L'intégrale de l'interview de Phillipe Poutou dans Bourdin Direct
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 40 %Attaque 50 %Défensif 10 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 93 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:13OuverteRéponse directe
C'est la troisième fois que vous êtes candidat à la présidentielle ?
- 0:28OuverteRéponse directe
Pass vaccinal, vous êtes pour ou contre ?
- 1:39OuverteRéponse partielle
Vous êtes vacciné ?
- 2:46OuverteRéponse directe
Face au virus, quelle décision prendriez-vous ?
- 3:43RelanceRéponse partielle
Quelle décision prendriez-vous ?
- 5:27OuverteRéponse directe
Et les faux passes sanitaires, qu'est-ce que vous feriez ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:31Invité politiqueFait
« On est contre. »
- 1:07PrésentateurChiffre
« 2% de la population mondiale dans les pays du Sud qui sont vaccinés. »
- 1:22PrésentateurFait
« il faudrait une planification de la vaccination à l'échelle planétaire. »
- 1:30PrésentateurChiffre
« Ça représente 10% pour Pfizer. »
- 1:57PrésentateurFait
« Le gouvernement n'est pas crédible. »
- 2:29PrésentateurChiffre
« un an et demi que la crise sanitaire a commencé. »
- 4:22PrésentateurFait
« le gouvernement se vante d'avoir un contrat fabuleux des rafales. »
- 5:54PrésentateurFait
« Vous voulez condamner ceux qui détournent l'argent dans les paradis fiscaux ? »
- 10:58Invité politiqueChiffre
« elle tue une quinzaine de jeunes par an. »
- 11:11PrésentateurFait
« Adam Atraoré, Zinem Redouane, Rémi Fès, Cédric Souviat. »
- 15:40Invité politiquePromesse
« Aucun salaire en dessous de 1800 euros net, c'est ce que vous proposez »
- 17:38PrésentateurPromesse
« Une retraite à 60 ans, il nous la faut. »
- 17:42PrésentateurPromesse
« La diminution du temps de travail, il nous le faut. »
Temps de parole
- Présentateur73 %
- ?14 %
- Invité politique13 %
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Philippe Poutou, bonjour. Merci d'être avec nous. Ouvrier, licencié, syndicaliste, candidat à la présidence de la République pour le nouveau parti anticapitaliste. Je ne suis pas un professionnel de la politique, dites-vous. Enfin, ça fait quand même quoi ? C'est la troisième fois que vous êtes candidat à la présidentielle ? Troisième fois ! Pas professionnel, mais presque.
Nous, on dirait plutôt professionnel du militantisme.
Professionnel du militantisme. C'est quand même
une mission
militante. Bon. Parlons du Covid. Philippe Poutou. Philippe Poutou. Pass vaccinal, vous êtes pour ou contre ? On est contre. Vous êtes contre le pass vaccinal ?
Contre le pass vaccinal, contre l'obligation de vacciner. Alors, c'est vrai que ce n
'est
pas forcément facile à gérer, parce qu'on est pour la vaccination, en fait.
On s'est pour. Alors, expliquez-moi, parce que là, vous êtes contre. Mais oui, mais
on est pour une campagne de vaccination.
On
est
pour l
'idée de convaincre. Oui, on pense que c'est un...
Vous appelez les Français à se faire vacciner. Je ne sais pas si
ça a un sens, comment j'appelle, mais en tout cas, on est pour. Et on pense que c'est un moyen de protection qui est réel. Et voilà, mais là, par contre, ça pose le problème aussi de la vaccination à l'échelle planétaire. Et le paradoxe dans lequel on se trouve quand même aujourd'hui, c'est que les pays riches sont vaccinés. Ou en tout cas, il
y a
des politiques de vaccination dans les pays riches. Et il n'y
en
a pas dans les pays pauvres. Je crois que c'est 2% de la population mondiale dans les pays du Sud qui sont vaccinés. Et d'ailleurs, on a un problème aujourd'hui avec les variants qui viennent de ces pays où la population est très peu vaccinée. Donc il y a aussi ce problème, cette incohérence qu'on critique, c'est qu'il faudrait une planification de la vaccination à l'échelle planétaire. Et ça suppose la levée des brevets. Et donc s'attaquer à un truc qui est quand même assez scandaleux, c'est les profits de l'industrie pharmaceutique.
Ça représente 10% pour Pfizer. Nous, on pense qu'il
faut socialiser l'industrie pharmaceutique et lever les brevets. Et de manière à ce que justement, il puisse y avoir une vraie politique de vaccination de la planète entière.
Vous êtes vacciné ? Mais
on est contre, oui, bien sûr. Vous êtes vacciné ? Trois doses ? Bientôt.
Bientôt la troisième, le rappel. Bientôt le rappel. Mais voilà,
vous comprenez, nous on est contre l'obligation dans le sens où de toute façon, ça ne règle rien. On le voit, c'est des conflits,
c'est des problèmes. Derrière, c'est des licenciements de salariés.
Comment
convaincre
les irréductibles ? Mais
pour
convaincre qu
'il
faut être crédible. Et le gouvernement n'est pas crédible. Il y
a
eu trop d'incohérences, trop de mensonges. Et aujourd'hui, on s'aperçoit que finalement, imposer le vaccin, ça devient pour plein de gens suspicieux. Et on voit la difficulté qu
'il
y a aujourd'hui. Donc la seule méthode du gouvernement, c'est d'imposer. Et il ne s'en sort pas avec ça. Et l'autre incohérence aussi, nous on pense qu'est fondamentale, c'est comment on peut faire face à une crise sanitaire sans poser le problème de développer le système hospitalier, le système de santé, mettre des dispensaires de santé dans les quartiers, embaucher, former.
Et
voilà,
on ne peut pas se contenter d'un... Il faut du temps même
pour embaucher,
former. Bien sûr,
mais là,
ça
fait un an et demi que la crise sanitaire a commencé. Et on s'aperçoit qu'un an et demi après, il y a des lits qui sont encore supprimés. Et les moyens ne sont pas donnés. Donc voilà, il y a quand même une politique de santé publique qu'il faudrait faire. Et ce n
'est
pas fait. Et du coup, ces incohérences-là, elles provoquent de la méfiance. Et il devient difficile de convaincre. Et c'est la méthode à coup de force. Et ça, ce n
'est
pas bon.
Face au virus, quelle décision prendriez-vous ? Si vous étiez au pouvoir, là,
que feriez-vous ? Déjà, c'est développer le système de santé.
Oui, ça, oui. Développer
le système
de santé, il faut du temps. Il
faut... Il faut du temps. Oui, non, mais je suis d'accord. Mais à part ça, que feriez-vous ? C'est-à-dire ?
Quelle décision ?
Non, non,
non, ne craignez rien. Ne craignez rien, le
poutou. Quelle décision prendriez-vous
?
Vous seriez à la place d'Emmanuel Macron, là, face à ce virus, face à Omicron, par
exemple. Eh bien, oui, mais c'est ce qu'on dit. Face à cette déferlante qui s'annonce. C'est ce qu'on dit depuis à ce moment. Qu'est-ce que vous feriez ? Je ne sais pas, vous. Campagne de
vaccination, mais qui est
en lien avec un développement du système de santé.
Donc, les systèmes de santé, alors même
si c'est vrai que
du jour au lendemain, on ne réouvre pas tous les lits qui ont été supprimés, on ne réouvre pas tous les hôpitaux. Et puis, il n
'y
a pas, évidemment, assez d'infirmiers et d'êtres soignantes en
quelques jours. Mais ceci dit, c'est une
politique d'urgence. Voilà, il faut donner des moyens. Ça veut dire rompre avec les politiques de libéralisation des hôpitaux. Vous avez compris. Oui,
mais sur la politique sanitaire, quelle
décision prendriez-vous ?
Rien de plus et rien d'autre.
C'est déjà pas mal face à la crise sanitaire si on discute justement de comment on peut. Et nous, on pense que, par exemple, des dispensaires de santé dans les quartiers, c'est fondamental. C'est-à
-dire
développer une sorte de maison de médecine publique qui permette à la fois d'assurer les tests, la gratuité des tests, par exemple.
Nous, on
pense que c'est fondamental. La vaccination et puis même la relation avec les habitants, rassurés, informés, sensibilisés. Voilà, c'est ça aussi une campagne vaccinale. C'est qu'il y
a
un personnel et des structures qui soient bien présentes. Et en fait, voilà, c'est ça l'urgence, à notre avis. L'urgence, c'est pas vendre des
rafales. La campagne est vaccinale. Vous voyez, là, aujourd
'hui, le gouvernement se vante d'avoir un contrat fabuleux des rafales. Et nous, on pense que le contrat fabuleux, ce serait justement de remettre
en place... Contrat fabuleux, il génère
des emplois.
Oui, il génère des emplois.
C'est pas parce
que ça génère des
emplois qu'on est pour. On peut aussi penser que la santé peut générer
énormément d'emplois. J'imagine que les syndicalistes de chez
Dassault ne sont pas d'accord avec vous. Oui, mais nous, on pense que l'emploi, ça peut être converti. Je pense qu'il
y
a plein de syndicalistes de chez Dassault qui aimeraient bien faire autre chose que des armes s'il y avait la possibilité de faire autre chose. Et nous,
on
pense que développer un véritable système de santé, et même tout ce qui peut être social... Les secteurs sociaux, médico-sociaux ont été en grève il n
'y a
pas longtemps. Pourquoi ? Parce qu'il manque de moyens, parce qu'il manque de gens partout pour pouvoir aider la population. Et on sait que la crise sanitaire, c'est pas juste un problème sanitaire au sens de santé publique. C'est aussi une santé psychologique. Et on voit qu'il
y a
des gens qui souffrent, qui dépriment, que ce soit des jeunes ou des moins jeunes.
Donc on voit qu'il y aurait besoin
de recruter, de former et de développer à fond tout ce système. Si
j'ai bien compris, face à la crise sanitaire, vous développez le système de santé, vous vaccinez, vous vaccinez, grande campagne de vaccination, vous recommandez le port du masque,
vous recommandez la distanciation. Oui, oui,
d'accord. Et dites-moi, et les faux passes sanitaires, qu'est-ce que vous feriez ? Vous vous sanctionnez ou pas
?
Si on a une politique de convaincre, on pense qu'il y
aurait
beaucoup moins ce problème-là de triche,
de
passer à
travers. Ah non, non, ça c'est facile. Non, non, c'est pas facile. C'est
la logique même de... Non, mais un gouvernement qui impose et qui se comporte comme il se comporte, d'abord,
forcément,
il
y
en a qui répondent de... Vous
les comprenez ? Vous savez qu'il y a plein de riches qui
détournent l'argent dans les paradis fiscaux, c'est pareil. Vous voulez condamner ceux qui détournent l'argent dans les paradis fiscaux ? Oui, oui. Donc
vous voulez aussi
condamner ceux qui
se
font faire de faux passes
sanitaires ? Je pense que c'est
évidemment pas une bonne... Mais là, il y
a
des drames, il y
a
des gens qui faisaient croire qu'ils étaient vaccinés, puis qu
'ils
se retrouvaient à l'hosto. Bon, voilà, c'est triste. Et là, c'est vraiment dramatique, effectivement. Là, on s'aperçoit que c'est pas du tout une solution. Bon.
Pourquoi est-ce que vous ne rejoignez pas Jean-Luc Mélenchon
?
Parce qu'on a plein de désaccords. Lesquels ? Après, c
'est
le problème de la gauche actuellement. Même si Mélenchon fait figure d'une gauche plus radicale que le reste de la gauche, mais on parle beaucoup de l'éparpillement de la gauche, de sa division. Mais nous, on a envie de discuter aussi du fait que la gauche est complètement discréditée, parce que la gauche, à chaque fois qu'elle a été au pouvoir, elle a trahi. Elle a renié ses idées. Et aujourd'hui, l'état de la gauche, c'est celui-là. C'est celui d'une gauche qui a plus la confiance de la population. Et donc, du coup, c'est ces bilans-là qu'il faudrait qu'on arrive à faire. Parce que nous, là, ça discute beaucoup de la primaire de la gauche, effectivement.
Il y avait derrière Hidalgo, derrière Jadot,
ou
derrière Taubira, ou derrière Mélenchon. Et nous, ce qu'on a envie de discuter, c'est quelle gauche on voudrait reconstruire. On ne voudrait pas reconstruire la gauche
qui nous a trahi. Mais vous
êtes prêt à
discuter
avec Mélenchon,
avec Taubira, avec
Jadot, avec...
Oui, mais
justement, faire le bilan un peu de cette gauche au pouvoir. Parce qu'on parle de Taubira ou d'Hidalgo, par exemple. Ce n
'est
pas si vieux que ça. Il y a cinq ans,
c
'était Hollande, entre 2012 et 2017. Hollande qui a fabriqué Macron. Il y avait Valls. Et pour nous, ça n
'a
rien à voir avec la gauche, ça. Et en plus, c'était la loi travail,
on s
'est fait gazer, on s'est fait attaquer socialement. Donc du coup, cette gauche-là, on n'en veut pas du tout. Et c'est quand même intéressant de rappeler qu'il n
'y a
pas si longtemps que ça, les gens qui se vantent d'être de gauche aujourd'hui ont mené des politiques de droite. Et ont mené des politiques, mais quand même, violentes
contre la population. – Est-ce que vous
participeriez à une primaire populaire
? – La primaire, non.
– Primaire à gauche. – La primaire, non, parce que justement, c'est complètement absurde de penser qu'on peut se retrouver avec Hidalgo, Taubira ou Jadot, qui ont participé à des gouvernements comme celui d'Hollande et Valls. Là, on ne peut pas ça, on ne
peut
pas, parce qu'en fait, il y
a
une gauche, on le redit, il
y a
une gauche qui trahit. Et donc nous, ce qu
'on
voudrait discuter, c'est d'une gauche de combat, d'une gauche radicale, anticapitaliste, et d'arriver à montrer qu'en fait, si jamais la gauche arrive au pouvoir, qu
'est
-ce qu'il faudrait faire et comment il faudrait le faire ? Mais si on a un programme de progrès social,
par exemple, comment on
l'impose ? Et nous, on pense que ce qui est incontournable, c'est la mobilisation populaire, c'est la lutte, c'est un rapport de force dans la société, sinon on se fait bananer à chaque fois.
– La révolution. – C'est ça la
différence. –
La révolution.
– L'idéal au bout du compte, c'est ça, mais même sans ça. Des mobilisations comme on a vu en Algérie, comme à Hong Kong, ou même au Chili avant la crise sanitaire, voilà, c'est des manifestations énormes qui mettent une pression et qui montrent, enfin, c'est d'arriver à exprimer à la fois sa colère et l'urgence sociale, et puis d'arriver à l'imposer par des luttes. Bon, nous, on pense que c'est ça qui est fondamental. – Le parrainage, vous en êtes où ? – On n'est pas loin de la barre des 200, et il nous reste deux mois et demi, et on est dans le rythme d'il y a cinq ans. –
C'est plus difficile ? – Non,
c'est pas plus difficile,
c'est aussi difficile en
fait. Et là, à chaque fois qu'on a l'occasion, on lance un appel au maire, dans les petites communes notamment, puisqu'ils ne sont pas encartés, et on lance un appel pour dire, voilà, si on veut qu
'il
y
ait
des candidats comme les nôtres, comme nous, un peu différents, et justement hors du pouvoir politique habituel, ça serait bien qu'ils nous parrainent. Voilà, il ne
faut
pas qu'ils hésitent, parce que beaucoup hésitent, et beaucoup n
'ont
pas envie de s'emmerder avec ça, et nous, on essaie de les encourager, de nous parrainer, parce qu'on pense qu'on est utile, on pense qu'on est légitime, et ça serait bien qu'on y soit, oui. –
Est-ce qu'à vos yeux, le fascisme nous
menace ? – Oui, plus ou moins pour court
terme, on pense que… – Mais quel
fascisme ? – Zemmour, pour nous, c
'est
un fasciste déjà, alors un fasciste tranquille sur plateau, il a invité un peu partout, il dit tranquillement « toute sa haine des autres », et nous,
on
pense que c'est ça, idéologiquement, c'est le fascisme. Après,
c
'est pas parce que…
– Il y a un fascisme d'extrême-gauche aussi ?
– Oh, bah non, enfin,
je pense pas… – Non, non, non, non, je dis ça. – Non, je pense là… – Non, parce qu'il y a
des groupes d'extrême-droite, d'extrême-gauche qui sont aussi violents les uns que les autres. –
Oui, mais c'est pas… la violence, elle est de partout. Macron, il a une forme de violence aussi, la répression policière, les attaques contre les manifestations, donc il y a toujours de la violence. La société est violente de fait en imposant du chômage, de la précarité à des millions de gens, la crise sanitaire,
c
'est violente aussi, donc en fait, la violence, elle est diverse. Et la violence fasciste, c'est pas la même que la violence de l'extrême-gauche. Et encore, la violence de l'extrême-gauche, jusqu'à présent, elle n
'est
pas comparable à ce que font les ouaves ou ce que font les générations identitaires à la frontière en chassant les migrants. Vous voyez, c'est quand même pas tout à fait pareil, pas du tout pareil même. Non, nous, on pense qu'il
y a
un danger fasciste, parce qu'on le voit, plus la société est inégalitaire, plus justement de pauvreté. On voit qu'il y a une classe dominante, les plus riches, qui se méfient, et puis qui ont tendance à commencer à apporter des solutions un peu radicales. C'est l'exemple de Bolloré, le milliardaire qui soutient Zemmour. On voit comment une partie de la bourgeoisie se positionne un peu comme ça, un peu comme s'il se méfiait des risques d'exposition sociale. Et c'est vrai que le fascisme, c'est une réponse à l
'action capitaliste. – Je rappelle que vous êtes
trotskiste, et non pas communiste.
– On est… – Oui, il faut bien… – C'est communiste aussi. – 30 ans, 30 ans de la fin de
l'URSS, oui, c'est communiste aussi, mais autrement.
–
Mais anti-stalinien,
oui.
– Mais anti-stalinien. Bien, la police, elle tue, vous avez regretté de dire cela ?
–
Pas du
tout.
–
Vous n'avez pas regretté ? – Non, parce que la police tue. – C'est la vérité.
– La police tue, bien sûr, après, c'est la
discussion.
–
Mais
elle tue, vous avez même dit, elle tue une quinzaine de
jeunes par an.
– Oui, c'est des chiffres qui ressortent de certaines études. –
De certaines études,
mais on ne sait pas lesquelles.
– Mais à la limite, si c'est 15, si c'est 10 ou si c'est 5, la police tuera de toute façon, parce qu'on a des figures emblématiques, Adam
Atraoré,
Zinem Redouane, Rémi Fès, Cédric Souviat. – Pourquoi selon
vous,
la police
tue ?
– C'est ça qui est intéressant, c'est d'aller au-delà de ça. La police tue maintenant, pourquoi elle tue ? Est-ce que ce sont des dérapages ? Est-ce que c'est le résultat d'une politique répressive ? Est-ce que c'est une autonomisation de la police aussi, qui a tendance à faire un peu ce qu'elle a envie de faire ? Et derrière, oui, nous,
on
voudrait discuter de la répression politique. Et on voudrait discuter de cet ordre public qu'on nous dit important à maintenir. Et nous, on pense qu'il
y
a un ordre social, oui, c'est l'ordre des dominants.
– Il y a aussi un ordre public à maintenir.
– Oui, mais cet ordre public-là, c'est celui des riches contre les pauvres, c'est celui dans lequel ils ne veulent pas qu'on conteste, et c'est celui-là qu'on veut remettre en cause. Donc là-dedans, oui, il
y a
un aspect répressif, une répression qui se généralise, qui se perfectionne. On l'a vu dans les manifestations, mais pas qu'aujourd'hui, la crise sanitaire, c'est aussi l'occasion de renforcer et de perfectionner encore plus la répression et ses logiques de surveillance,
du contrôle de la population. – C'est une répression, c'est
une répression.
– Ben oui, quand même, les
dizaines
de milliers d'amendes. – Il y a une dictature
sanitaire qui s'est installée
en France. – Oui, toutes ces amendes,
nous, on ne prononce pas ce mot-là, parce que la dictature,
il
faut quand même comparer ce qu'elle compare. Enfin, on n'est pas dans une dictature, mais oui, on est dans un régime autoritaire, en tout cas qui utilise de plus en plus des méthodes autoritaires, et qui a tendance à toujours imposer, contrôler, surveiller, vraiment autre chose à faire et qu'on a besoin d'un monde moins violent.
– J'ai regardé votre
programme, justement. Dans quelle France voulez-vous nous faire vivre, Philippe Poutou ? Désarmement de la police, il faut absolument désarmer la police.
–
Alors… – Je ne
vois
pas comment elle va faire.
– Désarmer la police
dans les manifestations notamment.
– Oui, mais pas la police qui intervient dans les quartiers difficiles
pour lutter contre
les trafiquants de drogue, par exemple. – Alors,
il ne faut pas non plus tout mélanger. Les quartiers difficiles, il n
'y a
pas toujours… – Non,
non, il n'y a pas toujours sexistes.
– Dans les quartiers populaires,
on
est pour désarmé, par contre. –
Mais
la lutte antiterroriste, elle ne peut pas être désarmée. – Je ne parle pas de la lutte, je parle de la lutte contre les trafics
en tout genre. – Ou les trafiquants, ou les truands, voilà. – Oui, mais le problème, c'est que les
quartiers populaires, ils sont souvent envahis par des polices qui jouent aux cow-boys. Et c'est facile à confondre tout volontairement. Les jeunes de quartier sont emmerdés, archi-contrôlés et souvent pourchassés. Donc là, oui, là on est pour désarmer cette police-là. Mais ce n
'est
pas juste le désarmement de la police,
c
'est aussi d'arriver à faire, discuter que la réponse aujourd'hui, ce qu'on appelle l'insécurité ou ce qu'on appelle les violences, les incivilités ou tout ce qui peut… Nous,
on
pense qu'aujourd'hui, le problème premier, c'est le chômage et la précarité. Si la société, elle était capable d'offrir un avenir à tout le monde, un logement, pouvoir se soigner, pouvoir se transporter, s'il y avait tout ça, s'il y avait ces services
publics qui n'existent
plus, eh bien la société, les problèmes se
poseraient différemment. Donc nous, on est pour des réponses sociales. – Vous proposez
une France aux frontières ouvertes,
liberté de circulation,
d'installation, avec ou sans papier d'ailleurs.
–
Oui.
–
Avec ou sans papier. – Nous, on est pour l'accueil des migrants, ça
c'est sûr. – Mais vous les installez
où ?
–
Vous savez qu'il
y a
des milliers, des dizaines de milliers de bâtiments qui sont dans l'espace. Donc déjà, non, mais techniquement, c'est possible.
–
On
accueille le monde ? – La France comme l'Europe, ce sont
des zones très riches. Là, par exemple, Jordanie ou la Turquie accueillent des millions de migrants. –
Et
ce sont des pays qui sont soignés
à priori plus pauvres. – Dans des camps ? – Oui. – Dans des camps ? –
Mais
nous, la
différence,
c
'est qu'on a les moyens.
–
Humainement ?
– Non, mais
on veut nous faire croire qu'on est dans un monde où en fait les pauvres, ils n'ont qu'à rester dehors, alors qu'en plus… –
Non, non, mais
une
idée importante
quand même,
c
'est que… –
Oui, mais
les migrants, donc les migrants, ils fuient
quoi ? – Donc les migrants. – Ils fuient des
militatures, ils fuient des misères, ils fuient
même la crise climatique. – Donc vous dites aux migrants, venez
en France ?
–
On ne dit pas venez en France. –
De
toute façon, ils veulent survivre et ils viennent vers les pays où il y
a
un peu plus de richesse. Donc ça, c'est logique. Et nous, on dit que des pays qui
ont
de la richesse, ils n'ont pas le droit de refuser l'entrée des gens qui sont en train de crever à l'extérieur.
– Donc frontière ouverte.
– D'autant plus que l'État français est responsable, comme tous les États impérialistes, de la misère qu'il y
a
ailleurs. Parce que l'État français soutient quand même pas mal de dictatures. Je parlais des armes tout à l'heure. Mais quand la France vend à la dictature égyptienne des armes qui servent à réprimer son peuple, ou quand la France vend aux Émirats arabes unis, puisque c'était l'enjeu du contrat des Rafales il n
'y a
pas longtemps, ou à l'Arabie saoudite, bon ben voilà, nous on pense qu'il
y a
quand même un problème politique qui
est
posé de fond. C'est pourquoi la France soutient des régimes qui,
eux,
dont on sait en plus qu'ils sont plus ou moins au soutien du terrorisme international. Donc il y a aussi cette question impérialiste, cette question colonialiste. Et donc du coup, les pays riches, ils ne peuvent pas dire non, les gens ne rentrent pas. Les pays riches ont leur responsabilité à l'égard de cette mise à
l'art. – Donc on accepte les frontières ouvertes. – Et puis
c'est une société humaine, on a envie d'être solidaires, de coopérer, les frontières, les frontières, même du point de vue de la crise sanitaire, les frontières c'est une mauvaise réponse, de fermer les frontières. Donc du coup, oui, il faut ouvrir les frontières, il faut aérer, après par contre il faut trouver des solidarités et une nouvelle redistribution des richesses qui permettraient d'accueillir et de faire que les gens vivent...
– Aucun salaire
en dessous de 1800 euros net, c'est
ce que
vous proposez, mais je me mets à la place d'un patron de PME ou de TPE, comment fera-t-il pour payer les
cotisations sociales ? – C'est évident qu'il faut tout revoir, la fiscalité
il faut la revoir,
le système de sécurité sociale il faut le revoir, parce qu'en fait
l'idée du salaire, pour nous ce serait un salaire à vie, c'est-à
-dire
arriver à construire une véritable sécurité sociale
par un
système de cotisation qui permette d'assurer un revenu indépendant du fait qu
'on
travaille ou pas. –
Il va
falloir cotiser. – Mais oui, mais c
'est pour ça qu'on défend Bévision. – Il va
falloir que le patron cotise aussi. – Oui, beaucoup plus qu'il
ne le fait actuellement. –
C'est-à-dire que vous
alourdissez les cotisations
patronales. – En fait nous
on est pour supprimer toutes
les exonérations
de cotisations sociales, on est pour revenir à l'impôt sur les sociétés telles qu'il était avant.
– Mais
le patron de PME il fait comment
?
–
Mais il
fait comment
? Expliquez-moi parce que là je... – Vous
avez quand même un
âge,
vous pouvez vous rappeler de
ce
qu'il y avait il y
a
40 ans.
– Oui, merci. – Il y a 40 ans,
le capitalisme existait avec des impôts sur les sociétés et des cotisations sociales beaucoup plus importantes pour l'ensemble des entreprises et notamment les grosses entreprises.
Et
puis ça fonctionnait, c'était moins la crise qu'aujourd'hui. Et on s'aperçoit que plus il y a des réponses soi-disant à la crise, c'est
-à
-dire en exonérant les cotisations sociales, en baissant la fiscalité des plus riches, on s'aperçoit qu'on s'enfonce
de plus en plus dans la crise. – Non mais quand on exonère les cotisations
sociales, pardon, pardon, mais ce sont les plus modestes que l'on aide.
–
Pas
forcément, non.
– Si. – Les milliards
d'exonérations c'est surtout les grosses entreprises qui en profitent. Après, évidemment, tout le monde en profite un peu, chacun à son échelle. Mais là,
c
'est quand même plus les gens sont en gros, en général, plus ils s'enrichissent parce que plus ils profitent de ce
qu'on appelle l'unité fiscale. – 1800 euros
net, le
salaire de base.
– Nous, le calcul qu
'on
fait, c'est pour vivre décemment, il nous faut combien
?
Pour vivre normalement. On pense qu'en dessous de 1800 euros, voire peut-être 2000 euros, on ne peut pas vivre décemment. D'ailleurs, le gouvernement l'avait bien compris parce que son petit chèque de 100 euros de pouvoir d'achat, il le donne à qui ? À tous ceux qui ont moins de 2000 euros nets par mois en moyenne sur l'année. Donc, il a bien compris que c'est un peu le seuil en dessous duquel les choses commencent à être compliquées. Alors, nous, le truc qui est simple, c'est qu'il y a besoin de ça, il nous faut ça. Une retraite à 60 ans, il nous la faut. La diminution du temps de travail, il nous le
faut. – Sixième semaine de congé payé. – Parce qu'en fait, une société...
– Revenu d'autonomie pour les 16-25 ans, combien ?
–
Un SMIC, enfin, nous, on est pour que ce soit un SMIC aussi.
– Un SMIC aussi,
à
16-25 ans. – Et au
bout, sans travailler.
– Et
au bout, oui,
oui,
l'étude, c'est un travail d'une certaine manière. –
Mais
vous savez, il
y
a des tas d'actionnaires qui gagnent des fortunes énormes sans rien travailler, ils branlent rien, ils gagnent quand même énormément. On a même des gens, je crois que vous connaissez peut-être un peu, Drahi par exemple, pour parler d'un riche, le dixième du classement des fortunes de France, il a combien ? 12 milliards. Bon, alors, on va nous expliquer que gagner 1 800 euros, ce serait scandaleux. et puis il y en a qui ont des
milliards.
–
C
'est scandaleux que les milliardaires, par leur travail, leur investissement…
– On
n'a pas 12 milliards par
son travail,
ce n
'est
pas possible.
–
S'enrichissent
?
– Arnaud, il n'a pas 150 milliards parce qu'il travaille, ce n
'est
pas possible. Ou alors, il fait un super diplôme, on ne sait pas ce qu'il a fait comme formation pour mériter ça. Ça, ce n
'est
pas crédible du tout. On veut nous faire croire que les riches sont riches parce qu
'ils
sont malins, c'est de la foutaise. Les riches sont riches parce qu'ils volent. La richesse,
c
'est du vol. Les milliardaires, c'est
du vol. – La richesse, c'est du vol. – Oui, la
richesse, c'est du vol. – Mais comment pouvez-vous dire ça ?
–
Mais parce que… – Mais quelqu'un qui sort… – Comment vous pouvez penser qu'on peut avoir 12 milliards comme ça ? – Je ne
pense rien. Je ne les ai pas, moi, Philippe Poutou. – Si vous divisez les 12 milliards sur
l'histoire de l'humanité, à partir de quand il faudrait avoir bossé pour pouvoir avoir 12 milliards, en tant qu'on ait 2000 euros par mois ?
– Donc c'est ce système. – C'est incroyable. – C'est ce système que vous voulez mettre. – Si on peut vivre
avec un million d'euros, par exemple, ce serait presque raisonnable, un million d'euros. Mais pourquoi 12 milliards ? Pourquoi 150 milliards ? Pourquoi aujourd'hui ? Et c'est ça qui fait que…
– On est à peine riches, quoi, avec un million d'euros. – C'est du
vol, parce qu'en fait, cette richesse-là, elle vient du pillage de la richesse collective. Il y a des très riches parce qu'il y a des très pauvres. –
Mais aussi de la création d'entreprises, mais aussi de l
'investissement, mais aussi de l'innovation, mais
aussi… – Oui, Philippe Poutou, ça existe. – Bien sûr. – Ça existe. – L'innovation dans le rafale. – La création d'emplois. – Non, mais il faut bien
comprendre que la pauvreté, c'est parce qu'il
y
a du pillage, c'est parce qu'il
y
a des gens qui s'enrichissent sur le dos des autres.
– Alors, Philippe Poutou, j'ai
dit… – Ce n
'est
pas une fatalité. Il n
'y
a pas de dépôt parce qu
'on
ne
peut
pas faire autrement.
C'est parce qu
'il y a un système qui fabrique
ça. – J'ai une dernière
question à vous poser, parce que ça m'a surpris. Vous dites qu'il faut absolument rendre tous les transports gratuits, les transports publics, je parle, gratuits. Le métro, gratuit. C
'est ça ? Le bus, gratuit. Le train, gratuit.
– Oui, c'est vrai. – Et
l
'avion, gratuit aussi
?
– Ceci dit,
il
est gratuit pour plein de gens, le train. Vous savez, les
déposés, c'est gratuit. – Oui, les SNCF, les cheminots, souvent. – Oui, les cheminots aussi.
Mais il y a plein de gens qui l'ont gratuitement. Non, mais pour nous, c
'est
un service public un peu comme la santé ou comme l'école.
– C'est-à-dire que tous les
transports sont rendus gratuit
?
–
Mais nous,
on pense que c'est des besoins fondamentaux. En fait, l'idée,
c
'est un peu comme…
– Comme
prendre
le train
gratuitement.
–
Oui, mais c'est un peu comme l'industrie pharmaceutique. On pense que la santé, ça doit être complètement gratuit. Donc, ça veut dire public. Et nous, on est pour un service public du transport. On est pour un service public de l'école, de la santé. Et que ces besoins fondamentaux, ce soit, qui permettent l'accès à l'ensemble de la population. Et donc, ça permet aussi de discuter autrement que des questions de salaire, en fait. C'est comment une société peut donner accès aux besoins fondamentaux. Et même l'alimentation, d'une certaine manière, ou l'énergie même.
– Alimentation gratuite aussi.
– Non, mais il peut y
avoir… – Le logement gratuit. –
Il y a beaucoup de discutes aujourd'hui dans le milieu associatif d'une sécurité alimentaire. Et y compris même sur l'énergie.
Vous
savez, la question de l'eau ou de l'électricité, les premiers mètres cubes ou les premières consommations d'énergie, elles puissent être gratuites parce que les gens ne peuvent pas se le payer. Donc, c'est ça qui est important. Donc, l'idée, oui, c'est arriver à faire une société où on socialise et on développe des services publics au point que, justement, on répond aux besoins des populations.
– Merci, Philippe Poutou, d'être venu nous voir ce matin. Vous êtes sur RMC et BFM TV.
– Merci.