ça non pendant un siècle au fond il y a eu une équivalence entre plus égale mieux tu vois on mangeait plus donc c'était mieux et plus d'énergie c'était mieux et tu avais un lien entre le PIB et les indices de bien-être en fait jusqu'au milieu des années 70 tu as un lien une corrélation entre l'espérance de vie le taux de mortalité infantile enfin

59:28
Présentateur

et là le choc pétrolier est arrivé

59:30
François Ruffin

non c'est pas le choc pétrolier parce que finalement le PIB depuis a un autre rythme mais il a continué de croître tu vois et en revanche les indices de bien-être eux ont stagné qu'est-ce qui se passe et je pense que il faut regarder dans l'époque aussi les signes qui peuvent être positifs pour ce qu'on la société qu'on veut construire parce qu'on peut pas être seulement en description d'une société qui serait juste dans on doit résister le moins le moins le moins tu vois qu'est-ce qui se passe à partir de ce moment-là c'est qu'au fond quand les gens ils ont un frigo qu'on leur en mette un deuxième ça leur produit pas une joie immense que quand ils ont à bouffer une fois c'est pas la peine de mettre deux fois plus de bouffe sur la table tu comprends le truc et donc à ce moment-là il y a une décorrélation entre le plus et le mieux ça veut dire quoi ça veut dire que dès lors le progrès est-ce qu'il continue à se trouver dans les biens les biens matériels dans là c'est le téléphone avec la 6G connectée au frigo qui préfère un Carrefour Market quand il n'y a plus d'olive à l'intérieur et en gros c'est le progrès qui nous vend c'est ce progrès-là ou alors on pense que le progrès maintenant il est lié au lien c'est-à-dire la qualité des relations du soin de l'accompagnement qu'on a pour nos bébés nos enfants qui soient handicapés ou pas nos ados et jusque nos personnes âgées donc de la naissance à la mort et attends je termine ça veut dire que si tu arrives à produire ce basculement du progrès ce basculement idéologique quelque part de se dire voilà quel est le sens de l'existence est-ce que c'est l'accumulation de biens ou c'est les meilleurs liens tu bascules aussi d'une société qui est hyper consommatrice de matière et d'énergie à une société qui le dieu vient moins tu vois et donc c'est pour ça que moi tu sais que j'ai fait un film qui s'appelle debout les femmes j'ai fait une mission parlementaire sur ce que j'ai appelé les métiers du lien parce que je considère que c'est une triple cause à travers ça c'est une cause féministe évidemment puisque c'est 85 90 95% Bernadette Géraldine des femmes qui font ces métiers là c'est une cause sociale parce que c'est des centaines de milliers de personnes sinon des millions que tu peux faire sortir de la pauvreté alors qu'elles travaillent et pour moi c'est une cause écologique parce que ça pose la question du progrès et d'un basculement de biens matériels vers des liens qui sont peut-être plus spirituels

1:02:05
Présentateur

donc ce basculement vers le spirituel

1:02:09
François Ruffin

et Dieu dans tout ça

1:02:10
Présentateur

Inch'Allah ce basculement quant à une inertie d'une société qui a des problèmes intriqués voire inextricables comment tu fais par exemple pour dire aux gens bon maintenant on va arrêter de consommer et quand sur un fonds d'investissement les titres d'une certaine boîte font partie d'un portefeuille qui permet de garantir la retraite à certaines personnes comment on fait pour désintriquer démêler tout ça pour revenir à un système plus simple ou est-ce qu'on va vers un effondrement qui va ensuite être un événement exotique extérieur et fédérateur pour faire basculer ça dans la tête des gens

1:02:50
François Ruffin

déjà moi je ne fais jamais la politique du pire

1:02:53
Présentateur

c'est quoi la politique du pire

1:02:55
François Ruffin

la politique du pire ça serait le pari mais que j'ai déjà entendu que finalement laissons faire laissons s'installer la misère il va y avoir tellement de misère que ça va produire une révolte et que la société va se remettre sur ses pieds tu vois par exemple elle ne se remettra pas

1:03:08
Présentateur

sur ses pieds sur une consommation énergétique exponentielle

1:03:10
François Ruffin

voilà même au delà de ce facteur au delà de ce facteur donc du coup que d'un effondrement naîtrait la résurrection d'une société harmonieuse je ne fais jamais le pari du pire d'accord donc ensuite comment on fait sur les retraites déjà les retraites tu sais qu'il y a une bagarre qui est en cours ah bah oui mais pour que ça soit pas

1:03:33
Présentateur

comment je te lance

1:03:34
François Ruffin

je suis chaud pour que ça soit pas par des fonds de pension et de la capitalisation mais que ça reste une solidarité entre les générations et ça c'est quelque chose qu'il faut faire persister évidemment c'est quand je disais tu vois la prise légale d'intérêt il faut se rendre compte que dans le pays il reste deux trésors gigantesques dont les rapaces alors on m'a dit de plus dire rapaces parce que finalement il faut les protéger les rapaces mais les prédateurs financiers tournent autour tu vois et c'est la santé et c'est la retraite où là il y a la possibilité que ça soit par dizaines sinon centaines de milliards que ça soit à récupérer et à passer du public ou de la solidarité nationale de la solidarité sociale à la concurrence des fonds privés donc voilà donc là on se bégare déjà dessus te dire que je vais te mettre d'autres points qui sont pour moi positifs je veux voir les les fermements de possibles qu'on a tu vois je t'ai décrit le processus avec Huntington de l'apathie politique de l'installation de la mondialisation pour faire changer la peur de camp qui produit de la résignation qui produit de l'abattement qui produit de découragement et que moi tu sais je peux constater dans ma région porte après porte tu vois mais te dire aussi le moment que nous vivons et qui explique quelque part la violence du pouvoir c'est Gramsci qui parle donc communiste italien enfermé en prison dans les années 20 par le régime musulmien qui parle à ce moment là d'un détachement de l'idéologie dominante tu vois et il dit dans les moments de détachement de l'idéologie dominante et je pense que nous en vivons un ça veut dire que les mots croissance concurrence mondialisation qui en gros le triptyque du pouvoir depuis 40 ans qui est un triptyque dans lequel ils ont pu entraîner un moment par l'envie c'est les années 80 Reagan Thatcher Yves Montand vive la crise avec Bernard Tapie l'entreprise magique la mondialisation heureuse à la main tu vois tout ça aujourd'hui ces mots là concurrence mondialisation ce sont des mots qui dégoûtent et qui inquiètent donc c'est un détachement de l'idéologie dominante et nous dit Gramsci dans ces moments là qu'est-ce qui se passe et bien comme les gouvernants n'arrivent plus à gouverner à diriger ils font appel à la force de coercition donc en fait c'est à la fois la force coutumière quotidienne de la résignation qui demeure la principale des forces il faut que les gens se résignent tant que les gens n'ont pas une lueur d'espérance qui s'allume c'est bon le système est tranquille mais quand elles s'allument type gilet jaune qu'est-ce qui se passe là on fait intervenir la force de coercition tu vois et donc au fond ça fait un paquet d'années maintenant que les dirigeants savent qu'il faut qu'ils continuent à faire la même chose hors démocratie pourquoi tu vois le traité constitutionnel européen en a été une illustration

1:06:53
Présentateur

du référendum

1:06:55
François Ruffin

où on s'est brossé

1:06:55
Présentateur

tu parles beaucoup de démocratie mais ça c'est un exemple où la démocratie s'est fait fouler aux pieds

1:07:01
François Ruffin

oui je te dis précisément que là juste

1:07:05
Présentateur

j'ouvre une parenthèse t'as suivi un peu ce qui s'est passé en Italie bah oui bon et quand t'as Ursula von der Leyen qui dit attention les italiens si vous votez mal on a des outils pour vous faire bien passer la pilule t'as entendu c'était pas c'était pas textuellement ça qu'on en pense qu'on en pense par rapport au vote italien est-ce que c'est à Ursula de faire des menaces

1:07:28
François Ruffin

non et d'abord d'une part c'est pas moi je suis pour que les peuples se déterminent c'est à eux de décider leur destin point barre ça te plaît ou ça te plaît pas mais c'est au peuple de décider de son destin et même quand le résultat te plaît pas et deuxièmement je pense que c'est complètement contre-productif tu vois quand t'as une autorité extérieure qui dit votez bien qu'est-ce que t'as envie de faire t'as envie de lui faire un bras d'honneur tu vois je veux dire et de la même manière là c'est pas l'extrême droite mais quand ça a été la gauche en Grèce en Grèce avec Syriza qui arrivait au pouvoir du temps où Tsipras avait pas déjà basculé c'est-à-dire c'est François Hollande qui apparaît au journal télévisé grec pour dire attention votez bien sinon ça va mal se passer alors c'est une erreur historique parce qu'évidemment François Hollande qu'est-ce qu'il aurait dû espérer que ça soit Tsipras qui arrive au pouvoir ça c'était au moment d'une élection qu'il a finalement perdu et que en s'appuyant sur Tsipras en Grèce mais même sur des gouvernements de droite à l'époque en Espagne en Portugal ou en Italie le premier geste de François Hollande élu aurait dû être de faire une tournée des capitales du Sud pour aller construire et devenir le fer de lance le leader la locomotive d'une Europe du Sud qui vient bousculer l'Europe du Nord et à la place de ça il est allé négocier la couture sur le pantalon tout seul face à Berlin et comme un petit élève finalement le pacte qui ne devait pas valider qui avait été signé par Sarkozy et Merkel et bien il a pleinement validé ce qui était au fond la tradition initiale mais qui disait tout ce que serait son mandat puisqu'il se liait les mains à ce moment là mais c'est une parenthèse que tu me fais ouvrir et que du coup me fait oublier où est-ce qu'on en était alors que j'avais des choses passionnantes à raconter

1:09:27
Présentateur

voilà France

1:09:28
François Ruffin

non non non sans nez on en était où là avant

1:09:33
Présentateur

tu parlais de Bernadette

1:09:34
François Ruffin

non non non de Gramsci merde oui le détachement de l'idéologie dominante je te dis enfin voilà dis-toi bien là tu vois je te dis traité constitutionnel européen d'accord 55% des français votent non mais 80% des ouvriers 71% des chômeurs 67% des employés donc tu as un véritable vote de classe et par ailleurs ils savent maintenant qu'ils ne repasseront jamais un texte de cette nature là sur la concurrence libre ou non faussée sur la libre circulation des capitaux et des marchandises y compris avec les pays tiers devant les gens pourquoi parce que le résultat ce ne sera pas 55% ça sera 60% 65% 70% ça sera une défaite massive donc depuis ce moment là ils savent qu'ils veulent continuer à mener la même politique mais sans le peuple voire contre le peuple regarde un mot que tu peux surveiller c'est le mot courage quand il est utilisé dans la langue des macrons et compagnie ou dans la langue des éditorialistes c'est jamais le courage d'aller affronter les puissances financières c'est jamais le courage d'aller mettre de l'ordre dans les multinationales jamais ce courage là c'est toujours c'est les réformes courageuses c'est toujours pour dire c'est sur les gens on va avoir le courage d'aller fort de faire des réformes qui sont contre les gens alors là on a une panoplie de réformes courageuses qui est à venir sur les retraites le chômage et ainsi de suite on a beaucoup de réformes courageuses mais toujours dans ce même sens du mot courage et tu vois se dire parce que c'était vraiment affermant qu'au fond si on avait laissé décider les gens est-ce que tu crois qu'ils seraient allés signer des traités d'accord du GATT de l'Organisation Mondiale du Commerce pour opérer ce grand déménagement du monde jamais tu vois si jamais on avait demandé aux gens mais si on avait demandé aux gens est-ce que vous êtes d'accord pour que les usines elles délocalisent comme ça jamais ils auraient accepté est-ce que vous êtes d'accord pour respecter le déficit à 3% et qu'on ferme des lits tous les ans sur les hôpitaux jamais ils auraient accepté des milliers de lits des milliers de lits et on continue là bon et donc ça veut dire quoi ça veut dire que pas seulement le jour du vote 29 mai 2005 sur le traité constitution européen mais de manière ordinaire des tas de décisions dans la démocratie se prennent contre les gens sans les gens évidemment mais même si on sait que c'est contre eux je regarde alors il y a des grands moments politiques qui montrent cette tension nuit debout pour le centre-ville des jeunes éduqués mais les gilets jaunes pour les classes populaires des frances périphériques

1:12:21
Présentateur

et éduqués aussi

1:12:22
François Ruffin

les gilets jaunes oui alors avec des métiers qui sont plutôt des métiers dominés bien souvent bon les métiers de la deuxième ligne typiquement bon mais t'as des choses que je regarde comme étant de l'infra-politique qui montrent que sous nos pieds il y a un désir d'autre chose on demande aux gens quelle maison vous voulez bon c'est et les gens très massivement ils répondent moi je veux une maison avec un jardin je veux un cocon familial et ce qui arrive en tout dernier c'est une maison high-tech connectée et pourtant si on laisse faire le système qu'est-ce qu'ils prévoient eux et bien ils prévoient que ton fauteuil demain il sera connecté c'est ce qu'ils veulent tu vois tu parles de dépenses d'énergie ils ont fait la 5G on sait que la 5G c'est de la consommation d'énergie supplémentaire et ça leur posait pas de problème c'était il y a deux ans tu vois comment c'est quand même poisson rouge dans un bocal il fait un tour on serait supposé oublier leur décision de la veille mais c'est marqué dans des textes leur objectif c'est que 99% des objets dans les maisons soient désormais connectés bon mais quand on demande aux gens est-ce que vous pensez qu'il faut ralentir ou qu'il faut accélérer et c'est lié à l'énergie c'est ton leitmotiv parce que l'accélération c'est évidemment la nécessité d'être dans une dépense et une surdépense d'énergie pour accélérer et bien t'as les deux tiers des français qui répondent nous on veut ralentir on trouve que le monde va trop vite alors que le système qu'est-ce qu'il va faire et même c'est un maître mot de la Macronie accélération accélération accélération mais il n'y a pas de frein mais nous on peut avoir des freins quel type de frein je pense qu'on peut on peut décider que

1:14:03
Présentateur

comment on fait pour freiner 2200 2500 milliards de dettes on fait comment alors je te disais est-ce que tu t'es déjà mis à la place des macronistes

1:14:11
François Ruffin

non je n'ai pas vraiment envie si non mais c'est intéressant si je me mets si j'ai des jeux de fiction je me mets dans ma tête dans un ministère en me disant c'est comme ça que je transformerai les choses oui mais me demande pas quand même de me mettre dans la peau des macronistes

1:14:25
Présentateur

c'est important

1:14:26
François Ruffin

non

1:14:26
Présentateur

déjà pour le respect

1:14:27
François Ruffin

si tu veux soyons dans l'empathie totale

1:14:30
Présentateur

toujours et la bienveillance

1:14:32
François Ruffin

mais tu vois la bienveillance la bienveillance typiquement c'est quand même un mot qui est un beau mot et il nous faut être bienveillants les uns avec les autres mais qu'ils ont sali parce que quand la bienveillance ça se traduit par des bras arrachés des yeux éborgnés et des crânes fendus bonjour la bienveillance

1:14:53
Présentateur

non ça s'appelle des techniques de contre-insurrection dignes des pays du tiers monde ça s'appelle pas de la bienveillance c'est la bienveillance tant que les gens

1:15:01
François Ruffin

sont soumis comme il faut

1:15:02
Présentateur

revenons à l'empathie si le macroniste il va voir les marchés de la finance la finance internationale il dit écoute maintenant t'es bien gentil tu vas arrêter tes conneries l'autre le fond de vautour il va le regarder il va lui dire fais pas trop ton malin parce que je vais attaquer ta dette puis tu vas être obligé d'augmenter tes impôts puis après tu vas gérer la bandière sud qui va vouloir te demander des comptes est-ce que c'est peut-être la voie de la facilité de demander l'effort le courage aux premières lignes

1:15:37
François Ruffin

ah oui c'est la facilité oui je veux dire je me mets pas à la place des macronistes parce que je pense que de la même manière que François Hollande avait dit mon adversaire c'est la finance mais il n'y a pas eu une tentative de combat ou de transformation je te dis avec franchise que

1:15:58
Présentateur

tu as voté François Hollande

1:15:59
François Ruffin

oui au deuxième tour oui mais que mais j'ai pas fait la fête le soir et j'avais distribué des trucs

1:16:07
Présentateur

tu as voté Emmanuel Macron

1:16:09
François Ruffin

ça dépend à quelle élection bon mais donc je distribuais pour Hollande des tracts pendant la campagne et y compris je l'avais mis sous forme de bande dessinée en disant si jamais ça sort pas dehors il n'y a rien qui se passera tu vois c'est le front populaire c'est la victoire dans les urnes mais il faut que ça bouge dans la rue sinon si on se coupe pas le côtier ça la force est pas là quoi mais donc sur ce que si demain nous obtenons le pouvoir franchement ça va être du jujitsu tous les jours c'est sûr c'est sûr et je ne te dis pas qu'il y aura la moindre chose d'évidente maintenant puisque je te citais Roosevelt au début il disait le pays ne nous en voudra pas d'avoir échoué mais il nous en voudrait de ne pas avoir essayé et je pense que il y a la nécessité aujourd'hui d'essayer quelque chose et ce que je vois là c'est que rien n'est essayé et ça fait 40 ans pour moi qu'on n'a rien essayé

1:17:14
Présentateur

pourquoi ?

1:17:16
François Ruffin

pourquoi ?

d'abord parce que le pouvoir il est entre les mains d'une classe qui n'a vraiment pas intérêt à essayer et à changer les choses je veux dire je t'ai décrit quand même 44 milliards d'euros de dividendes cette année ça n'a jamais été aussi élevé mais t'as l'INSEE qui nous dit que le taux de marge des entreprises n'a jamais été aussi important depuis la création de son indice en 1949 tu vois alors maintenant quand j'ai dit des entreprises il faudrait vraiment regarder qui gagne quoi à l'intérieur parce que pour revenir à ta question d'énergie la valeur ajoutée des entreprises d'énergie et de transport parce qu'il faudrait dire CGM aussi tu vois les portes-conteneurs c'est passé de 3% du PIB à 6% du PIB c'est une captation de richesse phénoménale et c'est pour ça que moi je pense que même dans l'intérêt du capitalisme Bruno Le Maire Emmanuel Macron ils devraient veiller à cette distorsion énorme qui fait que t'as une préemption de la valeur ajoutée qui est considérable et qui évidemment touche les salariés mais qui touche aussi le reste des entreprises et tu vois alors j'en viens à autre chose mais la gauche traditionnellement c'est la répartition capital-travail à l'intérieur de l'entreprise tu vois la bagarre à qui valent les richesses bon avec un basculement de 10 points de la valeur ajoutée du travail vers le capital notamment dans les années 80 aujourd'hui je pense qu'il faut y ajouter une deuxième chose de manière importante c'est la répartition de la valeur ajoutée à l'intérieur de la chaîne des entreprises parce que tu regardes ce qui se passe dans le bâtiment ou dans d'autres choses mais tu as un grand d'honneur d'ordre Bouygues FH Vinci qui fait appel à un sous-traitant un sous-sous-traitant un sous-sous-traitant un sous-sous-sous-sous-traitant avec 6 niveaux comme ça et avec à la fin des auto-entrepreneurs mais il n'y a plus rien à partager il n'y a plus de millette à partager donc évidemment il nous faut penser comment les hyper-profits qui s'accumulent au sommet de la chaîne et bien sont répartis non seulement parmi les ouvriers les salariés de Bouygues FH et Vinci mais aussi dans toute la chaîne de production tout ça je ne te dis pas que ça va être évident ce n'est pas simple mais ça fait 40 ans qu'on n'a pas essayé parce que regarde Macron comment il est élu Macron il est élu parce qu'il y a un premier tour de l'élection qui se déroule dans des appartements comme celui-ci tu fais les yeux non mais voilà où il vient une fois par semaine bouffer avec Bernard Arnault c'est documenté

1:20:06
Présentateur

mais rassure les auditeurs ça ne ressemble pas chez Bernard Arnault ici

1:20:08
François Ruffin

je ne suis jamais allé je ne peux pas te dire très bonne réponse c'est pas comme si je n'avais pas demandé à être invité mais où il rend des services à Bouygues tu vois on parlait de Alstom tout à l'heure le fait qu'on file Alstom à General Electric c'est Bouygues qui ramasse des milliards de profits au passage dans cette vente là je vais te dire

1:20:31
Présentateur

et alors

1:20:32
François Ruffin

et alors ça veut dire que à partir du moment où il est adoubé par Bouygues Niel Drahi Arnault Bolloré Lagardère tu vois ils sont six ça lui donne évidemment une puissance médiatique considérable et derrière une fois qu'il est à l'Elysée à qui il doit rendre des comptes en premier d'après toi est-ce que c'est au peuple français ou ce qu'est les intérêts des financiers pourquoi une réforme comme la suppression de l'impôt de solidarité sur la fortune va être faite aussi rapidement parce qu'il y a un accès direct des grands patrons la FEP en l'occurrence à l'Elysée pour aller imposer les mesures tu vois donc ça a quand même ça a des conséquences donc ça fait mais alors là où je veux te donner encore une note positive c'est que au fond pendant 40 ans le bloc libéral il avait les moyens de se diviser tu vois entre une droite libérale et une gauche libérale et de produire une fausse alternance entre les deux au fond comme ce que je t'ai décrit tout à l'heure le détachement de l'idéologie dominante est tel ce bloc central s'est réduit donc il a fallu qu'il n'ait plus qu'un candidat unique parce que sinon il y avait un risque que la victoire aille ailleurs tu vois et je pense que ce processus d'effritement qui va pas être un effondrement du bloc libéral mais ce processus d'effritement du bloc central va se poursuivre et donc la grande question elle est où va être la force d'aimantation est-ce que ça va être dans de l'autoritaire

1:22:18
Présentateur

est-ce que c'est ça c'est ça la réponse à ma question où va la France

1:22:21
François Ruffin

c'est une réponse et je te disais en démarrant l'émission que il n'y a pas de fatalité pour moi

1:22:28
Présentateur

il y a une fatalité quand t'as plus d'énergie quand t'es sur l'autoroute quand t'es dans ta R18 et que tu peux faire un coup de démarreur et que ça démarre pas tu restes avec ta R18 sur l'autoroute

1:22:40
François Ruffin

non mais du coup si t'as pas de tune pour le dépanneur tu pousses

1:22:46
Présentateur

il n'y a plus d'énergie bon marché

1:22:49
François Ruffin

il n'y a plus d'énergie bon marché il y a de l'énergie chère d'accord maintenant est-ce que cette énergie chère on décide qu'elle est répandue selon la main visible du marché comme elle est chère ça veut dire que ceux qui ont des jets et ceux qui ont des yachts ils auront les moyens de remplir leur jet et leur yacht pour eux ça sera presque un dollar tu vois cette hausse là si tu laisses faire le marché voilà ce qui va se passer ou alors est-ce que tu décides d'organiser l'énergie que tu as tu vois et à ce moment là de choisir la répartition qui te paraît la plus juste au sein de la société

1:23:31
Présentateur

comment on va répartir ça

1:23:33
François Ruffin

il s'agit de se dire quels sont les besoins fondamentaux qu'on souhaite remplir tu vois est-ce que c'est quand les piscines ont fermé

1:23:43
Présentateur

non mais là on arrive à un moment où c'est pas qu'on souhaite remplir c'est qu'on peut se permettre

1:23:51
François Ruffin

oui d'accord mais parce qu'il y a le souhait et ce qu'on peut se permettre oui mais s'il y a une réduction d'énergie quels sont les choix qu'opère la société qu'est-ce qui lui paraît primordial qu'est-ce qui lui paraît pas primordial tu vois le fait que les piscines ferment ça peut être interrogé mais en revanche ce n'est pas l'actionnaire des piscines d'en décider ça n'est pas la main invisible du marché d'en décider ça doit être décidé collectivement que ça ne nous apparaît plus comme un besoin essentiel mais ça veut dire quoi ça veut dire que franchement il va falloir passer non pas à la main invisible du marché à un relèvement des coûts mais à des planchers et des plafonds avec une interdiction de consommer plus que une certaine dose d'énergie par personne

1:24:41
Présentateur

je te donne un autre truc pour essayer de te faire rebondir une calorie assimilée c'est entre 7 à 10 calories d'énergie fossile est-ce que tu comprends cette phrase

1:24:52
François Ruffin

plus ou moins vas-y détail

1:24:54
Présentateur

donc ta tomate produit sous serre avec le très peu d'oligo-éléments de valeur nutritive où il n'y a que de la flotte dedans quand tu vas l'assimiler ça veut dire que derrière tu as ton transporteur les lumières dans la serre le chauffage de la serre ainsi de suite quand ton prix de l'énergie augmente ta calorie que tu vas assimiler elle augmente aussi tu comprends comment on fait pour se positionner dans une démocratie si ça n'est pas un épiphénomène dû à notre consommation énergétique c'est à dire qu'on a eu de l'énergie facile en consommation exponentielle depuis à peu près 2000 ans est-ce que la démocratie c'est pas un épiphénomène en fait est-ce que la démocratie les soins les médicaments la petite voiture la maison à la campagne le petit jardin en fait c'était simplement une parenthèse historique et que là l'équilibrage naturel de l'énergie est en train de nous rappeler que ça consomme peut-être trop d'énergie la démocratie est-ce que je me trompe

1:26:04
François Ruffin

je vois pas le lien entre la démocratie et la consommation d'énergie

1:26:10
Présentateur

répète-toi ça parce qu'on va le réutiliser derrière

1:26:15
François Ruffin

je vois pas le lien entre la démocratie et la consommation d'énergie est-ce que le fait que en gros là tu mais il y en a déjà un tas d'intellectuels réac qui aujourd'hui sortent ce truc là c'est que qui ? George Steiner James Lovelock qui te disent en gros il nous faut passer à un despotisme libéral parce qu'il y a une théocratie parce qu'il y a une crise écologique et donc la réponse à la crise écologique ça doit être une forme de despotisme libéral tu vois alors

1:26:51
Présentateur

la crise énergétique c'est la même chose que la crise écologique

1:26:53
François Ruffin

je pense qu'il y a un lien entre les deux oui il y a un lien entre les deux bon donc et moi je te dis qu'on a le choix on a le choix d'organiser ou pas la société on a le choix de la laisser dériver ou de se dire qu'ensemble on doit décider ce qui nous paraît primordial et ce qui nous paraît pas primordial et en l'occurrence que les gens puissent se nourrir me paraît primordial maintenant tu parles de tomates sous serre normalement il y a un truc qui fait de la photosynthèse qui s'appelle le soleil et qui n'est pas forcément les luminaires allumés dans les serres tu vois donc c'est du coup comment on transforme l'agriculture

1:27:31
Présentateur

sans engrais bon marché

1:27:35
François Ruffin

mais ça veut dire que

1:27:38
Présentateur

c'est des sols affaiblis qui mettront 5 ans

1:27:40
François Ruffin

je veux dire si tu choisis de regarder que tout ce qu'il y a de plus terrible et tout ça je ne choisis pas de regarder

1:27:46
Présentateur

je ne choisis pas de regarder tout ce qu'il y a de plus terrible je ne suis pas un politique et je regarde les choses en face

1:27:55
François Ruffin

et ben non non non non il y a le choix de dire tout va mal tout va aller encore plus mal tout va aller encore plus mal

1:28:04
Présentateur

il y a ceux qui disent vous inquiétez pas voter pour moi ça ira mieux demain

1:28:06
François Ruffin

non je ne te dis pas vous inquiétez pas parce que moi je suis fait d'inquiétude mais je te dis maintenant soit on se dit que ben voilà de toute façon le pire va devenir

1:28:16
Présentateur

je reformule ma question est-ce que tu organises la société ou que tu canalises la chute

1:28:21
François Ruffin

mais la chute il peut y avoir diminution sans que ça soit une chute oui il peut y avoir c'est quoi

1:28:32
Présentateur

c'est la croissance négative c'est ça

1:28:33
François Ruffin

non mais il peut y avoir une diminution il y a un certain nombre de choses que si on le diminue notre organisation quotidienne on n'en sera pas plus malheureux et il faut ce que je te disais tout à l'heure c'est un certain nombre de biens matériels qui peuvent être nettement diminués pour moi et un certain nombre de liens spirituels qui peuvent être nettement renforcés mais si tu regardes l'agriculture par exemple c'est évident que ce n'est pas la main invisible du marché avec le choix qui est bien qu'on nous ait dit que c'était une folie de déléguer à notre alimentation et notre production citation d'Emmanuel Macron pendant la crise Covid et qui là signe des accords de libre-échange non seulement avec le Canada non seulement avec le Mexique non seulement avec la Nouvelle-Zélande mais veut en signer aussi avec le Mercosur pour opérer en matière d'agriculture un hypermarché mondial bon ben c'est pas comme ça qu'on va transformer notre agriculture ici mais de la même manière tu vois sur le bâtiment parce que je recevais les gens de chez Enedis chez moi ou RTE je sais plus mais enfin dans ta cuisine non dans ma permanence parlementaire bon et donc ils me font la description il va y avoir besoin de plus d'électricité demain donc il va y avoir soit des centrales soit des je ne sais plus les éoliennes en mer soit les deux qui vont être installées en Normandie et ça doit passer par la Picardie pour aller nourrir le Nord Pas-de-Calais donc ils m'expliquent ça mais sur quoi on peut réduire la consommation le premier truc qui sort c'est le logement et c'est l'évidence moi ça fait 5 ans qu'en commission des affaires économiques je dis que il nous faut un grand plan contre les passoires thermiques parce que ça sera du gagnant gagnant gagnant gagnant ça sera du gagnant pour les factures des gens ça sera du gagnant pour l'emploi local ça sera du gagnant pour la planète ça sera du gagnant pour l'indépendance du pays parce qu'on sera moins dépendant du fiol du fioul ou du gaz importé bon jusqu'à maintenant ils n'en avaient rien à foutre d'ailleurs l'année dernière tu sais combien on a rénové de passoires thermiques je vais faire un peu mon quiz combien de passoires thermiques on a rénové l'année dernière

1:30:42
Présentateur

dans quelle région ?

1:30:43
François Ruffin

en France

1:30:44
Présentateur

8500

1:30:45
François Ruffin

2000 2500 pour être exact

1:30:49
Présentateur

et avec ou sans le coût d'augmentation des matières premières ?

1:30:52
François Ruffin

avec mais bon ça veut dire

1:30:53
Présentateur

quand les devils ne tiennent pas une semaine et que tu tapes 40% d'augmentation

1:30:56
François Ruffin

ça veut dire qu'il y en a 5 millions de passoires thermiques ça veut dire qu'à ce rythme là on en a pour 2000 ans on en a pour l'équivalent entre le Christ et aujourd'hui donc si tu laisses faire la main invisible du marché avec un petit peu de prime rénov' au milieu voilà le résultat

1:31:14
Présentateur

la prime rénov' c'est juste pour changer les fenêtres ou pour faire les 4 murs ?

1:31:17
François Ruffin

non la prime rénov' tu sais c'est pour généralement pour un acte dans ta maison et non pas pour la totalité de la rénovation donc donc c'est pour ça qu'on n'en a que 2500 mais donc là soit tu laisses faire ça soit tu te dis c'est une priorité si c'est une priorité c'est des dizaines de milliards d'euros que tu mets à l'intérieur alors auparavant ils me disaient mais non mais ça va pas la tête et tout ça maintenant ils me disent de toute façon on n'a pas les travailleurs pour faire ça mais c'est pareil ils attendent la main visible du marché pour que les travailleurs ils existent tu sais de la même manière qu'on a des publicités à la télé pour l'armée où on te dit allez servir votre pays partez à l'autre bout du monde je pense qu'il nous faudrait des publicités à la télé pour dire aidez la planète aidez votre pays entrez dans les métiers du bâtiment

1:32:04
Présentateur

là j'en profite tu me fais une passerelle une passerelle

1:32:07
François Ruffin

construite par les travailleurs du bâtiment

1:32:08
Présentateur

bien vu chez nous il n'y a pas de publicité on ne prend pas l'argent de Google donc n'hésitez pas à nous mettre la pièce sur Tipeee et y compris c'est un message qui vaut à ceux qui nous écoutent sur podcast parce qu'ils ne voient pas le bordeaux défiler à l'écran donc allez sur Tipeee pour nous soutenir parce que chez nous il n'y a pas de pub je te laisse continuer

1:32:28
François Ruffin

c'était vraiment la page de pub au milieu et donc un tu fais la pub là en l'occurrence pour les travailleurs du bâtiment tu vois ça rejoint quelque chose que tu ne veux pas aborder parce que toi ton truc c'est l'énergie l'énergie l'énergie mais pour moi

1:32:44
Présentateur

c'est la soutenabilité les fondamentaux de soutenabilité de notre société

1:32:47
François Ruffin

qui est le travail et la transformation à venir face aux défis climatiques aussi par le travail bon et de la même manière qu'aujourd'hui ces métiers là si tu considères que ce sont des métiers essentiels tu n'attends pas que ce soit le marché qui relève les salaires tu dis c'est 2000 euros minimum c'est une semaine de congé payé supplémentaire par an parce que c'est des métiers qui sont durs et c'est à 50 ans la possibilité d'une deuxième carrière comme pour les militaires si jamais tu as le dos qui en vrac à 50 ans mais de la même manière que pour l'énergie tu décides qu'est-ce qui est prioritaire pour l'énergie tu dois te demander mais qu'est-ce qui est prioritaire pour la main d'oeuvre où est-ce qu'elle doit aller qu'est-ce qui est prioritaire pour les savoir-faire qu'est-ce qui est prioritaire pour les capitaux vers quoi on canalise c'est Roosevelt dans la deuxième guerre mondiale il ne nationalise pas tout en revanche il canalise il dirige il oriente de la même manière aujourd'hui on devrait diriger canaliser orienter les savoir-faire l'énergie les capitaux la main d'oeuvre vers ce qui nous paraît le plus essentiel et beaucoup moins sur le reste

1:33:57
Présentateur

tu parlais des militaires on est en temps de guerre nous sommes en guerre est-ce que vous les députés vous avez été consulté par l'Elysée sur les sanctions sur les exports d'armes sur le fait qu'il y ait des soldats à nous des gens de chez nous qui se baladent sur le terrain est-ce que vous avez été consulté

1:34:20
François Ruffin

consulté oui un vote non

1:34:22
Présentateur

d'accord c'est-à-dire qu'on vous a juste dit on va par là-bas oui et donc un vote non

1:34:28
François Ruffin

je crois pas qu'il y ait eu de vote sur les sanctions et sur la livraison d'armes en Ukraine

1:34:37
Présentateur

je crois pas les sanctions on s'en fout un peu les livraisons d'armes c'est plus problématique quand même

1:34:41
François Ruffin

bon alors qu'est-ce qu'il y a à dire sur la guerre en Ukraine au Yémen ou ailleurs ou au Yémen ouais mais bon peut-être que la situation tu vois moi je suis pour une analyse des situations historiques ce qui se passe au Yémen n'est pas ce qui se passe en Ukraine non non

1:35:01
Présentateur

je te l'accorde

1:35:02
François Ruffin

tu vois ce qui se passe au Yémen puisque

1:35:03
Présentateur

qu'est-ce qui se passe en Ukraine

1:35:04
François Ruffin

non mais parce que t'as parlé tout à l'heure de l'Italie de l'ingérence de von der Leyen dans les affaires italiennes au Yémen si on est pour l'autodétermination des peuples t'as une ingérence de l'Arabie Saoudite dans les affaires du Yémen d'accord et donc il n'y a pas de raison de livrer des armes à l'Arabie Saoudite pour qu'elle s'ingère dans les affaires du Yémen

1:35:28
Présentateur

c'est des armes pour se défendre

1:35:30
François Ruffin

non puisque c'est pour c'est pas ce qu'on a dit c'est pour intervenir ils interviennent on sait vraisemblablement c'est assez documenté qu'il y a des armes françaises qui sont utilisées par l'Arabie Saoudite au Yémen

1:35:42
Présentateur

mais nous moi la ministre de la Défense elle m'avait dit que c'était pour se défendre

1:35:46
François Ruffin

pour se défendre mais alors de la même manière que nous on peut aller très bien ou les Etats-Unis peuvent aller se défendre à des milliers de kilomètres de chez eux l'Arabie Saoudite sans doute se défend sur le territoire des autres c'est quand même une conception assez particulière de ce qu'on appelle la défense mais bon la situation quand même en Ukraine n'est pas la même puisque non qu'est-ce qui se passe en Ukraine ? en l'occurrence t'as une décision d'intervention d'ingérence et d'agression de la Russie sur un territoire reconnu qui est le territoire ukrainien donc

1:36:18
Présentateur

ça lui a pris comme ça un matin

1:36:20
François Ruffin

qui s'est élevé il a dit

1:36:22
Présentateur

bon allez on va massacrer 4, 5, 6, 7, 8 8 familles d'Ukrainien aujourd'hui ça lui a pris comme ça d'un coup

1:36:29
François Ruffin

on sait que il peut y avoir sur ce qui s'est passé depuis des années des années en Ukraine un non-respect des accords par les deux parties et un jeu du chat et de la souris tu vois et donc on peut dire qu'il y a une responsabilité partagée dans ce qui s'est passé sur le terrain

1:36:51
Présentateur

l'Ukraine c'est un héliputien il y avait bien quelqu'un qui partageait les responsabilités avec l'Ukraine

1:36:56
François Ruffin

mais oui mais de toute façon c'est très clair que il y a eu l'OTAN tu sais l'Ukraine n'est pas dans l'OTAN mais l'OTAN était déjà en Ukraine donc voilà maintenant il n'en reste pas moins que le

1:37:10
Présentateur

ces propos n'engages que toi non

1:37:12
François Ruffin

voilà j'assume ces propos là l'OTAN était déjà en Ukraine maintenant la réalité quand même enfin c'est pas quand même c'est une agression de la Russie sur l'Ukraine donc que dans ce cadre là il y ait une solidarité vis-à-vis de l'Ukraine moi ça ne me choque pas au contraire est-ce que tu peux me faire l'avocat du diable vas-y

1:37:36
Présentateur

donc la solidarité face à l'Ukraine est tout à fait compréhensible on ne se lève pas un matin en envoyant ses troupes pour aller massacrer le pays qu'il y ait des nazis pas de nazis qu'il y ait des éléments radicaux dans l'armée ou pas on est d'accord quand la Russie a dit il y a des mecs qui se font bombarder des russophones ils se font bombarder X il envoie les hélicoptères il va les bombarder c'était normal c'était le pays qui combattait des séparatistes que les choses soient bien claires parce que je ne comprends pas bien

1:38:06
François Ruffin

si tu veux d'une façon

1:38:07
Présentateur

les séparatistes c'est bien ou c'est pas bien

1:38:12
François Ruffin

non si on a normalement une reconnaissance internationale des frontières de l'Ukraine à partir du moment où tu violes les frontières de l'autre c'est toi qui entors et là je dirais que on peut dire que c'est une faute morale mais par ailleurs ça a été une erreur stratégique de la Russie une erreur stratégique pourquoi ? parce que manifestement elle a surestimé sa puissance elle a sous-estimé non seulement l'armée ukrainienne mais les soutiens qu'elle pouvait avoir et ce qu'elle a sous-estimé aussi c'est l'unité du bloc occidental elle pensait que ça se fendrait entre l'Europe et les Etats-Unis et ça s'est pas fendu avec du coup une série d'échecs tu vois tu peux quel papier

1:39:01
Présentateur

qu'il y a par terre

1:39:02
François Ruffin

prends le là j'ai bossé qu'est-ce que tu veux avant ?

1:39:05
Présentateur

prends ton papier tu as le droit

1:39:06
François Ruffin

avec une série d'échecs il échoue Poutine échoue à rapprocher l'Ukraine et la Russie au contraire c'est l'inverse qui se produit c'est-à-dire que il n'y a pas de solidarité du peuple ukrainien quand les Russes ils arrivent en Russie en Ukraine pardon c'est tout l'inverse qui se produit apparemment ils comptaient un peu là-dessus mais y compris les russophones ils n'ont pas été enthousiasmés par l'arrivée de l'armée russe tu as une séparation qui ne se produit pas entre l'Europe et les Etats-Unis il y avait ce pari-là et au contraire nous ça nous jette quasiment dans les bras de l'OTAN c'est la conséquence de ça

1:39:48
Présentateur

on a déjà réintégré l'OTAN

1:39:50
François Ruffin

c'est bon mais si tu veux ceux qui voulaient la France traditionnellement elle utilisait quelque part la Russie et pas seulement la Russie comme un espèce de contrepoids pour pas être pleinement lié aux américains et quand même il y a eu des moments où on a réussi à se détacher des américains on va pas faire la guerre en Irak il y avait De Gaulle non ? non

1:40:12
Présentateur

quand il y avait De Villepin

1:40:14
François Ruffin

oui si tu veux je pense

1:40:16
Présentateur

est-ce que ça nous a valu

1:40:18
François Ruffin

ça ? en tout cas ça nous a valu à mon avis c'est le dernier moment où la France est grande dans l'ordre international parce que même quand tu es un petit pays et je considère pas que la France le soit mais le non

1:40:31
Présentateur

Mururoa s'en rappelle encore

1:40:34
François Ruffin

non mais le non il résonne dans le monde et le non il résonne dans l'histoire y compris quand c'est des petits ou des moyens mais qui se mettent à dire non aux grands et je pense que c'est le dernier moment où finalement il y a eu en dehors des coups du monde un sentiment de fierté nationale dans l'ordre mondial et où on a fait raisonner notre nom NOM tu vois et donc ben voilà là ce qui se produit fait que la troisième voie la voie d'indépendance et tout ça elle va être beaucoup plus compliquée à défendre

1:41:13
Présentateur

médiation une force d'interposition et ainsi de suite c'est ça

1:41:17
François Ruffin

c'est ça même se dire qu'il faut être ni dans l'un ni dans l'autre il faut être tu vois dans une espèce de ce qu'avait

1:41:25
Présentateur

sortir de l'OTAN ou pas

1:41:26
François Ruffin

ben là aujourd'hui si tu veux je pense que c'est une position qui n'est pas défendable aujourd'hui moi je pense que c'est une position qui n'est pas audible et est-ce qu'il faut sortir ou pas non mais je le redis c'est une position qui aujourd'hui n'est pas défendable et qui n'est pas audible d'autres temps viendront mais

1:41:45
Présentateur

il du course

1:41:47
François Ruffin

mais là aujourd'hui

1:41:49
Présentateur

au moment venu

1:41:50
François Ruffin

aujourd'hui où il y a une l'agression je pense que avant la question se posait et c'est là où c'est pour moi une faute stratégique que produit Poutine parce que y compris les pays qui décidaient de ne pas se brouiller avec lui à la fois par des intérêts énergétiques mais aussi parce que il y avait quelque part un contrepoids et ça ça faisait qu'on n'était pas vassalisé complètement et encore par une puissance et bien là il va y avoir un adossement qui va être renforcé à ça donc voilà ce que produit pour moi l'intervention de la Russie en Ukraine

1:42:34
Présentateur

qu'est-ce que la France doit faire avec ça elle doit débarquer en disant maintenant ça suffit on fait une force d'interposition on est plus crédible parce qu'on fait partie de l'OTAN qu'est-ce qu'il faut faire comment comment on calme les choses avec la Russie et comment on fait pour aider l'Ukraine pour éviter qu'ils s'en prennent deux fois plus

1:42:51
François Ruffin

bon d'abord il y a ce qui est fait je veux dire il est évident que l'Ukraine à quoi on s'attendait peut-être que toi tu t'avais lu dans la boule de cristal et tu t'attendais pas

1:43:05
Présentateur

moi je suis pas voyante nous on va sur le terrain on écoute les gens

1:43:09
François Ruffin

moi je vais pas je vais pas en Ukraine et je vais pas en Russie

1:43:11
Présentateur

l'Ukraine c'est très sympa la Russie c'est très sympa aussi mais on peut aller à la semaine des ambassadeurs voir ce qui se passe au quai d'Orsay on peut écouter ce qui se passe au quai d'Orsay on peut écouter les diplomates d'autres pays et on peut voir comment les gens s'organisent et celui qui aurait dû faire son travail aurait pu voir que la guerre venait à grands pas bon alors tu sais quand il y a des bombardiers russes qui passent devant Brest et que nous en face de nous on a l'ambassade ou le ministre conseiller de l'ambassade de Russie et on lui dit alors Artem les deux bombardiers que t'as fait passer devant notre base de sous-marins ils étaient chargés ou ils étaient pas chargés et pourquoi il y avait pas les transpondeurs ça ce genre de questions techniques si t'avais posé ou t'avais croisé le truc tu voyais que la guerre commençait à chauffer un peu je n'ai pas quand tu vois les pays nordiques dire à leur population bien avant la guerre bon alors écoutez avant la crise énergétique la crise du Covid ils font passer leur population bon vous savez c'est en train de chauffer quand même un peu avec les russes on avait d'ailleurs contacté l'ambassade de Suède ce serait bien d'avoir deux semaines de stock chez vous juste au cas où ce genre de petits fascicules ça devrait allumer des lumières ça c'est des trucs qu'ils n'ont pas vu venir au Quai d'Orsay

1:44:26
François Ruffin

apparemment pas

1:44:28
Présentateur

apparemment pas un peu comme le Covid c'est ça

1:44:30
François Ruffin

apparemment pas moi je en effet si tu savais que la crise du Covid elle arrivait 6 mois à l'avance non non

1:44:37
Présentateur

nous on a eu que 17 jours d'avance c'est à dire que le 17 janvier on avait des gars sur place qui nous tenaient au courant mieux que la DGSE tenait au courant le putain de Quai d'Orsay

1:44:43
François Ruffin

d'accord

1:44:44
Présentateur

désolé

1:44:44
François Ruffin

mais ce à quoi moi je m'attendais et j'étais pas le seul mais peut-être pas toi est-ce que tu t'attendais à une résistance de l'armée ukrainienne

1:44:58
Présentateur

bien entendu

1:44:59
François Ruffin

moi je m'attendais pas du tout à ça moi je m'attendais je m'attendais à un effrondrement militaire de l'Ukraine et que Kiev serait pris beaucoup plus rapidement que ça ça fait depuis 2014

1:45:11
Présentateur

qu'ils sont formés aux techniques de guérilla

1:45:13
François Ruffin

tu devrais écrire tes papiers à l'avance comme ça non non

1:45:17
Présentateur

on fait des vidéos nous tu vois les mecs du Quai d'Orsay ils nous disaient tout le temps il faut faire des trucs il faut laisser des traces nous on a laissé des traces on a des interviews alors dis-moi

1:45:26
François Ruffin

dans quelle vidéo t'annonces tout ça

1:45:28
Présentateur

alors sur le coup des bombardiers va voir les interviews qu'on a fait avec l'ambassade de Russie où on leur pose clairement les questions de qu'est-ce que c'est que ces forces là le mec il nous dit mais vous êtes en train de nous parler d'une nouvelle guerre froide

1:45:44
François Ruffin

oui mais où est-ce que tu annonces qu'il y aura une résistance de l'armée ukrainienne

1:45:49
Présentateur

pas dans les vidéos

1:45:49
François Ruffin

ouais bah d'accord si jamais tu nous dis tu annonçais toutes tes prophéties à l'avance c'est pas des prophéties si si c'est des prophéties

1:45:56
Présentateur

emploie le bon langage ça s'appelle de la prospective et de l'anticipation parce que dire des prophéties c'est réducteur et péjoratif

1:46:03
François Ruffin

d'accord d'accord

1:46:04
Présentateur

mais si les politiques commencent à parler comme ça on peut muscler le débat

1:46:08
François Ruffin

d'accord mais si tu veux qu'on muscler le débat si jamais tu annonçais à l'avance tes prospectives tu vois et que on en avait bah voilà ça serait quand même d'une part

1:46:16
Présentateur

ça tombe bien parce qu'on va faire venir un mec qui n'a jamais parlé à la télé et qui est en bien en poste et ce mec là il nous suit depuis 20 ans d'accord et on va le moucher et il va être obligé de se faire moucher en direct parce qu'on lui a mis des pilules tu comprends ?

1:46:33
François Ruffin

oui bon bah très bien mais ça me concerne pas d'accord donc en revanche

1:46:38
Présentateur

non quand même parce que tu vas gérer le bateau qui coule pourquoi ? parce que quand t'as plus d'énergie t'as un bateau qui coule

1:46:43
François Ruffin

non mais là ce que tu me dis avec le mec que tu vas recevoir ou je sais pas ça me concerne pas vous réglerez vos histoires tous les deux tu vois mais moi j'ai pas je sais pas la prospective en la matière il est clair que je l'ai pas et que ce que on pressentait ça serait un effondrement militaire de l'Ukraine et ce qui est le pari qui était fait c'était un effondrement économique de la Russie et au fond ce qu'on voit c'était Bruno Le Maire qui disait voilà avec les sanctions économiques qu'on va prendre en 6 mois il y aura une chute de la Russie

1:47:15
Présentateur

la Russie prend très cher avec les sanctions

1:47:17
François Ruffin

très très très très cher mais ce qu'on voit c'est que sur le plan économique ils s'en sortent quand même et moins 6% de PIB c'est pas la dégringolade la plus totale d'accord mais qu'en revanche sur le plan militaire c'est pas la victoire qui était attendue par Poutine en tout cas toi t'avais peut-être cette prospective là mais Poutine il établissait une autre prospective quant à la conquête du territoire ukrainien tu vois

1:47:39
Présentateur

attends Poutine il n'a pas sorti ses gros avions il n'a pas sorti ses gros missiles

1:47:42
François Ruffin

oui oui d'accord mais enfin ça ne se passe pas exactement comme il l'espérait je pense tu vois et donc on se retrouve quasiment dans un scénario inversé où sur le plan économique ça tient et sur le plan militaire en revanche ça a une contre-offensive qui se met en place bon et donc c'est le résultat aujourd'hui de la guerre en Ukraine ça veut dire là à partir de ce moment là c'est d'une part que les intérêts de l'Europe ne soient pas complètement confondus avec les intérêts ukrainiens c'est à dire jusqu'où on mène la guerre est-ce qu'on mène la guerre jusqu'à la libération totale du pays

1:48:19
Présentateur

c'est bien parti pour selon Ursula

1:48:21
François Ruffin

ben on va voir mais ou bien est-ce que si jamais il y a un enlisement il y a la nécessité d'un compromis qui est passé à un moment et la deuxième chose c'est que on ne confonde pas nos intérêts avec les intérêts américains parce qu'il est évident que ça ne gêne pas ben oui les intérêts américains qu'il y ait une guerre qui se déroule sur le sol européen qui affaiblissent continuellement la Russie mais qui nous aussi nous affaiblissent tu vois et donc il y a un moment il y a à trouver le chemin de nos intérêts à nous sans il ne s'agit pas de laisser tomber l'Ukraine mais de nos intérêts à nous qui viennent proposer un compromis et enfin là on va voir ce qui se passe dans les semaines ou les mois à venir sur le terrain militaire quand même puisque il y a encore des on n'est pas dans un enlisement de la guerre il va falloir que j'ai de la flotte moi le verre il est vide là les gars et ça fait deux heures qu'on y est

1:49:27
Présentateur

non ça fait 1h50 et 21 secondes

1:49:31
François Ruffin

donc encore 10 minutes

1:49:32
Présentateur

revenons à nos moutons

1:49:35
François Ruffin

lesquels Bruno Le Maire les tondres ça prend de l'énergie

1:49:39
Présentateur

ça dépend si tu fais au ciseau

1:49:42
François Ruffin

alors tu vois les moutons par exemple non non non mais attends je ne vais pas déconner tu vois tu me lances sur les moutons alors je peux te dire que sur les moutons la tonte non mais les moutons c'est qu'on parle de grand déménagement du monde tu te rends compte que là parce que on te dit qu'il va y avoir relocalisation et compagnie on vient de signer le patronat les ministres tu vois les dirigeants du pays te disent relocalisation de l'économie on signe un accord d'échange avec la nouvelle Zéande pour l'importation de moutons de viande au vin de lait au vin de fromage au vin comme si on avait besoin d'avoir des moutons qui font des dizaines de milliers de kilomètres à travers la planète assez et ça ça continue on est dans une folie qui continue alors qu'on voit très bien qu'elle nous entraîne droit dans le mur

1:50:38
Présentateur

donc revenons à nos moutons Bruno Le Maire est-ce que c'est un bon ministre des finances

1:50:43
François Ruffin

ça dépend pour qui ça dépend pour qui quand on dit qu'en 5 ans de mandat de Macron les 5 premières fortunes françaises elles ont vu leur patrimoine tripler je pense que pour eux c'est un excellent ministre des finances et comme ce sont les mécènes et les premiers mandataires de Macron Bruno Le Maire et compagnie d'un certain point de vue c'est un très bon ministre des finances quand il dit que ça va être à l'euro près mais que à l'euro près ça va être toutes les dépenses qui concernent Bernadette Géraldine et Hayat et qu'en revanche on va quand même trouver 8 milliards d'euros pour baisser les impôts CVE c'est un ministre qui opère des choix de classe tu sais la difficulté qu'on a aujourd'hui c'est qu'il y a des choix politiques fiscaux très profonds qui sont effectués mais qu'au fond ils sont naturalisés ça veut dire quoi ça veut dire qu'ils ne sont pas présentés comme étant de la politique qu'ils ne sont pas présentés comme étant de véritables choix mais qu'ils sont recouverts d'abord du Covid une maladie une fatalité un fait naturel et maintenant de la guerre en Ukraine qu'est-ce qu'on y peut et donc à partir de ce moment là des choix politiques profonds s'opèrent sous cet habillage là sous ce costume là et se retrouvent naturalisés en un mode on n'a pas le choix tu vois il n'y a pas d'alternative de Margaret Thatcher et au fond ils nous enferment en permanence dans un c'est comme ça on n'a pas le choix qui aujourd'hui se fait sous ce costume de la guerre en Ukraine alors qu'il y a des tas de choix il y a des tas de choix y compris sur l'énergie est-ce qu'on revient à un tarif réglementé pour tout le monde c'est-à-dire pas seulement pour les particuliers mais aussi pour les collectivités mais aussi pour les entreprises c'est un choix et aujourd'hui donc de couper le marché

1:52:31
Présentateur

si on coupe le marché qui est-ce qui va nous filer de l'électricité cet hiver alors que notre parc il est bancaire

1:52:38
François Ruffin

non non mais je veux dire on a encore on a un parc en tout cas on a un parc sur tout ce qui est la production intérieure d'électricité tu peux décider là de couper le marché d'accord

1:52:48
Présentateur

donc si je coupe le marché au jour d'aujourd'hui EDF arrive avec sa petite cape bleue et dit c'est bon je fournis à tout le monde

1:52:55
François Ruffin

non peut-être pas tout le monde mais enfin non non mais attends on a déjà une large production d'électricité en France et bien tout ça tu peux le sortir du marché et le remettre sur tarifs réglementés c'est un choix et un choix politique tu vois et ça c'est possible et là ça n'a pas de coût mais si ça n'a pas de coût ça n'a pas de coût ça c'est un choix d'un mécanisme de marché que tu choisis de rompre et là au contraire tu sais très bien qu'on a lié les tarifs non seulement on a déréglementé les tarifs de l'électricité mais en plus on les a liés au prix du gaz non mais attends je veux dire il faut être doublement malade donc ça c'est un choix

1:53:34
Présentateur

Bruno Le Maire est-ce que le bouclier tarifaire c'est une bonne ou une mauvaise idée ? c'est une rustine c'est un pansement sur une jambe de bois ?

1:53:42
François Ruffin

non mais c'est une rustine sur c'est ce que je viens de te dire je veux dire si jamais il n'y avait pas ça ça serait pour les gens la catastrophe intégrale et immédiate pour eux ?

pour les gens ah oui bah oui pour les gens rends-toi compte je parlais de rationnement tout à l'heure mais rends-toi compte pour en gros ça dépend on va dire un quart de la population le retour d'un rationnement qui est déjà là donc si tu veux soit tu opères du plancher plafond qui est une forme de rationnement organisé et qui essaye de se faire dans une forme de justice soit tu laisses faire le marché et il opère un rationnement seulement sur les uns et de manière et y compris sur les besoins fondamentaux quant à on te dit que 25% c'est pas un truc que je sors de mon chapeau c'est 25% des français se restentraînent sur les quantités dans leur assiette tu vois et au fond

1:54:41
Présentateur

même au niveau des repas

1:54:42
François Ruffin

oui mais c'est ça mais moi si tu veux ce à quoi j'assiste c'est un retour de la fin tu vois dans mon film Merci Patron il y a un moment où il y a le couple d'ouvriers l'éclure qui vient dire mais nous on mange pas trois repas par jour et puis à Noël c'est un peu de fromage sur une tartine tu vois et à ce moment là dans la salle quand j'étais en salle de cinéma t'avais un blanc qui se faisait les gens se disaient mais c'est pas possible on est en France c'est pas possible et maintenant c'est toutes les semaines moi que j'ai des gens et des gens qui travaillent tu vois j'avais un conducteur de car scolaire qui est à 800 euros par mois parce que c'est 3h le matin 2h le soir et qui m'explique comment il saute des repas et comment il va piquer des trucs au supermarché donc et toutes les semaines

1:55:33
Présentateur

les antivolts sur les modes de beurre et les steaks

1:55:36
François Ruffin

pas encore mais tu vois et t'as le temps de covid où on a accepté que notre jeunesse et c'est pas fini mais c'est moindre que pendant la perte du covid mais soit touché par la sous-alimentation

1:55:54
Présentateur

tu parles des queues des filles étudiantes d'étudiants qui faisaient la queue pour avoir des colis alimentaires

1:56:00
François Ruffin

et alors qu'a fait l'état dans ce temps là

1:56:03
Présentateur

un jeu concours pour le crousse

1:56:04
François Ruffin

non mais ils ont fait un truc qui était même pas organisé la charité mais ils ont lancé un plan un plan en disant voilà vous voulez faire des dons aux étudiants voici le numéro où il faut donner c'est à dire c'est même pas l'organisation de la charité eux-mêmes substituez-vous à l'état voilà et c'est ça le rôle donc simplement pour te dire qu'on a un retour pour moi de la faim sur un quart de la population et t'as un retour du froid là tu vois donc deux mots dont tu pensais être débarrassé

1:56:44
Présentateur

après il y a la maladie

1:56:45
François Ruffin

voilà quand tu vois les restrictions sur les dépenses de soins 45% des français qui sont en découvert tous les mois tu montres les dents symbole extrêmement intéressant les dents parce que tu vois quand François Hollande a dit les sans dents moi je me suis pas braqué contre Hollande là-dessus parce qu'au fond c'est la réalité que tu peux reconnaître l'appartenance de classe des gens à leur dentition simplement quand t'es de gauche qu'est-ce que tu fais tu n'établis pas là-dessus un constat c'est un cynique tu te demandes comment tu peux transformer ça tu te demandes comment tu vas avoir des dentistes qui vont aller dans des camionnettes amener des soins pour les gens au pied de leur HLM ou dans les campagnes et tu cherches à mettre en oeuvre quelque chose qui lutte contre ça et donc voilà là tu vois on est dans ce temps de rationnement pour les uns et de gavage pour les autres et si tu laisses faire le marché c'était une discussion de départ mais si tu laisses faire le marché le marché ne fera que accroître ça

1:57:47
Présentateur

quand je t'écoute parler

1:57:49
François Ruffin

avec tout le respect

1:57:51
Présentateur

que je te dois

1:57:52
François Ruffin

tu es député

1:57:55
Présentateur

de la république quand même j'ai l'impression que tu fais que du symptomatique comme une infirmière qui court dans une unité de soins palliatifs volant c'est à dire que tu es là à essayer d'apporter un soulagement aux plus faibles aux plus précaires aux sans voix moi j'aimerais que tu me donnes ta moelle épinière la moelle épinière de ton prisme de lecture qu'est-ce que tu vois pour les 5 ans à venir pour la France

1:58:24
François Ruffin

d'abord je ne suis pas d'accord avec ton constat tu ne fais pas que du symptomatique non je ne suis pas d'accord puisque je te dis que au fond tout ça il y a une colonne vertébrale que je viens te répéter si jamais ce n'est pas assez clair c'est la volonté ou le marché c'est l'organisation de la société ou le laisser faire par le porte-monnaie tu vois et il y a un choix qui est opéré et qui produit tous les symptômes que je te décris c'est sédition ou soumission c'est même pas la sédition c'est organisation ou soumission au marché tu vois et c'est un choix qui n'est pas nouveau dans notre histoire que de se dire qu'on laisse faire les dominants et qui vont s'auto-organiser dans une forme de plutocratie ou alors il y a la forme démocratique qui décide ensemble de quels sont les besoins fondamentaux et comment on organise la société pour la transformer vers où on canalise l'énergie vers où on canalise les capitaux vers où on canalise la main d'oeuvre

1:59:27
Présentateur

ça c'est pour quand ça

1:59:28
François Ruffin

c'est pour quand il faut qu'on chope le pouvoir quand même tu vois alors je ne veux pas faire confiance qu'au pouvoir ce que je veux dire c'est que moi je suis pour un dépassement dialectique des contradictions sur plein de points mais entre autres sur le haut et le bas il ne faut pas qu'on croit que si jamais on prend le pouvoir et que ça se fait avec en bas un vide d'initiative privée on en fera quelque chose il doit y avoir le lien entre les deux tu vois l'un des grands temps de notre histoire on va y être à nouveau sur les retraites la retraite tu vois l'organiser la volonté ou le laisser faire qu'a fait des millénaires de laisser faire c'est la misère dans les classes populaires quand elles vieillissent quand elles ont la chance de vieillir c'était ça pendant des siècles et des siècles quand on vieillissait dans les classes populaires on se retrouvait à la charité ou bien c'était les enfants qui prenaient en charge les vieux tu vois et ça a été ça

2:00:31
Présentateur

c'est ça qu'on en faisait beaucoup d'ailleurs

2:00:32
François Ruffin

entre autres parce qu'il y en a peu qui survivaient aussi et donc c'était et c'était apparaît c'est comme appartenant à l'ordre naturel des choses 1945 une décision est prise de créer le minimum vieillesse et les retraites quel est l'effet politique de ça de la volonté politique en 30 ans parce qu'il faut une génération pour installer ce genre de mesures tu as une division par 4 du taux de pauvreté chez les personnes âgées pour la première fois dans l'histoire de l'humanité de notre pays tu as le taux de pauvreté des personnes âgées qui passe sous le taux de pauvreté de la moyenne nationale une fatalité est vaincue par un choix politique donc mais je veux dire que ce choix que fait Ambroise Croisa ministre des travailleurs en 1945 il n'aurait pas pu le faire si jamais il n'y avait pas eu déjà des expériences d'en bas s'il n'y avait pas eu des initiatives qui avaient été prises et c'est les caisses de solidarité dans les usines ça a été des fédérations qui ont mis en place des mutuelles et qui a fait que ça a ouvert l'imaginaire à lui qui s'est dit finalement généraliser ça et faire ce vaste plan de sécurité sociale c'est faisable mais qui a ouvert aussi l'imaginaire dans le pays et où les gens se sont dit mais ce qu'il nous propose le gars c'est pas délirant puisque ça existe déjà il y a du déjà là et ce qui est important c'est pour ça que je te dis il faut à la fois le pouvoir mais s'il y a le pouvoir sans qu'il y ait du déjà là sans qu'il y ait du déjà là sur le terrain de l'agriculture sans qu'il y ait du déjà là sur le terrain du bâtiment sans qu'il y ait du déjà là par l'initiative privée des associations des entrepreneurs de tu vois à la base le pouvoir en haut ne suffira pas il nous faut une jonction entre les deux donc il n'y a pas de raison de ne pas faire du déjà là maintenant y compris de manière ténue tu vois quelque part tu es un déjà là sur le plan médiatique puisque si on dit qu'on veut transformer la société ça passe aussi par une transformation de ce qu'on met dans la tête des gens donc des médias bah oui et donc c'est comment on fait du déjà là et que quand il y a le pouvoir il y a assez d'imagination qui grouille dans la société pour qu'on puisse mettre en oeuvre des mesures qui sinon paraîtrait complètement délirantes

2:02:53
Présentateur

question internet que je vais synthétiser parce qu'il y en a eu plusieurs le parc thermonucléaire français t'en pense quoi ? il faut le continuer il faut recharger le nucléaire il faut se décharger le nucléaire on fait quoi ?

2:03:04
François Ruffin

déjà je vais te dire une chose c'est que la sûreté du nucléaire c'est pas pour demain c'est pour aujourd'hui que notamment moi donc j'ai fait utiliser du reportage c'est mon côté je suis reporter quand même c'est mon métier moi il n'y a rien de mieux

2:03:21
Présentateur

que le terrain

2:03:21
François Ruffin

le terrain ne ment pas pour paraonier l'autre il faut à la fois le terrain et des éclairages intellectuels qui viennent de l'autre il faut le dépassement dialectique de cette contradiction là aussi si tu regardes que le terrain le terrain le terrain en fait tu t'en sors pas si t'es que dans la grande pensée en haut tu t'en sors pas et je pense qu'il faut une espèce de jonction entre les deux et donc le passage par la sous-traitance dont je parlais tout à l'heure en matière de bâtiment c'est quelle fiche qui va partir ?

non je n'ai pas la fiche mais le passage par la sous-traitance le fait de l'avoir vu tu vois autant je ne suis pas allé en Russie en Ukraine autant c'est magnifique Moscou c'est magnifique je n'ai pas de doute là-dessus mais eh bien ça produit une insécurité pour les travailleurs des travailleurs du nucléaire qui sont dans des sociétés d'intérim qui passent qui retournent et tout ça aujourd'hui plus des trois quarts des intervenants dans les centrales nucléaires c'est de l'ordre de la sous-traitance et non pas de l'ordre d'EDF et ça produit une insécurité pour le système également parce que les informations elles circulent beaucoup moins bien avec les sous-traitants que quand il y a un opérateur public et unifié qui forment des soudeurs et qui forment des soudeurs donc là on y compris dans ce qui devrait être le coeur du réacteur tu vois l'énergie et une énergie qui est quand même dangereuse le nucléaire et bien même quand

2:04:51
Présentateur

l'hydraulique c'est dangereux aussi

2:04:52
François Ruffin

ouais mais enfin les conséquences alors il y a eu il y a des barrages qui ont pété et ça a produit des choses dans des vallées les conséquences quand même des explosions nucléaires sont d'une nature encore plus impressionnante quand même mais donc et pas seulement impressionnante mais y compris sur ce terrain là on a été capable de mettre en oeuvre cette folie du coup du coup du coup du coup de ne regarder le travail et les investissements que comme n'étant un coup tu sais c'est Keynes qui disait que on est rentré dans le cauchemar du comptable où en ayant une vue à très court terme lui disait on préfère construire des taudis dont on sait qu'ils vont pas tenir 30 ans plutôt que de se demander comment on construit quelque chose de beau de confortable de lumineux et qui tiendra dans la durée et c'est Keynes qui disait si si jamais on le pouvait on éteindrait les étoiles et le soleil parce qu'ils versent pas de dividendes tu vois c'est beau non mais donc voilà et y compris sur le terrain du nucléaire on a on a raisonné avec ce ces cerveaux réduits à une calculette bon

2:06:19
Présentateur

on a raisonné on va dire les partis politiques et les fonctionnaires en charge de gérer ça les dirigeants les dirigeants donc le nucléaire on fait 4, 5, 6, 10 réacteurs en plus là on fait quoi ?

2:06:31
François Ruffin

moi je te dis sur la question que tu poses sur l'énergie aujourd'hui ce que je pense c'est qu'il faut un vaste débat avec les français tu vois mais vraiment

2:06:43
Présentateur

pour planifier

2:06:44
François Ruffin

ouais il faut un vaste débat avec les français sur quelle sobriété on quelle est la trajectoire énergétique qu'on valide pour le pays en termes de attends mais là

2:06:57
Présentateur

là qu'on valide oui mais c'est pas qu'on valide là c'est qu'on peut se permettre parce que quand t'es dans ton avion et que tu planes ça va mais quand ta vitesse elle ralentit tu planes plus donc là c'est quelle trajectoire on peut se permettre en termes de décroissance

2:07:13
François Ruffin

si tu dis que tu veux construire 50 centrales nucléaires c'est une option donc ouais voilà mais donc c'est pas comme si on avait mais quand je dis de toute façon tu sais moi qu'il faille moins consommer d'énergie c'est pas comme si tu me le faisais dire d'aujourd'hui si tu veux non mais non mais attends ça fait 23 ans que ça fait 23 ans que je le dis si tu veux quasiment dès la naissance de Fakir je dis qu'on peut pas se permettre ça tu vois bon donc c'est pas comme si c'était un truc

2:07:46
Présentateur

tu parles de Fakir t'es ennuyé par un visa partner ou pas ?

2:07:49
François Ruffin

c'est de chez nous qu'est partie l'histoire

2:07:51
Présentateur

t'es ennuyé ou pas ?

2:07:52
François Ruffin

pourquoi ennuyé ? ah non mais bizarrement donc l'histoire à visa partner je veux dire quand même c'est quand même dingue l'obsession de Bernard Arnault pour moi puisque donc il a fait paraître il a payé des non journalistes mais déguisés en journalistes

2:08:07
Présentateur

j'ai pas suivi cette histoire c'est Bernard Arnault qui finançait je comprends pas bien

2:08:11
François Ruffin

oui bah oui il y a eu des articles qui sont parus sur des sites obscurs pour me dénigrer tu vois des tribunes signés

2:08:21
Présentateur

la fiche Wikipédia aussi est passée non ?

2:08:23
François Ruffin

je sais pas j'ai pas regardé mais enfin en tout cas et signés par des et bon et en fait la personne qui devait faire ce travail là comme c'était moi et comme elle avait de l'estime pour moi elle disait non c'est pas possible je vais pas faire ça et c'est là qu'elle s'est mise à raconter comment on lui faisait faire des faux articles des fausses tribunes signées par des fausses personnes avec des pseudos de gens qui n'existaient pas et donc en fait c'est

2:08:48
Présentateur

on va recevoir quelqu'un qui parlera de ça plus en détail un peu plus loin

2:08:52
François Ruffin

et donc c'est de là qu'est parti le truc où le rôle d'Avisa Partners en l'occurrence ça a été financé par LVMH dans le cas me concernant mais ça a pu être financé par des gouvernements étrangers pour publier les tribunes et compagnie et c'était une enquête qui a été reprise et approfondie par d'autres médias mais bizarrement tous les autres médias sont poursuivis et Fakir ne l'est pas

2:09:14
Présentateur

pour l'instant

2:09:15
François Ruffin

pour l'instant

2:09:15
Présentateur

revenons à nos sujets énergétiques Bruno Le Maire est-ce qu'on peut lui faire confiance et Bruno Le Maire et le reste du gouvernement sur la sécurité alimentaire des français est-ce que la sécurité alimentaire des français est assurée je parle pas des modes de peur congelés en Europe est-ce que on est sécurisé pour l'alimentation en France

2:09:40
François Ruffin

en tout cas on a pas changé tu vois quand je te disais tout à l'heure Emmanuel Macron déléguer notre alimentation notre protection à d'autres est une folie on n'a rien changé et on est toujours dans la même dépendance on n'a pas réduit notre dépendance au contraire je te dis avec tous les accords de libre-échange qui sont en cours on accroît notre dépendance et on ne construit pas notre autonomie aujourd'hui ça c'est une certitude donc et pour construire notre autonomie je vais au moins tu auras compris ma colonne vertébrale et tu vas pas dire que je ne traite que les symptômes même si je te parle de Bernadette et de Cindy un petit peu mais il me semble pas que je sois venu faire de la pleurniche mais pour construire notre autonomie ça suppose encore une fois qu'on fasse le choix d'organiser la société par de la volonté politique ou qu'on fasse le choix d'un marché mondialisé dans lequel se trouve à la fois le blé qui est traité comme un produit financier tout le sait c'est traité comme un produit financier et ça c'est un choix c'est un choix politique profond de décider que le blé y compris que le blé qui est produit ici va subir des fluctuations de marché ou alors qu'on va au moins réguler le marché intérieur tu vois et donc pour apporter à la fois de la sécurité alimentaire mais aussi de la sécurité de revenu au producteur et aujourd'hui le choix est fait de laisser le blé et le reste comme un produit spéculatif

2:11:15
Présentateur

l'eau aussi ça va bientôt être un produit spéculatif

2:11:21
François Ruffin

tu sais je vais je vais te je vais radoter mais ce que je te dis sur ça vaut aussi sur l'eau si et c'est pas si on a une la nécessité de consommer moins d'eau est-ce que tu laisses faire la main invisible du marché et ceux qui ont des piscines privées mais pas seulement ceux qui ont des terrains de golf à arroser ils auront tout à fait la possibilité de payer pour ça et ça sera sans doute pour eux un dollar sinon peut-être un petit relèvement de leur cotisation au club tu vois

2:12:02
Présentateur

il faut se détromper il y a aussi des gens pauvres qui font du golf et il y a des petits golf qui essayent de survivre avec des petits moyens

2:12:07
François Ruffin

très bien d'accord ok mais enfin tu vois l'idée de toute façon quand même bon et soit tu dis que ça doit aller vers un certain nombre de besoins essentiels et qu'à ce moment là il faut organiser la société et c'est pas seulement le prix de l'eau qui doit l'organiser et ça doit pas s'organiser dans l'urgence non plus parce que tu vois Macron il nous prend dans l'urgence permanente face au Covid ça n'a été qu'une succession d'urgences on apprenait le soir à 20h comment on allait devoir vivre le lendemain à 8h du matin

2:12:36
Présentateur

l'anticipation

2:12:38
François Ruffin

la prévision

2:12:40
Présentateur

la boule de cristal

2:12:41
François Ruffin

sur l'eau normalement tu dois te demander comment tu fais pour adapter la société à un moins d'eau ça veut dire que sur le terrain agricole il y a sans doute un certain nombre de productions type maïs ainsi de suite qu'il faut diminuer

2:12:57
Présentateur

comment on va faire de l'éthanol avec notre colza comment on va faire

2:13:02
François Ruffin

comment on va nourrir

2:13:04
Présentateur

nos poulets

2:13:04
François Ruffin

alors il y a d'autres trucs tu vois t'es végétarien ? non je suis pas végétarien mais ça veut dire aussi puisque l'éthanol de toute façon je l'élimine est-ce que je suis pour la production d'éthanol ? non non les terres elles doivent servir à se nourrir

2:13:20
Présentateur

ça nourrit les voitures

2:13:22
François Ruffin

oui mais non elles doivent servir à se nourrir et pas à se déplacer c'est clair pour moi ça ça doit être une règle qui doit être posée ça doit pas être pour du biocarburant et tout ça les terres doivent servir à nous nourrir bon et ensuite tu dis les poulets qu'est-ce qu'on veut comme viande ? qu'est-ce qu'on peut se permettre ? ouais qu'est-ce qu'on peut se permettre mais qu'est-ce qu'on veut comme viande ?

tu vois moi je suis partisan du moins de viande mieux de viande c'est-à-dire qu'à la place de bouffer de la viande tout le temps en la faisant venir de l'autre bout de la planète ou d'élevage hyper concentré et bien tu te dis que sans doute on mangera moins de viande mais que cette viande elle aura elle aura été en pâture enfin tu vois un peu le truc quoi donc voilà mais ça c'est pas le marché qui le décide c'est des règles que tu poses tu sais moi je suis pas député par hasard non non non c'est pas seulement parce que j'aime mener campagne j'adore ça d'accord mais c'est pas seulement ça c'est parce que au fond je veux dire je suis pas devenu maire je suis pas devenu conseiller départemental pourquoi

2:14:30
Présentateur

parce que t'as un coeur

2:14:31
François Ruffin

non

2:14:32
Présentateur

parce que t'as des yeux

2:14:33
François Ruffin

je pense qu'on peut être maire ou conseiller départemental avec un coeur et des yeux mais en revanche

2:14:38
Présentateur

je crois

2:14:39
François Ruffin

je crois à la règle qu'on se fixe et qu'on respecte voilà et donc au fond si tu dis que c'est le marché que c'est le laisser faire tu ne crois pas à la règle commune qu'on se fixe et qu'on respecte

2:14:53
Présentateur

question est-ce que tu sais ce que c'est un choc volcœur

2:14:57
François Ruffin

c'est un choc sur le la hausse des taux d'intérêt non

2:15:02
Présentateur

la hausse du taux de chômage

2:15:04
François Ruffin

ah d'accord ah oui

2:15:06
Présentateur

comment on fait pour combattre l'inflation

2:15:09
François Ruffin

bah là puisque tu parles du taux de chômage ceci dit à quoi est due l'inflation tu vois parce que l'inflation

2:15:18
Présentateur

aux banques centrales au prix de l'énergie à la guerre à quoi à la surpopulation à la surdemande à la surconsommation

2:15:24
François Ruffin

tu as des inflations qui peuvent avoir des causes différentes l'inflation des années 70 sur les salaires par exemple est pas du tout la même que celle d'aujourd'hui qui est pas une inflation sur les salaires puisque t'es une inflation de 6% et des salaires qui augmentent de 3% donc t'es à moins 3% les gens qui travaillent cette année déjà le serrage de ceinture c'est 3 crans d'accord et donc voilà ce que fait le marché tu vois et en revanche t'as une inflation je l'ai dit tout à l'heure quand je t'ai parlé de des portes containers et de l'énergie qui faisait qu'à la place de représenter 3% du PIB il représentait désormais le double 6% du PIB ce qui est un basculement formidable et t'as une inflation financière les dividendes tout ça c'est une inflation spéculative du capital qui est absolument considérable tu vois donc ça alors comment tu fais face à l'inflation il y a une responsabilité

2:16:21
Présentateur

des banques centrales ou pas

2:16:22
François Ruffin

dans l'inflation la production de dette tu sais moi oui oui moi j'ai compris je comprends rien à la monnaie je vais te dire ce que je pense c'est peut-être quelque chose qui fait qu'on on raisonne pas de la même manière c'est que j'ai une très faible capacité d'abstraction je le pense tu vois je pense avec mes pieds je pense vraiment tu vois tu es opératif je pense alors avec les situations concrètes que je rencontre et qui me font cheminer dans ma tête et qui me font élever une pensée à partir des cas concrets que je rencontre et c'est de là que je tire des raisonnements des lois plus générales et ainsi de suite je veux dire et on peut concevoir le mouvement inverse des mouvements qui sont plus de l'ordre de gens qui sont d'ordre philosophe qui sont dans les abstractions et c'est pas une critique que je fais à ça et qui ensuite regardent la société et pensent la réalité sociale en fonction des idées qu'ils avaient auparavant tu comprends ce que je veux dire mais moi je suis vraiment un penseur en marchant pourquoi je dis ça c'était quoi ton point de départ

2:17:32
Présentateur

en marchant

2:17:33
François Ruffin

quoi ?

2:17:34
Présentateur

c'est pas avec tes pieds

2:17:36
François Ruffin

si en marchant avec mes pieds

2:17:36
Présentateur

l'inflation

2:17:37
François Ruffin

l'inflation mais qu'est-ce que c'était

2:17:41
Présentateur

l'inflation ça vient de ça ça ça ça oui ça vient de ça ça ça je t'ai dit les banques centrales

2:17:45
François Ruffin

oui les banques centrales ah oui je te disais au fond la monnaie tu vois je ne comprenais pas ce que c'était que la monnaie c'est con hein c'est un truc qu'on a tous les jours et je ne comprenais pas ce que c'était la monnaie et un jour avec mes pieds je suis allé faire un reportage à la banque centrale européenne à Francfort je ne sais pas si tu y es déjà allé bon tu vois comme ça je ne vais pas en Ukraine et en Russie mais je vais à la banque

2:18:07
Présentateur

c'est trop dangereux là ben pardon

2:18:09
François Ruffin

je vais à la banque centrale européenne et j'ai le droit à ma visite guidée alors si tu veux je te raconterai mais j'ai le droit tu étais député à l'époque ?

non j'étais reporter pour France Inter l'émission là-bas si j'y suis j'ai le droit à ma visite guidée et je ne sais plus ça faisait au quatrième étage mais ce n'était pas au septième étage parce que j'ai eu le droit à une rencontre avec Jean-Claude Trichet le président à l'époque de la banque centrale européenne pour terminer et je peux te dire que jamais j'ai eu le sentiment en quittant une pièce que la température était aussi froide compte tenu de la nature de notre échange un peu conflictuel tu vois mais c'était très chaleureux au départ il était content de me recevoir et à la fin avec mes questions sur l'obsession de l'inflation parce que tu vois la banque centrale européenne a pour obsession de ne pas avoir d'inflation parce que l'inflation c'est quand même traditionnellement quelque chose qui vient gruger le capital et qui potentiellement si jamais il y a une indexation des salaires sur l'inflation ce que je souhaite et ce que je réclame ce qui a existé jusqu'en 1982 c'est quelque chose qui ne touche pas au salaire aujourd'hui on est dans l'inverse mais bon mais donc voilà les échanges la température a été descendue à moins 20 degrés mon congélateur mais donc à la quatrième étage avant cette rencontre avec Trichet on me fait le tour des locaux et on m'explique comment je ne sais plus trop quoi le mardi à 10h du matin on a appelé d'abord les banques pour demander combien elles veulent de liquidités et qu'à ce moment là on décide d'ordonner ce qu'elles veulent plus ou moins et on met les liquidités sur le marché et c'est les banques qui préemptent les liquidités et donc se dire que la monnaie n'est rien d'autre que taper sur mettre un chiffre sur un clavier et taper sur la touche enter en disant maintenant il y a 10 milliards c'est pas 10 milliards c'est plutôt encore plus que ça toutes les semaines qui sont envoyées aux banques c'est délirant se dire que ça n'a pas d'autre concrétude que ça et donc là ce que je voyais c'est la nécessité d'un fléchage de la monnaie c'est à dire que là tu envoies des liquidités comme dans un tuyau en espérant que ça arrive dans le réel c'est à dire les collectivités les ménages les entreprises sauf que au passage t'as un tuyau qui est plus que percé qui est quasiment segmenté ou t'as l'essentiel qui au passage va partir dans la spéculation et donc aujourd'hui ce qu'il faut en matière de monnaie c'est évident qu'il faut une monnaie avec fléchage il faut une monnaie où tu passes pas par l'intermédiaire

2:20:57
Présentateur

on fait comment pour combattre l'inflation

2:21:00
François Ruffin

on fait comment pour combattre l'inflation d'abord est-ce que l'inflation est à combattre ah oui non mais attends c'est un espèce de ça va de soi tu vois il faut combattre l'inflation moi j'interroge doit-on combattre l'inflation en tout cas ce que j'entends dans la grande crainte qui nous est offerte c'est celle de la spirale inflationniste si jamais on augmente Bernadette et Géraldine qu'on augmente leur salaire ça serait là que serait la spirale inflationniste je réponds il y a une spirale inflationniste d'abord parce qu'il y a des prix type le prix de l'électricité que vous liez au prix du gaz sans réalité et là la spirale inflationniste vous la produisez comme ça et vous acceptez la spirale inflationniste sans difficulté quand il s'agit des dividendes ou des salaires des PDG donc si tu veux et bien ça tu mets un plafond une limite et que ça soit pas limitless là dessus et ensuite l'inflation n'est pas la peste tu vois ça dépend à quel niveau elle se situe mais avoir de l'inflation ça peut être aussi de l'huile qui est mise dans les rouages de l'économie donc en soi je suis pas pour venir dire qu'il faut à tout prix avoir une inflation en dessous des 2% puisque c'était l'obsession de la banque centrale européenne

2:22:24
Présentateur

est-ce que t'as un sujet que tu souhaiterais aborder avec nous dans toutes tes fiches

2:22:29
François Ruffin

alors

2:22:29
Présentateur

les fiches c'était quoi ces fiches là j'en compte 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8

2:22:35
François Ruffin

c'est bon on n'a pas abordé les retraites mais elles sont tombées

2:22:38
Présentateur

les retraites elles sont financées elles sont pas financées

2:22:41
François Ruffin

mais si elles sont financées mais tu veux qu'on remette encore une demi-heure là

2:22:48
Présentateur

il va falloir que tu reviennes donc un sujet que t'as envie d'aborder c'est toi c'est open bar tu choisis le sujet que tu veux

2:22:53
François Ruffin

non bah écoute je sais pas franchement tu m'as déjà fait parler de plein de trucs tu vois tu sais pour moi c'est comme un espèce de filet de sécurité mais quand même quand je vais dans les médias je regarde pas mes trucs mais c'est comme si j'avais peur de la chute tu vois et de pas savoir et donc le fait d'avoir ces trucs là sous mes pieds je me dis au moins j'ai ça comme une espèce de sécurité

2:23:18
Présentateur

ici ici la communauté est très bienveillante quand tu cherches tes mots tu cherches un raisonnement tu cherches le nom d'un bouquin ils nous le trouvent en une seconde on fait de l'intelligence collaborative ne sois pas triste ne culpabilise pas d'avoir des fiches on préfère avoir des gens comme toi qui aient des fiches ou plutôt qui ne brassent pas du vent donc toi t'as des fiches pour pas brasser du vent et c'est très bien

2:23:41
François Ruffin

je bosse

2:23:42
Présentateur

ça c'est vrai

2:23:43
François Ruffin

je bosse tu vois et j'essaye d'avancer moi

2:23:45
Présentateur

ça se sent beaucoup on a préparé cette interview en t'écoutant te battre en te battant pour le steak des autres c'est un peu trivial résumé trivialement mais c'est la vérité tu bosses beaucoup tu vas chercher de l'info t'hésites pas à mettre en face de toi les contradictions à nu et c'est c'est bien trop rare tu dois te sentir tout seul non ?

2:24:14
François Ruffin

non tu sais ça dépend où d'abord je veux dire quand je suis dans mon coin je sais pour qui je me bagarre tu vois franchement de visualiser des visages des parcours des histoires et d'être nourri par ça ça fait que même quand tu arrives dans l'univers du pouvoir ou de la représentation du pouvoir t'es nourri d'une énergie qui fait que tu voilà tu n'abandonnes pas quoi enfin moi je sais pourquoi je suis là je sais pourquoi je suis là tu vois puisque je te parlais des retraites enfin quand t'es banquier d'affaires ou conseiller chez McKinsey t'as pas de problème à dire que allez on va repousser à 65 ans machin bidule truc tu vois moi les gens que j'ai vu dans ma campagne et qui me parlent de leur retraite je te donne des cas tu vois mais Morissette c'est son vrai prénom tu vois il y a des gens qui s'appellent Morissette mais agent d'entretien sur une plateforme logistique on l'appelle Robocop là-bas pourquoi parce qu'elle a des bandages au poignet elle a tu sais un truc pour tenir ses hernies autour du dos les épaules elles se les aient fait opérer et en fait t'as des tas de gens comme ça quand ils arrivent à 55 ans 57 ans 58 ans leur corps est marqué par des opérations successives tu fais raconter le corps des gens et t'as un récit de ce qui l'air de rien leur travail mais pas seulement leur travail a fait endurer donc je veux dire Morissette elle a arrêté le boulot inaptitude bon et donc évidemment elle arrive à 58 ans le temps que ça fasse la jonction avec l'âge de la retraite légale pour elle qui sera 62 ans pour l'instant elle a 3-4 ans dans un tunnel où elle va se débrouiller avec des bouts de machin de RSA de trucs comme ça tu vois et au fond puisque je t'ai décrit le mouvement qui était celui de l'après-guerre peut-être qu'on peut terminer là-dessus

2:26:26
Présentateur

on va pas terminer là-dessus

2:26:28
François Ruffin

on va pas terminer putain mais tu te rends compte qu'on y est depuis 2h30 mais le mouvement

2:26:31
Présentateur

2h27 24 secondes

2:26:33
François Ruffin

le mouvement qui a été de l'après-guerre où on a c'est intéressant on te garde on a divisé par 4 si tu veux te barrer tu te barres il va falloir un moment on a divisé par 4 le taux de pauvreté des personnes âgées là en 10 ans parce que l'âge de la retraite a déjà été repoussé et tu sais que mécaniquement il est inscrit déjà dans la loi qu'il est repoussé régulièrement et que Macron en fait il veut accélérer ce report bon mais déjà en 10 ans le taux de personnes seniors au RSA donc a grimpé de plus 157% donc il a plus que doublé en 10 ans ça veut dire quoi ?

ça veut dire que les gens comme ils n'arrivent pas au boulot à 60 ans il n'y a plus d'un français sur deux qui ne travaille plus bon et donc ça veut dire que comme ils n'arrivent pas jusqu'au bout en emploi soit parce que leur santé ne le permet pas soit parce qu'ils ont été virés du boulot et qu'ils ont du mal à retrouver et bien ils ont un espèce de brouillard de tunnel un truc gazeux entre le moment où ils ne sont plus en emploi et le moment où arrive enfin la retraite tu vois et donc là en rallongeant il est évident qu'on va faire simplement du taux de RSA supplémentaire le retour de la pauvreté en fait chez les personnes âgées c'est ça qu'on inscrit te dire que moi le mouvement que je souhaite c'est non seulement que ça on le sécurise mais c'est que au fond ce qu'on a fait dans l'après-guerre pour les personnes âgées il faut le faire pour la jeunesse aujourd'hui parce que c'est comme si on avait inversé un raisonnement de l'histoire qui était que hier c'était les personnes âgées dont il était naturel une fatalité qu'elles vieillissent au crochet de leurs enfants tu vois et maintenant c'est comme s'il était devenu dans l'ordre naturel une nouvelle fatalité que la jeunesse se fasse au crochet des parents tu vois et dans la pauvreté parce que voilà on a les taux de pauvreté chez les jeunes et donc en ayant seulement comme point d'appui la solidarité familiale

2:28:36
Présentateur

question d'Olivier sur internet pourquoi la NUP n'a pas voté l'amendement sur la suppression de la TVA sur les produits de première nécessité

2:28:42
François Ruffin

en tout cas moi j'y étais favorable voilà j'étais favorable à je sais pas si j'étais là à ce moment là mais moi j'étais favorable à voter pourquoi je vais le dire mais je peux terminer après sur la jeunesse bien sûr pourquoi j'étais favorable à ça parce que quand je suis passé sur les ronds-points des gilets jaunes tu sais que j'étais favorable au mouvement des gilets jaunes avant même le 17 novembre et je m'étais exprimé dessus en disant j'en serai il y avait une revendication d'ordre social c'était la TVA à 0% sur les produits de première nécessité il y avait une revendication fiscale qui était le retour de l'impôt de solidarité sur la fortune et il y avait une revendication démocratique qui était le référendum d'initiative citoyenne et moi je fais mien ces trois revendications et dire que à l'époque tu vois Macron n'a pas passé de compromis social avec ce mouvement il a choisi d'y aller par la matraque par la force d'être dans la force de coercition dont parlait Gramsci tout à l'heure tu vois et que il a cru par ce biais là et par le blabla du grand débat qu'il réglait le problème parce que il redevenait souterrain c'est à dire en fait un problème qui existe dans la France depuis 20-30 ans de ce sentiment d'écrasement des milieux populaires un écrasement à la fois matériel mais aussi un écrasement spirituel de on choisit plus notre destin et là ça surgit c'est le moment d'une crise tu vois puisque c'était le mot crise que tu utilisais au début mais le crise est aussi un moment qui ouvre des possibles c'est aussi un moment où il y a le surgissement d'une vérité et si à la place de remettre ça sous le tapis et en croyant que c'est réglé il avait passé un compromis social avec ça je pense que il n'y aurait pas le même état d'esprit du pays qui a un état d'esprit du ressentiment et même d'un éloignement de la démocratie qui est évident puisque si la démocratie c'est ça démos le peuple crate le pouvoir le pouvoir au peuple si chaque fois ça se fait sans les gens contre les gens sans le peuple contre le peuple à quoi bon la démocratie le même ressentiment le même sentiment à l'égard de la démocratie va là encore s'approfondir sur les retraites de toute façon à la fin il restera 7 français sur 10 qui seront opposés à l'allongement de l'âge de la retraite et donc Macron voit le temps dans lequel on se trouve je veux dire une usure une fatigue des français exténués par deux années de crise Covid une élection qui remporte sans élan sans enthousiasme avec presque pas de projet derrière une majorité raducue à l'Assemblée Nationale mais tu vois dans un coin comme le mien il arrive même pas les macronistes arrivent même pas à mettre un député un candidat sur deux au deuxième tour je parle même pas d'être élu dans la somme ils arrivent pas à envoyer un candidat sur deux au deuxième tour et c'est sur cette base sociale extrêmement fragile avec cette fatigue avec la guerre qui produit une inflation qui fait avec les salaires qui suivent pas avec comment on va payer de factures pour l'hiver c'est dans ce temps là que Macron je dis c'est une folie c'est une folie je vais même pas sur le fond de sa réforme sociale mais c'est une folie pour la démocratie c'est une folie pour le rapport à ce pouvoir là que de dire qu'on va faire ça dans ce moment là avec 7 français sur 10 qui sont opposés c'est évident que peut-être qu'il y arrivera peut-être qu'il y aura pas des manifestations monstres j'en serai bien sûr mais peut-être qu'il y aura pas

2:32:31
Présentateur

il va y avoir des manifestations monstres comment tu te prépares à ça ? écoute non mais personne ne veut le dire mais il y a des manifs monstrueuses qui sont en train de se préparer là

2:32:41
François Ruffin

je l'espère je le souhaite mais tu sais j'ai pour principe de ne pas confondre mes prévisions et mes espérances tu comprends ce que je veux dire ? ah oui

2:32:53
Présentateur

je te dis facture énergétique t'inquiète pas tes prévisions tes anticipations elles vont démonstraliser

2:32:57
François Ruffin

on verra mais inflation t'inquiète pas on verra on verra tu sais je sais moi je vois aussi à quel point la résignation est une force puissante qui noie le coeur des gens

2:33:16
Présentateur

oublie pas qu'on est en France ici

2:33:17
François Ruffin

mais j'espère tu vois j'espère et je suis un fils de la révolution française donc il n'y a pas de problème j'en serai et je ferai tout pour réveiller les gens mais je dis il y a cette force là aussi qui existe et on verra de quel côté ça bascule mais même s'il n'y a pas de révolte même si ça ne se produit pas ces manifestations monstres il ne faut pas croire que dans la durée ça ne produit pas des effets quand on dit on est contre ça et vous le faites quand même c'est sous le tapis c'est sous le terrain mais tu sais c'est presque pire c'est le couvercle qu'on met sur la marmite et dessous ça pue et tu n'as même pas le jet de vapeur tu comprends ce que tu vois le truc c'est un peu comme la perruque

2:33:55
Présentateur

non ?

2:33:56
François Ruffin

comme la perruque quand ils avaient

2:33:57
Présentateur

la perruque

2:33:58
François Ruffin

mais donc je disais sur la jeunesse tu vois j'essaie de suivre mon fil malgré toi

2:34:03
Présentateur

tu sais que c'est fait exprès tu sais que c'est comme ça qu'on a j'en profite c'est comme ça qu'on a les plus belles interviews quand les gens en fait se relâchent quand on leur a tellement mis le mix dans la tête à partir à gauche à droite c'est là qu'on voit les vrais gens un peu comme toi non ?

2:34:19
François Ruffin

bon je ne sais pas écoute j'essaie de tenir mon fil quand même mais tu vois si on se repose sur la solidarité familiale elle est extrêmement injuste aujourd'hui chez les personnes les plus modestes en général ils donnent 13% de leurs revenus à leurs enfants chez les personnes les plus riches ils donnent 8% seulement de leurs revenus à leurs enfants mais pour les uns ça fait 100 euros par mois pour les autres ça fait 1000 euros par mois donc pour les uns il y a l'impossibilité de s'émanciper de construire son autonomie de s'inscrire dans la durée d'aller chercher un logement tu vois de tout ça quand chez les autres ça fonctionne la solidarité familiale permet de sortir du nid et d'aller essayer des choses dans la vie donc évidemment pour moi ce qu'on a construit sur les retraites il faut le solidifier solidifier la solidarité après le temps de travail mais il faut aussi construire une solidarité avant le travail et pour moi de te dire qu'en gros ce que je veux faire bien c'est simplement les français doivent vivre de leur travail leur travail présent leur travail passé quand ils ont travaillé ils doivent pouvoir vivre dignement de leur retraite du travail des fruits de leur travail qu'ils ont effectué mais aussi les français doivent pouvoir vivre du travail à venir quand ils sont jeunes quand ils sont en formation et qu'on ne doit pas accepter que pendant ce temps où on grandit et bien ça se fasse dans la pauvreté et sous la contrainte financière

2:35:49
Présentateur

question internet bonjour monsieur Ruffin quand vous pensez réindustrialisation est-ce que vous voyez des machines à laver fabriquées à l'ancienne sans électronique et qui durent une vie ou rapatriaient la production actuelle ?

2:36:06
François Ruffin

c'est une question intéressante en tout cas peut-être que il y a un certain nombre de produits où en effet on peut retrouver l'usage mécanique produit par l'homme je ne sais pas en tout cas sur une machine à laver j'imaginais plutôt que ça soit une machine à laver électrique mais peut-être qu'en effet ce n'est pas con

2:36:27
Présentateur

avec le chien qui court

2:36:30
François Ruffin

tu sais même tu te dis moi je suis un coureur

2:36:34
Présentateur

tu es un coureur ?

2:36:35
François Ruffin

oui je suis un coureur je suis un sportif tu sais

2:36:37
Présentateur

tu as gardé la ligne il y a un truc de dingue

2:36:39
François Ruffin

tu sais il paraît qu'on prend 5 kilos par mandat à l'Assemblée Nationale c'est la médecin de l'Assemblée Nationale qui m'avait dit ça ou peut-être 10 je ne me souviens plus

2:36:47
Présentateur

la cantine est bonne

2:36:48
François Ruffin

voilà non mais ce n'est pas seulement ça c'est un mode de vie assez sédentaire où tu es

2:36:53
Présentateur

première classe train, voiture

2:36:54
François Ruffin

non mais tu es assis tu vois moi j'ai besoin moi de courir parce que sinon je deviens fou tu vois mais tu te dis finalement tous les mecs qui te courent sur les tapis électriques en face tu mets la machine à laver et tu as de l'énergie qui est produite de cette manière là

2:37:10
Présentateur

Monsieur Ruffin a-t-il l'ambition de remplacer Jean-Luc Mélenchon ?

2:37:16
François Ruffin

Moi mon ambition aujourd'hui c'est de me demander comment demain c'est la volonté qui va l'emporter sur le marché et je sais que ça ne passe pas par un individu miraculeux ça passe non seulement par une équipe entière qui prend le pouvoir mais ce n'est pas seulement ça ça passe par le gars qui m'a envoyé ce message là c'est à dire que je ne crois pas ou la nana ou la nana ça ne passe pas la transformation dans la société elle ne passe pas seulement par les meilleures tu sais les meilleures personnes même qu'ils soient sincères qu'ils soient vraiment dans la volonté de changer pour la planète et pour les gens mais si jamais derrière ça ne pousse pas il n'y a rien qui se passera parce qu'en face il y a des forces qui sont extrêmement puissantes et qui vont demeurer et bien organisées ben oui les instituts de sondage le Medef le Sénat la Commission Européenne la Banque Centrale Européenne l'Organisation Mondiale du Commerce le FMI tu auras mille voix qui viendront répéter vous ne pouvez pas vous ne pouvez pas vous ne pouvez pas vous ne pouvez pas vous ne pouvez pas et si jamais il n'y a pas une force populaire puissante qui non seulement vient dire on peut mais on fait déjà et bien il n'y a pas grand chose qui se passera et ça ne sera pas seulement de la faute des gars là-haut et des nanas là-haut

2:38:31
Présentateur

est-ce que tu trouves qu'il y a un mouvement civil anti-guerre suffisamment représentatif

2:38:36
François Ruffin

ici en France ben là il n'y a pas ça n'existe pas aujourd'hui ce mouvement anti-guerre qui a pu exister sur l'Irak mais encore une fois la situation pour moi n'est pas la même la situation n'est pas la même puisque tu as un pays qui est clairement envahi et là on est du côté du pays qui est envahi tandis que dans d'autres situations on s'est retrouvé comme force d'ingérence et au fond envahisseur et ce n'est pas la même chose

2:39:08
Présentateur

mais non on n'est pas envahisseur on a porté la démocratie pour les petits filles

2:39:12
François Ruffin

c'est l'une des règles une leçon qu'on peut peut-être tirer aussi de la guerre en Ukraine c'est que au fond ça ne marche jamais l'ingérence je veux dire aujourd'hui c'est la Russie qui est prise dans ce piège mais combien de fois c'est les Etats-Unis et leurs alliés qui en Libye qui en Irak qui au Sahel se sont mis dans le même piège où ils ont cru gagner parce qu'ils gagnaient militairement dans des opérations rapides et à la nuit Poutine n'était peut-être pas si loin avec son opération spéciale des premiers temps d'atteindre Kiev mais de toute façon dans la durée il ne peut pas tenir face à 40 millions d'Ukrainiens qui ne veulent pas de lui de la même manière que les Etats-Unis et les alliés ont cru gagner ailleurs en Afghanistan aussi mais finalement ce sont des victoires à la Pyrus qui se retournent contre les forces qui viennent en ingérence

2:40:17
Présentateur

question internet que pense-t-il du revenu de base

2:40:19
François Ruffin

je ne suis pas favorable au revenu universel ou au revenu de base je ne suis pas un spécialiste des différentes modalités mais moi je vais te dire pourquoi je pense qu'il y a dans la société un certain nombre de tâches à accomplir est-ce que tu as

2:40:36
Présentateur

un conseil pour les jeunes générations quelque chose d'impérissable une bouteille à la mer il va falloir que tu reviennes parce qu'il y a des questions sur le loté qu'il y a des questions sur le flou

2:40:48
François Ruffin

bon d'accord mais on n'est pas sur BFM on a le temps ici je termine je termine d'ailleurs mais à un moment il va falloir terminer quand même en tout cas je fais mien cette citation de Gramsci pour les jeunes dont je pense que la jeunesse à travers les temps difficiles pour le moins qu'il va y avoir à traverser et il nous faudra les traverser je fais mien cette phrase de Gramsci qui dit le pessimisme de la lucidité l'optimisme de la volonté donc et tu vois dans ta manière de poser des questions il y a mille raisons d'être pessimiste il y en a mille et il s'agit pas de s'aveugler là dessus mais néanmoins même si tu dis bah oui mais c'est toi le politique t'es citoyen t'es politique et les jeunes qui m'écrivent je sais pas si c'est des jeunes mais les gens qui m'écrivent ils sont citoyens ils sont politiques aussi tu vois et moi je considère que déjà avant d'être élu j'étais un intervenant dans la vie politique et au fond aujourd'hui tu sais le pouvoir que j'ai il est rien il est celui de parler et celui de de faire que à travers mon verbe je je je je je mette en oeuvre dans le coeur des gens une force agissante et une force d'espérance tu vois mais donc notre devoir et y compris pas seulement pour les politiques mais c'est quand même aussi de trouver l'optimisme de la volonté c'est à dire à travers tous les obstacles qu'il y a devant nous les montagnes les méandres de quand même dire voilà il y a un chemin et à la fois je vois tous les obstacles je vois tous les méandres et en même temps j'ai la conviction que oui il y a un chemin je veux dire l'humanité elle a affronté des périls terribles tu vois quand tu dis Roosevelt 1942 ce qu'il y avait à affronter à l'époque c'était le mal avec le M majuscule et il y a eu la force pour vaincre aujourd'hui je suis je vois très bien comment il y a des mots qui existent et je suis convaincu que si jamais on s'organise si jamais on a la volonté si jamais l'espérance l'emporte sur la résignation si jamais les gens se réveillent tu sais un autre mot que j'aime bien c'est le mot animer animer ça veut dire réveiller les âmes je me considère comme étant un animateur démocratique

2:43:18
Présentateur

un lanceur d'alerte député

2:43:21
François Ruffin

ouais c'est évident mais aussi j'espère un réveilleur tu vois un réveilleur trois livres

2:43:27
Présentateur

à conseiller à notre communauté

2:43:29
François Ruffin

écoute puisqu'elle vient d'avoir le prix Nobel physique non Annie Arnaud je pense que les années est un très beau livre je sais pas si tu l'as lu c'est une forme d'autobiographie collective

2:43:44
Présentateur

spoil pas

2:43:45
François Ruffin

ouais mais franchement ça va c'est pas comme si c'était un livre à suspense donc t'as voilà franchement ça raconte 30, 40, 50 ans mais à travers à la fois le lien entre l'intime et l'universel et c'est toujours beau tu sais quand à travers une histoire particulière tu reconnais tu te reconnais dedans et tu vois l'universel intérieur donc les années de Annie Arnaud ce matin je rencontrais une mère isolée et qui me racontait comment elle a pété un câble un jour parce que à la fois il fallait qu'elle dépose ses enfants à l'école qu'elle avait son portable qui sonnait avec plus de logement et machin et que ça lui la température avait chauffé elle en pouvait plus enfin tu vois une espèce de burn out en direct comme ça d'inflammation et je cherchais je cherchais je me disais putain ça me rappelle une scène de livre ça me rappelle une scène de livre mais laquelle laquelle laquelle Tom Wolf un homme avré t'as pas lu ça non bon voilà donc je te donne deux romans c'est un pavé de 900 pages qui s'avale comme et alors bon la fin je pense qu'on peut se priver des 200-300 dernières pages quoi mais sinon et puis d'ailleurs puisqu'on en parlait de la difficulté à être chez les riches tu vois je te disais le Monaco Yotscho et tout ça et autant l'univers des pauvres les pauvres quand ils sont vraiment pauvres ils sont dans la rue donc pour les observer c'est facile pour les interroger c'est facile l'univers des riches il faut avoir des codes et parfois des codes de sens propre puisqu'il faut taper des codes sur des portes pour rentrer chez eux alors que les pauvres t'as pas à taper de codes pour rentrer chez eux bon et donc et là Tom Wolf c'est la force de la littérature aussi c'est qu'il t'ouvre les portes tu vois et il y a des scènes chez des dirigeants d'entreprise dans le monde des requins de la finance qui sont stupéfiantes dans un homme un vrai après puisque je t'ai parlé mais ça va être là beaucoup plus un classique pour toi et pour tes spectateurs je pense

2:45:47
Présentateur

nos internautes

2:45:48
François Ruffin

tes internautes c'est la société ingouvernable de Chamayou qui raconte ce que je te raconte avec Huntington et Crisis of Democracy tu vois et qui vient montrer comment la société qui n'était pas gouvernable où les dirigeants avaient du mal à diriger dans les années 70 parce que le peuple était à l'époque réveillé animé tu vois et donc comment il y a une reprise en main qui s'est effectuée par quels canaux Hayek Friedman mais aussi par des théories de management et tout ça et je pense que il offre une lecture de ce qui nous arrive aujourd'hui parce que je te parlais de Jospin et d'ouvrir la parenthèse libérale l'enjeu aujourd'hui c'est de fermer la parenthèse libérale tu vois au fond même de toute façon elle est déjà en partie fermée mais aujourd'hui t'es plus sur du libéral libéral Macron qui se présentait comme un libéral libéral libéral sur le plan économique mais aussi libéral sur le plan sociétal il se montre en vérité libéral autoritaire tu vois

2:46:56
Présentateur

t'as un autre livre à nous conseiller

2:46:57
François Ruffin

euh qu'est-ce que le colonel Chabert si tu veux faire du classique tu vois parce que moi j'aime beaucoup la littérature ah bah tiens

2:47:08
Présentateur

un livre qui a compté pour toi plutôt

2:47:09
François Ruffin

il y en a plein mais franchement

2:47:11
Présentateur

alors choisie-moi-en un

2:47:12
François Ruffin

bah là j'ai cité des livres qui ont compté pour moi mais dans ma formation quand je suis tombé sur question de sociologie de Pierre Bourdieu on peut dire que ça a transformé mon existence voilà j'ai eu une épiphanie le dernier chapitre de question de sociologie qui s'appelle le racisme de l'intelligence euh je peux dire vraiment que c'est une forme de crise mystique euh je veux dire que le temps s'est arrêté euh

2:47:41
Présentateur

faille spatio-temporelle

2:47:42
François Ruffin

ouais mais vraiment et euh j'ai tout s'est troublé en moi et je sais pas euh si à ce moment là ça a duré une minute dix minutes ou une heure tu vois

2:47:55
Présentateur

alors tu gardes ce moment là parce que quand tu vas revenir pour la prochaine interview on va repartir à partir de maintenant

2:48:00
François Ruffin

d'accord

2:48:01
Présentateur

sur l'épiphanie ok François Ruffin merci

2:48:04
François Ruffin

merci à toi merci à toi