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InterviewFrance Inter (sur YouTube)· 19 janvier 2026 10 minContradictoireActualité / polémiqueEurope & internationalÉconomie & entreprisesDéfense

Stéphane Séjourné : "Le Groenland ne sera jamais américain, il faut que le chantage cesse"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 40 %Attaque 30 %Défensif 30 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:13OuverteRéponse directe

    Pourquoi vous nous entendez ce matin sur ce sujet du Groenland ?

  • 0:30OuverteRéponse directe

    L'UE va-t-elle riposter aux menaces de Trump sur le Groenland ?

  • 1:51RelanceRéponse directe

    Donald Trump est-il sensible à vos déclarations ?

  • 2:26OuverteRéponse directe

    Que peut faire l'UE et la Commission ?

  • 3:12RelanceRéponse directe

    L'outil anti-coercition est-il légitimé par ce cas ?

  • 3:45OuverteRéponse directe

    L'outil anti-coercition est-il sur la table ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:37Invité politiqueFait
    « Le Groenland ne sera jamais américain. »
  • 0:43Invité politiqueFait
    « Il faut que le chantage cesse. »
  • 0:49Invité politiqueFait
    « L'administration américaine fait une erreur importante. »
  • 2:44Invité politiqueFait
    « Ce que nous sommes en train de vivre est un cas d'école de coercition. »
  • 8:52Invité politiqueFait
    « À ce stade, aujourd'hui, cet accord est caduque. »

Temps de parole

  • Stéphane Séjourné66 %
  • Présentateur32 %
  • Présentateur 22 %

1 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

7h48 sur Inter, Benjamin Duhamel, votre invité et vice-président de la Commission européenne pour la prospérité et la stratégie industrielle. Bonjour Stéphane Séjourné. Bonjour Benjamin Duhamel. Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter. Si l'on souhaite vous entendre ce matin, c'est parce que de vous dépend une partie de la riposte européenne aux menaces de Donald Trump sur la question du Groenland, alors que l'escalade est inédite. C'est le président américain qui a annoncé vouloir imposer 10% de droits de douane supplémentaires à 8 pays, dont la France, qui s'oppose à l'annexion du Groenland.

Est-ce que cette fois, l'Union européenne, la Commission dont vous êtes le vice-président, vont riposter et dire « ça suffit ».

0:37
Stéphane Séjourné

Bon d'abord, je voudrais le dire ce matin de manière très ferme, le Groenland ne sera jamais américain. Il faut que le chantage cesse. Je pense que l'administration américaine fait une erreur importante. C'est de tester les Européens sur deux principes, qui sont des principes fondamentaux de la construction européenne, qui est l'autodétermination des peuples et la souveraineté territoriale des États membres de l'Union européenne. Alors nous avons discuté pendant ces dernières semaines avec mes collègues, avec l'ensemble des partenaires européens. Il y a une solidarité de fait qui se construit autour de ces principes, de ces valeurs.

Et puis, il faut regarder l'Ukraine, y compris ces valeurs qui ont construit l'unité européenne des Européens. Alors oui, évidemment, nous avons un certain nombre de faiblesses aujourd'hui, des dépendances, notamment économiques. Nous avons un certain nombre de faiblesses qui fait que certains pays ont des craintes sur des répercussions économiques, et notamment sur des répercussions économiques commerciales, puisque nous sommes soumis à des chantages de droits de douane dorénavant. Mais nous devons tenir, et la pression doit maintenant s'exercer du côté européen.

1:48
Présentateur

Juste, je m'arrête un instant sur cette phrase que vous venez de prononcer, « Le Groenland ne sera jamais américain ». Vous avez le sentiment que Donald Trump est sensible à ce genre de phrase, puisque en l'état, il se moque parfaitement de ce qui peut être dit par des leaders européens ?

2:02
Stéphane Séjourné

Oui, j'ai le sentiment surtout que si nous n'affirmons pas cela, c'est la course, et je ne sais pas où s'arrêtera ce désir de puissance et d'annexion du Groenland. Donc nous devons affirmer un certain nombre de principes, et donc nous devons l'affirmer de manière cohérente entre nous, mais surtout de manière unitaire. Affirmer des principes et répondre.

2:26
Présentateur

Que peut faire l'Union européenne ? Que peut faire la Commission européenne ? Là encore, on va essayer de prendre les choses dans l'ordre, Stéphane Séjourné. Emmanuel Macron vous demande d'activer ce qu'on appelle l'outil anti-coercition, qu'on qualifie d'armes nucléaires, de bazooka commercial. Est-ce que c'est sur la table ? Est-ce que vous pourriez décider d'activer cet outil ?

2:44
Stéphane Séjourné

Ce que nous sommes en train de vivre est un cas d'école de coercition. C'est la première étape, peut-être, pour la Commission européenne, c'est de constater qu'un outil commercial, en l'occurrence les droits de douane, nous est soumis en termes de chantage pour nous contraindre à, en l'occurrence, céder le Groenland. Donc c'est un cas d'école aujourd'hui, et la définition est très claire dans les textes européens de ce qu'est la coercition, et c'est un cas d'école de coercition.

3:12
Présentateur

Donc si c'est un cas d'école de coercition, ça légitime l'activation de l'outil anti-coercition ?

3:17
Stéphane Séjourné

Nous sommes en discussion, et la représaille d'ailleurs, nous sommes au stade de la menace du côté américain, nous devons être au stade également de la menace au niveau européen. Et l'outil anti-coercition est en quelque sorte une arme de dissuasion. Une arme de dissuasion qui doit permettre le dialogue, et surtout d'éviter l'application des droits de douane. Et donc c'est ça aussi l'objectif que nous donnons, avoir une discussion, mais mettre aussi l'ensemble des outils sur la table.

3:45
Présentateur

Il y a visiblement parfois un peu de langage diplomatique aussi à la Commission européenne, juste pour que les choses soient très claires.

3:48
Stéphane Séjourné

Je n'ai pas l'impression ce matin d'être dans un langage diplomatique.

3:51
Présentateur

Pour que les choses soient très claires, l'outil anti-coercition est sur la table, si Donald Trump met ses menaces à exécution. Encore une fois, les choses sont par étapes, il faut constater la coercition,

4:00
Stéphane Séjourné

je crois aujourd'hui être clair ce matin, et puis après ce sont les États membres qui doivent décider aussi, et de trouver des majorités pour pouvoir l'utiliser. L'outil anti-coercition, c'est une arme de dissuasion, et un certain nombre de mesures que nous pouvons paramétrer.

4:18
Présentateur

Là encore, pour être très précis, si cet outil était activé, concrètement, pour ceux qui nous écoutent, ça veut dire quoi ? Ça veut dire bloquer des investissements américains ? Est-ce que ça veut dire, par exemple, aller jusqu'à fermer la plateforme, le réseau social d'Elon Musk X en Europe ? Est-ce que ça peut aller jusque-là ?

4:33
Stéphane Séjourné

Alors, il y aura une discussion mercredi au Collège des Commissaires, il y aura une discussion également, a priori, dans un Conseil européen extraordinaire avec les chefs d'État et de gouvernement, et ces mesures, ces dispositifs seront expliqués, peut-être approuvés, peut-être que nous aurons un mandat au niveau de la Commission pour pouvoir expertiser un certain nombre de mesures, mais oui, nous avons un certain nombre d'éléments graduels. Mais est-ce que vous pouvez nous donner un exemple concret ? Ça va de l'interdiction de la part des entreprises américaines de prétendre à des marchés publics européens, par exemple, et puis un certain nombre de fermetures du marché européen.

Tout ça, encore une fois, ce sont des hypothèses. Nous sommes, au moment de cette menace, dans l'évaluation et surtout dans notre capacité à pouvoir répondre par des outils. Nous avons les outils à nos dispositions et on doit s'en servir si nécessaire. Et si ces droits de douane étaient confirmés.

5:28
Présentateur

Autre outil qui serait pour le coup beaucoup plus rapide à activer, c'est un paquet de droits de douane qui avait été envisagé par l'Union européenne. 93 milliards de droits de douane sur les États-Unis. Est-ce que, là encore, vous nous dites, ça, ça fait partie des choses qu'on pourrait décider très rapidement ? Il n'y a pas besoin de la ratification du Parlement. Il n'y a pas besoin d'un accord à la majorité qualifiée puisque c'était déjà envisagé l'année dernière au moment où vous discutiez des droits de douane avec Donald Trump.

5:51
Stéphane Séjourné

Pour que vos éditeurs comprennent bien, nous avions gelé ce dispositif. Et donc, la représailles européenne, c'était 93 milliards de droits de douane supplémentaires sur l'économie américaine si nous n'avions pas d'accord avec les Américains. Nous avons eu un accord avec les Américains et donc les Européens se sont engagés à suspendre ces droits de douane. Ces droits de douane, ils ont été votés par le Conseil et les co-législateurs. Et donc, évidemment, c'est un des dispositifs que nous avons sous la main pour pouvoir aussi riposter en cas de droits de douane américains supplémentaires.

6:26
Présentateur

Donc, c'est important ce que vous nous dites ce matin. Non seulement la possibilité de l'outil anticoercition, mais aussi ces 93 milliards de droits de douane. La question qui se posera, Stéphane Séjourné, si d'aventure vous décidez de mettre en oeuvre ces mesures, c'est celle des rétorsions que pourraient alors décider les États-Unis de Donald Trump. Est-ce que les pays européens sont prêts à rentrer dans ce qui dépasserait alors seulement le cadre d'une guerre commerciale, une véritable opposition ? Est-ce que vous pensez que les économies européennes sont prêtes au sacrifice qu'impliqueraient ce genre de mesures ?

6:54
Stéphane Séjourné

En tout cas, on aura besoin d'unité. D'unité de patriotisme européen. Et pour avoir vécu la négociation sur les droits de douane de la première partie du mandat de Donald Trump, évidemment que notamment dans le secteur privé et dans certains nombres de capitales, l'unité nous a fait défaut. Et donc on a beau critiquer le résultat de l'accord entre les États-Unis et l'Union européenne, mais nous avions un mandat à la Commission et c'est probablement le manque d'unité qui nous aurait, si l'unité était plus forte, si nous avions pu parler tous le même langage de la force, permet d'avoir des meilleurs résultats de cet accord.

7:36
Présentateur

C'est presque un euphémisme, c'était pas seulement un manque d'unité. Vous avez une sorte de tétanie des Européens, vous avez la présidente de la Commission européenne qui a fini par conclure un accord en se rendant en Écosse sur un golf pour conclure avec Donald Trump. Vous comprenez que certains aujourd'hui se disent s'ils ont été faibles l'année dernière en 2025, pourquoi ne le seraient-ils pas de nouveau aujourd'hui ? C'est pour ça qu'il faut être fort dès le début

7:56
Stéphane Séjourné

et de commencer justement ces discussions avec aussi un langage de la force. C'est l'objectif que nous nous donnons également au niveau européen. C'est pour ça que je suis là ce matin et que j'ai ces paroles fortes sur ce sujet. Il faut tenir compte de ce qui nous a manqué la dernière fois dans cette négociation pour aujourd'hui avoir des résultats plus probants et surtout éviter de rentrer dans cette escalade des droits commerciaux.

8:25
Présentateur

Je parlais de l'accord qui avait été conclu l'année dernière. Est-ce que la situation actuelle, la possibilité que Donald Trump mette en œuvre de nouveaux droits de douane, est-ce que ça rend cet accord de 2025 qui, je le rappelle, impliquait 15% de droits de douane si on met de côté l'aluminium, est-ce qu'il est caduque aujourd'hui ?

8:40
Stéphane Séjourné

Si je regarde en tout cas les déclarations des chefs de groupe au Parlement européen et notamment du PPE, de la droite conservatrice, de Manfred Weber, si je regarde l'ensemble des déclarations, à ce stade, aujourd'hui, cet accord est caduque. Et donc si les droits de douane venaient être confirmés et si la menace existe encore au moment où le Parlement européen doit ratifier cet accord, je considère que cet accord est caduque, vu ces déclarations. Et donc il n'y a pas de majorité au Parlement européen pour valider, voter l'accord entre les États-Unis et l'Union européenne sur les droits de douane.

Vous voyez derrière ce qu'entraînent des positions et les conséquences également économiques que peuvent entraîner ces décisions de l'administration Trump. On vit dans un moment où il faut garder la tête froide et je pense que l'Europe doit avoir une voix forte dans ce moment-là pour éviter la catastrophe. Merci beaucoup Stéphane Péjourné, vice-président de la Commission européenne.

9:42
Présentateur

Le Groenland ne sera jamais américain. Et merci Benjamin Duhamel, on se retrouve tout à l'heure.