Face-à-Face : Clémentine Autain
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BFM TV face à face. Apolline de Malherbe.
Il est 8h32 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Clémentine Autain. Bonjour Apolline de Malherbe. Merci de venir répondre à mes questions ce matin. Vous êtes la députée de la France Insoumise de Seine-Saint-Denis. En préparant cette interview depuis hier soir, je me dis, est-ce que c'est pas un peu l'hôpital qui se fout de la charité quand même ? À quel sujet ? Quand même, Roussel, Mélenchon. Ah d'accord, je ne comprenais pas de quoi vous vouliez parler. On a quand même Fabien Roussel qui appelle à une forme d'insurrection et Jean-Luc Mélenchon qui joue les vierges effarouchées et qui dit, oulala, c'est un appel à la violence.
Bon, écoutez, les règlements de compte par Twitter, médias interposés à l'intérieur des forces de gauche et écologistes, honnêtement, ce n'est pas ma tasse de thé. Je pense que ça serait mieux d'avoir des espaces qui permettent d'avoir ces débats-là et d'essayer publiquement d'avoir une image plus rassemblée et de ne pas se tirer les uns sur les autres. Et d'ailleurs, Fabien Roussel, vous l'avez remarqué depuis un certain temps, a pris beaucoup de distance avec la NUPES et n'est pas le dernier à envoyer des pics sans arrêt. Donc je trouve que tout ça ne va pas.
Donc vous dites, on ne veut pas qu'il se déchire, mais en même temps, vous glissez quand même qu'il y en a un qui a commencé et que ce n'est pas forcément ce qu'on croit.
Franchement, il faut arrêter. Voilà, c'est tout, il faut arrêter. Y compris, je trouve qu'il y a une dimension qui ne va pas. Je vous dis, il vaut mieux qu'on en parle dans des cadres dédiés internes et puis qu'on essaye de donner à voir une gauche et des écologistes rassemblés dans ce moment de crise multiple que nous traversons avec la hausse des prix. Et moi, je partage la colère de Fabien Roussel. Je veux dire, c'est insupportable cette hausse des prix. Hausse des prix qui va encore s'annoncer pour ce qui concerne l'électricité. 11% d'augmentation sur l'alimentation. Les gens sont pris à la gorge.
Et donc la question, c'est de savoir comment on fait canner ce gouvernement pour qu'il bloque les prix, pour qu'il augmente les salaires et pour que les gens puissent enfin respirer.
Précisément, quelle est la méthode ? La réponse de Fabien Roussel, c'est ça.
Pour moi, c'est une question de légitime défense. C'est comme de la légitime défense. On ne peut pas, on se fait attaquer, raqueter, voler et on ne devrait rien dire. Oui, nous appelons à être mobilisés, à envahir les stations essence, les grandes surfaces, les préfectures parce que l'État est responsable.
Sur le fond, est-ce qu'il faut envahir ? Non, mais on cherche la méthode. Le problème qu'on a avec ce gouvernement, c'est qu'il n'entend rien. Vous avez des millions de gens qui ont manifesté contre la réforme des retraites. Le gouvernement a répondu 49,3%. Vous avez des millions de gens qui n'en peuvent plus parce que c'est intenable aujourd'hui avec la compression des salaires et la hausse des prix. Qu'est-ce qu'on fait ? Que fait le gouvernement ? Il fait confiance au marché et il n'agit pas, il ne bloque pas encore une fois les prix des produits. Donc il n'écoute pas les syndicats, il n'écoute pas les gens dans la rue et même le Parlement, quand on vote des choses, il s'assoit dessus.
Prenez l'exemple de l'électricité. Vous savez qu'on a déposé un amendement, NUPES, il y a quelques mois, pour proposer que les TPE, PME, vous savez qu'ils sont exclus du tarif réglementé, ce qui est extrêmement grave parce qu'une des raisons pour lesquelles les boulangers ferment, les commerces de proximité ferment et les petites TPE, PME ferment, c'est parce qu'elles n'arrivent pas à prendre le choc de cette hausse du prix de l'électricité. Donc les TPE, PME, les bailleurs sociaux et les collectivités de moins de 50 000 habitants. Donc vous avez déposé cet amendement pour dire qu'il faut que ces trois catégories puissent bénéficier du tarif réglementé.
Ça a été adopté à l'Assemblée nationale. On a gagné. Qu'a fait le gouvernement ? Rien. Donc on a un problème démocratique et je trouve que le débat au fond que pose Fabien Roussel, il est celui de que faire dans un cadre où tous les rouages de la démocratie sont malmenés, sont totalement piétinés par le gouvernement. Et donc moi je le renvoie du côté de la Macronie. La question je la pose au macroniste. Comment faire pour se faire entendre ? Comment faire ? Puisqu'il n'entend pas la rue, il n'entend pas les syndicats et il n'entend pas les parlementaires. Alors ça se passe sous la démocratie.
Et donc je trouve que ceux qui d'une certaine manière appellent à des méthodes qui sont des méthodes qui sortent du cadre démocratique, ce sont ceux qui gouvernent aujourd'hui et qui devraient être obsédés par un changement quelque part dans les pratiques démocratiques et qui au contraire s'engouffrent dans des méthodes qui sont toujours plus autoritaires et méprisantes. On va revenir de manière juste un mot là-dessus. C'est-à-dire que le problème aussi, c'est qu'Emmanuel Macron et les macronistes sont extrêmement méprisants.
Donc pour vous ça justifie cette tentation d'une forme d'insurrection que laisse entendre Fabien Roussel ?
Les Français se disent comment on fait pour se faire entendre ? Quand vous voyez qu'à Carré, des gens ont envahi l'ARS, l'Agence régionale de société...
Je vais préciser les choses pour ceux qui n'auraient pas entendu ce matin mon invité sur RMC auquel vous faites référence, Clémentine Autain. Il se passe qu'à Carré, effectivement au centre-Bretagne, depuis cet été, les urgences ferment à 18h30. Malgré tous les appels de la population, malgré le maire de Carré qui plusieurs fois a été voir l'ARS et leur a demandé mais quand est-ce que ça va rouvrir ? Il avait dit que ça n'est que temporaire. Au 1er septembre, les urgences rouvriront 24h sur 24. Sauf qu'on est déjà à mi-septembre et les urgences ne rouvrent pas. Des citoyens se sont donc mobilisés. Ils ont été reçus hier par l'ARS à Quimper.
Et à l'issue de cette réunion, ils ont décidé d'envahir en effet les locaux, d'occuper les locaux. Pour autant, ils n'ont d'ailleurs pas obtenu la réouverture des urgences de Carré.
Ça veut dire que les gens ne savent plus par quel bout prendre le problème pour se faire entendre. La question des urgences, nous on a le même problème à l'hôpital Robert-Ballanger dans ma circonscription où effectivement, ça a commencé chez nous, des fermetures d'urgence pendant l'été, la nuit ou les week-ends. Mais vous vous rendez compte ? Ça veut dire que les gens vont arriver plus tard. Des gens meurent sur les brancards. C'est ça la conclusion pratique de la fameuse réduction de la dépense publique, de tout ce discours sur « il y a trop de fonctionnaires », etc. Au bout du bout, ça donne quoi ?
Ça donne des situations qui sont des situations injustes, inégalitaires, parce qu'il y a des territoires qui sont beaucoup plus impactés, en fait, qui sont touchés de façon beaucoup plus forte. Et Carré en fait partie, évidemment, de ces services publics qui sont dégradés.
Le responsable de ce mouvement citoyen que j'avais tout à l'heure disait « on paye nos impôts comme ceux qui habitent dans les centres-villes dans lesquels ils ont accès à des urgences 24 heures sur 24 ». Est-ce qu'elle est là, la clé de cette colère qui couve et dont parle Fabien Roussel ?
Bien sûr. Moi, je vais vous dire, un rapport est sorti hier passionnant d'un collectif qui s'appelle « collectif Nos services publics ». Nos services publics, oui. Et qu'est-ce qu'on voit dans ce rapport, notamment ? Je vais vous donner un chiffre. 50 milliards d'euros de baisse d'impôt sous Macron. 50 milliards d'euros. Alors, cette baisse d'impôt, elle touche qui ? Elle touche d'abord des grands groupes économiques, vous savez, qui, par le biais de niches fiscales, de réductions d'impôts diverses et variées, finalement, contribuent moins à la collectivité. Ce sont aussi les hyper-riches, on le sait, la suppression de l'impôt sur la fortune, l'ISF, la flat tax.
Donc, tout ça, ça fait 50 milliards d'euros. C'est 50 milliards d'euros en moins, c'est 50 milliards d'euros en moins pour faire vivre les services publics. Il y a aussi, il y a aussi, il y a aussi quand même, dans ce rapport, pour nos hôpitaux, pour nos écoles, pour nos transports, c'est ça le sujet.
Et il faut être justement tout à fait honnête, Clémentine Autain, vous en avez rapporté ce qui vous intéresse, c'est vous, mais c'est vrai que dans ce rapport sur l'état du service public, dont le constat est accablant, en effet, sur la difficulté à accéder à des services publics qui fonctionnent et qui soient accessibles pour tous. Donc, le constat est accablant, cela dit, sur le fonds et sur les sous, puisque vous y venez, les dépenses publiques ont augmenté. Mais au profit, et c'est ce que dit ce rapport, de services fortement subventionnés, voire totalement solvabilisés par la puissance publique et qui sont notamment des services délégués au privé.
On pense notamment aux crèches, on pense notamment aux EHPAD.
Les EHPAD, le scandale a éclaté, je pense que maintenant tout le monde est au courant de ce qui s'est passé dans les EHPAD. C'est-à-dire que partout, le service public recule ou partout où le service public ne va pas avec les nouveaux besoins. Parce que ce que le rapport souligne, et je le partage totalement, c'est qu'il y a des nouveaux besoins pour le quatrième âge, pour la petite enfance. Il y a des besoins de moyens, de services publics pour lutter contre les violences faites aux femmes. Il y a besoin de nouveaux moyens, par exemple, dans la transition écologique. Elle ne peut pas se faire sans des services publics.
Services publics pour la rénovation des bâtiments, services publics pour tout ce qui relève de la réparation, par exemple, ou du recyclage. Bref, je ne fais pas la liste, mais en fait, on a des nouveaux besoins. Et ce que le rapport pointe, c'est le décalage entre des besoins qui augmentent et une détérioration des services publics. C'est ça, le cœur de ce rapport. C'est ça qu'il nous dit. Et ça vient valider... Vous ferez quoi, vous ? Justement, ça vient valider une de mes convictions. Je vais vous dire, je pense que la question des services publics devrait être au cœur du projet de la gauche.
Et ce que nous devons dire, nous, fortement, c'est que nous avons besoin de plus de services publics, que nous avons besoin d'une meilleure reconnaissance des agents. Là, vous le savez, il y a un discours infernal en permanence. Ce sont des fainéants, ce sont des privilégiés. Mais qui dit ça ? D'ailleurs... Oh, vous n'entendez pas ? Vous n'entendez pas ce qu'on a depuis tant d'années ? Qui dit ça ? Vous n'entendez pas à chaque présidentielle jusqu'à la dernière le concours à droite pour savoir combien de fonctionnaires on va supprimer ?
Enfin, si personne n'utilise ce mot de fainéant,
enfin, je crois honnêtement, là, pour le coup, vous créez un clivage. Alors, nous sommes en train de gagner des débuts de bataille. Je le prends comme un point pour nous. Mais pendant des décennies, nous avons entendu ce discours-là. Voilà. Le discours sur les privilégiés, je suis désolée, il existe. Et sur la réduction de la dépense publique et la réduction du nombre de fonctionnaires, qui est un objectif qu'aucun gouvernement ne tient. Parce qu'en réalité, c'est intenable. Mais les promesses, même Emmanuel Macron, Emmanuel Macron a promis de diminuer le nombre de fonctionnaires. Or, si vous diminuez le nombre de fonctionnaires, par définition, vous diminuez les services publics.
Or, les services publics, c'est quoi ? C'est ce qui est garant de la cohésion sociale. C'est ce qui va nous permettre de lutter contre les inégalités entre les territoires. Aujourd'hui, ça ne se détériore pas à la même vitesse partout. D'accord ? C'est-à-dire que vous avez des territoires périurbains dans les campagnes où, carrément, il n'y a plus de train. Il n'y a plus de maternité. Voilà. Et ailleurs, moi, je vois chez moi, en Seine-Saint-Denis, le problème, c'est qu'on a moins de services publics. Donc ça doit être, pour vous, la priorité. On attend le RER, on fait la queue aux urgences. Et ces problèmes, ils sont de même nature.
Donc moi, je dis que la gauche, ce qu'elle a à faire, c'est de dire clairement qu'il faut mettre un coup d'arrêt à tous ces discours qui sont dépréciatifs, très dépréciatifs sur le service public. Alors, heureusement, il y a eu le Covid. Mais il n'y a pas eu les moyens derrière. Ce qui se passe dans les hôpitaux, vous voyez bien que ça ne marche pas.
C'est des histoires quasiment à un médecin près, parfois. Un carré, c'est ça.
Il manque un médecin et donc on n'ouvre plus la nuit. Mais on va se dire les choses, Apolline de Malherbe. Pourquoi on ne recrute plus ? Dans le privé, entre 2009 et 2019, écoutez-moi bien, dans le privé, les salaires ont augmenté de 13,1%. Entre 2009 et 2019. D'accord ? Alors que dans le public, tous les agents, les agents, vous savez combien de personnes ?
Vous vous arrêtez en 2019, Clémentinotin, la vérité, c'est que cette année, ils ont augmenté de 13%.
Non, attendez.
Mais si, les salaires dans le privé, ça, tous les chiffres le donnent.
Non, je vous parle des salaires du privé entre 2009 et 2019. Oui, mais pourquoi vous arrêtez en 2019 ? Je vous donne le chiffre qu'il y a dans le rapport, sur le long cours, pour le comprendre.
C'est-à-dire que... Enfin, si vous continuez encore un tout petit peu, si vous poussez juste la limite, vous voyez qu'effectivement, récemment en tout cas, il y a eu peut-être une bonne nouvelle, vous pouvez vous en réjouir, c'est que les salaires ont légèrement augmenté.
En tout cas, vous ne m'écoutez pas, ce que je suis en train de vous dire, c'est la comparaison entre le privé et le public. J'ai bien compris, j'ai bien compris. Donc, il y a une augmentation dans le privé, il y a une stagnation à cause du gel du point d'indice dans le public, d'accord ? Et le nombre d'agents qui font vivre le service public, c'est entre 5 et 7 millions, à peu près, de personnes aujourd'hui en France, si on prend... Ça dépend de la manière dont on compte. Donc, c'est énorme. Ces agents, ils sont épuisés. Donc, quand vous avez, à la rentrée, que vous vous rendez compte qu'on n'a pas assez, on est incapable, évidemment, de tenir la promesse de Gabriel Attal.
D'un professeur devant chaque classe. Pourquoi ? C'est parce qu'on ne recrute pas. C'est parce que dans les concours pour le second degré, on a 3 000 postes vacants. Pourquoi les gens ne viennent pas, alors que c'est censé être des métiers de privilégiés ? Ils ne viennent pas parce que les conditions de travail sont extrêmement difficiles. Il n'y a pas les moyens pour faire sa mission correctement. Et que par ailleurs, vous avez un salaire qui est un salaire qui n'est pas à la hauteur de l'utilité sociale, de l'utilité sociale de ces métiers-là.
Donc, moi, je dis qu'aujourd'hui, la gauche doit prendre cette question des services publics à bras-le-corps parce que c'est le cœur pour la cohésion sociale et pour l'égalité sociale et territoriale. Et je précise pour tous ceux qui nous écoutent
ou qui nous regardent que ces chiffres, ils sont issus en effet de ce rapport, donc je cite, rapport sur l'état de nos services publics qui a été publié par le collectif Nos Services Publics et qui a été fait de manière transpartisane par des agents publics de terrain, des chercheurs en chien social et des hauts fonctionnaires.
Et vous savez qu'ils mettent aussi en cause, je veux quand même le dire aussi, le management. Parce qu'il y a une espèce de folie dans le service public qui est, vous savez, la T2A dans les hôpitaux, vous connaissez, c'est la folie de tout chiffrer, de tout reporter, qui existe aussi dans le privé et qui crée du mal-être au travail. Donc, je pense qu'une des difficultés que connaît le service public, mais que connaissent aussi les salariés du privé, c'est qu'on est dans une folie de la comptabilité au mépris de l'intérêt de la population. Et vous parliez que le menti notin... Et le privé, on a parlé des EHPAD, mais vous avez lu peut-être ou entendu parler de ce livre, le prix du berceau.
Évidemment, j'ai reçu la semaine dernière au Berger que j'interrogeais sur cette question qui est la ministre des familles.
Et alors, qu'est-ce qu'elle fait ? La ministre des familles, elle dit quoi ? Il n'y a pas d'argent ? Quand est-ce qu'on fait le service public de la petite enfance ?
Vous feriez quoi ? Est-ce que vous vous dites, puisque, revenons sur cette question, effectivement, aujourd'hui, 90% des nouveaux berceaux, des nouveaux lits dans les crèches sont faits par le privé, avec des subventions du public ? Est-ce que vous, vous vous rendriez une forme, vous retrouveriez une forme de service public ? Est-ce que vous étatiseriez toutes ces entreprises ?
Il y a 25 ans, j'étais adjointe au maire de Paris, chargée de la jeunesse, et j'étais déjà dans un combat qui était la création d'un grand service public d'accueil de la petite enfance. J'étais déjà, à ce moment-là, en train de plaider pour ce grand service. Qu'il ne s'agisse que de crèches publiques, qu'il n'y ait plus de crèches privées ? Mais oui, parce que regardez le résultat dans les crèches privées. En fait, ce qu'il faut comprendre, quand il s'agit de biens communs, fondamentaux, comme un service public pour le quatrième âge ou un service public pour la petite enfance, si vous le donnez au privé, il y a une logique de rentabilité.
Cette logique de rentabilité, elle aboutit à la catastrophe des berceaux où vous avez des gens qui ne donnent pas à manger suffisamment au bébé, qui ne les changent pas suffisamment de couches pour faire des économies. Parce que l'objectif, c'est de faire du profit. Le service public n'a pas cet objectif. Le service public, il a pour objectif de rendre un service à des usagers. Ce ne sont pas des clients, c'est des usagers. Et c'est pourquoi il répond mieux. Or, il y a cette idée, ça vous n'allez pas me dire qu'elle est battue en brèche, que le privé fait mieux que le public. On entend souvent ça. Ah, mais ça va être mieux, on va privatiser la poste, ça va être mieux.
Ben non, ce n'est pas mieux. Tout le monde peut le constater. On va privatiser, ouvrir à la concurrence, le rail. Ben non, ce n'est pas mieux, c'est pire. D'ailleurs, les Anglais, ça a été une telle catastrophe qu'ils ont été obligés de revenir au service public parce que la logique de privatisation et de concurrence et de marché, en fait, elle aboutit à des catastrophes. Donc moi, je tire la sonnette d'alarme.
Ce à quoi certains vous répondront dans la majorité, que ça veut dire plus de dépenses, donc plus de dettes, et plus de dettes, c'est moins d'investissements. Et que donc, c'est un cercle vicieux.
C'est parce qu'ils ne veulent pas taxer les hyper-riches. C'est parce qu'ils renoncent à faire en sorte qu'il y ait une contribution plus importante pour ceux qui sont très riches dans ce pays.
On ne va pas rouvrir la question des impôts. Elle sera très largement débattue dans les semaines qui viennent puisque le budget arrive à l'Assemblée. Et la question du taux d'imposition en France. Clémentine Autain, on reçoit à l'instant les chiffres de l'inflation de l'INSEE. 4,9% d'inflation au mois d'août. C'est légèrement plus que ce qui était prévu. C'est un peu moins qu'il y a un an, mais ça reste quand même très élevé. Je reviens quand même sur ces propos de Fabien Roussel.
Je suis frappée, Clémentine Autain, que vous ne tombez pas effectivement dans cette espèce d'opposition puisque les mots de Jean-Luc Mélenchon ont été immédiatement pour pointer du doigt le fait que Fabien Roussel aurait une attitude irresponsable. Il dit de Fabien Roussel, Jean-Luc Mélenchon, dont cette initiative violente est purement personnelle. Elle n'est discutée nulle part, pas même au PCF. Je crois donc qu'il ne serait pas raisonnable de s'y associer compte tenu de la violence qu'elle supposerait dans cette impréparation totale. Donc Jean-Luc Mélenchon qui a décidé de critiquer Fabien Roussel, ce n'est clairement pas votre cas. Vous êtes dans une sorte de main tendue.
Je vous jure, en fait je suis fatiguée. Pardonnez-moi, je vous le dis là même.
Vous lui avez dit à Jean-Luc Mélenchon
que vous étiez fatiguée ? Non mais je suis fatiguée de partout. C'est en fait stop, voilà, stop, ras le bol. Mais vous lui avez dit ? Non mais vous voyez, ce dont on est en train de parler, on est en train de parler de la hausse des prix. Des gens qui, les parents, moi j'ai fait les courses comme tout le monde pour la rentrée scolaire. Je me dis mais comment font les gens ? Comment font les gens ? Voilà. Donc moi j'ai envie qu'on parle de ça. J'ai envie qu'on soit au travail. J'ai envie que la nupesse, elle se remette sur pied. Et pas s'envoyer des piques dans tous les autres. J'en ai ras-le-bol.
Oui, vous en avez ras-le-bol. Mais est-ce que vous lui dites ? C'est-à-dire que quand il continue à faire ce genre ? La seule réaction qu'il a eue à Fabien Roussel hier, c'est de dire cette initiative violente et purement personnelle. C'est-à-dire que c'est de critiquer Fabien Roussel.
Oui d'accord, mais Fabien Roussel passe son temps aussi à critiquer Jean-Luc Mélenchon, donc on s'en sort plus. Voilà. Est-ce qu'on peut arrêter ça ? Juste, est-ce qu'on peut arrêter ça ? Et quand vous l'or dites ? Et qu'un tel... J'en ai ras-le-bol. Voilà. Donc j'ai pas envie de cotiser à ça. Excusez-moi, je vous le dis un peu... Non, non, mais attendez.
Je respecte parfaitement cette réaction. Je veux juste qu'elle soit cohérente. C'est-à-dire qu'à un moment, vous êtes en même temps dans la NUPES. Vous êtes derrière comme des petits soldats quand même de Jean-Luc Mélenchon.
Non, moi je ne suis pas un petit soldat et je crois que tout le monde s'en est bien rendu compte. Donc moi je ne suis pas un petit soldat. Je pense d'ailleurs que c'est bien de ne pas avoir que des petits soldats. Je pense que c'est bien d'avoir du débat. Je pense que c'est bien d'avoir des cadres démocratiques. Mais il y en a en vrai. Pas assez. Il n'y a pas assez de cadres pour ces débats-là. Aussi bien au sein de la France insoumise qu'à l'échelle de la NUPES. Donc moi j'appelle au sursaut. J'appelle au sursaut. Parce que si on continue comme ça, franchement on n'est pas à la hauteur de la situation.
Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'il faut qu'à un moment, peut-être Jean-Luc Mélenchon passe la main, vous laisse vous vous exprimer, que vous puissiez vivre en liberté ce débat ?
On me laisse m'exprimer parce que je ne demande pas d'autorisation comme vous le savez pour m'exprimer. Ça veut dire que si vous demandiez l'autorisation, on ne serait pas sûre que vous l'auriez ? Non mais ça va, tout le monde a le droit de s'exprimer. Ce dont je parle, c'est de cadres au sein de la NUPES. C'est-à-dire qu'il faut renforcer la NUPES. Il ne faut pas la laisser aller comme ça dans une forme d'éclatement où chacun joue sa carte. Vous voyez ce que je veux dire ? On vous sent déçus, on vous sent même inquiète de l'avenir de la NUPES qui est en train de se déliter. Bien sûr que je suis inquiète, du rassemblement. Qu'est-ce qu'on croit ?
Maintenant qu'il y a trois pôles, vous avez l'extrême droite qui menace, vous avez la Macronie qui certes est en train de s'effondérer parce que le bloc central s'effondre. Et pour cause, il gouverne et c'est une catastrophe. Et puis nous, on a une course de vitesse maintenant qui est engagée avec l'extrême droite. Est-ce qu'on est à la hauteur de ce moment-là ? C'est ça le sujet. Et pour être à la hauteur de ce moment-là, il faut un acteur qui effectivement parle aussi chacun dans sa diversité. C'est-à-dire qu'on ne va pas mettre tout le monde, caporaliser tout le monde. Ça, ça ne marchera jamais. Il faut du pluralisme.
Il faut accepter le pluralisme, que tout le monde ne dise pas la même chose au même moment. Mais il faut aussi qu'on ait de la cohérence d'ensemble. Et cette cohérence d'ensemble, pour la trouver, ça suppose qu'on ait des cadres politiques pour avoir ces échanges-là, pour agir ensemble, pour faire des propositions ensemble. Ce n'est pas compliqué quand même.
Ça fait longtemps que vous le demandez. Ça a l'air compliqué.
Ça ne devrait pas être aussi compliqué si chacun est à la hauteur des responsabilités qui sont les nôtres. Mais peut-être parfois, il faut se ressourcer au pays, à ce que vivent les gens. Et se dire que franchement, jouer à la cour de récréation, à qui... Bref, c'est peut-être aussi parce que je suis féministe que je...
Parce que tout ça, c'est des hommes quand même. Voilà. Clémentine Autain, députée de la France Insoumise de Seine-Saint-Denis. Merci d'être venue à mon micro ce matin. Il est 8h52 sur AMC BFM TV.
Clémentine Autain