L'interview : Valérie Pécresse - 26/07
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Vous écoutez RMC, RMC, l'interview Philippe Corbet. 8h30 ce matin sur BFM TV, RMC, bonjour Valérie Pécresse, présidente réélu de la région Île-de-France et désormais candidate à la présidence de la République, on va y revenir dans un instant. Mais d'abord, l'actualité de ce matin, le vote cette nuit définitif par le Parlement de la loi qui étant notamment le pass sanitaire. Vous, si vous étiez parlementaire, vous auriez voté le pass sanitaire ?
Bien sûr. Aujourd'hui, il faut dire la vérité aux Français. Nous devons éradiquer le virus. Et face à ce virus, nous n'avons qu'une seule arme, c'est la vaccination. Alors c'est pour ça que, même sur le terrain, dans ma région, je prête main forte à l'État dans sa course contre la montre, contre le variant et pour la vaccination. Encore ce week-end, nous avons fait des milliers de vaccinations dans les îles de loisirs de la région qui sont, vous savez, ces grands terrains de jeu, ces grandes piscines dans lesquelles nous accueillons les Français qui ne partent pas en vacances.
Mais vous comprenez les restaurateurs ou les cafetiers qui disent quand même je vais devoir contrôler le pass sanitaire pour les terrasses. Est-ce que ça a un sens ou est-ce que c'est une manière de contraindre les Français à les faire vacciner ?
De toutes les façons, le pass sanitaire, disons les choses, c'est mieux qu'un confinement. Voilà. Donc je comprends que les restaurateurs, ce soit encore une contrainte pour eux. Je comprends leur fatigue, je comprends aussi leur lassitude face à toutes ces contraintes. Mais nous ne pouvons pas nous permettre de refermer les restaurants.
Mais il y a une alternative entre passeport sanitaire et confinement, il y a une alternative que portent certains parlementaires, y compris dans votre camp, c'est l'obligation vaccinale pour les adultes. Vous pensez que si vous étiez présidente, vous pourriez aller jusqu'à mettre en place une obligation vaccinale ?
On ne peut pas écarter l'obligation vaccinale d'un revers de main. Aujourd'hui, la question, c'est la responsabilité collective. Si les Français vont massivement se faire vacciner, si nous atteignons l'immunité collective tout seul, eh bien le virus petit à petit disparaîtra.
C'est à 90%. Donc ça voudrait dire qu'il faudrait que 90% des adultes se fassent vacciner. On en est loin, enfin pour l'instant ?
On en est loin, il faut encore convaincre. Il faut convaincre tous les adultes, y compris les plus isolés, y compris ceux qui sont le plus loin de cette notion de vaccination. Et puis, il faut aussi convaincre les jeunes. Les jeunes, je le dis, s'ils sont vaccinés, ils ne contamineront plus. Donc il faut aussi que pour protéger leurs proches, leurs parents, leurs amis, eh bien ils se fassent vacciner.
Samedi après samedi, on voit une mobilisation de plus en plus forte dans les rues, un peu partout en France. Est-ce que vous feriez un parler entre ce mouvement qui monte et le début du mouvement des gilets jaunes ? Ou ça vous semble vraiment deux choses très différentes ?
Il y a plusieurs choses. D'abord, il y a ceux qui se défient du vaccin. Et je leur dis que dans le pays de Pasteur, dans le pays qui a apporté tellement à la médecine, il faut croire en la science. Il faut croire encore dans la médecine. Et donc, il ne faut pas avoir peur de ce vaccin. Ceux qui sont sincèrement inquiets, je leur dis, n'ayez pas peur du vaccin. Et puis, il y a aussi ceux qui veulent la désobéissance civile, qui ne veulent pas qu'on respecte les lois. Et moi, je le dis, je respecte la liberté.
Ils sont égoïstes ou pas ? Parce que le président de la République a pointé l'égoïsme et l'irresponsabilité des anti-vaccins. Est-ce qu'il va trop loin ? Est-ce que ce n'est pas un peu de mépris pour les doutes qu'ont beaucoup de Français ?
Il faut respecter les inquiétudes, les craintes, il faut les lever. Mais il faut aussi dire que, dans un pays, notre liberté s'arrête là où commence celle des autres. Notre liberté s'arrête là où la loi nous impose d'agir. Et je le dis, s'il n'y a que la désobéissance civile, c'est la chienlit. Et moi, je ne serai jamais du côté de la désobéissance civile.
Alors Valérie Pécresse, on va parler de votre campagne pour la présidence de la République que vous venez de lancer. D'abord, question assez simple, mais ça n'arrive pas souvent dans sa vie de se lancer pour la première fois dans une campagne présidentielle. Pourquoi est-ce que vous voulez être présidente ?
Parce que je veux rompre. Rompre avec dix ans d'immobilisme, de mauvais choix. Vous voyez, on a désarmé la justice depuis dix ans. On a abandonné la politique familiale depuis dix ans. Sur l'école, on a un niveau qui baisse depuis dix ans.
Sur la justice, le budget est en augmentation de 8 %, ce qui n'est jamais vu depuis 35 ans. Il y a un certain nombre de gouvernements de droite qui n'ont jamais augmenté autant le budget de la justice. Pourquoi vous dites désarmé ?
Parce que depuis dix ans, toutes les sanctions pénales ont été amoindries. On n'a pas construit une seule place de prison, ce qui fait qu'on a des prisons totalement surpeuplées, indignes, dans lesquelles nous ne pouvons donc pas enfermer et mettre hors d'état de nuire les délinquants qui pourrissent la vie du pays.
Il y a 8000 places qui sont en cours de construction. Le président de la République en a promis 15 000, il y en a 8000 en cours de construction. Il en faudrait combien ?
Aujourd'hui, sur la justice, si on veut être efficace, il faut un plan de remise totalement à plat. La justice est saturée, il faudrait déjudiciariser toute une série de litiges. Parce qu'une bonne justice, c'est quoi ? C'est une justice rapide. Et c'est une justice dont les sanctions sont efficaces. Donc, c'est le contraire de ce qu'on a aujourd'hui. Aujourd'hui, combien d'années pour obtenir un jugement ? Dans tous les domaines. Quand on est victime d'une agression, mais aussi quand on porte un grand projet, quand on veut un permis de construire qui est attaqué par son voisin.
Donc, vous voulez mettre une limite dans le temps pour les décisions de justice ?
Je voudrais faire entrer la justice dans une culture du résultat. C'est-à-dire donner des délais maximums de jugement qu'on puisse respecter. Alors, évidemment, les juges, aujourd'hui, ne peuvent pas les respecter. D'abord, il n'y a pas assez de juges, il n'y a pas assez de greffiers, il n'y a pas assez de places de prison.
Combien de places de prison ? Combien de juges, en plus, vous voulez embaucher ?
Si on regarde les comparaisons internationales, vous savez qu'on est les champions du monde du paiement des impôts. Oui. Bon, on est les champions du monde du paiement des impôts, donc on est en droit, les Français sont en droit de demander des services publics de compétition, des services publics les meilleurs du monde, puisqu'on paye le plus. Sur la justice et la sécurité, nous sommes en dessous dans nos dépenses de la moyenne de l'Union Européenne. Nous avons à peu près, alors je ne sais pas quelle est la proportion exacte, mais nous avons beaucoup moins de juges par habitant que l'Allemagne, qui est un pays voisin et ami. Donc, le sujet, aujourd'hui, c'est d'être dans les solutions.
Alors, vous me parliez des prisons. C'est évident qu'on ne va pas construire les places de prison en un an. Qu'est-ce qu'il faut faire ? Il faut être pragmatique. Il faut qu'on accepte de différencier les lieux de détention en fonction de la dangerosité des détenus. Donc, plus de bracelets électroniques, par exemple ? Non, parce que le bracelet électronique, ça peut être même, parfois, totalement contre-productif. Je vous explique. Aujourd'hui, comme on n'a pas de place de prison, on met un bracelet électronique à un délinquant qui doit aller en prison. C'est ce qui se passe, aujourd'hui. Et on le renvoie dans son quartier. Vous imaginez la femme qui l'a agressée.
Vous imaginez les voisins qui le voient faire son trafic tous les jours. Il revient avec un bracelet électronique. Mais c'est parfois vécu comme une provocation. Il faut l'éloigner de son quartier. Et donc, moi, je propose que, très vite, on construise, dans des modulaires, dans des bâtiments publics, on construise des centres fermés pour des détenus, les primo-condamnés, ce qu'on appelle les primo-condamnés, les détenus les moins violents, et qu'on puisse les mettre hors d'état de nuire.
Non, c'est qu'une prison, alors ? Si c'est un centre fermé ?
Eh bien, ça permet de désaturer la vraie prison. Une vraie prison...
Donc, c'est une prison soft, en fait, d'une certaine manière ?
C'est une prison adaptée pour des délinquants qui ont commis des petits déliques qui ne sont pas violents. Et pourquoi c'est intéressant de différencier les prisons ? Et donc, parce que ça va... D'abord, parce que celles-là, on peut les ouvrir très vite. On peut les ouvrir en six mois. Et puis, ça désature. Ça désature les prisons. Et ça permet de mettre hors d'état de nuire les délinquants. Parce que l'objectif, c'est quand même que quand un juge juge, quand un juge condamne à un an de prison ferme, eh bien, cette sanction, elle soit exécutée. Il faut remettre de l'ordre. Mais remettre de l'ordre, c'est aussi être créatif. C'est aussi apporter des solutions concrètes.
C'est pas se dire « Ah, ben, on ne peut rien faire, madame. »
Valérie Pérez, en fait, cette conversation est partie. Je vais vous poser la question pourquoi est-ce que vous voulez être président de la République ? Pour remettre de l'ordre. Voilà. On vous avait enchaîné sur cette question sur la justice. Mais au fond, je voulais vous demander qu'est-ce qui vous différencie au fond d'Emmanuel Macron ? Sur beaucoup de sujets, au fond, vous pensez à peu près la même chose.
D'abord, je suis beaucoup plus ferme sur le régalien. Et moi, je ne suis pas dans le « en même temps ». Le « en même temps », c'est un immobilisme. Le « en même temps », ça conduit à dire « Écoutez, oui, il y a du séparatisme, mais néanmoins, il faut respecter tout le monde. » Non, c'est à tout le monde de respecter nos lois. C'est à tout le monde de respecter la laïcité. Vous voyez ? Donc, moi, je suis beaucoup plus ferme. Et par ailleurs, je suis aussi plus réformatrice. Je pense que... Ça veut dire quoi ?
Tous les présidents, tous les candidats présidentiels depuis 40 ans disent « il faut des réformes ». Ce mot, au fond, est vidé de sa substance. Qu'est-ce que ça veut dire des réformes et de réformateurs ?
Ça veut dire, on le disait, qu'un grand pays, la France, si dans 10 ans, elle veut rester à la tête des nations, eh bien, on doit avoir un certain nombre de fondamentaux. l'école. L'école de la France doit être une école où on transmet notre histoire, nos savoirs. C'est pas ce que fait Jean-Michel Blanquer aujourd'hui ? Eh bien, aujourd'hui, vous le savez, depuis 10 ans, notre niveau baisse et cette année, il y a un nouveau signal d'alarme qui s'est allumé sur l'école. Nous n'avons pas réussi à recruter assez d'enseignants pour le nombre de postes ouverts. Les jeunes ne veulent plus devenir enseignants. Et pourquoi les jeunes ne veulent plus devenir enseignants ?
Est-ce que c'est mal payé, par exemple ?
Non. D'abord, parce qu'il n'y a plus de respect du maître, il n'y a plus de respect du professeur. La première cause, vous savez, cette année, on a assassiné un enseignant, Samuel Paty. On a assassiné un enseignant et ça n'a pas provoqué ce que ça aurait dû provoquer. Un sursaut national pour l'école de la République.
Il y a eu une mobilisation de toute la nation au tout le monde. Il faut aujourd'hui
rétablir la discipline dans les classes et dans les écoles, assurer la sécurité de tous nos enseignants, faire en sorte que quand ils vont travailler, ils n'y aillent pas avec la peur au ventre et la peur de se faire chahuter. Donc, qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire qu'il faut là encore que l'école se mette dans une culture du résultat du service public. Les perturbateurs les plus graves dans les écoles, ceux qui sont exclus d'un établissement, aujourd'hui, sont réinscrits dans un autre. Moi, je dis, les élèves les plus perturbateurs qui sont exclus, on les met dans des établissements encadrement renforcés. On ne les réinscrit pas dans d'autres écoles dont ils vont pourrir la vie.
M. Pécresse, si vous étiez présidente, est-ce que votre ministre de l'économie mènerait au fond une politique très différente de celle qui est menée aujourd'hui par Bruno Le Maire, ministre de l'économie d'Emmanuel Macron et Bruno Le Maire qui était avec vous dans le même parti il y a encore peu de temps ? Est-ce qu'au fond, sur les questions économiques, vous êtes très différent de ce que fait Emmanuel Macron au pouvoir ?
Moi, j'ai approuvé le quoi qu'il en coûte pendant la crise, c'est-à-dire le fait de dépenser pour amortir la crise. Mais maintenant, il va falloir en sortir. Le pays est sous morphine, donc il va falloir petit à petit enlever, enlever cette dose...
On est accro aux dépenses publiques
et à des dépenses publiques qui, pour certaines, sont tout à fait justifiées. Je pense au plan de relance. Relancer l'investissement, c'est justifié. Et d'autres le sont moins. Je vous donne un exemple. On ne continuera pas longtemps dans ce pays avec le travail qui paye moins ou pas assez et l'assistanat qui paye. Oui, hors Covid. Donc, à un moment donné, il va falloir qu'on fasse, vous parliez des réformes, il va falloir qu'on fasse les économies sur les gaspillages, les doublons de dépenses publiques pour pouvoir faire en sorte de baisser les impôts et que le travail paye plus que l'assistante.
Vous savez, tous les chefs d'entreprise, j'étais hier, avant-hier, dans la Drôme, les chefs d'entreprise me disent tous, que ce soit à Paris, que ce soit en province, ils me disent tous, on n'arrive plus à recruter. On n'arrive plus à recruter parce que le travail ne paye pas assez et que les métiers qui sont les plus pénibles, ce qu'on appelle les métiers de première ligne, eh bien, il faut correctement les rémunérer parce que sinon, l'assistance, le travail au noir, ça paye plus. Ça fait des années qu'on le dit. Mais là, maintenant, il faut le faire.
Valérie Pécresse, vous disiez tout à l'heure que vous seriez plus réformatrice qu'Emmanuel Macron. Prenons un exemple concret, les retraites. Le président de la République a décidé de ne pas mener cette réforme de retraite avant la fin du mandat présidentiel, même s'il ne le dit pas exactement comme ça. Tout le monde a compris que ce serait le cas. Vous, concrètement, vous êtes présidente, changement de l'âge égal du départ à la retraite, ça passe à quoi ? 64 ans ? 65 ans ? Tout de suite ?
Mais, vous savez, alors là, pour le coup, la droite est constante. Ça fait 5 ans qu'on dit que si on veut sauver nos retraites avec l'allongement de la durée de la vie, il faut travailler plus longtemps. Donc, oui, bien sûr, il faudra passer progressivement à 64, puis à 65 ans. Et pas au-delà de 65 ans ? C'est une nécessité. Alors, ça suppose, en donnant-donnant, de travailler, évidemment, sur les carrières longues et sur la pénibilité. Parce que ce n'est pas la même chose de prendre sa retraite à 65 ans quand on a eu un métier manuel ou de prendre sa retraite à 65 ans quand on a eu un métier dans un bureau. Mais, cette réforme, elle est indispensable. On l'a repoussée de 5 ans.
Donc, on a déséquilibré tous les régimes de retraite. Donc, il va falloir la faire. Il ne faudra pas être ergiversé. Il y aura une réforme de retraite.
En mai 2022, à la rentrée 2022, à l'âge légal du départ à retraite, passé à 65 ans ?
Non, on fait progressivement augmenter la durée du travail pour que les régimes s'équilibrent et on travaille sur le minimum vieillesse qui devra remonter à 1 000 euros et on travaille aussi sur la pénibilité des emplois pour pouvoir permettre à ceux qui ont eu des emplois les plus physiques, les plus pénibles, eux, de partir plus tôt. Mais, cette réforme des retraites, il faut aussi parler de politique familiale. On avait, dans l'histoire de la France, on avait une spécificité que tout le monde nous enviait. c'est que nos couples pouvaient faire des enfants et travailler en même temps. Nos femmes pouvaient mener des carrières et faire des enfants.
On avait ce qu'on appelait la politique familiale. On avait le renouvellement des générations. Et bien, aujourd'hui, depuis 10 ans, on a eu le cesse, François Hollande puis Emmanuel Macron, de détricoter cette politique familiale. Cette politique familiale, elle équilibre nos régimes de retraite. Si on ne fait plus d'enfants en France, si nos couples n'ont plus confiance, et bien, c'est la dynamique économique de la France dans 10 ans, dans 20 ans, qui est menacée. Donc, cette politique familiale, il faut la remettre sur le métier. Et il faut la remettre en se disant que dans un pays où la vie s'allonge, c'est très important de faire aussi des enfants.
Valérie Pérez, je rebondis sur ce que vous disiez tout à l'heure. Vous disiez que vous seriez davantage une femme d'ordre qu'est Emmanuel Macron. Vous avez dit aussi l'autre jour que vous avez davantage d'autorité que Marine Le Pen. Ou plutôt qu'elle manque d'autorité. Elle manque d'autorité, Marine Le Pen ? Ce n'est pas une femme d'ordre, Marine Le Pen ?
Ce que je pense, c'est que, de toutes les façons, l'élection de Marine Le Pen amènerait le pays au chaos économique, à la faillite économique. Parce qu'elle, elle propose la retraite à 60 ans. En quoi vous êtes plus une femme d'ordre que Marine Le Pen ? La faillite économique et la faillite sociale parce qu'elle oppose de France. Moi, je veux réconcilier les Français et je veux les amener dans un projet de France fière, de fierté française retrouvée, mais tous ensemble.
Et j'ai plus d'autorité que Marine Le Pen parce que je gère la première région d'Europe, parce que j'ai rédigé la première charte de la laïcité en France, qui aujourd'hui fait école, parce que j'ai mis en place un coup de sécurité. Non, ce que je dis, c'est qu'elle n'a jamais rien dirigé. Elle n'a jamais rien gouverné. Et l'autorité dont je dois faire preuve pour diriger cette région Île-de-France, qui est une région qui est la plus soumise à la criminalité, au séparatisme, au terrorisme, cette autorité-là, c'est celle dont on a besoin pour diriger la France. On ne peut pas donner la France à diriger à quelqu'un qui ne fait que parler à la télé.
Valérie Pécresse, vous êtes candidate à l'Élysée ou à Matignon ?
Je suis candidate à la présidence de la République.
Je dis ça parce que certains vous imaginent éventuellement première ministre d'Emmanuel Macron s'il était réélu. Vous avez eu la question l'autre jour, un journaliste vous a posé la question et j'étais surpris que vous n'avez pas répondu. Vous pouvez nous dire ce matin que c'était sur TF1 l'autre jour au journal de 20h ? J'ai répondu, alors là, pardon. En tout cas, moi, j'ai trouvé que ce n'était pas très clair. Donc, je vous repose la question. Vous ne serez jamais première ministre d'Emmanuel Macron ?
Mais enfin, pardon, pour ceux qui nous écoutent et qui ont la mémoire courte, Emmanuel Macron a envoyé cinq ministres contre moi pour me faire battre à cette élection régionale. Donc, mais nous ne sommes pas sur la même ligne, nous ne sommes pas sur le même logiciel. Je veux remettre de l'ordre, je veux de la sécurité, je veux lutter contre le séparatisme, je veux mettre fin à cette gangrène aujourd'hui islamiste radicale. Je me bats tous les jours pour avoir un plan banlieue. Ça fait cinq ans que je réclame au président de la République un plan banlieue. Vous ne serez pas première ministre d'Emmanuel Macron ? Je le note. Franchement, M. Corbet, aujourd'hui,
certains se posent la question.
Mais comment peut-on se poser la question alors que j'ai eu cinq ministres qui n'ont cessé de dire qu'ils n'étaient pas d'accord avec moi ?
Nous n'avons pas la même politique. Vous ne serez pas première ministre d'Emmanuel Macron s'il est réélu.
Et puis par ailleurs, est-ce que vous ne trouvez pas M. Corbet, que c'est un peu cliché la femme en numéro 2 ? La femme toujours en numéro 2 ? Pourquoi vous dites ça ? Parce que le premier ministre est numéro 2. Pourquoi est-ce que les femmes ne pourraient pas, aujourd'hui, dans notre pays, prétendre à la première place ? Vous pensez qu'ayant porté la réforme la plus emblématique de Nicolas Sarkozy, la réforme de l'université, ayant tenu neuf mois face à la rue, vous me demandez si j'ai plus d'autorité. Oui, j'ai tenu neuf mois face à la rue. Ayant aujourd'hui en charge la première région d'Europe, je ne pourrais pas prétendre à la première place.
Je ne suis pas légitime, M. Corbet ? C'est pas ce que je dis, je ne fais que répercuter des interrogations de certains, y compris dans votre camp.
Le machisme a encore des beaux jours devant lui. Il a des beaux jours devant lui dans la classe politique. Mais les Français,
eux, sont prêts. Mais certains, Valérie Pécresse, se disent même que si vous formiez un ticket avec Xavier Bertrand, finalement, il n'y aurait pas besoin de passer par cette primaire et vous pourriez être plus solide face à Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Ça aussi, c'est exclu, vous ne serez pas première ministre de Xavier Bertrand. Je vais encore rajouter à mon dossier.
Mais pourquoi Xavier Bertrand ne pourrait pas être mon premier ministre ? Absolument.
Vous lui proposez ?
Mais aujourd'hui, il faudra évidemment rassembler. Moi, j'ai un projet différent. J'ai un projet différent de celui d'Emmanuel Macron, un projet différent de celui des autres candidats de la droite parce que ce projet, il s'appuie sur un certain nombre d'intuitions que je porte. Il n'y aura pas de sécurité sans justice. Il n'y aura pas d'avenir pour le pays sans éducation. La nation éducative, c'est un projet. Il n'y aura pas d'avenir pour le pays sans politique familiale.
L'écologie, M. Corbet,
nous n'avons pas parlé de l'écologie. On aura l'occasion de en reparler. Non, M. Corbet,
il faut parler du fond. On vient en parler, on vient de parler de sécurité, de justice, de travail. On n'a pas parlé encore de l'écologie. On aura l'occasion de en reparler. Valérie Pécresse, à quel moment vous avez décidé d'être candidate à l'Élysée ?
J'ai pris ma décision vraiment, formellement la semaine dernière. La semaine dernière ? Mais ça fait des mois, des années que je me dis que ceux qui nous gouvernent font des erreurs.
Mais le mois dernier, vous saviez que vous seriez candidate ? Parce que votre slogan, c'était pour vous de toutes mes forces. Et là, d'une certaine manière, vous mettez une partie de vos forces sur un autre combat avec l'Île-de-France, sur le combat pour l'Élysée.
J'ai toujours dit la vérité aux Franciliens pendant toute ma campagne. La question m'a été posée dix fois, vingt fois. Mais vous n'avez jamais dit
que je serai candidate ?
J'ai dit que ce que je voulais pour l'Île-de-France, je le voulais aussi pour la France. Et j'ai dit aux Franciliens que je ne pouvais pas me poser cette question d'aller à la présidentielle que je ne pouvais pas me la poser tant qu'il ne m'avait pas réélu. Parce que seule ma réélection me donnait la légitimité pour pouvoir poursuivre. Vous savez, la politique, c'est des états... Il avait dit
avant l'élection régionale que je serai candidat à l'Élysée. D'une certaine manière, les électeurs ont voté en connaissance de cause.
Mais moi aussi, les électeurs ont voté en connaissance de cause. Jamais. Vous n'aviez pas dit que vous seriez candidat à l'Élysée ? Philippe Corbet, j'ai eu dix fois la question pendant ma campagne. Est-ce que vous allez rester six ans ? Et j'ai dit ce à quoi je m'engage, c'est que mon programme sera entièrement exécuté et que je serai toujours aux côtés des Franciliens pour les défendre. Je ne me suis jamais engagé dans cette campagne régionale à rester six ans présidente de la région. Les Franciliens le savaient. D'ailleurs, ça a été l'argument... Non, monsieur Corbet, ça a été l'argument de campagne de tous mes adversaires jusqu'au débat du deuxième tour. Mais en revanche...
Vous avez joué sur ambiguïté. Non, je n'ai joué sur aucune ambiguïté. J'ai dit exactement la vérité. Je n'avais pas pris cette décision. Je ne pouvais pas la prendre tant que je n'étais pas réélu. Mais en revanche, j'avais pris un engagement. C'était que 80% de mon projet régional serait engagé à la fin du mois de juillet. Et ça, c'est chose faite. C'est chose faite depuis la semaine dernière où nous avons voté toutes les promesses de ma campagne.
La dernière fois que vous êtes venu sur ce plateau de BFMTV et RMC, c'était le lendemain de votre réélection. Et vous aviez dit à Jean-Luc Brondin que vous donneriez votre réponse à la fin de l'été, à la rentrée. Qu'est-ce qui fait que vous avez accéléré votre déclaration de candidature ? Est-ce que c'est parce que Xavier Bertrand a pris une avance dans les sondages et qu'au fond, il faut se dépêcher pour ne pas le laisser s'échapper trop longtemps ?
J'ai toujours eu mon calendrier très clairement en tête. J'avais d'ailleurs prévu et la mise en place de mon projet pour le 21 juillet et la réunion de mes militants, mes sympathisants jeudi dernier. Donc, mon calendrier, je l'avais toujours en tête. Et vous venez dire
que vous venez de prendre la décision la semaine dernière ?
Oui, mais mon calendrier, je l'avais toujours en tête. Je savais que si je me décidais, ça devait être très vite. D'accord. Ça devait être très vite après avoir mis en place mon projet pour l'Île-de-France. Pourquoi très vite ? Parce que tout simplement, il ne reste que neuf mois avant la présidentielle. Il ne reste que neuf mois pour bâtir un projet de rupture. Et ce qui m'a frappé dans les mandats précédents, c'est que finalement, on n'arrive jamais à s'y préparer à la tête du pays. Quand un président de la République est élu, il n'a que quelques semaines, quelques mois pour faire les grandes réformes qui marqueront son cabinet-là. Mais c'est bien pour ça.
Et vous le savez, le 24 avril, le jour où le président ou la présidente de la République sera élue, il deviendra le soir même président de l'Union Européenne. Donc vous voyez bien que si vous voulez changer par exemple le cours de l'Europe, si vous voulez changer les flux migratoires et les règles migratoires en Europe, si vous voulez changer, infléchir le plan de relance européen, ça veut dire que dès le 24 avril, il faut arriver avec un projet totalement ficelé, totalement prêt. Et je crois que si on veut changer le pays, on a un état de grâce qui est très court, qui est de quelques semaines. Donc ça veut dire que neuf mois pour préparer un projet, c'est très court et c'est nécessaire.
Neuf mois, vous comprendrez l'allusion aussi à la grossesse peut-être ? C'est à ça que vous faites l'allusion ?
Non, j'ai dit ça en forme de boutade la semaine dernière. J'ai dit neuf mois, c'est très court, je sais ce que c'est, c'est le temps d'une grossesse. Pour accoucher d'un projet, d'un projet pour la France, eh bien neuf mois, c'est pas très long. Et mon projet, vous avez compris que j'allais le tester sur le terrain. Et j'ai déjà commencé dans la Drôme, c'était très intéressant parce que les chefs d'entreprise étaient très partants justement pour ce dialogue sur le fond de la politique.
Plutôt que de reparler des règles de la primaire qui, je ne suis pas sûr, intéressent tous nos auditeurs, juste une question, vous avez déjà été en poste à l'Élysée puisque vous avez été conseillère auprès de Jacques Chirac. Absolument,
pendant cinq ans.
Vous aviez écrit parce que vous vouliez travailler avec lui. Qu'est-ce que vous avez appris de l'exercice du pouvoir en quelques mots ? Est-ce que vous avez appris quelque chose, une leçon ? Est-ce que déjà à l'époque vous disiez peut-être un jour je serai présidente ?
Alors je ne me le disais absolument pas à l'époque mais c'est vrai que j'ai énormément appris à la fois de cette période qui était une période très singulière qui était une période de cohabitation. Mais sur l'exercice du pouvoir, le pouvoir seul,
est-ce que l'Élysée n'enferme pas ?
Alors l'objectif de Jacques Chirac c'était effectivement de ne jamais se laisser enfermer et vous savez très bien qu'il cultivait cette proximité permanente avec les Français. Il était tout le temps en déplacement, tout le temps sur le terrain pour justement ne pas se laisser enfermer, ne pas se laisser couper. Mais il était président de cohabitation et la cohabitation c'était l'immobilisme. C'était l'immobilisme parce qu'il y avait des forces c'était un peu le en même temps vous voyez c'était le en même temps mais en grandeur nature avec un Lionel Jospin qui disait quelque chose un Jacques Chirac qui disait l'autre chose. Eh bien moi le en même temps ça ne peut pas marcher dans le pays.
Je pense que les solutions de la droite républicaine aujourd'hui plus d'ordre plus de liberté mais aussi plus de justice plus de travail ce sont les bonnes valeurs pour la France.
Valérie Pécresse merci d'être venu ce matin sur BFMTV et RMC.
Valérie Pécresse