Macron face au ras-le-bol des Français #cdanslair 23.11.2020
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 32 %Attaque 33 %Défensif 35 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 87 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 1:46OuverteRéponse directe
Ne pas parler de déconfinement et redonner de l'espoir aux Français, ça ne va pas être simple quand même.
- 3:00RelanceRéponse partielle
Le Premier ministre a reconnu avoir peut-être déconfiné trop tôt la dernière fois. Le gouvernement a-t-il tiré les leçons ?
- 4:41OuverteRéponse directe
Jérôme Fourquet, le moral des Français est en berne. Comment l'exécutif peut-il agir contre cette morosité ?
- 6:29OuverteRéponse partielle
Rallumer la lumière, Anne Rezancher. Comment redonner de l'espoir avec cette équation épidémiologique difficile ?
- 10:40OuverteRéponse directe
Sophie Faye, quels sont les effets de second tour de la crise sur l'économie ?
- 13:01OuverteRéponse partielle
Certains Français choisissent de vivre comme avant malgré les restrictions. Comment expliquer cette résistance ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:17PrésentateurFait
« « Il y a un mot que le président ne prononcera pas demain soir, c'est le mot déconfinement. » »
- 0:22PrésentateurFait
« « Le gouvernement ne veut pas refaire les erreurs passées, alors il s'agit de donner un peu d'air, mais de garder la main sur l'épidémie. » »
- 1:34PrésentateurChiffre
« « Selon votre dernier sondage, la popularité d'Emmanuel Macron progresse pour atteindre 41% d'opinions favorables. » »
- 5:05Invité politiqueFait
« « C'est le deuxième confinement que les Français ont à endurer. » »
- 5:15Invité politiqueChiffre
« « Nos chiffres d'enquête montrent que la proportion de Français qui se dit déprimés ou en baisse de morale est significativement plus élevée que lors du premier confinement. » »
- 5:50Invité politiqueFait
« « Emmanuel Macron avait indiqué la date de sortie, le bon de sortie pour les Français, le moral était reparti à la hausse. » »
- 17:21Invité politiqueChiffre
« « Il n'est pas au plus haut depuis le début de son quinquennat, mais c'est 41% de Français qui sont satisfaits dans le sondage de l'IFOP pour le journal du dimanche hier. » »
- 17:59Invité politiqueChiffre
« « Quand on interrogeait les Français il y a une semaine sur ce qu'il fallait faire en termes de mesures sur le confinement, nous avions 42% de Français qui étaient favorables à un durcissement des mesures et 37% à un allégement. » »
- 30:08Invité politiqueFait
« « Je pense que spontanément, ils sont plutôt pour quelque chose qui serait du cas par cas, qui serait adapté sur mesure régionale. » »
- 36:34PrésentateurChiffre
« « Il y a 143 000 entreprises qui ont déjà reçu une aide du Fonds de solidarité pour 366 millions d'euros. » »
- 37:48Invité politiqueChiffre
« « 50% des personnes qu'ils voient affluer dans leurs locaux sont des personnes qu'ils ne connaissaient pas précédemment. » »
- 39:34Invité politiqueFait
« déstabiliser des composantes de la société qui, jusqu'à présent, s'en étaient plutôt bien sorties »
- 43:00InvitéChiffre
« une augmentation de 100 ou 150 euros pour les plus démunis »
- 43:53InvitéFait
« Le chômage partiel, ça existe. Ça fonctionne bien. Ça a été une des grandes réussites du premier confinement »
- 44:16InvitéChiffre
« une partie de vos pertes d'exploitation à hauteur de 10 000 euros »
- 44:25InvitéChiffre
« pour n'importe quelle boutique de vêtements, le stock, c'est entre 50 et 60 000 euros achetés comptant sur 60 jours »
- 44:43InvitéChiffre
« Un Français sur trois a subi une perte de revenus pendant ce deuxième confinement »
- 45:30PrésentateurChiffre
« 10 % de Français dans un état dépressif fin septembre, 21% début novembre »
- 46:43Invité politiqueChiffre
« Parmi les personnes qui sont dans un foyer d'artisans, commerçants et de chefs d'entreprise, la cote du président de la République s'établit à 49% »
- 52:50InvitéChiffre
« l'État a provisionné 1,5 milliard d'euros pour 2021 »
- 57:09InvitéChiffre
« On est à 11 000 cas de contamination sur les derniers jours. Le président avait fixé la barre à 5 000 »
- 57:31Invité politiqueChiffre
« on a à peu près 40 % de la population qui fait confiance au gouvernement pour mener à bien ces opérations »
- 1:00:47InvitéChiffre
« il y a à peu près 8 à 9 % des Français qui vont en vacances au ski »
Temps de parole
- Présentateur47 %
- Invité21 %
- Emmanuel Macron19 %
- ?3 %
- Invité 23 %
- Invité 33 %
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Bonsoir à toutes et à tous, nous attendons vos questions, SMS, Internet et réseaux sociaux pour alimenter notre discussion. Alors il y a un mot que le président ne prononcera pas demain soir, c'est le mot déconfinement. Le gouvernement ne veut pas refaire les erreurs passées, alors il s'agit de donner un peu d'air, mais de garder la main sur l'épidémie. Avec une ouverture en trois temps, fin décembre, avant les fêtes et début janvier, le chef de l'État a une nouvelle inconnue dans son équation, le niveau d'acceptabilité des Français.
Le moral de la nation dégringole, le sentiment d'injustice se creuse entre ceux qui télétravaillent et ceux qui n'ont pas droit, entre ceux qui ont repris et ceux qui n'ont toujours aucune perspective de reprise. Alors que peut annoncer le président ? Comment redonner de l'espoir, surtout quand l'idée même d'un déconfinement est écartée ? Macron face au ras-le-bol des Français, c'est le titre de cette émission. Avec nous pour en parler ce soir, Bruno Jeudy, vous êtes rédacteur en chef du service politique de Paris Match. A lire cette semaine dans votre magazine un reportage sur les naufragés du confinement, nous y reviendrons. Anne Rosencher,
vous
êtes directrice déléguée de la rédaction de
l
'Express, qui consacre sa une aux vaccins, avec ce titre, l'espoir enfin, ces vaccins qui vont tout changer. Avec nous ce soir également, Sophie Fais, vous êtes journaliste au service économie de l'Obs, vous êtes également chroniqueuse sur la radio France Inter. Avec nous également, Jérôme Fourquet, vous êtes directeur du département opinion de l'institut de sondage IFOP. Selon votre dernier sondage, la popularité d'Emmanuel Macron progresse pour atteindre 41% d'opinions favorables. Bonsoir à tous les quatre, merci de participer à ce C'est dans l'air en direct. Bruno Jeudy, ne pas parler de déconfinement et redonner de l'espoir aux Français, ça ne va pas être simple quand même.
Oui,
c
'est même un peu contradictoire dit comme ça. Parce que franchement, l'Elysée nous parle d'une intervention très prudente, s'agissant du déconfinement, mot qu'il ne faut pas prononcer, au mieux on parle de confinement allégé, voire j'ai noté d'allègement des contraintes. En gros, pour sortir de notre océan de morosité, on est prié de respecter les paliers de décompression. Donc voilà,
nous allons
remonter par paliers, petits paliers. Et peut-être que le week-end prochain, c'est un peu ce qui se dessine, là je parle plus sérieusement, les commerces vont rouvrir, on en parlera sérieusement. Et puis peut-être que si tout va bien, à la mi-décembre, nous pourrons nous déplacer plus librement. Et puis si encore tout va mieux, en janvier, peut-être que les bars, les patrons de bars et restaurants, ça ne leur donnera pas beaucoup de baume au cœur. Mais peut-être, en gros, le président va essayer de donner des perspectives à une France qui en a ras-le-bol et qui est effectivement engagée maintenant dans une morosité sans fin.
Ce que j'entends aussi de ce que vous nous expliquez, on viendra peut-être en détail sur les pistes qui sont évoquées, mais ce que j'entends aussi, c'est ce qu'avait dit un peu le Premier ministre Jean Castex devant la commission d'enquête parlementaire la semaine dernière en disant « Nous avons, c'était une sorte de mea culpa, nous avons peut-être déconfiné trop tôt ». On se dit, ils ont tiré les leçons de ce qui s'est passé la dernière fois.
À
l'époque, on avait un chef de l'État qui nous parlait du retour des jours heureux.
Il avait été surtout très optimiste dans son intervention, la même qu'il avait fait à la fin du confinement de la première vague. Il ne
va
sûrement pas avoir une tonalité trop optimiste pour ce second, ce deuxième confinement. Et donc, du coup, il va éviter de donner cette impression que tout est derrière nous. Il avait dit, y compris au 14 juillet dans sa intervention, le plus dur est derrière nous. Or, les Français, quatre mois plus tard, ils sont retombés dans le dur avec ce confinement. Donc, grande prudence. Et ça lui a plutôt réussi. Sa dernière intervention, il faut quand même le dire, je l'avais dit ici, c'est qu'elle était plutôt débarrassée du pathos qu'on a pu avoir dans les interventions du président de la République. Plus sobre, plus simple, avec même un petit peu de… à la limite presque de… Il ne
dit
pas « je ne sais pas », mais au fond, une grande prudence. Et au fond, ce n
'est
peut-être pas plus mal dans une situation assez difficile. On voit bien, en tous les cas, que pour l'instant, il s'est fixé comme horizon. Pas de troisième confinement. Il ne le dira sûrement pas, parce que quand il a dit qu'il n
'y
aurait pas de nouveau confinement, ça lui a coûté cher. Donc, il n'ira pas de troisième confinement, mais c'est l'horizon que se fixe l'exécutif. Et c'est pour ça qu'ils ne veulent pas refaire ce qu'ils ont fait. Donc, le monsieur déconfinement qui avait raté le déconfinement, essayant de réussir le reconfinement, va essayer de réussir le déconfinement.
Jérôme Fourquet, je disais en débutant cette émission, il y a sans doute dans l'équation du chef de l'État, qui n
'est
pas simple, on est tous d'accord là-dessus, une donnée supplémentaire par rapport au 11 mai dernier, quand il avait annoncé le déconfinement. C'est que le moral des Français est en berne, et qu'on sent bien que quelque chose est en train de bouillonner.
Alors
oui, effectivement, on a un effet cumulatif. C'est le deuxième confinement que les Français ont à endurer. Alors il est certes un peu moins contraignant que le premier, mais tout ça pèse très très lourdement. Nos chiffres d'enquête montrent que la proportion de Français qui se dit déprimés ou en baisse de morale est significativement plus élevée que lors du premier confinement. En termes d'indicateurs économiques, on voit aussi que cette morosité pèse sur la consommation, et que les comportements d'épargne que suivent attentivement Bruno Le Maire sont très très développés.
Et
donc c'est contre tout cela qu'Emmanuel Macron va essayer d'agir. On rappellera qu'à l'occasion du premier confinement, quand à la mi-avril, Emmanuel Macron avait indiqué la date de sortie, le bon de sortie pour les Français, le moral était reparti à la hausse
et
les sondages également en faveur du gouvernement. Alors aujourd'hui, on est dans une situation différente, mais de la même manière qu'il s'agissait de sanctuariser ou de sécuriser les vacances d'été des Français, je pense que les Français sont très en attente
de
ce qui va être possible de faire pour les fêtes de fin d'année, qui est un moment extrêmement important. Et même si tout ne sera pas réglé, Emmanuel Macron va avoir à cœur demain d'essayer de rallumer un petit peu l'espoir ou la lumière chez les Français qui en ont bien besoin.
Rallumer la lumière, Anne Rezancher. Encore une fois, avec cette équation épidémiologique qui est très difficile à gérer quand on est aux responsabilités, c'est qu'il ne
faut
pas que l'épidémie reparte. C'est une équation extrêmement difficile qui s'impose à tous pour le coup, qui est de devoir naviguer entre les risques que chacun est prêt à prendre pour un principe de liberté, pour un principe de morale ou parfois pour un principe économique vital, pour ce qui est des petits commerçants, des restaurateurs, des indépendants, etc. Donc ça, bien entendu, on sent une espèce de colère monter face à l'entravement du confinement.
Mais aussi, et c'est pour ça que l'équation est extrêmement compliquée, le fait que les démocraties d'opinion ne peuvent pas supporter, ne peuvent pas encaisser qu'il y ait un trop grand nombre de morts et encore moins qu'il soit dû au fait que nos hôpitaux n'auraient pas pu les prendre en charge. D'où, si vous voulez, cette espèce de très très grande précaution qu'il y a eu par rapport au niveau de remplissage réel des réanimations. Mais il y avait cette espèce de tendance tout d'un coup à l'accélération de l'épidémie qui a fait qu'il y
a
eu ce grand stop qui a été le deuxième confinement. Donc, une fois qu'on a dit ça et qu
'il
est vrai, cette équation dont vous parlez, elle s'impose à tout le monde. Le problème, c'est que nous avons découvert, nous, Français,
on
va dire relativement à certains autres et notamment certains de nos voisins européens, que la navigation était difficile pour tout le monde, mais que le bateau, il suivait plus ou moins en fonction des pays et que le nôtre, il était dans un mauvais état. Voilà.
Et ça, ça alimente
cette colère et suralbol dont nous évoquons.
Ça
alimente une espèce de stupeur, je pense, de voir que finalement, on ne comprend pas qui décide. Au début, en plus, il y
a
eu le cafouillage, mais c'est compréhensible de savoir quelle était exactement la part des conseils des médecins, qui au début a semblé quasiment faire la politique.
Bon,
très vite, ça a été quand même repris en main. Les médecins ne sont là que pour donner des conseils. Et après, l'exécutif et le politique doivent trancher. Mais il y a aussi tout ce qui est décidé, puis après, mouliné par l'administration, par la bureaucratie. Vous voyez, on en a beaucoup parlé, mais c'est vrai. Je veux dire, ces attestations, il n
'y a
pas énormément de pays qui les ont fait comme ça. Tout ce qui a été le fonctionnement des agences régionales de santé. Marcel Gaucher le dit dans l'Express que vous avez cité. Il dit, voilà, ça c'est un exemple, si vous voulez, d'une politique qui était censée être une politique de décentralisation pour aller au plus près du terrain. On a décidé que les politiques de santé, et notamment l'action publique sur la santé, allaient être de plus en plus faites à un niveau régional. Et qu'est-ce qu'on a vu, là, à la faveur de cette pandémie ?
C'est que finalement, c'était un échelon qui dysfonctionnait malheureusement assez souvent, qui était un échelon administratif supplémentaire, et qui parfois même pesait sur les agents de terrain, qui eux ne sont pas en assez grand nombre, les soignants, etc. Et donc, voilà, tout ça pour
vous dire qu'on a un État... Et donc, est-ce que vous
concluriez en disant que, du coup, puisqu'on évoque ce soir le climat dans lequel le président va faire cette intervention demain, est-ce que vous diriez que tous ces dysfonctionnements que vous pointez les uns après les autres ajoutent à cette impatience qu'on peut sentir dans le pays, à cette exaspération chez certains ? Encore une fois, si on fait un parallèle avec la situation lors du premier confinement et l'intervention attendue également à l'époque du président de la République, on n'est plus dans le même contexte ? Je pense
que
deux choses. D'abord, les Français, on demande beaucoup à la politique et à l'État. Et là, ils voient que l'État est dysfonctionnel. L'action publique est très, très délabrée. Le mot est peut-être un peu fort, mais très empêchée. Comme ça, c'est émolliant. Et puis, non, il y a un sentiment presque de... Je pense qu'il
y a
un sentiment de trupeur. Nous, ici, nous sommes des journalistes, nous écrivons le brouillon de l'histoire, si vous voulez. Donc, on essaye de voir quelles seront les grandes tendances. Je pense que la pandémie va être d'abord un choc terrible, mais il va y avoir certaines grandes leçons, certains révélateurs qui auraient été faits. Et ça en fait partie, l'action de l'État, l'action publique n'est plus efficace. Sophie Faye, quand on passe du côté des acteurs économiques, on se souvient, là encore, vous disiez, on écrit le brouillon de l'histoire, c'était une jolie formule.
On se souvient qu'à l'époque, l'arbitrage, c'était de dire, il faut relancer la machine économique, il va falloir que les gens redondent consommer. C'était le retour des jours heureux, c'était le plan de relance. Tout ça, aujourd'hui, donne le sentiment d'être manipulé avec une extrême précaution, y compris cette nécessité de relancer la machine économique. Qu'en pensez-vous
? Alors,
ce qui est très difficile, c'est qu'il y
a
une partie de l'économie qui va bien, qui va quand même mieux que lors du premier confinement, c'est l'industrie hors industrie aéronautique et qui continue à fonctionner et qui est quelque chose sur lequel on pourra s'appuyer pour la relance. Mais ce qui est beaucoup plus difficile, c'est qu'on commence à voir ce qu
'on
ne voyait pas au premier confinement, ce sont les effets de second tour. Vous avez entendu que Danone, par exemple, annonçait des réductions d'effectifs,
et
bien Danone n'a pas de problème, Danone peut continuer à fonctionner, à vendre. Mais le problème de Danone, c'est que comme les restaurants ont été fermés très longtemps, ils vendent moins d'eau et ça finit par se ressentir sur son activité. Et donc là, on voit que personne n'est imperméable à la crise, que les grands groupes, même dans les secteurs qui ne sont pas directement exposés, comme le tourisme ou l'aéronautique, finissent par ressentir les effets de cette conjoncture difficile et de la fermeture des acteurs économiques qui sont en première ligne. Et donc ça, c'est inquiétant. Et on commence aussi à voir des...
Vous voyez, quand vous avez été fermé aussi longtemps, il y a des acteurs économiques qui se découragent. Et on voit des acteurs économiques avoir des problèmes. Dans le premier confinement, ceux qui avaient des problèmes, c'est ceux qui avaient déjà des problèmes avant, d'une certaine manière, qui s'accéléraient, que la situation accélérait. Là, on voit les premiers problèmes qui arrivent à cause de la pandémie et qui sont irréversibles. Donc c'est très dur moralement, beaucoup plus dur. Et il y a aussi ces salariés qui sont en télétravail depuis des mois. Il y a des salariés qui sont en chômage partiel depuis des mois.
Et puis ceux qui arrivent sur le marché du travail et qui ne sont vraiment pas dans les meilleures conditions pour chercher un emploi. Et ça, naturellement, ça pèse sur l'humeur du pays. Des élus qui appellent à l'aide face à l'explosion de la pauvreté. Des stations de ski qui réclament, elles aussi, des perspectives, des commerces qui attendent encore de connaître les conditions précises de la réouverture. Chaque jour, la pression se fait plus forte pour assouplir les règles. Certains n'attendent sans doute rien des annonces du président demain soir et ont carrément choisi de vivre comme avant. Aubry Perrault et Erwann Hylian.
Au
bout de ce tunnel désaffecté, 300 personnes en train de danser. En plein confinement, la scène paraît surréaliste. Elle a lieu samedi soir à Paris.
Pour
cette fête clandestine, les organisateurs encourent jusqu'à 15 000 euros d'amende et un an de prison. Un risque assumé par une partie de la population qui entend vivre malgré tout.
Des
Français qui s'impatientent, pressés de retourner à leur vie d'avant. Hier, dans le journal du dimanche, le chef de l'État promet de fixer un cap.
Rien n'est pire
que
l'incertitude et l'impression d'une morosité sans fin.
Emmanuel
Macron présentera demain cette stratégie pour la suite. Mais pas question de recommencer comme au printemps. L'exécutif travaille son vocabulaire. Plus de déconfinement. À la place, un allégement progressif des contraintes.
Je
crois que l'idée du président de la République, c'est surtout de pouvoir donner des perspectives et donner un sens. Rappeler à chacun qu'on ne va pas être confiné éternellement, mais que le virus circule toujours et qu'il nous faut nous adapter à la circulation du virus.
Prudence donc, avec un assouplissement en trois temps. Première échéance à la fin du mois, avec l'épineuse question de la réouverture des commerces.
Le
gouvernement envisagerait des horaires élargis en incluant le dimanche
et
une jauge étendue de 4 à 8 mètres carrés par client.
Des
mesures trop strictes selon l'opposition.
Ça
va recommencer avec là aussi des protocoles qui ne permettent pas d'avoir tous leurs clients. Donc je ne sais pas si vous imaginez dans quel état ils se trouvent quand on arrive en 2021.
C'est du délire. Je trouve ça délirant. Donc faisons preuve de souplesse, de bon sens. Il faut rouvrir les petits commerces. Ils sont déjà habitués à respecter un protocole sanitaire qui est strict. Et je ne crois pas qu'en allant acheter une paire de chaussures, vous participez à la diffusion de l'épidémie. Pardon.
Deuxième période d'assouplissement pour les fêtes de fin d'année. Avant la dernière échéance en janvier, où les bars et les restaurants pourraient être autorisés à rouvrir. Un agenda amené à évoluer en fonction de la situation sanitaire. Alors le Premier ministre tente de désamorcer les colères. Ce matin, auprès des professionnels du ski en kiais. Exemple à Val d'Isère. La station a perdu 20% de ses recettes l'hiver dernier.
Une
station, par exemple, comme nous, Val d'Isère, on a près de 4 000 employés en plein hiver. Donc il faut imaginer déjà à notre échelle ce que ça représente. C'est terrible. Si on ne peut pas ouvrir, c'est un
vrai
impact économique. Il y a des gens qui ne survivront pas. Il y a des commerçants qui ne survivront pas et qui seront obligés de mettre la clé sur la porte. Faites-nous confiance. Bien sûr, on sait qu'on peut être un lieu où des gens viennent et puis ensuite repartent. Mais tout est mis en place pour que les visiteurs soient en sécurité.
Le gouvernement interpellé de toutes parts.
Plus
tôt dans la journée, Jean Castex répondait aux élus locaux.
Avec la crise, certaines communes sont plongées dans la précarité.
C
'est le cas d'Allonnes, dans la Sarthe. Le maire, avec une centaine d'autres, a signé une lettre. Il demande à bénéficier d'une partie du plan de relance.
Ici,
les chiffres de la pauvreté ont bondi. La
municipalité puise dans ses ressources
pour aider les habitants.
Alors c'est 30 miro là,
c
'est 10 000 là,
c
'est 5 000 là,
c
'est 15 000 là.
Vous
voyez, donc c'est pas de la tchatche, c'est pas du baratin, c'est concrètement ce que nous vivons. La Covid a été un nouveau révélateur
de
territoire quand même laissé sur le bord de la route.
C
'est donc à une France impatiente qu'Emmanuel Macron devra répondre demain soir. Un rendez-vous important pour le chef de l'État au plus haut dans les sondages depuis 6 mois.
Oui,
parce que ça, c'est une des bonnes nouvelles pour le chef de l'État à la veille de cette intervention. C'est qu'il y
a
une adhésion d'une partie de la population. Il est assez populaire, peut-être que
je
vais poser la question à Jérôme Fourquet. Il a une cote de confiance qui est assez haute, le chef de l'État
?
Oui, alors il n'est pas au plus haut depuis le début de son quinquennat, mais c'est 41% de Français qui sont satisfaits dans le sondage de l'IFOP pour le journal du dimanche hier.
Et
donc c'est une progression de 3 points par rapport au mois dernier. Donc on voit qu
'il
y
a
quand même une partie significative de la population qui soutient de manière plus ou moins résignée l'action du gouvernement, qui a aussi en tête ce qui se passe dans les pays étrangers, qui voit qu
'il n
'y a pas forcément de plan B, que tout le monde tâtonne.
Et
donc c'est quand même une base qui est intéressante en termes de soutien dans la population. On rappellera que dans un autre sondage de l'IFOP, quand on interrogeait les Français il y a une semaine sur ce qu'il fallait faire en termes de mesures sur le confinement, nous avions 42% de Français qui étaient favorables à un durcissement des mesures et 37% à un allégement. Donc on a certes de l'exaspération et de la colère dans une partie de la population, mais on a aussi toute une frange des Français
plutôt
âgés qui sont inquiets et qui demandent à être rassurés, qui veulent que les protocoles soient respectés. Donc le gouvernement peut s'appuyer aussi là-dessus. Et quand on compare la cote de popularité du président de la République à ce stade du quinquennat à celle de ses prédécesseurs, François Hollande et Nicolas Sarkozy, Emmanuel Macron, en dépit de la pandémie et de ce deuxième confinement, est très au-dessus, même s'il est majoritairement impopulaire, il est très au-dessus de ce qu'était celle de ses prédécesseurs.
Et
vous évoquiez justement cette partie des Français qui sont favorables à ce qu'on garde une situation, une épidémie sous contrôle. On a beaucoup de questions de cette tonalité ce soir, Jérôme Fourquet, qui confirme précisément ce que vous êtes en train de dire, avec des gens qui vous regardent ce soir et qui disent, ben non, pourquoi vous rouvrir ? On n'est pas arrivé au bout de cette épidémie. Mais cette autre question qui fait appel à la cohérence des mesures. Passé le 1er décembre, on aura le droit de faire les magasins, mais pas de se promener dans la nature au-delà d'un kilomètre ?
–
Oui, alors ça, ça fait partie des contradictions qui vont devoir sans doute être résolues d'une manière ou d'une autre. Alors soit par le président de
la
République dans son intervention, qui peut-être ne descendra pas jusque dans ses détails, soit par le Premier ministre qui devrait faire une conférence de presse le lendemain. Parce que c'est vrai qu'on va garder nos attestations, vous le disiez tout à l'heure, donc fameuses attestations, on coche les cases pour le motif de sortie. On va garder la distance de 1 km pour aller se
promener. – Ça peut
peut-être bouger, ça,
les 1 km, c'est à l'étude. – Alors ça, ça peut peut-être bouger, c'est ce
que j'allais vous dire. Mais ça, ça peut bouger, ce n
'est
pas encore certain. Et en même temps, on va rouvrir quand même les commerces. Donc on va forcément aller plus loin que là où on va aujourd'hui, parce que les grands magasins vont rouvrir, que ce soit en province et puis surtout en région parisienne. Donc il va y avoir quand même des mouvements qui vont se faire, ne serait-ce que pour pouvoir aller dans les magasins, qui vont rouvrir, on va dire, d'ici le 1er décembre, voire peut-être le week-end prochain, puisque ça, c'est une demande très très forte des petits commerçants, notamment, qui comptent sur ce quatrième week-end qui pourrait leur être offert pour rattraper un peu la Noël. – Avec
le risque que les gens se ruent aussi dans les magasins.
– C'est aussi
ça. Mais ils ont pris leur précaution là-dessus. Au moins, ils ont étalé, vous savez, le fameux Black Friday. Donc on étale un peu les promotions, on les reporte d'une semaine pour que tout le monde ne se précipite pas dans les magasins le même jour. Mais c'est vrai qu'il va y avoir sans doute à résoudre ces contradictions. Alors peut-être que l'une des solutions qui est sur la table, c'est d'avoir une sorte de couvre-feu plutôt. Vous voyez, le couvre-feu qui est encore un peu plus allégé que le confinement, qui permet de sortir, mais avec une heure de rentrer le soir. Mais là aussi, il
peut
y avoir une contradiction, puisqu'ils envisagent d'étendre les horaires d'ouverture des magasins pour justement leur permettre…
– Le soir, le dimanche…
– Aux gens de faire leurs courses, d'étaler tout ça dans la journée pour que tout le monde ne se précipite pas aux mêmes horaires.
– Ce qui fait avec cette contrainte, pour les commerçants notamment, c'est de mettre, comme on dit, une jauge de 8 mètres carrés autour de chaque client. Donc on entendait Jordan Mardella dans le premier reportage expliquer que c'était absolument absurde, qu'il fallait laisser les gens pouvoir aller acheter une paire de chaussures et qu
'il
ne mettait personne en risque à le faire de cette manière. Donc ouvrir, mais pas trop.
– La
question, c'est que tout le monde soit raisonnable. C'est-à-dire que ce n
'est
pas parce qu'on réouvre, admettons qu'on réouvre le 28 décembre comme le souhaitent les commerçants, mais aussi comme le souhaitent le gouvernement, parce que plus il y a de week-end d'ouverture avant décembre, moins on aura de coï dans les magasins. Tout le but, et il ne
va
pas que le président parle ou ne parle pas, que le premier ministre parle ou ne parle pas, ça ne
va
pas changer le fond du problème qui est qu'il faut limiter les contacts et les interactions et les mouvements de population tant que ce virus est là. Donc on espère que ce mois qu'on vient de passer en reconfinement aura fait prendre conscience à tout le monde qu'il ne faut pas se précipiter dans les magasins et que ce week-end supplémentaire permettra d'étaler et que les jauges aideront à réguler la présence dans les magasins. Et vous savez, les commerçants, pour essayer d'ouvrir, ont proposé vraiment tout ce qui était possible. Ils sont prêts à ouvrir tôt, à ouvrir tard. Ils sont prêts à avoir un cahier pour noter les gens, repérer les cas contacts.
Ils sont prêts même, dans certains cas, à dire pourquoi on ne ferait pas des tests antigéniques à l'entrée des restaurants. Ils veulent vraiment réouvrir. Mais c'est à chacun d'entre nous d'être responsable. C'est comme ça que ça se passe dans les autres pays.
Pas tellement ce qu'il fait,
pas partout.
Et
c'est intéressant parce que je voulais précisément vous poser la question. Est-ce que ça ne
va
pas être dur à défendre des mesures restrictives comme celle-ci quand on voit que notamment les Catalans ont choisi de rouvrir les bars, les restaurants après un mois d'arrêt, les salles de sport, les théâtres ? Pareil, sous condition qu'aujourd'hui, cet après-midi, Boris Johnson vient d'annoncer un déconfinement de l'Angleterre, donc le 2 décembre. Et il dit, lui, très positif, l'issue est en vue. C'est-à-dire que quand les autres faisaient la même chose que nous, on se disait, bon, on est tous logés à la même enseigne. Si certains accélèrent, ça va être plus dur à défendre, non ?
Ils
accélèrent avec peut-être une plus grande acceptation
chez
eux que chez nous du vaccin, en fait. Ils commencent à déconfiner en pensant vraiment que ce vaccin va arriver et qu
'ils
vont pouvoir faire des campagnes de vaccination importantes.
Et
puis, peut-être aussi qu'ils ont des dispositifs qui font qu'il n'y a pas ces rassemblements de 300 personnes, comme on a vu encore ce week-end. Ces tentations de refaire la fête. La spécificité française, c'est quand on ouvre, il faut y aller doucement parce que sinon, ça se passe comme cet été. Non, mais en fait, je ne pense pas qu
'il
y
ait
de martingales, je ne
pense
pas qu'il y ait de choix absolument juste. Et d'ailleurs, Jérôme Forquet avait tout à fait raison de noter qu'une des raisons pour lesquelles la cote de popularité d'Emmanuel Macron n'est pas aussi catastrophique, c'est qu'il n'y a pas de plan miracle. Et là, l'Angleterre fait ci, mais avant, ils se sont trompés.
À part en Chine.
Oui, alors en Chine, c'est mieux de se concentrer sur les démocraties.
Donc
prenons plutôt le Japon ou la Corée du Sud, par exemple, qui, c'est vrai, ont plutôt bien marché. Mais donc, si vous voulez, là, ce qui va être décidé, je pense que les gens n'en tiennent pas forcément rigueur à Emmanuel Macron. D'abord parce qu'ailleurs, on a tâtonné aussi. Ensuite, parce que ce que je vous décrivais avant, c'est-à-dire le problème de la puissance publique, ils voient bien que ce n'est pas Macron qui est imputable en direct.
C
'est des décennies, si vous voulez. Donc ils ne peuvent pas lui en vouloir en direct. Qu'il n
'y a
pas vraiment de plan B à l'intérieur non plus. Pour l'instant, quand on demande aux Français est-ce qu'un tel ou un tel aurait mieux géré la réponse, et généralement non. Donc tout ça est vrai. Après, il ne faut quand même pas pour autant se rassurer sur la situation même politique de la France. On a quand même eu un second tour des municipales avec 60% d'abstention. Alors certes, il y avait un petit peu la peur du virus qui jouait, mais il y a quand même un sentiment de désarimage, de désaffiliation vis-à-vis de la chose publique et de la politique qui est très effrayant. Il y a les gens qui vont basculer dans la pauvreté, des gens qui voient leur avenir obéir. Jusqu'à maintenant,
il
y avait quand même, entre ceux qui étaient optimistes pour l'avenir et ceux qui étaient pessimistes pour l'avenir, un équilibre qui était encore en gros favorable à la politique, à l'élection d'Emmanuel Macron, etc. Là, je ne sais pas comment ça va jouer. La situation politique, elle est quand même très préoccupante de manière générale. Voilà, c'est une chose que je pense qu'on peut dire et pas trop se rassurer des codes de popularité. Mais pour le coup, Bruno Jeudy, au sein même du gouvernement, on a compris qu'il y avait parfois plusieurs lignes. Est-ce que là, tout le monde est raccord sur l'idée qu'il faille ouvrir doucement ? Ou est-ce que certains poussent pour aller plus vite
?
Alors, c'est vrai qu'il y
a
eu plusieurs lignes et ce second confinement a sans doute été animé beaucoup plus par la controverse autour des petits commerces que par la seule question sanitaire. Le premier confinement, c'était vraiment la question sanitaire qui était au centre de tout. Cette fois-ci, dès le début, alors sans doute qu'il
y a
eu cette controverse autour des librairies. Vous savez, c'est le début, la FNAC est autorisée à ouvrir ses rayons à livre. Il y a une erreur qui est commise manifestement. Du coup, les petits commerces se sentent lésés. Il y a une polémique qui devient politique, d'ailleurs, comme souvent chez nous dans ces cas-là. Et c'est vrai qu'il y a eu cette... Finalement, une grande partie de
l
'opinion n'a pas compris pourquoi les librairies n'étaient pas rentrées dans... étaient classées comme commerce non essentiel, ce qui, au pays de la culture qu
'est
la France, a été quelque chose de mal vécu. Fermons cette parenthèse. Mais cela étant, ensuite, il y a eu la controverse autour des commerces. Et Bruno Le Maire s'est positionné un peu en sauveur du petit commerce. Alors, vous allez me dire, il est ministre de l'économie, il était dans son rôle, mais il a vraiment mené la bataille. Face à Jean Castex et Olivier Véran, qui étaient plutôt, qui incarnent cette aile sanitaire. Et le Premier ministre dit lui-même en privé qu'il est plutôt... Il est issu, au fond, il a fait presque toute sa carrière dans des fonctions de la santé,
de
la haute fonction publique de la santé. Il a été directeur de cabinet du ministre de la Santé. Il a été directeur général des opérations hospitalières. Donc, c'est vraiment son univers. Donc, il y
a
une vraie bataille. Bruno Le Maire a remporté cette bataille. Enfin, on le saura définitivement demain. Enfin, si les petits magasins ouvrent vendredi ou samedi, ce sera une vraie victoire. Et puis, surtout, il a assez bien manœuvré avec cette histoire de Amazon, des grandes surfaces, décalé le Black Friday. Il a plutôt bien manœuvré. Et je trouve qu'il a plutôt rendu service à la majorité où il a essayé de faire baisser la pression d'une cocotte minute, qui était quand même cocotte minute poujadiste, qui, à mon avis,
pouvait péter
à tout moment.
La cocotte minute poujadiste, comme vous dites, est-ce que ça, aujourd'hui, dans cette navigation, certains disent à vue, d'autres disent au millimètre par rapport à la gestion de cette crise, est-ce que l'humeur du pays est vraiment très prise en compte dans la nature des décisions qui seront annoncées demain soir ? Il y avait cette phrase de Jean Castex, qui confiait à certains journalistes, « Plus le temps passe, plus c'est difficile à accepter par le corps social. » Est-ce que cette cocotte minute dont vous parlez, c'est aujourd'hui un dossier qui est vraiment très haut sur la pile qui est sur le bureau du président de la République ?
Il y a la situation commerciale, la situation économique, la situation sanitaire, mais l'humeur du pays, est-ce que ça, ça pèse ?
Je pense que Emmanuel Macron le sait parfaitement. Je pense que lui, sa pente naturelle, c'était plutôt d'être assez proche de ce que défendait Bruno Le Maire.
Alors,
il n
'est
pas vraiment sur les sanitaires. Alors bon, il a pris cette décision du deuxième confinement, j'allais dire dos au mur, acculé par des chiffres qui étaient catastrophiques et soudain, mal anticipé. On ne
va
pas revenir sur toutes ces erreurs, mais il le sait, il le sait d'autant plus que lui, il a une présidentielle dans 18 mois et l'état du pays, la colère. Alors, les chiffres, je suis d'accord avec Anne, les 41% d'approbation de son action sont à prendre avec des pincettes. Il y a aussi la nécessité de se soumettre à des règles sanitaires. Donc, moi, je pense que cette colère, elle est sous-jacente, elle est là, elle ne
va
pas partir et ils le savent.
Un mot sur la méthode avec vous, Jérôme Fourquet. Est-ce que, quand vous sondez les Français, ils ont, eux, l'envie d'avoir une gestion territorialisée au plus près des préoccupations et au plus près de l'état sanitaire de leur région ? Ou est-ce qu'ils comprennent l'idée qu'à un moment donné,
on
soit obligé d'appliquer des mesures qui sont les mêmes pour tous
? Alors, je
pense que spontanément, ils sont plutôt pour quelque chose qui serait du cas par cas, qui serait adapté sur mesure régionale.
Et
en même temps, selon la formule consacrée, on voit bien que quand on commence à ce qui a été fait dans le deuxième confinement, c'est-à-dire à avoir des mesures un petit peu dérogatoires ou adaptées, on ouvre tout de suite la porte à des contestations. Le premier confinement, c'était la toise pour tout le monde, une espèce de chape de plomb qui s'est abattue sur le pays. Là, comme le rappelait Bruno Jeudy, Emmanuel Macron n'a concédé le deuxième confinement que le dos au mur et l'a essayé de ménager le plus possible l'activité dans certains secteurs économiques. Morale de l'histoire, on a ces contestations sur pourquoi tel secteur est considéré comme vital, l'autre comme non essentiel, etc.
Donc, il y a sans doute,
spontanément
encore une fois, une volonté de cas par cas et sous-entendu aussi, si moi je peux avoir quelque chose de moins dur que le voisin ou la moyenne,
ce
sera d'autant mieux. Mais en même temps, on voit que l'acceptation est sans doute plus facile à faire passer quand on a un cadre qui est homogène et national.
Alors,
le confinement, c'est plus ou moins difficile à accepter. Le quotidien d'une famille en télétravail et celui d'artisan qui espère la réouverture n'a absolument rien à voir. Les inégalités se creusent et vous en parliez à l'instant, Jérôme Fourquet, le sentiment d'injustice parfois s'installe. Nous sommes allés à la rencontre de deux familles qui, vous allez le voir, n'attendent pas avec la même impatience l'intervention du chef de l'État. Reportage Lassau-Gélabert et Clément Voyer.
Dans
la banlieue aisée de Lyon, derrière les murs de ce pavillon,
la
journée démarre
au
pas de course.
Allez,
t'as pris ton goûter ?
En
pleine crise sanitaire, matinée presque normale pour cette famille.
Il
faut amener les deux garçons à l'école. Un soulagement pour Clotilde Hatt.
Le
fait que les enfants soient à l'école, pour moi, c'est vraiment précieux parce qu'ils
maintiennent le lien social. Ça leur permet quand même de faire un peu d'activité sportive parce que c'est aussi un peu la double peine le fait qu'ils n'aient plus du tout d'activité sportive. Et puis moi, ça me permet d'avoir une journée de travail normale.
Une
fois les enfants déposés... Retour à la maison. Confinement oblige. Cette auto-entrepreneuse et son mari sont en télétravail. Avec 5 chambres et 3 étages, ils ont pu aménager chacun leur bureau dans des conditions idéales. Ça va ? Tu veux un café ou pas
?
Ouais, volontiers. Globalement, nous, on a des moyens
qui
vont avec pour faire du télétravail sans difficulté. On a des moyens de connexion, des outils qui nous permettent de tenir des réunions à distance.
Je
vous laisse parce que là,
je
suis...
En
pleine crise du Covid-19,
ce
couple avec 5 enfants peut compter sur des revenus confortables. 6 000 euros par mois.
De
quoi faire quelques économies à l'heure du confinement.
Comme on ne consente plus,
effectivement, on met de côté. Après, on essaie de faire travailler aussi les restaurateurs qui proposent de l'emporter. Donc, nous,
c
'est
à peu près une fois par semaine. Il y a un système qui s'était mis en place lors du premier confinement qui se professionnalise un petit peu lors du second. Donc, environ une fois par semaine, j'ai la chance de ne
pas faire un repas et de commander des plats assez sympas. La famille avait même pour projet de partir en Inde. Vacances évidemment reportées.
Face
à l'épidémie, il y a la France qui se maintient
et
l'autre qui décroche. Non loin du lac d'Annecy,
l
'Institut de beauté repris par Myriam Dalach il y a deux ans.
J
'ai en tout, 1, 2, 3, 4, 5 cabines. J'ai deux cabines d'épilation. J'ai une cabine sur un visage,
une cabine sur un corps. Depuis la fermeture de son commerce le 29 octobre, le rêve de sa vie se transforme en cauchemar.
J
'ai mis toutes mes économies pour reprendre un institut. C'est ma passion, c'est mon métier, c'est ma clientèle, le contact avec la clientèle qui ne
se
fait plus. C'est un
crève-cœur parce qu'on voit qu'on ne sait pas si on va pouvoir rouvrir. Si on ne peut pas, qu'est-ce qu'on va faire derrière ? Avec un prêt qu'on a sur le dos, on n'aura peut-être
plus de commerce, mais un prêt à vie. Il y a beaucoup de questions qui sont en jeu. Aujourd'hui, la vente de produits de beauté en ligne lui permet de réaliser 10% de son chiffre d'affaires.
Allez,
on y va
!
Insuffisant pour cette mère de deux enfants.
D
'autant plus que son conjoint, artisan peintre, ne travaille plus non plus.
Sans
revenu, certains achats sont plus difficiles qu'avant. Les filles, elles le savent, on ne leur cache rien. Quand elles veulent des choses, on leur dit qu'en ce moment, ce n
'est
pas facile. Ne serait-ce que ma fille a craqué son sac. Du coup, on lui a dit, pour l'instant, on ne
peut
pas t'en racheter un, donc tu reprends celui de l'année dernière. Et puis, c'est comme ça. On préfère privilégier d'acheter qu'elle ne manque pas de repas.
Ce
n
'est
pas avec les pauvres 1 000 euros qu'ils nous ont donnés au premier
confinement
qu'on peut s'en sortir. Quand vous voyez qu'avec 1 000 euros, on ne paye même pas notre loyer ou nos charges, tout simplement
nos
charges
directes,
c'est dur, on est
les
oubliés, tout à fait.
Les
oubliés d'une France dans laquelle la crise sanitaire creuse encore un peu plus.
Les
inégalités.
Sophie Feche, voudrais avoir votre réaction à ce reportage.
Alors,
en principe, le gouvernement a apporté un soutien supérieur au 2e confinement aux entreprises. Et quand on voit, on parlait tout à l'heure de « est-ce que le président de
la
République s'inquiète du climat, du moral des Français ? » Il s'inclète aussi des finances et de ce qu'ils dépensent. Quand on regarde, rien que ce qui est déjà prévu pour le mois d'octobre. Donc là, on compense l'effet du couvre-feu, pas l'effet du confinement. Il y a 143 000 entreprises qui ont déjà reçu une aide du Fonds de solidarité pour 366 millions d'euros. Et il y en a 186 000 qui ont déposé un dossier. Là, on parle du mois d'octobre. Au mois de novembre, on va considérablement élargir la population. Et au mois de décembre, c'est le mois où la plupart des commerçants réalisent la plus grosse partie de leur chiffre d'affaires. C'est vrai aussi pour les esthéticiennes.
C'est un gros mois aussi pour les coiffeurs. C'est un gros mois pour les bijoutiers. Un gros mois pour les marchands de jouets. Un gros mois pour les libraires. Un gros mois pour tout le monde. Donc la préoccupation du gouvernement, elle n'est pas que morale. Elle est aussi générale et économique.
Quand
on voit ce reportage, Jérôme Fourquet, on le disait avant même de l'avoir vu, c'est une crise qui creuse les inégalités.
Qui
creuse les inégalités et qui ne les creuse parfois pas à l'endroit où on les attendait habituellement.
C
'est-à-dire qu'on a une population notamment d'intérimaires, de salariés précaires
qui,
eux, ont basculé d'ores et déjà dans la pauvreté. Et les associations caritatives comme les Restos du Coeur ou le Secours populaire ou le Secours catholique notent que 50% des personnes qu'ils voient affluer dans leurs locaux sont des personnes qu'ils ne connaissaient pas précédemment. Mais à côté de cela, et votre reportage le montre très bien, on a une autre France qui est habituellement très silencieuse, qu'on ne voit jamais, qui est celle des indépendants.
Et
le reportage l'a montré que c'était tout à fait touchant puisque le couple était composé par deux personnes indépendantes, une esthéticienne et un artisan peintre. Et donc ça, cette France-là, habituellement, elle n'est pas dans les écrans radars. Elle s'en sort plutôt bien économiquement. Elle n'a pas d'aide économique ou fiscale. Et aujourd'hui, elle est touchée de plein fouet par la mise à l'arrêt de son activité. Et comme le rappelait l'artisan peintre, il y
a
certes eu des aides, mais souvent, ces aides ne vont pas couvrir tout le manque à gagner qui va être occasionné par ces mois de confinement. Le gouvernement, je pense, en était pleinement conscients. quand,
au
sortir du premier confinement, tout le monde au gouvernement m
'a
dit qu'on ne peut pas se payer le luxe d'un deuxième confinement. Eh bien, nous y sommes. Et même s'il est dans des conditions allégées, on a cet effet d'accumulation qui fait que toute une partie de ce tissu des indépendants va être très fortement fragilisée. Leur attention aux généralisations actives, le monde des commerçants et des artisans est très, très divers. Aujourd'hui, par exemple, tous les commerces de bouche, et ça compte beaucoup en France, continuent de fonctionner et certains fonctionnent plutôt bien. Alors, les restaurateurs et les cafetiers, non, mais les boulangers, les bouchers, les fromagers, etc., les primeurs, tout cela continue de travailler.
Donc, il va falloir regarder secteur par secteur, mais oui, dans certains territoires, dans certains publics, on va avoir un choc de ce confinement, un choc économique et social qui, d'une part, va creuser les endroits où c'était déjà fragile, mais qui va aussi, sans doute, déstabiliser des composantes de la société qui, jusqu'à présent, s'en étaient plutôt bien sorties.
C'est aussi cela que le chef de l'État va devoir dire à ces Français-là, c'est que l'État, même s'il dysfonctionne, comme vous le disiez tout à l'heure, il est à leur côté. Oui, absolument. Alors, il
y
a plusieurs niveaux. Il
y
a le niveau du court terme, donc ce qui est annoncé pour éviter au maximum que le basculement des gens dans la pauvreté, les aides immédiates pour les indépendants, le chômage partiel, etc. Bon, ça, c'est la première chose et c'est ce que détaillait Sophie Fait. Je pense qu'il y a un deuxième niveau, c'est que, comme disait Jean-Fourquet, les fractures telles qu'on les connaisse, telles qu'on les connaissait, sont en train de se creuser encore plus et voir du côté de ceux qui se projettent de moins en moins dans l'optimisme, les rangs vont gonfler.
Et là, j'ai quand même très peur de ce que ça peut donner compte tenu du fait que depuis quelques années, quelques décennies, même, on a le sentiment qu'il y a deux Frances qui ne font plus société commune et que plus on avance et plus ça s'aggrave. Et cette pandémie, je le crains par certains aspects, pourrait l'aggraver. Donc, il va falloir, au-delà, peut-être n'est-ce pas le timing immédiat, mais au-delà des mesures d'urgence, on va dire, réfléchir aussi à comment on retisse ces liens-là. Alors, il y a des deux côtés, quelque part.
Moi, je ne suis pas celle qui idéalise le peuple, qui aurait toujours raison contre les élites, qui aurait toujours tort et les privilégiés des métropoles et du tertiaire et de la mondialisation. Ce n
'est
pas l'idée. Mais, en revanche, je pense quand même qu'il y a quand même une responsabilité plus grande des élites, mine de
rien. C'est
même ce qui les définit. Et que, donc, il va falloir, quand même, et encore plus avec ce qui est en train de nous arriver, arrêter de tomber tout le temps dans les automatismes, de dire, ah oui, alors, la montée du populisme, parce que là, je peux vous
dire que
ça risque d
'augmenter. Justement, c'est la question que je voulais vous
poser au MEDEF, Geoffroy Roux-Bézieux dit, les gens sont à cran, s'il n
'y
a pas d'ouverture, ça va péter. En fait, on n'en a pas parlé depuis le début de l'émission, mais c'est là, dans chacun de vos propos aux uns et aux autres.
C
'est ça le risque ? C'est à ça qu'Emmanuel Macron va aussi devoir répondre dès demain, c'est-à-dire cette espèce de bouillonnement, de colère, d'une partie de la population, comme disait tout à l'heure Jérôme Fourquet, qui sont des gens que jusqu'à présent, on n'entend pas et qui pourra avoir un sentiment d
'injustice.
Il y
a
une demande de dignité, je pense. Regardez ce que dit cette dame quand elle dit que le sac à dos de sa fille a craqué et qu'elle ne peut pas lui en remplacer. Je veux dire, c'est une demande de dignité auquel il faut pourvoir et dans, on va dire, comme on peut dans l'urgence, mais à long terme, accepter de se reposer les questions, de prendre en compte un diagnostic populaire qui
n'est pas assez
pris en France par les élites, malheureusement. Cette question, qu'attend le gouvernement pour créer un impôt de solidarité pour aider les personnes les plus touchées économiquement par cette crise ? Emmanuel
Macron l'a écarté fermement à la fin dans son allocution à la fois à la fin du confinement puis au 14 juillet. Pas de retour à une forme d'ISF ou un autre sigle. Donc aujourd'hui, ce n
'est
pas le cas. Ils ont plutôt joué des aides ponctuelles, des one-shot. Ils ont augmenté, ils l'avaient annoncé lors de sa dernière allocution, une augmentation de 100 ou 150 euros pour les plus démunis. Une forme de prime ou d'augmentation en une seule fois des allocations sociales pour subsister. Donc le président l'écarte. Mais c'est vrai, pour rebondir sur ce que disait Anne, les naufragés du confinement sont de tous ordres. Vous avez raison, il y a effectivement la question des commerçants, des indépendants. Ce
n
'est pas rien. Alors c'est vrai que c'est ceux qu'on n'entend pas forcément. Ils travaillent beaucoup. Ils sont 2-3 millions en France. Et c'est une catégorie qui souffre beaucoup sur ce deuxième confinement. Parce que le stop and go, premier confinement, deuxième confinement, des perspectives pour l'instant qui ne sont pas très visibles, pour eux, c'est un épuisement. C'est un épuisement. Parce que beaucoup de Français qui nous écoutent sont salariés. Le chômage partiel, ça existe. Ça fonctionne bien. Ça a été une des grandes réussites du premier confinement. Les commerçants qui sont à leur deuxième confinement et qui sont, eux, se retrouvent sans salaire, sans revenu.
Alors le ministre de l'économie a dit qu'on va prendre en charge vos loyers. Quand ils sont privés, ça dépend tout ça du propriétaire. On va prendre en charge une partie de vos pertes d'exploitation à hauteur de 10 000 euros. Il faut savoir que pour n'importe quelle boutique de vêtements, le stock, c'est entre 50 et 60 000 euros achetés comptant sur 60 jours. Et si vous ne vendez pas, si vous n'écoulez pas votre stock, comment vous allez faire pour vous racheter un nouveau stock au printemps, pour la prochaine saison ? Vous ne pourrez pas. Donc ce sont des gens qui s'épuisent et qui finissent laminés à la sortie de ce deuxième confinement.
Et puis vous avez tous ceux qui ont souffert les pertes de revenus. Un Français sur trois a subi une perte de revenus pendant ce deuxième confinement. ça devient très difficile. Et donc ça, effectivement, ça fait partie des naufragés du confinement. Ça fait partie de ces populations auxquelles Emmanuel Macron doit s'adresser, doit trouver les mots pour leur
donner l
'envie de se battre encore. Pour
leur donner l'envie de ne pas baisser les bras. Parce que c'est ça surtout qui est important. Il y a eu ce premier confinement, c'était très différent. Encore une fois, l'ambiance dans le pays était différente. Le deuxième confinement, il y a des gens qui lâchent la rampe. Des catégories qui lâchent la rampe. sans compter ce que Olivier Véran et Jérôme Solomont ont enfin démontré, c'est-à-dire cette face cachée de l'épidémie, tout ce qui relève des maladies, de la dépression, de l'anxiété. Les
chiffres
sont fous quand même.
Les chiffres sont fous. 10
% de Français dans un état dépressif fin septembre, 21% début novembre. Et Olivier Véran dit la santé mentale des Français s'est significativement dégradée.
Les
chiffres sont fous, vous avez raison. Et c'est vraiment quelque chose dont on prend conscience sur ce deuxième confinement. Donc c'est pour ça que quand le président dit il faut donner un peu de perspective et sortir de cette morosité sans fin, c'est ça qu'il a en tête.
Jérôme Fourquet, vous voyez tout à l'heure la phrase du patron du MEDEF qui disait ça va péter, ça peut péter. Vous qui avez théorisé l'archipélisation de la France avant même cette crise du Covid qui creuse toutes ces inégalités, est-ce que vous y croyez à la colère ? Ou est-ce qu'on est dans un sentiment de déprime, ou on est dans un sentiment d'abattement
? Alors
il y
a
un sentiment de déprime et d'abattement qui est dominant
et
la colère existe mais comme on l'a dit tout à l'heure pour reprendre la métaphore de l'archipel, elle concerne certaines îles ou certains îlots. Bruno, jeudi parlait des 2 ou 3 millions d'indépendants ou des petits patrons encore une fois, vous avez des commerces qui continuent de tourner, des secteurs qui continuent de tourner. Donc tout le monde n'est pas dans la même situation dans le dernier baromètre de l'IFOP pour le journal du dimanche. Parmi les personnes qui sont dans un foyer d'artisans, commerçants et de chefs d'entreprise, la cote du président de la République s'établit à 49%.
Donc
il
y
a
50% qui sont mécontents mais une partie les soutient. Donc on peut avoir des bouffées de colère sporadique dans certains secteurs, dans certaines régions. On a parlé tout à l'heure de la restauration, on a parlé aussi des cafetiers. Il y a des endroits dans le tissu social qui sont très très durement affectés. On parle beaucoup des commerçants et des artisans. Prenons aussi la région toulousaine par exemple ou le grand sud-ouest de la France
qui
jusqu'à présent s'en sortait très bien économiquement, notamment du fait de la présence de la filière aéronautique. Là aujourd'hui,
il
y a des dizaines et des dizaines de milliers de salariés chez les premiers donneurs d'ordre mais aussi chez les sous-traitants qui sont en difficulté. Pour autant, on ne voit pas les choses s'agréger pour l'instant. Et tout l'objectif pour le gouvernement, c'est encore une fois de donner des perspectives et de sortir
le
plus rapidement possible de ce confinement
à
la fois pour que l'économie reparte, pour que les très mauvais indicateurs que vous avez indiqués sur la santé mentale ne se dégradent pas davantage et puis, puisqu'on fait toujours de la politique, pour éviter qu'il y
ait
une forme d'agrégation des colères que nous ne voyons pas à ce stade. Elle est cantonnée dans certains secteurs mais dans certains secteurs, effectivement, la température a monté d'un cran à l'occasion de ce deuxième confinement.
Vous utilisiez l'expression sortir du confinement,
c
'est bien ça le sujet dont nous discutons depuis le début de cette émission. Est-ce qu'on va vraiment en sortir ou est-ce qu'il va falloir accepter au fond un quotidien qui ressemblerait à
ce
qu'on est en train de vivre les uns et les autres en ce moment ? Les Etats-Unis ont annoncé en tout cas, eux, le début de la vaccination mi-décembre. L'Espagne présente son grand plan de vaccination cette semaine. La France ne peut pas rater ce rendez-vous et s'organise. Un monsieur vaccin a déjà été nommé. La ligne semble arrêter. Ne surtout pas faire comme la dernière fois. C'était il y a 11 ans contre la grippe H1N1. Pierre-Mélié Belando et Christophe Roquet.
C
'était il y a 11 ans.
La
campagne de vaccination contre le virus H1N1 dans d'immenses gymnases aménagées pour l'occasion. Alors, l'interrogatoire ici, le questionnaire et puis on vaccine où
ça ? On vaccine à côté.
Et à l'époque, une ministre de la Santé qui se faisait vacciner aux yeux de tous pour montrer l'exemple. Mais voilà. Aujourd'hui, face au Covid-19, la France n'en est pas encore là.
Le
gouvernement annonce avoir pré-réservé des millions de doses et plusieurs professions sont déjà désignées comme pouvant administrer le vaccin. Les médecins traitants, les sages-femmes, les infirmiers et les pharmaciens.
Dans
le Nord, ce professionnel se dit prêt.
On
a toujours répondu aux différentes missions qui nous ont été proposées jusqu'à maintenant. Et si le gouvernement en a besoin à nouveau des pharmaciens, je pense que
toute
la profession mettra tout en oeuvre pour y répondre favorablement.
La
France,
comme
le reste de l'Union européenne, attend le feu vert de l'Agence européenne du médicament pour avancer.
Mais
certains, au sein du continent, semblent davantage dans l'anticipation. Chez notre voisin allemand, tout semble déjà prêt. À Berlin, l'immense parc que des expositions servira de centre de vaccination et pourra accueillir beaucoup de monde.
Une
soixantaine de centres comme celui-ci sont prévus sur le territoire allemand, gérés par les Landers, les grandes provinces. La vaccination
durera en moyenne deux minutes. Il faudra faire remplir quelques papiers et ensuite, il faut un espace où les gens puissent s'installer pendant 30 minutes pour qu'on les garde un peu en
observation.
Au
sud de l'Europe, l'Espagne annonce elle aussi son grand plan de vaccination nationale. La majeure partie de la population pourrait en bénéficier d'ici à l'été prochain, dans un pays où le Covid a fait plus de 42 000 morts. Une grande partie de la population pourra être
vaccinée
dans le premier quart de l'année civile, je
vous le garantis. Je
souhaite également vous annoncer les caractéristiques de notre plan de vaccination qui devrait être approuvé mardi prochain, comme par exemple la mise en place de 13 000 points de vaccination.
Les Américains, eux, souhaitent aller encore plus vite. Le groupe Pfizer a demandé à l'agence américaine du médicament la mise sur le marché de son vaccin, fiable selon eux à 95%. Washington annonce 20 millions de doses prêtes à être distribuées sur le territoire national avant la mi-décembre. Nous avons sélectionné des entrepôts plus grands que deux, voire trois terrains de foot, équipés en réfrigérateurs,
automatisés, où l'on pourra répartir et distribuer des millions de doses chaque semaine.
si un
vaccin
est efficace à 95%, il n'y a selon moi pas de bonne raison d'attendre quatre mois supplémentaires
et
ainsi laisser 120 000 personnes mourir, vu qu'on a 1 000 morts par jour. Tout
ça juste
pour exclure le possible risque qu'une personne sur 100 000 ou 50 000 ait des effets secondaires provoqués par le vaccin. Des Etats-Unis qui accélèrent. Une Europe qui se prépare. Alors qu'en Chine, la barre du million de personnes vaccinées contre le Covid-19 vient d'être franchie.
Bruno Jeudy, est-ce qu'on sera prêts
? Qu
'est-ce qu'ils sont en train de préparer en ce moment au sein du gouvernement ?
Ce qui est
certain, c'est qu
'on
ne peut pas se rater. Alors, les Français qui nous écoutent doivent se dire « Oui, mais bon, c'était pas terrible sur les masques, c'était pas terrible sur les tests, donc qu'est-ce qui nous prépare sur les vaccins ? »
C
'est vrai que nos voisins semblent beaucoup plus en train de communiquer sur comment ça va s'organiser la campagne vaccinale. Les Allemands, les Espagnols, on l
'a
entendu dans votre reportage. En France,
ce
que l'on sait aujourd'hui, on a quelques bribes d'informations quand même, Jean Castex en a parlé, Olivier Véran, l'État a provisionné 1,5 milliard d'euros pour 2021, ça c'est prêt. Il a également réservé 90 millions de doses auprès de plusieurs labos, fournisseurs
et
il attend aujourd'hui, comme la plupart des pays membres de l'Union Européenne, il attend le feu vert de l'Agence Européenne du Médicament qui, lorsqu'elle aura délivré son go, chaque pays, chaque autorité des pays européens fera lui aussi son go et ça permettra à Olivier Véran de lancer
la campagne d'accident.
C
'est la très bonne
nouvelle.
C'est absolument génial que finalement, apparemment, trois grands labos auraient mis au poids des vaccins. Donc ça,
c
'est la très bonne nouvelle. Maintenant, pour la France, il s'agit sans doute d'accélérer. Alors, sur le plan administratif, tout a l'air prêt quand même. Il y a une tasse-force, il y
a
un monsieur vaccin, l'administration de
la
santé semble mobiliser. Là-dessus, on est très fort. Maintenant,
il
va falloir voir comment ça se met en place sur le terrain. Je n'ose pas imaginer que Mme Macron n'en parle pas demain soir parce que ça,
c
'est vraiment quelque chose qui est extrêmement
attendu.
C'est l'espoir.
C'est l
'espoir de la semaine dernière.
Jean-Pourquet, c'est un espoir, mais si le président et si le gouvernement avancent à ne
pas
compter sur la question de la vaccination, c'est que les Français sont sceptiques, beaucoup plus sceptiques que les Allemands, par exemple.
Voilà, donc effectivement, une chose est que les vaccins soient accessibles facilement. Une autre est que les Français se pressent
dans
les centres ou dans les lieux de vaccination. D'après les sondages qui ont été publiés récemment, notamment ceux qui donnent une perspective de comparaison internationale, la société française se caractérise par une défiance assez importante vis-à-vis de ce vaccin. Alors, il y a sans doute des précédents qui peuvent expliquer en partie cela. Vous rappeliez dans le reportage le flop de H1N1. Nous avons eu, comme Bruno l'a dit tout à l'heure, également les tergiversations et les changements de discours sur l'utilité des masques, changements de discours tenus au plus haut niveau de l'État, ce qui peut doucher
une
partie de nos concitoyens qui vont peut-être, même s'ils sont inquiets face au risque de contamination, attendre un petit peu avant de se précipiter pour se faire vacciner. Donc, à côté de la mise en place logistique qui sera décisive et qui, à mon avis, va nécessiter beaucoup de temps et comme disait Anne Rosencher, il faudra que toutes les strates administratives se coordonnent et peut-être mettent un petit peu de l'huile dans les rouages. Il faudra aussi penser à une stratégie de communication et une pédagogie pour rassurer les Français sur le bien fondé, sur l'efficacité de ce ou de ces vaccins, ce qui sera l'enjeu des prochaines semaines.
Et
nous venons maintenant à vos questions.
Le
chef de l'État prononcera-t-il le mot déconfinement mardi
?
Anne Rosencher. Alors, je n'ai pas de boule de cristal mais a priori, pour l'instant, on nous dit qu'il va essayer d'éviter ce mot, ce que je trouve un petit peu d'ailleurs ridicule quand on en est à s'attacher à ce qu'on a le droit de prononcer le mot ou pas
le mot. Il ne l'avait pas prononcé
la dernière fois
?
Non, il
n'avait
pas prononcé le mot confinement
et ensuite, il avait prononcé le mot déconfinement.
Si le nombre de contaminations commence à baisser, c'est signe que le confinement paye. Pourquoi donc alléger au lieu de le renforcer
? En
gros, il faudrait continuer. C'est ce que vous nous disiez tout à l'heure à Jérôme Fourquet. Il
y a
une partie de la France qui considère qu'il faut continuer à maintenir des mesures de restriction.
Oui,
tout à fait, puisque les Français ont en tête les chiffres du nombre de décès qui sont quand même très conséquents et très spectaculaires. et une partie importante de la population est inquiète et ils disent qu'il faut continuer nos efforts.
Il
ne
faut
pas que tout ce que nous avons fait qui pèse sur notre morale ait été fait en pure perte parce que les gens un peu de mémoire se souviennent de la
parenthèse
un peu enchantée de cet été que nous avons collectivement payé très cher.
Et
donc, aujourd'hui, une partie de nos concitoyens considère qu'il ne
faut
pas lâcher la rampe, il faut aller jusqu'au bout de l'effort même si ça doit passer par quelques sacrifices personnels.
Un mot sur les chiffres quand même. On est à 11 000 cas de contamination sur les derniers jours. Le président avait fixé la barre à 5 000. Souvenons-nous. Donc, ça a quand même beaucoup baissé, il faut le dire. Donc, c'est vrai qu'on n'est pas tout à fait aux 5 000 qui avaient été fixées lors de l'annonce du confinement le 30 octobre.
Les Français font-ils encore confiance au gouvernement et à ses mesures sanitaires ? Encore une question pour vous, Jean de Fourquet.
On est à peu près sur le même étiage que ce que nous mesurons sur les codes de popularité, c'est-à-dire qu'on a à peu près 40 % de la population
qui
fait confiance au gouvernement pour mener à bien ces opérations. Alors, ça veut dire que 60 % sont dans la défiance, ce qui est beaucoup,
ce
qui va donner du fil à retordre dans les opérations de vaccination. Mais, encore une fois, compte tenu de l'état du pays et de la période que nous traversons, le 40 %
est
à prendre en compte.
Le
déconfinement annoncé n'est-il pas seulement l'occasion de déconfiner les porte-monnaies, Sophie ?
Ce
n
'est
pas seulement les porte-monnaies. Vous savez, ce que les caisses d'allocations familiales observent quand elles voient les changements de situation des gens, c'est une augmentation très forte des divorces. Il y
a
eu une augmentation des violences conjugales, des violences familiales, des violences sur les enfants. Il y a des femmes qui, à l'issue du premier confinement, sont parties avec leurs enfants. Et on voit dans les mairies, dans les départements, le besoin de trouver des hébergements pour ces femmes seules avec enfants. On a tous besoin aussi de reprendre une vie normale. Ce n
'est
pas seulement les porte-monnaies. Et du point de vue des porte-monnaies, oui, vous avez raison, il faudra se déconfiner. Et là, il n'y aura peut-être pas que des mauvaises nouvelles parce qu'il y a eu une étude ce matin de PWC qui montrait que ce que les gens avaient l'intention de dépenser pour Noël et pour le Black Friday, en moyenne, était en augmentation de 5%. Donc, il n
'y
aura peut-être pas que des mauvaises nouvelles pour les commerçants. Le système des attestations va-t-il être maintenu, Anne Rezancher ? On nous dit qu'il pourrait continuer encore quelques jours. Je ne
suis
pas sûre que ce soit la bonne idée. En tout cas, qu'on nous permette parfois de... qu'on ne surveille pas quand on le remplit au crayon à papier. Il y a des choses qui sont incroyables. des gens qui ont montré leur attestation qui ont quand même reçu une amende parce qu'ils n'étaient pas en jogging et qu'ils avaient dit qu'ils allaient prendre juste l'air. Enfin, voilà. Si on pouvait juste arrêter d'humilier et de vexer les Français pour rien avec ça, ce serait pas mal. Après, que ce soit une démarche qu'on peut comprendre de dire, attention, on réfléchit avant de sortir. En a-t-on vraiment besoin ? Très bien. Mais je pense qu'on ne peut pas... Voilà.
Il y avait cette phrase d'un proche du Premier ministre qui était citée, je crois, dans Le Monde cet après-midi qui disait sortir reste l'exception. Oui, non mais...
Et
ce sera sans doute le cas après l'intervention
du chef de l'État.
restera quand même le summum de la bureaucratie
française. L'attestation pour le jogging ? Le jogging,
c'est quand même...
Vous faites votre attestation quand vous allez
faire un jogging ? Oui, on est obligé.
Si les stations de ski peuvent rouvrir, qu'en sera-t-il de leur restaurant ? Alors ça, c'est effectivement une question qui va se poser pour les
stations de ski. ce
qu'il faut dire, c'est que la décision d'ouvrir les stations de ski au terme d'une réunion avec le Premier ministre est reportée dans dix jours. Donc, grosso modo, j'allais dire, pas très loin des vacances de Noël. Alors, pour les réservations, ce sera sans doute ric-rac. Mais c'est vrai qu'il va se poser là la question des restaurateurs, des bars et puis de la vente à emporter qui sera autorisée. Ça va être une organisation particulière pour les stations de ski. Alors, ça concerne peu de Français. Je crois qu'il
y a
à peu près 8 à 9 % des Français qui vont en
vacances au ski. Mais par
contre, c'est un grand pan de l'économie française et de l'économie des montagnes. Donc, un secteur qui, évidemment, sera très touché s'ils ne peuvent pas rouvrir à Noël.
Les Français seront-ils capables d'accepter de nouvelles restrictions en 2021 ?
Alors,
Jérôme Fourquet
?
Tout dépendra du niveau d'inquiétude qui prévaudra dans la population puisqu'on l'a déjà dit plusieurs fois sur ce plateau, la peur a été un puissant adjuvant
pour
faire accepter aux Français toutes ces mesures de restriction. Et comme on le rappelait tout à l'heure, il y a une semaine, 42 % des Français étaient favorables à un durcissement des mesures. Donc, il y a un effet d'usure et de lassitude. On voit bien que des pans entiers de la société sont en train un petit peu de se lasser de se décrocher mais si les chiffres repartent à la hausse en termes de contamination et de nombre de décès, les Français, sans doute, se rendront à l'évidence.
Mais là, ils ont moins peur,
les Français, Jérôme Fourquet
? Un
petit peu moins peur qu'ils ne l'ont eu, mais tout ça est très fluctuant. Les Français vous écoutent. Ils écoutent aussi M. Salomon, M. Véran. Ils regardent l'évolution de la courbe et donc, on a vu, nous, dans nos propres sondages, des changements d'opinion entre le début du mois de septembre et la fin du mois d'octobre quand les indicateurs sont revirés au rouge et ce qui a fait accepter par les Français la mesure de reconfinement.
L'allègement du dispositif sanitaire ne signifie-t-il pas qu'il sera prolongé jusqu'en mars, voire jusqu'à l'été
? Alors, on ne comprend pas
tellement
cette question. On
va
peut
-être passer jusqu'à la suivante. Doit-on s'attendre au retour du couvre-feu prochainement
?
Oui, alors ça,
c
'est vraiment sur la table. C'est une alternative au confinement ou confinement allégé qui serait prolongé. Couvre-feu est vraiment quelque chose qui est sur la table et qui est étudié par l'exécutif.
À quand la réouverture des cinémas, des musées, des salles de concert, des théâtres
? Alors là, je crains que ce
ne
soit pas sûr à Noël et que... Après
janvier ?
Est-ce qu'ils vont être mis au même rang que les bars et restaurants dont on sait déjà que c'est reporté à janvier ?
Une fois la crise passée, quelles leçons faudra-t-il retenir pour réduire les fractures et les inégalités au sein de notre société ? Vaste programme. J'entends le générique. Honnêtement,
il
va falloir...
En tout cas, c'est un sujet auquel il va falloir s'appeler. C'est un énorme sujet
qui va de la méritocratie à l'industrie en passant par plein
de choses. Les Français
pourraient-ils accepter de passer les fêtes chacun chez soi pour plus de sécurité ? Bruno
Jeudy ? Je ne
crois pas. Non
?
Non, je ne crois pas. Je crois que c'est vraiment un moment important. Jérôme Fourquet l'a dit. C'est fête de fin d'année et le président et l'exécutif fait tout pour qu'ils puissent y avoir relâché un petit peu sur les fêtes.
Pour sauver Noël. Pour
protéger
Noël et que les gens puissent aller dans leur famille. Merci à vous tous. C'est la fin de cette émission qui sera rediffusée ce soir à 22h50. On se retrouve demain en 17h50 pour un nouveau C'est dans l'air. Tout de suite, c'est à vous. Belle soirée sur France 5. Sous-titrage
ST' 501
Emmanuel Macron