Prime JO: l'interview du PDG de la SNCF, Jean-Pierre Farandou, en intégralité
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Après avoir paralysé l'île de France hier, les syndicats de la SNCF avaient rendez-vous cet après-midi avec leur direction. Objectif, obtenir des primes plus importantes pour les Jeux Olympiques. Nous accueillons donc ce soir le PDG de la SNCF, Jean-Pierre Farandou. Bonsoir Jean-Pierre Farandou.
Bonsoir.
Qui nous dévoilera en exclusivité dans quelques instants le montant de ces primes et les coulisses de ces négociations. Des négociations menées aujourd'hui même. Le responsable de la CGT qui était hier soir sur notre plateau était très menaçant si un accord n'était pas trouvé. J'accueille pour cette interview importante et exclusive mes consœurs et camarades Gaëtan Mélin, chef du service économique et social et Neila Latrousse, chef du service politique de BFM TV. Jean-Pierre Farandou, merci d'avoir accepté cette invitation après une journée quand même bien particulière. Vous avez vous-même présidé cette réunion de négociations autour de la prime JO.
Quels sont les termes de l'accord qui a été trouvé et quel sera le montant de cette fameuse prime JO à la SNCF ?
Oui, effectivement, on a beaucoup travaillé cet après-midi avec les quatre syndicats représentatifs. On a passé quatre heures de négociations. On est au stade d'un projet d'accord, je pense, qu'on a construit ensemble. Il y avait plusieurs sujets dans ce projet d'accord. On parlera des primes à la fin, mais c'est bien sûr important. D'abord sur l'emploi. On a revisité tous les dispositifs par lesquels on va amener les ressources nécessaires pour que les jeux se passent bien. Il faut des ressources humaines, donc on a anticipé des recrutements. On aura 10 000 renforts pour venir épauler les équipes, notamment dans les gares.
Ensuite, il y a les conditions de travail parce que c'est sûr que les salariés vont être très sollicités pendant cette période. Les salariés concernés par la production ferroviaire de nos services, donc on a dit par exemple qu'il y aurait des référents qualité de vie au travail dans chaque établissement concerné pour corriger ce qui doit être en temps réel. Et enfin, on a parlé prime, donc il fallait se mettre d'accord sur d'abord des principes de prime et un système de prime.
Pardonnez-moi, est-ce qu'on peut leur dire à la fois, on sait que vous allez faire un effort et que ça va être difficile, puis en même temps, fin de journée, il y aura un responsable qui nous dira, oh ben non, c'est un peu trop dur, il faut qu'on en fasse un peu moins. Parce que moi, si je comprends ce que vous venez de me dire, c'est ce que j'entends quand même.
Non, mais je vais peut-être préciser le sujet, c'est que bon, d'abord, on a tout prévu et tout anticipé, bien sûr, la production des trains. Parlons des JO, il faut parler de quoi ça représente. Absolument. Voilà, exactement. Les JO, ça change beaucoup les choses en Ile-de-France. Il y a beaucoup de lieux, d'épreuves qui se passent en Ile-de-France. Et là, on va produire, par exemple, 4 500 trains supplémentaires. Donc voilà, il faut du matériel roulant, il faut du personnel. Voilà, on va avoir 10 millions de visiteurs en Ile-de-France. Donc voilà, notre appareil de production va être forcément sollicité.
Et donc, les conducteurs, les gens dans les gares, les gens dans la maintenance, des infrastructures, matériel roulant vont fournir un effort particulier.
4 500 trains supplémentaires, je vous ai bien compris, pendant la durée des Jeux. Bon, alors la prime, le montant maximal, il est de combien ?
Alors la prime, il y a deux chiffres clés. Peut-être le montant maximal, c'est plutôt une conséquence, au fond. En fait, on s'est mis d'accord sur le montant journalier. Voilà, la culture profonde de la SNCF, c'est une culture égalitaire. On a plusieurs métiers dans cette entreprise. On a la région parisienne, mais on a la province. On est une entreprise nationale. Après 4 heures de discussion sérieuse et constructive, on s'est mis d'accord sur le principe le plus simple possible.
Chaque cheminot directement concerné par la production du service, les trains, les voies, les gares, l'accueil, le surveillant général, touchera par jour travaillé pour les JO 95 euros, quel que soit l'endroit, à Nice, à Bordeaux, à Paris, à Saint-Denis, et quel que soit le métier. Donc on ne peut pas être plus égalitaire que ça. 95 euros par jour travaillé. Du coup, la conséquence, d'ailleurs, elle est affichée sur votre panneau. C'est pour 20 jours travaillés, qui semble être un maximum à peu près, 1900 euros maximum. Cette référence était importante parce qu'il n'y a pas d'ordinateur qui donne le prix. Moi, pour moi, je sais que la police et la gendarmerie, c'est 1900 euros.
C'est une espèce de référence républicaine. D'accord. Voilà, c'est important d'avoir amené les cheminots au niveau de la police et la gendarmerie. Je trouve que c'est à la fois consistant et à la fois respectueux de l'engagement des forces de l'ordre qui vont nous protéger pendant les Jeux Olympiques.
Donc vous prenez le train républicain. C'est comme ça que je l'entends. Gaëtan Mélin.
Donc ça va concerner 50 000 agents de la SNCF, 30 000 en Ile-de-France, puisque vous le disiez, c'est là où il y a le plus, finalement, de sites consacrés aux Jeux Olympiques. Mais il y a quand même 20 000 agents de la SNCF en province qui, eux aussi, pourront obtenir cette prime, à condition toutefois qu'ils travaillent pour les JO.
Exactement. C'est des principes simples. Bien sûr, cette prime, elle est aux Jeux Olympiques. Donc elle concerne les personnels de la SNCF qui vont travailler, qui vont produire le service. Dans les endroits où il n'y a pas d'intervérance avec les Jeux Olympiques, il n'y aura rien pour les Jeux Olympiques. Bon, ça fait quand même 50 000 personnes. 30 000 personnes en Ile-de-France, n'oublions pas que, par exemple, les Jeux Paralympiques, qui font partie de l'accord, bien sûr, ça sera tout en Ile-de-France. Donc c'est pour ça qu'il y a une exposition supplémentaire aux personnels en Ile-de-France. Il y aura beaucoup d'efforts de fait sur les congés, par exemple.
Pour les avoir disponibles, forcément, on a dû refuser certains congés pendant la période. Donc c'est normal qu'il y ait des compensations. Il y a une disponibilité aussi très importante pendant tous les Jeux. Il y aura des systèmes d'astreinte, de permanence, pour être capable d'intervenir très rapidement sur les installations. Voilà, parce qu'on sait qu'il y aura des aléas, forcément. Donc on se mobilise partout pour être prêt et répondre présent. Mais on n'oublie pas la province, puisqu'il y a un certain nombre de vies de province. Je pense à Bordeaux, je pense à Lille, je pense à Marseille, bien sûr, avec tout le nautisme, par exemple.
Où il y aura aussi des cheminots qui seront mobilisés. Donc c'est très égalitaire. C'est vraiment un principe fort. C'est donc 95 euros par jour travaillés pour tous les cheminots, qu'ils soient en province, qu'ils soient en région parisienne. Ils toucheront exactement la même somme. Et pour tous les métiers, parce que chez nous, tous les métiers comptent. Ça, c'est vraiment ma patte, j'allais dire, dans la gestion sociale de cette entreprise. Je suis pour la cohésion sociale. Je respecte de la même manière un conducteur de train, un agent de maintenance du matériel, de l'infrastructure, un agent d'escale, un agent de la surveillance générale.
Tout le monde compte pour réaliser le meilleur service possible pour nos clients.
Tout le monde compte, mais tout le monde n'a pas la même responsabilité, Jean-Pierre Farandou. Ça vous choque ce que je vous dis ?
Un peu, oui. Parce que pour moi, tout le monde contribue aux services. Franchement, on ne va pas interclasser les services. Si oui, vous manque un agent d'escale...
Je ne serai pas dévié de votre ligne. J'ai bien compris.
Non, mais elle est parce qu'elle est logique.
Je suis normal sur la ligne SNCF.
Oui, c'est ça.
Il y a un mois, vous avez signé un accord pour aménager les fins de carrière des cheminots et des contrôleurs. On vous a alors accusé d'avoir contourné la réforme des retraites mise en place par le gouvernement. Que répondez-vous ?
Moi, je vous remercie de me poser la question parce que je vais pouvoir peut-être enfin corriger quelques faussetés. Cet accord, d'abord, d'où il vient ? Il vient d'une demande de Matignon, qui en sortie de grève retraite, a demandé aux grandes entreprises, où il y avait de la pénibilité comme nous, de traiter ce sujet de qu'est-ce que ça devient la pénibilité quand la carrière augmente. C'est un bon sujet. La pénibilité chez nous, c'est 91 000 cheminots, 2 emplois sur 3, et on peut raconter un petit peu ce que c'est peut-être pour vos éditeurs. Quand vous êtes en 3-8, parce qu'on est une entreprise, 7 jours sur 7, 24 heures sur 24, nous, c'est toujours quelque chose, non des 3-8.
Quand vous faites 4 ou 5 matinées, les matinées, ça commence à 4 heures du matin, vous mettez le réveil à 2h15, 2h30, 4 ou 5 jours de suite, et vous recommencez comme ça. Ça tire un peu. La nuit, on a de plus en plus de personnel qui travaille la nuit, et c'est une bonne chose. Les travaux sur la voie se font la nuit, ça laisse passer les trains la journée. Le matériel roulant, on en a besoin la journée, on fait travailler les gens de plus en plus la nuit. Donc c'est notre intérêt, bien compris pour les clients comme pour nous, entreprises, que les gens acceptent de travailler la nuit. Mais c'est une contrainte de travailler la nuit. Pas dormir chez soi.
Les roulants, les conducteurs de train et les contrôleurs, les chefs de bord TGV, un jour sur deux, en moyenne, ils ne sont pas chez eux. Quand vous avez un problème familial, par exemple, ce n'est pas évident de laisser la famille et de partir de chez soi. Ça, c'est ce qu'on appelle la pénibilité. Cette pénibilité, il faut la traiter. Comment on a fait dans cet accord ? Premièrement, complètement par rapport en ligne avec la loi, on a accompagné les gens deux ans de plus. Deux ans de plus. On est complètement dans l'application. Comment on fait ?
On donne une perspective de rémunération et d'évolution de l'emploi, pour donner, j'allais dire, l'envie de travailler plus longtemps, en forme et de bonne humeur. Et deuxièmement, on fait des reconversions. Pour ceux qui, vraiment, commenceraient à trouver un peu le temps long, après 25 ans ou 30 ans du régime des 3-8, on les amène sur des nouveaux métiers. Ça, c'est la première partie de l'accord. Personne n'en a parlé, celle-là. Parce que là, elle n'était pas polémique. Ça n'intéressait personne, comme c'est bizarre, au passage. Alors, la partie polémique, c'est quoi ? C'est que vous avez des gens usés. On le voit dans l'absentéisme.
L'absentéisme, il fait x2 après 60 ans, x3 après 65 ans. Donc, c'est aussi l'intérêt, bien compris l'entreprise, de trouver des dispositifs par lesquels on peut accompagner les gens à sortir de l'entreprise tranquillement. Ils sont toujours sur le payroll de l'entreprise, sur la feuille de paie de l'entreprise. Il n'y a aucune dépense pour les caisses de retraite. Ça ne coûte rien aux caisses de retraite, ça ne coûte rien aux clients, ça ne coûte rien aux contribuables. C'est l'accompagnement des gens qui sont usés en fin de carrière pour traiter les problèmes d'absentéisme en fin de carrière.
Vous savez que ce débat a une dimension politique, puisque Bruno Le Maire a expliqué qu'il découvrait apparemment votre négociation. Le ministre de l'Économie ne nous a pas dit la vérité ou vous ne l'avez pas tenu au courant ?
Non, ça c'est un autre débat. C'est pas rien ? Non, mais c'est pas rien, on va en parler. On est là pour ça. Alors, je vous explique. En ce qui concerne, d'abord, ça vient du gouvernement, ça vient de Matignon. Je vous rappelle, j'ai dû présenter trois ou quatre fois le sujet dans mon conseil d'administration, où il y a des membres de l'État. J'ai fait un article assez long dans Le Monde, où j'en ai parlé.
En effet.
J'ai présenté deux ou trois fois le dossier à ma tutelle sociale et politique, qui est plutôt Transport et Matignon. Donc, il n'est pas faux que je n'ai pas présenté le dossier au ministre de l'Économie, c'est vrai. Mais peut-être autour de lui, certaines personnes avaient au moins connaissance de l'existence du dossier. Et deuxièmement, à ma tutelle sociale et politique, je l'ai fait. Donc, ces accusations de catiminer et de faire ça en secret, je les réfute. Ce n'est pas vrai. Neila Latrous.
M. Farrandou, ce qu'on comprend ce soir, c'est que vous dites que le gouvernement était au courant de manière très claire et au plus haut sommet de l'État.
Certaines personnes étaient au courant, voilà, ça c'est vrai.
Dont le Premier ministre, dont dépend le ministre de l'Économie et des Finances.
Alors, il y a eu un changement de Premier ministre. Est-ce que ça peut expliquer des passages de dossiers qui se sont plus bien faits ? Peut-être, peut-être. Il y a eu un mois quasiment entre les deux gouvernements.
L'un des arguments qui a été soulevé par Bruno Le Maire, c'est de dire, au fond, cet accord, ça coûtera de l'argent public. Parce que la SNCF, à beau avoir changé de statut, ça reste une entreprise qui est abondée par fonds publics. J'ai cru comprendre que votre argument, c'était que précisément, ça ne coûtait pas si cher que ça. D'une certaine façon, c'est un procès politique plus que financier qu'on vous fait ?
Tout d'ailleurs, déjà, si on parle d'économie, allons-y. Moi, depuis que je suis président, j'ai ramené cette entreprise dans le vert. Le groupe SNCF fait des bénéfices. L'année dernière, 1,3 milliard de résultats nets. 2 milliards et demi de cash flow, positif. Quand je l'ai trouvée, elle est tout en négatif. Donc les résultats sont là pour ça. On n'a pas opposé l'économie qu'elle sociale. On a fait les deux. J'ai fait les deux. J'ai rétabli les comptes de cette entreprise, qui est dans le vert depuis trois ans, et j'ai le droit de faire des négociations sociales dans mon entreprise. Sinon, ce n'était pas la peine de nous transformer en société anonyme.
Je suis PDG d'une société, je négocie comme je l'entends, et c'est l'intérêt, bien compris, de le faire. Alors après, le quantum économique. Moi, la masse salariale chez moi, c'est 10 milliards d'euros, 150 000 personnes. L'accord, c'est 35 millions par an, 0,35%.
Donc c'est un procès politique qu'on vous fait ?
Je vous laisse apprécier. Moi, en tout cas, je ne suis pas dans le terrain de la politique. Je fais mon boulot de chef d'entreprise, d'une entreprise publique. Je fais attention à l'argent public, parce que bien sûr, j'ai parfaitement conscience, cette entreprise, elle appartient à l'État et donc aux Français. Mais je vais vous donner un autre chiffre. Est-ce que vous savez combien d'argent j'apporte au gouvernement, par exemple, cette année, pour améliorer le réseau ?
Vous allez nous dire ?
Je vais vous le dire. On apporte 1,7 milliard d'euros sur nos résultats. Donc il y a 1,7 milliard d'euros qui sont apportés par les résultats de la SNCF à l'État, qui les met en plus de la régénération du réseau. Mais c'est l'argent gagné pour l'entreprise. Donc 35 millions d'euros, c'est à comparer avec mes résultats positifs et l'argent que je dégage pour le bien de tous les Français.
Et ça, vous l'avez dit à Bruno Le Maire, parce qu'il voulait vous voir après cet accord en disant qu'il faut qu'on s'explique, en tout cas il faut qu'il m'explique, il rentre des comptes.
L'explication a-t-elle eu lieu ? Oui, elle a eu lieu le 15 mai, dont la semaine dernière, elle s'est d'ailleurs bien passée. Et c'est tout à fait légitime. Il est ministre de l'Économie, il a besoin d'avoir des informations économiques. Peut-être ont-elles été insuffisantes ? Et moi je le crois tout à fait quand il dit qu'il n'avait pas assez d'éléments pour apprécier les enjeux économiques de ce dossier. Je lui ai amené toutes les informations, une information qu'il n'avait pas, par exemple qui me paraît intéressante, en termes de gains pour l'entreprise. Quand les gens travaillent davantage la nuit, notamment sur les TGV, mais moi je vais gagner des TGV, puisque voilà.
Et vous savez qu'un TGV c'est 35 millions d'euros par âme. Si j'en économise une dizaine sur un parc de 400, c'est possible. Je gagne 350 millions d'euros d'économies en charte de capital. Donc il faut l'apprécier globalement. Donc quand les cheminots de la SNCF acceptent de travailler la nuit et qu'on les accompagne, ils font gagner 350 millions d'euros à la SNCF.
Il en piège Jean-Pierre Farandou, deux semaines plus tard, on apprenait que vous ne seriez pas reconduit à la tête de la SNCF. Est-ce que ça a été un choc et est-ce que vous vous y attendiez ?
Ben oui, parce que c'est deux affaires différentes qui se sont combinées dans le temps. Bon, ça peut arriver. Mais honnêtement, je suis très honnête. Bref, l'affaire ne m'attendait pas. – Dépendez-moi, ça a été un choc ou vous vous y attendiez ? – Je m'attendais à ce qu'on me dise que je n'allais pas être renouvelé puisque je le savais. – D'accord. – Mon âge, et j'ai mon âge, mon âge et tout le monde le savait depuis le départ, ne me permettait pas de faire un second mandat. Donc à la limite même, j'aurais pu m'arrêter au premier. Et j'aurais été très heureux, figurez-vous, j'ai commencé ma carrière chef de garde de Rho-Dès. – Oui.
– Donc finir PDG du groupe SNCF de 42 milliards d'euros, c'est un beau parcours. Je ne vais pas être ni frustré ni malheureux par ce parcours, franchement. Donc je suis tout à fait tranquille avec ça. Le gouvernement a souhaité me prolonger pour les Jeux Olympiques. Tant mieux, c'est passionnant. Je le vis comme une chance extraordinaire de servir mon pays, servir les Français, être au soutien du prestige de la France, ça me passionne. Et il n'y a pas que moi d'ailleurs, tous les cheminots sont avec moi. Je peux vous dire que j'ai visité déjà une dizaine de sites concernés par la production des Jeux. J'ai des milliers de cheminots qui ont envie que ça se passe bien.
Voilà, donc écoutez, ça va m'animer dans les mois qui viennent. Après moi, je continuerai aussi à travailler sur le long terme parce que c'est plus fort que moi. Moi, je veux que le ferroviaire se développe. Je veux que la transition écologique se fasse. Je veux développer la production d'énergie électrique par la SNCF. Je ne m'arrêterai pas. Mais à un moment donné, il faudra s'arrêter. Je m'arrêterai tout à fait tranquillement.
Mais Jean-Pierre Ferrandou, est-ce que vous comprenez que cet accord est un peu choqué les Français qui se sont majoritairement opposés à cette réforme de retraite et qui, eux, vont devoir travailler de toute façon deux ans supplémentaires et on ne prendra pas en compte leur propre pénibilité ?
Non, mais ça ne peut pas reprocher à la SNCF d'avoir un dialogue social intelligent et pertinent. Après, ce qui se passe ailleurs, moi, ce n'est pas mon problème. Je m'occupe de mon entreprise, ça me suffit. Je viens de passer 4 heures vers les SNCF cet après-midi. Vous voyez, donc je m'emploie à ça. Et je pense que c'est plutôt peut-être une inspiration pour certains. Arriver à trouver des patrons qui savent trouver l'équilibre entre l'économique et le social, ce n'est peut-être pas idiot dans les boîtes publiques où il y a beaucoup de main-d'oeuvre. Je dis ça au passage. Bon, voilà. Donc, on ne peut pas me reprocher ça.
Non, ce que je pense, c'est qu'il y a eu un allumage, comme ça peut arriver. C'est parti peut-être de tel ou tel syndicat qui en a fait un peu des tonnes sur ce registre de contournement de la loi des retraites. Mais bon, ils avaient peut-être besoin de dire ça pour expliquer pourquoi ils signaient. Ensuite, certains médias l'ont repris assez fort. Le politique s'en est emparé, notamment au Sénat, où on a vu la droite sénatoriale pour leur privatiser la SNCF. Bon courage. Voilà. Et après, le débat, il m'a échappé complètement. Il était sur ses plateaux, il était partout, chacun avait un avis. C'est compliqué.
En tout cas, il y en a une qui vous regrettera, c'est Sophie Binet, la secrétaire générale de la CGT. On l'écoute.
Ça fait trois mois que la CGT demande à ce qu'il y ait une table ronde organisée à Matignon sur la question de la préparation des Jeux olympiques. Parce que la réussite des Jeux olympiques, elle repose sur le travail de centaines de milliers de salariés. Et ça fait trois mois que nous n'avons pas de réponse de Matignon sur cette table ronde. Et la dernière réponse que j'ai eue, c'est potentiellement une date le 10 juin avec une réunion qui ne serait pas organisée à Matignon, mais peut-être au ministère des Sports. Donc, en fait, c'est la même chose sur tous les sujets.
C'est qu'on a un gouvernement qui ne sait pas négocier, qui ne sait pas déminer les potentiels conflits sociaux et qui passe son temps à mettre de l'huile sur le feu. L'exemple parfait, c'est ce qui s'est passé à la SNCF, où on croit rêver d'entendre un gouvernement qui dénonce un PDG qui a réussi à gagner un accord signé par l'ensemble des organisations syndicales de l'entreprise. C'est incroyable.
Bon, je n'ai pas connu beaucoup de PDG de la SNCF qui avaient comme ça été soutenus par la CGT. Vous restez persuadé que c'est un bon accord et que si c'était à refaire, vous le signeriez à nouveau ?
Bien sûr, c'est un très bon accord. Le seul regret, c'est qu'on n'a pas maîtrisé la communication. Ça, on l'a vu. Il y a peut-être un regret de... On n'a pas anticipé cette prise en masse politico-médiatique qui s'est passée. C'est un très bon accord et je suis sûr que l'avenir me donnera raison. Mes arguments sont forts, ils sont entendus. Dès que j'ai l'occasion de m'en expliquer, je crois que les gens sont plutôt convaincus. C'est un accord équilibré. Il y a les avantages pour le personnel, mais il y a aussi les avantages pour l'entreprise. Le coût est très raisonnable et je le redis, les clients ne paieront pas, les contribuents ne paieront pas, les caisses de retrait ne paieront pas.
Il a été fait en transparence, en tout cas avec l'État. Donc franchement, je ne vois pas où est le problème. Et d'ailleurs, il n'y a pas de sanction parce qu'il n'y a pas de faute. Personne, le gouvernement ne m'a jamais dit que j'avais fait une faute. Donc il n'y a pas de sanction. C'est deux sujets indépendants. Mon départ, c'est lié à mon âge et à mon État civil.
Monsieur Farandou, puisque vous avez une parole très libre et que vous venez de parler de transparence, il y a peut-être un mythe qui traverse en ce moment l'opinion française. C'est de dire qu'au fond, il a été demandé à tous les patrons d'entreprises publiques d'acheter la paix sociale avant les Jeux Olympiques. Est-ce que vous pouvez nous dire ce soir, est-ce que vous avez reçu des consignes ? Est-ce qu'on vous a dit, monsieur Farandou, il faut absolument tout faire ? Vous avez carte blanche pour éviter la pagaille sur les rails pendant ces Jeux Olympiques.
Non, franchement, ce n'est pas comme ça que ça se pose. Quand on est patron d'une grande entreprise publique, on est au service de son pays. La SNC fait la partie à l'État. Et ça veut dire quoi être au service de Pompéi ? C'est réussir les JO. C'est quand même un enjeu phénoménal. Le monde entier va nous regarder. Qu'est-ce qu'on veut ? On veut planter les JO ? C'est ça qu'on veut faire ? Bien sûr que non.
Et je peux vous dire que... Certains en politique appellent à faire grève précisément pendant les JO en disant que c'est le seul moment où on s'est entendu.
C'est leur droit, mais bon, je ne sais pas, ce n'est pas le mien. Et je peux vous dire qu'une très grande majorité des cheminots est avec moi. Et on veut que ça marche pour la France, pour notre pays, pour les athlètes français. Il y a les athlètes cheminots. On va avoir une vingtaine, une trentaine d'athlètes cheminots qui vont participer à ces Jeux. C'est une fête. C'est compliqué à monter, mais c'est notre boulot. On est là pour produire des trains, s'occuper de gares, s'occuper de voies ferrées. Et on va mettre toute l'énergie pour y arriver. Donc il n'y a pas besoin de donner des consignes.
C'est évident que pour moi, l'objectif numéro un de l'année 2024 en tant que patron de la SNCF, c'est de réussir les Jeux Olympiques en France et à Paris.
Il y en a un qui n'est pas content, c'est Éric Ciotti, le président des Républicains. Il est ulcéré par les grèves à répétition, dit-il, et le fait que les usagers se prennent en otage. Pour lui, c'est simple, il faut privatiser la SNCF. On l'écoute.
– Je viens de déposer, je le ferai, une proposition de loi visant à privatiser la SNCF. – Privatiser la SNCF ? – Aujourd'hui, ça suffit. Il faut que cette entreprise, elle soit soumise à la concurrence. Il faut qu'il y ait de la liberté. Il faut qu'on arrête de la prendre en otage et surtout qu'elle prenne en otage le pays. Donc je souhaite, comme ça a été fait pour des grandes infrastructures, vous savez, regardez ce qui a été fait à France Télécom, devenu orange, la Poste… – Vous ne vouliez pas dire France Télé, vous voulez peut-être privatiser France Télé,
mais alors ça, ce serait encore un autre… – Pourquoi pas ? – Ah, pourquoi pas ? – Pourquoi pas ? – Que répondez-vous à cette attaque en règle ?
– Ben moi, il y a deux réponses. La première, quand même, puisque vous me posez la question, moi aussi, je ne suis pas très fier de la grève d'hier. On aurait pu s'en passer de cette grève, puisqu'on a négocié aujourd'hui. Donc la notion de mettre la pression sur la direction en empêchant les Franciliens de voyager, ça peut se discuter. Donc là-dessus, j'admets tout à fait la discussion. Par contre, privatiser la SNCF, moi, j'ai qu'un mot à M. Ciotti, bon courage.
– Bon courage pour privatiser ? – Ah oui, bon courage. – Caïtan.
– Le fait est qu'aujourd'hui, il y a beaucoup de critiques autour de la SNCF. De toute façon, les Français sont toujours critiques envers la SNCF, que ce soit le prix des billets, que ce soit les retards. Et pourtant, ils sont de plus en plus nombreux à emprunter le train, à utiliser ce mode de transport. Alors, est-ce qu'il n'y a pas quelque chose à faire pour essayer de renouer le lien entre la SNCF et les voyageurs ?
– Vous avez raison. D'abord, il faut se féliciter que les Français choisissent le train massivement. 122 millions de voyages TGV l'année dernière, plus 4%, c'est les records absolus. On est bien au-dessus de ce qu'on faisait avant le Covid. Et 8% de progression dans les trains régionaux. 1,2 million de personnes transportées par jour dans les systèmes régionaux, conduits par les régions. Donc ça marche, le train. Et tant mieux. Et tant mieux. – Alors après, les questions sur le prix, parce que je vois bien où vous voulez en venir. Le prix, c'est une question réelle. Alors le prix, c'est vrai que les trains soient pleins. Sur les TGV en particulier, ça fait monter les prix.
C'est le dit de management. Bon, sur les régions, ce n'est pas le cas. Les prix des trains régionaux sont fixés par les régions.
– Vous voulez quand même de nous dire que ça coûte plus cher quand le train est plein.
– Eh bien oui.
– Mais ça peut paraître paradoxal, parce qu'on se dit que quand le train est plein, vous gagnez de l'argent.
– Oui, mais ce n'est pas un problème qu'on gagne de l'argent quand même. – Mais je ne me suis pas contre. – Les bons résultats, ils viennent de quelque part quand même.
– Mais c'est de la justification par le train plein, ça paraît toujours bizarre.
– Non mais vous savez qu'on ne réperture pas tous nos coûts quand même. Ça fait deux années ou trois années consécutives qu'on ne réperture pas nos coûts. Donc on mange, on mange nos marges. Donc voilà, je rappelle quelques chiffres. Le produit moyen n'a pas bougé. 45 euros depuis des années et des années. C'est le prix du taxi pour aller à Roissy. Et ce n'est pas moi qui le dit, c'est l'autorité de régulation des transports qui le dit. Voilà, il y a la carte avantage. Moi, c'est le conseil que je fais quand vous voulez voyager seul ou à plusieurs. Achetez une carte avantage parce qu'il y a un gros effet de limitation des effets du management. Il y a les Wigo.
Personne n'en parle, mais les relations Wigo, elles se développent de plus en plus partout. Le Wigo, d'ailleurs, train classique, qui est un vrai succès, parce que là, vous avez beaucoup de petits prix. Je suis en train de vous dire, M. Calvi, que dans notre gamme, il y a beaucoup de petits prix et il y a des moyens d'avoir accès à des prix très modérés.
En un mot, qu'allez-vous faire une fois que vous allez quitter la SNCF ? Quel est votre avenir ?
On verra bien. Je ne suis pas encore là. Vous avez déjà des perspectives ? Je suis à fond dans mes missions. Non, je n'en ai pas vraiment. Je suis très ouvert à tout ça.
La politique ? Comment ? La politique, un jour ?
Ah non, la politique, non, je ne crois pas. Je ne crois pas. Non, non, je ne crois pas. Par contre, j'adore la chose publique. Ça, c'est sûr. D'ailleurs, c'est le sens de mon engagement. 44 ans passés dans le groupe SNCF, il vaut mieux mettre la chose publique. Mais je l'adore. J'adore travailler pour les territoires. J'adore travailler pour les gens. Je pense que c'est très important. Il y a des choses à faire. Il y a des coups à prendre. On le voit bien. C'est ça aussi l'honneur et la responsabilité de patron du grand boîte publique. J'adore mon métier. J'adore le ferroviaire. Je pense que tout est réuni pour que je passe encore quelques mois heureux dans cette entreprise.
On verra bien de quoi l'avenir sera fait.
Merci beaucoup de nous avoir transportés pendant des années, si je puis dire, Jean-Pierre Farandou. Bonne retraite, si c'est une retraite. Et merci d'avoir pris la parole ce soir sur BFM TV.
Jean-Pierre Farandou