L'hypothèse d'un référendum sur la proportionnelle, risque mortel pour Macron ? - L'Edito Politique
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« les Français sont massivement favorables à la proportionnelle à 74% d'après une enquête au DOXA Public Sénat d'il y a 15 jours »
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« à vote identique, la proportionnelle ne changerait pas les grands équilibres de l'Assemblée actuelle »
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« le pari de l'abandon du scrutin majoritaire, c'est d'impulser un changement de culture politique »
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Patrick Cohen, pourquoi l'instauration d'un mode de scrutin proportionnel pour l'élection des députés sera l'une des grandes questions politiques de 2025 ? Parce que beaucoup y voient un instrument de sortie de crise, parce qu'Emmanuel Macron l'a promis en 2017 puis en 2022, et qu'il l'a promis d'abord à François Bayrou, c'était dans la corbeille de mariage, parce que Bayrou, le plus ancien et ardent défenseur de ce changement, en définissait le moyen fin août dans une interview au Monde.
Le plus clair et le plus marquant serait de proposer cette décision au référendum, parce que c'est sur proposition du gouvernement que le président peut lancer ce référendum, article 11 de la Constitution, parce que les Français sont massivement favorables à la proportionnelle à 74% d'après une enquête au DOXA Public Sénat d'il y a 15 jours, et que l'idée rassemble largement jusqu'aux Insoumis et au RN. Bref, tout s'emboîte. Attendez, vous êtes en train de nous annoncer un prochain référendum sur la proportionnelle ? Pas si vite.
D'abord, je n'ai aucune information sur les intentions du président, et je ne suis pas sûr que lui-même a arrêté les siennes, après avoir mesuré le risque politique d'un scrutin qui se décentre de la question, et se concentre sur celui qui la pose. Autre bémol, le décalage qui ne manquerait pas d'être ressenti, relevé, entre la rare solennité d'un référendum, il n'y en a pas eu depuis 20 ans, et le caractère sinon dérisoire, du moins très éloigné, des préoccupations quotidiennes, du mode d'élection des députés, qui ne relève d'ailleurs que d'une loi ordinaire.
Et enfin, au-delà du consensus de principe, toute la subtilité du mécanisme électoral, qui fait qu'il y a presque autant de proportionnels que de sortes de fromages, intégrales, mixtes, selon la taille des territoires, comme au Sénat, avec une prime majoritaire, avec des listes régionales, départementales, à un ou deux tours, quel seuil pour avoir des élus, et selon quel calcul, plus fort reste, plus forte moyenne, j'ai de quoi faire, environ 8 chroniques, mais on me dit déjà en régie qu'on n'aura pas la place.
Comme chaque parti milite pour la formule qu'il avantagerait le plus, et qu'il reviendrait au gouvernement de présenter le projet de loi qui serait soumis à référendum, on voit là toute la complexité de la manœuvre, jusqu'à ce que surgisse la question clé, la plus importante, à quoi ça sert ? Mais vous nous en avez parlé comme d'un possible instrument de sortie de crise. Bah, c'est pas sûr, d'abord parce qu'à vote identique, la proportionnelle ne changerait pas les grands équilibres de l'Assemblée actuelle, même tripartition, même absence de majorité absolue.
En fait, le pari de l'abandon du scrutin majoritaire, c'est d'impulser un changement de culture politique, en finir avec les alliances forcées, les votes stratèges et le tous contre tous, remplacer un système d'affrontement par une logique de compromis, et chez les électeurs, par un vote au plus près de leur conviction, dans la mesure où ils savent que tous les votes, même minoritaires, seront pris en compte. Voilà, référendum ou pas, ce n'était là que la bande-annonce d'un long débat et sûrement d'un paquet d'autres éditos. Sans doute. Patrick Cohen.