Génocide à Gaza : le grand remplacement israélien | Beligh Nabli
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Analyse automatique
Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie
Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 5 %Attaque 65 %Défensif 23 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 5:24OuverteRéponse directe
Comment c'est défini, comment c'est expliqué et éclairci alors le nettoyage ethnique ?
- 7:50OuverteRéponse directe
Est-ce que venant d'officiels, de la parole officielle gouvernementale israélienne, cette tentative ou cette velléité de nettoyage ethnique ne se renforce pas ?
- 9:06OuverteRéponse directe
Que deviendrait cette population palestinienne si elle continue d'être repoussée vers les extrémités de son propre territoire ?
- 17:33OuverteRéponse directe
Est-ce qu'il y a une voie à donner, est-ce qu'il y a une place pour les voies pro-palestiniennes pour renverser un petit peu l'ordre de cette stratégie de recolonisation aujourd'hui ?
- 18:41OuverteRéponse directe
On peut légitimement penser que le droit international ne serait pas un frein à cette ambition si elle venait à se poursuivre sur l'ensemble du territoire Gazaouie ?
- 19:03OuverteRéponse directe
Pourquoi, dans le cas de Gaza, les questions de souveraineté d'un territoire palestinien sont totalement ignorés par la communauté internationale ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:03PrésentateurChiffre
« L'ONU précise même que 100 000 Palestiniens ont été expulsés de cette zone depuis un mois »
- 2:04InvitéFait
« un rapport de plus de 150 pages de l'ONG Human Rights Watch a accusé Israël de nettoyage ethnique, en précisant bien qu'Israël tentait systématiquement, rendait systématiquement inhabitable des zones bombardées à Gaza. »
- 2:57InvitéFait
« un comité spécial qui suit finalement la situation sur les territoires ou dans les territoires palestiniens. Un rapport suivant lequel précisément la situation relève bel et bien, d'après ces experts, d'une situation génocidaire. »
- 4:02InvitéFait
« on ne peut pas, d'après lui, accuser un peuple qui aurait subi, qui a subi en l'occurrence, un génocide de pouvoir, à son tour, en commettre à nouveau. »
- 7:13InvitéFait
« pour que cette possibilité soit valide, il faut notamment que ces civils aient l'occasion d'accéder à des moyens de subsistance, comme l'accès à la nourriture, à l'électricité, à l'eau, etc. »
- 9:02PrésentateurFait
« les ministres d'extrême droite du gouvernement de Netanyahou tiennent ce discours. On ne compte plus les meetings, les interviews, durant lesquels des officiels d'extrême droite comme Itamar Ben-Givir ou Bezazel Shmotrich appellent à s'installer à Gaza et à mettre les Palestiniens hors du territoire. »
- 12:46InvitéFait
« la Cour internationale de justice a rendu un avis très important rappelant, premièrement, l'illégalité de la colonisation de la Cisjordanie et de l'ensemble des territoires palestiniens, donc Gaza et Jérusalem-Est compris, que, deuxièmement, une situation d'apartheid a été reconnue par la Cour internationale de justice s'agissant de la politique et de la pratique menée par l'État d'Israël sur ces territoires occupés. »
- 14:04PrésentateurFait
« Il y a une volonté claire de certains ministres du gouvernement de réinstaller des Juifs à Gaza au regard du droit international. Il est légitime et même souhaitable de déplacer une population, en l'occurrence Gazaouie, lorsque les opérations militaires ont lieu. Mais selon ce même droit international, vous devez permettre à ces gens de retourner dans leur maison à la fin des opérations militaires. »
- 23:25PrésentateurFait
« ils sont mis en cause dans deux affaires de soupçons de détournement de fonds publics européens »
- 23:35PrésentateurChiffre
« l'accusation demande 5 ans de prison dont 2 fermes aménageables et 5 ans d'inégibilité contre Marine Le Pen »
- 24:18Locuteur non identifiéFait
« l'idée que par une décision encore une fois irréparable non susceptible d'appel l'on puisse les priver de leur choix est une atteinte très violente à la démocratie »
- 24:40Locuteur non identifiéFait
« le parquet n'est pas indépendant »
- 29:48InvitéFait
« ce procès récurrent contre les juges nourri par le discours des extrêmes droites »
- 36:05InvitéFait
« elle considère qu'elle ne fait pas partie des élites »
- 36:20InvitéFait
« le Rassemblement National et ses cadres font partie de la classe dirigeante »
- 36:40InvitéFait
« le système c'est aussi eux aujourd'hui »
- 37:02InvitéChiffre
« la première force politique à l'Assemblée Nationale »
- 37:08InvitéChiffre
« première force politique à sortir des urnes des élections européennes »
Temps de parole
- Invité71 %
- Présentateur25 %
- Locuteur non identifié4 %
≈ 0,3 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Pour ne rater aucune de nos vidéos, n'oubliez pas de vous abonner et d'activer la cloche. Salut à toutes et à tous et bienvenue sur Le Média pour ce nouveau numéro de la Chronique de Bélir, votre programme hebdomadaire consacré au regard affûté de Bélir Nabli sur l'actualité. Bélir Nabli est professeur des universités en droit public et cofondateur de Chronique, un collectif engagé dans le débat public. Une fois par semaine, il nous parle de politique nationale et internationale avec un fil rouge, le droit public, le droit international sert-il encore de boussole dans notre monde tourmenté ? Chaque semaine dans cette émission, vous aurez donc droit à l'éclairage de Bélir Nabli.
Au sommaire de ce nouveau numéro, le nettoyage ethnique à Gaza cache-t-il un projet de recolonisation du territoire palestinien ? Après les nombreuses déclarations sans détour des ministres israéliens, l'hypothèse ne fait plus beaucoup de doutes. En témoignent aussi les méthodes implacables de nettoyage ethnique employés dans le nord de Gaza, qui fait l'objet d'un traitement différencié depuis le 13 octobre 2023. L'ONU précise même que 100 000 Palestiniens ont été expulsés de cette zone depuis un mois et l'armée israélienne laisse entendre que les Gazaouis ne seraient pas autorisés à y revenir.
À cela, on peut ajouter le blocage de l'aide humanitaire et une partie du nord ravagée par les bombardements. Se dirige-t-on vers une recolonisation à marche forcée, malgré les condamnations d'une partie de la communauté internationale ? Éléments de réponse avec Bélir. Et dans l'autre sujet de cette chronique, il sera question du Rassemblement national de Marine Le Pen, battu à son propre jeu. Le parti d'extrême droite, toujours prompt à critiquer le laxisme de la justice, pousse des cris d'orfraie depuis que le parquet a requis une peine d'inégibilité contre sa chef de file. Le RN est-il pris au piège de la stratégie de diabolisation de la justice ?
On y revient dans quelques minutes avec Bélir Nabli. Salut Bélir. Salut. Alors, la semaine dernière, le 14 novembre pour être exact, un rapport de plus de 150 pages de l'ONG Human Rights Watch a accusé Israël de nettoyage ethnique, en précisant bien qu'Israël tentait systématiquement, rendait systématiquement inhabitable des zones bombardées à Gaza. On n'a pas eu besoin de Human Rights Watch pour se rendre compte que cette stratégie est bien celle de l'État hébreu.
Oui, mais c'est quand même un événement parce que c'est une ONG internationale reconnue qui bénéficie d'une vraie légitimité et le fait qu'elle acte officiellement ce qui se passe concrètement à Gaza, c'est un élément à ne pas négliger. D'autant plus que le rapport en question a été publié pratiquement concomitamment à un autre rapport d'un organe onusien, un comité spécial qui suit finalement la situation sur les territoires ou dans les territoires palestiniens. Un rapport suivant lequel précisément la situation relève bel et bien, d'après ces experts, d'une situation génocidaire. Les caractéristiques du génocide sont vérifiées à Gaza d'après cet organe, ce comité spécial onusien.
C'est d'autant plus remarquable que là aussi, concomitamment pratiquement, ou quelques jours précédant ce rapport, nous avions notre ministre des Affaires étrangères qui a exprimé à nouveau une déclaration pour le moins surprenante, on va dire, suivant laquelle, exactement, qui devant l'Assemblée nationale a déclaré qu'il n'était pas possible de qualifier la situation à Gaza de génocide, que cela relèverait d'une faute à la fois morale et juridique. C'est manifestement une déclaration sans fondement, et c'est sa déclaration qui relève d'une faute juridique, voire morale. Pourquoi ?
Parce que, tout simplement, l'argument qu'il avait mis en avant, c'est qu'on ne peut pas, d'après lui, accuser un peuple qui aurait subi, qui a subi en l'occurrence, un génocide de pouvoir, à son tour, en commettre à nouveau. Alors, non seulement, historiquement, ce n'est pas forcément avéré, et l'avenir aussi pourra nous le prouver, peut-être, mais surtout, juridiquement, d'après la définition du génocide, ce critère n'existe pas.
Donc, encore une fois, nous avons là une espèce de surplomb, de pesanteur idéologique et morale qui pèse sur nos responsables politiques pour essayer de justifier une posture de déni, mais qui fait face à une réalité qui devient de plus en plus officielle, grâce précisément au rapport onusien et au rapport des ONG internationales. Alors, la question du génocide, elle est posée, elle est récurrente. Elle n'arrête pas d'être de plus en plus étoffée, du point de vue des preuves accablantes contre l'armée israélienne. Mais nous avons également maintenant, effectivement, cette question du nettoyage ethnique à Gaza.
Alors, c'est encore un peu plus délicat parce qu'autant le génocide correspond à une définition sur laquelle on peut s'appuyer pour vérifier la véracité de l'hypothèse, autant le nettoyage ethnique ne bénéficie pas d'une définition exhaustive, consacrée officiellement au niveau du droit international.
Comment c'est défini, comment c'est expliqué et éclairci alors le nettoyage ethnique ?
En fait, c'est une expression qui a fait irruption, en tout cas qui s'est imposée au moment de la guerre civile en Yougoslavie. Vous vous rappelez au début des années 90, la guerre civile qui a fait imploser la Yougoslavie a donné lieu précisément à des opérations militaires tendant à essayer de nettoyer certains territoires de certaines populations ethniques pour la purifier, entre guillemets, ce qui a donné lieu à cette expression de nettoyage ethnique qui a été utilisée, même s'il n'y a pas de définition consacrée, qui a été utilisée dans ce contexte-là par la Cour internationale de justice et par le tribunal pénal sur l'ex-Yougoslavie.
Donc c'est une expression qui est mobilisée par des acteurs internationaux, qui n'a pas de définition, mais qui quand même correspond à une réalité. Et la question est de savoir si cette réalité est également vérifiable à Gaza. Et ce qu'on constate à Gaza, effectivement, c'est que cette succession d'appels de la part de l'armée israélienne en direction des civils de se déplacer de manière forcée, cette succession de déplacements forcés correspond bel et bien à une situation de nettoyage ethnique. Pourquoi ? Parce qu'en réalité, théoriquement, le déplacement forcé de civils est interdit.
est interdit par la Convention de Genève, en particulier une disposition qui prévoit la possibilité de tels déplacements de civils s'il s'agit de les protéger contre un risque. Sauf que pour que cette possibilité soit valide, il faut notamment que ces civils aient l'occasion d'accéder à des moyens de subsistance, comme l'accès à la nourriture, à l'électricité, à l'eau, etc.
Or, l'aide humanitaire est bloquée.
Or, ce n'est pas le cas de la population de Gaza. Deuxièmement, j'allais dire, et surtout, cette succession de déplacements forcés traduit finalement une stratégie, voire une politique. Pensez à l'échelle militaire, mais aussi à l'échelle politique.
Alors justement, c'était l'objet de ma question suivante, parce qu'il y a quand même plus que des faisceaux d'indices sur l'idée, l'éventualité d'une future recolonisation de Gaza, sachant que les ministres d'extrême droite du gouvernement de Netanyahou tiennent ce discours. On ne compte plus les meetings, les interviews, durant lesquels des officiels d'extrême droite comme Itamar Ben-Givir ou Bezazel Shmotrich appellent à s'installer à Gaza et à mettre les Palestiniens hors du territoire. Est-ce que venant d'officiels, de la parole officielle gouvernementale israélienne, cette tentative ou cette velléité de nettoyage ethnique ne se renforce pas ?
Oui, d'autant plus que là, on a en plus un autre élément qui vient étayer l'hypothèse d'un nettoyage ethnique, c'est que la perspective d'un retour de ces Palestiniens sur leur propre territoire et dans ce qui reste de leur domicile, si j'ose dire, n'est pas évoquée. La perspective d'un retour n'est pas évoquée. Et au contraire, si on s'en tient au discours officiel, comme tu le rappelles, d'officiel israélien, la seule perspective qui se dessine à travers leur discours, c'est plutôt celle de la recolonisation de Gaza, du moins du nord de Gaza.
Donc on a là précisément des éléments substantiels qui tendent à vérifier qu'on assiste bel et bien à une opération de nettoyage ethnique qui renvoie à d'autres pages de l'histoire du conflit israélo-palestinien, puisqu'il faut rappeler que dès le premier conflit israélo-palestinien et israélo-arabe à l'époque de 48-49, on a assisté à ce que les Palestiniens appellent la catastrophe, la Nakba, qui consiste précisément dans l'exil forcé de près de 750 000 Palestiniens qui ont dû quitter leur village sous la pression militaire de ceux qui étaient censés incarner les forces sionistes à l'époque, pour reprendre l'intitulé, puisque ces opérations ont commencé dès 1947 et que l'État d'Israël n'existait pas en tant que tel.
Mais ça s'est poursuivi pendant et après la guerre en question, de 48-49, et ça a donné donc cet exil forcé de centaines de milliers de Palestiniens, dont certains se sont réfugiés à Gaza. Et donc les descendants de ces premiers réfugiés vivent aujourd'hui un nouvel exil forcé au sein de Gaza même, mais sans perspective de revenir chez eux.
Donc là, c'est aussi l'occasion de renvoyer au travail remarquable d'un historien israélien, Ilan Papé, qui a publié un ouvrage, Le nettoyage ethnique en Palestine, et un ouvrage important, tellement important que Fayard a refusé de le rééditer, ce qui a permis à une autre maison d'édition, La Fabrique, je pense, les éditions La Fabrique, de saisir cette opportunité pour republier cet ouvrage de référence d'Ilan Papé, qui revient sur cette page à la fois de l'histoire palestinienne et de l'histoire israélienne, marquée précisément par des opérations de nettoyage ethnique qui habitent la mémoire collective palestinienne et qui aujourd'hui trouvent une actualité brûlante, malheureusement.
Ce que tu nous expliques, c'est que tout comme le conflit israélo-palestinien, la tentative de déplacer de force les palestiniens a toujours existé dans la stratégie israélienne ?
Disons que c'est un fait marquant dans la réalité historique de la construction de l'État d'Israël, effectivement, dans la mesure où celui-ci s'accompagne de l'idée de coloniser quand même des territoires et que cette colonisation portant sur des territoires déjà habités devait, d'une manière ou d'une autre, s'accompagner par l'exil forcé de ses habitants palestiniens, en l'occurrence.
Mais par ailleurs, ce qui est encore plus remarquable, je dirais, c'est qu'on en revient toujours à la question de la colonisation, puisque celle-ci habite ces responsables aujourd'hui au pouvoir qui veulent donc étendre la colonisation qui a déjà pris une dimension nouvelle en Cisjordanie pour qu'elle revienne en force à Gaza.
Au moment même où, précisément, la Cour internationale de justice, et on a toujours là ce contraste entre la parole du droit international et de ses instances internationales, et de l'autre, la réalité de terrain et la politique menée par l'État d'Israël sur les territoires palestiniens, puisque, je le rappelle, il y a encore quelques mois, la Cour internationale de justice a rendu un avis très important rappelant, premièrement, l'illégalité de la colonisation de la Cisjordanie et de l'ensemble des territoires palestiniens, donc Gaza et Jérusalem-Est compris, que, deuxièmement, une situation d'apartheid a été reconnue par la Cour internationale de justice s'agissant de la politique et de la pratique menée par l'État d'Israël sur ces territoires occupés, et qu'enfin, finalement, les risques du point de vue des droits des Palestiniens devaient s'accompagner ou se traduire précisément par le retrait des forces israéliennes de ces territoires occupés.
Et au lieu d'assister à cela, c'est-à-dire le retrait des forces israéliennes des territoires occupés, on assiste exactement à l'inverse, puisque, en Cisjordanie comme à Gaza, on voit un retour en force de velléité coloniale, tout simplement, avec soit le silence, soit le soutien
des puissances occidentales. Et pourtant, les révélations, il y en a eu beaucoup ces derniers mois, les dernières en date sur ce projet de recolonisation, étaient faites par l'ancien chef d'État-major et ancien ministre du cabinet de guerre, Gadi Eisenkot, qui dit, je te cite ses propos, « Il y a une volonté claire de certains ministres du gouvernement de réinstaller des Juifs à Gaza au regard du droit international. Il est légitime et même souhaitable de déplacer une population, en l'occurrence Gazaouie, lorsque les opérations militaires ont lieu. Mais selon ce même droit international, vous devez permettre à ces gens de retourner dans leur maison à la fin des opérations militaires.
C'est un petit peu ce que tu expliquais déjà. Alors, il parle du droit international qui est justement violé impunément par Israël depuis des décennies. On peut légitimement penser que le droit international ne serait pas un frein à cette ambition si elle venait à se poursuivre sur l'ensemble du territoire Gazaouie.
Oui, parce que la rationalité juridique, en général, le droit international en particulier, ne sont pas les référents de ces acteurs politiques, ceux qui se sont imposés au sommet de l'État israélien aujourd'hui. Ce ne sont pas des référents qui s'imposent à eux. Ça n'a aucune valeur à leurs yeux. Ce qui vaut, c'est finalement leur vision messianique, celle d'un grand Israël qui aurait une légitimité religieuse. Et c'est ça qui vaut à leurs yeux. C'est cette légitimité religieuse à leurs dessins politiques. Et vous avez donc là, vraiment, peut-être, le résumé le plus brutal qui soit pour résumer la situation et son caractère inextricable.
On a des acteurs qui ne pensent qu'à travers le prisme religieux, dogmatique, et à l'égard desquels les arguments rationnels, juridiques, or très peu, si ce n'est pas du tout. Et c'est en cela aussi qu'au-delà même du droit international, le risque pour Israël, c'est de voir la nature de cet État définitivement basculer dans autre chose que le label revendiqué officiellement, à savoir celui d'un État de droit démocratique. On voit bien que c'est ce qui pointe comme risque de basculement
en Israël, tout simplement. Alors, on se pose aussi la question du sort de cette population palestinienne. Que deviendrait-elle si elle continue d'être repoussée de plus en plus vers les extrémités de son propre territoire ? Que faire de cette population et pourquoi la communauté internationale ne prend pas à bras le corps sa situation humanitaire qui va être de plus en plus catastrophique ?
Alors là, c'est une question effectivement qui, à notre tour, nous renvoie aux limites de notre propre logiciel ou référent qui est une forme de rationalité. et on ne voit pas très bien à quoi ça peut correspondre, ce type de passivité mortifère, finalement. Parce que le constat, le diagnostic, les faits sont sous nos yeux. Personne ne peut les ignorer. Il y a eu des crimes de masse qu'on a pu ignorer, enfin, que les contemporains ont pu ignorer parce qu'on n'avait pas les moyens de communication que l'on a aujourd'hui. Aujourd'hui, on a les réseaux sociaux avec les en temps réel.
les images des massacres circulent et on a un décalage avec des discours officiels qui font fi de ces images, de ces massacres, des discours haineux en question. Donc, c'est en cela qu'effectivement, même moi, quand tu me poses cette question, je me dis, oula, ça renvoie à notre propre limite. On est dans une réalité qui relève par certains côtés de ce qu'on appelle une dystopie, tout simplement.
Et est-ce qu'il y a une voie à donner, est-ce qu'il y a une place pour les voies pro-palestiniennes pour renverser un petit peu l'ordre de cette stratégie de recolonisation aujourd'hui ?
Alors, ça dépend de ce qu'on appelle les voies pro-palestiniennes. Il y a des militants de la cause palestinienne et effectivement, ils font ce qu'ils peuvent sachant que leur liberté d'expression, notamment de manifestation, est de facto limitée. Mais au-delà, moi, ce que je trouve remarquable, c'est qu'on n'a pas besoin d'être pro-palestinien pour tout simplement constater que le simple fait de rappeler la lettre et l'esprit du droit international est devenu quelque chose de suspect. Et c'est en ce sens qu'on en revient à une réalité dystopique.
On est notamment en France dans un état de droit démocratique et malgré cela, le simple fait de rappeler des définitions juridiques, des décisions de justice internationale, des rapports officiels d'organisations comme l'ONU, eh bien, peut susciter des critiques, voire des polémiques.
Alors, il y a une question qu'on t'a sûrement beaucoup posée, c'est sur le double standard avec l'Ukraine. On parle en Ukraine d'intangibilité, des frontières, de souveraineté sur le territoire. Pourquoi, dans le cas de Gaza, les questions de souveraineté d'un territoire palestinien sont totalement ignorés par la communauté internationale ?
Alors, là, si tu me poses la question vraiment en tant que juriste, effectivement, les deux conflits ne sont pas comparables, littéralement. L'Ukraine est un état souverain avec des frontières qui sont internationalement reconnues. Les palestiniens ne peuvent pas revendiquer ce statut d'état souverain au regard de l'ensemble des acteurs internationaux. C'est une question qui demeure discutée, en particulier du point de vue de son principal voisin. Et tant que son principal voisin, à savoir Israël, ne reconnaîtra pas les frontières d'un État palestinien, la question d'un État palestinien se posera tout simplement. Elle ne sera pas reconnue en tant que telle.
Donc, il n'y a pas deux États souverains qu'on peut comparer avec des frontières reconnues internationalement. Et c'est en ce sens déjà qu'il y a effectivement cet élément à prendre en considération. C'est d'un autre point de vue peut-être que la question de la frontière qui permet de voir le traitement différencié entre palestiniens et ukrainiens. C'est la question du respect des civils, tout simplement. Lorsque des crimes de guerre sont perpétrés, ont été commis dès le début de la guerre en Ukraine par l'armée russe, il y a eu une unanimité, en tout cas dans le débat public français, pour admettre la réalité des faits et leur qualification de crime de guerre.
Parce qu'on bombarde de manière indiscriminée des bâtiments civils, notamment, y compris des hôpitaux. Le problème, c'est que quand ce type de bombardements et de faits ont lieu en Palestine, les déductions ne sont pas du tout les mêmes, les qualifications ne sont pas automatiques et l'euphémisme ou l'euphémisation ne prend le pas largement dans les discours officiels.
Et c'est ce double standard précisément qui amène à s'interroger et voire à en déduire que toutes les vies ne se valent pas au regard de nos responsables politiques et que finalement il y a une part d'hypocrisie dans le discours relatif à l'universalité des droits de l'homme de leur point de vue en tous les cas parce que de notre point de vue cette universalité vaut et c'est ce qui peut-être justifie en premier lieu notre discours
et notre position. Ma dernière question sur ce sujet est-ce qu'on peut dire eu égard à cette stratégie de recolonisation qu'on assiste en fait à la fin à l'enterrement de la solution à deux états qui pourtant étaient ces derniers temps portés par des dirigeants occidentaux qui voyaient une porte de sortie en quelque sorte.
C'est clair que de fait matériellement parlant lorsqu'on regarde aussi la carte telle qu'elle évolue sous nos yeux et j'allais dire depuis qu'elle évolue depuis 48 la solution des deux états ne cesse de relever d'une forme de fiction voire de chimère et que l'hypothèse au contraire d'un seul et même état alors binational mais en tous les cas israélien a priori s'impose sur le terrain mais avec en même temps la montée en puissance d'une identité d'un tel état qui serait de facto un état d'apartheid dans la mesure où les palestiniens joueraient d'un statut juridique inférieur aux autres citoyens d'un tel état unique.
Donc voilà c'est soit un effort politique qui aujourd'hui nous semble complètement invraisemblable en faveur de la création d'un état palestinien soit l'émergence l'affirmation d'un seul et même état mais qui sera au moins dans un premier temps un état d'apartheid eu égard à la dynamique politique dont bénéficient les forces extrémistes en Israël et qui n'admettront jamais un statut d'égal à égal avec les palestiniens.
Passons au second sujet de cette chronique de Bélire Marine Le Pen et le RN sont jugés depuis le 30 septembre dernier dans un procès aux lourds enjeux politiques pour la chef de file de l'extrême droite ils sont mis en cause dans deux affaires de soupçons de détournement de fonds publics européens le dossier des assistants parlementaires ainsi que celui des frais européens l'accusation demande 5 ans de prison dont 2 fermes aménageables et 5 ans d'inégibilité contre Marine Le Pen elle a aussi annoncé la défense lors des réquisitions réclamées des peines d'inégibilité à l'encontre de tous les prévenus modulés en fonction des responsabilités de chacun des réquisitions qui sont évidemment mal digérées par Marine Le Pen
Le réquisitoire Le réquisitoire doit être normalement prononcé par des magistrats qui sont touchés soumis à l'impartialité à partir du moment où le parquet a fait preuve d'une telle partialité je ne suis pas assez naïve pour ne pas comprendre quel est le message donc je viens dire aux français aujourd'hui que l'idée que par une décision encore une fois irréparable non susceptible d'appel l'on puisse les priver de leur choix est une atteinte très violente à la démocratie le simple fait qu'on puisse l'envisager le simple fait qu'on puisse l'envisager car je vous rappelle tout de même que le parquet n'est pas indépendant c'est ma mort politique qui est réclamée donc par définition ma survie politique évidemment va dépendre de la mise en oeuvre de cette condamnation à la mort politique avec exécution prévisoire ou non bien entendu et c'est je crois le but depuis le départ j'ai le sentiment de cette opération qui a été je le rappelle lancée par un socialiste monsieur Schultz président du parlement européen en accord avec la socialiste madame Taubira ministre de la justice de l'époque
alors Bélir c'est un peu l'arroseur arrosé non ?
c'est vrai que c'est une expression qui peut s'imposer à nous lorsqu'on se remémore l'un des leitmotifs du front national devenu rassemblement national à savoir tous pourris c'est une expression qui a animé vraiment les cadres du front national Jean-Marie Le Pen compris et qui consistait à dire qu'en gros toute la classe politique était corrompue d'une manière ou d'une autre mais que par contraste les élus ou les responsables ou représentants du front national ou du rassemblement national eux étaient bénéficiés d'une forme de pureté de désintérêt qu'ils étaient là véritablement dans l'intérêt de leurs électeurs et de la nation française en particulier on se rend compte au contraire à travers les réquisitions enfin d'abord l'enquête qui a amené à ce procès et les preuves qui ont été établies par les juges d'instruction et qui ont été amenées aux réquisitions du parquet on se rend compte que précisément les intérêts particuliers animent largement largement un certain nombre des responsables du rassemblement national puisque finalement ce qui ressort de ces enquêtes et de ce procès c'est que finalement le détournement de fonds publics avait vocation non seulement à financer le parti mais également le train de vie finalement de ces personnes parce qu'ils ont beau rappeler dans leur stratégie de communication qu'il n'y a pas d'enrichissement personnel en fait c'est faux de fait lorsque vous faites des économies grâce au détournement de fonds publics européens ça vous permet à titre personnel de vous enrichir donc il y a là en plus une stratégie rhétorique qui est infondée et qui renvoie finalement un rapport un rapport trouble du rassemblement national avec le droit premièrement mais aussi avec le réel ou la réalité donc moi c'est ce qui m'a vraiment marqué à travers les discours et les éléments de langage qui ont été distillés au soir des réquisitions du parquet à savoir finalement une volonté de Marine Le Pen et de son entourage d'étouffer finalement les éléments matériels les éléments matériels les preuves qui ont qui ont prouvé le détournement de fonds publics et le système qui a été mis en place au service de ce détournement de fonds publics dans leur intérêt propre cette volonté d'étouffer donc la réalité la matérialité des faits pour essayer finalement de construire un discours à la fois complotiste et victimaire qui lui aussi s'inscrit dans une histoire du Front National et du Rassemblement National c'est nous contre les autres et les autres veulent notre perte et donc finalement c'est une lecture purement politique du procès et des accusations qui ont été qui a été distillé alors même qu'il y a des éléments factuels et une qualification juridique tout à fait tout à fait logique je trouve au regard de ces éléments c'est-à-dire que considérer qu'il y a détournement de fonds publics me semble tout à fait étayé au regard de la matérialité des pièces qui ont été avancées par les juges d'instruction et par le parquet dans ses réquisitions donc il y a là finalement une fuite en avant aussi qu'il faut bien percevoir à travers la stratégie rhétorique et de communication du Rassemblement National pas sûr que ça suffise pour peser non plus sur le parquet mais sur le jugement qui sera rendu début 2025 mais on voit bien que là c'est presque alors pas forcément non pas que ça ne les intéresse plus mais je dirais qu'il y a aussi une volonté désormais de déplacer le procès sur l'arène politique du côté purement politique c'est même presque
populaire d'impliquer les militants les électeurs en leur disant regardez nous sommes aux portes du pouvoir et c'est à ce moment-là que la justice attend pour nous frapper c'est ça c'est en gros
à défaut d'avoir pu convaincre les juges ils essayent de mobiliser leurs électeurs en se positionnant comme les victimes d'un complot ourdi par les juges précisément n'oublions pas ce procès récurrent contre les juges nourri par le discours des extrêmes droites et j'inclus ici en particulier Éric Zemmour qui a même écrit je pense un livre entier contre les juges le gouvernement des juges et on voit bien là la jonction entre les extrêmes droites ou les droites extrêmes ce que vous voudrez puisque derrière la critique de la figure du juge et du droit qu'il développe à travers sa jurisprudence il y a en vérité quoi ?
une volonté d'opposer la démocratie à l'état de droit et cela nous renvoie finalement aux premières sorties de notre nouveau ministre de l'Intérieur M. Retailleau qui lui s'est inscrit dans cette voie qui en fait dépasse le cadre franco-français c'est quelque chose qui est vraiment identitaire maintenant dans les extrêmes droites des démocraties occidentales de Trump jusqu'à jusqu'à Marine Le Pen en passant par M. Retailleau et rejoint par son prédécesseur je vous renvoie au tweet de M. Darmanin justement je voulais qu'on en parle
Le Pen qui a reçu donc ce soutien pas si inattendu je dirais au vu de ses propres difficultés avec la justice de Gérald Darmanin qui dit il serait profondément choquant que Marine Le Pen soit jugée inéligible et ainsi ne puisse pas se présenter devant le suffrage des français combattre Mme Le Pen se fait dans les urnes pas ailleurs si le tribunal juge qu'elle doit être condamnée elle ne peut l'être électoralement sans l'expression du peuple n'ayons pas peur de la démocratie et évitons de creuser encore plus la différence entre les élites et l'immense majorité de nos concitoyens c'est quand même étonnant venant d'un ministre d'un ancien ministre d'ignorer autant le caractère automatique de la peine d'inéligibilité et le fait que c'est un principe législatif qui a été voté par des élus précisément
ah mais c'est clair non seulement il exprit une forme de défiance par rapport à la loi mais en plus il mobilise encore une fois cette opposition entre la souveraineté du peuple d'un côté et de l'autre il y aurait l'état de droit incarné par ce satané juge qui serait lui complètement illégitime sauf que ça ne marche pas comme ça d'abord parce que la manière dont on construit aujourd'hui la démocratie a évolué ce n'est plus la démocratie ne se résume plus dans le fait de pouvoir élire ses dirigeants la démocratie c'est aussi le fait que nos dirigeants respectent le droit qu'ils ont eux-mêmes d'ailleurs adopté et en l'occurrence la plupart de ceux qui ont critiqué cette loi sapin 2 puisque la peine d'inéligibilité a sorti d'une exécution provisoire finalement procède de la loi sapin 2 qui date de 2016 et la plupart de ceux qui critiquent finalement ce dispositif l'ont adopté ou ont partagé du moins son esprit donc on voit bien l'esprit de contradiction en vérité et l'inconséquence de ces politiques qui sont finalement qui essayent qui sont portées par un mouvement populiste au sens de vouloir céder à une opposition entre d'un côté un peuple idéalisé fantasmé contre contre une figure celle du juge et plus largement du droit qui serait autant de poids d'obstacles à l'expression libre et souveraine du peuple tout cela vraiment relève de ce schéma en plus dangereux parce que effectivement si Marine Le Pen devait être définitivement condamnée ou du moins en premier ressort puisqu'elle pourra toujours faire appel à un appel qui ne suspendrait pas la peine d'inéligibilité et bien vous voyez bien ce qui peut se jouer derrière c'est une contestation à la fois du droit mais aussi de la justice et là la justice encore une fois c'est un élément fondamental de notre vie commune on ne peut pas vivre sans justice indépendante impartiale qui est capable notamment de se départir des jeux politiques ce n'est pas parce que Marine Le Pen est un acteur politique de premier rang qu'il faut prendre en considération ce fait là pour qu'il se transforme en argument d'autorité voire un argument justifiant un régime d'exception et d'impunité c'est pas possible c'est contraire précisément à un principe très clair de notre droit depuis au moins la déclaration de 1789 le principe de l'égalité devant la loi
alors loin de moi l'idée de défendre Marine Le Pen évidemment mais tu me rassures est-ce que cette position qu'elle prend en juge de victime n'est pas aussi liée au fait que pendant longtemps la justice s'est montrée effectivement laxiste avec des délinquants en col blanc plus qu'elle ne l'était quand d'autres justiciables je pense par exemple quand il y a des émeutes dans les banlieues et que des justiciables parce qu'ils sont jeunes parce qu'ils sont typés et racialisés peuvent avoir des peines de justice beaucoup plus sévères on en parlait la semaine dernière avec ta collègue Jennifer Cambla qui faisait sa première chronique pour le média et qui rappelait les déclarations d'un magistrat qui assumait pleinement le fait d'être un peu plus souple avec des criminels en col blanc qu'avec des jeunes de banlieue par exemple est-ce que ce message-là n'a pas aussi été parfois mal interprété ce message de la justice
alors oui c'est clair il y a des études sociologiques qui démontrent effectivement qu'il y a ce que certains pourraient qualifier d'une justice de classe dont bénéficient nos cols blancs c'est à la classe CSP plus mais là où le piège se referme autour du discours de Marine Le Pen c'est que en vérité si elle mobilise un tel discours c'est qu'elle dans son esprit ou dans son discours elle considère qu'elle ne fait pas partie des élites c'est là où il y a une forme de décalage avec le réel c'est-à-dire que le discours anti-élite qui a été développé depuis l'origine du Front National et du Rassemblement National est en décalage avec la réalité de leur statut le Rassemblement National et ses cadres font partie de la classe dirigeante c'est une force politique institutionnelle bien implantée maintenant dans notre système rappelez-vous le discours anti-système de Jean-Marie Le Pen or c'est en décalage total avec la réalité leur nouveau statut le système c'est aussi eux aujourd'hui et ils ne veulent pas assumer cette réalité-là parce que ça vient saper et déconstruire leur discours et c'est en cela qu'ils ne peuvent pas en même temps mobiliser l'argument et la réalité que tu as évoqué parce que parce que ce serait très difficile de vouloir incarner aujourd'hui les petites gens lorsque on est comme ils le disent la première force politique à l'Assemblée Nationale première force politique à sortir des urnes des élections européennes etc.
et en même temps dire que finalement ils sont en situation de minorités opprimées
merci beaucoup Bélir merci à toi merci d'avoir regardé cette émission sur le canal 165 de la Freebox sur Youtube ou sur notre site internet et également depuis peu sur la plateforme Molotov votre engagement et votre fidélité nous sont précieux car le média ne vit que des dons et des abonnements de celles et ceux qui nous soutiennent et qui nous regardent et qui nous aiment également soutenez-nous continuez de le faire si vous le pouvez sur lemédiatv.fr slash soutien restez connectés sur le média