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InterviewFrance Inter — L'invité de 6h20 (sur Site radio)· 15 février 2024 8 minContradictoireActualité / polémiqueSolidarités & familleJustice

Enfants placés : "Un système à bout de souffle, qui n'est plus en capacité de protéger les enfants"

Source d'origine 2 locuteurs

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Attaque 70 %Défensif 30 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 75 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:36OuverteRéponse directe

    Comment se fait-il qu'une enfant de 15 ans se retrouve à vivre dans un hôtel ?

  • 2:14OuverteRéponse partielle

    Qui s'occupe de ces enfants ? Comment ça se passe pour les repas, la lessive, le suivi scolaire ?

  • 2:44RelanceÉludée

    Vous avez bien dit que ce sont les départements qui gèrent l'aide sociale à l'enfance. Pour Lily, c'était dans le Puy-de-Dôme. Le président du conseil départemental dit qu'il y avait une convention avec un hôtel homologué.

  • 4:26FerméeRéponse directe

    Aujourd'hui, combien d'enfants de l'ASU dorment chaque soir à l'hôtel ?

  • 4:58FerméeRéponse directe

    Mais il n'y a pas de statistiques plus récentes ?

  • 5:25RelanceRéponse directe

    Mais vous avez dit que si on veut interdire ce dispositif, mais en théorie, il l'est interdit. Pourquoi n'est pas appliquée cette loi ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:42InvitéFait
    « C'est le résultat d'un système qui aujourd'hui est à bout de souffle, n'est plus en capacité de pouvoir répondre à son objectif premier qui est de protéger les enfants. »
  • 0:57InvitéFait
    « on manque cruellement de place pour accueillir les enfants dont la justice ordonne le placement. »
  • 1:18InvitéFait
    « Non, malheureusement, il y a eu Nour à Paris qui s'est jeté dans la Seine, qui était également placée en hôtel. »
  • 1:36InvitéPromesse
    « Et on alerte tout le temps, à chaque fois, en disant, si nous n'interdisons pas ce mode de placement, si nous ne créons pas de nouvelles places, si nous n'améliorons pas les conditions de travail des travailleurs sociaux, il y aura d'autres drames. »
  • 2:22InvitéFait
    « Il y a des départements qui ont, pour vous donner un exemple, à Paris, il y a encore quelques années, ils avaient mis en place un système de tickets kebab. »
  • 4:33InvitéChiffre
    « une enquête de l'Inspection générale des affaires sociales qui a été conduite en 2020, dont les conclusions ont été rendues publiques en 2020, et qui faisait état de 8500 à 10500 enfants qui étaient, à cette époque-là, placés dans des hôtels. »
  • 5:39InvitéFait
    « le gouvernement n'a pas pris les décrets d'application de la loi. »
  • 6:37InvitéFait
    « les enfants de moins de 16 ans, les enfants handicapés, avaient une interdiction dès 2022 de se trouver placés dans un hôtel. »
  • 6:47InvitéFait
    « Lily, elle avait 15 ans, elle avait moins de 16 ans. Lily, elle avait fait une tentative de suicide avant même d'avoir été placée dans cet hôtel. On l'a quand même mise dans un hôtel. »

Temps de parole

  • Invité81 %
  • Présentateur19 %

≈ 2,5 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-2603 · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Il est 6h20, elle s'appelait Lily, elle avait 15 ans, elle s'est pendue il y a 3 semaines dans sa chambre d'hôtel près de Clermont-Ferrand. Un rassemblement est organisé aujourd'hui à Clermont devant le conseil départemental du Puy-de-Dôme. Cette jeune fille était suivie par l'aide sociale à l'enfance depuis ses 3 ans. C'est à cet âge-là qu'elle a été retirée à la garde de sa mère. Bonjour Lies Loufoque, vous êtes l'un des porte-voix de ces enfants placés, vous avez vous-même été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance. Vous avez fait partie du conseil national de la protection de l'enfance.

Comment se fait-il qu'une enfant de 15 ans, une mineure donc, se retrouve ainsi à vivre dans un hôtel ?

0:42
Invité

C'est le résultat d'un système qui aujourd'hui est à bout de souffle, n'est plus en capacité de pouvoir répondre à son objectif premier qui est de protéger les enfants. Pour plusieurs raisons, d'abord parce qu'aujourd'hui dans le système de protection de l'enfance, à l'aide sociale à l'enfance, on manque cruellement de place pour accueillir les enfants dont la justice ordonne le placement. Ce qui fait qu'on a des départements qui se retrouvent en position de devoir placer des enfants dans des hôtels ou dans des campings, alors que les différentes affaires qui ont précédé le drame...

1:13
Présentateur

Parce qu'il y a deux ans déjà, il y a eu un jeune de 17 ans qui est mort aussi, qui vivait dans un hôtel.

1:16
Invité

Oui, il y en a eu plusieurs. Ce n'est pas la première fois. Non, malheureusement, il y a eu Nour à Paris qui s'est jeté dans la Seine, qui était également placée en hôtel. Il y a eu le cas de Jess qui a été poignardée par un autre enfant placé dans un hôtel à Suregne. Il y a eu le cas d'Anthony Lambert qui a été tué dans un camping en Saône-et-Loire. Malheureusement, ces affaires, elles sont récurrentes. Et on alerte tout le temps, à chaque fois, en disant, si nous n'interdisons pas ce mode de placement, si nous ne créons pas de nouvelles places, si nous n'améliorons pas les conditions de travail des travailleurs sociaux, il y aura d'autres drames. Et systématiquement, il y en a.

Et la question qu'on se pose tous, je crois, aujourd'hui, c'est jusqu'à quand cela va-t-il durer ? Jusqu'à quand allons-nous accepter de placer des enfants, d'abandonner des enfants dans des structures qui ne sont absolument pas adaptées, où ils sont parfois victimes de violences, les jeunes filles de prostitution ? On a des enfants qui ont même parfois de la peine à pouvoir s'alimenter, parce qu'ils n'ont pas les cuisines nécessaires dans les hôtels.

2:14
Présentateur

C'est ce que j'allais vous demander. Qui s'occupe de ces enfants ? Comment ça se passe pour les repas ? Mais pour la lessive, je ne sais pas, pour les activités, pour le suivi scolaire ?

2:20
Invité

Tout est un parcours du combattant. Il y a des départements qui ont, pour vous donner un exemple, à Paris, il y a encore quelques années, ils avaient mis en place un système de tickets kebab. On a passé des partenariats avec des kebabs qui se situaient en bas des hôtels, où les enfants, grâce à un ticket qui leur était donné par l'aide sociale à l'enfance, avaient la possibilité d'aller récupérer à manger. Moi, je pense que personne ne souhaite cela pour ses propres enfants.

2:44
Présentateur

Vous avez bien dit, selon les départements, parce qu'il faut le rappeler, ce sont les départements qui jettent l'aide sociale à l'enfance. Et en l'occurrence, là, pour reprendre l'histoire de Lily, elle, c'est donc dans le puits de Dôme. Et le président du conseil départemental dit qu'il y a une convention qui avait été signée avec cet hôtel, et que c'était un hôtel homologué, entre guillemets.

3:02
Invité

Mais c'est inadmissible de tenir ce genre de propos. Je ne sais pas si ce président de département aurait souhaité que ses enfants soient accueillis dans de telles conditions, s'ils avaient dû être, à un moment donné, placés à l'aide sociale à l'enfance. J'aimerais bien qu'ils leur redisent devant les familles des victimes que ce type d'accueil est adapté. Le président du département a trouvé une astuce, parce que c'est vrai que la loi n'est pas très bien rédigée, qui lui permet d'habiliter des hôtels pour faire en sorte qu'ils changent de statut juridique, et donc qu'ils ne soient plus juridiquement associés à des hôtels, mais bien à des structures dépendantes de l'aide sociale à l'enfance.

Alors qu'en réalité, dans cette structure où Lily était placée, c'était qui qui était à l'intérieur ? C'était l'hôtelier, le veilleur de nuit ? Basta, ça s'arrête là, il n'y avait personne d'autre. Il n'y a pas d'éducateurs de l'ASU qui vivent avec eux à l'hôtel. Je vais même aller plus loin, c'est-à-dire que selon Mediapart, qui a publié une enquête suite à la mort de Lily, les éducatrices de l'aide sociale à l'enfance, qui étaient chargées de rendre visite aux enfants placés dans cet hôtel, ont obtenu de leur direction de ne plus s'y rendre, parce que l'hôtelier était accusé d'harcèlement sexuel à leur égard.

Donc, le département a dit très bien, nous vous autorisons à ne plus y mettre les pieds, mais par contre, ça ne les a pas dérangés de laisser une jeune fille de 15 ans livrée à elle-même dans cette structure. Donc, il y a quand même un vrai sujet. Les élus doivent faire preuve de beaucoup plus de responsabilité sur cette question et systématiquement, avant chaque décision prise, se poser la même question de savoir s'ils l'accepteraient pour leurs propres enfants. Ça, je crois que c'est fondamental aujourd'hui.

4:26
Présentateur

Aujourd'hui, combien d'enfants de l'ASU dorment chaque soir à l'hôtel ?

4:29
Invité

C'est difficile à dire. On a eu un rapport, une enquête de l'Inspection générale des affaires sociales qui a été conduite en 2020, dont les conclusions ont été rendues publiques en 2020, et qui faisait état de 8500 à 10500 enfants qui étaient, à cette époque-là, placés dans des hôtels. Sauf que depuis ces dernières années, la situation s'est considérablement dégradée. Le nombre de mesures de placement ordonnées par la justice qui sont non exécutées, c'est-à-dire qui ne sont pas mises en œuvre et où les enfants restent en danger dans leur famille, s'est démultiplié.

4:58
Présentateur

Mais il n'y en a pas de statistiques plus récentes ?

4:59
Invité

Non, malheureusement. Et c'est d'ailleurs l'une des choses que moi je demande au gouvernement. C'est que là, très vite, dans les jours qui viennent, dans les semaines à venir, il y ait de nouveau une saisine de l'Inspection générale des affaires sociales qui permette de faire un état des lieux beaucoup plus clair, quatre ans après la première étude, la première enquête qui a été menée. Parce que si l'on veut interdire un dispositif, encore faut-il savoir à combien d'enfants celui-ci s'adresse. Et en l'occurrence, aujourd'hui, on est dans le flou.

5:25
Présentateur

Mais vous avez dit, si on veut interdire ce dispositif, mais en théorie, il l'est interdit. Puisqu'il y a la loi Taquet il y a deux ans qui a été adoptée, qui prévoyait justement, là pour cette année, d'interdire purement et simplement les placements d'enfants dans des hôtels. Pourquoi n'est pas appliquée cette loi ?

5:39
Invité

Alors, pour plusieurs raisons. D'abord parce que le gouvernement n'a pas pris les décrets d'application de la loi. Ça, c'est un vrai scandale également. Parce que quand la loi a été promulguée en 2022, le Parlement a dit au gouvernement « Nous ne pouvons pas interdire du jour au lendemain le placement des enfants à l'hôtel. Il y en a 10 500. » Donc, on joue le jeu. C'est-à-dire qu'on laisse au département deux années pour s'organiser, débloquer des fonds, aller chercher les excédents budgétaires que certains peuvent parfois chaque année dégager, pour essayer de créer un système de protection de l'enfance qui soit suffisamment solide.

Force est de constater deux ans après que les départements ne se sont pas organisés, n'ont pas débloqué les fonds, n'ont pas créé de nouvelles structures, voire même n'ont pas amélioré les conditions de travail de leurs travailleurs sociaux pour permettre justement à ce qu'il y ait de la présence éducative dans ces lieux-là. Et le gouvernement n'a, au bout de deux ans, toujours pas publié le décret d'application de cette loi, tout comme il n'a pas publié le décret qui visait à organiser la phase transitoire. Parce que si le Parlement a dit « Ok, on laisse deux ans au département pour interdire », ce n'était pas non plus open bar.

C'est-à-dire que les enfants de moins de 16 ans, les enfants handicapés, avaient une interdiction dès 2022 de se trouver placés dans un hôtel. Lily, elle avait 15 ans, elle avait moins de 16 ans. Lily, elle avait fait une tentative de suicide avant même d'avoir été placée dans cet hôtel. On l'a quand même mise dans un hôtel. Lily, elle cochait toutes les cases de ce qui était interdit dès 2022. C'est pour ça que pour moi, au-delà de la colère, c'est énormément d'incompréhension dans la manière dont on conduit cette politique publique aujourd'hui. Et je sais ce qui vous met en colère également, c'est qu'on n'en parle pas beaucoup, Lily. Non, on n'en parle pas beaucoup.

Et ça, c'est systématiquement comme ça. Il y a cette sensation assez révoltante de se dire qu'il y a des vies qui comptent moins que celles des autres. Celles qui touchent les vies d'enfants placés aujourd'hui, il y a vraiment cette sensation qu'on n'intéresse personne. Quand on alerte, quand chaque jour on dénonce des dysfonctionnements qui sont massifs en protection de l'enfance, qui ont des conséquences dramatiques, qui parfois même conduisent à la mort d'enfants, on a l'impression de crier dans le vide. Il faut qu'il y ait un sursaut collectif, il faut que chacun s'empare de ce sujet. Il faut que nous, en tant que citoyens, nous demandions à nos élus de rendre des comptes.

C'est fondamental parce que ces enfants, ils sont placés sur décision de justice et ils sont sous notre responsabilité. Ils ne sont pas sous la responsabilité de leurs parents, ils sont sous la responsabilité de la société. Et la société, c'est nous. Et j'espère que votre message va porter ce matin, Liesse Loufoque.

8:00
Présentateur

Merci beaucoup d'être venu sur France Inter.