Pour qui votent les catholiques de France ?
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Quels sont les enseignements que vous tirez de cette enquête, Paul Sébille ?
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Comment vous expliquez ce changement ?
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Quel a été l'élément déclencheur, si je puis dire, selon vous ?
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C'est une tendance qui se confirme ?
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C'est une déduction qu'on peut faire ?
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Comment comprendre ce résultat, Paul Sébille ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« on a réalisé cette enquête avec l'IFOP auprès de 10 000 personnes. »
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« on a près de 1 000 catholiques pratiquants »
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« il y a une forte polarisation des intentions de vote des Français pour la prochaine présidentielle entre les catholiques de manière générale qui votent majoritairement plutôt à droite »
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« 50-50% pour Jean-Luc Mélenchon »
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« ils sont désormais 36% à voter pour le Rassemblement National contre 20% seulement en 2012. »
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« Quand on regarde les catholiques pratiquants, ce n'est plus que même pas 10% de la population. »
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« sur les 10 dernières années, les musulmans votaient déjà largement à gauche. »
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« il n'y a pas de différence dans le vote des musulmans selon leur classe sociale. »
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« Dans les années 80, les juifs votaient majoritairement à gauche, pour François Mitterrand, par exemple. »
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« il y a eu un glissement vers la droite, Nicolas Sarkozy, etc., notamment en 2007 et 2012. »
- 8:43InvitéChiffre
« un cinquième des électeurs de Jean-Luc Mélenchon se déclare musulman »
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Oui, bonjour Paul Sébille, merci d'être avec nous sur RCF Radio Notre-Dame.
Bonjour.
Vous venez de publier pour Hexagone avec l'Institut IFOP Opinion un sondage résultat d'une grande enquête à travers la France depuis 2022 dans laquelle vous avez pu établir les intentions de vote des Français en fonction de leur religion. Quels sont les enseignements que vous tirez de cette enquête, Paul Sébille ? Oui absolument, on a réalisé cette enquête avec l'IFOP auprès de 10 000 personnes. C'est un échantillon inédit et assez important pour ce genre d'enquête et qui permet d'avoir une lecture assez fine des résultats selon la religion des personnes interrogées. Par exemple, on a près de 1 000 catholiques pratiquants, ce qui est assez intéressant.
Et donc, ce que nous enseignent ces résultats, c'est qu'il y a une forte polarisation des intentions de vote des Français pour la prochaine présidentielle entre les catholiques de manière générale qui votent majoritairement plutôt à droite pour les candidats de droite et par rapport aux musulmans qui votent très majoritairement à gauche, 75% d'entre eux voteraient pour des candidats de gauche et 50-50% pour Jean-Luc Mélenchon. Et également, un des enseignements qui répond avec l'actualité, c'est un petit peu cette tendance des Juifs à voter de plus en plus à droite et notamment de plus en plus dans la droite conservatrice.
Alors, si on fait un focus tout d'abord sur l'électorat catholique qui s'est droitisé, vous le dites, depuis une dizaine d'années, ils sont désormais 36% à voter pour le Rassemblement National contre 20% seulement en 2012. Comment vous expliquez ce changement ? Alors déjà, il y a une tendance générale dans la société. Évidemment, on le voit très bien, le RN progresse d'élection en élection. Donc évidemment, les catholiques qui composent une grande majorité de la population ne font pas exception à ce phénomène.
Ce qui est plus particulier, c'est que cette progression était parfois, et en tout cas dans le passé, retenue, maintenue par les valeurs du catholicisme, pardon, ces valeurs de justice, d'ouverture sur l'autre. Et évidemment, le message de l'institution, de l'église en elle-même, contre les discours de repli, etc. Et ça, c'est un petit peu nouveau et ça doit s'expliquer en partie, en tout cas, par le développement du statut de minorité des catholiques en France. Quand on regarde les catholiques pratiquants, ce n'est plus que même pas 10% de la population. Donc c'est devenu une religion, en tout cas une pratique minoritaire et qui, en plus, est attaquée.
On le voit, les dégradations d'églises, les atteintes à l'expression religieuse catholique. Et majoritaire, en tout cas, est devenue de plus en plus importante, pardon, plus que les atteintes, par exemple, au lieu de culte musulman. Donc il y a quand même ce statut de minorité et de menace aussi qui s'exprime par le vote, notamment pour le Rassemblement National. Donc quand vous parlez des catholiques, vous faites référence aux catholiques pratiquants, c'est ça ? Alors il y a les deux, effectivement. Il y a les catholiques pratiquants et on a séparé les catholiques pratiquants des catholiques non pratiquants, c'est-à-dire les personnes qui se disent catholiques mais qui ne pratiquent pas.
Puisqu'on imagine bien que quelqu'un qui a été baptisé, élevé dans la religion catholique, garde quand même une expression de cette religion. Mais on a aussi également les personnes qui se disent sans religion, mais qui peuvent bien sûr avoir été baptisés mais ne plus adhérer à la religion. Et qu'en est-il des chrétiens orthodoxes ou protestants ? Alors ça, on n'a pas le détail puisque, alors évidemment, un échantillon de 10 000 personnes est quand même important, comme je l'ai dit, mais il ne permet pas quand même d'avoir une granularité de cette population-là. Donc généralement, on ne les présente pas dans les résultats.
Et on a assez peu, finalement, la recherche et assez peu d'informations sur ces pratiques religieuses-là. Du côté de la gauche, on voit donc que l'électorat catholique s'est déplacé vers la droite depuis cette même année 2012. 35,5% de l'électorat catholique votait à gauche à cette période. Ils ne sont plus que 23% en 2025. Quel a été l'élément déclencheur, si je puis dire, selon vous ? Comme je l'ai dit, c'est vraiment, je pense, le contexte et puis le déplacement de certains enjeux. C'est vrai qu'en 2012, on n'avait pas encore connu les attentats islamistes en France, notamment, particulièrement.
Et cette menace, finalement, qui pesait sur la religion catholique, en tout cas, qui peut être ressentie comme telle, ça, c'est vrai que c'est un débat qui peut s'ouvrir. Mais dans l'acception des gens, il peut y avoir ce sentiment de menace d'une religion nouvelle qui se dévoile beaucoup et qui est aussi visible. On a eu beaucoup de débats sur, évidemment, le voile dès les années 80. Et aujourd'hui, avec différentes, la burqa, etc., les mosquées, etc., etc. Et donc, il y a ce sentiment-là, comme je le disais, en lien avec ce statut minoritaire du catholicisme qui crée un risque identitaire chez les catholiques.
Et on le voit bien avec le développement et l'expansion d'un catholicisme peut-être plus identitaire, revendicatif. Mais toutefois, vous l'avez dit, 23% des catholiques déclarent toujours vouloir voter pour des candidats de gauche. C'est bien qu'il y a aussi une diversification du vote catholique et qu'il reste un catholicisme de gauche, même s'il est plus minoritaire aujourd'hui qu'avant, et qui correspond un petit peu à cette image de la religion catholique, comme je l'ai dit, la justice, l'ouverture à l'autre. Ça s'exprime toujours un peu. Donc, de plus en plus de catholiques pratiquants se sentent menacés. Quant aux musulmans, ils votent majoritairement en faveur de la gauche.
C'est une tendance qui se confirme ? Oui, c'est une tendance qui se confirme. Ce n'est pas nouveau. Alors, on a très, très peu de chiffres. Évidemment, sur le vote des musulmans, c'est très compliqué à évaluer. Mais là, on l'a fait, on a pu le faire, puisqu'on a 10 000 répondants. Et donc, l'échantillon de nos musulmans est assez important. On a presque 400 répondants. Et on sait, au moins sur les 10 dernières années, les musulmans votaient déjà largement à gauche. Et ce qui est intéressant, c'est que, contrairement aux catholiques, il n'y a pas de différence dans le vote des musulmans selon leur classe sociale.
Les catholiques, par exemple, aisés, vont voter beaucoup plus pour le centre, par exemple. Et les catholiques moins aisés vont plutôt voter pour le RN. Alors que, chez les musulmans, le vote ne dépend pas de la classe sociale. C'est-à-dire que, si on est aisés ou pas, on votera quand même toujours majoritairement à gauche, et très largement. Quant aux électeurs juifs, vous disiez tout à l'heure qu'ils votent de plus en plus à droite, voire à l'extrême droite, là encore, parce qu'ils se sentent menacés. C'est une déduction qu'on peut faire ? C'est une déduction qu'on peut faire. Alors, bien sûr, il faut être très prudent là-dessus, puisqu'encore une fois, très très peu de répondants justes.
C'est seulement 1%, même moins d'1% de la population. Mais c'est vrai que le vote juif a beaucoup évolué. Dans les années 80, les juifs votaient majoritairement à gauche, pour François Mitterrand, par exemple. Puis, il y a eu un glissement vers la droite, Nicolas Sarkozy, etc., notamment en 2007 et 2012. Et aujourd'hui, on le voit, peut-être pour la première fois, le RN arriverait en tête parmi les juifs. Donc ça, ce serait quelque chose qui doit être vérifié, confirmé. Bien sûr, pas d'autres enquêtes, et on le verra pour les prochaines élections.
Mais ce serait quand même une information complètement nouvelle, un phénomène complètement nouveau de voir, évidemment, les juifs voter pour un candidat du RN. Mais bien sûr, on le comprend tout à fait avec le contexte géopolitique actuel. Et bien sûr, comme je l'ai rappelé, les attentats, etc., qui ont visé aussi principalement les juifs. Les électeurs athées ou sans religion sont davantage représentés à gauche et chez les Verts. Comment comprendre ce résultat, Paul Sébille ?
Je pense que c'est assez intuitif, notamment quand on voit le positionnement, finalement, de la gauche, qui est évidemment très opposé aux religions de manière générale et qui promeut une vision de la laïcité qui est vraiment anti-religieuse, dans le sens où on ne veut pas d'expression du religieux dans l'espace public et pas d'influence de la religion. Toutefois, on voit quand même dans nos résultats, non seulement d'un côté, la moitié de l'électorat potentiel de Fabien Roussel ou de Raphaël Glucksmann se déclare catholique quand même. Donc il y a quand même une tendance, on voit, à gauche, un catholiciste de gauche.
Et aussi, quand on parle de religion, on voit qu'un cinquième des électeurs de Jean-Luc Mélenchon se déclare musulman, par exemple. Donc, finalement, la religion n'a pas disparu de l'espace public. Et même à gauche, une part importante des électorats se déclare toujours affiliée à une religion. Merci, Paul Sébillé, d'avoir été avec nous sur RCF Radio Notre-Dame. On le rappelle, vous êtes rédacteur en chef de l'Observatoire Statistique Hexagone. Merci à vous. Merci.
Merci.