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interviewTMC / Quotidien (sur YouTube)· 9 avril 2026 11 min

L'Iran est-elle sur le point d'avoir la bombe nucléaire ? La réponse de la chercheuse Héloïse Fayet

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

L'Iran n'était pas à de semaines de d'avoir une bar une arme nucléaire fonctionnelle telle que l'a affirmé Donald Trump. Alors, c'est certain que l'Iran a toujours eu un programme nucléaire ambigu, c'est-à-dire trop avancé pour être strictement civil, mais sans plus avoir franchi les étapes techniques nécessaires pour avoir une arme nucléaire telle que les armes nucléaires françaises, américaines ou ou russes. Mais non, l'Iran n'était pas à 2 semaines d'avoir une arme nucléaire.

Comment on peut en être pardon pardon vas-y non mais il y a 2 mois à 2 ans alors après c'est très c'était très difficile à estimer mais en tout cas on a on considère que l'Iran n'avait pas pris la décision ni politique ni technique de développer une arme nucléaire ce qu'on sait c'est qu'ils en avaient les capacités les Iraniens eux-mêmes l'ont reconnu ce qui fait de l'Iran ce qu'on appelle un état du seuil nucléaire et donc sur décision politique technique et scientifique ils auraient pu développer déjà potentiellement un engin explosif et puis ensuite une arme nucléaire mais en tout cas certainement pas en de semaines. C'est quoi le seuil nucléaire ? Alors le seuil nucléaire, ça peut se définir de plusieurs façons.

Ça peut surprendre mais par exemple le Japon, la Corée du Sud peuvent être aujourd'hui considéré comme des états quasiment du seuil nucléaire. C'est-à-dire qu'en quelques années, si jamais ils prennent justement certaines décisions et qu'ils prennent certaines étapes techniques, ils sont capables d'avoir une arme nucléaire. Oui.

Oui. Même le Japon, ils savent la faire. Ils ont les missiles, ils ont les vecteurs.

C'est ça. Ils ont tout. Et puis après, il faut assembler un peu les pièces du puzzle.

Alors, l'Iran était évidemment beaucoup plus avancé que la Corée du Sud, le Japon ou même que l'Arabie Saoudite. Mais en tout cas, c'est donc un état qui est capable de le faire en quelques mois, quelques années et donc qui se sert en fait de ce levier de négociation pour obtenir certaines choses, pour protéger son territoire d'une attaque. Et là, en fait, avec l'Iran, on a bien vu que ça avait pas fonctionné parce qu'en fait la menace de prolifération nucléaire n'est pas suffisante pour dissuader d'attaque comme ça a été le cas avec Israël et les États-Unis.

Alors, il y a quelques heures, le ministre de la guerre américain Petexeth a déclaré ceci : "Si l'Iran ne cède pas son uranium, nous le prendrons." Réaction. Alors, c'est assez paradoxal parce qu'ils ont quand même accepté un plan de paix, enfin un plan de cesser le feu qui précise spécifiquement que l'Iran a le droit de continuer à enrichir sur son uranium et rien n'a été prévu pour l'évacuation justement.

Oui, on est habitué malheureusement hein. Le flou de Donald Trump c'est quand même quelque chose dont il est le fou flou le flou au sens où les Iraniens disent nous avons tenu le droit d'enrichir l'uranium la partie américaine ne reconnaît pas ça effectivement et en fait il y a même une différence entre les 10 points qui ont été présentés en farci et les 10 points qui ont été présentés en anglais mais en tout cas le sujet de l'enrichissement de l'uranium ça a toujours été une ligne rouge pour les négociateurs de l'équipe Trump alors que effectivement pour l'Iran, il considère que c'est un droit. Alors, on peut contester ce droit-là, mais en tout cas, sous dans le cas du traité de prolifération nucléaire dont l'Iran est signataire, c'est vrai qu'ils ont tout à fait le droit à l'énergie nucléaire civile.

Le problème étant que leur programme actuel est beaucoup trop avancé pour être strictement civil et surtout ils ont euh ils ont jamais accepté en fait une transparence totale sur leur programme nucléaires. On parlait des inspecteurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique. Et bien justement depuis notamment que Donald Trump est sorti de l'accord sur le nucléaire iranien en 2018 et à mon avis ça a été le premier domino tombé qui nous amène à la situation aujourd'hui et bien effectivement il y a beaucoup moins d'inspecteurs de la IEA présents en Iran.

Où est caché l'uranium rich ? Ah bah ça va. Alors, il peut être caché dans pas mal de dans plusieurs sites.

Donc il a Isparan, Fordau, Nathans. Après, même les Iraniens effectivement affirment que ils n'ont pas pu tout sortir de de Nathan et disparents avant les frappes de juin 2025. Mais vous avez certaines images satellitaires qui laissent entendre quand même qu'ils auraient pu en sortir une partie.

Après, de l'un de l'unanium enrichi, ça vous suffit pas. Il vous faut les missiles balistiques. Or, vous avez pas mal de missiles qui ont été détruits justement par Israël et par les États-Unis.

Et puis vous avez besoin de processus spécifiques de miniaturisation, de militarisation de cet uranium euh qui se font dans des sites en fait qui sont beaucoup mieux sécurisés euh que ceux de Disparent et de Fordau. Moi j'ai une question toute bête. Ça ressemble à quoi de l'uranium ?

C'est c'est une brique ? C'est du liquide ? C'est un Non, c'est du gaz.

Alors en fait, alors après, il y a plusieurs stades he évidemment d'enrichissement. Là, il est il serait il aurait été transporté plutôt dans des bonbonnes dans des bonbonnes de gaz et puis après il faut le transformer parcellement en uranium métal. Et donc là, ce sont plutôt des sortes de pastilles en fait euh d'uranium et avec lesquels vous allez ensuite pouvoir faire une charge nucléaire.

On va regarder trois cartes. Première carte, alors d'abord, ce sont les pays qui sont officiellement dotés de l'arme nucléaire. Ils sont en bleu les États-Unis, le Royaume-Uni, nous, la Chine et la Russie.

Ils ont signé le traité de non prolifération des armes nucléaires. C'est ça. D'accord.

Seconde carte, ce sont les pays qui possèdent l'arme nucléaire sans avoir signé le traité de non prolifération, l'Israël, le Pakistan, l'Inde et la Corée du Nord. Et troisème carte, ceux qui sont intéressés par l'arme nucléaire. De mémoire, je crois qu'il y a l'Arabie Saoudite, la Pologne, bah l'Iran et la Corée du Sud.

Oui. Est-ce qu'on oublie quelqu'un ? Non.

Alors la dernière carte, c'est assez arbitraire hein parce que on pourrait dire aussi que le Japon a pu se montrer intéressé par la par l'arme nucléaire. La Corée du Sud, 70 % de l'opinion publique est favorable à ce que la Corée du Sud développe un armement nucléaire. Mais en fait dans la plupart de ces pays, sauf en Iran et en Corée du Sud, ça vient plutôt d'une ignorance sur le coût en fait du développement d'une arme nucléaire.

Mais ce sont des pays qui ont plusieurs fois signalé effectivement que ça les intéressait. Est-ce qu'il y a d'autres pays qui peuvent le mettre la main et dire "Moi aussi j'en veux Alors, il y a il y a énormément de pays qui l'ont fait dans le passé. En fait, c'est quelque chose qu'on a pas forcément en tête, mais dans les années 70 avant justement l'entrée en vigueur de traité non prolifération, on estimait que en en 2000, il y aurait une trentaine de pays qui auraient l'arbre nucléaire.

Il y a eu des des développements d'armes nucléaires en Suisse, en Suède, en Afrique du Sud qui a eu un arsenal nucléaire et qui l'a rendu au Brésil, en Argentine. Et en fait, on s'est rendu compte ensuite que la prolifération était très néfaste pour les pour l'équilibre stratégique et donc on a proposé au pays de signer le traité donc prolifération qui leur garantissait en fait un accès à l'énergie nucléaire civile. Et donc c'est notamment dans le cadre du TNP et du programme des Atoms for PCE qu'on a pu collaborer avec l'Iran pour développer l'énergie civile en en Iran.

Et en échange effectivement les pays qui ont l'arme nucléaire donc il l'avaient avant l'entrée en vigueur du TNP s'engage à ne jamais aider des États non dotés à développer l'arme nucléaire. Et tous les pays rapportent à la IEA, c'est ça ? Alors vous avez des systèmes de garantie personne fait rien dans son coin.

Alors l'Iran a pu le faire un petit peu effectivement dans son coin. La Corée du Sud la Corée du Sud aussi. Donc vous avez plusieurs degrés en fait de de garantie euh mais normalement oui la IUA a un droit de regard en fait sur les installations euh nucléaires civil de ces pays.

Et sur Israël, il y a pas un nom dit sur Israël ? Ça fait longtemps qu'on sait qu'ils ont laé. Oui.

Alors l'Israël en fait c'est ce qu'on appelle la doctrine de l'amimout. Donc c'est une sorte d'ambiguité stratégique où ils reconnaissent enfin ils ne démentent pas ni ils affirment avoir l'arme nucléaire. Ce qu'ils disent c'est qu'ils ne seront pas les premiers à introduire l'arme nucléaire au Moyen-Orient.

Mais en réalité oui, on sait très bien qu'ils ont des armes nucléaires. Oui. Oui.

La France a aidé Israël, hein. Donc Oui. Alors, la France a aidé Israël avant justement euh le traité de le traité de nombre prolifération.

Fin des années 60, on aide Israël à obtenir l'arme atomique. Ça oui. Et ensuite, ben ce que c'était vu en fait comme une sorte de politique d'indépense euh par la France et puis il faut pas oublier que la France soutenait très largement Israël à l'époque.

Alors, on a l'arme nucléaire. Emmanuel Macron l'a bien rappelé le 2 mars dernier. Qu'est-ce que vous avez pensé de son discours ?

C'était à la base de l'île longue. Oui. Alors, j'y étais la semaine dernière, j'ai pas pu assister Oui, j'ai pas pu assister au discours mais je me suis tenue exactement là où président.

Alors le c'était le même sous-marin impressionnant à côté des des sous-marins. Oui, c'est quand même assez impressionnant. Alors le sous-marin était moins propre quand j'y suis allé hein.

On sait qu'ils ont passé un petit coup de pure pas pour vous. Non, j'aurais bien aimé mais malheureusement non. J'ai trouvé que le discours était assez bien réussi avec une très belle mise en scène parce que la dissuasion ça repose aussi et surtout sur des discours et une mise en scène parce que l'arbre nucléaire c'est pas quelque chose que vous allez utiliser sur le champ de bataille.

On espère justement qu'elle ne sera jamais utilisée. Mais vous quand même, vous devez quand même convaincre votre adversaire que si jamais il s'en attaque à vos intérêts vitaux, et bien vous allez pouvoir en fait répliquer avec vos arses nucléaires. Donc vous devez le convaincre et c'est notamment le rôle des discours présidentiels.

Et j'ai trouvé qu'il avait bien réussi à trouver un équilibre entre d'un côté rassurer les pays européens en proposant dans ce qu'on a appelé une dissuasion avancée c'est-à-dire réfléchir à la contribution des armes nucléaires françaises. parce que très clair aujourd'hui on va pas attendre que la menace russe au frontièr de la France pour faire jouer la dissuasion nucléaire. L'idée c'est de la faire jouer au plus en profondeur dans le territoire européen.

Et donc c'est pour ça qu'on a maintenant cette initiative avec la Pologne, la Suède et six autres pays. Et de l'autre côté, il fallait aussi ne pas trop affoler, on va dire, l'opinion publique et surtout certains commentateurs de deux bords politiques mais surtout d'un bord politique spécifique qui ont quand même diffusé énormément de fausses informations en amont du discours qui ont expliqué queon allait vendre les armes nucléaires et Ursola Vandayen qu'on il allait partager le bouton nucléaire avec l'Allemagne. Ça n'a jamais été le cas.

ça ne sera jamais le cas. Et donc je trouve que il a bien réussi effectivement cet exercice. Vous parlez du RNA ?

Oui, ça effectivement le D3 d'Ormous, on a le sentiment que la véritable arme de dissuasion des Iraniens, ben en fait c'est ça. Oui, en fait, c'est même pas de la dissuasion, c'est plus de la disruption, on va dire, dans le dans le détroit d'Ormose. Alors, ce qui est fascinant effectivement, qui devient de la dissuasion du coup.

Alors, pas tellement parce qu'en fait, ça a pas suffi à protéger le territoire iranien en fait d'attaque mené par les États-Unis et les États-Unis et Israël. les l'Iran a plus une capacité effectivement de de de d'agacement en fait des pays de la région avec des moyens totalement asymétriques. On parle quand même d'un pays qui n'a quasiment pas de force conventionnell, qui repose surtout sur des forces paramilitaires, donc les gardiens de la révolution et qui a réussi effectivement à faire vider une partie du stock d'intercepteur et de missiles américains.

Et puis effectivement une une Ouais une une asymétrie extrêmement forte qui semble-t-il n'avait pas été prévue dans les plans américains, ce que je trouve assez inquiétant. Dernière question, c'est comment vous vivez ce moment ? Parce que vous êtes spécialiste de tout en fait.

Non, surtout pas. Non, tout ce qui se passe là. Ben, c'est un peu le problème en fait.

J'ai bien ou mal choisi mes intérêts, mais on m'a dit que j'avais pas tant de cernne que ça. Donc, je suis relativement je suis relativement rassurée. Non, en tout autant sur le nucléaire, je suis pas forcément très inquiète.

Je suis moins inquiète par exemple qu'en octobre 2022 quand il y avait énormément de déclarations de Vladimir Poutine sur et bien gesticulation nucléaire sur un possible emploi de l'arme nucléaire en Ukraine. Je pense qu'on est un peu revenu de ça. Vous étiez plus inquiète avec Poutine.

Oui. Mais après, c'est vrai que le tweet d'hier de Donald Trump a réveillé certaines certaines inquiétudes, mais moi ce qui m'inquiète surtout, c'est une sorte effectivement d'usage très désinhibé de la force et surtout une désinhibition autour du langage et autour de langage spécifique de l'arme nucléaire qui est quand même à nouveau l'arme ultime dont on ne doit jamais servir et qui pourtant est sous on y fait des sous-entendus comme ça dans des tweets à la télé dans les médias par exemple russes où on voyait au début de la guerre des schémas où il nous expliquaiit que la France était à 6 minutes d'un micier balistique russe. Ce n'est pas vrai.

On y est un peu plus loin d'un missile d'un missile balistique russe. Mais voilà, la dissuasion nucléaire, on doit en parler, on doit en débattre mais dans des cadres tout à fait responsables et à mon sens Donald Trump ne se comporte pas comme un chef d'état responsable. Merci Éloïse Fayet pour votre éclairage, c'était super intéressant.

Merci beaucoup.