Carburants, salaire, tribune anti-Bolloré... Le "8h30 franceinfo" de Sophie Binet
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour Sophie Binet et merci d'être avec nous ce matin sur France Info. On va parler salaire, on va parler pouvoir d'achat avec évidemment au cœur de l'actualité ces annonces hier du gouvernement sur les carburants. Nouvelles annonces, 710 millions d'euros mis sur la table. Je vous propose pour commencer d'écouter le Premier ministre Sébastien Lecornu qui a posé la philosophie de ces nouvelles mesures.
On ne va pas changer de stratégie. C'est un choix que nous faisons qui est de garder un ciblage important sur celles et ceux qui travaillent, celles et ceux qui tiennent l'activité du pays et d'ailleurs celles et ceux qui ne travaillent pas en profite.
Voilà, ciblage prioritaire, ciblage important par, pardonnez-moi, les travailleurs prioritaires. Est-ce qu'à vos yeux ce qui a été avancé est à la hauteur ?
Non pas du tout, c'est un hors-sujet complet. Il n'y a rien pour augmenter les salaires, il n'y a rien pour bloquer les profits. Le résultat, c'est qu'on est en train de vivre un déclassement généralisé avec de plus en plus de salariés qui sont des SMICAR, notamment des femmes qui peuvent passer leur vie au SMIC. La France est en train de devenir un pays de SMICAR.
Sophie Binet, on va parler des salaires après, mais sur le détail, sur le concret des mesures, il y a le doublement de la prime carburant employeur. Elle passera de 300 à 600 euros par an, sans charge, sans condition. Autre mesure, l'aide au carburant pour les gros rouleurs qui passent de 50 euros à 100 euros. Ça, c'est du concret pour le pouvoir d'achat.
Oui, mais le problème, c'est que ça ressemble plus à une usine à gaz qu'autre chose. Je vais vous prendre l'exemple des aides à domicile. Par exemple, le gouvernement annonce enfin des mesures pour les aides à domicile.
Elles font partie d'un autre paquet d'aides qui est les aides aux professionnels. Il y a les pêcheurs, il y a les agriculteurs, il y a les aides à domicile.
Les aides à domicile. Et donc, qu'est-ce qu'il y a dedans ? Une augmentation de 20 centimes de l'indemnité kilométrique. Le diesel, il a augmenté de plus de 50 centimes depuis le début de la crise. Donc, ça ne couvre même pas l'augmentation de l'essence. Et en plus, cette indemnité kilométrique, elle est valable seulement pour leur déplacement entre deux patients, mais pas pour le domicile-travail. Deuxième chose pour les aides à domicile, le gouvernement nous annonce à Grand Tambour et Trompette un dispositif de leasing social pour leur permettre de s'acheter un petit véhicule électrique. C'est bien.
5 ou 5 cent euros, par exemple, pour les taxis qui sont aussi concernés par ces aides.
Là, en l'occurrence, pour les aides à domicile, ce serait 15 000 voitures pour 600 000 aides à domicile. Et est-ce qu'on croit vraiment que des travailleuses qui ont 700 euros par mois seront éligibles au dispositif ? Donc, on voit qu'on est complètement à côté de la plaque. Pour les aides à domicile, la première chose à faire, c'est que...
700 euros par mois parce que c'est le salaire moyen d'une aide à domicile. Mais oui ! Qui sont bien souvent à temps partiel.
Exactement ! À temps partiel, mais pas en réel, puisqu'elles ont des amplitudes horaires énormes, puisque très souvent, leurs temps de trajet ne sont pas pris en compte. C'est ça qui est grave. Sur les aides à domicile, la première chose que doit faire le gouvernement, c'est valider l'accord qui a été signé par les syndicats il y a 6 mois d'augmentation des salaires, que le gouvernement refuse d'agréer et de valider. Les aides à domicile ont une convention collective avec des minimas inférieurs au SMIC et sont payées au lance-pierre. C'est une honte ! C'est un métier indispensable pour le pays.
Honnêtement, Sophie Binet, quand on voit ces aides, c'est quand même 710 millions d'euros. Ce n'est pas rien non plus. Ça fait 1,2 milliard si on prend l'ensemble de ce qui a été annoncé. Là encore, ça n'est pas rien. Est-ce qu'aujourd'hui, on peut se permettre... Alors, j'entends les aspects structurels, vous dites l'augmentation des salaires, etc. On va y revenir. Mais sur les aides d'urgence, est-ce qu'on peut se permettre de mettre 5, 10, 15 milliards d'euros sur la table ?
En fait, nous, on ne demande pas d'aide. On demande une mesure toute simple, le blocage des prix des carburants. C'est ce qui a été mis en place pendant la guerre du Golfe en 1990. Il n'y a pas eu de problème de pénurie et ça a protégé le pouvoir d'achat. C'est ce qu'ont fait certains pays comme la Croatie, notamment, et la Hongrie, par exemple.
Alors, pardonnez-moi, on va essayer de comprendre. Comment on fait ?
Eh bien, tout simplement, on bloque les prix au niveau avant crise. On bloque...
Mais on les bloque auprès de qui, les prix ?
Eh bien, à deux niveaux. On les bloque au niveau de la grande distribution, parce qu'on a vu qu'il y avait des marges indues au niveau de la grande distribution. Il y a un document de Bercy qui avait fuité ces dernières semaines.
La grande distribution dit qu'on fait quelques centimes d'euros de marge sur les carburants, je spécifie.
Et surtout, on les bloque à la source auprès des pétroliers. Les profits des pétroliers n'ont jamais été aussi élevés.
Mais comment vous faites, pardonnez-moi, pour bloquer les prix de gros, de chêles, de grands pétroliers internationaux ?
Eh bien, tout simplement, il faut qu'il y ait un prix maximum de vente des pétroliers à la grande distribution.
Mais ça peut se faire, y compris sur les marchés internationaux, qui ne dépendent pas de nous, et qui, en vérité, se fichent peut-être un peu de la France.
Là, l'enjeu, c'est la France. C'est pour l'approvisionnement des distributeurs en France. Oui, mais la France est tout à fait possible.
C'est tout à fait possible d'un marché mondial. Et si on bloque les prix, on s'expose à ce que les pétroliers aillent vendre leur pétrole ailleurs, à des risques de pénurie chez nous ?
C'est effectivement l'argument du gouvernement pour ne pas le faire. Donc, comme je viens de le dire, ça a eu lieu, le blocage des prix a été mis en place pendant la guerre du Gouveau.
Mais il y a d'autres exemples qui ont entraîné des pénuries, des marchés parallèles, etc.
Il n'y a pas eu de pénurie. Et ensuite, les pétroliers, on les connaît. Notamment, le premier groupe pétrolier, c'est un groupe français qui s'appelle Total, sur lequel le gouvernement a quand même quelques possibilités d'action. Ce groupe a réalisé des profits records pour l'année 2026, sachant que ses profits 2025 étaient déjà records. 13 milliards d'euros en 2025. Et en 2026, ses profits ont augmenté de 50%. Mais c'est quand même honteux, alors qu'aujourd'hui, l'explosion du prix de l'énergie, ça asphyxie notre économie et les travailleurs et les travailleuses.
Total doit pouvoir vendre son pétrole à perte, en dessous du cours, qui est le cours mondial actuel, et doit privilégier le marché français.
Il doit le vendre à prix coûtant. Total, aujourd'hui, il ne le vend pas à prix coûtant.
Le baril de pétrole est à 110 dollars. Oui, d'accord.
Sauf qu'en fait, Total, il ne vous a pas échappé que les prix à la pompe ont augmenté au lendemain de l'agression américaine et israélienne sur l'Iran, alors que les prix n'avaient pas encore augmenté d'achat du pétrole, et surtout que Total a 3 à 6 mois de réserve. Donc l'augmentation, elle a été répercutée immédiatement, avec en plus une stratégie de spéculation de Total, ça a été documenté, qui a acheté une bonne partie des stocks mondiaux.
Ce qui lui a permis de maintenir des prix bas aussi, c'est ce que dit Total.
Non.
En tout cas, de faire cette ristourne.
Voilà, non mais là, c'est quand même Total qui se moque du monde, puisque effectivement, ils ont cet affichage, avec eux, des prix à la pompe qui sont un peu plus faibles.
Avec une opération, par exemple, comme ce week-end de Pentecôte renouvelée, avec des prix à 1,99€ le litre.
Non mais c'est une opération aussi qui est problématique, parce que c'est une opération commerciale qui va asphyxier toutes les petites stations-service, qui, elles, sont obligées de s'approvisionner très cher chez Total, et qui ne peuvent pas bloquer leur prix.
Ils ne font jamais rien, pardonnez-moi, là-dessus, il n'y a jamais rien qui va, mais pardonnez-moi, là-dessus, c'est quand même quand on voit les files d'attente devant les stations-totales.
Oui, bien sûr, mais on n'a pas le choix. Donc évidemment, chacune et chacun va là où c'est le moins cher, donc c'est normal. Mais eux, il ne faut pas être dupes, c'est une opération commerciale qui leur permet de faire la culbute et qui va asphyxier tous les petits distributeurs indépendants. C'est eux qui maîtrisent le prix d'amont. Donc eux, ils vendent très cher leur pétrole aux distributeurs, et eux, ils peuvent se permettre de bloquer leur prix tout en faisant des marges très confortables. Donc là, la situation économique, elle est parfaite pour Total, et la preuve, ces profits n'ont jamais été aussi élevés.
Il faut que le gouvernement arrête de défendre Total et aille taxer les profits à la source.
Cette taxe sur les bénéfices exceptionnels, Total, a prévenu via la voix de son PDG si une taxe comme celle-ci venait à être adoptée, il mettrait fin aux opérations promotionnelles. Vous considérez que c'est du sans-chantage de la part de Patrick Pouillané ?
Exactement, c'est quand même une honte que les grands patrons se permettent de faire du chantage de la sorte. Mais de quoi parle-t-on ?
En même temps, vous dénoncez cette opération, donc ils peuvent l'arrêter. Est-ce qu'ils menacent de l'arrêter s'ils sont taxés ?
Oui, justement, nous ce que nous demandons, c'est que le gouvernement bloque les prix à la source et force Total et les autres d'ailleurs à ne pas vendre leur carburant plus cher que X euros pour permettre de plafonner les prix et de bloquer les prix à la pompe. Voilà la mesure qu'il faut prendre, qui coûte 0 euro pour les finances publiques et qui permet d'aller prendre l'argent là où il est, c'est-à-dire dans les poches des pétroliers qui se font des profits honteux. Il y a des profiteurs de guerre dans ce pays. Ces profiteurs de guerre, aujourd'hui, c'est Total.
Même si, pardonnez-moi, je répète aussi un des arguments qui est avancé par Total, c'est que ces profits ne sont pas réalisés pour beaucoup en France, mais sur des activités à l'étranger.
Oui, sauf que les activités à l'étranger de Total, Total les réussit aussi grâce à l'État français. Quand le président de la République part à l'étranger, qui est-ce qu'il a dans son jet ? Toujours le patron de Total, qui a besoin de la diplomatie française pour signer ces marchés à l'étranger.
C'est un juste retour des choses.
Mais oui, il faut arrêter de se moquer du monde. Sophie Binet, on voulait parler de salaire, de pouvoir d'achat également. On l'a appris cette semaine. Au 1er juin, le SMIC sera augmenté de 2,4% comme l'inflation. C'est 44 euros bruts de plus par mois. Une revalorisation qui est automatique. Ce n'est pas un coup de pouce ou une augmentation. Mais est-ce que vous pensez qu'il fallait faire plus et justement donner un coup de pouce supplémentaire en plus de l'inflation ?
Oui, bien sûr. C'est totalement insuffisant. Ça fait 13 ans qu'il n'y a pas eu de coup de pouce au SMIC. Le SMIC est trop faible. Il y a des millions de travailleurs et de travailleuses qui sont obligées de choisir entre remplir leur frigo et faire leur plein d'essence. Notamment les femmes qui sont majoritaires parmi les SMICards. Et les femmes qui, en plus, sont concentrées sur des emplois à temps partiel et donc qui, bien souvent, ont moins que le SMIC mensuel à la fin du mois.
Mais eux, ils bénéficient quand même de cette augmentation automatique. Contrairement aux autres salaires, Marie-Lise Léon de la CFDT appelle à rouvrir les négociations salariales d'urgence. Est-ce que vous vous joignez à cet appel ?
Mais bien sûr. Il faut ouvrir les négociations partout, dans toutes les entreprises, dans toutes les branches. Et ce qui est scandaleux, c'est qu'aujourd'hui, le patronat refuse de négocier. Il y a, au 1er juin, il va y avoir 80% des branches professionnelles avec des minimas inférieurs au SMIC. Ça veut dire des métiers dans lesquels on est au SMIC à vie. Le gouvernement, depuis trois ans, s'était engagé à sanctionner les branches qui ont des minimas inférieurs au SMIC. C'est interdit par la loi. Le décret de sanction n'est toujours pas sorti.
Il faut dire que le SMIC a augmenté aussi depuis. Et donc, à chaque fois, ça nécessite des négociations. Oui. Donc, ça peut prendre un peu de temps, potentiellement.
Oui, sauf que là, les négociations sont très, très langues. Par exemple, au 1er janvier, le SMIC a augmenté d'un peu plus de 1%. Au 1er avril, on avait fait les comptes. Il y avait un tiers des branches professionnelles qui avaient encore des minimas inférieurs au SMIC.
Pardonnez-moi, je parle sous votre contrôle, branche qui était inférieure au SMIC, dont le salaire minimal était inférieur au SMIC, avait plutôt eu tendance à baisser ces dernières années.
Non, ça a réaugmenté, justement. On avait sorti notre classement en avril, puisqu'on était à un tiers des branches avec des minimas inférieurs au SMIC. Nous faisons une proposition toute simple pour éviter ça. C'est d'indexer l'ensemble des salaires sur les prix et sur le SMIC. De faire en sorte que, quand le SMIC augmente, tous les autres salaires suivent et augmentent en même temps. C'est ce qui existe en Belgique et au Luxembourg, par exemple. Et ce qui fait qu'en Belgique et au Luxembourg, le pouvoir d'achat est protégé, les qualifications sont protégées. Et c'est ce qui existait en France jusque dans les années 80. Ça fonctionnait très bien.
Et justement, ça nous a protégés du choc pétrolier dans les années 70. Il faut mettre en place ce dispositif, très simple, pour empêcher ce déclassement massif qu'on est en train de vivre.
Sophie Binet, on l'entend quand vous parlez des travailleuses, des travailleurs, vous parlez souvent des travailleuses, des femmes. La question de la transparence salariale, c'est une question du moment, car la France doit adopter une directive européenne qui prévoit que les employeurs communiquent de façon transparente sur les écarts salariés entre les hommes et les femmes au sein d'une même entreprise. La France avait jusqu'au mois de juin pour se mettre en conformité, pour transposer cette directive dans le droit français. On n'a toujours aucune nouvelle. Pourquoi ?
Ça, il faut le demander au gouvernement. Et moi, ce que je peux vous dire, c'est que c'est une honte.
J'imagine que vous posez la question lorsque vous rencontrez le ministre du Travail, notamment.
Tout à fait. Le problème, c'est que c'est le Premier ministre qui ne l'inscrit pas dans l'agenda parlementaire. Ça fait depuis le mois de septembre qu'on n'a pas rencontré le Premier ministre et qu'il ne répond pas à nos demandes. Ça fait trois ans que cette directive a été adoptée au plan européen. Ça fait trois ans que la France refuse de la mettre en œuvre, alors que les femmes en France sont toujours payées 25% de moins que les hommes ont nées les premières victimes de cette crise inflationniste. Cette directive permettrait trois choses importantes. D'abord, de sanctionner enfin les entreprises qui discriminent.
Ensuite, de faire la transparence sur les salaires parce qu'il y a une vraie opacité à tous les niveaux. Et enfin, de revaloriser les métiers dans lesquels les femmes sont concentrées et qui sont moins bien payées. C'est le patronat qui ne veut absolument pas de cette directive. Il a essayé de l'enterrer au plan européen. Et là, il fait tout pour la bloquer. Mais quand même, que le gouvernement tape du poing sur la table et il impose de l'agenda. C'est une obligation. Donc, il faut le faire. C'est inacceptable que le gouvernement s'oppose à l'égalité entre les femmes et les hommes et bloque cette directive.
Le 8.30 France Info. Adrien Beck. Camille Vigon-le-Quatt.
Et nous sommes toujours avec Sophie Binet sur France Info, secrétaire générale de la CGT. On voulait vous parler de cinéma et plus précisément de Cannes alors que le festival touche à sa fin, s'arrête samedi. Vous y êtes allé la semaine dernière. Cette année, la polémique s'appelle Vincent Bouloré, le propriétaire de Canal+. Après une tribune dans Libération, signée par des centaines de professionnels du cinéma, le directeur général de Canal+, Maxime Saada, a prévenu que les signataires ne recevront plus de financement de Canal+. Beaucoup d'autres voix ont appelé au calme, en soulignant que Canal avait toujours été au rendez-vous pour financer des films très divers.
Est-ce que vous vous dites que les acteurs du cinéma manquent de courage ?
Non, moi d'abord, ce que je veux saluer, c'est le courage de celles et ceux qui osent briser l'omerta. Parce que ce qui est frappant, c'est à quel point il y a un climat de peur sur l'ensemble du cinéma français. Pourquoi ? Parce que Canal+, c'est le premier financeur, et UGC, dans lequel Bouloré vient d'acquérir des parts, c'est le premier distributeur. Donc, le cinéma français est tenu. Il y a un vrai problème de liberté d'expression. C'est extrêmement inquiétant de voir à quel point, chaque jour, les taux se resserrent sur nos libertés, sur notre démocratie. La situation est très grave.
De façon très concrète, qu'est-ce qui vous fait dire aujourd'hui, parmi les films financés, diffusés par Canal+, qu'il y a une reprise en main ?
En fait, ce qui me fait dire ça, c'est les propos de Maxime Saada, qui a menacé les auteurs de cette tribune de représailles, en disant que ces 600-là ne pourraient plus être produits et diffusés par Canal+. Mais c'est quand même extrêmement grave qu'on autorise ça dans une démocratie.
Ça a été interprété par certains comme étant... Non, c'est ce qu'il a dit. C'est parfaitement ce qu'il a dit. Ça a été interprété par certains comme une réaction, à voir comment ça se traduit concrètement. Mais ma question n'était pas celle-là. Ma question était, est-ce qu'aujourd'hui, il y a une reprise en main à vos yeux, d'ores et déjà, dans la production de films de Canal+.
Mais en fait, ce n'est même pas le problème. Le problème, c'est qu'aujourd'hui, il y a une concentration qui est dangereuse, parce que dans les mains du même milliardaire, il y a de plus en plus de médias, il y a de plus en plus de livres, avec le secteur de l'édition qui maintenant est possédé dans une grande partie dans les mains de Vincent Bolloré. Il y a la distribution avec les relais et maintenant le cinéma. Et donc, ça veut dire que, en fonction de sa volonté, il peut décider de choses ou non, comme il a décidé, par exemple, à Grasset, du jour au lendemain, de limoger le directeur de Grasset. Ça, il peut le faire sur le cinéma.
Et c'est ce qui explique la peur et l'omerta sur le cinéma. C'est dangereux. Dans une démocratie, il ne peut pas y avoir autant de concentration. Ça n'est pas possible que notre secteur culturel, que nos médias soient concentrés dans les mains de quelques milliardaires.
Le financement du cinéma par Canal+, ce n'est pas complètement nouveau. Ce qui semble plutôt vous poser des problèmes, c'est que Canal+, soit propriété de Vincent Bolloré, en l'espèce.
Exactement. En fait, là, ce qui pose problème, c'est d'abord, effectivement, que Vincent Bolloré a racheté Canal+, il y a plusieurs années et qu'on connaît ses pratiques en général dans les entreprises qui rachètent. Il ne se concentre pas d'en encaisser les dividendes, mais il veut s'en servir au service de sa bataille culturelle pour imposer ses idérances. Et ensuite, il vient de rentrer dans UGC et donc il maîtrise en même temps le premier financeur du cinéma et le premier distributeur. Donc c'est une concentration qui est extrêmement dangereuse pour notre démocratie.
Sauf que vous entendez aussi...
J'appelle le gouvernement à mettre en œuvre une loi anti-concentration.
Vous entendez aussi des voix, pardonnez-moi, comme celle de l'acteur Mathieu Kassovitz, qui ne peut pas être accusé d'être proche de Vincent Bolloré, qui dit, voilà, pour l'instant, tout se passe bien. Il faudra, ce sont ses mots, il faudra gueuler si jamais ça se passe mal, mais pour l'instant, tout se passe bien.
Le problème, c'est qu'on voit déjà que ceux qui s'expriment ont des conséquences directes et donc ça confirme qu'il y a une concentration qui est dangereuse avec des paroles qui sont muselées.
Et la loi anti-concentration que vous réclamez, concrètement, ça fonctionnerait comment ?
Eh bien, ça fonctionnerait sur la base de ce qui était prévu dans le programme du Conseil national de la résistance au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, qui avait prévu le fait qu'on ne peut pas être patron de presse en étant capitaine d'industrie. C'est un enjeu central pour notre démocratie pour empêcher la concentration du secteur culturel et des médias entre les mains de quelques milliardaires. Et c'est un enjeu total du fonctionnement des médias actuels aujourd'hui. Ah bah oui, et je pense que c'est indispensable pour notre démocratie parce qu'on voit bien les dérives profondes.
La CGT Spectacle organise le 30 mai prochain, donc samedi prochain, devant l'Olympia, donc qui est aussi une propriété de ce monsieur Bolloré. On voit que décidément, les secteurs qu'il possède, la liste est longue comme le bras. Donc un rassemblement devant l'Olympia le 30 mai prochain pour dénoncer cette concentration
et pour exiger des mesures pour protéger notre démocratie. Sur votre loi sur la concentration, et donc vous dites plus aucun capitaine d'industrie ne pourrait posséder de médias, qui donc pourrait posséder les médias ? Parce qu'il faut quand même de l'argent. Quoi qu'on en dise, et pourtant on est nous-mêmes journalistes, mais les médias, ça coûte de l'argent, ça n'en rapporte pas toujours beaucoup. Qui pourrait se permettre d'acheter des médias ?
Eh bien ce qu'il faut, c'est avoir des dispositions anti-concentration pour qu'on ne puisse pas en posséder trop comme aujourd'hui. Puisque en fait, aujourd'hui, ce qu'on voit, c'est que M. Bolloré a commencé avec Itélé, qu'il a transformé en CNews, puis là, c'est des acquisitions...
Mais vous avez bien compris ma question. Qui d'autre qu'un milliardaire ou au moins un millionnaire peut se permettre d'acheter des médias aujourd'hui ? Dans la mesure où ça ne rapporte pas d'argent ?
Ça peut en rapporter, ça peut en rapporter. Et l'enjeu, c'est que quand c'est des capitaines d'industrie qui possèdent les médias, la question c'est la liberté de l'information économique. C'est quand même un problème. Là, on parle beaucoup de Vincent Bolloré parce que c'est lui qui mène une offensive idéologique. Mais on peut aussi parler de Bernard Arnault ou de Maxime Saada sur la CMA-CGM. Rodolphe Saadé. Rodolphe Saadé, pardon, sur la CMA-CGM avec des problèmes de liberté de l'information économique. C'est pour ça que l'audiovisuel public joue un rôle fondamental.
Et c'est très inquiétant de voir dans le même temps une concentration des médias qui s'accélère avec des milliardaires qui se permettent des choses honteuses. et dans le même temps, l'audiovisuel public qui n'a jamais été aussi contesté et fragilisé.
Sophie Binet, on voulait vous parler aussi d'un autre thème qui s'est imposé ces dernières semaines à gauche cette fois et qui divise, c'est le rôle de l'immigration de travail. Question, faut-il l'encourager ? Comme ce que fait l'Italie, l'Espagne, ce que réclame en partie le patronat français aussi qui dit qu'on a besoin de main-d'oeuvre. Ou est-ce qu'il faut réduire l'immigration de travail ? C'est ce que demande par exemple François Ruffin. Moi, je pense que c'est un hors-sujet complet. Ah non, c'est un peu un sujet quand même.
Je vais vous le dire pourquoi. Le sujet, c'est qu'en France, aujourd'hui, il y a 5 millions de travailleurs et de travailleuses étrangers. Et ces 5 millions de travailleurs et de travailleuses étrangers, ils n'ont jamais été aussi précarisés qu'aujourd'hui.
C'est pas exact. Pardonnez-moi, on peut en parler. Mais avant ça, sur la politique qu'il faut mener en ligne d'immigration, est-ce qu'il faut plus d'immigration de travail ou est-ce qu'il en faut moins ?
Mais la question, c'est de faire en sorte que les travailleurs et les travailleuses qui sont là, aujourd'hui, aient l'égalité des droits avec les travailleurs français. Et aujourd'hui, mais oui, parce que c'est pas la question en fait. Parce que contrairement à ce que vous dites, l'Espagne n'a pas une politique pour encourager l'immigration de travail. L'Espagne, elle régularise les travailleurs étrangers qui sont présents sur son sol, de façon à permettre l'égalité des droits. Aujourd'hui, il se passe quoi ? Aujourd'hui, c'est 5 millions de travailleurs et de travailleuses étrangers qui sont précarisés comme jamais, qui n'ont pas de possibilité de renouvellement de leur titre de séjour.
Alors que pour certains et certaines, ils sont là depuis 5, 10, 15, 20 ans avec toute leur famille, toute leur vie en France. Aujourd'hui, on a des patrons qui nous appellent en nous disant, mais je vais être obligé de le licencier. Il n'a plus de titre de séjour parce que les préfectures n'en délivrent plus. C'est une...
Oui, il y a 150 000 obligations de quitter le territoire français au QTF qui ont été délivrées en 2025. Et pour beaucoup, ça concerne des étrangers, effectivement, qui travaillent, qui sont parfois en CDI ici, qui n'ont commis, pour la grande majorité d'entre eux, aucun autre délit que leur présence irrégulière. Vous trouvez que c'est ça l'aberration ?
Ce que je trouve, c'est qu'aujourd'hui, on désintègre des millions de personnes qui sont intégrées en France, qui bossent en France, dont la France a besoin. Et ce faisant, on favorise des réseaux de traite. On vient de fêter une grande victoire il y a quelques jours. Les coiffeuses du boulevard de Strasbourg à Paris qui, au bout de deux mois de grève, ont enfin réussi à être régularisées. Qu'est-ce qui se passait dans ce salon de coiffure ? Le patron leur demandait 150 euros par mois pour avoir droit à leur fiche de paye. Voilà la situation dans laquelle on met des travailleurs étrangers qui, aujourd'hui, n'ont pas de droit parce que M.
Retailleau a supprimé les régularisations par le travail. Il faut absolument rétablir les régularisations par le travail.
On vous parlait de M. Ruffin, en l'occurrence, avec ses propos qui, effectivement, ont fait beaucoup réagir à gauche. Et la question étant, est-ce qu'il faut favoriser, quitte, dit-il, d'une certaine façon aussi à favoriser le patronat, favoriser l'immigration du travail ou, au contraire, privilégier peut-être ceux qui sont déjà là et des emplois pour des personnes qui sont déjà présentes sur notre sol.
Ce que je répète, c'est que c'est un hors-sujet. Aujourd'hui, on n'est pas dans les années 60. Il n'y a personne qui dit qu'il faut faire des filières pour faire venir des travailleurs du monde entier.
Il y a plein de chefs d'entreprise qui disent qu'on a besoin de manœuvres étrangères.
Et ils sont là. Et donc, ce qu'il faut, c'est leur permettre de travailler. Mais bien sûr. Et donc, il faut permettre à celles et ceux qui sont là de pouvoir bosser, de pouvoir bosser de façon légale et les sortir de la précarité. C'est important pour ces travailleurs concernés, mais c'est aussi important pour les travailleurs français parce que la situation actuelle, ça permet d'organiser le dumping avec des patrons véreux qui profitent de cette précarité pour ne pas déclarer les heures sup, exiger, pourquoi pas, des bacs chiches pour avoir une fiche de paye et faire travailler leurs salariés au noir. Voilà la situation.
C'est une situation actuelle aujourd'hui qui ouvre un boulevard à celles et ceux qui pratiquent la traite d'êtres humains parce que c'est ça la situation en France.
Merci beaucoup, Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, d'avoir été avec nous ce matin sur France Info. Merci, Camille Vigone-Lecouat. Le Nouvel Obs, restez avec nous. Les informés dans quelques secondes. Sous-titrage Société Radio-Canada
Sous-titrage Société Radio-Canada