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interviewFrance Culture — L'Esprit public· 14 mai 2017 59 min

Emmanuel Macron Président de la République // le paysage politique avant les élections législatives

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0:34
Présentateur

L'Esprit Public, Philippe Meyer, bonjour. Bonjour, merci de nous avoir rejoints pour cette nouvelle édition en direct et en public du studio 105 de la Maison de la Radio, de l'Esprit Public, un public nombreux qui est à l'abri ici, pendant que le nouveau président de la République est macronisé, est intronisé, pardon, c'est l'ancien qui est macronisé, mais à l'élicité. Nous allons d'ailleurs nous intéresser, évidemment, essentiellement, pour ne pas dire uniquement, à cet événement, d'abord à l'événement lui-même et ensuite à ses conséquences.

Nous allons le faire donc avec Nicolas Baverez, éditorialiste au Point et au Figaro, avec Béatrice Giblin, fondatrice de l'Institut français de géopolitique et directrice de la revue Hérodote, avec Sylvie Kaufmann, directrice éditoriale au journal Le Monde, et avec Lionel Zinsou, économiste franco-béninois. Nous commencerons par nous intéresser donc à cette élection de dimanche dernier. Le candidat du Mouvement En Marche a été élu président de la République avec 66,10% des suffrages exprimés. La dirigeante du Front National, Marine Le Pen, obtient 33,90% des votes avec 10,6 millions voix. Le parti d'extrême droite réalise ainsi sa meilleure performance à une élection présidentielle.

Le président élu a appelé ses soutiens rassemblés au Louvre à faire preuve d'audace face à l'immensité de la tâche. Il a affirmé ne pas prendre comme un blanc-seing le vote des électeurs qui ont souhaité faire barrage au Front National. Il a promis d'œuvrer pour que les soutiens de Marine Le Pen n'aient bientôt plus aucune raison de voter pour les extrêmes. Marine Le Pen a présenté son parti comme la première force d'opposition, remercié Nicolas Dupont-Aignan d'avoir permis par son ralliement l'émergence d'une alliance patriote et républicaine.

Elle s'est félicitée d'une décomposition majeure de la vie politique française par une élimination des partis anciens et de l'émergence d'un clivage entre les patriotes et les mondialistes. La campagne pour le deuxième tour de l'élection a été marquée par une confrontation intense entre les deux finalistes, notamment au cours du débat télévisé du 3 mai. Marine Le Pen a qualifié son adversaire de candidat de la mondialisation sauvage, de l'ubérisation, de la précarité, de la brutalité sociale, du saccage économique de nos grands groupes, du communautarisme, et elle l'a traité d'enfant chéri du système et des élites.

Emmanuel Macron a accusé la candidate d'extrême droite de vivre de la peur et des mensonges, comme son père pendant des décennies, et l'a assimilée à un parasite vivant du système qu'il dénonce. Cette confrontation a vu Marine Le Pen évoquer un hypothétique compte offshore d'Emmanuel Macron au Bahamas, alors que des documents douteux accréditant cette allégation circulaient depuis peu sur Internet. L'équipe d'En Marche a également été la victime d'une attaque informatique qui a rendu public le contenu de plusieurs de ces messageries à quelques heures de la clôture de la campagne. Les chiffres de l'abstention et des votes blancs et nuls ont été très commentés.

25-38% des inscrits ne se sont pas rendus dans l'isoloir, résultat le plus élevé depuis 1969, et près de 12% des électeurs ont voté blanc ou nul. Ces résultats ont été repris par le candidat de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, qui a qualifié Emmanuel Macron de président minoritaire. Sur cette question, Lionel Zinsou.

4:06
Emmanuel Macron

Oui, je crois que c'est un événement important qui est en train de se dérouler avec l'investiture d'Emmanuel Macron. Je ne pense pas, d'ailleurs, que ce soit simplement une investiture, en fait. Je pense que c'est la naissance d'un mythe. Quelque chose qui ressemble à un mythe de la jeunesse, qui a toujours eu une grande importance. Si vous prenez les chefs d'État et de gouvernement de la France très jeunes, ça a toujours beaucoup marqué. Le dernier jeune, c'était Félix Gaillard, le dernier président du Conseil de la Quatrième République. Il y a eu un espoir de sauvetage de la Quatrième République autour de Félix Gaillard. C'est lui qui a signé, d'ailleurs, le traité de Rome pour la France.

L'avant-dernier jeune, c'était le duc de Caz. Et ça avait été, au XIXe siècle, également la levée d'un grand espoir. Mais en fait, quand on remonte, c'est plutôt chez les Bonapartes qu'il faut trouver les jeunes. Alors, un tout petit peu plus vieux qu'Emmanuel Macron, c'était le prince-président, Louis Napoléon Bonaparte. Et en fait, ça avait soulevé également un immense espoir à l'élection pendant la Deuxième République du prince-président. Et puis, en fait, le seul vraiment plus jeune, c'est Bonaparte, premier consul. Et donc, il s'est attaché à chacun de ses hommes, au moment où ils arrivaient aux affaires, une puissance qui était tirée de la jeunesse.

L'autre chose, c'est qu'il a tous les attributs d'une star, en fait. C'est-à-dire qu'on voit bien, notamment dans le rayonnement international de l'événement et de l'élection, qu'il y a quelque chose qui, très immédiatement, rappelle Justin Trudeau au Canada, ou Matteo Renzi, qui est plus âgé que lui, mais enfin, en Italie. Justin Trudeau, c'est aussi un prince de la jeunesse, mais c'est un héritier. C'est aussi le fils de son père qui a été le plus marquant des premiers ministres du Canada. Néanmoins, il y a quelque chose qui s'attache à ces hommes qui est tout à fait exceptionnel. Moi, j'ai entendu Justin Trudeau avec une formule qui conviendrait très bien à Emmanuel Macron.

Les jeunes ne sont pas les leaders de demain. Pause. Ce sont les leaders d'aujourd'hui. Il dit ça avec un naturel parfait, mais c'est quelque chose qui est un ample mythe de la jeunesse. Tous les éléments, pour être une star, il y a quelque chose du succès improbable, impossible, de Barack Obama. Et d'ailleurs, l'intervention de Barack Obama, qui est elle-même, est un événement tout à fait exceptionnel, qui se termine en français dans le message de soutien à Emmanuel Macron, montre bien que ça n'est pas simplement un président de la République française. C'est un mythe. C'est quelqu'un qui va devenir une star.

Il n'y a pas d'État au monde, sauf la République de 100 marins, qui n'a pas de siège au Conseil de sécurité, que vous l'avez remarqué, qui soit gouverné par un homme aussi jeune. Il n'y en a pas. D'autre part, moi, j'étais en Afrique ces dernières semaines. Il n'y a pas de village où la question « Ils ne vont quand même pas voter pour Marine Le Pen » n'ait été posée. Et si vous étiez en voyage aux États-Unis, c'était pareil. C'était le troisième domino du populisme, comme l'écrit Nicolas, qui va tomber après le Brexit et après l'élection de Trump. Ça ne s'est pas produit, mais c'était une tension mondiale.

Et donc, c'est quelque chose de beaucoup plus important, je crois, qu'une élection française ordinaire. C'est en fait une élection mondiale. Mme Le Pen n'avait pas tort de dire « Vous êtes le candidat de la mondialisation ». Oui, c'est un candidat mondial, avec un impact mondial. Et maintenant, évidemment, la page a l'air blanche. On se dit « Mais que va-t-il faire sur la Syrie ? Que va-t-il faire sur l'Iran ? Sur l'Arabie saoudite ? En mer de Chine ? » Et on a l'impression que tout est possible. Et ça, c'est quelque chose de très particulier, que les Français, je pense, ressentent d'où un petit vent qui ressemblerait un peu à du soulagement pour beaucoup et un peu de l'optimisme. Très bien.

8:08
Invité

C'est aussi parce que c'est l'élection présidentielle d'un président français. C'est aussi la France, avec ce qu'elle a dans l'histoire, dans le rôle qu'elle a joué. Élire un président français, ce n'est pas la même chose que le président de l'Autriche, par exemple. Ce n'est pas du tout un cocorico que je lance là, mais c'est une constatation. Si Marine Le Pen était arrivée au pouvoir, ce qu'à Dieu ne plaise, bien évidemment, l'impact aurait été extrêmement important. Donc, si vous voulez, c'est en fonction de l'inquiétude que pouvait représenter l'élection de Marine Le Pen qu'on a aussi cette forme d'accueil positif, sympathique, presque confiant envers l'élection de Emmanuel Macron.

Puis c'est la performance aussi. Personne ne s'attendait, il faut se souvenir de la façon dont y compris Bayrou avait parlé d'Emmanuel Macron. C'était la bulle médiatique, il allait se casser la figure très rapidement, enfin, tout ça n'était pas sérieux et traité de façon un peu avec mépris ou tout au moins désintérêt, ce qui n'a pas été du tout le cas. Donc, la performance surprend aussi énormément. La question aussi qui est, je crois, très importante, c'est que, pas seulement au niveau mondial, mais ce que vous avez dit, au fond, est-ce que ça aura un impact en France ?

Et je ne vais pas entamer la deuxième partie, mais il est évident que si les Français ressentent une fierté à avoir élu un président jeune bien accueilli dans un certain nombre de régions du monde, mais de la Chine au Canada, et sauf, évidemment, en Russie, peut-être, et peut-être d'une partie des États-Unis, encore que le grand peuple américain doit y être très, très favorable, il y a une réelle fierté. Et ça, ça peut jouer sur ce qui va se passer dans le deuxième temps, celui des législatives.

10:15
Présentateur

Nicolas Bavrez.

10:16
Invité

Alors, même si la France est un pays exceptionnel, c'est vrai que cette élection, elle était très exceptionnelle, parce qu'on n'a jamais eu une attention pareille du monde entier sur ce qui se passait chez nous. Il y a pour trois raisons. La première, c'était quand même un pays bloqué, dans une situation inquiétante. La deuxième raison, c'était l'impact sur l'Europe, et notamment l'impact qu'aurait eu une élection de Mme Le Pen, puisque la sortie de l'euro déclenchait une crise majeure, non seulement en Europe, mais potentiellement une crise sur tous les marchés mondiaux, parce que la France, là, est vraiment systémique.

Et puis, on l'a dit, 2016, ça a quand même été une année où le populisme a touché le cœur des démocraties avec le vote du Brexit au Royaume-Uni et l'élection de Donald Trump. On s'aperçoit d'ailleurs dans ces deux pays que les populistes, une fois qu'ils sont élus, il y a un énorme écart entre les promesses et ce qui est fait. Donc, aujourd'hui, le pouvoir d'achat des Britanniques est rongé par l'inflation et puis par la dévaluation. Quant à M. Trump, on peine à voir ce qu'il a fait de ces 100 jours, sinon rejoindre une ligne diplomatique et stratégique plus classique des Etats-Unis. Oui, les deux autres dominos ne vont pas bien.

De ce point de vue, on a eu, effectivement, trois, j'allais dire, puisqu'on aime bien ce mot, trois disruptions très importantes. La première, on l'a dit, c'est un tour de force. Un homme jeune, inconnu, il y a trois ans, des Français, sans parti, sans argent, sans héritage particulier, est devenu président de la République. Il y avait eu deux autres élections en partant de Caen, mais qui représentaient un retournement moins spectaculaire. C'était Valéry Giscard d'Estaing en 1974 et puis Nicolas Sarkozy qui avait réussi à incarner la rupture après 12 années de présidence de Jacques Chirac, mais les ruptures étaient beaucoup moins importantes et spectaculaires.

Et c'est vrai que dans la société la plus bloquée du monde développé, dans le système politique le plus verrouillé, le plus bloqué, cette irruption est d'une certaine manière miraculeuse. Et elle dénoue de façon, comme on l'a dit, optimiste, une élection qui a quand même été très chaotique, très violente et d'une manière générale d'un niveau, et ce qu'elle a révélé de la société française est quand même difficile. Pour l'Europe, évidemment, c'est une très bonne nouvelle. Notre vieille Europe est quand même en train peut-être 2017 de répondre positivement à ce choc populiste sur le monde anglo-saxon.

C'est vrai que les Pays-Bas, l'Autriche, ne sont pas la France, mais c'est quand même la troisième défaite des populistes. Vraisemblablement, en Allemagne, les populistes ne vont pas avoir de très bons résultats. Il restera l'an prochain l'Italie avec Bépie Grillo. Donc, nous avons ces trois lignes qui sont trois lignes positives. Et ensuite, ce qui est très important, vous parliez un peu des premiers pas, ce qui m'a frappé, c'est la cérémonie du Louvre. C'est-à-dire que Emmanuel Macron a une histoire, mais c'est un homme sans mémoire. Contrairement aux autres candidats, il n'était pas ancré dans un parti politique, dans une histoire longue.

Et c'est vrai que cette cérémonie, elle est très importante parce qu'elle le replace dans une mémoire longue. On a à la fois, avec la Cour du Louvre, c'est vrai que, d'une certaine manière, on a à la fois Napoléon, on a De Gaulle, on a évidemment François Mitterrand. Et donc, la manière dont d'emblée il s'est extrêmement présidentialisé, à mon avis, dit beaucoup de la manière dont il va vouloir conduire son mandat. Sylvie Kaufmann. Moi, j'aimerais revenir sur une dimension qui est passée peut-être inaperçue parce que cette églition s'est déroulée dans un contexte tellement extraordinaire, a été elle-même une succession d'événements plus extraordinaires les uns que les autres.

On a eu une telle avalanche d'effets disruptifs, comme disait Nicolas, ou destructeurs. On a eu cet épisode des affaires qui ont décrédibilisé un certain nombre d'acteurs politiques. Tout ça était tellement fort qu'on a un petit peu oublié à quel point cette élection a été le signe, je trouve, d'une vitalité démocratique de la société française vraiment intéressante. La participation. On a beaucoup mis en avant le taux d'abstention. Mais finalement, ce taux d'abstention, quand on le compare à d'autres démocraties occidentales, révèle une volonté de participer à l'élection et à l'exercice électoral tout à fait positif.

Le vote blanc a été important, 4 millions, et en même temps, c'est aussi une façon de participer à l'élection. C'est une façon de dire l'alternative ou l'offre qui m'est proposée ne me convient pas, mais je veux quand même donner mon avis, je veux quand même participer au processus démocratique. On a eu une campagne électorale, rappelez-vous, qui a été marquée à la veille du premier tour par un attentat sur les Champs-Elysées, au cœur de Paris, un attentat terroriste. On a eu deux années marquées par des attentats de masse, donc une ambiance quand même lourde en France. On a eu à la veille du deuxième tour une attaque informatique de piratage sur un des deux principaux candidats.

Voilà, et malgré tout, cela n'a pas eu d'impact sur le vote, ce vote a réussi à se dérouler dans une certaine sérénité. Il y a eu ensuite ce rejet massif de l'extrême droite que vous avez souligné, qui est un élément très important de cette élection. Voilà, et puis, on a par exemple 19 000, je crois, candidatures pour les élections législatives, on y reviendra, mais c'est aussi le signe d'une volonté de participer à cet exercice démocratique qui, je pense, est important à souligner parce qu'on est dans une période de doute et de destruction assez profonde. Donc, il y a cette volonté de détruire, de pulvériser un système politique, mais il y a aussi une volonté derrière de construire.

Alors, pour autant, ou en même temps, comme dirait notre président, je voudrais souligner aussi qu'il n'y a pas eu d'explosion de joie, le soir du 7 mai. Si certains ici se rappellent le 10 mai 1981 où tout le monde est sorti dans la rue et a convergé vers la Bastille, c'était la fête toute la nuit, là, franchement, Paris était désert et il n'y a pas eu de manifestation de joie spontanée. Pourquoi ?

Parce qu'on sait que ce moment est très difficile, que la France et le monde traversent une période compliquée, que ce nouveau président va diriger un pays qui n'est pas seulement divisé, qui est fracturé, que le premier tour a montré à quel point la colère, la frustration et parfois le désespoir s'étaient emparés de l'électorat. Il y a quand même eu, si on additionne les votes pour les extrêmes, ça fait presque, ou pour le rejet du système, ça fait pratiquement la moitié. à la fois la candidature de Mélenchon et celle de Marine Le Pen ont montré, ont traduit un désarroi ou un rejet très profond dans l'opinion publique. Alors, moi, j'ai toujours eu un souci sur la campagne d'Emmanuel Macron.

On voyait bien qu'il était porté par l'électorat des grandes villes, par ce qu'on appelle les gens qui sont à l'aise dans la mondialisation, ceux qui ont profité, qui ont un certain niveau d'éducation, etc. Je trouvais qu'il n'allait pas assez vers la France périurbaine, vers la France rurale, celle que Marine Le Pen, en revanche, labourait très consciencieusement et qui lui a permis quand même d'arriver à ce résultat qui est loin d'être négligeable à le Front National. Donc, est-ce que Emmanuel Macron a conscience de cette France-là ? Je pense que oui. Je pense qu'il en a particulièrement pris conscience après le premier tour en regardant les résultats.

Il sait qu'il va diriger une France meurtrie, blessée, mais qui n'a pas renoncé à l'espoir. Et c'est là, je crois que, en effet, la jeunesse et l'énergie d'Emmanuel Macron est un vrai atout parce qu'il incarne cet optimisme que les gens sont prêts à accueillir, en tout cas pour l'instant.

19:02
Présentateur

Sur la France rurale, et pour ne prendre qu'un petit exemple, peut-être de la sociologie de chauffeur de taxi, mais dans le nord de l'Aveyron, qui est une région que je fréquente, Emmanuel Macron a fait un score au deuxième tour supérieur à son score national. Ce qui prouve que dans une campagne qui n'est pas particulièrement dans la voie de la prospérité économique, il avait des supporters. Et quand même, je pense que sur le bilan de la campagne, on peut aussi ajouter qu'Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon peuvent porter à leur crédit d'avoir ramené à l'intérêt pour la politique des classes d'âge que ça n'intéressait absolument plus, voire qui en parlait avec dérision et mépris.

Lionel Zinsou.

19:41
Emmanuel Macron

Oui, moi je suis d'accord avec l'analyse de Sylvie, sauf sur ce terme qui revient en permanence, cette métaphore de la fracture. Encore que les fractures, ça se réduit, ça se guérit, on peut mettre des broches. Donc il a beaucoup de travail qu'il peut faire sur les fractures. Mais est-ce que c'est vraiment une fracture avec cette idée de grande diagonale, Le Havre, Marseille, plus quelques départements de côtiers ? C'est une fracture au pluriel, je dirais. Oui, moi ce qui me frappe quand même, c'est l'analyse territoriale de cette élection qui est quand même absolument spectaculaire.

Même de l'autre côté de la ligne de démarcation vers le nord-est de la France, là où le Front National a fait des performances exceptionnelles, même là, au cœur des villes, moyennes comme grandes, le vote Macron est très fort et surpondéré par rapport à la moyenne nationale. Et ce qui est quand même vraiment frappant, il y avait d'ailleurs une représentation graphique de ça dans la presse ces derniers jours, mais c'est vraiment complètement nouveau, c'est qu'au centre d'une ville, quelle qu'elle soit, moyenne ou grande, il est en forte avance par rapport à Marine Le Pen, 5 km plus loin dans la France périphérique, périurbaine, M.

Mélenchon prend le relais, 5 km plus loin dans les campagnes, Mme Le Pen devient majoritaire. Et ça, dans toute la France. Donc c'est quelque chose d'un phénomène assez homogène et qui donne le sentiment qu'il y a eu un délaissement, un désarmement du service public, l'absence de disponibilité, d'Internet au débit, l'absence de bureau de poste, les problèmes de faire des kilomètres pour les maternités, enfin toute une série de choses qui, et puis une crise spécifique de l'agriculture, qui sont des sujets sérieux mais qu'on rencontre dans toute la France et c'est le président des villes, Mme Marine Le Pen était candidate d'être présidente des champs, si vous voulez.

Donc il y a quand même quelque chose là sur la territorialité qui demanderait tout de même des efforts considérables. Deuxième chose, on parle d'un président minoritaire. Il a fini par rappeler cette polémique de M. Mélenchon. Écoutez, on ne sait pas qui est le plus minoritaire des deux, pour être sincère, entre M. Mélenchon et M. Macron mais c'est un procès absurde. Il est le mieux élu de tous les présidents de la République, même en déduisant les abstentions, les blancs et nuls.

Alors évidemment, ce n'est pas une performance exceptionnelle, c'est juste mieux que le général de Gaulle, mieux que Georges Pompidou, mieux que Valéry Scardestin, mieux que, enfin bon, Mitterrand, on peut faire la litanie, c'est juste un tout petit peu moins bien. En pourcentage des inscrits. Si on est en pourcentage des inscrits, c'est la seule chose

22:25
Invité

qu'on puisse prendre pour comparer.

22:26
Emmanuel Macron

Oui, oui, mais... Et en exprimé, et en inscrit, il n'y a que Jacques Chirac en 2002, dans quelque chose qui est évidemment une situation très différente. Donc, le président mal élu qui se trouve juste être le mieux élu de la Ve République, oui, tout le monde a été très mal élu, la démocratie française a des problèmes. Je pense que ce thème de la minorité est une mise en cause des institutions qui est un petit peu, tout petit peu gênante. Ensuite, je trouve que le Front républicain, de fait, comme à la surprise générale pendant les régionales en décembre 2015, où on a vu M. Estrosi, M.

Xavier Bertrand, enfin, on a vu le Front national n'obtenir aucune des régions et un Front républicain très puissant se mettre en place. Je trouve que le Front républicain, une fois de plus, a fonctionné de fait. Il y a des gens qui sont dans le nini et qui refusent le Front républicain, mais ce n'est pas des électeurs. C'est un certain nombre d'hommes politiques. Ça va être assez important parce que ça va être la clé de votre deuxième parti, j'imagine, mais c'est des législatives. En tout cas, le Front républicain, du fait des électeurs, s'est quand même matérialisé. Béatrice Gible.

23:32
Invité

Oui, moi, je voudrais revenir sur l'analyse que vous avez faite au fond d'une territorialité du vote en disant Macron, c'est le cœur des villes, Mélenchon, c'est la première couronne et Marine Le Pen, c'est la seconde couronne. Ce n'est qu'en partie vrai. Ce qui est indéniable, c'est qu'effectivement, on l'a dit, le vote métropolitain en ville pour Emmanuel Macron est indéniable. Mais je vais prendre le cas du Pas-de-Calais que je connais bien et puis c'est celui auquel notre président est fort attaché avec le Touquet. Vous avez un Front National qui est très très fort au cœur des villes de 30 000, 40 000 habitants, 50 000 habitants.

La plus grande ville du Pas-de-Calais, c'est Calais avec 74 000 habitants où Marine Le Pen au deuxième tour fait presque 58 % des voix et était très nettement en tête au cœur de cette ville qui n'a pas de banlieue dès le premier tour. Donc, il faut faire attention à cette généralisation-là. Marine Le Pen à Mazingarbe qui est une ville minière de la chimie de la houille fait plus de 69 % des voix au deuxième tour au cœur de cette ville qui fait 18 000 habitants. Ce n'est pas une grande ville mais en France, il n'y a pas tant de ça des grandes villes.

Donc, les caractéristiques, si vous voulez, géoculturelles et sociologiques et économiques des territoires sont vraiment très importantes à prendre en compte. Deuxième remarque, c'est qu'on ne peut pas dire que Marine Le Pen c'est les champs et Emmanuel Macron c'est les villes. Si vous voulez, c'est vous qui avez mis en cause au fond cette opposition d'une France de l'Est et d'une France de l'Ouest à travers la ligne Le Havre-Paris-Marseille qui serait d'ailleurs beaucoup plus une ligne Paris-Le Havre-Perpignan si on était un peu précis dans la mesure où vous avez quand même tout votre arc méditerranéen dans lequel Marine Le Pen est très implantée.

25:31
Emmanuel Macron

Moins toute la région lyonnaise toute la région grenobloise enfin moins avec un gros trou quand même.

25:36
Invité

Oui mais enfin dans la région lyonnaise si on regarde l'Est lyonnais on a une Marine Le Pen qui est quand même très très bien implantée là si on regarde la Haute-Savoie on a une Marine Le Pen qui quand même se porte très très bien vous n'avez qu'à regarder autour de la vallée de Larve dans la Cluse là vous avez un Front National qui est quand même très puissant et puis surtout ce qui est important je crois quand même à prendre en compte même si le Front Républicain comme vous le dites a fonctionné c'est qu'on a une poussée de Marine Le Pen sur l'ensemble du territoire elle a gagné un nombre de voix sur l'Ouest qui est très très important c'est par millions de voix qu'elle a gagné par rapport à 2002 bien sûr mais elle continue à gagner par rapport au régional même de 2015 donc ça je termine juste là-dessus elle a d'une certaine façon j'allais dire gagner l'ensemble du territoire ou une partie de l'électorat du territoire français à ses idées et là il va falloir en tenir compte Nicolas Baverez sur la fracture je crois que ce scrutin était bien la suite du vote du Brexit et puis de l'élection de Donald Trump quand on regarde les fractures territoriales qu'on avait entre par exemple Londres et puis le reste du territoire ou ce qu'on voyait aux Etats-Unis qui était très spectaculaire avec les deux côtes et puis entre les deux côtes si je puis dire un vote Trump absolument massif et c'est vrai que les cartes du premier tour sont très spectaculaires simplement aujourd'hui ce qu'on sait c'est que c'est bien une France inclue contre une France exclue mais que les clivages de l'exclusion y sont divers c'est pour ça qu'on ne peut pas dire simplement c'est les villes contre les campagnes non ça serait davantage les métropoles contre y compris les villes moyennes et petites qui ont effectivement massivement voté pour exprimer un vote protestataire néanmoins il ne faut jamais oublier qu'il s'est passé quelque chose de très important pendant l'entre-deux-tours c'est le débat télévisé dans l'histoire c'est la première fois qu'on a un déplacement de 5 à 6 points de voix autour de ce débat et où y compris un certain nombre d'électeurs du Front National ont été extrêmement saisis et déçus par la performance de leurs candidates donc cet élément a été extrêmement important ce qui reste donc c'est quand même ce qu'on a rappelé le premier tour de l'élection où les gens sont réputés voter les citoyens pour ce qu'ils souhaitent on a quand même eu 55% des votes contre l'économie de marché et l'Europe et il ne fait pas de doute et on va en reparler sans doute maintenant qu'une des tâches les plus compliquées d'Emmanuel Macron il va évidemment falloir faire repartir l'économie mais c'est d'arriver à réconcilier ces Frances avec des clivages et des fractures qui sont économiques sociales culturelles politiques territoriales

28:37
Présentateur

intéressons-nous en effet à ce qui pourrait se passer à partir du maintenant puisque l'élection a donné le coup d'envoi à la campagne pour les législatives la république la république en marche pardon a présenté jeudi dernier une liste de 428 candidats et suppléants investis par le mouvement selon des critères je cite de renouvellement de parité de probité de pluralisme politique et de cohérence son secrétaire général Richard Ferrand a souligné que 52% des candidats sont issus de la société civile et que l'âge moyen des investis est de 46 ans le président du modem François Bayrou a d'abord refusé d'avaliser ce qu'il a appelé une opération de recyclage du PS avant de parvenir à un accord qu'il a qualifié de respectueux des termes de l'alliance nouée avec la république en marche les noms des candidats désignés dans les 149 circonscriptions manquantes ne seront pas connus avant la semaine prochaine afin de libérer un espace permettant la recomposition de la vie politique certaines de ces circonscriptions sont déjà convoitées par des candidats les républicains comme Bruno Le Maire Nathalie Kosciusko-Morizet et des proches d'Alain Juppé comme Gilles Boyer ou Franck Riester le chef de file des républicains François Baroin a dénoncé des tentatives de débauchage et affirmé que sa formation était tournée vers l'objectif d'une majorité au parlement le parti socialiste aborde le futur scrutin dans une situation de crise l'ancien premier ministre Emmanuel Valls a affirmé que la formation était morte avant de se déclarer engagée pour la victoire d'une majorité présidentielle à défaut d'une investiture en bonne et due forme de la république en marche les dirigeants socialistes se sont prononcés pour une ligne d'autonomie constructive vis-à-vis d'en marche autonomie fondée sur une plateforme largement expurgée du programme de Benoît Hamon l'ancien candidat socialiste a annoncé le lancement d'un mouvement de reconstruction d'une gauche inventive qui rassemblerait socialistes écologistes et communistes le parti est également menacé par la France insoumise dont le leader Jean-Luc Mélenchon a annoncé son intention de remplacer le PS dont il affrontera à Marseille le député sortant dans la quatrième sous-transcription des Bouches du Rhône Patrick Minucci le Front National est secoué par la décision de la députée du Vaucluse Marion Maréchal-Le Pen de ne pas se représenter pour des raisons privées a-t-elle annoncé de nombreux commentateurs ont interprété ce départ comme le résultat de tensions avec Marine Le Pen et Florent Philippot après une campagne présidentielle qui a déçu de nombreux militants sur cette question Béatrice Giblin

31:02
Invité

assurément on est dans une grande incertitude pour savoir de quel type d'assemblée nationale sortira des élections législatives je pense qu'on n'a jamais été dans une aussi grande incertitude pourquoi cette incertitude ?

d'abord il y a la grande question de la participation Sylvie Kaufmann a rappelé qu'au fond la participation présidentielle n'avait pas été si mauvaise que ça quand on compare effectivement aux autres démocraties occidentales et c'est vrai mais on a souvent constaté que les législatives qui suivent bien sûr maintenant l'élection présidentielle entraînaient non pas globalement à l'échelle nationale une forte baisse de l'abstention mais une géographie de cette abstention qui elle était très contrastée au fond la grande question qui va se poser vous avez dit très justement Philippe que Mélenchon d'une part et Macron d'autre part avaient réattiré des électeurs jeunes désintéressés par la politique vont-ils être encore motivés pour les législatives si je repense aux élections de 2007 et 2012 on avait vu une très forte montée de l'abstention par exemple en Seine-Saint-Denis où des jeunes qui avaient voté Ségolène Royal ou François Hollande en 2007 et 2012 ne se sont pas déplacés pour les législatives c'est un enjeu majeur pour Mélenchon soit ils continuent à mobiliser ces gens dans cette banlieue et cette périphérie dont vous avez parlé soit non moi j'ai une inquiétude pour lui pas pour le reste c'est de me dire quand je vois les scores de Macron à Bobigny à la Courneuve à Saint-Denis c'est-à-dire vraiment au cœur de l'électorat Mélenchon qui est arrivé nettement en tête avec plus de 30% des voix au premier tour Macron fait dans ses villes 70% des voix 74 78 c'est-à-dire beaucoup plus que ce qu'on pouvait imaginer qu'il ferait donc est-ce que la dynamique va être côté Macron ou est-ce qu'on va aller vers l'abstention ou est-ce que Mélenchon va réussir à mobiliser ces gens c'est une première très grande incertitude la deuxième incertitude va-t-on avoir un réveil de la droite c'est-à-dire il y avait beaucoup d'électeurs qui ont dit ah non moi fille avec ses histoires de costume et de pénélope je ne voterai pas pour lui est-ce qu'aux législatives ils reviennent à leur famille politique mais là aussi à droite comme à gauche on va avoir un bouleversement des candidats on n'a plus le droit au cumul des mandats donc on est nécessairement obligé de choisir si on est maire ou si on est député on va avoir quand même des divisions importantes donc qu'est-ce qui va se passer est-ce qu'on va aller voter pour Marine Lecarnia de Marine Le Pen dans le sud de la France dans le nord la droite où Marine Le Pen est très forte et pour ainsi dire inexistante donc ça ne joue pas énormément mais dans le sud ça peut jouer fortement et puis quant à la gauche le pari de Mélenchon de effectivement remplacer le PS me semble pour ma part extrêmement difficile à gagner très très difficile pour les raisons que je vous disais c'est-à-dire est-ce qu'il va réussir à mobiliser fortement puis dernier point quand on est dans des législatives on est face à des députés sortants comme Menouchi qui est un député compétent reconnu comme tel puisqu'il a été j'allais dire primé en 2015 comme le meilleur député il tient sa circonscription tout dépend si Godin fait alliance avec Menouchi pour virer Mélenchon en pensant que c'est plus important ou s'il fait une mauvaise part à Menouchi en faisant une alliance avec Mélenchon car le clientélisme sans mauvaise part de ma part est extrêmement important

34:41
Emmanuel Macron

Le Melzinsou on ne va pas qu'on fasse une émission spéciale Mélenchon parce que vous vous rappelez qu'il est ou spécial Mélenchon il s'était porté aussi bravement dans une autre circonscription légèrement disputée à Hélène Beaumont

34:56
Invité

il a laissé un très mauvais souvenir parce qu'il est passé et il est reparti dès le lendemain il n'y a plus jamais mis les pieds

35:02
Emmanuel Macron

ça n'était pas vraiment enfin bon on résiste à cette pulsion moi je suis frappé quand même par le fait qu'on est dans une époque étrange où en quelques jours comme des châteaux de cartes comme si on était en révolution pour reprendre le titre du livre du président les choses s'abattent sur elles-mêmes de façon quand même spectaculaire parce que d'entendre le premier ministre ancien ministre de l'intérieur principal homme d'état derrière François Hollande pendant 5 ans pilier depuis longtemps du parti socialiste expliquer que le parti socialiste est mort qu'on va créer un autre parti qu'il s'inscrit dans la majorité présidentielle enfin le geste de Manuel Valls c'est d'une force considérable de même le geste de Bruno Le Maire de même l'idée que peut-être ce sera un républicain proche d'Alain Juppé qui sera premier ministre dans 24 heures tout ça c'est des changements considérables on revient sur des choses qui avaient l'air établies si on a un premier ministre Juppé ça voudrait dire qu'on revient sur le résultat des primaires de droite tout en faisant la synthèse avec la gauche et les partis sont manifestement en train de se renouveler tous il va y avoir trois partis socialistes apparemment M.

Hamon prend une grande initiative avec M.

Mélenchon à partir de juillet Mme Aubry Mme Hidalgo forment un autre mouvement et une partie Mme Taubira pardon Mme Taubira pardon pardon non mais c'est très bien c'est très bien pardon non non mais nous avons un respect égal pour chacune de ces personnes mais qui sont quand même très représentatives et qui partent avec encore un autre morceau de l'héritage et Emmanuel Valls manifestement emmener avec lui une bonne partie des sociolibéraux tout ça en trois ou quatre jours ce qui veut dire que c'est pas la peine de raisonner en statique comparative c'est à dire il y avait l'assemblée avant les partis avant qu'est-ce qui va se passer le 11 juin est-ce qu'ils vont revenir à la maison est-ce qu'ils vont revenir au bercail et au parti d'où ils venaient comme électeurs mais s'ils cherchent avec une lanterne comment revenir chez les républicains et les socialistes il va y avoir un problème c'est qu'il n'y aura plus de parti républicain le 11 juin il n'y aura plus de parti socialiste dans la même réalité il y aura quelque chose effectivement mais qui sera complètement dispersé éclaté donc vous vous ne pouvez pas revenir à la maison si la maison est en ruine vous voyez vous êtes obligé quand même de construire un autre logement politique c'est à dire que vous n'êtes pas en statique comparative vous ne pouvez plus comparer vous êtes en dynamique vous êtes en marche n'est-ce pas donc vous êtes en dynamique c'est à dire que ça ne ressemble pas tout a vraiment changé et ça c'est pas un facteur d'incertitude mais c'est quand même un changement de repère tout le monde va devoir se reclasser c'est un événement aussi important d'une certaine manière que la naissance de la cinquième république vous voyez naissance d'un mythe naissance d'une star naissance d'une nouvelle époque en quelques jours extrêmement rapide et je voudrais aussi dire que l'incertitude n'est pas dans les sondages parce que il ne faut pas qu'on recommence ce qu'on avait fait dans nos commentaires avant le premier tour rappelez-vous on avait essayé de dire attendez on va peut-être se réveiller avec un résultat qui correspond exactement au sondage à force de dire on n'y comprend rien c'est une énigme ça n'a jamais été aussi opaque c'est une incertitude et puis le lendemain matin on constate que ça faisait 12 semaines qu'on disait que le président Macron allait battre Marine Le Pen par un peu plus de 60 à un peu moins de 40 et qu'au premier tour il aurait 24 et il aurait 22 donc en fait les sondages français sont assez bons et la projection sur l'Assemblée nationale elle est pour l'instant juste de savoir si le président va avoir sans coalition auxiliaire supplémentaire la majorité absolue ou s'il a besoin d'une coalition mais qu'il soit au marge du pouvoir à l'Assemblée c'est donné dans toutes les projections circonscription par circonscription donc l'incertitude c'est comment on se reclasse dans ce paysage politique qui d'ailleurs correspond à une tradition de force centrale à la fois sociale-démocrate et de centre-gauche qui a été théorisée appelée avant la bipolarisation par Valéry Giscard d'Estaing qui a eu du mal à se réaliser mais qui se réalise aujourd'hui donc qui est dans une tradition politique c'est donc il faut trouver ses repères et se recomposer comme ça mais l'incertitude n'est pas si grande et l'idée d'une France ingouvernable ou l'attente d'une cohabitation je ne voudrais pas revenir à un candidat d'extrême-gauche qui a eu beaucoup de succès mais je constate qu'il annonce une cohabitation à gauche et bien ça c'est crâne ça c'est pari à la Macron parce que pour l'instant à l'extrême-gauche parti communiste front de gauche on prévoit quand même 15 députés donc une cohabitation avec 15 députés ça demande quand même du panache mais il n'en moque pas je confirme

40:09
Invité

on est dans une période révolutionnaire je crois c'est là on assiste au départ du deuxième étage de la fusée Macron c'est la deuxième étape de l'opération dynamitage il y a eu d'abord l'élection présidentielle c'était la première étape et maintenant on pulvérise le paysage politique que l'on connaissait complètement alors on a en effet un ancien premier ministre ancien candidat puisqu'il était candidat au primaire Manuel Valls qui dit le PS est mort il est derrière nous et on est déjà tellement habitué à ce champ de ruines que personne ne fait attention à cette déclaration qui est quand même assez intéressante je trouve vu son auteur on a un parti les républicains qui ne sait pas quoi faire qui essaye de ramasser les morceaux qui se dit bon on va peut-être attendre pour exploser les élections législatives on va pas le faire tout de suite voilà c'est quand même c'est quand même quelque chose d'assez extraordinaire et on voit à quel point tout ça est une stratégie voulue de la part d'Emmanuel Macron je crois que cet entre deux tours a été très très instructif vous avez parlé tout à l'heure à la fois de la cérémonie du Louvre enfin de l'arrivée au Louvre le soir du deuxième tour de cette mise en scène de cette théâtralisation qui l'a transformée où on a vu qu'Emmanuel Macron endossait vraiment le personnage les habits présidentiels et devenait vraiment un homme d'état tout d'un coup quel contraste avec le soir du premier tour on a vu on a vu dans plusieurs dans ses documentaires qu'on a vu à la télévision on a vu dans plusieurs interviews à quel point finalement et maintenant dans sa stratégie sur les élections législatives à quel point tout ça est voulu et pensé c'est vraiment je trouve assez impressionnant on connaît on connaît sa puissance de conviction on a vu qu'il avait un sens politique et une intuition politique vraiment spectaculaire puisque c'est lui qui au départ finalement a compris que ce système politique était brisé et a joué ce qu'on a pensé être un coup de poker mais en réalité tout ça a été à une nouvelle fois pensé et construit et donc là on voit vous avez dit que la république en marche puisque c'est comme ça que ça s'appelle maintenant présente 428 candidats donc il y en a 159 qui manquent n'est-ce pas et ça c'est à nouveau voulu pour laisser le temps aux partis notamment aux républicains de réfléchir de mûrir on va avoir le nom du premier ministre de mûrir

42:56
Présentateur

et de tomber pardon comme les fruits de mûrir et de tomber voilà et de tomber

43:00
Invité

voilà donc tout ça est vraiment voulu et de même ce qu'on a pris comme un cafouillage l'affaire Valls et l'affaire Bayrou donc Manuel Valls qui dit je suis candidat je veux bien je serai candidat sous l'étiquette en marche et puis cette humiliation suprême apparemment du mouvement d'Emmanuel Macron qui dit mais on vous a rien demandé en réalité ça n'est pas un cafouillage c'est à nouveau une façon de montrer la fermeté au risque de l'humiliation et c'est la même chose avec le modem et les candidats de François Bayrou une façon de montrer que rien ne fera dévier le président et ce dynamiteur de la voie du renouveau

43:45
Présentateur

après est-ce que ça va marcher

43:47
Invité

c'est autre chose

43:48
Présentateur

à propos de Manuel Valls dans ma pieuse jeunesse on apprenait un adage qui disait les convertis peuvent participer à la procession mais ils ne sauraient tenir la bannière Nicolas Baverez

43:58
Invité

bien nous approchons de l'épilogue d'un cycle électoral incroyable puisque c'est une élection à 8 tours elle a démarré avec les primaires de la gauche et de la droite il se trouve que ces primaires ont débouché sur des candidats qui n'ont pas été au second tour ensuite l'élection présidentielle et nous allons finir avec les législatives c'est mieux que Borgen ou West Wing c'est une série absolument extraordinaire et ponctuée par beaucoup beaucoup effectivement d'imprévus et de coûts divers donc ce qui est vrai c'est que l'élection présidentielle débouche les deux finalistes n'appartenaient pas au parti dit de gouvernement et donc la dynamique présidentielle également le fait que 200 députés ne se représentent pas font que maintenant on va avoir ce que Schumpeter appelait la destruction créatrice mais appliqué au système politique et non pas à l'économie alors du point de vue de la destruction les choses progressent assez bien il faut le reconnaître et donc pour la gauche pour la gauche c'est fait ça il n'y a pas de doute possible ce qui est intéressant c'est que pour le FN ça commence à se sentir parce que il faut de même que le débat a été complètement raté derrière il y a un vrai problème de ligne politique au Front National une vraie division et ça ça va peser extrêmement lourdement et puis il y a la droite qui est un peu dans la position j'allais dire les leaders de la droite sont dans la position de la personne il y a un barrage avec une énorme fissure et on a le doigt dans la fissure et ça c'est pas une position très confortable et le président de la république a donc deux manières de faire en sorte que la fissure s'élargisse et que le barrage cède et il a une stratégie donc en deux coups la formation du gouvernement parce que ça ça peut être une manière d'emporter une partie des républicains et puis si cette opération ne marche pas et bien attendre le résultat des élections et passer un accord de gouvernement avec une partie avec une partie de la droite et la partie qui est la plus modérée et étant entendu que quand on regarde froidement le programme Macron et le programme Fillon les priorités étaient à peu près les mêmes et on peut dire qu'il y avait plus une différence de degré qu'une différence de nature donc ce qui se passe il y a évidemment un intérêt majeur à obtenir l'éclatement de la droite dès la semaine prochaine et je pense que ça va être le principal objectif de la nomination du premier ministre et du gouvernement l'autre chose qui va être faite à mon avis dans la continuité de la cérémonie du Louvre c'est que je pense que les premiers pas du président Macron vont être des premiers pas extrêmement régaliens il a un calendrier qu'il sert puisqu'il va y avoir vraisemblablement je pense qu'il ira rendre visite à nos soldats en opération extérieure sans doute au Mali il va y avoir ensuite Berlin il va y avoir surtout le sommet de l'OTAN le 25 mai c'est la première fois que Donald Trump va venir en Europe donc il a un agenda diplomatique et stratégique qui va lui permettre de s'installer vraiment dans les habits du président et sans prendre de risque sur la politique intérieure donc au total il y a une configuration qui normalement est assez favorable Béatrice je voudrais revenir quand même sur le problème de l'abstention à ces législatives parce que pour se maintenir au deuxième tour il faut avoir obtenu 12,5% des inscrits or si on se trouve dans une situation avec une forte abstention peu seront les candidats qui pourront avoir 12,5% des inscrits donc la mobilisation de l'électorat pour tel ou tel candidat va être fondamentale et là où on va avoir des choses qui vont à mon avis beaucoup changer le paysage politique c'est est-ce que la mobilisation des électeurs du Front National dont je disais qu'elle avait maintenant qu'elle couvrait maintenant l'ensemble du territoire français avec évidemment des points plus forts sur le nord-est et le sud-est qu'à l'ouest est-ce qu'ils vont être en position eux de se maintenir quand des candidats on va dire de partis classiques ne vont pas pouvoir l'être de nouveau auquel cas on risque d'avoir un résultat avec une présence de députés Front National qui sera une force politique avec laquelle il faudra compter et ça c'est vraiment une réelle incertitude

48:29
Présentateur

je peux ajouter à votre diagnostic aux questions que vous posiez tout à l'heure sur la France insoumise et à ce qui a été dit également que Jean-Luc Mélenchon est occupé lui-même à détruire ce qu'il a construit c'est-à-dire qu'il va de plateau de télévision en salle de meeting en disant qu'il lui a manqué que 600 000 voix ce qui dans la démocratie semble être une chose importante mais il le dit sur le ton d'Arpagon qui cherche sa cassette c'est-à-dire qu'il y a quelqu'un qui les lui a pris et il faudrait qu'on les lui rende c'est quand même quelque chose

48:58
Invité

Et puis il vient aussi de faire une rupture avec le parti communiste En plus, Lionel Zinsoum

49:03
Emmanuel Macron

Non, il y a quelque chose qui sert énormément Emmanuel Macron c'est que c'est bien la progression territoriale des populismes mais elle est encore assez dispersée et diluée sur le territoire donc les points de fixation où il y a une chance de l'emporter se limitent apparemment à une centaine de circonscriptions C'est beaucoup Oui c'est beaucoup mais enfin c'est 577 ça se limite à cela et encore une fois tous les candidats du Front National n'ont pas l'aura et l'expérience de Marine Le Pen il y a un problème de personnel politique Pas ceux d'en marche non plus Je vous l'accord mais il est peut-être plus facile d'être en marche en étant en même temps de droite et de gauche que d'être inconnu et extrémiste vous voulez quitte à croiser un inconnu vous préférez vous préférez qu'il soit consensuel bienveillant il y a toute une série d'adjectifs particuliers donc c'est pas c'est pas c'est pas symétrie et donc normalement on devrait avoir non seulement une défaite des deux populismes mais en fait il devrait aider assez considérablement parce que encore une fois quand on est capable de voter Estrosi pour la région Provence-Alpes-Côte d'Azur quand on est capable de retirer le candidat socialiste dans la région des Hauts-de-France ça veut dire qu'on est vraiment quand même dans une culture réelle de base du Front Républicain et donc les deux populismes probablement vont faciliter beaucoup le travail d'En Marche et se retrouver avec des résultats résiduels Sylvie Kaufmann

50:37
Invité

oui et pour compléter ce que vient de dire Lionel je crois qu'il est plus facile d'être En Marche aussi quand on soutient un président qui vient d'être élu avec plus de 66% des voix c'est cet élan qu'on a déjà connu dans la Ve République c'est vraiment ça le pari d'Emmanuel Macron parce qu'il fait le pari d'une majorité absolue et ça il l'a dit plusieurs fois il l'a dit notamment dans une interview au Monde début avril où il a dit il me faut la majorité absolue c'est une condition d'efficacité entrer dans une logique d'accord d'appareil ça veut dire construire une majorité de briques et de brocs je veux une alternance profonde avec une orientation politique classique et une majorité politique cohérente donc là il fait vraiment tout pour obtenir cette majorité absolue est-ce qu'il va y arriver ça c'est le pari déclare pas fraise côté recomposition il faut quand même marquer que là encore Emmanuel Macron fait ce qu'il avait annoncé on a ce processus qui est quand même sans précédent des 19 000 candidatures et ça va se stabiliser en fonction de ce qui va se passer à droite la semaine prochaine mais il y a 95% des candidats retenus qui n'ont jamais fait de politique une majorité qui vient de la société civile et pour l'instant une parité parfaite donc c'est quand même des signaux de renouveau qui correspondent à mon avis à ce que souhaitent les français la majorité absolue reste un objectif très difficile à atteindre je rappellerai que le général de Gaulle en 1958 qui est le général de Gaulle qui a créé une nouvelle constitution passe de 22 députés gaullistes dans la dernière chambre de la quatrième à 220 députés c'est beaucoup mais ça n'est pas la majorité absolue

52:13
Présentateur

je vous remercie nous sommes maintenant entrés dans notre dernière séquence la séquence des brefs je voulais l'ouvrir non pas en vous recommandant un spectacle encore que si vous avez l'occasion d'aller entendre Yves Jamais qui est un magnifique chanteur qui fait un magnifique spectacle ne vous en privez pas mais en attirant l'attention sur un domaine qui nous concerne quelque peu ici qui est le domaine de la culture on ne sait pas s'il y aura ou pas un ministère de la culture mais je lis ici et là et encore hier une opinion dans le monde qu'un certain nombre de gens croient devoir réclamer la fusion entre le ministère de l'éducation et le ministère de la culture c'est une erreur complète ça ne marche jamais le ministère de l'éducation est bien trop gros bien trop bureaucratique bien trop organisé il bouffe toujours tout ce qui vient de la culture ça peut marcher sur le terrain on voit bien et j'en connais des exemples des gens qui individuellement des inspecteurs d'académie des professeurs des directeurs d'établissements qui font affaire avec des gens qui rendent la culture sous toutes ses formes les arts sous toutes leurs formes et dans toutes leurs expressions vivantes ça peut marcher entre des personnes ça peut marcher dans certains endroits mais l'idée de fondre le ministère de la culture dans le ministère de l'éducation va paraître une erreur majeure je crois plutôt si je peux me permettre de donner un conseil nouveau au président qui en ce moment doit être à l'écoute je pense qu'il a fait l'essentiel de ce qu'il avait à faire c'est monsieur le président pensez votre politique culturelle en même temps que vous pensez votre politique déménagement du territoire ne me remerciez pas Sylvie Kaufman

53:39
Invité

je suis sûre qu'il écoute le podcast en tout cas moi je voudrais réhabiliter Machiavel avec un petit livre avec Patrick Boucheron qui est quand même le maître en la matière et un petit livre qui s'appelle Un été avec Machiavel qui est une reprise je crois d'une série d'émissions l'été dernier sur France Inter et alors on dit toujours beaucoup de mal du machiavélisme mais Machiavel lui-même était un personnage extrêmement créatif et intéressant qui a sorti le politique de la gang du religieux et de l'idéologie et je voudrais juste lire un très bref passage qui aujourd'hui je trouve résonne d'une manière très intéressante le 19 juin 1498 trois semaines après l'exécution de Savonarole le Grand Conseil confirme Machiavel dans ses nouvelles fonctions il s'entoure d'une petite équipe qui le suivra jusqu'en 1512 aucun n'a 30 ans ils sont juristes et fin lettrés ils sont surtout affamés de travail de pouvoir et d'amitié pendant 15 ans cette joyeuse brigade va tout partager un régime politique se caractérise aussi par l'âge de ceux qui exercent les responsabilités derrière les fastes juvéniles de la cour médicéenne une gyrontocratie tenait fermement les reines du pouvoir exténuée elle vient de les lâcher c'est le moment de s'en saisir Machiavel en fera plus tard sa maxime tenter la fortune car elle est l'amie des jeunes gens et changer selon le temps les temps sont venus enfin ça commence

54:59
Présentateur

Nicolas Barres

54:59
Invité

en ce jour d'investiture du nouveau président Emmanuel Macron je voulais rappeler le chef d'oeuvre de Norbert Elias la société de cour c'est la manière dont autour de la personne la figure du roi on invente une nouvelle civilisation occidentale qui va progressivement donc construire l'occident en partant de l'aristocratie mais pour ensuite avoir des mœurs différentes qui vont s'installer dans toute la société c'est l'invention aussi d'une certaine manière paradoxalement de la société démocratique

55:31
Emmanuel Macron

Lionel Zinsou vous voyez bien que c'est la naissance d'un mythe donc voilà Emmanuel héritier de Machiavel encore qu'en 1494 30 ans c'était déjà assez vieux non moi je voudrais juste commenter ce qu'a évoqué Nicolas sur le les premiers voyages du président qui vont avoir une grande importance après l'Allemagne probablement après Berlin c'est un rite en fait l'Afrique attend que la première visite bilatérale en dehors des sommets du G7 et de l'OTAN la première visite bilatérale soit pour le Maroc et aller parler au Maroc de l'ensemble de la relation avec l'Afrique il faut bien voir que jamais l'élection présidentielle française n'aura tenu tant en émoi l'Afrique pour beaucoup de raisons vous avez peut-être observé que les électeurs souvent binationaux qui ont voté au Maghreb ont tous voté au-delà de 90% pour Emmanuel Macron comme Paris ou un petit peu mieux et donc il y a une attente considérable et la visite au Mali complétera probablement et c'est très important parce que Emmanuel Macron tout le monde va se l'approprier je vous dis c'est un président mondial et en tout cas on attend que ce soit un président africain

56:49
Invité

je ne vais pas être dans la lignée de mes trois prédécesseurs je vais parler d'un livre de Florence Bergeau Blackler le marché halal ou l'invention d'une tradition je pense que c'est un livre extrêmement important pour comprendre comment l'association d'un capitalisme marchand et d'une stratégie politique qu'on peut appeler géopolitique du salafisme ou d'un islamisme radical font alliance pour normer et dissocier par la nourriture par l'alimentation ce qui est halal et donc licite de ce qui est haram et qui est illicite donc vous ne pouvez pas manger comme nous puisque vous n'êtes pas comme eux c'est un livre je crois qu'il faut impérativement lire pour comprendre ce qui risque de nous arriver

57:37
Présentateur

je vous remercie vous avez rendez-vous avec Alain Crugère qui reçoit le chef cuisinier du Mori Vinis Bar à Paris et de l'Emporio Armani Café c'est Massimo Mori et ils vont passer ensemble de moutardes et de condiments divers du nord de l'Italie de la salsa verde et au pesto de lard en passant par quelques moutardes de fruits diverses c'était donc L'Esprit Public une émission de Philippe Meillet réalisée par Luc Jean Reynaud préparée avec Augustin Bernard Rudex et Mathilde Cadreau avec aujourd'hui la technique Valérie Lavallard Fabien Capelle et Emmanuel Armain et avec nous dans le studio 105 de la maison de la radio un public attentif dont la sympathie nous a porté merci à vous

58:20
Locuteur

merci à vous merci à vous merci à vous