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interviewRadio Classique — L'invité de la matinale (sur Podcast)· 8 juillet 2026 10 min

Marine Le Pen condamnée : « Jordan Bardella en est la première victime » selon Jérôme Jaffré

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Jérôme Jaffray, bonjour.

0:07
Invité politique

Bonjour, et pardonnez ma distance.

0:10
Présentateur

C'est la faute du 14 juillet et de sa préparation, j'ai l'impression, puisque ça bloque Paris, qui est en proie aux embouteillages. Vous êtes évidemment tout pardonné, Jérôme. Comment interprétez-vous la décision de Mme Le Pen hier sur TF1 ?

0:24
Invité politique

Écoutez, dans le prolongement un peu de ce que vient de dire Guillaume Tabard, mais je pense quand même qu'il y a une dichotomie intéressante, c'est-à-dire que le message politique de Marine Le Pen est quand même un message extrêmement clair. Elle est candidate à l'élection présidentielle et on peut même penser maintenant qu'elle ne renoncera pas d'ici le mois d'avril prochain. En revanche, la confusion judiciaire est absolument extrême dans l'affaire. Alors en étant candidate, si vous voulez, Marine Le Pen revient du fond des enfers.

Et cette candidate qui a bossé, qui a traversé tant d'épreuves, ça rentre dans l'histoire des candidats à la présidentielle et souvent de ceux qui ont réussi finalement à l'emporter. Autour du thème « c'est son tour, elle a affronté tant d'épreuves ». Et puis face à la justice, là c'est au fond, elle est prête à user de tous les artifices pour sortir du problème qu'elle avait annoncé en disant qu'elle ne ferait pas campagne sous bracelet électronique en demandant l'autorisation à un juge d'application des peines d'aller faire un meeting à tel endroit ou un déplacement à tel autre.

Et elle use à fond de l'argument et de la mise en avant par la Cour d'appel elle-même du fait qu'il ne faut pas entraver la liberté de l'électeur. Donc il y a un bras de fer qui s'installe. Je suis frappé là des titres des journaux de province que je consultais ce matin. La plupart d'entre eux titrent « condamnés mais candidates ». Ils n'ont pas choisi l'inverse. « Candidates mais condamnés ». Et toute l'affaire est là, c'est que surmontant la condamnation, Marine Le Pen s'installe pédépien comme candidate.

2:13
Présentateur

Vous auriez titré « candidates mais condamnés » plutôt que « condamnés mais candidates ».

2:19
Invité politique

On aurait pu titrer « candidates bien que condamnés ». Enfin bref, on peut s'amuser, mais vous voyez bien que la façon dont on tourne la formule à un sens politique.

2:29
Présentateur

Alors vous parlez des épreuves. Le site internet de campagne tout prêt ouvert ce matin ou hier soir titre « Renaissance ». C'est le site internet de Mme Le Pen. Ce mot de « Renaissance » vous paraît être adapté à la situation ?

2:46
Invité politique

L'humour n'est pas absent. « Renaissance », c'est le parti d'Emmanuel Macron. Et donc ce renvoi de balle est intéressant. Ce qui est quand même important, c'est le bras de fer avec la justice.

3:00
Présentateur

Alors justement, quel est l'intérêt et le risque politique du pourvoi en cassation ?

3:06
Invité politique

Alors si vous voulez, c'est une affaire où on joue sur le temps et sur la liberté de l'électeur. Ce sont les deux axes du Rassemblement national et entretenant une confusion autour de la condamnation qui essayent d'en limiter la portée auprès des électeurs. Parce que le pourvoi en cassation, d'abord il est difficile à la Cour de cassation de refuser d'examiner, même si les chances d'aboutir sont à peu près nulles. Mais il a un côté suspensif par rapport au port du bracelet. Deuxièmement, le calendrier devient très incertain. Est-ce que la Cour de cassation rendra un arrêt rapidement ?

Ou au contraire, est-ce que chacun, et en particulier les avocats jouant la montre, nous nous retrouvons finalement au printemps prochain sans que l'arrêt ait été rendu ? Et si Marine Le Pen est élue présidente à ce moment-là, elle est protégée durant la totalité de son mandat ? Et enfin, imaginons que la Cour de cassation rende un arrêt finalement dès le tout début 2027 et rejette le pourvoi de Marine Le Pen. Est-ce qu'on peut imaginer à ce moment-là que la candidate sera empêchée de faire campagne dans les trois mois qui précèdent de scrutin si les sondages la mettent largement en tête ? C'est donc un bras de fer avec la justice.

Mais ce qui m'intéresse aussi, c'est que cette bras de fer en annonce d'autres. Si elle est élue présidente de la République, le prochain bras de fer probablement l'opposera à ce moment-là au Conseil constitutionnel sur l'usage de l'article 11 pour faire des référendums. Bref, il y a un message politique très fort. On n'arrête pas Marine Le Pen. C'est le message qu'elle a donné hier tout en jouant de l'erreur de la justice d'avoir limité à 15 mois finalement sa période d'inéligibilité, d'avoir considéré qu'elle était purgée et d'avoir évoqué la liberté de l'électeur. Bref, lui donnant ainsi beaucoup de trous de souris qui finalement font un grand trou.

5:06
Présentateur

Vous parlez d'une erreur de la justice, Jérôme Jaffaire.

5:09
Invité politique

En tout cas, le dosage qu'on nous pensions hier en début d'après-midi bien calculé permet effectivement d'agrandir le trou de souris pour un trou beaucoup plus grand.

5:22
Présentateur

Jérôme Jaffaire, cette affaire va-t-elle profiter au Rassemblement National Parti Politique ou aux adversaires du Rassemblement National ? Comment les autres partis, les autres candidats vont-ils faire campagne ? Ils sont un peu bluffés par cette annonce et cette décision de justice.

5:43
Invité politique

Ah, il y a effectivement... Le calcul était que Jordan Bardella serait candidat et que Jordan Bardella paraissait à la fois fragile, pouvant s'effondrer, ce qui d'ailleurs ne facilitait pas non plus les annonces de report et de retrait de candidats puisque chacun pouvait faire ce calcul. Jordan Bardella, c'est la première victime de l'affaire d'hier. C'est-à-dire que c'est un retour au binôme, certes proclamé par Marine Le Pen, mais dans une hiérarchie qui n'est pas tout à fait celle qui avait lieu avant. C'est trois pas derrière pour Jordan Bardella. Et au fond, on s'achemine dans cette affaire. Vous savez, c'est la figure célèbre de l'histoire de France, le bon roi et le mauvais ministre.

Là, ce serait la bonne reine et éventuellement le ministre, le premier ministre qui se fait taper sur les doigts quand il avance une idée ou qu'il est contesté. Du coup, pour les adversaires, les concurrents du Rassemblement national, la partie effectivement n'est pas exactement la même. D'abord, il faut bien le dire, nous avons une polarisation accrue du débat présidentiel. Le match RN-LFI est installé de plus en plus clairement dans le paysage politique. C'est la quatrième candidature consécutive à la fois de Jean-Luc Mélenchon et de Marine Le Pen. Ils sont couturés d'expérience et de talent politique.

Donc nous avons une situation où, entre les deux, il faut organiser un espace et trouver des thèmes assez forts. C'est donc beaucoup plus difficile pour le bloc central élargi à LR dans ce concept d'arriver à mener une unité de candidature, une envie d'élire un candidat issu de ce camp-là. Ça les transforme un tout petit peu en spectateurs.

7:32
Présentateur

Jérôme Jaffray, une dernière question. Les électeurs dans tout cela. La question de la vertu, de l'honnêteté, des mains propres, de la tête haute, parce qu'il en fut question sur certaines affiches du Front National dans les années 80-90, est-ce que les électeurs tiennent rigueur à Marine Le Pen d'avoir été condamnés, voire, si le pourvoi en cassation est rejeté, de faire campagne avec un bracelet électronique, ce qui est quand même un signe d'infamie ?

8:02
Invité politique

Rien ne le garantit, à la vérité. Il faut bien comprendre que c'est dans tout cela l'opinion générale sur la classe politique et sur les institutions qui est au plus bas chez les électeurs. Et le RN étant un parti anti-système par définition, c'est une situation qui lui permet de considérer que finalement il épouse le mouvement de contestation. Vous savez, on est dans une situation où on aurait pu penser que l'argument tous pourris pouvait jouer en faveur de Marine Le Pen, c'est-à-dire tous pourris, mais pas elle, pensaient ses électeurs. Maintenant, ces électeurs vont penser tous pourris, mais elle, pas plus que les autres. On voit bien le niveau d'abaissement qui risque d'être celui-là.

Le problème de cette présidentielle qui s'engage de plus en plus, c'est que c'est plutôt une présidentielle moins orientée vers la confiance et la résolution des problèmes du pays, mais une présidentielle axée sur la sanction de la classe politique tout entière. Et donc, de ce point de vue, Marine Le Pen est celle qui peut continuer de profiter de ce mouvement parce que le parti, son parti et son mouvement, c'est celui de la sanction. Et Jean-Luc Mélenchon, de son autre côté, c'est le candidat qui veut changer radicalement le système. Le problème se situe entre ces deux blocs qui, aujourd'hui, plus que jamais, je trouve, dominent la vie politique française.

9:30
Présentateur

Jérôme Jaffray au micro de Radio Classique. Merci d'avoir été avec nous. Jérôme, je vous souhaite la meilleure des odyssées dans les embouteillages à Paris. Puissiez-vous trouver votre port d'attache et vous rendre chez vous tranquillement. À bientôt Jérôme. À suivre le rappel des titres, la revue de presse d'Hervé Gatégnaud et nos esprits libres aujourd'hui, Routel Krièf et Nicolas Béthou. Nous allons poursuivre la conversation, le débat, la discussion autour de la décision de Marine Le Pen de se pourvoir en cassation et de faire campagne et d'être candidate donc à l'élection présidentielle. Radio Classique.