Michel-Édouard Leclerc : « On m’a doté d’une cote de popularité extraordinaire, elle m’oblige »
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Questions et réponses
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- 0:35OuverteRéponse directe
Comment se passent ces négociations ?
- 0:53RelanceRéponse directe
C'est des postures selon vous ?
- 2:00FerméeRéponse directe
Est-ce que Leclerc est visé ?
- 2:13FerméeRéponse directe
Est-ce que vous pratiquez ce genre de pratique ?
- 3:13OuverteRéponse directe
Quand elle parle de chantage mortifère, qu'est-ce que vous lui répondez ?
- 3:39RelanceRéponse directe
Vous entendez cet argument ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:10Invité politiqueChiffre
« Dans le prix final, la part de la distribution, dans la réalité, n'est que de 40%, 45%. »
- 1:44Invité politiqueFait
« Donnez des sous à l'agriculture. »
- 3:40Invité politiqueFait
« On est obligé, la loi nous oblige à tenir compte des coûts de la matière première agricole et des coûts agricoles. »
- 4:40Invité politiqueFait
« La distribution est transparente, ce qui n'est pas appliqué aujourd'hui, c'est la loi EGalim sur les grossistes. »
- 6:40Invité politiqueChiffre
« On a 18 000 contrats qui font vivre 30 000 producteurs. »
- 7:42Invité politiqueChiffre
« Le consommateur a été tapé au portefeuille de 28 % sur trois ans, là. »
- 8:42Invité politiqueChiffre
« Je pense qu'on finira l'année aux alentours de zéro, peut-être 1 % d'inflation. »
- 10:42Invité politiqueFait
« C'est surtout assez anachronique. »
- 12:48Invité politiqueFait
« On ne négocie pas avec les agriculteurs dans cette centrale d'achat. »
- 18:57Invité politiqueChiffre
« 25 % du bénéfice avant impôt va au personnel. »
- 22:42Invité politiqueChiffre
« Mon père était aussi Édouard Leclerc. Dans la période où il était passé, là il est décédé, mais il avait 45% de code de popularité. »
Temps de parole
- Invité politique83 %
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Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Bonjour, comment allez-vous ? Merci beaucoup, ça va vous-même ? Merci d'avoir accepté notre invitation au président du comité stratégique des centres Leclerc, Michel-Édouard Leclerc. Vous allez répondre ce matin à la ministre de l'Agriculture, Annie Gennevard, qui dans une interview aux Parisiens Aujourd'hui en France, vous attaque la grande distribution. On est en pleine négociation annuelle entre la grande distribution et l'agroalimentaire, les industriels, les agriculteurs. Comment se passent ces négociations ?
D'abord, moi j'aime bien la ministre de l'Agriculture. Ce n'est pas facile d'être à son poste pendant toutes ces tensions, alors qu'il y a eu le débat très contradictoire sur le Mercosur. Et donc je ne lui en veux pas, elle est un peu en posture. Ce n'est pas facile pour elle.
C'est des postures selon vous ?
Oui, parce qu'évidemment elle ne peut être que pour la corporation qu'elle défend. Et la corporation qu'elle défend a l'impression qu'en aval, industriels et distributeurs empêchent de faire d'augmenter les rémunérations. Mais dans le prix final, la part de la distribution, dans la réalité, n'est que de 40%, 45%. Et c'est la matière première industrielle qui fait la différence. Et donc il faudra encore que le ministre de l'Industrie défende l'industrie. Et après il y a nous, distributeurs, et nous on a le consommateur qui dit, s'il vous plaît, n'augmentez pas trop. Donc chacun est dans son rôle.
Je ne dis pas que c'est une posture négative, mais elle défend les agriculteurs en disant, donnez des sous à l'agriculture. Mais ce faisant, c'est le distributeur qui est en première ligne et qu'on accusera d'augmenter les prix, peut-être exagérément, si les industriels, entre les deux, ont mis leur marge.
Mais là, dans cette interview, elle parle des enseignes qui menacent de déréférencer certaines marques faute d'accord. Est-ce que Leclerc est visé ?
Je ne crois pas, non. Vous ne vous sentez visé, vous ? Moi, je ne m'occupe pas des négociations chez Leclerc.
Mais vous vous sentez visé ? Est-ce que vous, vous pratiquez ce genre de pratique ? Non, non, non.
Moi, je trouve que ça se passe plutôt bien. Je connais bien le monde industriel. Pour ne rien vous cacher, tous les gens qui sont encore de ma génération sont plutôt dans l'industrie que tous les gens que je connais bien sont dans l'industrie, ce qui était à la fac avec moi ou dans les écoles. Et bien sûr, ils demandent des hausses. Et nous, nous sommes là pour les freiner. Ça s'appelle une négociation. Et puis, il faut respecter le droit de la concurrence. On n'a pas le droit de s'entendre. Donc, oui, c'est sportif, mais c'est le législateur, c'est le Sénat aussi, qui a organisé cette confrontation. Donc, il ne faut pas regretter ce que le Sénat… Avec la légalime ? Oui, c'est ça.
Alors, moi, je trouve que c'est toujours un peu un cinéma, une sorte de dramaturgie. Et puis, on va en sortir à la fin du mois. On va faire les comptes. Et puis, vous verrez qu'il y aura quand même dans l'industrie, des industriels qui se distribueront des dividendes. Et puis, il y aura peut-être des laissés pour compte qu'il faudra rattraper d'une manière ou d'une autre.
– Mais quand elle parle, la ministre, de chantage mortifère pour l'agroalimentaire, qu'est-ce que vous lui répondez ?
– Non, rien. Ce n'est pas les bons mots, quoi. – Elle va trop loin ? – Ce n'est pas qu'elle va trop loin, ce n'est pas les bons mots.
– C'est quoi les bons mots ?
– Parce que c'est une négociation. Alors, pour beaucoup…
– Mais elle a dit qu'elle comprend que les négociations soient dures, mais qu'elle ne comprend pas que la grande distribution, par exemple, ne tienne pas compte de la hausse des coûts pour les industriels et les agriculteurs. – Vous entendez cet argument ?
– On est obligé, la loi nous oblige à tenir compte des coûts de la matière première agricole et des coûts agricoles, et nous n'avons pas le droit de les négocier.
– Donc elle dit faux quand elle dit faux ?
– Donc oui, ceux-là, nous les respectons. Et à ma connaissance, je n'entends pas dans les centres Leclerc, je n'entends pas même d'une manière générale que quelqu'un les conteste. Après, il y a des industriels qui voudraient faire passer leurs coûts pour des coûts agricoles, mais ça n'a rien à voir, et surtout des grandes multinationales qui ne garantissent pas d'acheter français. Le grand reproche qu'on peut faire dans ces négociations-là, c'est qu'il n'y a pas vraiment de transparence de la part des grandes multinationales. Et la loi n'a pas prévu l'obligation de transparence, donc c'est ce qui rend la chose assez compliquée.
– Vous le regrettez ?
– Oui, il faudrait plus de transparence. – Il faudrait plus de transparence, oui, bien sûr.
– Donc il faut changer la loi pour vous ?
– Changer, on en a eu cinq, six, c'est dans la pratique qu'il faut changer. Et puis alors, cette loi n'est pas appliquée, la distribution est transparente, ce qui n'est pas appliqué aujourd'hui, c'est la loi EGalim sur les grossistes, sur la restauration, qui occupe 55% du débouché du produit agricole. Et c'est là où il faudrait aussi étendre la loi EGalim pour qu'il n'y ait pas plusieurs marchés et plusieurs prix pour les produits agricoles, ce serait bien.
– Vous, dans vos magasins, vous n'hésitez pas à afficher les marques qui en demandent trop. On voit dans les rayons des affiches, ça a été le cas avec Danone, ça a été le cas…
– Oui, attention, vous voyez bien, on ne parle pas de produits agricoles, c'est des produits transformés. Et là, ce sont des produits qui utilisent de la matière agricole, qui devraient être transparents sur la matière agricole, on ne négocie pas la matière agricole, mais après, Danone, Nestlé, Lindt, ils ont leurs propres marges.
– Mais ça marche, ça, de faire ça, de retirer des produits Danone du rayon en disant…
– En l'occurrence, à l'heure actuelle, ce sont les industriels qui ne nous livrent pas. Donc, ça marche, ce que vous faites, Leclerc, c'est Lindt qui ne nous livre pas.
– Et pour Danone ?
– Je ne sais pas.
– Ils n'en demandaient pas trop ?
– Je ne sais pas. – Non, non, je ne me cache pas. Pendant la période des négociations commerciales, je n'interviens pas dans la relation fournisseur-distributeur. Sinon, je suis piégé entre les gens que j'aime bien et qui vont me demander d'intervenir et puis ceux qui font le rapport de force. Je ne saurais pas la vérité. Et puis, une négociation, on a jusqu'à la fin du mois pour la mener, vous voyez ?
– C'est jusqu'au 1er mars, effectivement.
– Nous, on soutient la loi EGalim dans le principe de l'intangibilité, de la non-négociabilité de la matière première agricole. On soutient la loi EGalim dans le fait que, plus petits que nous, on respecte. Et d'ailleurs, même pour les petites PME, les ETI aussi, on a 18 000 contrats qui font vivre 30 000 producteurs. Et pour cela, nous ne sommes qu'une place de marché, on ne discute même pas du prix. Ils sont à 50 kilomètres autour d'un hypermarché de notre enseigne et ils sont quasiment référencés pour pouvoir être exposés. On est un showroom pour eux.
– Mais est-ce qu'aujourd'hui, le prix juste, c'est une réalité ou c'est une chimère ? Et au final, c'est les agriculteurs qui trinquent ?
– Il y a plein de distributeurs qui trinquent. Vous avez vu le nombre d'enseignes qui dégagent. Alors, elles étaient trop chères. Quand Intermarché reprend un casino, il baisse les prix déjà de 18 % ou de 20 %. Il en a encore sous le pied. Mais on voit bien qu'anciennement, le casino était beaucoup trop cher. Les francs prix, tout ça. Donc, je ne vais pas répartir les responsabilités aux uns et aux autres. Celui qui répartit la responsabilité, c'est le consommateur. Le consommateur a été tapé au portefeuille de 28 % sur trois ans, là. Donc, cet argent, il faut juste savoir où il est allé.
– Il est allé où, selon vous ?
– Il y a une commission d'enquête au Sénat. C'est eux qui nous diront. Je peux vous dire que les marges de la distribution, même chez mes concurrents, ils n'ont pas bougé. Donc, ils sont allés quelque part en amont. – Mais chez qui ? – Chez les grands industriels, peut-être pas de manière…
– Et la distribution, elle n'a pas augmenté ses marges ?
– Non, non, non. Non, non, c'est même une concurrence assez vive, mais loyale, entre Intermarché, Leclerc, Système U, Lidl, Aldi, Carrefour, qui est revenu aussi un peu dans… On n'a pas trop vu Auchan et Casino qui était mal. C'est cette concurrence qui, je trouve, a pacifié la politique de prix. Là, on est en période de désinflation. Je pense qu'on finira l'année aux alentours de zéro, peut-être 1 % d'inflation. Mais c'est nécessaire parce que les économistes vous disent « Ah, mais c'est bien pour la productivité, ça limite les prétentions à augmentation de salaire.
» Mais non, ce n'est pas une bonne chose parce que même si les salaires n'augmentent pas, c'est de la masse d'achat qui n'augmente pas, c'est de la croissance que les agriculteurs n'auront pas.
– Mais vous les entendez, ces agriculteurs qui disent aujourd'hui « On n'arrive pas, nous, à vivre des fois de notre travail. »
– Oui, dans ma famille et autour de moi, j'ai des agriculteurs. Mais après, avoir un prix et ne pas vendre…
– Qu'est-ce que vous, vous pouvez faire pour les aider à vivre de leur travail ?
– Moi, je peux le faire dans ma partie, mais je ne suis pas… Et je le fais. Je pense que mes fournisseurs ne vivent pas mal des centres Leclerc. Par contre, ceux qui livrent à la restauration, ceux qui sont à l'export, ont beaucoup perdu. Et là, c'est intéressant. Parce que si on perd à l'export par rapport aux Italiens ou aux Espagnols, on voit bien que ce n'est pas la pratique de la distribution française. Les Italiens nous ont taillé des croupières cette année. Leur balance commerciale est excédentaire. Les Italiens !
Alors, quand un Français doit constater qu'un Italien s'est débrouillé mieux avec des pattes, alors que nous, on met le panneau de top chef derrière nous, c'est quand même une leçon, quoi.
– Vous parlez de la commission d'enquête du Sénat qui a lieu en ce moment sur les marches commerciales. D'abord, est-ce que vous, vous allez être auditionné par cette commission d'enquête ? Vous savez quand ?
– Non, je ne sais pas, mais je vais être auditionné, oui.
– Elle pointe du doigt, entre autres, parce qu'effectivement, il y a un gros travail, mais entre autres, elle a pointé du doigt la centrale d'achat européenne Eurelec. C'est créé par Leclerc, implanté en Belgique, chargé de négocier au meilleur prix, justement l'approvisionnement de Leclerc et de deux autres géants européens. Et de cette façon, dit la commission d'enquête du Sénat, vous échappez à la loi Egalim qui fixe un juste prix entre producteur et distributeur. Ce qui fait dire aux sénateurs que la France fait des lois pour protéger. Se dire que le premier distributeur de France essaye d'échapper à la réglementation, c'est quand même très embêtant. Ils n'ont pas raison ?
– C'est surtout assez anachronique. C'est moi qui ai créé la première centrale de coopération de service avec Copitalia et avec le groupe allemand Réveux, qui est présent dans 13 pays de l'Est. Nous ne sommes pas présents, ou très peu présents, physiquement, sauf en Pologne, au Portugal, en Slovénie et en Espagne. Mais dans tous les autres pays européens, il n'y a pas de Leclerc. Et donc, on avait décidé de se mettre ensemble dans des pays où on n'était pas concurrents. Et j'ai fait ça il y a 15 ans. Donc, il n'y avait pas de loi Egalim. Donc, je ne relève pas la mauvaise intention. Je pense que les personnes…
– Mais est-ce que là, vous reconnaissez que ça vous permet d'échapper à la loi Egalim ?
Est-ce que j'ai des dossiers de contentieux qui diraient qu'on n'a pas respecté la matière première agricole ? À ma connaissance, non. Donc, ça, c'est du discours politique. C'est baratin politique.
– C'est ce que vous allez répondre au Sénateur ?
– Après, il peut y avoir… On peut faire des erreurs, on peut faire des choses mal. La justice dira ce qui est mal. – Mais vous pensez qu'il y a eu des erreurs ?
Vous pensez que vous avez fait ?
En général, si vous connaissez l'histoire de Leclerc, en général, l'État est beaucoup venu nous chercher et a beaucoup perdu. D'accord ? Moi, je me suis fait connaître du grand public pour avoir contesté une loi qui m'empêchait de vendre les carburants moins chers. Et j'ai fait gagner les centres Leclerc devant la Cour de justice européenne. La parapharmacie, on nous empêchait de vendre de la parapharmacie. La parfumerie, je ne sais pas si vous vous rappelez, la distribution sélective, il a fallu qu'on gagne pour être livré. Toute l'histoire de Leclerc, c'est l'histoire du méchant prévôt qui empêche Robin Desbois de vendre moins cher des denrées pour les consommateurs.
Moi, je suis du côté des consommateurs. Le consommateur, dans la loi française, le consommateur doit bénéficier de la concurrence entre entreprises françaises, mais le consommateur doit bénéficier aussi du marché unique.
– Mais est-ce que cette centrale d'achat, elle vous permet de moins rémunérer les agriculteurs ?
– Je ne pense pas, non, non, pas du tout. Non, non ?
– Donc, pas d'échapper à la loi Galim ?
– Non, mais moi, pourquoi devrais-je ? D'abord, on ne négocie pas avec les agriculteurs dans cette centrale d'achat. Vous voyez, il n'y a pas de PME, il n'y a pas d'agriculteurs. Alors après, il y a des grandes multinationales. Est-ce que vous croyez qu'ils représentent l'intérêt ? Est-ce que vous croyez que Nestlé, dont Leclerc représente au maximum 3% du chiffre d'affaires mondial, est-ce que vous pensez que Nestlé ne vend que du lait français ? Est-ce que vous pensez que Procter, Uni-le-Vert, est-ce que vous pensez qu'ils représentent les intérêts des agriculteurs français ? Non, je ne crois pas. Donc, il faut arrêter. Les agriculteurs eux-mêmes sont en centrale d'achat.
Les coopératives agricoles achètent leurs intrants de manière groupée. et d'ailleurs, les administrations devraient le faire. Et d'ailleurs, elles doivent le faire maintenant, je crois, puisque les marchés publics doivent être ouverts aux fournisseurs européens. Donc, nous sommes simplement en avance.
Leclerc, qui reste le premier commerçant de France, qu'est-ce qui fait le succès ? Et vous, puisqu'on est ici, on parle beaucoup des territoires de proximité, est-ce que Leclerc ne pêche pas un peu par son manque de proximité ?
Je pense que si j'ai vu ce week-end, qu'on m'avait doté d'une cote de popularité extraordinaire, donc je m'en félicite. Et je remercie tous les collaborateurs de Leclerc qui participent à cette popularité. Ça m'oblige. Ça me donne envie, à 74 ans, de continuer à m'investir pour la société, notamment pour la transition énergétique, pour préparer un monde meilleur pour nos enfants. J'ai sept petits-enfants, j'ai envie que ce soit mieux, le futur. Et je pense que ce qui fait la force de Leclerc, c'est l'endurance, la constance, dans le fait de vouloir faire profiter le consommateur du meilleur du marché. Nous voulons rendre accessible aussi bien un premier prix qu'un produit bio.
Un premier prix sur lequel on met le Nutri-Score, vous voyez, pour montrer que ce n'est pas de la merde, pour montrer que... Et le consommateur peut choisir. S'il veut manger beaucoup de chocolat dedans, ce sera rouge. S'il veut manger beaucoup de végétaux, ce sera plutôt vert. On met l'Origine Score. Ça ne s'appelait pas comme ça, c'est Olivia Grégoire qui a installé cette notion, et j'approuve. On met l'Origine Score sur toutes nos marques, toutes nos références d'EcoPlus, de marques repères, qui font 40% de notre offre alimentaire.
Et puis, là, actuellement, nous sommes en train de mettre des informations sur les conditions sociales de production et sur l'impact environnemental de tous les textiles à marque ou Tissaïa. C'est 4 000 références. Moi, je pense que je travaille pour le bien public. On est privés, on est des entreprises familiales, mais on va vers une économie plus vertueuse. Et je pense qu'on ne reviendra pas en arrière. Et je pense que, quels que soient les débats sur la loi Duplon, sur les différentes réglementations, il y a trop de normes.
Vous comprenez ces débats sur la loi Duplon ?
Oui, il y a trop de normes. C'est compliqué à appliquer. Même la loi Egalim. Faire un contrat juridique dans la loi Egalim, heureusement qu'on a beaucoup de juristes. Quand c'est une PME, c'est compliqué. Mais au-delà de cette critique, je pense qu'on ne reviendra pas en arrière et qu'on est sur le bon chemin. Et Leclerc se doit d'être pionnier en continuant à rendre accessible, y compris en prix, le meilleur dans lequel on engage nos agriculteurs, on engage nos producteurs.
Michel-Édouard Leclerc, vous êtes connu pour être un patron visionnaire qui sent les tendances de la société, qui les anticipe. Comment vous allez faire pour adapter Leclerc à l'intelligence artificielle ?
Ah, on était déjà intelligents. Alors, on n'a pas besoin de trop d'artifices. Non, je déconne un peu. Soyons sérieux. L'intelligence artificielle, on voit bien tous les dangers, on va dire, fascisants, techno-fascisants de ces algorithmes qui ne vous demandent pas votre avis, qui vous tutoient. Moi, c'est très drôle parce que j'utilise l'intelligence artificielle, Gemini, Tchad GPT, Mistral, assez tranquillement dans le train, dans mon Paris-Lorient, dans mon Paris-Brest. Et alors que normalement, il devrait savoir au bout de 500 fois que je l'interroge, que je suis un chef d'entreprise, que je suis Michel-Édouard Leclerc, centre Leclerc, ça finit toujours.
Et si tu as un devoir à faire, je peux aussi aller te chercher telle ou telle information. Donc, ce n'est pas encore complètement au point. D'accord ? Ça veut dire que la reconnaissance faciale, la reconnaissance d'une écriture, ne suffit pas pour dire l'être de quelqu'un. Mais ça nous aide quand même beaucoup pour accéder à la connaissance d'un fournisseur, pour travailler la relation avec les clients.
Donc, vous l'utilisez déjà ?
Et on l'utilise déjà. Alors, bon, il faut parler concret. Pour le moment, il y a plein de gens qui s'installent sur le développement de ce concept. Il y a beaucoup de choses qui sont dites sur le plan de l'efficacité. Ce n'est pas encore au point. On voit bien que tout ce qui est négatif, ça fonctionne.
Mais est-ce que dans le négatif, il y a aussi, est-ce que ça va entraîner des pertes d'emplois ? Est-ce qu'aujourd'hui, l'intelligence artificielle va remplacer certains emplois dans les centres Leclerc ?
Objectivement, dans les centres Leclerc, on est assez résistants à ça parce que nous ne voulons pas avoir affaire à des machines qu'on ne contrôlerait pas et qui appartiendraient à d'autres. Donc, nous préférons travailler avec des collaborateurs qui font route avec nous, qui grandissent avec nous. On va encore recruter entre 2 500 et 3 000 emplois cette année. Nous n'avons pas cédé, vous avez vu, à la proposition d'Amazon de créer des magasins sans caissière ni même sans personnel, avec juste des caméras et des QR codes. Je pense qu'il y a une assez bonne atmosphère dans l'enseigne. Après, c'est très inégal. Il y a des bons et des moins bons. Je ne vais pas faire un plateau idyllique.
Mais, par exemple, nous distribuons beaucoup d'intéressement et de participation au personnel. 25 % du bénéfice avant impôt va au personnel. Donc, la réussite, la popularité et la réussite des centres Leclerc profitent aux collaborateurs et profitent aux consommateurs. Et donc, de ce fait, l'intelligence artificielle, il faut que tous nos acteurs sachent l'utiliser. En face de l'apprentissage, on a 700 cadres qui travaillent dessus. On va en faire quelque chose de bien. Mais toujours dans cette idée de rendre le marché plus accessible, plus pédagogique.
Michel-Édouard Leclerc, vous l'avez un peu dit, vous êtes en tête du barométrifome des personnalités préférées des Français devant Édouard Philippe, devant Gabriel Attal, Sébastien Leclerc, Jordan Bardella.
Et puis, vous avez vu, il n'y a que des hommes.
Ça, ce n'est pas faux. Est-ce que je n'ai pas sa voix un candidat à la présidentielle ?
Écoutez, ça ne me gratouille pas et ça ne me chatouille pas.
Vous n'y pensez pas le matin, vous rassemblez ?
Comme le disait le docteur Knocq. Moi, je n'exclue rien, mais je n'ai pas ce projet-là. Il y a beaucoup de gens qui, forts de cette popularité, me demandent des rendez-vous, viennent voir si je peux faire route avec eux, si je peux…
De tous bords ?
De tous bords, oui. Si je peux faire route avec eux. En fait, je voudrais leur montrer…
Mais des candidats déjà déclarés à la présidentielle ?
Je voudrais justement les convaincre que si je suis populaire, déjà, ce n'est pas compliqué pour eux d'aller sur les thèmes qui sont les nôtres, c'est-à-dire les thèmes du consommateur, du pouvoir d'achat, de lever l'insécurité sur les revenus, de travailler sur les salaires, de travailler sur les revenus, de travailler sur l'emploi, avant même de venir me chercher.
C'est ça qui explique votre popularité ? C'est les thèmes que vous portez ? Parce que jamais un chef d'entreprise n'est arrivé en tête de ce baromètre.
Oui, alors comme on le dit, je ne suis pas un patron comme les autres qui parle patron. Évidemment, je suis du côté du MEDEF ou de la CGPME quand ils dénoncent une trop grande pension fiscale, quand ils dénoncent le plan de charge des entreprises. Mais d'abord, nos salariés ne sont pas des charges. C'est Fabien Roussel, à la fête de l'UMA qui m'a donné une bonne claque quand je disais ça. Il a raison. Nos salariés sont des... On investit dans le travail, on investit dans la collaboration. Et je pense aujourd'hui qu'un homme politique pourrait être aussi populaire qu'un Leclerc s'il venait sur nos thèmes. Vous voyez, Mme Gennevard, par exemple, quand elle fait cette...
Quand elle dit que ça ne marche pas bien la négociation commerciale, elle oublie juste. Comme ça, je dis gentiment, élégamment, il faudrait qu'elle replace le consommateur dans son analyse. C'est-à-dire qu'on n'est pas dans une guerre avec l'agriculture. Je ne veux pas être dans une guerre avec l'agriculture. La moitié des centres Leclerc, des patronnes et des patrons de magasins, viennent du monde agricole. Nous sommes dans nos terroirs avec le monde agricole. Il faut arrêter de nous opposer, comme les Uber avec les taxis. Nous, nous sommes du même monde, du même terroir. On prend le même train pour venir à Paris, comme ça, le lundi matin.
Et donc, il faut nous faire tenir le discours profitable au consommateur. Et d'ailleurs, c'est comme ça qu'ils seront réélus. Ce n'est pas en nous renvoyant dos à dos. Le consommateur, c'est celui qui vote. C'est le citoyen, vous voyez. Et donc, une négociation entre Leclerc et son fournisseur, le juste prix, c'est celui qui va permettre la vente au consommateur. Parce qu'avoir un prix élevé, un prix dit rémunérateur, s'il n'y a pas de vente, c'est un temps. Il n'y a pas de rémunération. C'est vrai pour l'avion Rafale comme pour un produit agricole.
On sent vos convictions, Michel-Edouard Leclerc. Vous le dites, vous n'excluz rien. Qu'est-ce qui va vous faire franchir le pas ?
À quel moment vous allez vous dire que j'y vais ? Je ne sais pas. Je n'ai jamais vécu cette expérience. Mon père l'a vécu. Mais ça vous tarde. Mon père était aussi Édouard Leclerc. Dans la période où il était passé, là il est décédé, mais il avait 45% de code de popularité. Aujourd'hui, les centres Leclerc sont populaires parce qu'il y a une bonne dialectique, un bon parallélisme entre les thèses que je défends et leur application par les 700 magasins du mouvement et nos investissements, même en sponsoring, dans la culture, dans le sport, tout autour de nos magasins, nos adhérents, plus ou moins bien,
relaient ça.
Et donc, oui, nous sommes des entrepreneurs engagés. C'est pour ça que je ne retiens pas le mot patron. Patron, ça dit quelque chose dans un métier. Nous sommes des entrepreneurs sur nos territoires. Et donc, nous sommes aussi les sponsors du Tour de France. Nous sommes aussi les sponsors des folles journées de Nantes. Nous sommes aussi les sponsors de la fête du bruit de l'Andernot et des vieilles charrues. C'est-à-dire, nous sommes dans nos territoires, nous représentons nos territoires et nous faisons aussi, bien que privé, des missions de service public.
Qu'est-ce qui va faire que Michel-Édouard Lecaire sera candidat à la présidente ?
Si c'est, comment disait De Gaulle, si c'est la chienlit en France, je me mettrais avec des gens de bonne volonté. Ce n'est pas forcément moi le chef de file. Je me mettrais avec des gens de bonne volonté pour aller recaler la France sur son leadership. Mais par contre, c'est vrai, je ne laisserai pas la France, je suis engagé, je ne laisserai pas la France et les Français se faire déclasser à l'heure ou dans la géopolitique et même en Europe.
Plutôt vers qui ? Dans les candidats déjà un peu engagés, déclarés, avec qui vous avez envie ?
Mais laissez-les donc faire des progrès. Pour le moment, ils ne sont pas bons. Aucun ? Si, il y en a des meilleurs que d'autres. Mais laissez-les travailler, leur programme. Par exemple, personne ne connaît leur programme. On est des querelles de personnes, il y a des négociations de parties. Moi, si je peux servir à ça, si on comprend que la popularité de ce chef d'entreprise qui est Michel-Édouard Leclerc, c'est le fait qu'il ait un programme lisible pour les consommateurs, les étudiants. Je suis aussi animateur d'une école de commerce, Neoma Business School. Mes étudiants, ils me comprennent. Tant que dans nos landerneaux, on ne comprend pas ce qui se fait à Paris, il faut qu'ils bougent.
Merci beaucoup. Merci Michel-Édouard Leclerc. Merci d'avoir été notre invité. Retrouvez l'intégralité de nos podcasts sur la plateforme Public Sénat.