Bardella, M. Le Pen, N. Sarkozy : ce qu’en pense Alain Duhamel
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Les députés et les sénateurs, le problème vient plutôt des députés souvent, ils sont plus ouverts qu'ils ne l'étaient auparavant. Autrement dit, la défense s'en sort moins mal que tous les autres ministères. - A.-E.Lemoine: E.Macron ne fait pas partie des 63 portraits qui composent votre nouveau livre.
Vous avez déjà consacré 2 ouvrages à E.Macron. Vous ouvrez ce livre par le portrait de G.Attal, dont vous dites qu'il a l'avenir devant lui mais pas de calendrier.
Mais il a ce privilège précieux: le temps. Vous lui donnez le conseil de ne pas être trop pressé, quitte à laisser passer son tour et 2027? - A.Duhamel: Si je commence par G.Attal, c'est parce que c'est classé par ordre alphabétique.
Les portraits se terminent par Zemmour. - A.-E.Lemoine: De A à Z. - A.Duhamel: C'est pas une prise de position politique.
Cela étant, pour G.Attal, c'est évident qu'en ce qui concerne les ressources politiques personnelles, les motivations, les qualités et les défauts des politiques, c'est un jeune animal politique, mais c'est un animal politique. Il n'y en a pas 10. - A.-E.Lemoine: Il y a un autre animal politique à la lettre B, après Badinter et Balladur: J.Bardella.
Vous le qualifiez de "cas". C'est le plus jeune chef d'un parti politique de toute l'histoire de France. Selon vous, ce n'est pas seulement une créature de M.Le Pen.
Il vous impressionne? - A.Duhamel: Il ne m'impressionne pas, notamment parce qu'il manque de culture, c'est évident, mais il m'intéresse parce que, contrairement à tous les calculs de probabilités théoriques, il a l'air d'être véritablement à l'aise dans un rôle impossible à son âge.
Ca, ça prouve qu'il a quelque chose. Ca fait peut-être pas plaisir...
Ca n'en fait pas une personnalité complète. Je répète que la dimension culturelle est trop absente. Elle l'est déjà chez M.Le Pen, mais lui, ça va plus loin. - P.Cohen: Pourquoi un rôle impossible? - A.Duhamel: C'est un rôle impossible parce qu'à l'âge qu'il a...
Evidemment, vous allez me dire que je suis mal placé pour parler de ça. A l'âge qu'il a, on lui demande une maturité, une autorité et une habileté qui se rencontrent rarement chez un quasi-trentenaire. Pour trouver des hommes politiques de la même influence à qui on demande des choses... - P.Cohen: On lui demande d'être présidentiable. - A.Duhamel: Et aussi visible sous le regard de tout le monde.
Pour trouver quelqu'un de cet âge-là, il faut remonter à la Révolution. Depuis la Révolution, non. Quand on a cet âge-là, on ne compte pas, mais lui, il compte.
S'agissant de lui, je ne suis pas suspect de partager ses idées, mais...
Il a une capacité, qui est une chance pour lui, à ressembler à ses électeurs, notamment ceux de son âge. Et des quartiers dont il vient. Il leur ressemble.
Les gens le sentent. - A.-E.Lemoine: Vous avez rencontré J.Bardella à plusieurs reprises.
Ce n'est plus le cas de M.Le Pen... - A.Duhamel: Je n'ai jamais rencontré en tête-à-tête ou en déjeuner... - A.-E.Lemoine: Les relations avec M.Le Pen sont devenues glaciales. - M.Le Pen: Monsieur Duhamel, est-ce que vous avez pris conscience que c'est dans la zone euro que la crise a été la plus grave? - A.Duhamel: En Europe!
C'était aussi grave dans la Grande-Bretagne. - M.Le Pen: Non, monsieur.
Le Danemark, le Royaume-Uni...
Ils s'en sortent...
Vous avez lu "Der Spiegel"? Il la reprend sur l'accent allemand. - A.-E.Lemoine: C'est l'un des extraits qu'on retrouve dans le documentaire diffusé dimanche.
On vous sens hors de vous. Depuis, vous ne vous parlez plus? - A.Duhamel: Oui.
Ca va vous paraître extrêmement candide de la part d'un journaliste de mon âge...
Je déteste les menteurs. En politique, on en rencontre! J.Chirac était célèbre.
Mais elle, elle nie des faits, qui, en plus, sont acquis, mesurables, que tout le monde peut connaître. Elle disait que la Grande-Bretagne allait mieux...
Dans la même interview, elle a soutenu qu'il y avait une demi-douzaine de gouvernements européens qui préparaient leur sortie de l'Europe. Tout ça parce qu'il y avait des partis d'extrême droite dans ces pays qui souhaitaient la sortie de l'Europe. Elle ment. - P.Cohen: Elle n'est pas seule à tordre les faits. - A.Duhamel: Elle ment avec un aplomb incroyable et avec la prétention de la pureté idéologique. - A.-E.Lemoine: Vous avez une phrase à son égard dans le chapitre que vous lui consacrez: "Et si la principale réussite politique de M.Le Pen s'appelait J.Bardella?" - A.Duhamel: C'est ce que je pense.
Elle n'a jamais rien fait de bien en politique, sauf d'avoir trouvé quelqu'un susceptible de jouer un rôle que, vraisemblablement, elle ne parviendra pas à jouer. C'est très rare et...
Pour le coup, je lui rends grâce. Je reconnais que c'est rare et bien. Très rare et très bien.
Elle se prépare un dauphin qui régnera là où elle ne portera, elle, jamais la couronne, et chez les personnalités politiques, ceux qui se préparent un dauphin comme ça, alors même qu'ils n'atteignent pas leurs objectifs, il n'y en a pas beaucoup. - A.-E.Lemoine: Le choix des portraits est arbitraire.
Vous prévenez vos lecteurs dès l'introduction que parmi eux, certains politiques chercheront vainement leur nom dans ce livre. En 2007, vous aviez publié "Les Prétendants". S.Royal n'était pas présente dans l'édition originale.
Elle s'en souvient encore. - S.Royal: A.Duhamel écrit des livres sur les différents candidats possibles.
Moi, il me zappe. - Dans votre livre, j'ai cherché, j'ai pas trouvé S.Royal. - A.Duhamel: C'est original! - S.Royal: Il a du mal à imaginer qu'une femme puisse exercer les plus hautes fonctions.
Mais il était en phase avec les éléphants du PS. Il était en phase avec mes adversaires politiques qui me méprisaient parce que j'étais une femme. - A.-E.Lemoine: Vous aviez du mal à imaginer qu'une femme puisse exercer les plus hautes fonctions? - A.Duhamel: C'est pas du tout ça.
J'ai pensé que S.Veil avait tout à fait la carrure de quelqu'un qui pouvait être à la tête de l'Etat. - A.-E.Lemoine: Elle est d'ailleurs présente dans ce livre. - A.Duhamel: C'est pas parce que c'est une femme.
C'est parce qu'elle incarnait, face à ce à quoi je suis attaché, c'est-à-dire la démocratie représentative, la démocratie d'opinion. C'est-à-dire: pas de rationalité, la spontanéité, le décalage permanent...
Dans de nombreux livres, je l'ai écrit et je le dis dans celui-ci: elle a beaucoup de talents. Mais elle a une façon d'aborder la politique qui n'est pas du tout la même et que j'ai du mal, pas à digérer, parce que je n'en suis plus là, mais à laquelle j'ai du mal à m'habituer. - P.Cohen: Elle a été précurseure.
Aujourd'hui, la démocratie d'opinion est partout, mais elle a été la première. - A.Duhamel: C'est pour ça que je me rebellais.
Je sentais bien que ce qu'elle incarnait, non pas la rationalité politique, mais l'émotion et l'exploitation de l'émotion, et l'incarnation de l'émotion, ça allait être contagieux. Donc je la regardais comme quelqu'un qui est un précurseur. - P.Cohen: Ce qu'on voit dans d'autres portraits, c'est que le talent ne suffit pas.
Le talent politique pur...
Il faut aussi l'habileté politicienne. Exemple: B.Le Maire.
Il rêvait d'être Premier ministre et le poste ne lui a jamais été proposé. "Il en avait l'envergure mais pas le talent politicien." C'est un problème qui s'applique à d'autres, j'imagine. - A.Duhamel: Il a un très bon cerveau, de bonnes connaissances.
Il travaille beaucoup et il a du talent. Il écrit de bons livres, la nuit, mais chacun son style. Mais il n'a pas le sens politique.
Il lui arrivait de faire des choses ridicules, de se présenter à une élection en proposant un programme de 1000 pages ou de se présenter dans une autre élection pour arriver à 2 %! Il n'est pas réaliste en politique. Il a un très bon cerveau.
Euh...
Mais le cerveau et l'intuition politique, ça n'est pas du tout synonyme. - E.Tran Nguyen: Vous avez parfois des avis définitifs sur les hommes politiques.
Savez-vous que votre regard a beaucoup d'importance? C'est ce que souligne N.Sarkozy. - N.Sarkozy: Quand j'étais plus jeune, je me suis souvent demandé ce qu'il fallait que je change pour séduire ou convaincre des gens comme A.Duhamel, qui représentaient une certaine élite intellectuelle, alors que moi, j'étais un pirate.
J'ai pas fait l'ENA. J'avais pas les codes de la vie politique. J'ai fait évoluer des choses dans la forme de mon expression. - E.Tran Nguyen: Vous êtes conscient de cette influence que vous avez sur les politiques? - A.Duhamel: Je ne la recherche pas.
Je ne l'ai certainement pas toujours eue. Ce qui est sûr, c'est que je suis tellement vieux, j'ai fait tellement d'émissions...
J'ai tellement Commenté et je fais tellement partie du paysage, même si c'est un tableau qui pâlit et qui s'écaille et dont il ne reste peut-être que le cadre... - P.Lescure: Il peut arriver que connaître bien les hommes et les femmes politiques, c'est aussi parfois leur donner le gîte et le couvert.
C'est ce qui vous est arrivé avant l'élection de 1981 alors que F.Mitterrand se préparait. Il n'était pas très loin de votre maison des Cévennes.
Un jour, il s'invite chez vous. - A.Duhamel: C'est la chambre de Mitterrand.
Il aurait détesté que cette maison soit confortable. Il a été vraiment servi! Il était dans une chambre dans laquelle il y avait des chauves-souris, donnant sur une salle de bains qui fonctionnait quand elle voulait bien.
C'était pas quelqu'un de commode, F.Mitterrand, mais quand il était ici, il était d'un naturel et d'une décontraction absolus. - P.Lescure: Ca m'amène forcément à vous poser la question...
Pour bien connaître la stratégie et le fonctionnement de la pensée d'un homme ou d'une femme politique, d'avoir, par moments, qu'on décide une proximité avec eux? - A.Duhamel: Je pense qu'on ne comprend rien à la politique si on ne connaît pas les hommes.
On ne comprend pas non plus une course automobile si on ne connaît pas les pilotes. Ca va de soi. Les journalistes qui se vantent et prennent un air noble en disant qu'ils ne rencontrent pas les politiques, qu'ils fassent autre chose!
Qu'ils soient professeurs de mathématiques ou d'éducation physique! Bien sûr qu'il faut les connaître. Ca ne veut pas dire qu'il faut en être dupe.
Ca ne veut surtout pas dire qu'il faut en être dépendant. Avec F.Mitterrand, je ne risquais rien.
Je le connaissais par coeur, comme peu de journalistes le connaissaient. J'ai fait un livre avec lui, qui a beaucoup compté pour lui. Il est souvent venu chez moi.
Je suis venu encore plus souvent chez lui. C'était vrai à Paris et à la campagne. On n'était pas du tout du même avis politique.
C'est notoire. D'ailleurs, on s'en amusait. Avec lui, en même temps, il nous est arrivé de partir en week-end et de parler 20 heures de la diplomatie française en 1814...
Le sujet du Congrès de Vienne, c'était inépuisable. Et on s'engueulait à propos de Talleyrand! Il me disait que Talleyrand, c'était l'horreur, et je lui disais que ça avait été un génie.
En 14, la France ne comptait plus. Elle était marginalisée. Il est arrivé à lui faire obtenir ses frontières naturelles.
C'est un génie. Il me répondait: "Il était pourri. C'était une horreur." J'ai toujours suspecté qu'il y avait dans l'amoralité de Talleyrand et dans celle de F.Mitterrand des toutes petites connexions qui l'horripilaient. - E.Tran Nguyen: Un point commun entre les journalistes et les politiques, c'est la défiance qu'ils suscitent chez les Français et qui se vérifie cette année encore.
C'est ce que révèle ce 39e baromètre sur la confiance dans les médias. 56 % des personnes interrogées ont une bonne opinion des journalistes. 61 % pensent qu'il faut se méfier de ce que disent les médias sur les grands sujets d'actualité.
Les Français ont aussi des reproches à faire aux journalistes. Je commence par la bonne ou les mauvaises nouvelles? - A.Duhamel: Ca m'est complètement indifférent.
Je regrette le moment, dans les enquêtes annuelles qu'on faisait sur l'information...
Il y avait une liste de journalistes et on demandait: à qui faites-vous le plus confiance? J'aimais bien. J'étais pas trop mal placé. - P.Cohen: C'est pour ça! - E.Tran Nguyen: Je commence par la bonne nouvelle.
Ils sont 60 % à trouver les journalistes clairs et faciles à comprendre. Parmi les critiques, 54 % les pensent éloignés des préoccupations des Français. La profession est mal connue des Français.
Elle génère pas mal de fantasmes. Pour 49 %, on ne peut pas associer la notion de précarité au journalisme. Or, c'est l'inverse. 2 journalistes sur 3 à 30 ans ne bénéficient pas de CDI. 79 % des gens disent qu'ils n'ont jamais parlé à un journaliste.
Et ce, Dans l'année passée. Voilà qui devrait nous interroger. Il y a une fatigue informationnelle pour 44 % des Français.
Mais une grande partie suivent encore l'actualité avec intérêt. Ca s'est vérifié cet après-midi auprès des Parisiens qu'on a interrogés. - A.-E.Lemoine: Donc ils ont rencontré des journalistes! - Le journal TV le matin. - La radio et les journaux... - "Le Monde", franceinfo.
TikTok, il y a pas mal de news qui viennent, mais sinon, je vais sur Internet. - Les vidéos de HugoDécrypte. - Brut... - Les médias ont perdu un peu d'objectivité.
Souvent, ils ont des sensibilités qui leur sont un peu propres. - E.Tran Nguyen: C'est ce qui ressort de certaines réactions de nos téléspectateurs.
Certains recoupent les infos et ne font confiance qu'aux médias indépendants. Comment on retisse ce lien de confiance? - A.Duhamel: D'abord, les Français n'ont pas forcément raison quand ils disent qu'ils ne font pas confiance aux journalistes.
C'est peut-être les journalistes qui pourraient dire qu'ils n'ont pas confiance en leurs auditeurs ou téléspectateurs. - A.-E.Lemoine: Pas sûr que ce soit bien perçu. - A.Duhamel: Mais ça peut être réciproque.
La confiance est réciproque. Pour faire confiance, il faut qu'on soit confiant des 2 côtés. Les Français, ce qui serait intéressant, c'est de leur faire des exercices de comparaison avec le système médiatique dans d'autres pays, pas des pays caricaturaux, des pays comparables pour voir si, finalement, ils mettraient les journalistes français aussi bas qu'ils croient pouvoir le faire. - A.-E.Lemoine: "Alain Duhamel, la retraite moi jamais!", c'est un formidable film qui sera diffusé dimanche sur France 5 à 23h.
C'est signé de Fabrice Pierrot et Pascal Drapier. "Les politiques: portraits et croquis",
Jordan Bardella