Alexandre Lacroix : "Renaître par l'écriture."
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 95 %Attaque 3 %Défensif 2 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:43OuverteRéponse directe
Quels sont les bienfaits de l'écriture selon vous ?
- 1:23OuverteRéponse directe
Si vous n'aviez pas pu écrire, que seriez-vous devenu ?
- 2:45OuverteRéponse directe
Votre famille a-t-elle joué un rôle dans votre vocation ?
- 5:16OuverteRéponse directe
Pourquoi avoir choisi les maths avant de devenir écrivain ?
- 6:01OuverteRéponse directe
Quelle est la différence entre roman autobiographique et autofiction ?
- 7:56OuverteRéponse directe
Votre livre est-il un manuel d'écriture déguisé ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 4:38Fait
« Mon père est mort quand j'avais 11 ans. »
- 6:01Fait
« Dans une autofiction, un auteur va s'amuser à mélanger des événements vécus et des événements fictionnels. »
- 9:53Fait
« L'écriture n'est pas liée simplement à l'acquisition de technique. »
Temps de parole
- ?99 %
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[musique] [musique] [musique] [musique]
Bonjour.
[applaudissements]
Voilà près de 5000 ans que l'écriture a été inventée. L'écriture, elle nous sert à communiquer, à créer, à rêver, à mettre des mots parfois sur un chaos émotionnel. Un journal intime notamment peut servir à ça et peut avoir cette vocation. Les bienfaits de l'écriture donc sont nombreux. Mais de là, devenir écrivain, c'est peut-être une autre dimension. Auteur de plus de 20 romans et essais, directeur de la rédaction de philosophie magazine, accueillons Alexandre Lacroix pour explorer les méandres mystérieux de la création littéraire.
[applaudissements]
Bonjour Alexandre Lacroix. Bonjour. Bonjour, bienvenue à Peau. 2e ou 3e séjour aux idées le monde, je crois. 3è Oui, merci d'être pour devenir écrivain et puis on parlera bien sûr de de bien d'autres sujets. Euh, j'ai envie de vous demander est-ce que vous vous êtes parfois posé la question ce que vous seriez devenu l'écriture ? Ça fait très longtemps vous étiez petit et vous aviez envie d'écrire depuis l'âge de 6 ou 7 ans, me semble-t-il. Si vous n'aviez pas pu concrétiser ce rêve, que seriez-vous devenu ? Vaste question. Alors, c'est une question difficile parce que je fais partie des gens qui ont eu une une vocation.
Euh c'est-à-dire que à l'âge de de 6 ans, j'étais au CP, euh j'ai j'ai je me suis réveillé un jour en me disant "Je vais je vais devenir écrivain." Ah bah oui, c'est c'est simple comme ça. Voilà. Et et je suis allé voir mes copains Paolo qui était mon meilleur copain. Donc on a couru ensemble aux prises uniques. Il y a plus de pris unique pour acheter des feuilles et des stylos ce qui paraissait indispensable. Oui. Pour réaliser ce projet. Et euh et ensuite, j'ai commencé à mettre mon réveil plus tôt le matin euh pour avoir une demi-heure d'écriture avant l'école. Et ah oui, une discipline déjà. Et et j'ai encore fait ça ce matin, c'est-à-dire que je me suis levé à 6h et j'ai écrit.
Donc ça n'a pas cessé. Alors du coup, c'est un peu étrange de poser cette question là. Moi, je pense simplement que quand on on fait partie des gens qui ont une vocation, alors je suis pas unique. Il y a il y a des gens qui choisissent ou qui sont attirés vers un vers une activité pas forcément artistique d'ailleurs euh vers 6 7 ans. Il y a il y a il y a un âge comme ça des des vocations. Je crois quand c'est le cas, c'est qu'on est agi par des forces en quelque sorte extérieure à soi. C'est-à-dire que sans doute qu'il faut aller dans les généalogies familiales pour comprendre.
Moi, je viens d' Je viens du Poitou, je suis né à Poitier, par exemple, et je me suis aperçu euh petit à petit, mais j'ai compris bien plus tard que dans ma famille, au 19e siècle, les gens se réunissaient pour avoir la lecture du journal parce que c'était une famille de d'agriculteurs mais qui savaient lire et euh et que j'ai découvert que ma grand-mère écrivait, euh, qu'elle tenait un journal intime, qu'elle écrivait des petits romans et au fond euh il y a sans doute des transmissions transgénérationnelles qui expliquent comme ça qu'une vocation vous tombe dessus. Du coup, votre question pour moi, elle est très difficile.
H c'est-à-dire c'est très difficile de m'imaginer sans sans sans pratique d'écriture. Et pourtant, vous avez choisi de faire de suivre des études de math. C'est pas c'était peut-être pas la voix la plus naturelle, si je puis dire, pour mener à bien votre vocation d'écrivain. Alors ça, on arrive à à ce que je raconte dans dans ce roman, c'est-à-dire ces ces années d'apprentissage. Donc, c'est un roman autobiographique qui retrace toutes les étapes par lesquels je suis passé, des premiers brouillons à l'adolescence jusqu'à la publication de mon premier livre. euh quand j'avais 22 ans.
Et si j'écris ça, c'est pas pour le plaisir de parler de moi ou pas seulement pour le plaisir de parler de moi. Euh c'est c'est non, c'est parce que je pense que cette expérience peut être un support pour réfléchir euh à ce que c'est que l'acte d'écrire et que ça là-dedans, il y a quelque chose d'universel ou de partageable. C'est ça qui m'intéressait. Mais c'est vrai que moi, j'étais complètement paumé à 17 ans. C'est-à-dire que au début du roman, je il y a rien qui va il y a rien qui va. C'estàd d'abord, j'ai aucun contact avec le monde littéraire. Je devrais être en hippocagne ou en cagne. Je suis en math.
Euh je je vais pas dire que j'ai été abandonné, mais disons que j'ai pas vraiment de famille. Mon père est mort quand j'avais 11 ans. Je je vis seul. Euh y a il y a rien qui colle, quoi. C'est-à-dire que c'est je suis allé en en math parce que en fait en première et en terminale, je suis pas enfin surtout en terminal, je suis pas allé beaucoup en cours, je faisais n'importe quoi et donc je pouvais pas je pouvais pas faire de prépa. Euh donc il restait les matchs, je me suis dit bon voilà, j'ai fait un bac scientifique. Enfin, c'était complètement les rances comme pas mal de gens l' bien sûr peut-être l'ont l'ont connu dans ces années de formation de jeunesse.
Enfin, sauf ceux qui euh euh pour qui leur inscription dans la société est simple, mais d'abord quand on écrit, il y a aussi un problème, c'est qu'on se dit "Bon, je vais pas en vivre, donc il faut ce serait quand même bien que j'ai un diplôme ou quelque chose euh un métier qui voilà et et donc les maths, je m'étais dit bon économie, math, ça ça va donner un boulot parce que l'écriture voilà mais c'est c'est juste du pragmatisme, c'est si vous n'êtes pas entier ben il faut il faut bien essayer de trouver votre voix quoi. La la la couverture de votre livre porte la mention roman. Quelle est la part du roman ou de vous avez parlé d'autobiographie, d'autofiction ?
Est-ce que j'écouté ce matin sur France Inter Charles Pépin que vous connaissez qui disait justement est-ce qu'on la fidélité de de nos souvenirs ? Est-ce qu'on reconstruit pas aussi nos souvenirs, notre mémoire ? Il y a un peu de ça aussi peut-être dans dans votre dans votre livre. Mais alors on touche à la question des genres. Moi, je définis ce livre comme un roman autobiographique et et je pense que c'est une catégorie par opposition à l'autofiction. Dans une autofiction, un auteur va s'amuser à mélanger des événements vécus et des événements fictionnels.
Pour des raisons, par exemple en partie juridique, Emmanuel Carrier dans Yoga n'avait pas le droit, n'avait plus le droit de parler de sa compagne Hélène dont il parle dans les précédents livres. il s'était engagé par contre à ne pas parler d'elle et donc il est obligé de biaiser et d'inventer un personnage qui est la femme au Gémeau pour ceux qu'on lu le livre. Et donc il y a des scènes et des personnages qui appartiennent à sa vie, d'autres euh pour lesquels ce n'est pas le cas et il y a une espèce de ligne de partage invisible dans son livre entre l'imaginaire et la réalité. C'est une une modalité possible. Gros autopiographique, c'est autre chose.
C'est que si jamais il y a des erreurs, elles sont du à des déformations effectivement subjectives produites par ma mémoire. Donc tout a été vécu. Par contre, c'est agencé comme un roman. Ce qui ferait la différence si je veux faire un point de en plus de de critique littéraire avec des mémoires ou un journal intime où là si vous voulez il y a pas de scénarisation romanesque. Quand on fait un roman, il y a une dramaturgie. Ça veut dire que quand on présente un personnage par exemple, on propose une description physique et psychologique, on le fait exister, quand il sort du texte, la dernière scène où il apparaît, et bien il y a une raison.
C'est-à-dire que on on construit les scènes, c'estàdire que toutes les scènes sont justes, mais c'est dans l'agenancement des scènes que réside la dramaturgie. Imaginez par exemple que vous avez vous voulez raconter dans un moment votre mariage, vous voulez faire les euh euh bon pour ceux qui pour qui c'est pertinent, mais ça va, il y a pas de de il y a pas d'enfant de 6 ans dans la salle. Oui. Alors non, hélas. [rires] Alors, vous voulez raconter dans un roman votre mariage. En fait, vous pourriez faire des milliers de pages si vous voulez vraiment être exhaustif.
Ce que vous allez devoir faire, c'est sélectionner quelques scènes significatives importantes qui vont peut-être de la rencontre à des moments de bonheur ou des moments de crise et vous allez agencer ces scènes de telle manière qu'elle raconte une histoire qui n'est pas la totalité exhaustive de ce que vous avez vécu, mais qui a une histoire qui peut être partagée avec le lecteur et intéressante pour le lecteur. Hm hm. Vous évoquez déjà la construction parce que il ne s'agit pas, malgré son titre d'un manuel d'apprentissage de l'écriture. C'est c'est autre chose.
Vous vous racontez votre expérience, comment comment un peu une mise en abîme d'ailleurs de de la façon dont votre premier roman est né. Euh ça n'est pas du tout un manuel, même si on apprend beaucoup de choses sur l'écriture, sur la construction, sur la relecture, sur les coupes. Euh vous vouliez au travers de le de de du roman autobiographique aborder ces façons de de la naissance d'un livre ? Oui. Oui, c'est vraiment mon projet. C'est-à-dire que euh j'ai il se trouve qu'il y a il y a il y a quelques années, en 2017, j'ai j'ai cofondé, je suis président d'une école d'écriture, on en reparlera peut-être, qui s'appelle Les M à Paris.
Bon, qui accueille aujourd'hui 2 3000 participants aux ateliers d'écriture avec une plus d'une centaine d'écrivains qu'enseignent. Donc c'est un lieu d'enseignement de l'écriture et comme je suis à l'origine de ce projet avec Lisnebou qui est la qu'on est la directrice, enfin on est deux quoi au départ, euh ben en fait je me suis dit bon j'ai rédigé la charte pédagogique de l'école, on a une méthode, on a une pédagogie et je me suis dit est-ce que je vais faire un manuel d'écriture ? Ça aurait été en fait en quelque sorte cohérent et comme la charte pédagogique comprend déjà pas mal d'éléments, c'était déjà là en fait quasiment.
Mais je me suis dit que c'était pas ce que j'avais envie de faire. Ce que j'avais envie de faire, c'est d'utiliser la forme du roman parce que ce qu'il me paraît intéressant de montrer, c'est que l'écriture, mais peut-être c'est vrai pour toutes les formes d'expression et tous les arts, l'écriture n'est pas liée simplement à l'acquisition de technique. Parce que si c'était ça, il suffirait d'aller passer un diplôme à la fac de littérature et tout le monde serait écrivain. Donc c'est pas simplement la technique. Il y a de la technique comme dans tous les arts, mais la technique c'est elle est indispensable mais elle est pas suffisante.
Et ce qui vient nourrir l'écriture, c'est ce qu'on a à dire. Et en fait euh c'est la vie elle-même. Euh et donc ce que il me semble que dans un roman, l'avantage c'est qu'on peut montrer comment la vie et l'écriture se nourrissent par par certaines phases euh se bloquent ensemble. Il y a des moments où on va mal, l'écriture se se ralentit, se et puis par moment euh la vie vient nourrir l'écriture parce qu'on fait des rencontres, des rencontres amoureuses, des et et qu'on est porté par quelque chose qui vient de la vie. Et euh et c'est ça moi que je voulais montrer et qu'Amuel ne peut pas montrer.
C'est la manière dont votre vie en fait il y a il y a il y a un psychanalyste britannique que j'aime bien qui s'appelle Donald Wicot qui faisait des un peu des un peu comme je fais là des des espèces d'allocution à bâton rompus. C'est c'est recueilli dans un livre qui s'appelle Conversation ordinaire et il y a comme ça une intervention de Winicot qui s'appelle vivre créativement et c'est assez amusant parce que beau programme. Oui, c'est un beau programme. Alors, vivre créativement, la première chose dont il parle c'est vivre créativement dans son couple. Pourtant, c'est pas du tout il est il est spécialiste de Et qu'est-ce qu'il entend par là ?
Euh ben en fait vivre créditivement, ce qu'il entend par là et je vous laisse transposer au couple, il ilxplique à travers un exemple précis qui est la manière de faire cuire les saucisses. Ah bah bien sûr, c'est déterminant Alexandre. Oui, je vais vous expliquer. En fait, ce que dit Winny, c'est qu'il y a deux manières de faire cuire des saucisses. Euh, en fait, soit vous pouvez appliquer des instructions, écoutez ce que dit Clément Freud à la radio. Là, il se moque parce que Claymon Freud c'était le petit neveu de Freud et il avait une émission à la radio de gastronomie. En fait, aujourd'hui, on irait sur YouTube, on irait voir un tutoriel pour faire le barbecue, quoi.
Et si vous vous respectez bien les instruction du tutoriel, ben vous allez avoir des saucisses bien cuites. Mais il y a une autre manière de faire cuire les saucisses qui est la manière créative qui consiste à faire cuire les saucisses directement. C'est-à-dire vous ne regardez pas, on improvise, vous ne regardez pas la liste d'instruction et là il y a un moment où vos invités s'impatient, ils en sont à leur troisème verre de rosé à l'apéritif, les braises viennent à s'éteindre et votre après-midi va être un ratage, votre barbecue, c'est c'est voilà et et c'est donc il y a un moment donc vous vous jetez à l'eau, il y a un moment vous êtes en difficulté et c'est là que vous êtes créatif.
C'est-à-dire que la créativité vivant si on s'engueule pas, ah ben on s'engueule forcément mais l'idée de la de la de la vie créative, d'être créatif, c'est de se mettre en difficulté, de se mettre au pied du mur et une fois qu'on est au cœur de la difficulté, trouver en soi une ressource inédite. Je croyais par exemple le premier jour du du du confinement pendant la pandémie, j'ai réparé tout seul ma machine à laver. Je croyais pas du tout que j'étais capable de le faire mais il y avait personne qui viendrait réparer ma machine à laver et comme j'ai plein d'enfants et plein de linges sales, c'était hyper important qu'elle soit réparé. Ben je l'ai réparé.
Alors ça c'est de la créativité c'estàd je je ne me croyais pas capable de faire une chose et je me découvre capable de la faire. C'est ça la créativité. Et donc mais vous voyez c'est encore très lié aux circonstances de la vie. Donc vivre créativement, c'est ça. Et moi ce que j'avais envie de montrer, c'est quelque chose de cet ordre avec l'écriture. Hm hm. Alors, votre livre votre premier livre euh vous vous citez à plusieurs reprises dans votre livre des des auteur comme James Choyce et ou de Leuse de Leuse qui dit puis après vous vous le vous le vous êtes un peu moins d'accord avec lui ce que vous expliquez qu'il faut pour faire un livre avoir une seule bonne idée, une bonne petite idée.
où le est-ce que vous auriez pu entrer en écriture et devenir écrivain et on y viendra aussi un petit peu tout à l'heure sans sans coucher sur le papier le ce qui vous est arrivé la le le sucide de votre papa quand vous aviez 11 ans. Est-ce que vous auriez pu démarrer votre votre carrière d'écrivain aurait pu être différente si vous n'aviez pas commencé par ce par cette épreuve là ? Alors, en fait, moi j'écris euh depuis très jeune et donc j'ai écrit des contes, des poèmes, euh des Alexandra abominables, enfin, j'ai tout fait.
Mais euh on est tous un peu comme ça, hein, on [rires] je sais pas mais mais euh euh mais euh je je la première partie du du roman, elle s'appelle Trouver son sujet, c'est-à-dire quel est le sujet en fait que vous avez à traiter ? Quel est le sujet qui vous appelle vraiment ? Et moi, je l'ai pas trouvé tout à fait tout seul. Je raconte la rencontre avec un personnage dans dans dans le roman qui est tout à fait qui qui est mort pendant l'écriture du livre. Il lui est dédié le livre Alain Lepère. Pierre Le Père Pierre le Père pardon.
Pierre Le Père alors qui était un écrivain poète publié chez Galimarc et la première fois que j'ai rencontré un écrivain publié c'est dans une librairie du 11e arrondissement à Paris quand j'étais je quand j'avais 17 ans et on est devenu ami et proche amis et un jour il vient dîner avec sa femme il était beaucoup plus âgé que moi chez chez moi. Alors j'avais fait un truc abominable. Alors, c'est j'avais fait cuire les saucisses. Enfin, j'avais pas fait cuire les saucisses, mais j'avais fait cuire le filet mignon directement. Et directement, ça veut dire que j'avais mis des pommes de terre crues le filet mignon dans une grosse casserole avec un filet d'eau. Le le repas était extraordinaire.
[rires] Ne nous invitez pas à dîner, hein. J'ai progressé depuis. [rires] Euh mais euh là peut-être que j'étais trop créatif à l'époque [rires] et en fait il vient ils viennent et Pierre se lève et il fait un truc, il voit qu'il y a des manuscrits partout chez moi qu'il y a partout des cahiers remplis de trucs et il commence à prendre un truc, il lit trois lignes, il fait "Ah ouais, ça c'est une imitation des surréalistes, paf, c'est nul. Oh ces poèmes, oh ils sont tartes, paf ! Et puis il il prend tout et il commence à tout mettre à sac dans toute la pièce. Je précise que Pierre avant d'être poète chez Galimar et d'être marié et cetera, il avait été pendant 8 ans clochard.
Donc c'était quelqu'un qui était quand même un peu fort en gueule. Et donc il balance tout quoi. Puis à un moment il tombe sur un un cahier sur lequel j'avais écrit note sur la mort de mon père et il lit un paragraphe qui commence par je l'ai trouvé au bout d'une corde. Puis il me dit bah voilà. Il me dit "C'est ça ?" Il dit, "Je savais bien qu'il y avait quelque chose comme ça ici. C'est là-dessus que tu dois écrire, pas sur le reste." Et en fait, c'est lui qui m'a montré quel était mon sujet.
Et pourquoi moi j'avais pas compris que c'était sur ça que je devais écrire, mais parce que en fait, je l'avais sous le nez, c'est c'était tellement moi ou ça faisait tellement partie de moi que je songeais pas écrire dessus. Et ça c'est un conseil qui pour le coup est universalisable. Quand je disais que j'essaie à partir d'expérience, là je raconte une anecdote, une scène avec Pierre, mais qu'est-ce qui est euh universalisable ou généralisable dans cette expérience ? C'est que parfois vous allez vous demander euh tiens, j'aimerais bien faire un livre qui marche, sur quoi je pourrais écrire. Ah oui, il s'est passé un truc bizarre du temps d'Henri ici à PA.
Alors, je vais faire un roman historique et cetera. Et en fait, on voit bien que déjà on s'en fout un peu parce que c'est artificiel ce qui vous relie à cette histoire, à cette anecdote. En fait, la question à se poser, je crois, c'est de se dire est-ce qu'il y a une expérience sur laquelle moi je peux écrire mieux que les autres parce que je la connais mieux que les autres ? Ça peut être le deuil par exemple dans dans mon cas, c'est ça. Mais est-ce qu'il y a une expérience ? Vous avez été marin pêcheur, est-ce que moi je peux faire un livre sur la mer qu'un autre ne sera pas capable de faire ?
C'est-à-dire, c'est ça que j'entends par écriture nourrie par l'expérience, c'est se demander non pas quelle est une bonne histoire que je pourrais proposer comme ça, mais dire quelle est l'histoire qui est la mienne. Elle peut être imaginaire ou réelle, peu importe, mais quelle est l'histoire avec laquelle j'ai une relation intime tellement forte que quand je vais la raconter, mes mots seront justes ? Et ce que je vais dire moi, c'est quelque chose qu'un autre n'aurait pas pu n'aurait pas pu écrire avec ce même niveau de justesse. Mais il s'agissant d'un romancier, si c'est une histoire, une idée imaginaire, quel il est où le lien personnel avec cette histoire imaginaire pour un romancier ?
Et en fait, c'est c'est le le le la enfin à mon sens, c'est secondaire. La question de savoir si on raconte une histoire vécue ou une histoire imaginée. Au fond, le lecteur s'en fout un peu d'abord et puis euh c'est secondaire. C'est-à-dire que on on voit bien que dans les romans, enfin dans beaucoup de romans que que enfin que j'aime, ce qui se joue, le roman est un genre qui a qui est lié à la chronique, à l'observation du monde et de la société qui nous entoure. Prenez des des auteurs comme Balzac qui font de la fiction.
Alors là pour le coup classique qui a presque posé les codes de la fiction, c'est une observation de la société française où Louis Philippe Zola pareil plus tard sous le second empire. Mais c'est c'est une observation de la société française qui est menée. Prenez Céline, c'est les descriptions des champs d'honneur de la Première Guerre mondiale dans le voyage au bout de la nuit. C'est c'est la même chose. C'est-à-dire que prenez Philippe Rot, un américain euh le c'est les affres d'un New Yorcais fortement par marqué par son identité juive, par la révolution sexuelle, par la psychanalyse.
Euh c'est c'est lui en fait, il est il est il est son il se il se multiplie et démultiplie dans ces différents personnages. Et au fond, on peut raconter des fictions, on peut raconter des histoires parfois tout simplement. pour mieux y voir en soi-même. Donc à mon sens, la question en fait de savoir si c'est autobiographique ou fictionnel est relativement secondaire. Moi, il se trouve que j'aime la littérature fictionnelle. C'est pour ça que j'en écrit. C'est j'aime bien quand les auteurs, j'aime bien par exemple, j'aime bien j'aime bien Carer. J'aime bien quand les auteurs parlent à partir d'un d'un vécu dans lequel je sens du poids et de l'authenticité.
Moi, j'aime bien ça, mais euh je je je pense que c'est pas l'essentiel parce que quand je lis Philipprot, je sens le même degré d'authenticité et de véracité, bien que ce soit de fiction. Hm hm. Votre livre, l'écriture de votre livre Première volonté a été une école d'apprentissage formidable parce que vous avez eu aussi la chance de tomber avec des profils tout à fait singuliers et ce sont deux des personnages très attachants et intéressants de votre livre, Pierre Le Père dont vous venez de parler et Cvéan. euh de la maison d'édition parce qu'une fois que vous avez écrit votre manuscrit qui faisait 400 pages, c'est ça le tout premier ? Non, enfin enfin il y a eu plein d'étapes.
Euh en gros, j'ai travaillé comme un comme un comme un romain pour accoucher d'une souris, quoi. C'est-à-dire que pendant les 5 années que je raconte dans le livre, j'ai j'écris tout le temps. Je fais ça tous les étés, tous les soirs. C'est c'est je sais pas combien il y a de version avant la publication de mon premier roman à 22 ans, mais 25 26 27, je sais pas. Enfin, c'est c'est effrayant. Et euh et en fait à la fin ça fait un tout petit livre de 100 140 pages. Donc euh mais c'est comme ça qu'on apprend. Alors voilà.
Non Jean-François Carvillon effectivement c'est quelqu'un qui a signé le premier contrat d'édition avec moi sur sur pour les éditions Calman Levi parce que pardon je vous interromp au-delà du désir d'écriture, il y avait aussi le le désir d'être publié. Oui, pour moi c'était lié. Je je conçois que il y a plusieurs manières d'écrire. Il y a des gens qui écrivent pour eux-mêmes et ça peut être une pratique euh c'est ça peut être quasiment une pratique thérapeutique euh ou une pratique de santé. Il y a des études maintenant en psychologie cognitive qui montrent que le fait de de de tenir un journal un peu d'introspection améliore le niveau de bien-être déclaré.
Euh il y a beaucoup d'études convergentes et consistantes. Donc en psychologie positive, c'est un des conseils qu'on donne. Euh donc on peut écrire pour soi, je veux dire pourquoi pas. On peut écrire pour quelqu'un. À ce moment-là, on écrit un courrier, une lettre. ou parfois un roman, un récit, un poème mais pour l'autre pour en faire cadeau. Et puis il y a une autre manière d'écrire qui est on écrit pour être publié. Moi, c'était dans cette perspective que j'étais et dans ce cas-là, ce qui change, c'est qu'il y a une il y a une adresse qui est on s'adresse à quelqu'un dont on connaît pas le visage. En fait, c'est c'est ça la grande différence.
Quand je m'adresse à moi-même ou quand j'écris pour une personne, c'est très précis. Euh le le le destinataire du de de l'écriture est très très précis. Quand vous écrivez pour être publié, le destinataire, le livre part en librairie, puis parfois il marche, parfois il marche pas. Vous savez au fond pas très bien qu'il vous lit. Et donc euh il y a il y a un mystère sur cette destinataire, c'est un peu Dieu quoi en quelque sorte. Le destinataire c'est au visage multiple. Oui, c'est une entité complètement complètement abstraite. Ouais.
Et donc en fait euh j'ai j'ai effectivement j'ai j'ai publié enfin j'ai publié j'ai j'ai signé un contrat d'édition assez tôt parce que Jean-François Cavan avait été chargé de par les éditions Calman Lévit trouver des nouvelles voix des jeunes auteurs et que je lui avais envoyé une longue nouvelle sur la mort de mon père qui lui avait plu mais finalement Calman Lévi a a refusé le manuscrit définitif. Hm hm. Et c'est Grcé qu'il a pris tout à fait.
Votre roman est émaillé parce que c'est aussi euh euh vous vos vous il s'appelle Première volonté, il traite donc de de de la du deuil de la mort de votre père, mais c'est aussi le l'apprentissage de d'un jeune français avec son côté peut-être romantique qui se prend un peu pour l'écrivain du du 19e siècle. Il y a des scènes très drôles. Euh à un moment donné, vous racontez cette scène et vous pouvez peut-être la raconter ou vous voulez faire vieux parce que vous avez 18 ans. Et oui. Ouais. Ça c'est rigolo. C'est c'est une observation que je me fais souvent. Vous vous voyez sans doute ce que je veux dire. Il y a des il y a des retraités, parfois des jeunes retraités qui veulent faire jeunes.
Alors ils portent des baskets comme moi là. Et euh mais je commence, je viens d'avoir 50 ans donc je me mets dans la je m'inclus dans le et et euh et après ils mettent un sweite et puis ils en surjoue dans le ton dynamique quand il vous serr la main, il vous broie la main. Enfin euh [rires] euh vous voyez ce que je veux dire, c'est le genre je suis toujours gaillard et vif. Alors euh c'est-à-dire ça c'est c'est le cas un peu classique euh de du vieux qui veut faire jeune, mais on parle pas assez du jeune qui veut faire vieux [rires] et et le jeune qui veut faire vieux vieux vieil écrivain en plus. C'est une catégorie à part entière dans la population.
Il y a il y a il y a vraiment des jeunes qui veulent faire vieux. Alors, il y en a qui réussissent assez bien avec des vestes en velours côtelé, des grosses lunettes, un look un peu négligé. Il y en a il y en a il y en a qui sont très très forts là-dedans. Mais euh moi j'étais un peu comme ça. Donc je je je raconte une scène qui est authentique où je m'étais dit bon, je vais je vais je vais m'acheter alors des cigares, ça existe plus. C'est les cigares vendues par la SETA. C'est des petits cigares pas chers. Volti. Les voltigeurs. Ouais. Donc je me prends des volters verts, je vais chercher du jeans et je me mets des et je vais m'acheter en fait j'ai craqué. Voilà.
Si j'ai craqué au Franc Prix pour une paire de Charanèse. Il y avait il y a il y avait indispensable. Ouais, j'ai craqué. C'était j'ai eu un coup de cœur, c'était elles étaient vraiment mais c'était la chartise quoi.
Vous imaginez la la avec le motif écossais mais vraiment la chan et puis la fausse il y en a qui en non hein là la fausse mousse blanche à l'intérieur hyper important il y avait vraiment c'était la la chartaise et la grosse semelle en caoutchou donc je m'étais acheté les charentises j'avais le peignoir la vieille robe de chambre de mon père un un un jean un jean tonique qui a une boisson de dans ma tête c'était une boisson de vieux parce que parce qu'on met dedans du ch [rires] c'est c'est comme qu'on dit, on met du ch et donc et donc et là et là [rires] je m'installe avec mon vieux peignoir, mi thé, euh mes Charanises, mon cigare et et et mon jean tonique.
J'avais 18 ans et je me mets le récem de Brams [rires] et je commence à fumer les clichés [rires] et je me dis là ça y est. Ah ouais, je suis je suis vieux [rires] et là, mais c'est vraiment authentique, la porte sonne. On sonne à la porte [rires] et j'avais vu personne depuis 15 jours et euh parce que j'étais tout seul, moi, personne s'intéressait à moi et et j'étais seul avec mes bouquins à écrire et et donc c'était vraiment le moment de prendre un coup de vieux quoi. Et et [rires] et là, c'est un copain qui qui qui passait me voir, un copain de ma terminale et il il me voit complètement auri.
Il me fait "Mais qu'est-ce qui mais il voit le cigare, il voit la fumée dans la pièce et tout fait mais qu'est-ce qui se passe ici ?" Puis je lu dis écoute, en fait j'aurais préféré que tu sois mort. Je ferme la porte. [rires] Voilà. Quit à être vieux, autant être un vieux bougon. [rires] Ce serait elle est formidable cette scène. Elle est très drôle. [rires] Alors il y en a il y en a il y en a plein d'autres aussi parce qu'effectivement ces rencontres avec Pierre Leère et Cvé ils ont ils ont la langue enfin ils ont ils mâchent pas leur mots hein. Ils vous ils vous ménagent pas l'un et l'autre.
Euh c'est aussi donc je le disais l'apprentissage de la vie, vos histoires d'amour, les copines que vous avez euh avec notamment ces ces cet épisode très intéressant où avec l'une de vos compagnes, vous vous ingeniez à à faire l'amour dans des endroits les plus improbables de Paris dont pas que Paris d'ailleurs, la tête galerie. Là aujourd'hui, je vous je vous conseillerai d'essayer le Louvre parce que le système de vidéos surveillance est parfaitement adapté. C'est aussi ça aussi, c'était c'est vous entriez dans la vie, vous aviez 18 ans et ça c'était la découverte de la vie pour vous et vous le disiez au début de notre entretien, c'est c'est c'est très lié à à l'entrée dans la vie. Oui.
Oui. C'est il y a une éducation sentimentale qui se fait en parallèle de de l'apprentissage de l'écriture. Et alors ça peut paraître un peu fleurble mais c'est vrai que la progression dans l'écriture s'accompagne d'une ouverture au sentiment amoureux qui est progressive. En gros, venant d'une génération quand même un peu désenchantée, je pense. Euh, bon, au départ, on se dit que ce qui est accessible, c'est la sexualité. Euh et donc bah voilà, c'est c'est on on enfin les expérimentations sont des expérimentations qui sont euh voilà qui sont qui sont qui sont liées sur enfin au à un érotisme, au plaisir sexuel mais vécu sans sans tellement de sentimentalité.
Au fond, ce qui va être important pour moi dans dans le roman, enfin dans dans cette jeunesse euh pour le dire avec un grand mot, c'est de devenir capable d'aimer. En fait, l'enjeu de l'écriture, c'est est peut-être quelque part se joue quelque travers ces rencontres, et il y en a surtout deux dans dans le livre des rencontres amoureuses, mais la deuxième, on comprend que c'est là que l'amour naît et que quand on a la capacité de se relier à l'autre, euh en fait, c'est très lié à ce que je disais tout à l'heure sur le destinataire de l'écriture, c'est-à-dire est-ce que vous êtes vraiment capable d'écrire un texte qui est fait pour être publié ?
Ça veut dire que ce ce dieu sans visage, enfin ce lecteur que vous ne connaissez pas, en fait, vous devez être capable de de de faire naître dans l'autre des émotions. C'est de vous relier émotionnellement et sentimentalement à l'autre. Et ça au début vous n'y arrivez pas en fait. Et donc c'est pour ça que la technique ça c'est pas de la technique en fait. La technique c'est comme c'est comme avec le sexe. C'est c'est finalement la technique c'est bien mais ça fait pas tout.
Quelqu'un qui vous ferait une démonstration de robot techniquement parfaitement huilé euh pourrait vous laisser complètement indifférent parce que ce qui ce qui ce qui doit vibrer, c'est quelque chose comme l'humanité de l'autre et percevoir l'humanité de l'autre et se raccorder à elle, c'est comme ça qu'on parvient à écrire. Donc voilà, ça ça peut paraître un peu fleur bleu mais moi ce que je voulais montrer vraiment dans dans le livre, c'est la manière dont les deux apprentissages, l'apprentissage des sentiments et l'apprentissage de l'écriture vont de pair. Hm hm. On parlait de Jean-François Cavant il y a quelques quelques heures.
Comment on vit quand on est écrivain et quand on est on a c'est l'aboutissement quand on a on a écrit ces ces ces centaines de pages et que la maison d'édition lui en l'occurrence vous vous ray d'un trait de plume tout ce que vous avez écrit alors que quand vous l'avez écrit vous avez trouvé ça peut-être génial ou en tout cas très bien. Comment on vit ça ? Les couples qui sont absolument fondamentales dans le dans la dans la réécriture dans la avant la publication d'un roman. Alors, il y a il y a plus il y a deux choses qui sont un peu différentes. Avec Jean-François Cavéan, on a fait ce que ce qu'on appelle dans l'édition un page à page. Donc ça, je raconte ça.
C'est-à-dire que on on relit le livre ensemble et on soupèse un peu chaque mot. Et en faisant ce page à page, il m'a montré techniquement, mais je l'ai montré dans dans le livre, en reproduisant des passages avec des coupes. Tout à fait. h que euh on peut souvent bonifier un texte avec des coupes ciblées. C'est assez basique. Quand on anime des ateliers d'écriture, on s'aperçoit que c'est un des conseils, un des premiers conseils qu'on donne euh c'est c'est que souvent dans les premiers get il y a il y a des fioritures h euh il y a trop d'adverbes, il y a il y a trop de mots en fait, il y a trop d'adjectifs, on va pas à l'essentiel.
Euh moi, je suis partisan d'une écriture, d'une forme d'écriture qui est assez simple, assez directe. Euh un peu l'école Airno si vous voulez, c'est-à-dire où on cherche pas la belle phrase mais on cherche les mots justes et et une certaine économie de moyens, pas le bavardage. Et donc en fait la coupe quand on travaille comme ça, c'est très pertinent parce que c'est ce qui va faire ressortir les éléments importants et enlever voilà. Donc Jean-François Cavant dans le page à page, il m'a montré comment on coupait un texte. Euh c'est aussi un truc de journaliste.
Par ailleurs, je fais je fais une parenthèse, mais c'est-à-dire euh dans la presse dans la presse, on coupe beaucoup les articles qu'on qu'on reçoit. Euh donc ça c'est c'est voilà, c'est la coupe. Mais ce qui s'est passé, la coupe c'est pas mal vécu parce que en fait si vous êtes de bonne foi, enfin il y a toujours l'auteur chiant. Alors l'auteur chiant dans les maisons d'édition, on se le refile comme une patate chaude. [rires] Il est chez hop, on le balance chez Galimar, hop, on le balance seuil. Enfin parce que en fait il veut rien changer, il dit "Bah non, mais cet adjectif, il est génial et puis alors ça devient une négociation." Non, à un moment fait de bonne foi.
On voit bien que parfois une coupe c'est une amélioration. Donc voilà, on se on admet. Mais ce qui s'est passé, c'est plus dur, c'est que ils m'ont fait travailler pendant un an chez Calman Levi avec leur remarque. On a fait ce page à page et cetera et le comité de lecture a refusé le texte final au motif. Et là, on a l'époque a beaucoup changé, que c'est j'étais pas tout à fait crédible, que j'étais trop jeune. Hm. Il faut se remettre dans le bain de l'époque. Ils avaient peur de se ridiculiser en publiant quelqu'un, j'avais 21 ans à l'époque en pub. Ils avaient peur de se ridiculiser et de perdre de leur légitimité en publiant quelqu'un de 21 ans, un gamin en fait.
Et aujourd'hui, mais regardez en politique ce qui se passe, à quel point nos nos effectifs se sont rajunis. Et ben en littérature, c'est un peu pareil. H à 21 ans, vous êtes déjà vieux. [rires] Vous pouvez pas encore tout à fait être ministre, mais vous pouvez déjà largement publier vos mémoires. [rires] L'écriture le l'école d'écriture LMO que vous avez fondé en 2017, quel est le type de de de public qui vient chez vous ? Est-ce que ce sont juste pour le plaisir d'écrire ou est-ce que des des des écrivains en l'herbe, est-ce qu'ils ont Quel est leurs objectifs à à 2000 3000 3000 personnes qui fréquentent cette école ? Alors, il il y a un désir d'écriture en France, hein.
C'est-à-dire que c'est une nation littéraire. la France, c'est propre à la France quand même. Oui. C'est-à-dire que les les enquêtes d'opinion qui sont faites euh montrent régulièrement que un français sur trois rêve un jour de de d'écrire un livre, de publier un livre ou ou simplement de le transmettre à ses enfants. Un sur tr, ça fait quand même beaucoup de monde. Donc ça veut dire que le le On est tranquille pour les prochaines éditions des idées bain de le monde, c'est très bien. Ah oui oui. Euh ça fait quand même beaucoup de monde. Et donc euh il y a un désir d'écriture. Alors à l'école, il y a il y a plusieurs ce que ce que je vois.
Donc à l'école les mots, il y a il y a plusieurs profils. Je dirais que il y a Ouais, il y en a il y en a deux surtout. Il y a des gens qui font entrer l'écriture dans leur vie pour pratiquer un art. En fait, il y en a trois, je dirais, des catégories. Il y a des gens qui font rentrer l'écriture dans leur vie pour pratiquer un art, mais ça pourrait être un autre comme la peinture ou d'autres comme la peinture comme pour rendre des cours de théâtre, de danse. C'est-à-dire que avoir une activité artistique, c'est vrai que c'est quelque chose qui quand votre quotidien est un peu lourd, c'est quand même une bouffée de d'air. Voilà.
Euh et euh quand vous prenez des cours de peinture, vous avez pas forcément le désir de faire une exposition en galerie. Euh il y a d'abord le plaisir de peindre, le de partager peut-être avec votre entourage et ça suffit en fait. et et du coup là pour un/ers, je dirais c'est ça, c'est je c'est j'entre dans une pratique artistique. Ensuite, il y a un autre tiers qui a euh la nécessité d'écrire à titre professionnel, des gens qui sont dans la communication, dans le journalisme, qui sentent que leur écriture, elle est abîmée en fait par la vie professionnelle.
Euh donc il y a pas mal de journalistes qui s'inscrivent, des scénaristes qui se disent "Bon, je vais je vais faire les ateliers avec un écrivain parce qu'il va me redonner il va me donner une flamme." C'est vrai que par exemple quand vous faites une école de journaliste, on de journalisme, on vous apprend à écrire très factuel, très plat et à un moment donné, vous pouvez être c'est insatisfaisant.
Et si vous allez avec un romancier ou un poète, vous découvrez d'autres techniques, d'autres écritures et vous vous dites "Ah ouais, bon, je peux ouvrir un petit peu par rapport à à la à la platitude de l'écriture factuelle journalistique standard." Et puis euh je dirais que ensuite, il y a un dernier tiers qui a vraiment un projet de livre en tête. H mais on peut on peut d'ailleurs bouger, ça peut bouger. C'estàd que on peut rentrer en se disant bah je vais pratiquer un art et puis au bout de 3 ans se dire "Ah ben en fait maintenant j'ai un projet de livre." Hm hm hm hm. Est-ce qu'on peut dissocier devenir écrivain, de devenir lecteur et combien comment devient ton lecteur ?
Euh alors à mon sens euh euh les il y a il y a une sorte de naïveté à à à vouloir s'exprimer euh sans tenir compte de ce qu'on fait les autres dans c'està dire que en art euh et ça ça vaut pour l'écriture, pour la littérature, mais pour tout il me semble qu'il faut se nourrir de la création des autres. C'est-à-dire que c'est vraiment euh un cercle vertueux et même indispensable que qu'écriture et lecture se se nourrissent mutuellement. Euh quand vous écrivez, vous vous utilisez des mots, vous vous vous employez des expressions, vous employez du vocabulaire.
Euh et c'est important d'avoir c'est en apparté, c'est important d'avoir une discipline d'écriture quotidienne parce que c'est comme ça qu'on fait un livre en fait. C'est on y revient. Il y a ce conseil qu'on trouve chez Pin l'ancien. En réalité, ce conseil, il a souvent été déformé. Mais chez Pin l'ancien, en fait, il parle d'un peintre. Mais euh c'est le fameux conseil qui est pas un jour sans une ligne et pas un jour sans une ligne. Alors au départ, il parle d'un peintre mais ça vaut pour l'écrivain. Pas un jour sans une ligne.
Euh il se trouve que Philippe Léotard a écrit euh des mémoires et il a pris comme titre pas un jour sans une ligne mais par ligne il entendait tout à fait autre chose. [rires] Et ça lui a pas ça lui a pas complètement réussi. C'est une autre forme de créativité. [rires] ça lui a pas complètement réussi. Donc on va rester avec Pin l'ancien si vous voulez bien. [rires] Donc c'est l'idée de pas un jour sans une ligne et euh mais ça vaut dans l'écriture et ça vaut dans la lecture. C'est si vous voulez être capable chaque jour de produire des lignes, il va falloir en lire aussi parce que tout simplement sinon vous allez vous répéter. Hm hm.
Vous allez vous allez toujours puiser dans le même champ lexical, dans les mêmes expressions et ça va devenir très très ennuyeux ce que vous écrivez. Hm hm. Votre père lisez et écrivez. Est-ce que le le vous avez parlé au début de notre entretien aussi de cette imprégnation familiale, elle est indispensable pour peut-être pour les parents et les grands-parents que nous sommes, pour les enfants, pour nos enfants de de de les faire rentrer en en littérature, en lecture ? Moi, je pense que pour communiquer aux enfants le le goût de la lecture, il y a qu'une seule solution, c'est qu'il faut lire soi-même.
C'est-à-dire que en fait euh la la les enfants se foutent à peu près complètement de ce que vous leur racontez. Si vous leur dites "C'est bien de lire des livres, mais qui vous voi tout le temps sur votre smartphone", c'est sûr, c'est fichu. Donc en fait, ce qu'ils vont regarder, c'est ce que vous faites vous. Vous donnez de la valeur aux choses en les faisant. Euh si vous adorez jouer au foot ou faire du vélo, euh les enfants vont comprendre que cette activité elle est elle est enfin les jeunes enfants qu'elle est importante et ils auront pas toujours envie mais en général ils vont avoir envie que vous les initiez. S'il voit que vous allez à la pêche, ils auront envie d'aller avec vous.
aussi. C'est-à-dire que en fait c'est ce que vous faites. Euh donc cette histoire de de de faire lire les autres sans lire soi-même, elle est totalement absurde. En réalité, il me semble que la seule manière de transmettre le goût de la lecture, c'est de vivre avec des livres soi-mêmes. C'est-à-dire qu'il y a des livres à la maison, que je lis des livres et cetera. C'est pas possible dans tous les milieux sociaux parce que c'est sociologiquement connoté. Euh bon, moi j'ai une famille complètement explosée, fracassée, donc c'est difficile de dire s'il y avait des livres, pas de livres tellement c'était bizarre. Mais euh le le le Mais votre père vous a laissé toute une bibliothèque. Voilà.
Mais elle était à la campagne. Lui, il vivait dans un enfin bon quand j'étais enfant, il vivait dans une sorte de de manière très très spartiale, dans un deux pièces, une ancienne petite écurie réaménagée avec un carrelage froid sur le sol. Il avait il avait la Bible. Paul Claudel. Oui, il lisait que ça mais il était enfin non, c'est c'est c'est trop bon. C'est un contexte qui est pas difficilement transposable, mais quand même le cas le plus standard, je crois, c'est que on grandit dans des familles où il y a pas de livre à la maison. Et là, la la question quand ça a pas été transmis, ben je crois qu'il y a quand même un problème avec le fait de s'autoriser à lire et à écrire.
Il y a un problème avec l'autorisation. Est-ce que c'est un truc de feignant ? Est-ce que c'est un truc de bourge ? Est-ce que c'est un truc qui sert à rien ? Euh c'est difficile euh d'investir du temps, de l'énergie et peut-être de l'argent dans euh ce ce que Bourdieu appelle un jeu gratuit quand on vient de certains milieux sociaux. Je vais vous raconter une anecdote qui est terrible.
Un jour, j'ai eu un un étudiant que j'aimais beaucoup à à Surpois je faisais écrire mes étudiants et et euh et je vois qu'il était euh qu'il allait pas bien à cours et euh à la fin, je lui demande de venir me voir et puis il il vient, je lui dis "Mais qu'est-ce qui se passe ?" Euh et il me dit "Ben voilà." Euh il dit "Moi, je viens d'un milieu très simple euh et euh et mes parents sont agriculteurs en Normandie et mon père a vu que j'avais dépensé de l'argent pour des livres. Il a pris le ceinturon, il m'a battu." Et euh vous voyez l'interdit la violence de l'interdit social qui est mis dans certains cas. Donc voilà.
Donc cette histoire de de dans un monde de bisounours ou dans un monde enchanté, on transmet la lecture et c'est merveilleux. Mais dans beaucoup de cas euh la lecture, l'écriture c'est quelque chose qui est à conquérir et de toute façon quand vous vous quand vous quand vous vous engagez dans une carrière d'écrivain, les gens vont essayer de vous dissuader. Ma ma mère par exemple est extraordinairement gênée quand j'étais jeune parce que j'écrivais, elle me disait, elle m'a demandé d'arrêter d'écrire. Euh ça la dérangeait, ça la perturbait ce que je faisais. Donc si vous voulez, c'est pas que les gens vous accueillent comme si vous étiez merveilleux parce que vous lisez, vous écrivez.
D'abord si vous lisez beaucoup, il vous trouvent prétentieux. Et si vous écrivez, ce que vous écrivez les dérange. Donc il faut bien se dire que normalement si vous commencez à pratiquer un art et que c'est important pour vous, vous allez rencontrer de multiples résistances. Hm hm hm hm. Et le le processus d'écriture à l'heure de l'intelligence artificielle, comment génératrice de contenu, comment qu'en est-il ? Bah c'est pour ça qu'il faut écrire de l'autobiographie. Imaginez chat GPT. Chat GPT vous raconte son adolescence. [rires] hyper compliqué. Voilà un truc que Chat GPT ne peut pas faire.
Chat GPT vous raconte ses premières ses premiers émoi sexuel mais enfin ben maintenant ils sont connus les vôtres hein. Oui. D'accord. Mais vous voyez c'est ça qui rend l'écriture humaine intéressante. C'est l'expérience. C'est l'expérience vécue physiquement vécue. C'est ça qui fait que le livre écrit par un humain est plus intéressant que le texte écrit par chat GPT. Vous parliez tout à l'heure de cette exception qui qui semble concerner la France où il y a un désir d'écriture sans doute un petit peu plus important que dans d'autres latitudes.
Une autre exception culturelle, je le disais dans la présentation, vous êtes directeur de la rédaction de philosophie magazine et c'est à peu près le seul, même s'il a donné naissance à une version allemande, c'est à peu près, il y a que la France qui a un magazine qui traite de philosophie et qui sort périodiquement avec je ne sais combien d'abonnés, de lecteurs. Peut-être allez-vous nous le dire, comment vous expliquez ce cette exception ? Oui. Alors, on a une diffusion payante de 40000 exemplaires, ce qui veut dire que on est un magazine quand même populaire, enfin en tout cas qui dépasse les cercles des gens qui étudient la philosophie, qui sont prof philos, ça c'est certain.
Euh, il y a peut-être des lecteurs d'ailleurs dans la salle ou quel des gens qui le lisent occasionnellement. Donc, c'est vrai que c'est c'est chouette de voir que qu'il y a une réception publique de la philosophie en France, sachant que nous ce qu'on fait, c'est qu'on on propose un regard philosophique sur l'actualité du monde. On a créé une édition allemande et en Allemagne, ça se passe bien aussi. Et il existe un troisème pays qui a un magazine de philosophie, c'est la Hollande, ce qu'on a découvert chemin faisant qui est un magazine mais qui est, on va dire quand même un peu plus universitaire entre la revue, le livre et le magazine.
Un peu moins journalistique que ce qu'on fait nous, mais on a de très bons rapports avec eux, on s'entend très bien. Donc ça fait trois pays. C'est vrai que ce serait difficile de monter ça ailleurs pour des tas de raisons, mais notamment parce qu'en Angleterre ou aux États-Unis, s'il y a quelque chose de technique, c'est que c'est l'éditeur d'un magazine qui fixe en non pardon, en France, c'est l'éditeur d'un magazine qui fixe combien de numéros il va mettre en Kosque qui est en maison de la presse. Donc quand on se lance, on peut dire "Bah moi, je prends mon risque, j'en mets 70000." En Angleterre et aux États-Unis, c'est purement technique mais ça change tout.
Euh quand vous lancez un magazine, c'est le diffuseur qui dit "Ah, c'est de la philo, ah ben j'en prends 5000." Et donc en fait, vous ne pouvez pas courir le risque de lancer quelque chose qui n'est pas perçu par le diffuseur comme commercial. Donc vous ne pouvez pas sortir des clous. Voilà. Donc c'est c'est une contrainte euh d'infrastructure mais qui a vous pensez qu'il pourrait quand même y avoir un public dans d'autres cultures occidentales ? pour le savoir, faut prendre le risque.
Mais mais bon, après dans le monde anglo-américain, la la philosophie est perçue, c'estd qu'ils se sont mis à faire beaucoup de logique et la philosophie analytique qui est bardée de math et de logique c'est beaucoup beaucoup éloigné du grand public. Donc, il y aura un énorme travail à faire sur ce que c'est ce que c'est que la philosophie avant de pouvoir la diffuser. Vous avez écrit, je le rappelé au tout début de notre entretien, une vingtaine de romans et d'essè. Est-ce que vous ressentez chaque fois les mêmes sentiments lorsque vous arrivez à la fin de votre de votre manuscrit et et quand il est publié ? Qu'est-ce que aujourd'hui est-ce que on est blasé parce que ça marche bien ?
Parce qu'Alexandre la Croix sur une couverture c'est l'assurance de de Non non ça pas. Il y a des succès inégaux. Il y a des succès inégaux. Euh il y a des livres qui marchent et d'autres moins. Euh j'ai j'ai constaté, c'est une chose que je décris aussi dans le roman, que quand on on on finit un un livre, un manuscrit et qui part en impression, c'est une chance hein, la publication c'est génial. H mais en fait on perd un peu sa raison de vivre.
C'est-à-dire que, mais c'est comme si vous avez fait une pièce de théâtre, si certains ont fait du théâtre amateur et vous avez donné toute votre énergie, vos weekends, les répétitions, le truc, vous êtes à fond dans votre truc puis à un moment ben c'est la dernière et puis ça s'arrête et là vous vous retrouvez dans un avec un deuil. Et c'est un truc dont je je voulais parler parce que personne n'en parle jamais. Il y a des deuils de création et c'est quand même un peu bizarre parce que évidemment c'est super d'avoir fait une pièce de théâtre ou d'avoir publié un livre. C'est génial. Ça n'est que positif.
Mais quand même vous vivez un petit effondrement intérieur parce que le matin vous vous leviez, vous vous disiez tiens, je vais je vais recorriger cette scène, je vais reprendre ceci, je vais et puis a un moment ben c'est fini. Alors moi, j'ai trouvé un un système qui consiste à commencer aussitôt le suivant. Voilà, [rires] c'est le c'est ce qui fait que j'ai publié beaucoup de livres, c'est que tout simplement je je vous n'arrivez pas à vous départir du plaisir que vous écrivez, de du plaisir à l'écriture. C'est ça. Pas un jour sur je suis addicte. [rires] C'est bien comme addiction. C'est mieux que peut-être que celle de Philippe Lotard. Bon, on dit ça, on dit rien.
Merci infiniment Alexandre Lacroix pour ce voyage en écriture et en littérature. Merci d'être venu. Merci.
[applaudissements] [applaudissements] [musique] [musique] [musique] [musique] [musique]
Mesdames, messieurs, les personnes qui souhaitent poursuivre cette rencontre avec Alexandre Lacroix peuvent se rendre pour en séance de dé.