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InterviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 24 juillet 2025 22 minComplaisantActualité / polémiqueSolidarités & familleÉconomie & entreprisesLogementInstitutions & élections

Face à un budget 2026 qui "serait une catastrophe", le monde associatif s'apprête à se mobiliser à la rentrée

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 15 %Attaque 45 %Défensif 40 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 96 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:16OuverteRéponse directe

    Comment se portent les associations et leurs inquiétudes face aux restrictions budgétaires ?

  • 1:03OuverteRéponse directe

    Quelles seraient les conséquences pour le monde associatif si le budget présenté par François Bayrou était adopté ?

  • 2:11OuverteRéponse directe

    Dans quelle mesure les associations dépendent-elles des subventions publiques ?

  • 2:46OuverteRéponse directe

    Pour vous, Christophe Robert, ce sont les dons qui sont les plus importants ?

  • 3:02OuverteRéponse directe

    Il y a des inquiétudes sur la défiscalisation des dons ou cette piste est écartée ?

  • 5:58OuverteRéponse directe

    Est-ce que le monde associatif peut se mobiliser ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:18InvitéChiffre
    « Il y a 1,4 million d'associations aujourd'hui en France, il y a 20 millions de bénévoles, il y a 1,8 million de salariés dans le secteur associatif, et il y a environ 70 000 associations qui se créent chaque année. »
  • 2:14InvitéChiffre
    « C'est 20% de subventions publiques. »
  • 3:08InvitéChiffre
    « 97% de nos ressources, c'est de la générosité du public, des dons de particuliers, des lègues, des donations, des assurances-vie. »
  • 3:15InvitéFait
    « On va financer 800 projets par an portés par 500 associations pour aider les personnes sans domicile, favoriser l'accès aux droits, construire du logement social. »
  • 4:09InvitéChiffre
    « C'est moins 300 millions pour le sport, la jeunesse, la vie associative. C'est moins 2 milliards d'euros pour la solidarité, l'insertion, l'égalité des chances. Moins 1,2 milliards d'euros pour la cohésion des territoires dans le logement. »
  • 14:43InvitéChiffre
    « À peu près 10 millions de personnes qui sont concernées, mais en réalité, c'est plutôt 12 millions si on prend les territoires d'outre-mer, si on prend les personnes sans domicile. »
  • 17:21InvitéChiffre
    « Le RSA a décroché par rapport au SMIC. Quand on a créé le RMI en 88, il représentait à peu près 40% du SMIC, le montant du RSA. Aujourd'hui, on est à 33. »
  • 20:09InvitéFait
    « Il y a eu une baisse de dons notamment de personnes qui ne sont pas contents qu'on ait enlevé l'abbé Pierre de notre nom. »

Temps de parole

  • Invité43 %
  • Invité 226 %
  • Présentateur26 %
  • Présentateur 26 %

0,9 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Ce sont les centres de loisirs où vous avez inscrit vos enfants pour les vacances, ce sont les bénévoles qui organisent des sorties à la plage ou au musée, ce sont ceux qui défendent l'environnement, les droits des femmes, les plus démunis tout le reste de l'année. Bref, les associations, comment se portent-elles ? Comment se portent ceux qui les font vivre ? Et quelles sont leurs inquiétudes à l'heure des restrictions budgétaires ? Nos deux invités vont nous en parler, puisque Claire Toury, bonjour. Bonjour. Vous représentez une association sur deux en France au sein du mouvement associatif dont vous êtes la présidente. Et Christophe Robert, bonjour.

Vous êtes le délégué général de l'une des plus grosses, voire la plus grosse, association de solidarité en France. Je vous vois dire que ça n'a pas d'importance. En tout cas, c'est la Fondation pour le logement des défavorisés, l'ex-fondation Abbé Pierre. Dites-nous, vous qui nous écoutez, ce que le monde associatif représente pour vous poser de nouveaux questions en nous appelant au 01 45 24 7000 et en nous écrivant sur l'application de Radio France. Je parlais des coupes budgétaires. Si le budget présenté par François Bayrou était adopté en l'État, ce qui est très loin d'être certain, quelles seraient les conséquences, d'après vous, pour le monde associatif, Claire Toury ?

1:07
Invité

Merci beaucoup déjà d'organiser cette émission et de donner à voir le monde associatif, ses difficultés, sa diversité et sa richesse. Je pense que c'est important qu'on en parle, parce qu'avant de vous répondre, peut-être redire des grands chiffres. Il y a 1,4 million d'associations aujourd'hui en France, il y a 20 millions de bénévoles, il y a 1,8 million de salariés dans le secteur associatif, et il y a environ 70 000 associations qui se créent chaque année. C'est considérable.

1:30
Présentateur

On va faire un panorama pour dire à quel point, effectivement, le monde associatif est important.

1:34
Invité

Elles sont partout, puissantes et très importantes. Mais si on vous inquiète sur le budget, les coûts budgétaires... Ce serait une catastrophe pour le secteur associatif, mais c'est déjà extrêmement difficile. Le budget 2025, il est lourd de conséquences pour le monde associatif, des subventions qui baissent, des activités qui s'arrêtent, des associations qui sont en grande difficulté de trésorerie, des emplois qui ne sont pas renouvelés, des emplois qui sont supprimés. Donc, de façon très concrète, si on continue comme ça, si la dépense publique n'est pas à la hauteur des besoins des personnes derrière les associations, la situation ne va aller qu'en s'empirant.

2:07
Présentateur

À peu près un million et demi d'associations en France, un million quatre. Vous nous avez dit, dans quelle mesure dépendent-elles des subventions publiques ?

2:14
Invité

C'est 20% de subventions publiques, c'est intéressant. Le budget des associations, c'est environ 113 milliards d'euros, 20% de subventions publiques, 29% de commandes publiques, c'est-à-dire que vous répondez à un marché public, 5% de dons mécénat, 7% de cotisations, et puis le reste, 36%, je n'aurais pas dû faire ce calcul, mais c'est de la consommation d'activités. Donc, globalement, c'est environ la moitié du budget des associations qui dépendent de financements publics.

2:38
Présentateur

Donc, on comprend qu'effectivement, ces économies à venir vont avoir des conséquences, et on va en parler. Pour vous, Christophe Robert, ce sont les dons qui sont les plus importants, puisque vous dépendez quasi exclusivement de la générosité du public à la Fondation pour le logement des défavorisés. Il y a des inquiétudes sur la défiscalisation des dons ou cette piste-là est plutôt écartée ?

3:04
Invité

Écoutez, oui, alors nous, c'est un petit peu particulier parce qu'on est financeur du secteur associatif. 97% de nos ressources, c'est de la générosité du public, des dons de particuliers, des lègues, des donations, des assurances-vie, et on va financer 800 projets par an portés par 500 associations pour aider les personnes sans domicile, favoriser l'accès aux droits, construire du logement social, bref, beaucoup d'activités qui répondent à des besoins essentiels.

Alors, sur votre question sur la fiscalité, on a vu le Premier ministre il y a 15 jours, à qui on a posé la question, parce qu'il y avait un rapport qui était en cours de l'Inspection Générale des Finances sur le fait de réduire la fiscalité attractive du don. Vous savez, quand vous donnez 100 euros, eh bien, vous pouvez, si vous payez des impôts, mais tout le monde ne paye pas d'impôts, mais si vous payez des impôts, défiscaliser 75 euros. Et donc, ça pousse des gens à donner un peu plus. Donc, c'est vraiment très, très utile pour la solidarité dans le pays. Et le Premier ministre a dit non, non, mais ce n'est pas parce qu'il y a un rapport qu'il y aura des décisions dans ce sens-là.

Donc, on est plutôt rassuré sur ce point. Par contre, quand vous regardez la construction du budget qui nous a été annoncé autour du 14 juillet, c'est moins 300 millions pour le sport, la jeunesse, la vie associative. C'est moins 2 milliards d'euros pour la solidarité, l'insertion, l'égalité des chances. Moins 1,2 milliards d'euros pour la cohésion des territoires dans le logement, etc. Et qu'est-ce qui se passe avec les assos, nous, qu'on finance ? Celles qu'on voit, qu'on soutient pour pouvoir apporter des réponses concrètes, ajustées dans tous les territoires, en milieu rural, dans les quartiers populaires, dans les métropoles. C'est qu'elles sont confrontées à un triple problème.

Le premier, c'est qu'elles ont vu leurs coûts fixes très fortement augmenter. Mais comme tout un chacun. Les coûts de l'énergie, notamment. À cause de l'inflation, ces dernières années. L'inflation qui est revenu à un niveau bas. Oui, enfin, le niveau de l'énergie, il est resté haut. Il n'a pas redescendu, vous voyez. Quand on a augmenté de 5%, de 7% ou plus, il n'est pas redescendu. Non, mais ça augmente beaucoup moins vite. Mais on est resté à un niveau. Comme pour la facture des ménages, pour payer leurs charges. Premier facteur, c'est ça. Couts fixes qui ont fortement augmenté et les subventions publiques n'ont pas accompagné cette augmentation liée à l'inflation.

Deuxièmement, baisse des subventions. Mais déjà depuis longtemps, Claire Toury le disait. Des collectivités locales, des départements, des régions, de l'État. Et troisième élément, dans le domaine de la lutte contre l'exclusion, l'explosion des besoins. C'est-à-dire que vous êtes là, vous vous occupez d'aider mieux les personnes avec des aides alimentaires, accompagner les personnes sans domicile, sans abri. Et puis, vous avez une augmentation de 20 à 30% des problèmes. Des personnes qui rencontrent des difficultés. Et là, vous n'avez pas la capacité. Et ça, c'est quelque chose qui est un enjeu de société majeure.

Parce que, d'un côté, vous avez un budget qui va geler les prestations sociales, qui va fragiliser encore les plus pauvres. Et de l'autre, les associations sont moins en capacité de répondre aux besoins des personnes qui sont récits.

5:48
Présentateur

On va parler de la pauvreté, effectivement, et de vos inquiétudes sur cette explosion de la demande. Et notamment, en raison, dites-vous, de cette année blanche qui est promise par le gouvernement. On va s'arrêter là-dessus. Mais Claire Toury, qu'est-ce qu'il faut faire ? Est-ce que le monde associatif peut se mobiliser ? Est-ce qu'on peut mobiliser autant d'acteurs, aussi divers et aussi éclatés sur le territoire ?

6:10
Invité

Oui, je pense que le monde associatif peut et va se mobiliser, d'ailleurs. On est en train de réfléchir à une forme de mobilisation. Je ne sais pas exactement quelle forme ça prendra, mais à la rentrée, parce qu'il faut qu'on donne à voir au sein du mouvement associatif et au-delà. On fédère beaucoup d'associations. Les associations vont mal, sincèrement, et je ne dis pas ça pour faire pleurer dans les chaumières. Les associations ne vont pas bien. Il y a une préoccupation qui est très importante. Moi, je n'ai jamais vu ça. Franchement, je pense qu'on est dans une situation qui a été très bien expliquée par Christophe Robert à l'instant.

Une situation où on se retrouve dans des injonctions contradictoires. Il y a plus de besoins, il y a moins de moyens. Il y a plus de besoins, il y a une augmentation des charges. Et face à ça, quand vous êtes une association, vous ne pouvez pas augmenter vos tarifs. Si jamais vos charges augmentent... Je pense à ça il y a trois ans, au moment de la crise inflationniste, les associations du tourisme social qui ont des bâtiments, certaines se sont retrouvées avec des factures d'énergie de plus de 300 000 euros. Plus de 300 000 euros.

La question qui se posait à elle, c'est est-ce que j'augmente mes tarifs pour les colonies de vacances, les séjours collectifs, ou est-ce que je ferme quelques semaines dans l'année ? A chaque fois, la réponse est insatisfaisante. Et c'est ça, la situation du monde associatif aujourd'hui.

7:13
Présentateur

Je vous en prie. Et je reviens juste sur cette mobilisation pour essayer d'y voir un peu plus clair. Comment vous pouvez me mobiliser puisque vous nous l'annoncez pour la rentrée ?

7:23
Invité

Ça peut prendre quelle forme ? Je ne sais pas encore, je ne peux pas vous dire. En tout cas, je pense qu'il faut que ce soit un peu partout, territorialisé. Et il faut qu'on montre que les associations, elles sont absolument partout et que les citoyennes, les citoyens n'ont pas conscience que les associations sont à tous les coins de rue. Crèche associative, aide à domicile en milieu rural, distribution alimentaire, club de sport. 90% des clubs de sport sont sous statut associatif. Festival, 2000 festivals chaque année sont sous statut associatif. Qu'est-ce que je peux vous donner d'autre comme chiffre ? Des hôpitaux, des comités des fêtes.

Voilà, le monde, enfin, notre société française, on n'en a absolument pas conscience, mais notre société française, elle tient grandement grâce à ses associations et grâce à ses citoyens, c'est ça que ça veut dire, qui s'organisent, qui se mobilisent pour porter des projets, défendre des causes, interpeller, vivre ensemble, partager des moments collectifs très importants, se dynamiser un territoire. C'est ça le monde associatif.

8:15
Présentateur

Et c'est ce monde associatif qui fait vivre aujourd'hui le fameux modèle social français dont on est si fier et qu'on veut préserver, Christophe Robert.

8:24
Invité

Oui, en tout cas, elle y participe. Prenons l'exemple de la période Covid. On est venu chercher les associations. Nous, on était en relation avec les ministres, Premier ministre, Président de la République au moment où tout le monde paniquait. Qu'est-ce qui va se passer avec cette histoire du Covid ? Qu'est-ce qu'on a constaté ? Que quand on articulait bien la puissance publique via les préfets, via les maires, via les départements, donc l'État, les collectivités territoriales et le monde associatif, on est capable de faire des choses extraordinaires dans ce pays. Pourquoi ? Parce qu'elles sont présentes partout. Elles sont capables d'identifier les signaux faibles des évolutions.

Vous voyez, souvent, la protection sociale, c'est des grosses machines. Les décisions publiques, les décisions ministérielles, c'est des grosses machines. Mais là, elles permettaient de voir où se situaient les enjeux et elles sont capables de faire le dernier kilomètre. C'est-à-dire qu'à la fois, elles sont dans le repérage, dans l'innovation, dans l'apport de réponses ajustées à des problématiques nouvelles, ou existantes en tout cas sur les territoires, et puis le jour où on veut développer une grande politique publique, on veut développer la protection sociale.

Ce n'est pas ce qui se passe en ce moment, mais si on veut le faire, l'État, il n'a pas forcément les bras pour le faire, ça peut être aussi les bras armés de notre action collective, de notre action citoyenne. Et il faut qu'on embarque tout le monde. Et ce que dit Claire Toury est très important, c'est-à-dire qu'on sent une fatigue. On sent, vous savez, c'est une gestion désintéressée les associations. Ça ne permet pas d'agir si on freine leur capacité d'action pour aider les gens à s'insérer dans l'emploi, pour faire de la prévention dans les quartiers populaires, pour apporter des réponses aux personnes isolées, aux personnes âgées. Il y a un moment, il y a de la fatigue.

On parle des fois de fatigue démocratique. Moi, je parle de fatigue associative. Je crois qu'on est au milieu du guet. Et ce moment-là que nous vivons, où dans le budget, on voit bien qu'il y a une lecture très macroéconomique à coup de tableur Excel, mais qui fait fi de toutes ces réalités, de ces envies d'agir, de cette bonne volonté si on ne l'encourage pas. Il faut faire attention parce que cette fatigue, elle peut créer des formes de démission, entre guillemets.

10:17
Présentateur

20 millions, c'est ça, de bénévoles ? Vous nous disiez, Claire Toury, 67 millions de bénéficiaires. Je pense que tous les Français vont un jour ou l'autre voir tous les jours dans une association ou toutes les semaines. Question d'Emmanuel au standard de France Inter. Bonjour, Emmanuel. Oui, bonjour. Emmanuel Rivry, je suis maire de la commune du Lourou-Botreau près de Nantes. Donc, c'est un témoignage de maire. Alors, on vous écoute. C'est plutôt un témoignage, oui, désolé, c'est un témoignage. Mais non, ne soyez pas désolés, on vous écoute. Ma commune, c'est 9000 habitants, c'est plus d'une cinquantaine d'associations.

C'était aussi des actions intergénérationnelles, ça couvre en effet de l'enfance jusqu'aux personnes isolées, vous en parliez, des personnes âgées. C'est un acte citoyen. Donc, en fait, tout ce lien social qui est créé à travers les associations qui, pour des communes rurales comme la mienne, enfin, proches rurales, on va dire, est un poumon et un dynamisme les bénévoles qui ont tendance aussi à vieillir et à, du coup, rendre plus difficile la vie d'associatif. Donc, nous, en tant que mairie, on est là pour aider à la fois financièrement, on a augmenté, nous, nos subventions de 5 à 10 %, en tout cas cette année, pour atteindre pas loin de 60 000 euros.

Et puis, surtout, on vient aussi en arrière-plan pour l'aide logistique, l'aide aussi humaine quand nos agents viennent aider les associations. Vous, vous investissez davantage ? Donc, si je vous écoute, Emmanuel, dans votre commune, mais la plupart des collectivités, en tout cas, beaucoup d'entre elles, réduisent leurs subventions partout sur le territoire et quel que soit le bord politique. En effet, pour cette année, en fait, on l'a maintenu parce qu'en effet, vous avez parlé de crise énergétique, etc., les associations nous l'ont remonté.

Pardon, nous, pour cette année, en effet, que ce soit le sport, la culture et le social, on a augmenté un petit peu les subventions entre 5 et 10 % à peu près, et encore une fois, on fait avec nos moyens, bien sûr, qui sont à un moment donné limités, bien entendu. C'est pas commun. Mais c'est important de les soutenir, pardon. C'est pas commun d'augmenter les subventions, en effet, en tout cas, c'est pas la tendance, nous dit Christophe Robert. Je retiens un point dans ce que nous disait le maire, donc, de cette commune près de Nantes. Merci, Emmanuel, de nous avoir appelé au Standard Inter. Je retiens un point, c'est sur le manque de bénévoles.

Aurélie nous dit aussi sur l'application de Radio France comment répondre au manque d'investissement humain dans son entourage, dit-elle, beaucoup ne veulent plus s'engager pour ne pas avoir de contraintes. Est-ce qu'il y a un problème là-dessus ?

12:40
Invité

Ah oui, c'est beaucoup plus compliqué que ça. Je pense qu'il faut tout de suite se dire qu'il n'y a pas de crise du bénévolat en France. On a une crise du bénévolat de gouvernance. C'est très différent. C'est-à-dire que vous avez des gens qui veulent bien donner de leur temps pour monter un projet, faire des actions, et heureusement, par contre, accéder à des responsabilités associatives, c'est plus compliqué. Pour plein de raisons, plein de raisons qu'on pourrait détailler, mais notamment pour les raisons qu'on est en train de poser ce matin. Quand on s'engage dans une association, ça ne nous rapporte rien. Il faut avoir ça en tête. Ça ne nous rapporte rien.

Ce n'est pas comme ça qu'on va devenir riche. On fait ça parce que... C'est possible de le bénévolat. Ça rapporte de l'humain, c'est ratifiant. Bien sûr, ça rapporte plein de choses sur le plan personnel, mais ce n'est pas pour s'enrichir. On le fait parce qu'on a envie, parce qu'on est habité, parce que ça nous apporte plein de choses sur le plan personnel et collectif, parce que ça rend service pour tant de raisons. Mais quand vous avez cette espèce de sentiment que malgré des efforts toujours plus importants, toujours plus grands, un travail collectif toujours plus fort, etc., il n'y a pas les moyens qui sont en face.

Et en fait, tous les jours, nous, au mouvement associatif, tous les jours, on nous appelle pour nous dire telle association va fermer, telle association arrête ses activités, telle association se pose la question de renouveler tel ou tel départ de son salarié. Tous les jours. Et on nous demande comment faire, comment on fait pour faire face à cette situation et on n'a pas de réponse et donc c'est ça qu'on a envie de dire ce matin en fait. C'est pour ça qu'on a envie d'alerter largement.

13:58
Présentateur

On entend avec force effectivement vos craintes et ça m'amène à la question de la pauvreté que vous évoquiez tout à l'heure Christophe Robert. On parlait de cette année blanche, c'est-à-dire la non-augmentation des prestations sociales, notamment du RSA, entre autres. C'est votre principale crainte alors que le taux de pauvreté est au plus haut déjà depuis 30 ans, nous dit l'INSEE ?

14:21
Invité

Écoutez, triste et en colère pour dire les choses simplement. Quand on a vu les annonces du Premier ministre, pas un mot sur ces chiffres de la pauvreté qui ont augmenté à un niveau jamais connu depuis qu'on suit cette statistique depuis 30 ans. Tant dans l'augmentation que le taux, donc 15,4% de ménage sous le seuil de pauvreté. Le seuil de pauvreté, je le rappelle, c'est 1 288 euros par mois. Oui, et vous avez à peu près 10 millions de personnes qui sont concernées, mais en réalité, c'est plutôt 12 millions si on prend les territoires d'outre-mer, si on prend les personnes sans domicile qui ne sont pas dans la statistique de base de l'INSEE.

Des chiffres qu'on n'avait jamais connus, plus creusement des inégalités. Et qu'est-ce que nous annonce le Premier ministre, sans même faire écho ? Personne du gouvernement n'a réagi sur ces chiffres-là. C'est la première fois que je vois ça. Ça fait 20 ans que je suis à la fondation. On ne peut pas se dire que ça fait 8-10 ans qu'on est au gouvernement, président de la République, et on a vu augmenter la pauvreté du fait de décisions successives qui font que les plus pauvres s'enfoncent, que les inégalités se creusent parce qu'on n'a pas su redistribuer les richesses.

Et qu'est-ce qu'on nous annonce simultanément à ces chiffres de la pauvreté extrêmement préoccupants qu'on va geler toutes les prestations ? C'est-à-dire, on dit à quelqu'un vous êtes au RSA, vous avez 650 euros, il n'augmentera pas votre RSA parce que tout le monde doit faire des efforts. Ça veut dire que en moins dans l'année. Je pense qu'il y a une lecture technocratique voire idéologique du sujet parce qu'on ne se rend pas compte ce que ça veut dire 10 euros, 20 euros quand vous avez 650 euros par mois pour pouvoir survivre. Pour les associations

15:49
Présentateur

que vous aidez, vous avez dit l'un des grands rôles de la Fondation pour le logement c'est de financer grâce aux dons que vous recevez des centaines de projets associatifs de solidarité partout sur le territoire. Ça veut dire plus de demandeurs, plus de gens

16:05
Invité

qui vont venir de la Fondation mais ça fait déjà 3-4 ans qu'on tire la sonnette d'alarme. Ces chiffres de l'INSEE viennent simplement qualifier par la statistique publique des réalités sociales, des souffrances énormes dans ce pays. Et si vous voulez, ce budget il n'est ni fait ni à faire et on demande sa révision à l'intention du gouvernement et des parlementaires pour pouvoir vraiment inverser. Je pense qu'il faut inverser complètement la logique. Juste une chose, on peut faire mieux.

Nous avons fait des propositions avec le mouvement associatif et le pacte du pouvoir de vivre pour un budget qui aille redistribuer davantage les richesses, qui aille faire la chasse aussi aux dépenses inutiles, à des niches fiscales qui ne sont pas pertinentes en quelque sorte. Donc on a conscience de l'état budgétaire du pays, de la dette. Ce n'est pas quelque chose d'aveugle ce qu'on est en train de dire. On a contribué, je vous invite, j'invite vos auditeurs à aller voir cette contribution du pacte du pouvoir de vie.

Mais qu'est-ce que nous a dit le Premier ministre, il n'a pas dit, il a parlé un peu rapidement des hauts patrimoines en étant très imprécis, mais il a bien dit, on va geler les APL, on va geler le RSA, on va geler les pensions des retraites, y compris des ménages les plus fragiles. Ça veut dire qu'on va continuer à accentuer la pauvreté et creuser les inégalités dans ce pays. Juste pour vous mesurer de fil en aiguille ces petites décisions, parce qu'on lui dit c'est 100 euros par an, ce n'est pas énorme, mais ces petites décisions année par année, elles font que, par exemple, le RSA a décroché par rapport au SMIC.

Quand on a créé le RMI en 88, il représentait à peu près 40% du SMIC, le montant du RSA. Aujourd'hui, on est à 33, si vous voulez. Donc, sous couvert de assistana, des débats qui ne sont ni faits ni à faire et qui sont complètement décalés par rapport à la réalité de ce que vivent les gens, eh bien, on finit par prendre des décisions, y compris vis-à-vis des plus pauvres.

17:46
Présentateur

pour faire des économies, etc. Vous nous parliez de cette mobilisation que vous promettez à la rentrée, Claire Toury, avec le mouvement associatif. Il faudra discuter de la forme, dites-vous, mais est-ce que le mouvement associatif est prêt à aussi discuter avec le gouvernement pour poser des pistes puisque François Bayrou dit qu'il reste deux, trois mois avant l'examen du budget. Discutons.

18:06
Invité

On discute, c'est notre boulot de discuter avec les pouvoirs publics. On passe notre temps à discuter, donc il n'y a pas de problème. La question, ce n'est pas de discuter, la question, c'est quelles sont les réponses qu'on peut offrir ? Ce que dit Christophe Robert, c'est très important. C'est très important parce que ça veut dire quoi ? Ça veut dire que sous couvert de faire des économies, on crée des besoins la semaine prochaine, l'année prochaine. Et qui va devoir rattraper ça ? Les acteurs associatifs. Donc c'est contre-prix. Et donc c'est là, c'est complètement ambivalent, ça n'a pas de sens.

Donc le message vraiment ce matin, c'est mobilisons-nous très très fortement pour soutenir ce secteur associatif qui est absolument indispensable, dont on a absolument besoin et qui produit des choses merveilleuses. Il y a ça aussi qui est très important à rappeler. C'est merveilleux ce que le secteur associatif peut faire. Du pouvoir d'agir, du vivre ensemble, du collectif, du bien-être. Et puis une intervention là où personne d'autre ne va, ni le marché, ni l'État.

18:50
Présentateur

Et c'est vertueux. Et un euro investi dans l'associatif, ça rapporte à terme ?

18:55
Invité

Ça rapporte forcément. Alors je ne veux pas me lancer dans ce chiffrage-là parce qu'il y a des débats d'économistes qui sont complexes. Mais en tout cas, ça rapporte forcément. Et donc ça, c'est très important de le dire et ça rapporte aussi sur le plan démocratique. Ça veut dire que c'est des gens qui sont en capacité de se rassembler pour faire des choses ensemble. Et donc, quand on voit les tempêtes démocratiques qu'on traverse, je pense qu'on a mieux à faire que d'embêter le monde associatif.

19:16
Présentateur

Je m'arrête une minute sur la fondation pour le logement Christophe Robert dont on a beaucoup parlé ces derniers mois puisqu'après plus de 30 ans d'existence, vous avez dû changer de nom à cause des multiples accusations de violences sexuelles contre votre fondateur Feu, l'abbé Pierre. Est-ce que vous encalsez le choc ? Est-ce que des donateurs se sont détournés ?

19:39
Invité

D'abord, nous sommes convaincus que c'était le bon choix avec le mouvement Emmaüs qu'à partir d'un premier témoignage, ouvrir une cellule d'écoute pour écouter, savoir s'il y avait eu d'autres victimes. Il y en a eu d'autres. C'est extrêmement grave. Des graves agissements de l'abbé Pierre donc il n'y avait pas d'autres alternatives. Il fallait accompagner les victimes. Désormais, le mouvement Emmaüs va même aller vers des réparations financières avec la Conférence des évêques de France. Et il fallait changer de nom parce que c'est le combat qui importe. contre la précarité, contre les discriminations.

Alors oui, il y a eu une baisse de dons qui ne nous empêche pas d'agir parce qu'on a une grosse capacité et il y a beaucoup de soutien de gens aussi qui nous ont encouragés dans cette démarche-là face à ce qui était impossible pour nous il y a encore deux ans. Donc il y a eu une baisse de dons notamment de personnes qui ne sont pas contents qu'on ait enlevé l'abbé Pierre de notre nom. Oui, parce que c'était une personnalité qui a beaucoup marqué le pays et qui a agi pour la solidarité. Mais il y a beaucoup de gens aussi qui nous soutiennent. Maintenant, on a changé de nom. Nous, on veut se concentrer sur ce combat. Ce combat contre le mal-logement, contre les injustices et les inégalités.

Il y a beaucoup de soutien. Alors oui, ça réduit notre capacité d'aider les associations. Mais juste, je reviens sur notre sujet en deux mots. En disant, ce pays, il se caractérise aussi par sa force de protection sociale. On est au milieu du guet. Qu'est-ce qu'on fait ? Est-ce qu'on continue à être un des pays les plus puissants au monde dans la logique de solidarité, dans la logique de protection sociale via les associations, via la contribution

21:02
Présentateur

politique publique ?

21:03
Invité

Ce sera la conclusion en quelques secondes, mais c'est aussi ça qu'il faut dire, qu'on a un modèle... Bien sûr ! Mais attention, on est au milieu du guet. Moi, j'entends aujourd'hui des responsables politiques qui voudraient baisser la voilure, qui disent que ce n'est plus possible de faire ça. Alors qu'on l'avait vanté à chaque fois qu'il y avait des crises en 2008 avec la crise financière, en 2020 avec la crise Covid, en disant, on a un modèle formidable. Mais ce modèle formidable, il est bon tout au long de l'année, pas que face à des crises.

21:26
Présentateur

Merci à tous les deux. Et on a entendu la puissance en effet de votre cri d'alarme pour le monde associatif ce matin dans ce compte Entretien sur France Inter. Claire Toury, présidente du Mouvement Associatif qui représente une association sur deux en France et Christophe Robert, délégué général de la Fondation pour le logement des défavorisés.