G. Pompidou : Discours de N. Sarkozy à Montboudif
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« Pendant longtemps, je n'ai pas désiré une carrière politique active. »
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« Il fallait rétablir l'ordre progressivement mais fermement et sans faire couler le sang. »
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« Je propose une politique d'ouverture et de dialogue. »
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« L'emprise de l'homme sur la nature est devenue telle qu'elle comporte le risque de destruction de la nature elle-même. »
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« Je suis de ceux qui pensent que dans 50 ans, la fortune consistera à pouvoir s'offrir la vie du paysan aisé du début du siècle. »
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« Les peuples faciles à gouverner sont des peuples qui pensent peu. »
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Mesdames et messieurs, mes chers [Musique] amis, monsieur le président du Sénat, monsieur le président du conseil général, mesdames et messieurs les parlementaires, monsieur le ministre, messieurs les ministres, cher Jean-François, cher Bris, mesdames et messieurs, le 16 mai 1969 Un peu plus de 2 semaines après la démission du général de Gaulle, George Pompidou présentait au français sa candidature à l'élection présidentielle par ces mots dont certains d'entre vous se souviennent peut-être. Pendant longtemps, je n'ai pas désiré une carrière politique active. Et puis en 1962, le général de Gaulle m'a nommé d'emblé premier ministre.
J'ai fait mon apprentissage, j'ai fait des fautes comme tout le monde, mais je ne crois pas avoir été indigne à ma fonction. Et puis est venu mai 68, il fallait tenir, il fallait rétablir l'ordre progressivement mais fermement et sans faire couler le sang, sans nous jeter dans la guerre civile, il fallait remettre la France au travail et puis il fallait déjouer le complot politique, faire comprendre à l'opinion ce qui se passait. C'est à ce moment que j'ai compris que quand viendrait le jour, je n'aurais pas le droit de me dérober.
Et il poursuivait. Je n'imiterai pas le style du général de Gaulle, je ne le pourrai d'ailleurs. Et puis vous le voyez bien, je suis un homme différent.
Je propose une politique d'ouverture et de dialogue. Ainsi parlait George Pompidou au moment de sa déclaration de candidature à l'élection présidentielle. Cet homme d'État qui selon l'un de ses biographes était allé à la politique à l'an mourut le 2 avril 1974 terrassé par une maladie dont peu de Français, peut-être même pas lui, n'avaiit soupçonné la gravité.
L'agonie avait duré 3 jours, 3 jours de souffrance après un calvaire long de plusieurs mois pendant lesquels il avait fait face sans jamais se plaindre et sans rien laisser paraître du terrible mal qu'il accablait. A-t-il su qu'il allait mourir si vite ? Nul ne peut le dire.
Mais George Pompidou travailla comme s'il avait encore des années à vivre. jusqu'à ce qu'au bout de force, il tomba pour ne plus se relever. Le dernier combat de sa vie, ce combat contre la mort, contre l'insigne faiblesse humaine où l'esprit jusqu'au dernier moment te tint tête à ce corps si douloureusement diminué qu'il entraînait inexorablement dans sa chute.
Ce combat fut le plus grand et le plus beau de la vie de George Pompidou. Et cet homme qui aimait tant la poésie se récita peut-être alors au milieu du malheur le verre de Corneille qu'il connaissait si bien meurt mais quitte du moins la vie avec éclat. Des verres George Pompidou on avait appris des milliers.
À 50 ans, il écrivait "La passion de la poésie dont on me prédisait lorsque j'étais enfant qu'elle passerait à persister au-delà du milieu du chemin de la vie." Cette passion ne le quittera jamais. La poésie, disait-il, est ou peut se trouver partout.
Il y a la poésie du soleil et celle de la brume. La poésie de la découverte et celle de l'habitude. La poésie de l'espoir et celle du regret.
La poésie de la mort est celle de la vie. La poésie du bonheur et celle du malheur. Dans les joies familiales comme dans l'univers glacé du pouvoir.
Dans sa jeunesse heureuse comme dans la douleur des derniers jours. L'art et la poésie furent aimer la vie à George Pompidou même dans les pires moments. Car à cet homme qui réussit tout, rien ne fut épargné.
Il traversa les épreuves terribles, se bâtit contre les préjugés, contre la calomnie et enfin contre la maladie. Sans l'amour de l'art et de la poésie, on ne peut à mon sens rien comprendre à un homme que rien ne semblait pouvoir ébranler tant force intérieure était grande. Cette force lui venait de son caractère, de ses racines, de son éducation, de sa culture, mais aussi de sa foi.
Car ce fils d'instituteur, cet élève méritant élevé dans le culte de la République laïque était croyant d'une croyance sincère, profonde, sans ostentation, mais solidement ancré en lui. Il avait au fond la tranquille assurance de ceux qui sont en accord avec eux-mêmes, qui savent d'où ils viennent et ce qu'ils attendent de la vie. D'où il venait, c'était clair.
George Pompidou venait d'ici, de cette vieille terre au Vergniate, de ce haut plateau du Cantal, de ces générations de paysans dont il avait hérité les vertus. De son enfance, il disait : "Je n'ai reçu que des leçons de droiture, d'honnêteté, de travail. Il en reste toujours quelque chose." Il quitta ce monde avec éclat.
Je veux dire avec une dignité parfaite, un sens élevé de son devoir, un courage qui força l'admiration de tous ceux qui l'ont approché alors. Il est vrai que George Pompidou eu la chance qu'à aucun moment son intelligence ne fut ébranlée par la maladie. Cette fin bouleversante prit les Français par surprise et les ému si profondément qu'elle fit presque oublier ce qu'il avait accompli de son vivant.
Au fond, c'est comme si le masque tragique du mourant cacha d'État. Les circonstances contribuèrent à ce demi-oubli. La mort de Pompidou coïncida avec la fin de ce qu'on appelle les tres glorieuses.
Ces tres glorieuses dont il avait été la figure la plus marquante et qu'il avait pour ainsi dire incarné. Le souvenir de ces années de prospérité, de foi dans le progrès et dans la justice allait vite être effacé au cours des décennies suivantes par l'inquiétude du quotidien et l'angoisse de l'avenir. George Pompidou a pu apparaître alors comme le visage d'une époque révolue que chacun s'efforcé d'oublier comme on oublie le temps du bonheur qui ne reviendra pas pour ne pas souffrir davantage de l'attendre en vain.
Presque 40 ans de crise ininterrompu, de mutation douloureus avait fini par nous faire oublier que l'avenir pouvait aussi être une promesse et pas simplement une menace. Et bien le temps est venu de nous réconcilier avec ce que nous sommes profondément, de reprendre confiance, de nous persuader de ce que nos pères ont accompli jadis. Nous sommes capables de l'accomplir de nouveau, de nous persuader que le génie de notre peuple n'est pas moins grand aujourd'hui qu'il ne l'était hier.
Ce 100e anniversaire de la naissance de George Pompidou doit être l'occasion d'un examen de conscience, d'un retour sur nous-même à un moment de notre histoire où ce retour devient absolument nécessaire. Car évoquer la figure de George Pompilou, c'est évoqué la plus pure tradition française mise au service de la plus grande modernité. C'est nous rappeler qu'au fond la seule mission de la politique aujourd'hui encore, c'est de jeter un pont entre la France d'hier et celle de demain.
George Pompidou a dit a dit un jour un pays n'est pas une page blanche. Il savait que la politique de la table rase a souvent été synonyme de catastrophe et qu'en fin de compte l'histoire, la culture, l'identité, le fruit du long travail des générations reviennent toujours hanter le présent, quoi que l'on fasse pour en effacer les traces. La France a une personnalité singulière.
La France a un caractère particulier. La France a un génie propre qui ne cesse de s'enrichir, d'évoluer, de changer par une lente métamorphose, mais le fil qui a relie à son passé à ses héritages ne se coupe pas. George Pompidou tissait sans cesse la trame de l'avenir avec ses fils qui couraient le long des siècles et qui le rattachaient, lui l'héritier de tant de générations de paysans du Cantal à tout le passé de la France.
Je pense, disait-il, que l'habitude ancestrale de parcourir nos plateaux et nos montagnes au palant du paysan donne tout naturellement le goût des vastes étendues et le sens de la durée nécessaire pour atteindre le but. Ces racines, il les plongeait dans ce plateau à ride dans la France paysane. Mais ces racines, il plongeait profondément dans cette République des instituteurs qui croyaient au savoir, au mérite, au progrès, à la justice.
Celle de Jules Ferry, de Clémenceau, de Peggy et de Jorè. Je reste dans le souvenir récent hanté encore la vielle cité d'Alby où le petit George passa son enfance et où son père Léon devenu professeur d'espagnol militait à la section locale de la SFIO de l'école primaire jusqu'à Louis le Grand l'enfant du Cantaléon Pompidou instituteur et de Marie-Louise Chavagnac institutrice rafla tous les prix et sans doute lu tous les livres. En 1931, il intégra l'école normale supérieure.
Il allait garder un souvenir inoubliable de cette grande liberté intellectuelle et se faire des amis pour la vie parmi lesquels Léopol Sédar Singor, le grand poète de la négritude, qui deviendrait le premier président de la République du Sénégal et qui dira après sa mort de George Pompidou, je lui dois beaucoup. C'était l'ami le plus loyal qui fut. et notre amitié a résister à toutes les épreuves.
George Pompilou passa l'agrégation de lettre. Il fut reçu premier. Ce fut sa revanche sur le concours d'entrée à l'école normale où il n'avait reçu qu'à la 8e place.
Toute sa vie, il détesterait ne pas être le premier. Après son service militaire, il fut affecté comme professeur au lycée Saint-Charles à Marseille. Il est parti avec celle qui venait de devenir son épouse et avec laquelle il allait désormais tout partager.
Au milieu des difficultés de la vie et du pouvoir qui mettent les sentiments assus d'épreuve, l'amour de George et de Claude Pompidou resterait indestructible. Elle serait à ses côtés jusqu'au dernier jour. Lui, il lui ferait confiance et la soutiendrait quoi qu'il arriva.
Et quand on voulut l'atteindre à travers elle, quand le mensonge et la calomnie s'efforcèrent de la salir en cherchant à l'impliquer dans une histoire répugnante où il n'avait aucune part, George Pompidou l'a défendit avec une férocité qu'on ne lui connaissait pas. Et au fond, cette attaque contre elle, ce fut sans doute la seule chose que cet homme, si peu rancunier, ne pardonnerait jamais. Il enseigna 3 ans à Marseille.
Puis un peu par hasard, il se retrouvera muté à Paris au lycéen Henricat qui s'installa au quartier latin. La guerre l'arracha à sa vie de professeur. Le discours du maréchal Pétin demandant l'armistiche le surpris à Sulie Surloire après de violents combats puisqu'il se bâtit courageusement sur la Somme, la marne, la scène et la Loire.
Il n'entendit pas l'appel du 18 juin. Il ne partit pas à Londres et s'il rejeta toute forme de collaboration avec un occupant qu'il détestait et qu'il eut des sympathies pour des résistants qu'il aida, il eut, contrairement à bien d'autres l'honnêteté de le reconnaître qu'il n'en devint pas un lui-même. Certains le lui reprochèrent.
On utilisa une fois encore l'arme de la calomnie pour abattre par tous les moyens cet homme sur lequel nul n'avait de prise et qui n'appartenait à aucun clan, à aucune confréerie. Pourtant, ce fut George Pompidou peut-être qui comprit le mieux le gaulisme ou en tout cas le servit le mieux, bien qu'il ne rencontra le général de Gaul qu'en 1944. lui qui semblait premier à une brillante carrière universitaire et qui à part ses prises de position contre l'action française ne s'était jamais mêlé à la politique décida dans l'authorie de la libération qu'il ne pouvait pas rester professeur au moment où toutes les énergies devaient être mobilisées pour reconstruire le pays.
Il força alors le destin en écrivant à son camarade de promotion de normal René Brouillet. Il n'y a que par l'effort de tous, sans distinction aucune de partie que l'on peut espérer refaire une France. Je ne demande rien de brillant, je ne demande rien d'important mais d'utile et je n'apporte aucun génie mais de la bonne volonté et je crois du bon sens.
Ainsi écrivait George Pompidou. Cette offre de service le fit entrer au cabinet du général de Gaulle où il allait jouer un rôle grandissant. Maître des requêtes au Conseil d'État, secrétaire général de la fondation Anne de Gaulle, George Pompidou devient en 1948 chef de cabinet du général de Gaulle, c'est-à-dire son plus proche collaborateur.
Ce fut le temps des premières jalousies et des premiers coup bas. Il s'en sortit bien. Il installa son influence au cœur du mouvement gauliste sans se mêler au querelles de pouvoir et de personne.
Il s'imposa par un travail acharné, d'une disponibilité totale et ce bon sens paysan qui l'affectionnait. En 1953, changeant d'orientation, il entra à la banque Rothchield jusqu'en mai 58. Le général de Gaulle revenant au pouvoir le rappela pour en faire son directeur de cabinet.
En janvier 59, le général installé à l'Élysée, George Pompedou retourne au métier de banquier auquel il avait pris goût. Il est resta jusqu'à sa nomination comme premier ministre en avril 1962. Alors cet homme d'État qui était venu à la politique à pas si lent que personne ne l'avait vu, je veux dire vu venir, entra de plein pied dans son destin.
Il allait exercer cette fonction exigeante pendant 6 ans. Sa solidité fut merveille au milieu de l'agitation. Il se fixa un cap et sint sans s'en laisser détourner.
En commentant la nouvelle constitution, le général de Gaulle avait fixé la répartition des rôles au président de la République, l'essentiel et le long terme, au premier ministre la gestion du quotidien. Le quotidien George Pompidou en fil sa grandeur car au fond la vie quotidienne passionnait George Pompidou. Il regardait toujours la politique comme une question de civilisation et la civilisation, il envoyait d'abord la manifestation concrète dans la vie de tous les jours.
Il ne crut jamais au grand dessin détaché de cette réalité et il éprouva toujours une méfiance instinctive vis-à-vis des grands systèmes de pensées, des grandes constructions idéologiques. Rien ne lui était plus étranger que l'esprit de système. Ce fut dans les choses concrètes de la vie que s'exprima sans doute le plus complètement son profond humanisme.
On lui doit la modernisation de la France dont il sentait la nécessité par les 1000 détails de la vie ordinaire. George Pompidou s'intéressa à tout, à l'agriculture, à l'aménagement du territoire, à l'industrie, à la recherche, au transport, à l'énergie, à l'urbanisme, à l'éducation. Devu président, il continue à se préoccuper des petits problèmes de la vie ordinaire à travers lesquels se fabrique l'identité d'un peuple.
Je n'ai pas résisté au plaisir de vous lire une lettre du président Pompidou à son premier ministre. Lettre qui est peu connue mais qui en dit tant sur la personnalité de George Pompidou. Mon cher premier ministre, c'est le président Popidou qui écrit, "J'ai eu par le plus grand des hasards, il est président de la République, communication d'une circulaire du ministre de l'équipement, direction des routes et de la circulation routière dont je vous fais parvenir photocopie.
Bien que j'ai plusieurs fois exprimé en conseil des ministres ma volonté de sauvegarder partout souligné les arbres, cette circulaire témoigne de la plus profonde indifférence à l'égard des souhaits du président de la République. Il en ressort en effet que l'abattage des arbres le long des routes devient systématique sous prétexte de sécurité. Pompilou poursuit.
Il est à noter par contre que l'on envisage qu'avec beaucoup de prudence et à titre de simples le déplacement des poteaux électriques ou télégraphiques. C'est que là il y a des administrations pour se défendre. Les arbres eux n'ont semble-t-il d'autres défenseurs que moi-même.
Et il apparaît que cela ne compte pas. La sauvegarde des arbres plantées au bord des routes et je pense en particulier aux magnifiques routes du midi bordé de Platan est essentielle pour la beauté de notre pays, pour la protection de la nature, pour la sauvegarde d'un milieu humain. Je vous demande donc, cher premier ministre, de faire rapporter la circulaire des ponts et chaussées et de donner des instructions précises au ministre de l'équipement pour que sous divers prétextes, on ne poursuive pas dans la pratique ce qui n'aurait été abandonné que dans le principe et pour me donner satisfaction d'apparence.
Et là, on voit le il termine, on sent qu'il était en forme quand il a écrit cette lettre. C'est c'est une lettre qu'il a dictée ou écrite. Il poursuit la vie moderne dans son cadre de béton, de bitume et de néon créera de plus en plus chez tous un besoin d'évasion, de nature et de beauté.
Que l'on se garde de détruire systématiquement ce qui fait la beauté de la France. Pour moi, cette lettre est admirable et on dit beaucoup sur le bon sens de George Pompidou. sur sa vision et sur la manière dont il conçut le gouvernement de la France.
Au fond, cet adepte du progrès économique et de l'expansion fut avant tout le monde autant préoccupé par le souci de donner accès à tous les Français aux communiés de la vie moderne que par la nécessité d'éviter un bouleversement trop brutal de notre mode de vie. Il craignait George Pompidou le déracinement de l'homme et son asservissement à la technique et à l'économie. Voyant loin, il dira un jour je suis de ceux qui pensent que dans 50 ans, la fortune consistera à pouvoir s'offrir la vie du paysan aisé du début du siècle.
On y ajoute des piscines et des automobiles, mais ce n'est pas une modification fondamentale parce qu'il reste le besoin d'air, de pureté. de liberté et de silence. Franchement, quand on voit l'actualité d'aujourd'hui, on se dit que George Pompidou voyait loin.
En 1970 à Chicago, il déclara quelque chose de vraiment visionnaire. L'emprise de l'homme sur la nature est devenue telle qu'elle comporte le risque de destruction de la nature elle-même. Nous sommes en 1970.
La nature nous apparaît comme un cadre précieux et fragile qu'il importe de protéger pour que la terre devienne habitable à l'homme. Et bien, ce fut lui qui en 1971 créa le ministère de l'environnement qu'il convient à Robert Poujad. Audace absolument inoui pour l'époque.
Robert Poujad a raconté les résistances auxquelles il fut confronté dans un livre au titre évocateur Le ministère de l'impossible. George Pompidou était l'homme qui affirmait que le progrès doit trouver ses limites dans les bouleversements qu'il entraîne dans la vie des hommes et dont il est vint de croire qu'il puisse être imposé au nom des seules nécessités économiques et des perspectives de l'avenir. Au fond, il ne faisait qu'approfondir l'analyse qu'il avait commencé face aux événements de mai 68 et qui sonnait si juste lorsqu'il s'était écré dans son discours du 14 mai à l'assemblée qui était d'ailleurs assez bouleversant.
George Pompidou parle des événements. Je ne vois de précédent dans notre histoire qu'en cette période désespérée que fut le 15e siècle. où s'effondraient les structures du Moyen-Âge et où déjà les étudiants se révoltaient en Sorbonne.
À ce stade, ce n'est plus, croyez-moi, le gouvernement qui est en cause, ni les institutions, ni même la France. C'est notre civilisation elle-même qui est en cause. Tous les adultes, tous les responsables, tous ceux qui prétendent guider les hommes se doivent d'y songer parents, maîtres, dirigeants professionnels, dirigeants syndicaux, écrivain, journalistes, prêtres ou laïque.
Qui lui donnerait tort ? Crise de civilisation. Et face à cette crise de civilisation, il appellerait bientôt à poser un nouvel humanisme.
Alors, on a dit de George Pompidou qu'il était conservateur. Je veux m'y arrêter. Je pense qu'on a dit qu'il était conservateur parce qu'il n'était pas révolutionnaire.
Et je pense qu'on a eu tort de dire qu'il était conservateur. Qu'on lise le nœud gordien et que l'on recense tout ce qui a été accompli par lui comme premier ministre ou comme président sans faire d'anachronisme, sans juger une époque déjà lointaine avec les préjugés de la nôtre. Et on s'apercevra qu'il fut l'un des hommes d'état les plus réformateurs et les plus lucides que la France est connue depuis la libération.
Au fond, avec le général de Gaul, George Pompidou fut complémentaire. Et avec Jacques Chabandel Mass, ce fut l'incompréhension. L'incompréhension entre deux caractères, deux personnalités et même deux manières d'envisager la vie.
À leur façon, ils eurent raison tous les deux. Mais le problème, c'est que ces deux raisons ne se supportaient pas. Jacques Chambandelmas ne fut pas pour la nouvelle société parce qu'il était progressiste et George Pompidou contre parce qu'il aurait été conservateur.
Mais il se trouve que l'un ne voyait la politique qu'à travers la société et l'autre la voyait la politique à travers la civilisation qui bouge beaucoup plus lentement. Au fond, l'un programmait en substance que toute politique implique une idée de la société tandis que l'autre lui répondait que toute politique implique quelques idées de l'homme. Là est l'incompréhension.
Mais tous les deux, George Pompidou, Jacques Chabandelmas avait le même objectif. Améliorer le niveau de vie, améliorer la qualité de vie, ne laisser personne de côté. Tous les deux étaient attachés à l'égalité des chances.
à la réduction des écarts entre les riches et les pauvres, à la sauvegarde de la dignité de chacun, quelle que soit sa situation. Aurait-on éviter ou ralenti la crise de civilisation si l'on avait poursuivi dans la voie de la nouvelle société ? C'est bien difficile à dire mais je veux dire moi qui me suis engagé dans la vie politique au moment de la candidature Jack Chamas qu'à mon sens les deux approches n'étaient pas incompatibles.
L'idéalisme social de l'un et le solide bon sens de l'autre aurait pu s'épauler. Le fait que le rendez-vous a été manqué. Le temps a fait défaut à George Pompidou pour tirer toutes les conséquences de sa pensée.
En lisant ce livre inachevé hein qui ne gordien qu'il a écrit entre le moment et le quit Matignon et les élections présidentielles, on se prend à mesurer le temps que nous avons perdu depuis George Pompidou. Je pense aux page du Nogordien sur l'autonomie des universités. Je pense aux réflexion sur le baccalauréat et je pense à ses remarques sur le rapport entre l'économique et le social.
Mais le plus important pour George Pompidou se situait plus en profondeur. Moi, j'étais assez bouleversé par cette phrase qu'il a écrite. Quand on aura détruit toute croyance, inculquer le refus de tout ordre social, le refus de toute autorité sans rien proposer en échange, rien ne servira en présence d'une humanité désorientée et livrée inéluctablement à la domination des forces les plus aveuglement brutales.
Il ne servira à rien, poursuit George Pompidou, de s'écrier "nous n'avons pas voulu cela". Cet homme dont l'intelligence resta en éveil jusqu'au dernier moment, avait pressenti qu'une époque s'achevait et pas seulement parce qu'il avait essayé de tirer les leçons de mai 68 ou qu'il avait anticipé la crise écologique. Au fond, George Pompidou est le premier à avoir senti venir le déclin des vieilles nations industrielles. qui elle se laissait aller à vivre sur leur acquis.
Et Josep Compidou comprit tout de suite la signification du premier choc pétrolier. Il compris avant beaucoup d'autres que dans la partie décisive qui allait s'engager, la France ne pouvait pas jouer seule. Il savait que le marxisme avait échoué.
Il ne voulait pas que la France Saint-Fioda quiconque en partic-Unis. C'est la raison pour laquelle tout en tournant le dos à l'antique américanisme qui lui paraissait absurde, il entreprit en même temps de faire franchir à l'Europe un pas décisif. Là encore, ce fut la question de la civilisation au premier rang.
Il pensait que la crise de la civilisation était d'abord celle du matérialisme. Il pensait que l'Europe avait un rôle à jouer. Le choix de l'Europe ce fut celui de l'entrée de l'Angleterre dans la Communauté européenne.
Décision très difficile pour lui. Le choix de l'Europe, ce fut les premiers pas de l'Union monétaire que l'on doit George Pompidot. Le choix de l'Europe se fut aussi choix de la Méditerranée vers laquelle toute sa culture l'inclinait à tourner ses regards.
Prudence et obstination écrira à son propos à la une du monde Pierre-Vincent Ponté le lendemain de sa mort. Prudence et obstination. Ce n'était pas seulement son caractère, c'était la ligne qu'il s'était fixée pour parvenir au but qu'il s'était choisi.
Il avait dit "Les peuples faciles à gouverner sont des peuples qui pensent peu. Il savait que le peuple français est un peuple qui pense beaucoup et qui est donc difficile à gouverner." Il croyait à la nécessité d'être ferme sans jamais choisir la voix de la brutalité et de la violence.
Au fond, son art de gouverner fut une leçon de politique. Il ne fit pas tout ce qu'il voulait, mais il fit plus que la plupart des hommes d'état qui dans l'histoire voulurent que la France puisse épouser son temps. Prudence et obstination, j'ajoute hauteur de vue, prudence, obstination au service d'un grand dessin.
Nos principaux atouts d'aujourd'hui et pas seulement le TGV, le nucléaire ou Airbus ont été forgés à cette époque dans une synthèse entre la plus belle tradition républicaine et la plus profonde volonté réformatrice. Qu'avons-nous fait depuis 40 ans de cet héritage ? Serons-nous capable d'opérer à nouveau cette synthèse féconde entre tradition et modernité, entre initiative privée et état entrepreneur ?
Dans son premier message au parlement, le tout nouveau président de la République avait dit face à une contestation purement négative, un conservatisme condamné d'avance à l'échec, c'est par l'action et c'est par le mouvement que peut se construire l'avenir, action et mouvement. Jamais peut-être depuis lors, ces mots n'ont de nouveau sonné aussi juste. Il avait dit, "Je veux être un président qui gouverne." Et il avait gouverné et réussi à succéder au général de Gaulle, ce qui paraissait impossible.
En 1959, il avait répondu au questionnaires de Prou. "J'aime ses réponses. Quelle est votre vertu favorite ?" "La pudeur.
Quelle est votre qualité préférée chez l'homme la noblesse. Quelle est votre idée du bonheur au coin du feu le soir auprès d'une âme aimée ? On a fait dire beaucoup de choses à George Pompidou qu'il n'avait pas dite mais on n'a pas vu tout ce qu'il avait fait pour préparer l'avenir.
George Pompidou comprenait la vie parce qu'il aimait la vie. Il savait mieux que personne qu'elle n'était pas blanche la vie ou noire la vie, qu'elle pouvait être tragique, mais il avait décidé de l'aimer quand même. Et quand pointait le désespoir, il y avait toujours la poésie ou la mémimée.
George Pompidou aimait profondément la France. Les Français le lui ont bien rendu. Ils l'ont respecté, ils l'ont admiré et enfin ils l'ont aimé à leur tour.
Vive la République et vive la France. Amen.