Condamnation de Marine Le Pen : un séisme politique par Caroline Fourest
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Avoir été nommés par J.Biden. "Etant donné que la NSA est l'agence de renseignement la plus puissante du monde, nous ne pouvons pas permettre qu'une personne nommée par Biden occupe ce poste." Présent à cette réunion, le conseiller M.Waltz qui n'a pas eu son mot à dire.
C'est lui le responsable de l'entrée d'un journaliste dans une discussion top secret pour parler de frappes au Yémen. Lui, reste en place. - A.-E.Lemoine: Ca vous fait dire, C.Fourest, que la démocratie est chassée de tous les étages. - C.Fourest: La déraison a pris le pouvoir à la Maison-Blanche.
Lors du 1er mandat de Trump, il restait ce qu'on appelle des "adultes dans la pièce". Là, il n'y a plus personne. On passe d'un E.Musk appelé "bouffon sous kétamine" à cette influenceuse complotiste.
Elle est une voie d'entrée pour influencer le 1er personnage des Etats-Unis dans un moment où les Etats-Unis n'ont jamais subi autant d'ingérences, notamment russes. On en vient à se dire que, vraiment, il y a beaucoup de débats pour savoir si Trump est un pion ou un agent de Poutine. Ce qui est sûr, c'est que c'est un atout pour les tyrannies qui en veulent à l'Amérique et aux démocraties.
Il est tellement influençable et manipulable...
On connaît ses ressorts: l'orgueil, la revanche, l'irascibilité...
Ca doit nous servir de leçon. C'est la seule chose qu'on peut tirer de tout ça. Ca, on le mettrait dans un scénario de fiction, personne n'y croirait.
C'est notre réel. Il faut anticiper et déconstruire le fait qu'on nous a souvent dit que ce n'était pas grave de mettre des personnages totalement fous furieux à la tête d'Etat, mais en fait, si. - P.Cohen: C'est le système de protection et de défense de l'Amérique qui est démantelé méthodiquement depuis l'arrivée de Trump. - C.Fourest: En quelques semaines.
On l'a documenté dans le dernier "Franc-Tireur" avec un très bon dossier. C'est impressionnant comment tous les boucliers, tous les pare-feux qui servaient à protéger l'Amérique, d'ingérences, de manipulations, mais aussi à la protéger d'une prochaine crise sanitaire, ont été réduits en miettes. Les gens ont été licenciés, les départements fermés.
On sait que les Russes ont investi 182 millions de dollars, tourné des opérations d'influence aux Etats-Unis depuis 2016. Je vous parle de la 1re partie de 2016 à 2020. C'est beaucoup plus en réalité.
Face à ça, l'Amérique s'était dotée de services de détection, d'enquête et de cybersécurité. D.Trump, une fois dans le bureau Ovale, démantèle tout ça.
L'Amérique est nue, sans oreilles, sans outils d'influence. Quand il démantèle l'Usaid...
C'est tous les agents qu'il fait partir...
L'Amérique n'a plus de bras ni d'oreilles et tout cela a été permis par le slogan "faire l'Amérique plus grande et plus forte que jamais". - A.-E.Lemoine: Avec quels contreforts possibles? - C.Fourest: Il n'y en a plus beaucoup.
Souvent, on se dit que les politiques pilotent des voitures automatiques. Que ce soit la droite, la gauche, des gens compétents ou incompétents, c'est la même chose. Là, on a une démonstration que ce n'est pas la même chose.
Si un pilote ivre mort conduit une voiture de Formule 1, ça peut finir dans le décor. Là, ça va finir dans le décor. On peut faire beaucoup de choses en 74 jours, surtout de destruction. - A.-E.Lemoine: Le "New York Times" qui révèle l'affaire L.Loomer, est-ce que ça permet de rester optimiste sur la capacité de la presse à être un contre-pouvoir? - C.Fourest: Elle peut peut-être retrouver un rôle tellement vital que, même des personnes qui étaient dans la défiance...
Si un D.Trump a été élu, c'est parce qu'il y a une défiance vis-à-vis de la presse, de la justice, de la gauche américaine qui a ses torts dans l'histoire. La gauche américaine est alertée depuis très longtemps.
Si elle continue à ne pas écouter une partie de l'Amérique, elle va avoir ce retour de bâton. Quand tout le monde réalise qu'ils sont en danger économique, culturel et de sécurité...
Le journalisme, qui reste la recherche de la vérité, c'est le dernier rempart des citoyens. La défiance, c'est toujours pour aspirer à régner sans contre-pouvoir. Ces contre-pouvoirs sont là pour protéger les citoyens. - A.-E.Lemoine: D.Trump et son vice-président ont décidé à une peine d'inéligibilité.
Le président américain appelle à la "libération" de M.Le Pen. Il condamne une "chasse aux sorcières".
Peu avant, son vice-président J.D.Vance était sur la même longueur d'onde. ... - A.-E.Lemoine: "Ce n'est pas de la démocratie", dit le vice-président américain. - C.Fourest: Il y a de la folie dans ses déclarations.
M.Le Pen n'est pas en prison. Elle n'est pas encore définitivement condamnée.
Si elle l'est, ce sera un bracelet électronique. Quand J.D.Vance nous dit que ce n'est pas elle, c'est son équipe, pas du tout.
Elle est condamnée comme étant l'organisatrice d'un système de fraude. L'audience est implacable à ce niveau-là. C'est ce qui explique que F.Bayrou n'a pas été condamné, contrairement à elle.
Contrairement aux affaires des emplois fictifs du MoDem qui étaient d'une autre ampleur, pas la même durée ni les mêmes montants, il n'y avait pas les preuves d'une organisation systémique délibérée venant de M.Le Pen. - A.-E.Lemoine: Tous ceux qui ont soutenu M.Le Pen à travers le monde sont ceux qui ont déjà dénoncé la justice ou l'ont mise au pas dans leur pays?
L'internationale réactionnaire? - C.Fourest: Elle demande l'application de la loi, de la dureté que pour les autres.
Ca ne les concerne jamais. Tout ça...
L'écran de fumée est en train de se dissiper. Les Français ne sont pas dupes, ça me rassure dans la période actuelle. C'est trop gros.
On ne peut pas vivre, pendant 50 ans, toute sa famille, vivre de la politique en dénonçant la délinquance en col blanc, le fait que tout le monde est pourri, les rendre inéligibles à vie de façon quasi automatique...
Et quand vous êtes pris le doigt dans le pot de confiture, et pas qu'un peu, pour vous, ça ne marche pas. Les Français voient que quelque chose ne va pas. Que des tyrans prorusses reconstruisent la réalité à l'envers, ça va peut-être tromper quelques personnes, mais je suis assez confiante qu'à un moment, c'est trop gros pour ne pas se voir. - A.-E.Lemoine: "Le risque d'un trouble irréparable à l'ordre public démocratique et d'une récidive." On se souvient des motivations qui ont conduit le tribunal de Paris à déclarer inéligible M.Le Pen.
Cette notion de trouble à l'ordre public que M.Le Pen a renversé en disant que c'était parce qu'on l'empêche de se présenter que ça constitue un trouble public, est-ce que vous la comprenez? - C.Fourest: La décision fait 150 pages.
C'est une technique d'avocat d'isoler 2 mots et d'essayer de lui faire dire 2 choses à l'envers. On a le droit de débattre de si c'est un trouble à l'ordre public dans un sens ou dans un autre...
La motivation ne repose pas sur ça. Elle repose sur des faits qui sont un système de détournement de fonds publics. C'est, en vertu de la loi, voulu par le RN et par d'autres politiques.
Dans la motivation, la présidente du tribunal rappelle que, quand on aspire à représenter le peuple à la plus haute marche, celle de la fonction suprême, on est aussi tenu à plus de probité. C'est le sens des lois anticorruption. On estime que contrairement à quelqu'un qui veut être chauffeur de bus, à qui on demande un bon permis de conduire...
Quand on veut diriger le pays... - P.Cohen: Il y a un paquet de métiers en France qui sont soumis à l'obligation d'avoir un casier judiciaire vierge. - C.Fourest: Et le RN l'exigeait pour ses candidats.
J.Bardella venait de rétropédaler. C'est une catégorie du casier judiciaire qui, comme par hasard, ne concerne pas la délinquance en col blanc.
Il y a quelque chose d'autre dans cette motivation que l'émotion déployée par le RN a un peu cachée. Les gens se disent que ce n'est que des détournements de fonds publics...
C'est plus de 4 millions. C'est assez grave. C'est destiné à améliorer le confort de vie des dirigeants du RN.
C'est très rare que d'autres partis s'amusent à détourner des sommes pareilles pendant 10 ans pour payer un majordome, un garde du corps chauffeur de M.Le Pen et de J.-M.Le Pen...
Elle a de la chance, M.Le Pen, des faits sont prescrits. Quand j'ai écrit sur elle dans un livre, j'ai interviewé beaucoup d'anciens eurodéputés de son parti qui étaient libres de parler et qui me racontaient ce système où on les obligeait à embaucher, sur leur caisse de députés européen, la marraine de ses enfants, la nounou de ses enfants, et qu'elle n'avait jamais mis les pieds à Bruxelles ou à Strasbourg.
Elle gardait les enfants de M.Le Pen...
Découvrir que la famille Le Pen a toujours considéré que sa caisse politique est aussi sa caisse personnelle, ce n'est pas nouveau. Je veux bien que D.Trump s'inquiète pour la vie et la liberté de M.Le Pen, mais il ne doit pas s'inquiéter pour ses finances. - M.Bouhafsi: Un chiffre marquant: 64 % des Français ne souhaitent pas une modification de la loi pour supprimer l'exécution provisoire pour un élu condamné en première instance.
C'est ce que révèle un sondage Ifop pour "Ouest-France" publié aujourd'hui. Pourtant, hier soir sur LCI, J.Bardella répétait sa volonté d'en finir avec ces dispositions de loi. - J.Bardella: Pourquoi on changerait notre ligne de défense?
Il n'y a pas d'emplois fictifs, pas d'enrichissement personnel...
L'exécution provisoire est, en démocratie, dangereuse. C'est la raison pour laquelle nous allons proposer de la supprimer dans le droit français. Vous voyez le malaise que ça provoque dans d'autres formations politiques.
Quand vous discutez avec les responsables politiques, ils sont d'accord. Je ne trouve personne, à part monsieur Attal et madame Tondelier, dans la vie politique et dans le débat public, pour venir défendre cette décision. - M.Bouhafsi: Depuis quelques heures, des centaines de Français s'expriment.
Ils sont choqués par des propos tenus par des députés. On a entendu J.-P.Tanguy critiquer fortement la justice.
Des alliés d'E.Ciotti veulent une proposition de loi pour supprimer ça. Ce serait une loi sur mesure pour M.Le Pen? - C.Fourest: C'est fou.
Ils ne peuvent pas lancer ce débat. Quand vous êtes directement concerné par l'exécution provisoire pour avoir détourné des fonds publics, être ceux qui prétendent pouvoir former un débat public là-dessus...
Avoir tous les politiques concernés par les lois anticorruption s'engouffrer dans cette brèche et défendre soudainement M.Le Pen pour faire sauter l'application stricte et ferme de ces lois anticorruption...
Monsieur Ciotti est concerné. Monsieur Mélenchon est aussi bientôt concerné par des affaires d'emplois fictifs. Le MoDem a été concerné par ces affaires...
Comme par hasard, soudainement, tout le monde trouve que la loi
Marine Le Pen