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interviewBFMTV· 9 octobre 2021 10 min

Le discours d'Emmanuel Macron pour le 40e anniversaire de l'abolition de la peine de mort

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Emmanuel Macron

Monsieur le Premier ministre, Monsieur le Président de l'Assemblée nationale, Mesdames et Messieurs les ministres, Monsieur le Vice-président du Conseil d'Etat, Madame la Défenseur des droits, Mesdames et Messieurs les parlementaires, Monsieur le Préfet de Paris, Monsieur le Préfet de région Île-de-France, Mesdames et Messieurs les magistrats, Mesdames et Messieurs les élus, Mesdames et Messieurs, en vos grades et qualités, chers amis, cher Robert Badinter, chère Madame. Merci de vos mots, tout aussi nécessaires que ceux historiques, prononcés il y a 40 ans devant la représentation nationale.

Pour ceux qui avaient des doutes, vous n'avez rien perdu de l'ambition, de la capacité d'indignation, de la détermination et de la précision. Merci de cette passion en rien altérée par le temps et merci de cette ambition sans cesse renouvelée de votre volonté toujours intacte. Vous avez rappelé à l'instant et au cours de ces derniers jours les moments qui vous ont permis de concrétiser ce qui fut sans doute l'un des combats de votre vie. Le courage d'un candidat, puis d'un président, François Mitterrand, qui annonça, carte sur table, le 16 mars 1981, sa volonté d'en finir avec les exécutions capitales contre ce que semblait être alors l'état de l'opinion.

Les débats du Parlement et les soutiens décisifs venus de tous les bancs, Raymond Forny, Bernard Stasi, Guy Ducolonne, Philippe Séguin et tant d'autres. Mais plus que l'adoption d'un texte de loi, c'est, je le sais, l'inscription de l'abolition dans le temps long qui vous importait. Les vies arrachées au règne de l'arbitraire, faire advenir une justice qui, parce qu'elle s'est faillible et qu'elle se veut humaine, cesserait de couper les hommes en deux. Vous avez été exaucé. La révolution que vous avez portée s'est ancrée dans la vie de la nation française sans que n'augmente, comme le prédisaient alors vos opposants, la criminalité sanglante.

Elle est même devenue un principe constitutionnel depuis la réforme initiée par le président Jacques Chirac en 2007. Surtout, l'abolition n'a cessé de progresser partout dans le monde. Alors que la France était, vous l'avez rappelé, le 35e Etat à abolir la peine de mort en 1981, 106 Etats ont à ce jour emprunté cette voie, quand 50 autres respectent un moratoire de droit ou de fait sur les exécutions. Et l'Europe, l'Europe qui par la voie de Beccaria fut la première à dénoncer cette abomination. L'Europe, dont l'exemple vous avait tant inspiré en 1981, l'Europe est depuis 2002 et le si essentiel 13e protocole à la Convention européenne des droits de l'homme, un continent sans peine de mort.

Seule la Biélorussie, dont vous avez rappelé la singularité anachronique, se distingue. Alors nous réunir ici, 40 ans après, c'est d'abord nous réinscrire dans une histoire. Celle de Condorcet, qui fut un ardent militant de l'abolition avant que la Convention nationale ne l'adopte pour la première fois en 1795. Celle de Hugo, qui fit prendre conscience à tout un peuple de l'abomination que représente la peine capitale. Celle de Jaurès, qui disait la peine de mort contraire, je le cite, à la fois à l'esprit du christianisme et à celui de la Révolution. Car c'est bien l'histoire d'un combat de conscience dont il s'agit.

L'essentiel se joue dans l'impératif de la confiance, et c'est la leçon même de notre civilisation. Mais nous réunir ici aujourd'hui, c'est également choisir de mener ensemble un nouveau combat. Un combat de résistance. Car en France, comme en Europe, des voix que l'on croyait étouffées ressortent des tréfonds de l'histoire pour rappeler au rétablissement de la peine capitale. A ceux qui défendent cette justice qui tue, lisez. Lisez le témoignage de Monique Mobyli, qui magistrate commise d'office, a consigné dans des lignes glaçantes le déroulement de la dernière exécution réalisée en France, celle d'Amina Jandoubi.

Et dites-moi, dites-nous, si vous n'êtes pas saisis par le vertige de l'effroi face à la machine aveugle, métallique, de l'administration de la mort. Ce texte poignant, vous l'avez fait afficher dans le vestibule de l'école nationale de la magistrature de Bordeaux. Et il dit à lui seul ce que la justice du pays de la déclaration universelle des droits de l'homme ne peut plus jamais être. L'abolition est un progrès des droits de la personne qui s'est incorporé à la tradition nationale. Notre responsabilité est de le protéger et le transmettre. Combat de conquête, aussi. 483. C'est le nombre, certainement sous-évalué, d'exécutions qui ont été perpétrées dans le monde en 2020.

483 meurtres d'États administrés par 33 régimes politiques qui ont pour la plupart en commun un goût partagé pour le despotisme, le rejet de l'universalité des droits de l'homme, mais pas uniquement, et vous l'avez rappelé. A chaque fois qu'une femme, un homme, est condamné à mort par d'autres femmes, d'autres hommes, ce sont bien les valeurs universelles portées par les lumières qui se trouvent bafouées. C'est ce que profondément nous sommes, une civilisation qui ne tient que par la fin de la violence et le primat de la dignité de la personne humaine qui est alors remise en cause.

Car oui, il y a au fondement de notre justice ce principe de réparation, ce droit et cette considération pour les victimes dont vous avez rappelé l'importance, mais la reconnaissance aussi faite à chaque citoyen de cette dignité et de son droit à devenir meilleur. Je vous annonce donc, en ce 9 octobre 2021, que la France va relancer le combat pour l'abolition universelle.

Dans le cadre de la présidence française de l'Union européenne, nous organiserons à Paris, avec l'organisation non-gouvernementale Ensemble contre la peine de mort, une rencontre au plus haut niveau rassemblant les sociétés civiles des Etats, appliquant encore la peine de mort ou un moratoire, afin de convaincre leurs dirigeants de l'importance et de l'urgence de l'abolir.

La France, comme vous me l'avez suggéré, avec ses partenaires de l'Union européenne, présentera à la prochaine Assemblée générale des Nations unies un projet de résolution pour que chaque année, les Etats, n'ayant pas aboli la peine de mort, communiquent à l'Organisation des Nations unies le nombre de condamnations prononcées et le nombre d'exécutions pratiquées. Combat universel que nous mènerons en européen, encore et toujours. Mesdames et Messieurs, Partout où la peine de mort est prodiguée, la barbarie domine. Partout où la peine de mort est rare, la civilisation règne.

Ces mots sont ceux de Victor Hugo, dont l'esprit souffle ici, et disent l'importance du combat de civilisation auquel vous avez grandement contribué, cher Robert Badinter. et que la France et l'Europe entendent poursuivre avec détermination. Vive l'abolition universelle. Vive la République. Et vive la France. Merci.

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