Paul Vergès : bâtisseur de dignité
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Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Cette série vous est proposée avec le soutien du groupe RAVAT. Bienvenue à tous. Vous écoutez Léon, qui vous raconte la réunion au creux de votre oreille, à la rencontre de la mémoire de notre île.
Paul Vergès, bâtisseur de dignité. Mes chers amis, pour Paul Vergès, la politique était indissociable du développement économique et social. Toute sa vie, il a œuvré pour le développement de la réunion par les réunionnais. Et la première fois qu'il a pu mettre en application ses idées, c'est en 1971, lorsqu'il décroche son premier mandat électif à la mairie du Port. Il a véritablement transformé le visage de cette plaine aride pour en faire une ville moderne et verte. Quand on se promène dans le parc boisé, il est aujourd'hui difficile d'imaginer la sécheresse et les bidonvilles du passé. Alors, permettez-moi de commencer cet épisode par un petit saut dans le temps.
Après la Seconde Guerre mondiale,
la réunion devient département français. Le paysage est misérable. C'est encore la réunion des paillotes. L'espérance de vie de la population ne dépasse guère 40 ans. Des travaux de modernisation et d'assainissement vont être mis en œuvre. Va suivre une explosion démographique et avec l'amélioration des conditions économiques de l'île, un exode rural. Les réunionnais vont rejoindre les villes, mais sans que soient construits de nouveaux logements. Pendant des années, les villes de Saint-Denis, Saint-Pierre ou encore du Port seront entourées d'une ceinture de bidonville. En 1971, quand Paul Vergès arrive au port, il y a encore beaucoup à faire.
Alain Séraphine, l'ancien adjoint à la culture à la mairie, était enfant à l'époque. Il témoigne de l'ancien visage de la ville.
Il n'y avait pas d'eau. L'électricité était concentrée sur la partie de la ville et l'eau dans cette partie haute où il y avait le plus gros bidonville de l'île. C'était le cœur saignant qui s'étendait vers cette voie qui sortait du Sacré-Cœur, qui descendait jusqu'au port. Moi, j'étais un enfant de 6 ans qui apportait ce qu'on appelait un tacon. Comme vous voyez sur les photos en Asie, j'avais de chaque côté mon petit bac de graisse mais rempli d'eau. Une boîte de conserve comme ça, vous faisiez votre bain complet. Étant un enfant du port, j'ai grandi dans le mythe de Paul Vergès. Paul Vergès était l'espérance pour toute une communauté de portois, à l'espérance du lendemain qui chante.
Raymond Laurette, l'ancien bras droit de Paul Vergès à la mairie, se souvient aussi du bidonville du Cœur saignant comme si c'était hier.
Vous savez, à l'époque, au Cœur saignant, les gens, les enfants, allaient faire la courvée d'eau et ils allaient chercher l'eau à la fontaine à 6 heures du matin et ensuite, ils allaient à l'école. Et le soir, quand ils rentraient, ils allaient chercher de l'eau pour se laver, pour se baigner. Il n'y avait pas d'eau, il n'existait pas de chemin, rien. Tout était rasé et tout était remplacé par la jupe. Paul Vergès était un humaniste, un grand humaniste, un homme qui voyait loin et qui souhaitait que sa population sorte dans le fait noir de la misère.
Tous les portois ont été témoins de la transformation de la ville, du pari urbanistique de Paul Vergès et de ses équipes. A l'occasion de son premier mandat institutionnel, il va devenir un bâtisseur et repenser la ville comme un espace d'équité. Dès le 2 décembre 1971, le conseil municipal adopte une délibération historique, un plan d'urbanisme qui deviendra une référence en histoire portoise. Il comporte plus précisément cinq axes pour que Verdois la plaine des Galets. Premier axe, changer le climat en végétalisant. Deuxième axe, redonner au portois l'accès à la mer. Troisième axe, bâtir une ville dans son ensemble de manière réfléchie et cohérente.
Quatrième axe, définir un schéma de circulation simple et efficace. Cinquième axe, développer des zones d'activité en harmonie avec le milieu urbain. Et tout ça, en anticipant l'augmentation de la population, comme il le précise lors d'un entretien avec le journaliste Franck Sellier de Parallèle Sud.
Je devais partir d'une population de 18 000 habitants du port où il y avait 60% de bidonvilles et anticiper par rapport aux 50 000 habitants qu'il y aura quelques décennies plus tard. C'est assez symbolique. La première délibération que je fais prendre en 1971 concernait l'aménagement urbain du port et son avenir.
Pour permettre à l'une des plus petites communes de l'île d'être à la fois une ville accueillante pour les habitants et un centre économique, Paul Vergès opte pour une densification de la population dans des habitats collectifs. L'eau va être puisée dans les sous-sols du port pour permettre le raccordement à l'eau de tous les habitants. La ville va aussi être pionnière en organisant le recyclage des eaux usées, notamment pour l'arrosage public. La plaine aride se végétalise en masse. La mairie va même créer sa propre pépinière, remarque Raymond Lorette.
Des centaines et des centaines de milliers d'arbres ont été plantés, tous issus de la pépinière municipale. Je crois que sur ce plan-là, Paul Vergès a donné l'exemple. Tous les enfants des écoles du port ont planté l'arbre. Et puis ensuite, j'ai poussé le délice jusqu'à aller voir les comités d'entreprise. Tous les gars plantaient l'arbre. Il s'agit de faire planter les arbres par la population. Tout le monde plante.
Paul Vergès s'imagine une véritable coulée verte. Un parc des cultes. Un cimetière paysager en forme d'arbres avec des feuilles qui abritent chacune des communautés religieuses. Et un parc boisé avec un plan d'eau au centre de la ville. Mais pas seulement pour le cadre de vie. souligne Idriss Omarji, l'ancien directeur de cabinet de Paul Vergès à la région.
La décision qu'il a faite du parc boisé qui est au centre du port, c'était pour anticiper sur les changements climatiques. D'ailleurs, la température au port ensuite, avec toute cette politique de reboisement, avait baissé d'un degré. Donc, ce qui a marqué, en fait, je pense, l'exercice de ces responsabilités dans les institutions, cette capacité, les gens disent visionnaires, cette capacité d'anticiper les évolutions et ensuite de construire un développement qui tienne compte des paramètres qui interviendraient à des échelles de plusieurs décennies.
Paul Vergès voit loin et se rend bien compte que les moyens municipaux ne peuvent pas solutionner tous les problèmes. Alors, il crée le premier syndicat intercommunal à vocation multiple de la Réunion, le Sivomère. Son fils, Pierre Vergès, en a été le président.
Déjà, montrer qu'il peut y avoir une solidarité avec des communes qui ont une contiguïté autour du territoire, mais en étant extrêmement inventif, si je puis dire. Comme le disait Paul Vergès, c'est parce que c'est impossible qu'on va le faire. Et donc, on a fait cette solidarité entre petites communes, grandes communes ou autres. Et ça a été les prémices donc d'une coopération plus micro-régionale.
Le Sivomère a eu comme tâche des problèmes comme le transport, comme le ramassage des ordures ménagères. Le Sivomère va acheter des terrains au port et se constituer un véritable portefeuille foncier. Il a ainsi pu passer des contrats avec des bailleurs sociaux pour la construction de logements. Il a éradiqué les bidonvilles tout en réservant des terrains et des activités industrielles. Paul Vergès avait toujours une longueur d'avance. Ses proches racontent qu'il allait régulièrement voir ce qui se faisait en métropole, non pas pour faire pareil, mais pour faire mieux. Pierre Vergès se souvient.
Moi, je me rappelle que sur l'environnement, Paul Vergès disait qu'on doit faire une station d'épuration au port. Il faut à ce moment-là réfléchir à une station d'épuration qui pourrait ne pas être celle qui est traditionnelle avec les produits chimiques, etc. C'est ainsi qu'on avait fait un voyage à Mèze en 12 pour voir une bambusée parce que les bambous ont une capacité d'épuration de l'eau. Sur ce plan-là, c'est vrai qu'il nous surprenait surprenait par sa capacité créative.
Raymond Laurette raconte que c'est au retour d'un voyage que Paul Vergès a imaginé le projet de création d'un office municipal des sports, OMS. Paul m'a dit
que ça fait mieux qu'en France. Eh bien, nous avons fait mieux puisque nous avons donné à l'OMS la possibilité de définir la politique sportive que la municipalité suivrait. À la Réunion, c'est devenu l'office municipal du sport, le sport étant vu dans toute sa dimension politique, sociétale. Et il faut que chaque citoyen, à travers le sport, réussisse une vie pour le développement de son pays. Par exemple, un des prix que nous donnions aux équipes intercarsives, mais à toutes les équipes, c'était la propter dans votre quartier.
Pour Paul Vergès, chaque terrain d'action était un laboratoire des problèmes de l'humanité, au port comme ailleurs. En quelques années, il a ainsi transformé une savane en l'une des villes les mieux organisées de la Réunion. Il a donné aux portois l'accès à la mer. Il a végétalisé, imaginé un espace ouvert à tous avec un parc boisé, un espace dédié à la pratique des cultes de chacun. Il a su adapter le progrès aux préoccupations sociales des habitants et fait d'une ville ouvrière un symbole de dignité. Voilà, c'est la fin de cette histoire. C'était Paul Vergès, bâtisseur de dignité. Je vous dis à bientôt.
Léon est un podcast d'histoire et de culture produit et réalisé avec cœur à La Réunion. Vous avez aimé écouter Léon ? Soutenez-nous en nous attribuant un maximum d'étoiles sur vos stores de téléchargement. Merci et à bientôt pour de nouvelles histoires culturelles.