L'invité d'Apolline Matin : Louis Margueritte - 21/05
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Vous écoutez RMC. RMC. Jusqu'à 9h. Apolline Matin. Apolline de Malherbe. Il est 7h45 et vous êtes bien sur RMC et RMC Story. La France est toujours championne d'Europe des investissements étrangers. Bonjour Louis-Marguerite. Vous êtes le directeur général de Business France. Vous avez pris votre poste il y a deux mois et vous pouvez vous féliciter de ce classement. La France est donc le pays d'Europe qui attire le plus d'investisseurs internationaux. Pour autant, ces investissements sont en baisse de 17%. On est en train de se faire rattraper par certains de nos voisins. Vous êtes sûr de votre classement ?
Parce que j'avoue que dans le contexte actuel, on se dit que c'est assez inouï qu'on s'en sorte au moins sur ce point.
Oui, c'est une bonne nouvelle et il faut la saluer. On en est d'autant plus sûr que ce n'est pas nous qui le faisons. Même si évidemment nous travaillons avec EY, c'est eux qui font le classement maintenant depuis pas mal d'années. Moi je retiens trois choses importantes. La première, c'est que la France tient son rang. La France tient son rang grâce à ses fondamentaux, grâce à son réseau de transport, son réseau d'électricité, son accès à l'énergie qui est décarbonée, abondante et on sait tous ses atouts. La deuxième chose, c'est que nous sommes premiers sur un certain nombre de sujets. Les sujets industriels, les sujets liés au data center, les sujets aussi sur les centres de décision.
On reste deuxième et ça c'est bien parce que ça prouve que les investisseurs veulent s'établir en France. J'étais hier à Dubaï, à Abu Dhabi, où on a notamment une banque d'Abu Dhabi qui souhaite établir son hub en France. Ce sont des bonnes nouvelles. Et puis la troisième, vous avez raison, c'est que c'est une baisse qui est généralisée en Europe, qui montre effectivement peut-être un début d'attentisme, mais généralisée en Europe.
Oui, donc ce n'est pas nous qui baissons et les autres qui montent.
Non, non, nous baissons et d'ailleurs nous baissons un peu plus que les autres, c'est vrai, mais on reste notre première place. Et je suis content de voir que, alors que certains même nous avaient prédit que nous allions perdre notre première place, nous le sommes toujours.
Ce que je trouve intéressant, c'est que vous parlez des infrastructures, on en parle beaucoup en ce moment, la solidité aussi de notre réseau d'électricité et son coût très faible par rapport à nos voisins, notamment parce que l'investissement dans nos centrales, ça c'est un des arguments qui fait que quand ils ont le choix entre investir entre différents pays européens, ils vont choisir la France ?
Clairement, parce que la France a choisi le nucléaire depuis tant d'années, depuis des dizaines d'années, on le sait, on a eu ce débat. C'est d'ailleurs un débat qui transcende assez largement les partis politiques et tant mieux. Désormais, ça n'a pas été le cas. C'est vrai, mais en tout cas c'est une bonne chose avec la loi de 2023 qui a donné vraiment un souffle, vraiment une poussée très forte là-dessus. Nous exportons assez largement aussi notre électricité et nous avons des demandes extrêmement fortes. Il y aura des annonces d'ailleurs à Choose France qui aura lieu le 1er juin au château de Versailles.
Ce sera probablement un assez beau Choose France avec effectivement beaucoup d'annonces sur tout ce qui est data center, tout ce qui est intelligence artificielle, parce que nous avons à la fois de l'espace et un bel accès à l'énergie.
Vous avez entendu les propos d'Arthur Mensch, le patron de Mistral, face au sénateur il y a quelques jours, à qui il a fait un tableau très sombre de la manière dont la France et l'Union Européenne se tiraient des balles dans le pied.
Moi je pense qu'on a des progrès à faire en européen, parce que ça peut être aussi une bonne réponse face à la déférente asiatique. On en parle aussi régulièrement sur votre plateau, parce que non seulement la concurrence asiatique, elle a fait beaucoup de concurrence en termes de prix, mais maintenant aussi sur la qualité, la qualité de ce que nous consommons. Donc là aussi il faut qu'il y ait une réponse, une réponse en termes de protection bien évidemment, mais aussi en termes d'export européen. Effectivement on n'est pas encore au bout des choses, mais bon après encore une fois, il y a peut-être des expériences heureuses et puis des expériences un peu moins heureuses.
Nous on accompagne tous les types d'investisseurs.
Avec une question aussi sur ce que l'on a appris hier, l'entreprise chinoise Dongfeng va s'installer en quelque sorte dans une usine Ceylantis en France et près de Rennes pour produire des voitures électriques et hybrides. Est-ce qu'on peut se dire que c'est une très bonne nouvelle cette association en quelque sorte avec un fabricant chinois, ou est-ce que ce n'est pas une manière d'avoir fait quand même rentrer le loup dans la bergerie ?
Je crois que c'est une décision, en tout cas un projet qui est pragmatique, je comprends que cette décision puisse...
En gros ils vont être colloques de lignes de production quoi.
En fait il faut d'abord voir que nous en France on est plutôt plus protecteur que beaucoup d'autres pays européens. D'ailleurs parfois ça nous joue des tours, notamment les chinois, en tout cas les investisseurs chinois, souhaitent venir dans des pays européens qui n'ont pas voté les droits de douane, et parfois ça nous joue des tours dans nos propres filières. Je pense à la filière Cognac, je pense à un certain nombre d'autres filières, ça c'est le premier point. Le deuxième point c'est que la part de l'automobile chinois en France est deux fois plus faible en France que dans d'autres pays européens, c'est 8%, que la moyenne européenne c'est 14%. Donc on est plutôt plus protecteur.
Et en l'occurrence moi je pense qu'il faut se dire, est-ce qu'il vaut mieux avoir des voitures en marque française produites ailleurs que chez nous, plutôt que des voitures sous marque autre que française, en l'occurrence ça pourrait être chinoise ou d'autres, qui sont pour partie produites en France. C'est important d'avoir cette main d'oeuvre, donc je pense que c'est une décision pragmatique.
L'élection présidentielle est dans un an, il n'y a toujours pas de majorité réelle et solide à l'Assemblée. Est-ce que cette insécurité politique, instabilité, difficulté à prévoir, pèse aussi dans le léger ralentissement des investissements ?
Alors elle n'aide jamais parce que les gens nous posent des questions. Partout où je suis passé, je suis passé aux Etats-Unis, je suis passé hier dans les Émirats Arabiques. Vous êtes un peu le VRP de la France quoi. Je suis un des VRP de la France, mais merci de ça. Non, non, mais pour autant je pense que ce qui est important c'est de donner de la visibilité. Et ce que nous disent les investisseurs c'est que quelle que soit la trajectoire politique de la France, quand ils l'apprennent, parce que parfois ça peut ne pas les intéresser, ils nous disent que de toute façon la France reste la France en termes d'infrastructure, de densité, d'accès à l'énergie. Et ça quoi qu'il arrive, ça restera.
Merci beaucoup d'être venu donc défendre le Business France. Business France, puisque vous êtes le nouveau directeur général de Business France, Louis Marguerite. Il est 7h50.