Que veulent les Français en 2026 ?
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Merci d'écouter France Culture en ce 1er janvier, c'est une excellente résolution. Nous vous souhaitons d'ailleurs une très belle et heureuse année, je suis ravie de l'entamer avec vous. Nouvelle année peut-elle rimer avec nouveaux espoirs ? C'est la question osée que nous posons ce matin à nos deux invités pour tenter de déceler, si c'était possible, les souhaits des Français pour 2026. Et nous aurons bien besoin pour se faire des yeux du sondeur. Bonjour, Brice Tinturier. Bonjour. Merci d'être avec nous ce matin, bonne année à vous.
Directeur général délégué d'Ipsos BVA, vous venez de faire paraître, au-delà des apparences, des raisons d'être optimiste en France, aux éditions Le Cherche Midi, co-écrit avec Alexandre Guérin et Arnaud Carré. Et puis, pour tenter de savoir où nous allons, il est toujours utile de regarder vers le passé. Avec vous, François Renard, bonjour.
Bonjour.
Journaliste au Nouvelle Obs, vous venez de faire paraître une première histoire du XXIe siècle avec la rédaction du Nouvelle Obs. Ouvrage illustré que vous avez dirigé chez Novice Édition. Nous allons essayer ensemble de comprendre les bouleversements des 25 dernières années pour aborder ensemble au mieux cette nouvelle année qui s'ouvre. Alors, pourquoi avez-vous ressenti le besoin, peut-être vous ou au sein de la rédaction du Nouvelle Obs, d'écrire cette première histoire du XXIe siècle maintenant ?
Alors, il y a d'abord l'idée toute simple de 2025 qui se termine, ça fait 25 ans, donc le côté quart de siècle. Et en regardant en arrière, il y a eu tellement de choses qui se sont passées, tellement de choses vertigineuses qui se sont passées. Le monde n'a tellement rien à voir avec ce qu'il était à la fin de l'an 2000 que, bon, on s'était dit, ça vaut le coup de faire un livre. Il y a un livre simple qui explique, année par année, pour chaque année, on choisit un grand événement, on le met en avant. Et voilà, mais déjà, choisir un grand événement par année, ce n'est pas simple.
Quand on fait ce sommaire, on se dit, bon, 2001, alors 2001, tout le monde dit, évidemment, 2001, 11 septembre, voilà, c'est évident. Oui, mais sauf qu'il y a mon copain du service économique qui dit, attendez, il y a quelque chose de beaucoup plus important en 2001, finalement, c'est l'entrée de la Chine à l'OMC. Parce que les deux ont bouleversé le monde.
L'Organisation Mondiale du Commerce.
L'Organisation Mondiale du Commerce, ça veut dire, c'est le début de l'envol de la Chine qui va rentrer. Quand elle est rentrée à l'OMC, tout le monde pensait, non, ce n'est pas grave, ils vont continuer à faire nos t-shirts, etc. Et en fait, c'est un pays qui, comme on le voit aujourd'hui, est en train d'écraser le monde et de reprendre sa place centrale dans le monde. Donc voilà, chaque année, il y a des bouleversements qui sont des bouleversements fondamentaux qu'on raconte de page en page.
Et vous allez nous dire, dans un instant, François Reinhardt, comment on hiérarchise tous ces faits qui, en effet, donnent un peu le vertige. C'est intéressant, d'ailleurs, Brice Saint-Turier, parce que votre ouvrage, qui sort à peu près au même moment, ouvre aussi sur le 11 septembre.
Oui, en tous les cas, moi, je considère que ça fait partie des grandes secousses qui transforment le rapport au monde des Français et du coup aussi qui transforment leur rapport au système politique national et à beaucoup d'autres choses. Donc pour moi, c'est un événement fondateur qu'on a sous-estimé, d'ailleurs, à l'époque. Et on voit bien, à travers ce que vous disiez à l'instant, qu'un des enjeux, c'est la sélection des données ou l'interprétation des données. Mais il faut déjà sélectionner et dire au nom de quoi on considère que tel événement ou telle donnée est particulièrement important.
Alors comment on sélectionne entre la naissance de Tinder, la naissance de Facebook, le 11 septembre, j'en passe, Wikileaks ? Comment on hiérarchie ? C'est quand même notre métier de journaliste.
Alors je pense que vous avez bien fait votre choix dans le duo parce qu'on a deux points de vue complémentaires. Parce que là, ce que vient de dire à l'instant Brice Teinturier, c'est lui, ce qui l'intéresse dans les événements, c'est en quoi ils peuvent changer la mentalité des Français, puisque c'est votre domaine d'expertise. Au présent, d'ailleurs. Voilà, tout à fait, au présent. Et nous, de notre côté, on a voulu faire, ça s'appelle la première histoire du XXIe siècle, c'est la première histoire mondiale du XXIe siècle. C'est-à-dire, en quoi le monde entier a changé.
Alors évidemment, ça a bien sûr des répercussions pour nous, mais tous les événements dont on parle, on a essayé de les choisir en se disant qu'ils ont une importance mondiale ou sinon régionale dans le sens européen, si vous voulez. Et donc, par exemple, dans les exemples que vous venez de citer, la création de Facebook. Facebook, avec ça aussi, c'est un grand... Enfin, c'est pas seulement un phénomène du XXIe siècle, mais c'est aussi un phénomène du XXIe siècle. C'est quatre étudiants dans une chambre à Harvard en 2003-2004 qui cherchent un truc. Au départ, ils font un trombinoscope pour draguer les filles. C'était ça, l'origine.
Et ça donne Facebook, la traduction anglaise de trombinoscope. Et ce Facebook, il ravache tout, puisqu'il crée les réseaux sociaux et qu'il va créer un autre rapport au monde, à la société, etc., dans le monde entier. Brice Tinturier. Non, juste un point, c'est que c'est souvent a posteriori qu'on comprend que tel événement est celui qui a eu le plus d'impact. L'exemple que vous donnez sur l'entrée de la Chine dans l'OMC, il est très parlant. Au moment où il y a eu cette entrée, personne n'y a vu un bouleversement majeur. Le 11 septembre, au niveau mondial, ça a été un bouleversement majeur, et y compris, évidemment, en France.
Mais là encore, un peu sous-estimé, au-delà de l'effet, évidemment, tour qui s'effondre, c'est un ordre mondial qui va suivre. Et toutes les populations le comprennent très bien. Je reviens sur cet événement, effectivement, parce que c'est 19 terroristes seulement, qui, pour un coût de 500 000 dollars, estimé à 500 000 dollars seulement, arrivent à ébranler l'ordre mondial. Et là, il y a quelque chose, une rupture extrêmement importante et un sentiment de vulnérabilité. C'est ça, la thèse, qui va commencer à se diffuser dans toutes les sociétés et en France.
C'est l'Amérique qui est ébranlée pour la première fois, et on en paye encore aujourd'hui le prix, vous diriez, François Reynard ?
Ah oui, tout à fait. Alors, mais c'est l'Amérique qui est ébranlée. Mais il faut bien voir qu'effectivement, moi, je me souviens très bien, je suis assez vieux pour me souvenir parfaitement de ce qui s'est passé en septembre 2001. Et effectivement, le premier jour, personne ne comprend. On ne sait même pas qui a frappé, quoi. Le deuxième jour, on comprend les attentats terroristes, etc. On voit tous les articles sur les Américains qui disent, ça y est, pour la première fois, on est sur notre sol, etc. Mais personne ne doute d'une chose, qui est, les Etats-Unis sont à ce moment-là le gendarme du monde. En 2000-2001, les Etats-Unis sont la seule puissance militaire mondiale.
La Russie est encore complètement effondrée, et la Chine n'est pas encore une puissance militaire, et l'Inde non plus. Et donc, les Etats-Unis, personne ne doute le fait que les Etats-Unis vont se venger, et que leur vengeance va être implacable et va écraser tout le monde. Ils vont en Afghanistan, tout de suite, on disait, c'est merveilleux, l'Afghanistan va devenir une démocratie, ça va changer, etc. Vingt ans plus tard, ils repartent la queue entre les jambes.
Et ensuite, contre-coup, en 2003, le président Bush qui dit, on va se venger contre le terrorisme international, la croisade pour le bien, on va aller en Irak, et ça donne la catastrophe suivante, qui est l'invasion de l'Irak, et à la suite de ça, la création de Daesh, etc.
Et est-ce que ça donne Donald Trump ?
Ah oui, alors probablement, c'est sûr qu'on peut le lire comme ça, en tout cas. Les Etats-Unis, avec ce côté, quand on essaie d'être les gendarmes du monde, on se prend des râteaux dans la figure, puisque l'Afghanistan, ça n'a pas marché, le Moyen-Orient, ça n'a pas marché, et donc ça nourrit évidemment l'isolationnisme. Eh bien, restons entre nous, et le monde sera mieux comme ça, mais le monde est pire.
Brice Teinturier, le 11 septembre 2001, il explique aussi la crise identitaire dans laquelle on peut être en France, les attentes sécuritaires.
Oui, là aussi également en partie. Moi, je crois que ce qui se produit dans cette partie du début du 21e siècle, c'est véritablement ce sentiment de vulnérabilité. Donc, il y a le 11 septembre, il y a d'autres événements qui vont ensuite arriver très vite, la crise en Europe de 2008, la crise financière, la crise de la zone euro en 2011, et l'individu se sent totalement fragilisé.
Et l'anxiété qui se développe à ce moment-là dans de nombreuses sociétés européennes, pas que la France, mais très fortement aussi en France, l'anxiété, c'est quelque chose qui favorise l'émergence d'une demande de pouvoir fort, d'une demande de protection, à minima, et du coup, tout s'oriente autour de cette demande de protection. Tous les présidents de la République s'y sont heurtés, même les plus libéraux, le libéralisme n'a jamais été très diffusé en France, mais même les plus libéraux se sont cassés les dents sur cette demande de protection et son intensité, souvenez-vous, encore récemment avec la Covid.
Alors, face à toutes ces anxiétés qu'on comprend très bien, et en un coup d'œil dans votre première histoire du XXIe siècle, François Reynard avec la rédaction de l'Obs, vous abordez tous les deux, à votre façon, des mécanismes de défense des Français. Peut-être avec vous, Brice Teinturier, ce que vous appelez la double fuite temporelle vers le passé et vers l'instant présent. Comment pouvez-vous nous le résumer ? Et je pense que c'est très intéressant avec l'un des chapitres sur l'homo smarticus, je ne sais plus comment vous l'appelez, ou Xavier Delaporte l'appelle.
Oui, l'homo smarticus, c'est ça.
Voilà, c'est-à-dire la façon dont le smartphone a pu complètement bouleverser toutes nos vies.
En fait, ce livre collectif qu'on a essayé de faire à Ipsos BVA, c'est pour lutter contre un certain nombre de stéréotypes, d'idées reçues, qu'on démonte, pas par plaisir, tout simplement parce qu'elles nous semblent mal décrire la réalité. Et dans ce qui joue un des exemples, par exemple, de ce type de stéréotypes, c'est « Les Français sont nostalgiques ». Alors oui, les Français sont nostalgiques, je le mesure depuis 13 ans.
75% des Français pensent que c'était mieux avant.
Oui, mais il faut tout de suite ajouter, et il y en a tout autant, voire davantage, qui pensent que comme on ne peut rien maîtriser sur ce qui va arriver demain, il faut prendre les choses telles qu'elles sont aujourd'hui. Donc on pourrait se dire que c'est quand même un petit peu ambivalent. Paradoxal. En fait, de mon point de vue, ça ne l'est pas. C'est une réponse, ça c'est la réponse temporelle, il y a des réponses spatiales, il y a aussi des réponses tout à fait différentes. C'est la réponse temporelle au sentiment de vulnérabilité. Quand vous vous sentez à ce point sans protection, eh bien, soit vous vous réfugiez dans le passé, soit vous vous réfugiez dans le carpe diem.
Et c'est pour ça qu'il ne faut pas réifier la nostalgie. Moi, j'y vois une conséquence du sentiment de vulnérabilité, et une conséquence notamment d'un rapport au monde qui s'est transformé. Ça ne veut pas dire donc qu'intrinsèquement, les Français seraient nostalgiques. De même, la supposée ou forte demande d'autorité, elle existe. Je la mesure là aussi dans nos enquêtes fractures françaises. Quand on dit à 75%, 80% de Français qui nous disent en France, il faudrait un pouvoir fort pour remettre de l'ordre. Mais ce n'est pas une demande de pouvoir autoritaire.
C'est une demande de sécurité à l'intérieur duquel le citoyen français, le consommateur français pourra exercer sa liberté totale et entière. Donc, on confond beaucoup de choses, de mon point de vue, en termes d'indicateurs et en termes d'interprétation de ces indicateurs.
Et vous mettez tout ça à plat, au-delà des apparences, votre dernier livre, Brice Tinturier, avec beaucoup de graphiques très faciles à appréhender, explicites. François Rénard ?
Alors, je vais répondre, vous parliez du homo smartphonicus, mais je veux dire effectivement un mot sur ce que vient de dire Brice Tinturier pour cette histoire de nostalgie. Je pense qu'elle est liée aussi à un autre phénomène géopolitique qui fait que les Français et l'Europe ont été au centre du monde jusqu'en 1914, disons, et qu'elle a gardé longtemps cette idée on est le pays au centre du monde, etc. En France, c'était véhiculé par le général de Gaulle, la grandeur française, le pays qui parle à tout le monde, etc.
Aujourd'hui, la France ne l'est plus, n'est plus au centre du monde et l'Europe elle-même réussit à être une puissance, mais une puissance mineure par rapport aux deux énormes que sont la Chine et les Etats-Unis. Et je pense que ça joue dans le côté, rendez-moi la grandeur d'avant. Je pense qu'un Chinois, il n'est pas nostalgique d'avant. En Chine, ils ne doivent pas être nostalgiques d'avant parce qu'un Chinois, avant, c'est la révolution culturelle, le grand bond en avant, les horreurs du maoïsme. Donc évidemment, il n'y a pas grand-chose à regretter de ce côté-là. Et chez nous, il y a cette chose-là. Seulement, c'est une illusion, ça.
C'est une illusion, les gens qui pensent qu'on peut revenir à avant. D'abord, par définition, on ne peut jamais revenir à avant. Ensuite, par définition, on trie dans ce qu'il y a avant. Tout le monde sait que les vacances de son enfance, il fait toujours beau dans les vacances de son enfance. Ben non, il faisait pleuvé aussi. Donc dans le avant, il y avait quand même des choses extrêmement désagréables sur lesquelles on peut revenir si vous voulez. Et puis la troisième chose, c'est que de toute façon, la France ne va pas regagner sa puissance, la puissance qu'elle avait avant.
La France, encore une fois, je pense qu'elle était à l'apogée de sa puissance en 1914 parce qu'elle régnait avec un immense empire colonial. Les gens, ils veulent qu'on reconquière l'Algérie et l'Afrique occidentale française. C'est absurde. Donc il faut faire avec l'époque telle qu'elle est. Et je pense que le meilleur moyen, à mes yeux, de se protéger contre les deux hyperpuissances qui nous menacent, qui sont des adversaires ou des ennemis, c'est de créer une Europe forte parce que tout seul, on n'y arrivera pas.
Il faudrait peut-être qu'on aborde, et puis vous restez avec nous, juste après le journal de 8h, tous les deux, Brice Tinturier et François Reynard, mais la défiance politique tout de même. Parce que j'ai bien vu, Brice Tinturier, que vous essayez de chercher énormément, et vous en trouvez, de raison d'être optimiste, de voir ce qui nous relie. J'ai beaucoup aimé ce chapitre du début qui s'appelle « Les Français sont plus unis qu'ils le croient » et qui fait sans doute du bien aussi en ce début d'année. Mais sur la défiance politique, est-ce que vous avez trouvé des raisons d'être optimiste ?
Non, mais il ne s'agit pas d'être optimiste ou pessimiste. Moi, mon job, ce n'est absolument pas ça. C'est de décrire la société telle qu'elle nous semble être et de l'interpréter correctement. Et donc d'éviter les biais de sélection. Alors bien évidemment que notre pays est soumis à des enjeux colossaux. Les déficits, la difficulté maintenant aussi de trouver une stabilité dans le système politique, une chambre qui reste émiettée, etc.
En revanche, ce qui me semble aussi important, c'est que cette crise politique qui vient de loin, qui est d'abord une crise du résultat à partir du début des années 2000, qui se complique d'une crise de la représentation, où vous avez une immense majorité de nos concitoyens qui estiment que leurs idées sont mal représentées. Et de fait, la fragmentation contribue à cette impression qu'on n'est pas représenté, alors même que l'offre politique n'a jamais été aussi importante. Tout cela crée cette crise, mais tout cela crée aussi une demande, encore une fois, de protection à laquelle les responsables politiques ont de plus en plus de mal à répondre.
Et c'est ça qui accentue la crise du politique, qui s'est donc fabriquée avec les alternances successives à partir de 1981, qui se sont transformées en une forme de désespérance. C'est ça qui nous donne le point dans lequel on est en 2026.
Et ça fait écho, François Reinhardt, au chapitre de votre livre La Première Histoire du XXIe siècle, la première victoire politique d'Internet, sous la plume de Xavier Delaporte, une nouvelle fois, qui parle du traité de constitution européenne, le fameux référendum de 2005, traumatique, qui conduit en fait à ce qu'on connaît aujourd'hui, le rôle important d'Internet, mais aussi ce à quoi ça a pu conduire, la défiance, le complotisme.
Alors effectivement, là, ce qu'il raconte dans l'article, c'est qu'en 2005, il y a cette campagne pour le référendum, est-ce qu'il faut voter ou non pour ce qu'on appelait la constitution européenne ou le traité constitutionnel européen. Et là, effectivement, ce qu'il raconte très bien, c'est que du côté du oui qui paraissait acquis, tous les grands partis politiques étaient du côté du oui, et ceux-là, à ce moment-là, ne voient pas la puissance de l'Internet montante. Et donc, ils font une campagne classique, il faut voter oui, on sera mieux, l'Europe sera plus forte, etc. Ce que moi, je pense toujours, je pense qu'on aurait dû voter oui.
Mais bon, et du côté du non, il y a des gens qui, effectivement, commencent à se déployer sur Internet, et de manière très habile, avec des viralités. Il y a des choses qui sont... Il y a un monsieur qui s'appelait Étienne Chouard, qui avait fait toute une chose qui, aujourd'hui, apparaît comme très complotiste, mais qui, à l'époque, apparaissait comme très bien menée pour montrer en quoi le traité constitutionnel européen allait amener l'horreur, l'enfer, etc.
Et les partis politiques n'ayant pas vu ça, effectivement, le non qui arrive, il est aussi une victoire de l'Internet, de cette haute manière de faire de la politique, qui est, effectivement, complexe, puisqu'il faut faire avec les nouveaux moyens. En même temps, aux États-Unis, il y avait des gens qui commençaient à le comprendre, puisque Barack Obama, sa campagne, c'est juste un an après, si je me souviens bien. Et lui, il fait sa campagne avec une jeune équipe qui, elle, mise tout sur l'Internet, et qui sont, en particulier, ces jeunes qui avaient fondé... Enfin, un des jeunes qui avait fondé Facebook, qui crée cette campagne, cette viralité, cette nouvelle manière de faire la politique.
Avec du porte-à-porte, de manière presque industrielle. Brice Tinturier ?
Oui, moi, je crois que la fragmentation médiatique est une des causes majeures d'une forme de dysfonctionnement politique. Quand vous avez aussi peu d'audiences, des audiences très fragmentées, et des médias d'information en continu et en concurrence. Ce qui est important, c'est... Et en concurrence. Eh bien, il faut remplir les tuyaux. Et puis, progressivement, avec l'algorithmie, vous enfermez les gens dans des bulles de connaissances. Et les biais de sélection, qui sont des biais très, très fréquents, eh bien, les biais de sélection, là, s'amplifient énormément. Et vous allez sur tel canal d'information parce que vous allez être conforté dans vos a priori.
Et c'est ça qui empêche la délibération politique. Et du coup, une démocratie qui serait encore agile ou des débats comme on en avait eu, même en 2005. Je voulais revenir d'un mot sur le côté politique dont on parlait à l'instant, enfin, dont Brice Tinturier parlait à l'instant. Je pense que, là, typiquement, on est face à un phénomène qui peut soit effrayer, soit, à mon avis, être positif. On vit en France dans l'idée... Moi, je donne des cours à des étudiants qui peuvent parler des écoles de journalisme. Je leur apprenais pendant longtemps que le régime français était caractérisé par sa stabilité.
Mais la stabilité avec les majorités écrasantes, c'était aussi les années 60-70 qu'on appelait les majorités de godillots. Ça veut dire des gens qui passaient leur temps à dire oui au pouvoir. Et donc, ce n'est pas forcément bien. Aujourd'hui, on a ce système qui est complètement éclaté avec cette Assemblée nationale qui est éclatée en je ne sais plus en combien de parties. Parce que chaque partie se subdivise, etc. Mais ça peut aussi nous faire avancer vers le parlementarisme, c'est-à-dire vers la culture du compromis, vers le fait qu'il ne faut pas avoir entièrement raison, entièrement tort, mais de partager avec les autres, etc. Et ça, ça peut être un progrès.
Vous restez avec nous, François Rénard, journaliste Nouvelle Obs, co-auteur de la première histoire du XXIe siècle chez Novice Édition. Et vous aussi, Brice Tinturier, directeur général, délégué d'Ipsos BVA pour Au-delà des apparences, des raisons d'être optimiste en France au Cherche-Midi, puisqu'il est déjà 8h sur France Culture.
Et si 2026 était l'année où les Français reprennent la main sur leur santé, leur qualité de vie, leur environnement, leur choix de consommation, leur temps et leurs expériences face au chamboulement de ce premier quart de siècle dont on vient longuement de parler avec vous, François Rénard, journaliste Nouvelle Obs, que vous avez fait paraître en fin d'année la première histoire du XXIe siècle, un ouvrage collectif et illustré chez Novice Édition avec la rédaction du Nouvelle Obs.
Et avec vous, Brice Tinturier, merci d'être toujours là, directeur général, délégué d'Ipsos BVA, Au-delà des apparences, des raisons d'être optimiste en France au Cherche-Midi, co-écrit avec Alexandre Guérin et Arnaud Carré. Il est donc temps, dans cette deuxième partie d'émission, de nous plonger ensemble vers cette année 2026 qui s'ouvre et voir un petit peu quelles sont les attentes concrètes des Français. Alors, peut-être un mot, Brice Tinturier, sur le local qui semble être un refuge mais aussi un vivier d'énergie.
Oui, tout à fait. Le local, c'est la réponse spatiale, de mon point de vue, à un monde extrêmement dangereux et où l'on demande, du coup, de plus en plus de protection. Donc, le local est aujourd'hui célébré. D'ailleurs, vous avez remarqué que depuis quelque temps, on dit les territoires. Ça flirte un peu plus.
Personnellement, je ne supporte pas ça. J'ai toujours dit les terroirs ou les provinces.
Mais la sémantique est intéressante et ça montre la valorisation aussi maintenant du local, de ces fameux territoires parce qu'on y voit une autre France que la France qui serait plongée dans un déclin irréversible, dans un chaos de violence. Non, au plan local, il y a des choses qui unissent les Français, les individus. Ils font des choses en commun qu'il s'agisse de célébrer ensemble une fête, de réparer quelque chose. Il y a des mécanismes de solidarité et les Français, chiffres qu'on ne cite pas assez souvent de mon point de vue, considèrent à 63%, ce sont des enquêtes qu'on a réalisées pour le groupe EBRAS, que le lien local est bon.
Alors, il est très mauvais quand vous les interrogez sur le lien social au niveau de l'Hexagone, au niveau de la France, mais localement, ça fonctionne, ça marche. Et ça, c'est encore le signe qu'il y a des choses qui unissent les Français. Il y a plein d'autres indicateurs qui montrent que les Français ne sont pas aussi désunis que ce qu'on raconte.
J'aime bien les chiffres que vous donnez dans ce livre Brice Tinturier Au-delà des apparences. Par exemple, les institutions qui conservent la confiance des Français dans cette fameuse enquête à laquelle vous participez avec Ipsos Fracture Française. On voit bien que les maires, 68%, les PME, 92%, l'armée, 79%, la police, 74% de confiance, l'école, 70%.
Ça, voilà des préjugés qui tombent parce que c'est vrai qu'on entend beaucoup de critiques et vous d'ailleurs vous consacrez de longues pages au système de santé qui peut-être, si vous voulez nous en dire un mot, symbolise ce paradoxe français, c'est-à-dire un grand amour des services publics, une grande confiance et en même temps une grande colère face à leur dysfonctionnement ou leur abandon.
Oui, juste avant, pour compléter quand même tout ce qui peut unir les Français, vous avez cité les 82% qui font confiance par exemple au PME, mais il faut y ajouter les 47% qui font confiance à des grands groupes et ça en France, un Français sur deux qui nous dit j'ai confiance dans des grands groupes, c'est quand même quelque chose qui montre qu'on n'est pas uniquement enfermé dans la nostalgie et dans le avant c'était mieux.
Vous parlez des marques d'ailleurs, c'est très intéressant dans votre chapitre sur les marques.
Il y a un chapitre d'Arnaud Carré sur les marques où on voit bien que les Français entretiennent avec les marques une relation où ils cherchent à reprendre la main, que les marques doivent répondre à un certain nombre de grandes attentes. On n'est pas avec un individu qui subirait comme ça et qui serait uniquement dans la fragmentation totale. Donc c'est là où l'interprétation des données me semble importante. On a aussi la famille, on a aussi la liberté, on a aussi la démocratie qui constitue des choses qui unissent les Français.
Et des valeurs républicaines, pardonnez-moi de vous couper, Bristin-Tourier, très partagé. La liberté, 95% des Français la partagent. L'égalité, 93%. La fraternité, 89%.
Consensus massif sur ces valeurs. En revanche, il faut tout de suite dire, et ça c'est le signe de la crise démocratique, que ces mêmes Français vous disent que ces trois valeurs, par exemple, ne sont pas mises en œuvre suffisamment dans la réalité du pays. Mais vous avez donc tous ces éléments qui consolident la société française et encore une fois qui vont à l'encontre du tout est foutu. Il n'y a pas que des petites monades que seraient les Français et qui vivraient chacune dans leur coin, voire dos à dos.
François Reinhardt, qu'est-ce que vous inspire ces chiffres et ces analyses de Bristin-Tourier ?
Par exemple, sur le côté local, prenons une grande question qui fait peur à beaucoup de monde, qui est la question écologique de l'environnement, la crise climatique, etc. On peut en avoir une vision apocalyptique, c'est-à-dire, le monde va aller au pire, on va se retrouver avec des ouragans, des canicules, etc. Il y a beaucoup de gens par rapport à ça qui disent, mais on n'y arrivera jamais, on ne sait pas comment faire, donc on ne respecte plus les accords de Paris, on dit l'environnement, ça suffit. Avec le côté, l'environnement, c'est des normes qui sont faites pour emmerder les gens, cette chose qui est répétée tout le temps.
Je pense qu'on peut voir les choses tout à fait autrement en disant que cette crise climatique est une réalité, donc effectivement, les gens qui la nient sont des assassins, des criminels, puisqu'ils nous conduisent au pire, cette crise climatique qui est une réalité, elle peut aussi conduire à des nouveaux comportements au niveau de la ville, du quartier, du village. Par exemple, moi j'habite un petit village au bord de la mer, de temps en temps, il y a des campagnes pour aller ramasser le plastique sur la plage, tout le monde y va, mais c'est des moments sympas. Le fait qu'il y ait du plastique, c'est atroce, mais le fait que tout le monde y aille...
Dans le village, il y a des jardins partagés, ça veut dire, pour avoir des bons légumes bio, etc., il y a un fermier local qui est un type formidable qui a laissé une partie de ses champs et tout le monde y va ensemble. Ça veut dire que ce que je suis en train de dire, que l'environnement, ça peut aussi être des choses qui donnent de l'humain, du contact et qui font un monde, une vie meilleure. Il y a des tas de choses qui dans le monde d'aujourd'hui marchent mieux que ça ne marchait auparavant, me semble-t-il.
Brice Tinturier ?
Oui, il y a ça, mais je n'ai pas répondu à votre question tout à l'heure sur les services publics et notamment le rapport à la santé. Alors, là aussi...
On va y venir à la santé si vous le voulez bien, mais peut-être pour rebondir sur ce que vient de nous dire François Reinhardt, pourquoi les responsables politiques, Brice Tinturier, que vous connaissez bien, ne surfent-ils pas, entre guillemets, sur ce grand élan local, ces solidarités-là ? On les sent un peu déracinés par moments et parfois on a l'impression qu'ils ne sont pas sur la même longueur d'onde.
Par peur d'être déconnectés, ce qu'ils ne sont pas. Là, il y a une fausse idée qui traîne. Les responsables politiques connaissent très bien ce qui se passe dans la tête des Français, je peux en attester. En revanche, ils peuvent être impuissants à résoudre ou à répondre aux attentes de ces mêmes Français. Mais vous avez une espèce de piège qui s'est instauré ou un politique qui dirait un certain nombre de choses. Par exemple, qu'au plan local, comme François vient également de le rappeler, il y a des mécanismes de solidarité qui fonctionnent et bien très souvent, il est axé d'être dans une bulle et d'être un peu déconnecté. Sur des sujets majeurs, il y a ce même reproche.
Sur le pouvoir d'achat, à une époque où l'INSEE nous disait que le pouvoir d'achat avait augmenté, il était devenu impossible pour ces responsables politiques de le dire parce qu'à ce moment-là, immédiatement, on leur disait mais vous êtes déconnectés. Et donc, cette difficulté à passer outre à l'anecdote ou à passer outre à... parce qu'on peut toujours trouver des segments qui, évidemment, seront dans telle ou telle position et à résonner sur la majeure, ça veut dire en s'appuyant sur la statistique publique, eh bien, c'est ça qui a beaucoup reculé. Et du coup, on a, ou certains craignent, d'affirmer des choses et d'être ensuite taxés de totalement déconnectés.
Alors, sur la santé, allez-y.
Non, sur la santé, c'est intéressant et c'est important. D'abord, au plan personnel, c'est le premier souci des Français. Quand vous leur demandez les préoccupations pour la France, vous avez une hiérarchie. Quand vous leur demandez et pour vous-même, ça sort en numéro 1 ou numéro 2. Ça, c'est le premier point. Le deuxième point, c'est qu'il y a un attachement majeur au système de santé français et une peur consécutive qu'il se dégrade et il se dégrade. Incontestablement, il y a des éléments qui sont rappelés dans l'excellent papier qu'ont fait mes collègues sur le système de santé. Il y a des éléments qu'il faut prendre au sérieux.
Mais une fois qu'on a dit ça, ce qu'on voit aussi, ce que montrent mes collègues, c'est que vous avez des Français qui prennent en main leur santé, qui utilisent beaucoup les outils numériques, qui sont sensibles et qui pratiquent les campagnes de prévention. Quand on dit que les Français font n'importe quoi avec leur santé, c'est faux. Là encore, ce sont des idées reçues. Donc la société est en mouvement, tout ça pour dire que la société est en mouvement, qu'elle est beaucoup plus agile que ce qu'on imagine, qu'elle se transforme et qu'il ne sert à rien de pleurer sur ce qui aurait été un âge d'or révolu.
Notamment d'ailleurs sur l'intelligence artificielle. Vous écrivez, c'est un tourier qu'il s'en empare, les Français. Mais il y a quand même des chiffres et ça rejoint votre livre François Reynard puisque dans cette première histoire du XXIe siècle, on est bien obligé qui sont effarants et j'aimerais bien qu'on les rappelle quand même en ce 1er janvier où l'on se souhaite une bonne santé. Plus 50% des consultations de psychiatres chez les 18-25 ans entre 2020 et 2023. Plus 60% de consultations des psychologues pour la même tranche d'âge dans la même période. Et enfin, en 2025, 56% des moins de 25 ans en suspicion de détresse psychologique.
Alors, est-ce que c'est... Parce que vous commenciez ça avec la crise Covid, est-ce que c'est lié forcément...
Parce qu'en fait, on date à 2020 et c'est vrai qu'on sait qu'il y a des problèmes de santé mentale qui ont commencé à ce moment-là
ou qui se sont aggravés. Parce que là aussi, dans le côté, on a toujours essayé de voir, il y a le négatif et le positif d'analyser les choses qu'on essaie de faire dans ce livre. La crise Covid, c'est évidemment quelque chose qui a créé beaucoup de détresse chez beaucoup de gens, en particulier les vieilles personnes. Il y a des gens qui se sont trouvés complètement isolés avec à la télé des morts dans les hôpitaux, etc. C'est une période détestable pour eux où les étudiants, les jeunes qui n'avaient même plus de quoi bouffer, qui n'avaient plus de quoi enfermer avec uniquement des cours par caméra, en visio. C'était juste atroce.
Mais d'un autre côté, le pays ne s'est pas effondré, l'économie ne s'est pas effondrée, alors avec les milliards injectés, le quoi qu'il en coûte, d'accord ? Et par ailleurs, on a trouvé une solution assez vite qui est celle des vaccins. Dans l'intro du livre, je rappelle l'équivalent qui nous venait à tous en tête au début de l'épidémie, c'était la grande peste de 1348, si je me souviens bien. Eh bien, la grande perse, elle est arrivée presque aussi vite. Enfin, il a fallu quelques semaines pour qu'elle arrive du bout du monde, mais pour la soigner, le bacille de la peste, il a été découvert en 1898, je crois, c'est-à-dire des siècles après.
La grande peste, vous vouliez dire ? La grande perse.
Pardon, la grande peste, non, la grande perse, c'est un autre problème, c'est l'Iran, c'est un autre problème du monde. Mais la grande peste, et donc, le vaccin a été découvert et on en est ressorti finalement assez vite. Donc, la science fonctionne sur le plan de la santé, la science fonctionne quand même.
Vous voulez nous dire, François Reinhardt, en ce début d'année, qu'il faut aussi parfois changer la focale et arrêter de toujours regarder le négatif comme on peut le faire en tant que français ? Tout l'enjeu,
je pense, c'est de ne basculer dans aucun des travers, soit d'un optimisme nié ou béat, soit d'un pessimisme qui ne correspondrait pas toujours à ce qu'on peut voir. Donc, oui, il faut tenir les fils de ces deux versants de la montagne. Sinon, on est dans des biais de sélection des données ou d'interprétation et on déforme la réalité. Sur la Covid, c'est un trauma pour la société française. C'est quelque chose qui fait effraction dans la vie des Français. Ça laisse des traces. Effectivement, ça a beaucoup abîmé, ça a beaucoup contribué à la dégradation de la santé mentale, notamment des jeunes.
Mais on peut aussi voir que c'est une société qui a surmonté cette crise et puis que ces Gaulois supposés être réfractaires, pardonnez-moi, mais ils se sont alignés, mais immédiatement et ils ont accepté d'être confinés immédiatement. Donc, pour des Gaulois réfractaires, non, ce n'est pas ça. On a des Français, au contraire, qui, en fonction des situations, grognent, manifestent, contestent ou sont capables de suivre à la lettre et plus encore ce que le pouvoir politique va leur dire.
François Reinhardt ?
Oui, sur le « c'était mieux avant », alors je prends deux exemples. Effectivement, est-ce que c'était mieux avant pour les femmes, avant MeToo ? Enfin, franchement, est-ce que le monde dans lequel les femmes représentaient pour beaucoup d'hommes à un open bar ? C'est-à-dire, j'ai le droit de me servir comme je veux. Moi, je ne regrette pas les mains aux fesses. Je n'ai pas de nostalgie de ça. Et le fait que, quand ça a arrivé, tu fermes ta gueule parce que, c'est comme ça, ça a toujours été comme ça. Et puis, à un moment, il y a un basculement social qui fait que ce n'est plus comme ça, ce ne sera plus jamais comme ça. Ça, c'est sympathique.
Pareil, sur les questions liées à la pédophilie, etc. J'entends beaucoup, du côté de l'extrême droite, des gens qui disent « L'éducation d'avant, c'était quand même mieux. » Mais qui regrette le pensionnat catholique ? Vous voyez, Bétharam, enfin, je veux dire le pensionnat catholique des années 60. Il y a des tas de pensionnats catholiques qui sont formidables aujourd'hui. Mais des années 60, Bétharam, ça veut dire qu'on passe notre temps à voir à la télé des gens brisés qui ont mon âge, qui ont plus de 60 ans et qui disent « Mon enfance a été ravagée, qui pleurent à la télé, etc.
» avec un secret qu'ils ne pouvaient pas dire pendant des années parce qu'ils ont été violés par le curé et nous faire croire que l'éducation, c'était mieux avant, enfin, franchement.
Eh bien, ça me fait une transition toute trouvée pour parler de famille parce que voilà une valeur qui est en vogue, Brice Tinturier.
C'est une valeur fondamentale aux yeux des Français. C'est normal. C'est à la fois le refuge, la famille, dans un monde, encore une fois, dangereux. Mais il y a plus que ça. Il n'y a pas de guerre générationnelle contrairement à ce que beaucoup de gens racontent, là encore. Tout simplement parce qu'il y a un lien, un lien d'amour entre les différentes générations qui est plus fort que ce qui pourrait les opposer. En tous les cas, jusqu'à maintenant. Peut-être que certains
dîners de famille de cette période de fête vous contrediront mais ce ne sont que des exemples.
C'est toujours le même enjeu. Bien sûr, vous pouvez toujours trouver des exemples à tout. La question, c'est systématiquement de savoir si ça relève de l'anecdote, d'un phénomène minoritaire ou d'un phénomène majeur. Et c'est ça qu'il faut traquer en permanence. Le désir d'enfant dans ce pays, il reste important. En revanche, il est contrecarré par beaucoup de choses qui viennent le limiter. Le coût des loyers, le manque de crèche, les carrières hachées pour les femmes qu'induit un nouvel enfant. Mais le désir lui-même, contrairement, là encore, à une idée reçue, il reste puissamment raciné.
François Renard ?
Je pense que la famille est un refuge parce que la famille n'est pas la même que celle des années 60.
Ça vous le montrez très bien dans votre livre avec ce que j'appelle le triptyque sociétal. L'amour en poche, l'émergence des applications de rencontres, le mariage pour tous, puisqu'on l'oublie, mais c'était... Tout ça semble acquis, mais c'était dans ces dernières 25 ans, bien sûr, en 2014, 12, 12. Et puis, bien sûr, vous en parliez, MeToo, le mouvement MeToo.
Oui, donc ça veut dire que la famille aujourd'hui, elle est plus acceptée, elle fait envie, etc., parce qu'elle est plus libre qu'elle n'était auparavant. On n'est plus dans la famille des années 50, le film de Jean Gabin avec le patriarche et les autres qui se taisent et les gamins qui n'ont pas le droit de parler ou qui sont obligés de finir leur assiette parce que sinon, ils se prennent une taloche. On n'est plus là-dedans.
Aujourd'hui, la famille, ça veut dire, c'est aussi les familles recomposées, c'est aussi des tribus, c'est aussi effectivement des familles dans lesquelles il y a un couple homo et le couple homo, il fait partie de la famille et il est marié, il peut lui-même avoir des enfants, etc. Tout ça, c'est plus de liberté et c'est quand même un plus de bonheur pour des millions de gens. Donc, il ne faut pas oublier cette chose-là, ça n'existait pas auparavant.
Moi, je suis homosexuel, je vis avec un homme depuis des années, on est marié, je suis né en 1960, en 1960, l'homosexualité n'a jamais été interdite en France, elle a été décriminalisée au moment de la Révolution française, 1791, une loi merveilleuse.
Mais il y a une autre loi de dépénalisation.
Alors, qui était le rapport entre la majorité sexuelle, c'était celle-là qui était dépénalisée par Batinter, honneur à lui, en 82. Mais en tout cas, en 1960, à l'Assemblée nationale, il y a un vote, on vote un amendement qui s'appelle l'amendement migué à l'unanimité qui décrète trois fléaux sociaux, l'alcoolisme, la tuberculose et l'homosexualité. Je suis né, moi, quand j'étais au berceau, ce qui est ma vie à moi, c'était un fléau social. Et bien maintenant, c'est une identité comme une autre, c'est comme les gauchers et les droitiers, il n'y a pas de différence, c'est juste, toi tu as un choix et l'autre a un autre choix et je trouve c'est un progrès. Brice Tinturier.
Juste pour compléter un point, la famille traditionnelle au sens de papa, maman et les enfants, elle est devenue minoritaire dans notre société. C'est véritablement les familles, vous avez de tout dans ces familles, vous avez des couples homosexuels, mais vous avez également des familles recomposées, majeures, compte tenu du nombre de divorces, vous avez aussi des couples qui vivent et qui souhaitent vivre uniquement en couple. Il y a les familles
monoparentales.
Les familles monoparentales. Et c'est ça qui nourrit ce lien et lui donne toute son importance. Je rejoins tout à fait François Renat là-dessus. C'est parce que la famille a su évoluer. Donc là encore, tous ceux qui regrettent le modèle d'avant s'imaginent et se leurrent que ça serait une façon de résoudre tous les problèmes que nous rencontrons aujourd'hui dans notre société. Non, la société se transforme. Alors on peut pleurnicher sur ces transformations pendant beaucoup de temps, mais là encore, il faut essayer d'y discerner ce qui peut être regrettable, mais ce qui fait aussi la capacité d'adaptation et d'évolution de la société française.
Que nous enseignes, quels enseignements peut-on tirer, François Renat, de votre livre avec la rédaction du Nouvelle Obs, la première histoire du XXIe siècle pour 2026 ? Qu'est-ce qu'on peut se souhaiter ?
Eh bien, je souhaite que les Français se rendent compte que dans le monde d'aujourd'hui, là je reviens à la géopolitique, il y a effectivement une puissance qui nous veut du mal qui est la Russie, une puissance qui ne nous veut plus du bien que les Etats-Unis et une puissance qui veut nous écraser économiquement, qui est la Chine. Face à ça, l'hexagone n'est pas suffisant. Face à ça, il me semble que la seule solution c'est de renforcer l'Europe parce que l'Europe a une taille suffisante pour nous protéger. J'aimerais bien que tous les gens soient conscients de ça et soient conscients aussi du péril climatique et qu'il faut se battre contre celui-là.
Brice Tinturier ?
Moi, ce que je pourrais souhaiter c'est que les Français ne soient pas à ce point écrasés par les menaces réelles qui existent et qu'ils se disent que nous avons de la ressource évidemment qu'au plan européen c'est devenu l'échelon majeur mais que même en France nous avons beaucoup plus de ressources que ce que d'aucuns imaginent. Quand vous demandez aux Français les atouts qui existent en France ils vous en donnent plein.
Ils vous parlent des grands champions industriels ils vous parlent de la qualité de la formation nous avons des ingénieurs de très bonne qualité et pas que des ingénieurs ils vous citent les infrastructures de transport ils vous citent ce qui unit aussi la société donc nous avons des atouts alors les menaces encore une fois sont immenses les défis sont immenses les déficits sont colossaux tout cela existe mais si les Français pouvaient se dire on a la capacité de s'en sortir être un petit peu moins systématiquement décliniste je crois que ce serait une heureuse chose pour le pays et pour eux-mêmes.
C'est vrai qu'on arrive dans une année qui va être aussi assez politique entre les élections municipales et puis de la présidentielle qui va très vite arriver derrière et je trouve très intéressant ce que vous venez de dire François Reynard parce que j'ai la sensation que ça va peut-être être le mot ou le concept de 2026 mais je peux bien sûr me tromper sur le patriotisme qui serait désormais européen vous l'entendez ça Brice Tintourier et peut-être un autre concept qui est la souveraineté
davantage la souveraineté parce que le patriotisme européen est contesté par des forces politiques en France le niveau l'idée qu'il faut s'unir encore davantage à l'échelon européen y compris en ayant des pertes de souveraineté strictement nationales c'est ce que le RN conteste
mais ils s'unissent pourtant au niveau européen les extrêmes droites
oui ils s'unissent mais ils s'unissent aussi dans la critique de l'Europe donc non il y a quand même beaucoup de controverses sur ce niveau ce qui revient en force c'est la souveraineté la vraie question c'est quelle souveraineté et pour faire quoi et est-ce qu'on est capable d'avoir une souveraineté et une force suffisante pour l'affirmer au niveau strictement hexagonal on peut t'en douter quand on voit l'intensité de la menace russe et la nécessité de consacrer davantage d'argent à notre force à l'armée que ce soit en France ou dans les autres pays il y a quand même là des défis qui sont extrêmement lourds
Bonsoir Renard
Alors moi je suis un patriote j'aime la France et étant un patriote j'ai un drapeau qui est le drapeau français qui a un autre drapeau qui est unique qui est le drapeau européen je pense que les deux doivent aller ensemble et on doit être des doubles patriotes en quelque sorte en tout cas moi je me sens profondément comme ça et il faut voir qu'aujourd'hui les ennemis de la France et les ennemis de l'Europe sont des gens qui veulent démanteler l'Europe c'est d'une part Poutine qui rêve d'une chose c'est que l'Europe soit éclatée pour pouvoir continuer à prendre l'Ukraine et ensuite de continuer avec les états baltes etc et d'autre part les grandes puissances économiques américaines Musk et l'aile avancée ils veulent démanteler l'Europe parce qu'ils disent c'est eux qui nous empêchent de faire le business comme on veut c'est eux qui veulent mettre des règles etc et donc parce que ces ennemis là nous menacent et bien c'est pour ça qu'il faut défendre cette Europe en tout cas c'est mon sentiment
et bien merci infiniment à tous les deux est-ce que vous avez fait vos résolutions pour cette année 2026 est-ce que vous en faites Bristin Turiez vous chez Ipsos
à titre personnel ou chez Ipsos non moi je n'ai pas de résolution spécifique je ne fais pas des ruptures suivant le passage dans une année nouvelle j'essaye de tracer mon sillon le mieux possible et d'y être fidèle
et vous François Rénard
je pense qu'on entre dans des périodes qui sont de plus en plus de sectarisme donc j'essaie de lutter contre le sectarisme quand j'écoute quelqu'un je me dis il a peut-être une idée qui est intéressante et il faut avancer vers le compromis et l'intelligence collective j'espère ça
c'est une résolution qu'on peut tous c'est toute s'appliquer ce 1er janvier 2026 en tout cas je la reprends à mon compte merci infiniment à tous les deux d'être venus échanger ce matin sur France Culture pour ouvrir cette année je pense qu'on en retiendra beaucoup de choses il y avait beaucoup de résolutions à piocher dans nos échanges ce matinaux merci Bristin Turiez d'avoir été avec nous vous êtes directeur général délégué d'Ipsos BVA vous venez de faire paraître ce livre dont on a beaucoup parlé aujourd'hui au-delà des apparences des raisons d'être optimiste en France au Cherche Midi co-écrit avec Alexandre Guérin et Arnaud Carré et François Reynard vous c'est la première histoire du 21ème siècle illustrée un livre collectif de la rédaction du Nouvel Obs que vous avez dirigé chez Novice Editions merci à tous les deux d'être venus ce matin non
non non non non non non