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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 16 mars 2023 24 min

La réforme des retraites "sera défaite soit à l'Assemblée soit demain par les Français", juge François Ruffin

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-9-30. Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin le député LFI NUP de la Somme. Vos questions et réactions au 01 45 24 7000 et sur l'application de France Inter. François Ruffin, bonjour. Bonjour, bonjour. Et bienvenue à notre micro. On vous avait reçu au tout début de l'examen de la réforme des retraites en janvier. Il y a deux mois, tout juste, on est aujourd'hui dans la journée décisive pour cette réforme. Celle de son adoption définitive par le Parlement. Est-ce la fin de la séquence à vos yeux ? Fermez le banc, cette réforme sera-t-elle appliquée ?

0:39
François Ruffin

Non, là, c'est une séquence qui va inscrire des choses dans la durée, dans la tête des gens. C'est évident. Donc déjà, il y a qu'est-ce qui va se passer aujourd'hui ? On voit qu'on est à quelques heures d'un vote et qu'on a à l'Elysée du comptage et recontage de voix. On passe par 49-3 ou pas, avec derrière tous les bidouillages, tous les bricolages, les ministres qui courent après les républicains et qui promettent un gymnase contre un achat de vote.

1:03
Présentateur

Vous avez vu ça ? Vous avez vu des ministres qui couraient derrière les républicains dans l'Assemblée nationale ?

1:06
François Ruffin

Les députés républicains en parlent. Et comment même il y a des certificats de médecins pour maintenant aller au vote solennel par procuration ? Enfin, voilà, on est quand même dans ce climat-là. C'est-à-dire, pour moi, un abaissement de la République, quand on en est à ce marchandage sur ce que Macron prétendait être la mère des réformes. C'est-à-dire une très grande fragilité d'un côté. Et de l'autre côté, un bloc. Je veux dire, 8 syndicats, tous les syndicats unis contre la réforme des retraites, dans la durée. 2 Français sur 3 contre cette réforme. 4 salariés sur 5 contre cette réforme. 1, 2, 3 millions de personnes, 1, 2, 3, 4, 5 fois contre cette réforme.

1:46
Présentateur

Oui, mais vous savez, François Ruffin, c'est pas la rue qui gouverne en France.

1:50
François Ruffin

Là, il y a quand même une grande illégitimité de cette réforme-là. C'est très clair. Je veux dire, il faut le dire les choses comme elles sont. Cette loi sera défaite. Elle sera défaite soit aujourd'hui à l'Assemblée par nos votes, soit elle sera défaite à demain, après-demain par les Français.

2:03
Présentateur

J'entendais, pardon, j'entendais des députés de gauche en 2010 dire la loi de Nicolas Sarkozy, les 62 ans, ce sera défait. La gauche est arrivée au pouvoir, elle n'a rien défait du tout. Et vous dites illégitime. Si tout à l'heure à l'Assemblée nationale, elle passe, s'ils obtiennent la majorité, même à 3 ou 4 voix, est-ce que ça ne lui confère pas une légitimité qui est celle de la représentation nationale, qui est celle de nos institutions ?

2:24
François Ruffin

Dans la durée, c'est marqué par une illégitimité très profonde et très profondément ancrée dans le pays. Moi, je ne sais pas si vous avez lu le papier de la grande conversation qui est parue, qui est sur les conséquences, les lendemains politiques d'une réforme contestée, et qui explique pourquoi ça va avoir des conséquences politiques dans la durée. Je veux dire que là, on a affaire à une coupure entre la France d'en haut et la France d'en bas, la France qui se lève tôt, la France qui a mal au dos, la France qui prend son auto, la France qui va au boulot, et on a inscrit une nouvelle coupure.

La première coupure, c'était le traité constitutionnel européen, le 29 mai 2005, quand 55% des Français viennent dire non, mais quand 80% des ouvriers viennent dire non à la concurrence libre et non faussée, et qu'un an après, à Lisbonne, on fit comme si de rien n'était. L'élite, elle croit qu'elle peut passer en force là-dessus, mais dans la durée, c'est la démocratie et c'est le pays qui perd. De la même manière sur le mouvement des Gilets jaunes.

On croit qu'avec le mouvement des Gilets jaunes, même en passant aucun compromis social avec ce mouvement-là, eh bien, on peut faire le blabla du grand débat derrière sans faire le référendum d'initiative citoyenne, sans faire la TVA à 0%, mais dans la durée, c'est le pays et c'est la démocratie qui perd. Et c'est la même chose qui va se produire aujourd'hui. Aujourd'hui, sur la réforme des retraites, quand on a une réforme qui nous dit, c'est une étude remarquable qui est parue là, par deux chercheurs du Centre d'études européennes, qui disent que cette réforme concentre la plupart des mécanismes aujourd'hui identifiées par la science politique comme nourrissant le ressentiment social.

Voilà ce que va nourrir cette réforme dans la durée, pour toute une série de raisons.

3:54
Présentateur

Mais vous, comme député, François Ruffin, vous ne respecterez pas le vote de la représentation nationale ?

4:00
François Ruffin

Ça veut dire quoi, je ne respecterai pas ? Ça veut dire que, de toute façon, si je dois travailler jusqu'à 64 ans, je vais travailler jusqu'à 64 ans. Mais demain, ce soir, ça ne sera pas fini.

4:08
Présentateur

Mais qu'est-ce qui va se passer demain, après-demain, si la loi passe, si elle passe à la régulière ? De toute façon, les rafineries sont bloquées,

4:15
François Ruffin

les ordures ne sont pas ramassées, il y a les porcs qui, aujourd'hui, sont morts.

4:18
Présentateur

Le préfet de Paris a demandé la réquisition des éboueurs.

4:23
François Ruffin

Par exemple, moi j'aimerais bien voir, puisque la place est libre, que Gérald Darmanin prenne la place d'un éboueur pendant une semaine, avec Gabriel Attal, avec Emmanuel Macron, qu'on les voit courir derrière la benne à ordures pour ramasser les déchets. Vous voyez ? Qu'on les voit faire ça pendant une journée, pendant une semaine, et qu'à la fin, ils fassent une conférence de presse en disant, ouais, en effet, c'est un mauvais métier qui est vachement sympa, on respire bien, c'est vachement tranquille, on comprend que là-dedans, on puisse aller jusqu'à 64 ans.

Moi, je suis admiratif du travail des éboueurs, tous les jours, parce que j'ai l'impression qu'ils font un marathon derrière la benne à ordures. Et je trouve ça beau, presque, qu'il se passe là. Pourquoi ? Parce que ça rend visible le travail invisible. Vous savez, le travail du nettoyage, c'est un travail qui, par nature, est invisible. Et là, le fait qu'il ne soit pas fait, eh bien, ça le rend visible. Et je pense que là, c'est une manière de mettre en avant les invisibles de la société. Donc, tout ça ne va pas s'arrêter ce soir. Mais ne va pas s'arrêter ce soir. La contestation...

5:17
Présentateur

Vous êtes pour des grèves qui continuent, qui continuent, mais vous savez que ça coûte cher, les grèves. Vous avez vu les mobilisations, elles sont moins importantes. Hier, il y avait moins de monde que le 7 mars.

5:25
François Ruffin

Mais je suis pour que ça continue. Enfin, je soutiens tous les travailleurs qui ont les courages, dans la difficulté qu'on traverse, je veux dire, avec l'inflation et ainsi de suite, de se priver de une, deux, trois journées de salaire. Il est évident que je suis avec eux, dans tous les secteurs. Mais maintenant, je suis pour que le vaste mouvement qui concerne des dizaines de millions de personnes qui se reconnaissent là-dedans, je suis pour qu'on lui propose un débouché politique. C'est-à-dire que là, il y a un risque qui est évident, qui est un risque qui est mentionné par l'étude du Centre d'études européennes, que cette réforme, elle produise un vote d'extrême droite.

Nous, qu'est-ce qu'on a comme responsabilité ? On a comme responsabilité de venir produire une transformation, presque une alchimie, de cette résignation en espérance. Et en disant, voilà, il y a un débouché politique, il est chez nous.

6:16
Présentateur

Jean-Luc Mélenchon déclare, c'était samedi, il faut trouver une porte de sortie, donc nous allons en trouver une par la force. Vous dites la même chose, et d'ailleurs, ça veut dire quoi ?

6:26
François Ruffin

Je n'en sais rien. Vous lui demanderez. Moi, je sais que... Non, mais tout de même. Il y a une porte de sortie à trouver. Les mots, là, sont forts, donc j'imagine qu'ils doivent avoir un sens. Vous lui poserez la question. Moi, je sais ce que nous avons à faire. Ce que nous avons à faire, et c'est très clair, d'autant plus, vous savez, je sors de ce conflit avec une conviction renforcée, qui est que la question du travail est centrale aujourd'hui dans ce que doit être un parti de gauche.

à la fois vivre de son travail, c'est-à-dire le salaire, l'indexation des salaires sur l'inflation, vivre de son travail passé, c'est la retraite, les droits liés au travail, la fierté du travail, le mal-être au travail, le sentiment qu'ont les gens de mal faire leur travail. Et je pense qu'on doit être aujourd'hui le parti du travail. Je ressors de ce conflit avec cette conviction absolument renforcée. Et dire que ça, ça ne pourra pas se faire sans ceux qui ont été le moteur de cette bataille-là, et le moteur de cette bataille qui a rassemblé des millions de personnes dans la rue, ce sont les syndicats. Et évidemment, poser la question du travail, on doit le faire avec eux.

On doit passer d'un contre, contre la réforme Macron, à un pour qui est dans la...

7:31
Présentateur

Mais pardon, à un pour, on entend votre message ce matin, vous êtes en train de préparer la suite et d'essayer de constituer un mouvement. On entend en filigrane ce que vous dites, mais vous trouvez que vous avez donné l'exemple. Je vous pose la question, parce que les deux mois à l'Assemblée nationale, les quinze jours de débat à l'Assemblée nationale particulièrement, vous nous aviez dit à ce micro, il n'y aura pas d'obstruction bête et méchante, on sera constructif. Finalement, votre groupe ne vous a pas écouté, il a maintenu ces milliers d'abonnements. Vous trouvez que vous avez donné l'exemple ? Vous trouvez que vous allez fédérer ensuite ?

Ça ne va pas aussi ça rester dans la tête des gens ?

8:04
François Ruffin

Non, je suis convaincu que non. Je suis convaincu que là, on est de l'ordre de la péripétie parlementaire, et que ce n'est vraiment pas ça qui va rester dans la tête des gens. La question, c'est comment on va faire...

8:12
Présentateur

Traiter un ministre d'assassins ou jouer au foot avec sa tête, ça passera ?

8:17
François Ruffin

Oui, je vous dis, ce n'est pas ça qui restera. Ce qui restera, ce n'est pas ça. Ce n'est même pas ce qui se passe au Sénat avec les votes bloqués, et ainsi de suite. Ce n'est pas ça qui restera dans la tête des gens. Qu'est-ce qui restera ? Non, qu'est-ce qui restera ? J'en reviens à cette étude qui me paraît centrale, parce que je viens de la recevoir là. Et qu'est-ce qu'elle dit ? Elle dit qu'il y a trois causes qui vont nourrir ce ressentiment social. Ce qui va rester, c'est le ressentiment social. La première cause, c'est qu'on a une réforme qui touche sans compensation les classes populaires, c'est-à-dire ceux qui sont déjà les grands perdants de la mondialisation.

Et très concrètement, ces trois millions de personnes qui, d'ici 2027, vont voir leur retraite être reculée. Donc c'est le cœur de cible. La deuxième chose, c'est qu'il y a eu une présentation erronée, voire mensongère du gouvernement, et que ça, ça nourrit le « tous pourris, ils nous ont menti ». La troisième chose, c'est évidemment le vice-démocratique. Quand on a des sondages d'opinions qui sont très défavorables, c'est-à-dire à quoi bon qu'on donne notre avis ?

Et l'étude conclut en disant « Beaucoup de Français sont en position de se dire de cette réforme de retraite, ils mentent, ils ne tiennent pas compte de ce que nous disons ni de ce que nous vivons, nous qui sommes les laissés pour compte, qui souffrons au travail. » Eh bien, voilà, je pense, le cœur de ce qui va rester, de ce qui va s'inscrire dans la durée. Voilà ce sur quoi, nous, on doit travailler. On doit travailler à transformer ce ressentiment en une espérance. On doit travailler à transformer ce contre, rester contre, évidemment, cette...

9:42
Présentateur

Mais pourquoi vous ne vous êtes pas coltiné le texte à l'Assemblée au lieu de faire de l'obstruction ?

9:47
François Ruffin

Écoutez, de toute façon, moi, j'étais favorable à l'article 7, mais je n'étais pas pour qu'on vote. Je n'étais pas pour qu'on vote ce texte. Pourquoi ? Parce que si...

9:55
Présentateur

Parce que vous n'avez pas la majorité ?

9:56
François Ruffin

Parce que si on n'avait pas eu la majorité, il est très clair que c'était un mouvement négatif qui était envoyé au mouvement social. D'accord ? Donc ça, il n'y a pas de doute là-dessus. Maintenant, je vous redis, je sais bien que ça intéresse beaucoup le microcosme politique et journalistique de se demander qu'est-ce qui se passe à l'Assemblée, au Sénat et ainsi de suite. Ce n'est pas là que ça se joue. Ça se joue aujourd'hui dans le cœur et dans le corps des gens très profondément. Ça se joue dans le cœur des aides-soignants que je rencontre et qui se disent bon sang, à 53 ans, j'ai déjà mal aux épaules, comment je vais faire pour y aller jusqu'à 64 ?

10:27
Présentateur

Ça se joue là-dessus. François Ruffin, est-ce que vous êtes pour un référendum d'initiative partagée après le vote s'il y a lieu aujourd'hui ? Est-ce qu'il faut, dès ce soir, selon vous, utiliser cette modalité qui, je crois, a été introduite dans la Constitution par Nicolas Sarkozy pour faire un référendum d'initiative partagée ? Chez vous, chez les Insoumis, ils sont contre ?

10:48
François Ruffin

On a une discussion ce matin pour décider est-ce qu'on veut ce référendum d'initiative partagée ou pas ? La première chose, d'abord, c'est qu'aujourd'hui, si on gagne, si on gagne à l'Assemblée, il n'est pas question d'avoir un référendum d'initiative partagée. Donc, c'est la première chose.

11:02
Présentateur

Vous croyez encore que vous pouvez gagner ? Vous croyez encore que vous pouvez faire tomber le texte ?

11:05
François Ruffin

Malgré les bricolages, les magouilles, les bidouillages, on voit une certaine fébrilité dans le camp d'en face. Ce n'est pas maintenant qu'on va trembler en disant... Je veux dire, c'est incroyable que la majorité en soi se posait... majorité très relative en soi se posait des questions là-dessus. Bon, mais moi, je suis favorable à ce que... J'en discuterai avec le groupe ce matin, à ce que, oui, on porte ce référendum d'initiative partagée. Pourquoi ? Parce que ça va permettre de prolonger très profondément dans le pays, y compris à Frivillet-Scarbotin, à Ham, à Nel, à Peronne, dans des coins chez moi où on n'avait jamais vu une manifestation où ça s'élevait.

Moi, j'en discutais avec les syndicats qui nous disaient bien sûr, on fera tourner ça dans notre usine. Et donc, ça raccroche à une lutte et je suis convaincu que si on s'y met tous, si tous les syndicats sont unis, si tous les partis de gauche sont unis, voire si des associations s'y mettent, on y atteindra les 4,7 millions de signataires.

11:51
Présentateur

Et vous allez réussir à convaincre votre groupe ? Votre parti ? Enfin, votre mouvement ? Parce que quand vous leur avez dit on ne fera pas d'obstruction, on retire les amendements, ils ne vous ont pas écouté. Ils ont écouté Jean-Luc Mélenchon. En soirée, vous avez des ambitions politiques, vous n'arrivez pas à convaincre votre groupe.

12:04
François Ruffin

Ce n'est pas si simple puisque à l'intérieur du groupe il y a eu des votes et qu'il y a eu un vote qui disait on allait à l'article 7. Mais bon, ce n'est pas là le sujet. On aura cette discussion ce matin, on fera peser nos arguments et il me semble que les camarades sont susceptibles de dire oui, on doit porter ce combat populaire. Pourquoi ? Parce que vous savez, c'est marrant comment tous les mouvements se passent de la même manière. Ça veut dire qu'on entre dans la crise par du social ou par du fiscal. Les gilets jaunes, on y entre par une crise fiscale. Et on se dit mais bon sang, comment ça se fait que c'est un homme tout seul qui décide là-haut ?

Et on en sort par une crise démocratique. Aujourd'hui, on entre par une crise sociale, le passage de 62 à 64 ans, et on en sort en disant mais bon sang, comment ça se fait qu'avec si peu de personnes, ils arrivent à décider là-haut et on en sort par une crise démocratique. Et donc, je pense que le référendum d'initiative partagée qu'il ne faut pas idéaliser, loin de là, 4,7 millions de signatures, la Startup Nation qui nous fait des sites complètement pourris, bon, ça va être aussi compliqué mais je pense que c'est un moyen de porter le combat aussi sur le terrain démocratique.

13:00
Présentateur

Deux questions d'auditeurs sur l'appli d'Inter. Julien, en cas de 49.3, allez-vous voter toute motion de censure même venant du RN ?

13:09
François Ruffin

Là, il y aura une motion de censure vraisemblablement portée par le groupe Liot en liaison avec les autres groupes et qui rassemblera toutes les oppositions à ce texte. Liot,

13:17
Présentateur

c'est un groupe indépendant ? Oui,

13:18
François Ruffin

c'est Liberté-Territoire, un groupe indépendant. Et vous voterez

13:21
Présentateur

tous, quelles que soient les couleurs politiques qui se rassemblent derrière la bannière Liot.

13:31
François Ruffin

Et les Républicains qui sont aujourd'hui... Vous leur dites quoi aux Républicains ? Qui hésitent ? Je leur dis soyez gaullistes, franchement. Aujourd'hui, il s'agit de la démocratie, il s'agit de notre pays. Il s'agit des Français, il s'agit de la France. Il ne s'agit pas de petites choses. Il s'agit de se demander si... Enfin, il y a quand même... Moi, je disais, c'était l'image du coyote de Texas Avery. Vous savez, qui court, qui court, qui court, et puis sous lui, il a le vide.

comment Emmanuel Macron, réélu, sans panache, sans élan, avec derrière une majorité de raccourts à l'Assemblée nationale, avec une base sociale extrêmement étriquée, ose, avec son arrogance, avec sa toute puissance, faire cette réforme-là contre un peuple français qui n'en veut pas.

14:13
Présentateur

Il l'a annoncé dans la campagne, on ne va pas refaire le match pour la 8e fois. Il l'avait annoncé dans son programme.

14:18
François Ruffin

Et ce vote m'oblige. Il l'a dit aussi. Bon, d'accord. Mais bon, je ne refais pas ce match-là non plus. Mais je dis qu'aujourd'hui, ce qui se passe, c'est que ce n'est pas sain pour la France. Ce n'est pas sain pour la France. Aussi, pourquoi ? Parce que nous avons une France à réparer. Nous avons un hôpital à réparer. Nous avons une école à réparer. Nous avons des centrales nucléaires à réparer. On a un pays à réparer. On a un rail à réparer. On a une crise écologique à affronter. Comment on va affronter ça ? Est-ce que c'est en se divisant, en se chicanant dans tous les sens, comme on le fait là, en plaçant de la division au cœur du pays ?

Ou bien c'est en se disant on rassemble, on canalise toutes les énergies, on canalise tous les capitaux, on canalise toute la main-d'œuvre, on canalise tous les savoir-faire pour affronter ces défis dans le pays ensemble ? Et je pense que ça devrait être ça, le rôle d'un président de la République. Et ça devrait être de rassembler. Ça devrait être de nous unir pour affronter ces défis-là et pas de nous diviser.

15:10
Présentateur

Allez, on file au standard où nous attend Alain. Alain, vous nous appelez de Haute-Savoie. Bonjour, bienvenue.

15:16
Locuteur non identifié

Ce n'est pas de Haute-Savoie, c'est de Savoie, mais ce n'est pas... Pardon, mille excuses, mille excuses. Bonjour France Inter, bonjour M. Ruffin. Bonjour. Vous dites qu'il y a un déni de démocratie de la part du gouvernement. Est-ce que le déni de démocratie, ce n'est pas l'Assemblée, le bordel, puisqu'on peut le dire maintenant à la radio que vous avez mis avec RFI ? Ça, c'est ma première question. Et la second déni de démocratie, à mon avis, il y a eu entre 1 ou 2 millions de manifestants dans les rues, ce qui veut dire qu'il y a à peu près 66 ou 67 millions de personnes qui sont restées chez eux. Alors, où est la démocratie, à votre avis ? Merci.

15:48
Présentateur

Merci Alain pour cette question. François Ruffin vous répond.

15:52
François Ruffin

Moi, je suis pour aller pleinement à la démocratie. Je suis pour qu'il y ait un référendum sur cette question-là, et que si jamais c'était une question qui divise profondément le peuple, on voit si elle se reconnaît plus, si le peuple se reconnaît plus dans ceux qui se sont opposés, corps et âme, à cette réforme-là, ou dans ceux qui l'approuvent. Et je sais quelle sera la réponse aujourd'hui. Et au fond, le gouvernement, il faut voir ce qui se passe dans la durée. Ce qui se passe dans la durée, c'est qu'on a un bloc libéral qui s'effrite et qui s'émiette. La question, c'est où vont partir les particules qui décrochent de ce bloc libéral central ?

Est-ce qu'elles vont partir à l'extrême droite ou est-ce qu'elles vont partir chez nous ? Et moi, je veux dire aux auditeurs, et je veux vous dire, il n'y a pas de fatalité dans l'histoire. 1929, ça a donné le New Deal aux Etats-Unis, ça a donné le nazisme en Allemagne, ça a donné le Front Populaire en France. Donc, il n'y a pas d'issue fatale. Il y a une bagarre pour savoir de quel côté on arrive à faire basculer ça. Est-ce qu'on le fait basculer du côté du ressentiment ou est-ce qu'on le fait basculer du côté de l'espérance ?

16:46
Présentateur

On repasse au standard. Dominique, bonjour. Oui, bonjour. Vous êtes à Vénissieux.

16:51
Invité

Je suis à Vénissieux dans le Rhône, une ville populaire, une ville communiste. Je suis ravie d'avoir affaire à François Ruffin, que j'adore. J'ai adoré ses films, mais je l'adore. Simplement, la question est comment maintenir une unité de la gauche et éventuellement faire adhérer à cette idée de référendum certains députés de droite du Modem qui, visiblement, ne sont pas très à l'aise à l'Assemblée nationale.

17:15
Présentateur

Merci Dominique pour cette question. Alors, l'unité de la gauche, pour commencer, François Ruffin ? Pour l'instant, l'unité de la gauche, elle existe.

17:22
François Ruffin

Tous les jours, on ne... Ah bon ? Oui, bien sûr. Vous le voyez quand même sur cette...

17:26
Présentateur

Sur la réforme des retraites, oui, vous êtes d'accord, mais sur la manière de vous opposer, vous n'êtes pas d'accord ?

17:31
François Ruffin

Vous savez...

17:32
Présentateur

Sur les 60 ans, vous commencez à ne plus être d'accord ? Sur les européennes,

17:35
François Ruffin

vous n'êtes pas du tout d'accord ? On peut trouver toujours... D'abord, sur les européennes, on y viendra plus tard. Moi, ma logique est de dire que dans un couple et encore plus un couple à quatre, quand il y a des infidélités, ça ne doit pas conduire au divorce. Vous voyez ? Donc, c'est pas parce qu'on n'est pas toujours d'accord. Il faut trouver le moyen de faire avec nos désaccords. Vous voyez, par exemple...

17:53
Présentateur

Pardonnez-moi de vous dire parce qu'il y en a qui vont... C'est un couple à cinq, pas à quatre. Vous en oubliez un. Je ne sais pas lequel, si vous oubliez les communistes ou le PS, mais vous êtes cinq.

18:01
François Ruffin

Communiste, PS...

18:02
Présentateur

Insoumis, Verts...

18:04
François Ruffin

Génération, mais qui était à l'intérieur des Verts. C'est pour ça qu'au départ, l'accord a été signé à quatre. Je veux bien dire à cinq. On peut avoir des couples de plus en plus extensifs et une vision du polyamour politique. Vous voyez ? Donc, il n'y a pas de problème... Politique avec un Y. L'unité est un combat. On le sait très bien. Ce n'est pas nouveau. Donc, moi, je suis pour qu'on mène ce combat de l'unité. Et je dis aujourd'hui, compte tenu du rôle qu'ont eu les syndicats... Qu'ont ? Ce n'est pas au passé. Qu'ont les syndicats dans cette bataille-là ?

Eh bien, je pense qu'il y a des discussions aussi à voir avec les syndicats sur comment on œuvre à une transformation progressiste plutôt qu'à un recul réactionnaire.

18:41
Présentateur

Nous avons une question d'Éric. La déferlante dans la rue n'a pas eu lieu. Emmanuel Macron n'a pas lâché. Est-ce pour vous un échec ?

18:48
François Ruffin

D'abord, je suis entré dans cette bataille-là. Vous savez, moi, je suis pour le pessimisme de la lucidité et l'optimisme de la volonté. Je voyais, et je vois encore, tout ce qui pèse dans la tête des gens. C'est-à-dire, très concrètement, aujourd'hui, la question clé. On parle des retraites. Mais les retraites, c'est pour demain. La question clé, c'est porte-monnaie des gens chez moi. Moi, je ne vais plus chez Leclerc parce que... Bon, je ne vais pas faire des comparaisons de prix, faire le comparatif de prix, là. Mais j'ai des gens qui me disent voilà, j'ai changé de magasin. Même si j'ai de la marche à pied à faire, j'ai changé de magasin. Donc, on est là-dessus.

On est dans une inquiétude sur le porte-monnaie des gens, sur comment je vais payer mes factures, comment je vais faire mon plein dans ma voiture. Et c'est ça qui pèse le plus.

19:27
Présentateur

Le trimestre anti-inflation mis en place par le gouvernement ?

19:29
François Ruffin

C'est une grosse blague. C'est une grosse blague de Bruno Le Maire. Mais enfin, il faut regarder ce qui s'est passé, par exemple, au niveau de la Banque Centrale Européenne. Vous savez, ils se sont mis en séminaire en Finlande. Ils sont allés au Pôle Nord, là. Et ils ont passé une petite semaine entre eux pour dire qu'est-ce qui se passe ? Parce qu'il y a une augmentation des prix, mais il n'y a pas d'augmentation des salaires. Ils disent, non, on a un problème, c'est qu'il y a une augmentation des bénéfices. On n'est pas aujourd'hui dans une boucle, parce que Bruno Le Maire craint beaucoup la boucle prix-salaire. Non, il n'y a pas de boucle prix-salaire.

Il y a aujourd'hui une boucle prix-bénéfice avec les firmes qui se gavent, qui se gavent, qui se gavent. Et donc, aujourd'hui, il y a un objectif pour moi qui est l'indexation des salaires sur l'inflation. C'est le minimum. Vous savez, même dans la manif où j'étais hier, ce dont on vous parle, c'est comment ça fait que le patron il me propose 3% d'augmentation, alors que c'est 6% officiellement d'après l'INSEE.

20:21
Présentateur

François, un mot sur la crise bancaire aux Etats-Unis qui touche désormais la Suisse avec le Crédit Suisse. Est-ce que vous êtes inquiet aujourd'hui pour le système bancaire européen français ou vous croyez Bruno Le Maire quand il dit pas de panique, on a des banques solides ?

20:30
François Ruffin

Tout va très bien, tout va très bien, Madame la Marquise. Non, je ne sais pas,

20:33
Présentateur

mais ça c'est une vraie question brûlante.

20:33
François Ruffin

En même temps, il est dans son rôle qui est... Voilà, bon. Maintenant, là, il y a un problème qui est une inquiétude générale sur les systèmes bancaires qui en feront une fragilité qui dure depuis 15 ans avec une remise à flot permanente par l'injection de liquidités tous azimuts. Mais je veux rappeler une image qu'on m'avait donnée. On m'avait dit finalement on injecte des liquidités mais le tuyau est percé de partout. Et donc finalement, c'est qu'une infime fraction qui arrive aux Etats, qui arrive aux collectivités, qui arrive aux entreprises et à la place, on a des bulles qui se créent.

Vous savez, la bulle du CAC 40, elle est quand même complètement déconnectée de la réalité de la production du pays. Mais de la même manière, la bulle des start-up ou la bulle des crypto-monnaies qui est complètement déconnectée. Donc aujourd'hui, c'est comment on reconnecte la finance et l'économie réelle.

21:24
Présentateur

Très rapidement, l'Assemblée nationale a entamé lundi les débats sur le projet de loi de relance nucléaire qui vise à faciliter la construction de six nouveaux EPR à l'horizon 2035. Il faut les construire, ces EPR ?

21:33
François Ruffin

Ce n'est pas la question qui est posée aujourd'hui. D'accord ? Cette question-là, elle viendra à l'automne. Sur quel est le mix énergétique qu'on soit dit ? Donc on voit bien qu'on a à nouveau une Macronie qui met la chair devant les bœufs. Je veux vous signaler ce qui s'est passé hier. Hier, la majorité a été mise en large minorité.

21:49
Locuteur non identifié

Oui, sur les fusions

21:50
François Ruffin

entre les agences.

21:53
Locuteur non identifié

Ils sont fous.

21:54
François Ruffin

Excusez-moi, mais je le disais, j'ai démarré la séquence en disant qu'il y a une espèce de folie. Mais on voit la folie même sur le nucléaire. Il y a un accord, même chez ceux qui sont très critiques vis-à-vis nucléaire, qui disent aujourd'hui, l'IRSN, l'ASN, tout ce qui est des autorités de régulation du nucléaire, on a plutôt confiance en elle. Et que fait la Macronie ? Elle veut casser ça. Elle veut les fusionner. Elle veut finalement, avec un risque de perte d'indépendance. Eh bien, hier, l'Assemblée nationale, contre l'avis de la Macronie, a dit non à cette fusion des deux branches. Je veux dire, ça peut être un signe annonciateur de ce qui se passe dans la journée aussi.

22:27
Présentateur

Le président de la République réunissait jeudi dernier représentant des cultes, président du comité d'éthique, médecin aux soins palliatifs, philosophe, pour faire un point sur le débat sur la fin de vie. L'Obs publie un manifeste des 109 personnalités demandant au président de la République de faire évoluer la loi sur l'aide active à mourir et le suicide assisté. Quelle est votre position sur ce sujet ?

22:49
François Ruffin

Je pense qu'il y a une évolution à mener. Moi, je lis les choses, je rencontre des gens qui me parlent de la fin de vie qui peut être compliquée. Donc, il y a une vraie réflexion à mener qui doit être menée avec pondération, avec réflexion, sans se précipiter. Mais je pense que là, c'est un dossier qui est en cours. Tout comme, il y a des choses que je peux saluer, au-debout de la vie, dirais-je, à la fois l'inscription du droit à l'avortement qu'on espère, qu'on aspire dans la Constitution et qui a été promise par Emmanuel Macron. Ça, c'est à l'entrée de la vie et à l'autre bout de la vie. Comment en sortir ? Comment en sortir avec dignité ?

23:24
Présentateur

Merci, François Ruffin, d'avoir été à notre micro ce matin. Il est 8h46. Peace.