Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewLe Média — Podcasts· 2 juin 2022 50 min

Contre-matinale #150 | Les dangereux projets de Macron, du neuf dans le scandale Général Electric

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:05
Présentateur

Bonjour chers matinaux, on se retrouve pour le 150e numéro de la Contre Matinale qui voit le jour. Grâce à votre soutien, la campagne d'abonnement a connu un grand succès et se poursuit. Notre nouvel objectif, convaincre 5000 abonnés à rejoindre l'aventure d'un média indépendant et véritablement inclusif. En effet, les idées ne manquent pas et la volonté de renforcer notre équipe est un souci au quotidien. La souscription vous coûte 5 euros par mois, mais vous pouvez toujours donner plus. Vous trouverez le lien en description de la vidéo. Vos likes, partages et abonnements nous donnent également de la force pour exister dans un monde où la dictature de l'algorithme règne. On compte sur vous.

C'est une nouvelle révélation qui vient alimenter une affaire qui est déjà scandaleuse. Selon les syndicats de Général Electric, le géant industriel américain, qui a racheté la branche énergie d'Alstom en 2015 sous l'impulsion d'Emmanuel Macron, à leur ministre de l'économie, aurait organisé la fuite à l'étranger de plus de 800 millions d'euros entre 2015 et 2019. Une somme astronomique envoyée en Suisse ou dans l'état du Delaware, un paradis fiscal américain. Ce payage en règle des ressources de l'entreprise vise à modérer les salaires, baisser les investissements dans l'outil productif, justifier des plans sociaux et les délocalisations en creux.

Ce trucage des comptes, selon les organisations syndicales qui ont porté plainte contre X auprès du parquet national financier, aurait pour but d'organiser la fermeture du site Belfort de façon artificielle. Pour en discuter avec nous, nous recevons Alexis Esma, porte-parole du Sud Industrie Générale Électrique. Guerre aux chômeurs et aux allocataires du RSA, inflation, stagnation des salaires, réforme des retraites. Les journalistes en parlent assez peu, mais le programme de Macron pour les cinq années à venir commence à être connu. Il se situe dans la lignée de ce qu'il s'est déjà produit, toujours plus d'attaques néolibérales contre notre système social.

Avec Nicolas Framont de Frustration Mag et chroniqueur aux médias, nous discuterons des basses œuvres macronistes, loin d'être une fatalité si la société est prête à se mobiliser. Nous sommes le 2 juin, il est 8h10, vous regardez ou écoutez la contre-matinale du Média. L'éducation fait face à une grave pénurie d'enseignants, c'est le titre du jour du monde selon le quotidien du soir. Quelques 10 600 postes sont à pourvoir en primaire et 13 690 dans le secondaire.

Mais à ce stade du recrutement, autrement dit à l'issue des écrits et avant l'étape des euros convoqués jusqu'en juillet, le manque de candidats est déjà alarmant puisque les admissibles sont parfois moins nombreux que le nombre de postes ouverts. Jamais de mémoire de syndicats d'enseignants, la crise du recrutement n'a semblé aussi aiguë. L'alerte a été pourtant donnée à plusieurs reprises durant la crise sanitaire, laquelle a vu l'institution multiplier les appels en direction des contractuels, des retraités, des étudiants sans toujours trouver les volontaires.

De plus en plus de profs déçus par leur salaire et leurs conditions de travail se mettent en disponibilité pour préparer une reconversion professionnelle. Pour pallier le faible nombre de candidats au concours, l'Académie de Versailles a organisé un job dating afin de recruter des contractuels. Mais lorsque les candidats sont moins nombreux, il y a forcément moins de bons profils. Conséquence d'année en année, les jurys sont donc contraints d'ouvrir légèrement le recrutement, c'est-à-dire de reculer le seuil au-delà duquel un candidat est jugé trop faible pour être admis. Les porte-parole syndicaux s'interrogent sur la feuille de route du nouveau ministre Paip Ndiaye. « Êtes-vous riche ?

» Une question, un brin provocatrice qui barre la une de libération. À l'image du seuil de pauvreté, l'Observatoire des inégalités propose dans son dernier rapport publié hier de quantifier la richesse. « Il n'y a aucune raison pour que dans ce pays n'existe pas de seuil de richesse », considère le directeur et cofondateur de cet organisme indépendant, Louis Morin. Cela permet de poser les pierres d'un débat pour mettre en œuvre une forme de solidarité globale sans laquelle les tensions sociales nourries par un sentiment d'injustice continueraient de s'accroître. Fixé à 3 673 euros par mois après impôt, il concernerait 7% des Français.

Loin des milliards de grosses fortunes françaises, ce palier permet de s'interroger sur la redistribution et l'augmentation des impôts. Pour l'Observatoire des inégalités, la définition de différents niveaux de richesse permettrait d'échapper à la focalisation démagogique sur les 1% les plus aisés. Au-delà de l'établissement de seuil, l'étude cherche à comprendre en quoi les modes de vie des riches ainsi définis diffèrent de ceux du reste de la population.

Si les plus aisés voient dans leurs emplois de services à domicile qu'ils utilisent massivement une manière de se dégager du loisir, les plus pauvres y trouvent une source de précarisation croissante, souligne le rapport de l'Observatoire des inégalités. Vent de révolte aux affaires étrangères, ce 2 juin, l'ensemble des syndicats protestent contre un décret signant la disparition du corps diplomatique en pleine guerre en Ukraine. Le président a décidé de porter un coup fatal au corps diplomatique en supprimant les conseillers des affaires étrangères et les ministres plénipotentiaires. La colère est aussi inhabituelle que forte.

Dans ce corps de métier peu habitué aux grèves, cette décision gouvernementale ne passe pas. Derrière ces postes stratégiques, c'est bien toute l'architecture de la diplomatie française tissée savamment au fil des siècles qui passe à la trappe. La politique étrangère ne s'en remettra pas, conclut l'UMA. Pour discuter du sujet, mon collègue Jemil a reçu mardi Olivier Da Silva, diplomate, porte-parole de l'intersyndiquet à l'affaire étrangère. Vous trouverez un entretien sur la chaîne YouTube du Média. Les militants des quartiers sacrifiés pour l'union de gauche, c'est la question que pose la journaliste Laurie-Anne Cholès dans « Reporters ».

Une interrogation que l'on s'est aussi posée aux médias et à laquelle nous avons tenté de répondre il y a quelques jours avec Sana Saïtouli, candidate indépendante à Sergie, et Judé Merabé, maire socialiste d'Elbeuf, qui a décidé de mener campagne de manière autonome dans la quatrième circonscription de Seine-Maritime. Ils ne sont pas les seuls à avoir été déçus par l'ANUPS. Plusieurs candidats aux législatives des quartiers populaires n'ont pas été investis par l'union de la gauche. Ils regrettent un parachutage dans leurs circonscriptions et craignent un manque de représentativité à l'Assemblée.

Au-delà d'une question de personne et d'ego, ce manque de représentativité est symptomatique d'un problème politique plus systémique. « Il est temps que la gauche prenne conscience que pour séduire les électeurs, il faut désigner des gens qui leur ressemblent », explique l'écologiste Samy Adili, qui a co-écrit une tribune dont le Parisien a publié quelques extraits. Selon lui, il n'y aurait que 3 à 4 % de personnes issues de la diversité dans l'ANUPS, un chiffre que l'équipe de l'Union n'a pas confirmé. « Il y avait beaucoup d'espoir avec la campagne de Mélenchon dans les quartiers populaires. Les militants locaux ont alors cru que c'était leur tour et finalement, ce ne sera pas le cas.

Encore cette fois-ci, regrette Jamel Arouche, membre de LFI Val-de-Marne. Comment instaurer plus de diversité sur les bancs de l'Assemblée ? La question revient à chaque élection et devrait être traitée bien en amont du scrutin. Selon l'écologiste Claire Lejeune et candidate NUPS dans la 7e circonscription de l'Essonne, Samy Adilil, lui, propose d'instaurer des quotas. Côté Street Press, Pierre Plotu et Maxime Massé continuent leur travail de documentation sur l'extrême droite, avec cette fois un sujet international. En Ukraine, l'extrême droite française joue la garde de l'humanitaire.

Depuis le début de l'inversion russe, une partie de l'extrême droite française met en scène son engagement humanitaire sur la zone. Mais que font-ils vraiment là-bas ? S'interrogent nos camarades de Street Press, dès les premiers jours de l'offensive russe, alors qu'aucun ne pense encore que Kiev est sur le point de tomber, l'extrême droite française est mobilisée. Un mouvement est né, Auxilium Europae. Il publie des vidéos mettant en scène de maigres collectes et une propagande typique de la mouvance. Des militants qui se rendent sur place pour aider, des capsules qui sont d'ailleurs reprises par les groupes et têtes d'affiches identitaires.

Il apparaît très vite que l'initiative est liée à des Niçois ex de génération identitaire. Le groupuscule dissout en mars 2021. Cette guerre est une opportunité unique pour un jeune activiste d'extrême droite qui rêve de révolution par les armes, de vivre le grand frisson d'une zone de guerre à portée de voyage en voiture, rapporte Street Press. Mais enfin, voire surtout pour les identitaires notamment, c'est la toile de fond rêvée pour faire de la com. C'est pour ces radicaux l'occasion d'apparaître du bon côté de l'histoire qui pourrait leur reprocher d'aider les Ukrainiens attaqués. Urgence humanitaire est une autre association qui s'est rendue à la frontière et en territoire ukrainien.

En grattant le vernis, le lien avec l'Alvarium, groupe enjeuvin, tendance nationale catholique identitaire, héritier local des néo-fascistes du bastion social, est évident. Le groupe d'extrême droite a été dissous par les autorités en novembre dernier. Le Rassemblement national s'est aussi modestement investi dans l'humanitaire à destination de l'Ukraine. Un Ukraine-washing initié par la patronne pour mieux faire oublier ses incointances avec le Kremlin et son emprunt russe. Début mars, en pleine campagne présidentielle, Marine Le Pen a expliqué avec des trémolos dans la voix la nécessité d'accueillir les Ukrainiens, note Mediapart.

Le géant industriel américain général électrique n'a pas fini de faire parler de lui. Selon les syndicats de général électrique, le groupe aurait organisé la fuite à l'étranger de plus de 800 millions d'euros entre 2015 et 2019. Une somme astronomique envoyée en Suisse ou dans l'état du Delaware, un paradis fiscal américain. 2015, c'est aussi la date à laquelle le général électrique a racheté la branche énergie d'Alstom sous François Hollande et alors qu'Emmanuel Macron était ministre de l'économie. Une opération dans laquelle les conflits d'intérêts et les petits arrangements entre amis vont tenir un rôle inédit.

La vente de la branche énergie du géant industriel Alstom au groupe général électrique, c'est l'histoire d'un naufrage industriel et d'une faillite politique que notre consoeur Lucille Berlan a relaté dans un documentaire produit et diffusé par Off Investigation. Nous la recevions en mars dernier.

11:07
Invité

Tout au long, depuis 2014 jusqu'à aujourd'hui, Emmanuel Macron a un rôle à différents égards. En tant que ministre de l'économie, c'est lui qui signe en novembre 2014 la vente définitive de G.A. Alstom. Et à ce moment-là, ce qui est très important de comprendre dans cette affaire, parce qu'on peut se dire « Ok, mais c'est la vente entre deux entreprises, donc l'État n'a pas de rôle tellement à jouer ». L'accord de novembre 2014, c'est un accord tripartite entre Alstom, General Electric et l'État. C'est un accord contractuel, ce n'est pas simplement des belles promesses.

L'État s'engage à ce moment-là, et c'est Emmanuel Macron qui signe en tant que ministre de l'économie et qui dit « On va suivre les promesses de General Electric. Ces engagements-là, on va les suivre. Et attention s'ils ne sont pas tenus, on va veiller à ce qu'ils soient suivis ». Et donc il y avait pas mal d'engagements, mais dans les deux, trois qu'on a retenus, nous, il y avait notamment la création de 1 000 emplois, création nette de 1 000 emplois, le maintien des sièges sociaux en France pendant au moins 10 ans, et d'autres points un peu plus techniques sur des parts du rachat d'actions, des choses comme ça.

Ou une golden share dans la partie nucléaire, justement, qui était particulièrement sensible donc à un mécanisme pour pouvoir bloquer des potentiels rachats ultérieurs. Mais en tout cas, sur ces points-là, l'enquête le montre. On est allé voir si l'État avait fait ce suivi, avait fait cette surveillance, avait joué son rôle de gendarme, mais force est de constater que pas du tout.

12:26
Présentateur

Sept ans après la vente de la branche énergie du géant Industriel Abstorm au groupe Général Électrique, c'est un nouveau scandale qui éclate. Général Électrique est visée par une plainte en France, déposée le 30 mai par une intersédicale de Belfort, où sont implantées les usines de fabrication de turbines à gaz. Cette plainte a été déposée contre X auprès du parquet national financier pour blanchiment de fraude fiscale, abus de confiance, faux et usage de faux, ainsi que recèles aggravées. Nous en discutons avec Alexis Sesma, porte-parole du Sud Industrie Générale Électrique. Bonjour Alexis Sesma.

13:05
Invité

Bonjour.

13:06
Présentateur

À travers les expertises, on est capable de démontrer que les mécanismes utilisés par l'entreprise sont délictueux et contreviennent à la norme et à la loi qui encadre les pratiques fiscales. C'est ce que vous affirmez. Votre collègue Philippe Petit-Colin, membre de l'intersyndical CFE-CGC Sud, soutient que l'entité Belforten est en déficit à cause d'un pillage en règle de ses ressources depuis 2015. Qu'est-ce qui vous permet de dire que Général Électrique a organisé la fuite à l'étranger de 800 millions d'euros entre 2015 et 2019 et pourquoi l'avoir fait ?

13:41
Invité

Ce que démontre notre expertise, c'est que Général Électrique organise effectivement le déficit de notre entreprise par différents moyens qui sont aujourd'hui assez connus par les experts qui travaillent sur l'évasion fiscale, des moyens de transfert de bénéfices vers des filiales à la fiscalité avantageuse en Suisse et dans l'État du Delaware, comme vous l'avez précisé. Ces mécanismes sont relativement simples et redoutables. Notre entreprise qui fabrique des turbines à gaz conçues par d'autres filiales doit payer une redevance de technologie qui est normale, mais qui doit être cadrée, qui est cadrée par la norme définie par l'OCDE.

Or, ce qu'a démontré notre expertise, c'est que la redevance contrevient au cadre de la norme. C'est un exemple. Le deuxième exemple est l'utilisation de la marque Général Électrique. Il est tout à fait normal de payer une redevance de marque pour pouvoir utiliser le logo, le slogan Général Électrique, sauf qu'encore une fois, ce type de redevance est cadré par la norme et que notre entreprise paye une redevance qui excède le cadre de la norme. Nous avons mis au jour un troisième mécanisme qui évade les bénéfices que nous devrions enregistrer à Belfort, qui est finalement la marge que nous faisons sur les pièces que nous fabriquons.

Nous fabriquons des pièces, nous les vendons à des clients et comme par hasard, les bénéfices, la marge réalisée sur la vente de ces pièces est réalisée en Suisse, alors que l'entièreté de la valeur ajoutée créée sur ces pièces est bien faite à Belfort. Ce sont ces mécanismes-là qui contreviennent à la norme définie par l'OCDE, norme qui a été ratifiée par l'Union européenne et traduite dans la loi française en 2019. C'est ce qui nous permet aujourd'hui d'attaquer Général Électrique sur ces pratiques délictueuses. Je tiens à préciser également que notre expertise fait effectivement état d'un manque à gagner entre 500 et 800 millions d'euros sur cinq ans.

Il ne s'agit que de l'activité turbine à gaz de Général Électrique. Général Électrique en France est implanté sur l'activité HealthCare pour fabriquer du matériel d'imagerie médicale, également dans le nucléaire et dans le renouvelable. On peut se douter que ces pratiques-là sont générales à Général Électrique, complètement dupliquées. Et donc, ce chiffre de 800 millions, il est sans doute une fourchette basse.

16:19
Présentateur

Vous avez vraiment mené des investigations très poussées pour affirmer que la Générale Électrique a organisé cette fuite à l'étranger de 800 millions d'euros. L'intersyndicale de Belfort affirme avoir alerté le fisc et demandé à la direction de Général Électrique de se mettre en conformité. Mais sans succès, la Générale Électrique ne commande pas la plainte et se contente de réaffirmer qu'elle respecte les règles fiscales des pays dans lesquels elle opère. puisqu'effectivement, elle parle d'optimisation fiscale. Quant à Bercy, le ministère de l'Économie et de l'Administration indiquent que les grandes entreprises restent très suivies.

Mais le secret fiscal est invoqué pour ne pas en dire plus. Parce que c'est une réponse qui vous étonne quand on connaît les incointances entre le pouvoir français et la Générale Électrique.

17:06
Invité

La ligne de défense de Général Électrique est assez surprenante. La première fois que nous avons évoqué ces faits délictueux, la réponse était mais ne vous inquiétez pas, nous sommes contrôlés fiscalement. Nous avons des contrôles fiscaux réguliers. Notre expertise démontre que le dernier contrôle fiscal date de 2012. Ensuite, aujourd'hui, nous avons Générale Électrique est effectivement face à un contrôle fiscal qui couvre la période 2017-2019. Et d'ores et déjà, le contrôle fiscal a relevé des irrégularités sur l'année 2018. Je tiens quand même à préciser que, comme son nom l'indique, un contrôle fiscal ne concerne que la suite fiscale de l'entreprise.

Notre expertise et les raisons pour lesquelles nous portons plainte portent sur le fonctionnement économique de l'entreprise. Donc, nous sommes sur un plan légèrement différent. Et s'abriter derrière un contrôle fiscal ou le respect de règles fiscales n'est pas suffisant. Nous parlons bien d'évasion fiscale, mais derrière, il y a des mécanismes économiques qui lèsent les salariés dans un premier lieu. Et vous l'avez évoqué tout à l'heure, vous parliez de pénurie d'enseignants. On parle de manque de moyens dans les hôpitaux. Vous avez évoqué des grèves au sein du ministère des Affaires étrangères, la précarisation des métiers. Tout ceci, c'est les conséquences directes de l'évasion fiscale.

Un appauvrissement, un vol, un manque de retour sur le juste travail des salariés, un manque de retour sur le juste paiement de l'impôt. Général Electric, comme toute entreprise, utilise les infrastructures, utilise des services publics, mais ne paye pas en retour ce qu'ils devraient payer en termes d'impôts.

18:55
Présentateur

Vous parlez d'évasion fiscale, la Général Electric parle d'optimisation fiscale et soutient que Bercy a validé le schéma fiscal.

19:07
Invité

Ça peut faire débat. J'estime, et c'est un langage que moi, que soit on est conforme à l'impôt, soit on fait de la fraude ou de l'évasion fiscale. Le terme optimisation fiscale a été inventé par les cabinets, qui organisent l'évasion fiscale, histoire d'endormir un peu l'ensemble des salariés et des citoyens. Et on est accoutumé à entendre que les services publics n'ont plus de moyens. Vous le relatez régulièrement et ça devient une fatalité. De la même façon qu'on se doute que des groupes multinationaux, on parle de GIO aujourd'hui, on pourrait parler d'autres groupes, je ne vais pas en citer, McDonald's par exemple, Amazon, d'autres exemples.

On se doute qu'ils pratiquent de l'évasion fiscale. C'est admis. Sauf qu'aujourd'hui, face à l'appauvrissement des services publics, il est vraiment temps de dire stop. L'évasion fiscale ne doit plus être une fatalité. J'ai évoqué les normes de l'OCDE qui sont traduites dans la loi française. Nous avons aujourd'hui des moyens, des outils pour nous attaquer vraiment formellement à l'évasion fiscale. Quant à Bercy, on se rend compte que Bercy pâtit également de la réduction de moyens. Donc, avec quels moyens est-ce que Bercy contrôle les entreprises ? Il y a de moins en moins de contrôle.

Je vous le rappelle, un contrôle fiscal tous les dix ans dans un groupe comme Général Électrique, est-ce que c'est suffisant pour s'assurer que ce groupe est bien conforme à la réglementation ? L'histoire nous dira certainement que non. En tout cas, on va attendre le résultat de l'enquête du Parc national financier, mais les éléments que nous avons aujourd'hui nous montrent que non.

20:52
Présentateur

Et donc, le but, c'est ce qu'affirment les organisations syndicales qui ont porté plainte. C'est d'organiser la fermeture du site de Belfort de façon artificielle. Qu'est-ce que ça veut dire ?

21:04
Invité

Depuis 2016, nous estimons que nous sommes en déficit de façon artificielle. Nous avons découvert ce déficit vraiment de façon subie. En étudiant les résultats prévisionnels de l'année 2016, nous sommes passés en quelques semaines d'un résultat prévisionnel de 60 millions de profits à 60 millions de déficits. Ça veut dire qu'en quelques semaines, le résultat de notre entreprise qui produisait des machines, qui n'étaient pas en crise, a fait un bond de 120 millions. C'est ça qui nous a amené à étudier les différents mécanismes économiques qui a créé ce grand écart et qui nous a démontré que ces indicateurs, ces redevances que nous payons étaient pilotées de façon totalement artificielle.

Et ces déficits justifient des plans de licenciement, justifient des restrictions d'investissement. Et finalement, petit à petit, on va démontrer, regardez, votre entreprise, ça fait 5 ans, ça fait 7 ans, 8 ans, 10 ans qu'elle est déficitaire. C'est un poids pour le groupe. En plus, dans les différents mécanismes d'évasion fiscale, nous avons perdu du capital, nous avons perdu, excusez-moi, mais le terme m'échappe, de la propriété intellectuelle, notamment, donc la valeur de l'entreprise diminue de façon artificielle. Et donc, il est très simple ensuite pour dire, nous fermons cette entreprise, nous allons la fermer. Elle ne nous rapporte pas d'argent et elle ne détient plus de brevets.

Elle loue ses bâtiments, elle loue ses machines. Donc, effectivement, on est sur un chemin, on s'inscrit sur un chemin qui facilite la fermeture du site. Et ça, ça nous inquiète énormément.

22:55
Présentateur

Donc là, vous portez plainte, donc vous cherchez à, comment dire, à pointer la responsabilité générale électrique. Est-ce qu'on ne peut pas aller plus loin ? Et regardez aussi la responsabilité de l'État, puisque, comme vous le disiez, la perte de la valeur, notamment en raison de la vente des brevets qu'a occasionné la vente de la branche énergie du géant industriel Alstom au groupe général électrique, a amené aujourd'hui ce géant américain à organiser la fuite de ces 800 millions d'euros et pour mieux, finalement, fermer le site de Belfort. Est-ce que le gouvernement pouvait l'ignorer ?

23:34
Invité

Il est difficile d'admettre que le gouvernement pouvait l'ignorer. Quand on est face à un groupe, je parle du groupe G pour la partie énergie, pour la partie gaz uniquement à laquelle nous appartenons. Depuis le rachat de la branche énergie d'Alstom, c'est un groupe qui fait 1,5 milliard de bénéfices nets, alors que notre entreprise qui crée les machines est en déficit. Il y a une disproportion qui aurait dû interroger les services de l'État. Et on l'évoquait tout à l'heure, par manque de moyens, l'État ferme les yeux sur des pratiques fiscales. Donc, l'État aurait pu se rendre compte de cette évasion fiscale. Est-ce qu'il y a une complaisance ? Je pose la question.

Je pense que les agents du fisc font un réel travail. Par contre, il peut y avoir des ordres politiques qui masquent tout ceci. Vous l'avez rappelé à juste titre, Le rachat de la branche énergie d'Alstom s'est fait avec l'assentiment de l'État et l'État devait suivre les engagements de Général Électrique qui étaient consécutifs à ce rachat. Vous l'avez évoqué. Les engagements de GIE devaient être la création de 1 000 emplois sur 5 ans. Ça n'a pas été le cas. Au contraire, Général Électrique a supprimé des emplois et Général Électrique devait s'engager à localiser en France et maintenir en France les quartiers généraux et les décideurs. Ça n'a pas été le cas.

Et l'État devait s'assurer du bon respect de ses engagements. Il y a un accord, c'est signé. Or, l'État n'a rien mis en œuvre pour s'assurer du respect de cet accord. Donc, l'État est défaillant. L'État est défaillant et au-delà de cette défaillance, je dirais, l'État est nos gouvernants, nos ministres, nos dirigeants, sont complices. Il ne pouvait pas ignorer le non-respect, d'une part, des engagements pris par GIE et de l'évasion, en tout cas de l'érosion de la base fiscale et des transferts de bénéfices réalisés à Belfort en dehors de la France.

25:47
Présentateur

Oui. Et d'ailleurs, l'enquête du parquet national financier, on nous le dira, puisque la plainte a été déposée contre X auprès du parquet national financier pour blanchiment de fraude fiscale, abus de confiance, faux et usage de faux, ainsi que recel aggravé par Eva Joly, qui est l'avocate des syndicats. Des ONG comme Oxfam ou Attax sont à vos côtés dans cette action judiciaire. Vous êtes plutôt confiant ?

26:13
Invité

On est ambitieux, déjà. Dans un premier temps, nous sommes ambitieux et absolument déterminés. Nous menons ici une action vraiment ponctuelle à l'égard de Général Électrique. Nous engageons aussi dans un travail de communication. Donc, on vous remercie vraiment pour relayer notre action. Mais vraiment, ce qu'on veut montrer, c'est que l'évasion fiscale ne doit plus être une fatalité. Et informer, informer d'abord les consommateurs, informer les Français, informer les salariés des pratiques des groupes multinationaux. Et informer également nos collègues syndicalistes qu'il est possible de s'y attaquer.

Avec les outils dont on dispose encore, les lois travail ont minimisé énormément l'amplitude d'action que les représentants du personnel peuvent avoir. Mais nous avons encore quelques moyens à travers des droits d'alerte, à travers le recours d'un certain nombre d'expertises. Nous voulons vraiment montrer que si c'est ce qu'on peut faire pour Général Électrique, contre Général Électrique, nous pouvons le faire contre d'autres groupes. Et nous espérons vraiment que là, nous commençons une histoire et que le cas Général Électrique est un premier épisode et que d'autres épisodes s'inscriront contre d'autres groupes qui ne respectent pas la loi.

27:33
Présentateur

Merci beaucoup Alexis Sesma, porte-parole de Sud Industrie à Général Électrique. Et vous l'avez dit, c'est important de le rappeler, on ne peut pas déconnecter votre lutte contre l'évasion fiscale du démantèlement du service public qui est à l'œuvre depuis déjà plusieurs mandats, bien avant le mandat d'Emmanuel Macron. Donc on soutient bien évidemment l'action judiciaire que vous entreprenez. Alors on la soutient effectivement en relayant et on ne manquera pas de revenir vers vous pour en savoir plus sur cette enquête qui est en cours ou bientôt en cours ?

28:12
Invité

Qui va débuter, on s'inscrit dans un temps long. C'est le problème de la justice qui manque également de moyens. Et c'est une histoire, comme je vous le dis, c'est une histoire. On s'inscrit dans une histoire et on va la faire perdurer le plus longtemps possible, en tout cas le plus largement possible.

28:28
Présentateur

Merci, merci beaucoup Alexis Sesma. Et on vous invite vraiment à aller regarder ce documentaire d'offre investigation qui a été réalisé par Lucille Berlan et qui relate justement ce rachat par la Générale Électrique de la branche énergie d'Alstom et la complicité du gouvernement français qui a préféré faire privilégier des intérêts privés sur l'intérêt de la nation. Alors, on va poursuivre avec une deuxième interview. Cette fois-ci, c'est celle de notre collègue Nicolas Framont. La guerre aux chômeurs est déclarée. On le savait déjà lors du précédent mandat et elle se poursuit. Une guerre aussi déclarée aux allocataires du RSA.

On parle d'inflation, de stagnation des salaires, de réforme des retraites. Les journalistes en parlent peu, mais aux médias, on tient à le faire. Le programme de Macron pour les cinq années à venir commence à être connu. Il se situe dans la lignée de ce qu'il s'est déjà produit. Toujours plus d'attaques néolibérales contre nos systèmes sociaux. Ce que Macron compte nous faire, c'est le titre du dernier article rédigé par notre camarade Nicolas Framont, rédacteur en chef de Frustration magazine. Est-ce que Nicolas est avec nous ou toujours pas ? Toujours pas. Alors, en attendant, Nicolas, bien évidemment, je vais répéter que nous sommes en pleine campagne d'abonnement.

Un abonnement qui ne vous coûte que 5 euros par mois. Alors, bien évidemment, vous pouvez donner beaucoup plus. Vous, aujourd'hui, on compte 10 m'abonnés ou peut-être un tout petit peu moins. Ça a permis de garantir la survie du média. Ça a permis de pérenniser nos finances. Mais bien évidemment, l'aventure du média ne se cantonne pas à la contre-matinale. D'autres projets sont en cours. On prépare une nouvelle émission pour la prochaine saison à la rentrée. Alors, on vous en parle très vite, très bientôt. Nous laisserons le soin d'ailleurs à Thomas Dietrich et à Raphaël Cuamo de vous en dire un peu plus.

Une vidéo est en cours de tournage pour vous donner envie de soutenir cette nouvelle émission qui ne sera plus le matin, mais qui devrait plutôt être programmée vers 18h, 19h. Voilà, je ne vous en dis pas plus. Tout ça, c'est pour vous dire que cette nouvelle émission va demander aussi de recruter de nouvelles personnes pour pouvoir garantir une réalisation qui soit un peu plus sereine que cette contre-matinale qui a été tournée vraiment avec des petits moyens aussi bien financiers qu'en termes de ressources humaines. Donc, on compte sur vous. La campagne d'abonnement se poursuit. 5 euros par mois. L'objectif, c'est de convaincre 5000 nouveaux abonnés. Nicolas Framont est avec nous.

Bonjour Nicolas. Bonjour. Alors, on va parler de cet article que tu vas publier ou qui est publié,

31:33
Emmanuel Macron

ce que Macron est en cours de réalisation.

31:35
Présentateur

C'est un cours de réalisation. Vous le découvrez, vous avez la primeur, cher public du Média. Le gouvernement fraîchement réélu a de grands projets pour nous et en particulier les chômeurs. L'année dernière, la réforme de l'assurance chômage s'appliquait, faisant perdre du revenu et de l'indemnisation à des milliers de personnes, augmentant indirectement la pauvreté. Alors, on aurait pu croire qu'il allait s'arrêter là. Mais non, il va toujours plus loin. Nicolas.

32:03
Emmanuel Macron

Oui, effectivement. Déjà, ce qui est important, c'est que moi, ce qui me frappe, c'est de voir à quel point on parle peu du programme de Macron, alors que son parti présente des candidats dans toutes ses circonscriptions et ne se présente pas vraiment avec un programme. Il y a une invisibilisation du programme qui est liée au fait qu'en réalité, les macronistes, ils savent que leurs mesures sont ultra impopulaires et qu'ils ont toujours intérêt à parler d'autre chose. Donc, nous, en tout cas, la frustration, et moi, ce que j'ai essayé de faire, c'est d'aller voir un peu ce qui était préparé.

Il y a quelques indices, parce qu'encore une fois, c'est des infos qui sont délivrées au compte-gouttes. Et effectivement, c'était avant-hier sur LCP. Le chef des députés du Modem, Patrick Mignola, lui disait qu'il était prévu qu'ils aillent plus loin sur la réforme de l'assurance chômage. Donc, la réforme de l'assurance chômage, on en a parlé beaucoup ici au Média, t'en as beaucoup parlé toi-même très bien la dernière fois que je suis venu. Elle a surtout conduit à la réduction des indemnités chômage, donc de 17 % en moyenne, ce qui est vraiment très important, ça a fait passer beaucoup de gens sous le seuil de pauvreté.

Donc, ça, ça a été la première phase du projet macroniste pour l'assurance chômage, c'est qu'on gagne moins. Et lui, ce qu'il explique très posément en costume sur LCP, c'est que maintenant, il va falloir aussi toucher des allocations moins longtemps. Donc, ce qu'il annonce, c'est que la prochaine mesure, ça pourrait être la réduction des indemnités. Alors, comme d'habitude, chez les macronistes, ils font toujours croire que ça va être gagnant-gagnant. Donc, son raisonnement, c'est de dire qu'il faut diminuer la durée d'indemnisation de la plupart des chômeurs, mais augmenter celle des chômeurs de longue durée à plus de deux ans.

Alors, évidemment, on sait très bien comment ça se passera, si ça arrive. Ça va être sous condition d'avoir un projet professionnel de création d'entreprise et de dépassement de soi-même par le développement personnel. Évidemment, très peu de gens seront concernés. Mais par contre, ce qui peut être sûr, c'est que s'ils engagent ça, non seulement les gens gagneront moins, mais en plus, ils gagneront moins longtemps, donc seront précaires et au RSA, beaucoup plus vite.

34:03
Présentateur

Donc, enfoncer à nouveau les chômeurs, forcer également les gens à partir à la retraite plus tard pour faire des économies. Alors, Macron tient à poursuivre sa réforme très contestée des retraites. Et pourtant, notre système de retraite n'est pas en péril. C'est ce que tu rappelles.

34:19
Emmanuel Macron

Eh oui, il faut le répéter, le redire. Je sais que vous le faites beaucoup aux médias, mais quand on regarde même les prévisions du corps du Conseil d'orientation des retraites, donc une instance qui a été créée par Sarkozy pour en fait donner un vernis technique aux futures réformes des retraites, puisque lui a engagé la première grosse régression en la matière. Bon, ce comité d'orientation des retraites, qui est pourtant composé de technocrates pas spécialement gauchistes, lui, il montre bien que l'idée selon laquelle, déjà, on vit tous plus longtemps, il va y avoir un déséquilibre générationnel entre ceux qui cotisent et ceux qui touchent les retraites, n'est plus si vrai qu'avant.

Parce qu'en fait, la question d'espérance de vie, malheureusement, n'est plus une donnée en constante augmentation. Et puis, s'il y a un déficit à l'horizon 2030, déjà, ce n'est pas un déficit qui est arrivé de façon urgente, donc en fait, il n'y a pas péril en la demeure, il n'y a pas moyen de se précipiter comme ce qu'on entend tout le temps, en fait, à la télé, à la radio. L'idée que le système de retraite est en péril, c'est quelque chose qui nous est matraqué depuis 15 ans, mais c'est loin d'être le cas.

Et puis surtout, ce qu'il faut dire et répéter, c'est qu'il existe d'autres leviers que de repousser l'âge de départ à la retraite, des leviers beaucoup moins injustes et des leviers beaucoup plus rationnels d'un point de vue économique, notamment d'augmenter les cotisations patronales, c'est-à-dire de faire en sorte que ce soit le capital qui finance le système de retraite davantage, parce qu'après tout, ce n'est que justice, vu que les patrons prennent une grande partie de la valeur de ce qu'on travaille, c'est normal qu'ils contribuent au fonctionnement de notre protection sociale.

Et c'est beaucoup plus rationnel économiquement, parce que s'il y a bien des catégories de population qui se sont enrichies ces dix dernières années, ce n'est pas les retraités, ce n'est pas les cotisants, mais c'est bien le patronat et le capital. Donc en fait, il semblerait logique dans la période actuelle de compter sur eux.

36:09
Présentateur

Un patronat qui organise savamment aussi la fuite des capitaux, comme on l'a vu juste avant avec Alexis Sesma de la Générale Électrique. Il était question lors de l'entre-deux-tours d'envisager, Emmanuel Macron était prêt à faire une petite concession et penser à faire partir les personnes à la retraite à l'âge de 63 ans. Est-ce que c'est toujours d'actualité ou c'était une promesse de campagne ?

36:34
Emmanuel Macron

Alors, il y a un papier dans Le Monde qui est sorti hier qui est assez intéressant, parce qu'il en dit long finalement sur la faiblesse, et dans le papier pour Frustration on va essayer de revenir là-dessus, parce que je pense que c'est un élément structurant de la période. En fait, Macron est très affaibli. Ça, c'est plutôt la bonne nouvelle. C'est-à-dire qu'en fait, on se rend compte dans l'article du monde nous l'apprend, que l'exécutif, les proches de la Macronie, etc., se rendent compte que cette réforme, c'est vraiment un boulet qui se traîne politiquement.

Et comme à l'approche des législatives, ils se sentent quand même menacés, parce que bon, le scénario d'une défaite de la majorité présidentielle, ce n'est pas le plus probable, mais il y a des risques, et puis surtout il y a des risques qui n'obtiennent pas de majorité absolue, un risque de plus en plus avéré, qui ne leur permettrait pas en réalité de gouverner comme ils le veulent, comme ils l'ont fait ces cinq dernières années. Donc face à ça, la réforme des retraites, ça sert à quoi ? En ce moment, politiquement, ça les dessert terriblement. Donc effectivement, il y a l'idée de faire des concessions.

Alors évidemment, il faut toujours se méfier de ce genre de promesses, parce que tu l'as vu aussi, je pense que vous en avez parlé, entre ce que Macron disait pendant l'entre-deux-tours pour rallier les voix de gauche contre Marine Le Pen et ce qu'il a dit juste au lendemain de sa victoire, il y a d'énormes différences. Donc a priori, il faut toujours compter sur le fait que le plan de Macron et de ses lieutenants, c'est bien la retraite à 65 ans, voire au-delà dans les faits, parce que si vous avez fait des études après 20 ans, en réalité, votre durée de cotisation ne sera pas suffisante pour que vous partiez à 65 ans. Donc c'est bien ça le plan.

Après, c'est intéressant de voir l'affaiblissement structuré du macronisme, le fait que c'est des gens qui ont remporté une victoire à la Pyrus, parce que Macron est très mal élu. Alors je ne dirais pas qu'il le sait, parce que c'est quelqu'un de très arrogant, mais je pense que son entourage le sait. Et donc en fait, ils n'ont pas intérêt à trop parler de cette réforme des retraites. Je pense qu'ils essaieront de l'appliquer de force une fois qu'ils auront l'impression d'avoir les pleins pouvoirs.

38:28
Présentateur

Améliorer le pouvoir d'achat des Français, c'était aussi une promesse de campagne Emmanuel Macron et des autres candidats. Le pouvoir d'achat est toujours au cœur de la campagne présidentielle. C'est aussi la préoccupation numéro une des Français, selon les sondages. Macron et Borne nous promettent une série de mesures en faveur de ce pouvoir d'achat. Tu les juges inefficaces et prétexte à de nouvelles attaques. Pour quelles raisons ?

38:53
Emmanuel Macron

Oui, tout à fait. En gros, il y a apparemment une loi pouvoir d'achat qui est prévue pour après les législatives. C'est un peu la récompense qui est agitée par les macronistes, si on vote pour eux, c'est de dire qu'une série de mesures pour notre pouvoir d'achat seront mises en œuvre. En fait, parmi ces mesures, il n'y en a pas une seule qui n'est pas régressive socialement. Il faut croire que ces gens ne peuvent pas s'en empêcher. Il y en a qui sont connus, par exemple, la suppression de la redevance audiovisuelle. Tous les acteurs du monde, notamment de la télévision publique, s'alertent.

Je voyais récemment, hier, j'ai vu un article sur le fait que Arte, en particulier, qui est une chaîne qui a pourtant énormément de succès en ce moment, s'inquiète beaucoup de la perte de cette redevance. Donc, en fait, derrière chacune de ces mesures de pouvoir d'achat, il faut se dire que c'est toujours des cadeaux empoisonnés. Donc, la suppression de la redevance télé, c'est un cadeau empoisonné parce que ça affaiblit la télévision publique au profit de la télévision privée. Il y a d'autres cadeaux empoisonnés, parmi lesquels, je reprends ma petite liste de course. Alors, on va dire, sur ces mesures de pouvoir d'achat, je vais distinguer deux catégories.

La première catégorie, c'est les cadeaux empoisonnés. La deuxième catégorie, c'est les mesures qui empêchent de s'en prendre aux vrais responsables. Donc, on va commencer par là, parce que c'est le moins pire, on va dire. Donc, par exemple, parmi ces mesures qui…

40:13
Présentateur

Nicolas Framont ?

40:16
Emmanuel Macron

Il y a…

40:17
Présentateur

Oui, on ne t'attendait plus. Là, c'est bon. C'est bon.

40:19
Emmanuel Macron

OK, super, excuse-moi. Première mesure, des chèques alimentaires. Donc, ça, c'est pour faire face à la flambée des prix de l'alimentation. Donc, ça n'a échappé à personne que tous les prix augmentent. L'inflation globale des prix en mai, c'est de plus 5 %. Donc, c'est énorme. C'est des niveaux qui ne sont pas atteints, qui n'ont pas été atteints depuis les années 80. Or, la cause de ça, c'est l'émarge de la grande distribution et c'est notamment la spéculation sur les produits alimentaires. Ce n'est pas les pénuries de stocks d'alimentation, c'est bien la spéculation qui est faite sur le contexte géopolitique lié à la guerre en Ukraine.

Et donc, plutôt que de s'en prendre aux spéculateurs, plutôt que de demander à la grande distribution de passer à la caisse, du coup, les macronistes envisagent un chèque alimentaire, c'est-à-dire qu'on subventionne nos courses au supermarché et uniquement pour les citoyens les plus pauvres. Et puis, ça ne va pas être des miracles, ça sera nettement moins de 100 euros par mois, ce qui ne permettra pas, vu la flambée des prix actuels, de compenser entièrement les difficultés. Et puis, surtout, tu vois, ça ne permet pas du tout, en réalité, de s'en prendre aux vrais responsables. Donc, ça, c'est une première chose.

C'est, on va dire, des mesures qui ne s'en prennent pas aux vrais responsables de l'inflation actuelle. Et puis, autre responsable auquel on ne va pas s'en prendre, c'est le patronat, parce que le problème de l'inflation, c'est quand elle n'est pas suivie de hausse de salaire. Et actuellement, ce n'est pas le cas. Donc, on l'a vu, Bruno Le Maire, le ministre des Finances, il s'est contenté de demander au patronat de faire un effort sur les salaires. Alors, j'ai regardé un petit peu, j'ai fait ma petite recherche Google. En fait, Bruno Le Maire, il a déjà demandé ça plusieurs fois. Il a déjà demandé ça en août dernier, exactement dans la même formulation.

Demander aux employeurs qui le peuvent de faire un effort sur les salaires. Évidemment, ça n'est pas arrivé. Les salaires, c'est de la redistribution et c'est quelque chose qu'on obtient par un rapport de force, pas en demandant gentiment. N'importe quel syndicaliste le sait. Toujours est-il que, du coup, le gouvernement, dans ses mesures de pouvoir d'achat, fait tout pour ne pas toucher au salaire, pour ne pas toucher au SMIC, pour ne rien demander au patronat. Et au contraire, il lui fait un nouveau cadeau au patronat, pas à nous. C'est l'extension et l'augmentation de la prime Macron. Donc, la prime Macron, c'est ce dispositif de versement de primes autorisées dans le secteur privé.

Une prime qui a pour particularité d'être nette d'impôts et nette de cotisations sociales. C'est-à-dire que c'est de l'argent que les employeurs peuvent verser à leurs salariés sans rien payer dessus. C'est-à-dire que c'est de l'argent optimisé fiscalement et socialement. En fait, c'est d'optimisation fiscale légale, la prime Macron. Ça permet aux employeurs de rémunérer et voire de compenser la faiblesse de leur salaire sans avoir à payer quoi que ce soit à la société. Donc, ce n'est pas du tout intéressant sur le plan macroéconomique parce que ça ne rapportera rien. Ça ne rapportera rien à l'éducation nationale. Ça ne rapportera rien à la sécurité sociale sur le plan cotisation sociale.

Et puis, en plus, cette prime, de toute façon, elle restera conditionnelle. Alors même qu'elle est particulièrement avantageuse fiscalement, il n'y a aucune obligation à la verser. C'est ça qui est complètement délirant dans ces mesures pouvoir d'achat. C'est qu'en fait, pour la plupart des gens, ce projet de loi ne changera strictement rien. Ça changera à la marge pour les plus pauvres. Ça changera pour ceux qui travaillent dans des grandes entreprises dont le patronat va vouloir donner des primes ou donne déjà des primes et plutôt que de donner des primes sur le format habituel, va donner des primes défiscalisées et désocialisées. Donc, en fait, c'est surtout un cadeau au patronat.

Et puis, dernier type de mesure, et particulièrement… Alors là, c'est plus qu'un cadeau empoisonné. C'est qu'il va falloir être très vigilant parce que dans ce projet de loi dit pouvoir d'achat, il pourrait y avoir la réforme du RSA. La réforme du RSA, c'est quelque chose qui avait été évoqué avant le premier tour des présidentielles. Et maintenant, dont les macronistes parlent beaucoup moins, mais c'est toujours dans les cartons, c'est l'idée que les bénéficiaires du RSA doivent travailler gratuitement 20 heures, 15 heures par mois pour avoir le droit de percevoir leurs allocations.

Ce qui est complètement fou, évidemment, parce que vous l'avez fait aussi dans le Média, nous, on l'a fait dans Frustration, on a recueilli des dizaines et des dizaines de témoignages de personnes au RSA. Déjà, on ne devient pas au RSA par choix. Et puis, quand on est au RSA, c'est qu'on est dans une situation de fragilité sociale et professionnelle énorme. Ça veut dire que souvent, on a eu une incapacité de travail, qu'on a eu des arrêts maladie longue durée, qu'on est victime d'un handicap. Donc, ce n'est en aucun cas des situations où on peut retourner travailler comme ça, et puis surtout pas gratuitement.

Donc, cette mesure qui est sans doute la plus scélérate du programme de Macron pour la présidentielle, il faut savoir qu'elle est toujours là, et que le pire, c'est qu'elle risque d'arriver au lendemain de l'élection législative sous prétexte de hausse du pouvoir d'achat. C'est ça qui est complètement délirant. Donc, en fait, là, si on fait le compte sur ce fameux plan pouvoir d'achat qui est décrit par les macronistes et puis par, d'ailleurs, les journalistes un peu distraits comme, on va dire, un grand paquet social pour la pré-législative, ce n'en est rien. Ça peut être, en fait, ça sera surtout un ensemble de lois favorables au capital et défavorables aux plus précaires.

45:21
Présentateur

Un programme terrifiant que tu viens de nous présenter, mais un changement majeur est possible. Comment faire reculer Macron et son gouvernement ?

45:32
Emmanuel Macron

Alors, c'est toujours important de finir sur une note positive. Je l'ai dit un peu sur la réforme des retraites. Cet article du Monde et plusieurs articles qui donnent, on va dire, l'état d'esprit interne des macronistes est porteur d'espoir, parce qu'en fait, on se rend compte que ce sont des gens qui commencent à être conscients de leur faiblesse. Alors, on l'était avant eux. Nous, on a bien vu les résultats de la présidentielle, la tripartition de l'électorat en trois blocs et le fait qu'en réalité, Macron et ses amis représentent toujours une portion minoritaire et de plus en plus minoritaire de la société.

Et donc, Macron, en fait, il n'est plus du tout en position de force comme il était en 2017. Et je pense que leur erreur, ça a été de croire qu'en se faisant réélire, ils allaient vivre un deuxième état de grâce, comme il y a eu un peu en 2017, où toute sa presse adorait Macron et puis bon, comme souvent, après l'élection d'un chef d'État, il y a à peu près six mois où les mouvements sociaux sont faibles parce qu'on attend un peu de voir ce qui va se passer. Mais ce n'est pas du tout le cas sur la réélection de Macron. C'est quelqu'un qui est aussi impopulaire qu'avant sa réélection. C'est quelqu'un dont le gouvernement, le nouveau gouvernement, est tout aussi impopulaire.

Et donc, en fait, il n'a pas de cartouche supplémentaire pour appliquer ces nouvelles réformes. Donc ça, déjà, moi, je pense qu'ils sont assez bloqués de ce point de vue-là, du point de vue de leur impopularité. Ensuite, il y a la menace des législatives. On le voit récemment. Les éditocrates et toute une partie du monde médiatique mainstream sont très inquiets de la montée de l'alliance de gauche aux législatives parce qu'en fait, elles pourraient entraver, on va dire, les pleins pouvoirs de Macron.

Et puis, de façon, on va dire, peut-être, c'est plus hasardeux parce que, bon, les projections sont quand même assez claires, mais ça pourrait arriver, pourrait aussi éventuellement voler la majorité à Macron, même si ça reste le scénario le plus improbable. Dans tous les cas, quoi qu'il arrive, le centre de gravité d'avis politique est déplacé à gauche. Et ça, c'est exactement ce que Macron ne voulait pas parce que son intérêt, et on a vu que lui et son entourage ont toujours joué là-dessus, c'est de se placer en antagonisme par rapport à la droite et par rapport à l'extrême-droite pour se faire valoir comme ni droite ni gauche.

Mais s'il est en antagonisme par rapport à la gauche, alors il apparaît uniquement pour ce qu'il est, c'est-à-dire un président de droite, un président pro-capitaliste. Donc, en fait, on va commencer ce qu'un clénat dans une situation qui est prometteuse, au sens où on a une population qui subit un contexte économique difficile, alors ce qui, à la fois, peut être une cause de repli sur soi, mais aussi une cause de révolte, une cause de colère. Et cette colère et cette révolte, si elle est bien organisée, elle peut aboutir finalement à ce que le gouvernement de Macron soit un peu le dernier gouvernement de la Ve République. Et ensuite, est-ce que ça se passera par les urnes ?

Est-ce que ça se passera par la rue ? Moi, je crois qu'en tout cas, la situation historique sur le plan de la lutte des classes est très ouverte. On est face à des périls très grands, mais on a aussi de grandes possibilités. Et c'est important aussi de penser à cet aspect positif des choses, de tout le travail qui a été accompli ces dernières années, y compris par des médias indépendants comme vous, des médias indépendants comme nous. C'est-à-dire que les plans de Macron ont été toujours mis à jour, ont été toujours déjoués. Et maintenant, les Français savent à qui ils ont affaire. Et ce n'était pas le cas en 2017.

48:52
Présentateur

D'ailleurs, on vous vraiment recommande de soutenir un Frustration Mag qui, effectivement, met la lumière sur ce que Macron compte nous faire. C'est précisément le titre de ton dernier article qui va bientôt paraître sur Frustration Magazine. Merci beaucoup, Nicolas Framont. Tu es le directeur en chef de Frustration Magazine. Chers matinaux, la matinale touche à sa fin. Bien évidemment, demain, vous retrouverez un entretien d'actu mené par notre collègue Théophile Cuameau. On vous le rappelle encore, la campagne d'abonnement est en cours. On compte sur vous pour pouvoir nous aider à atteindre cet objectif des 5000 abonnés.

Cet objectif qui devrait nous permettre de renforcer notre équipe et de lancer cette nouvelle émission dont on vous parle très bientôt. Merci de nous avoir suivis. Et je vous dis pour ma part à la semaine prochaine.

Contre-matinale #150 | Les dangereux projets de Macron, du neuf dans le scandale Général Electric — Emmanuel Macron · Pourquijevote