Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewC dans l'air· 16 juillet 2026 13 min

Incendies, orages... La facture des assureurs

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

après chaque rasage. Ces événements se produisent de plus en plus. La question va être de savoir comment on va gérer. - C.Roux: Comment on va payer, financer l'adaptation.

E.Macron dit que la France n'a jamais été confrontée à autant d'épisodes de pression de feu un peu partout sur le territoire depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le coût des sinistres climatiques pourraient doubler d'ici 2050.

Combien ça coûte à AXA? C'est un coût pour l'assureur que vous êtes? - T.Buberl: C'est d'abord un coût pour l'assuré. - C.Roux: Qui paye de plus en plus cher. - T.Buberl: La question qu'on doit se poser, c'est comment on peut éviter que cette augmentation des coûts se passe.

La prévention est importante. Il faut que l'assuré fasse beaucoup plus partie de l'équation et aide l'assureur pour éviter le prochain sinistre. - C.Roux: C'est la responsabilité des assurés?

Vous pensez à quoi en particulier? Les Français voient leur prime d'assurance habitation augmenter. 10 % en moyenne, bien plus vite que l'inflation.

Jusqu'où les Français pourront absorber cette hausse? A partir de quel moment le risque climatique va être un problème de pouvoir d'achat, pour payer et faire face à l'augmentation des coûts de l'assurance? C'est une problématique sur laquelle vous travaillez? - T.Buberl: Absolument.

L'augmentation des coûts est un vrai problème. Pour nous, c'est le reflet de ces sinistres que vous avez cités. C'est une réalité à laquelle nous sommes confrontés.

La seule manière est de savoir comment on peut mieux maîtriser ensemble cette augmentation des coûts. La prévention est importante. - C.Roux: Vous pensez à quoi quand vous parlez de prévention? - T.Buberl: Quand il y a des orages, on envoie des SMS à nos clients.

Nos clients sont heureux d'être appelés. On ne pense pas tout le temps à l'orage qui va arriver. Il faut mettre la voiture dans le garage, reconstruire la maison...

Il faut reconstruire d'une meilleure manière. S'il y a des fissures suite à la sécheresse, il faut essayer d'utiliser des matériaux qui vont mieux face à ça. Il y a des moyens pour prévenir et mieux maîtriser. - C.Roux: C'est un message que vous adressez aussi au gouvernement, pour faire face à ce que certains qualifient de mur d'investissements qu'il va falloir faire pour s'adapter davantage? - T.Buberl: Absolument.

On ne peut pas rester inactifs. On a ce problème. La seule manière de le résoudre est d'aller ensemble contre le problème.

Il faut qu'on réfléchisse à ce qu'on peut mieux faire. L'équation est plutôt entre l'assureur et l'assuré. Le gouvernement peut aider.

Si on prend le régime des catastrophes naturelles en France, qui est presque unique dans le monde et qui est bien réfléchi...

Comment accumuler des moyens pour lisser le sujet des coûts? Ca n'arrive pas tout le temps. - C.Roux: Vous êtes un grand patron.

Vous avez forcément un avis sur la situation économique française et européenne. 4 économistes ont remis un rapport sur la trajectoire des finances publiques. Sans virage rapide, les seuls intérêts de la dette atteindraient 124 milliards d'euros en 2030, contre 78 milliards cette année.

Vous parlez de ce destin européen commun. Dans cette Europe, la France n'est-elle pas devenue un problème, quand on voit l'état de ses finances publiques? On va devoir investir pour la défense, pour l'adaptation au dérèglement climatique. - T.Buberl: Les dépenses publiques, c'est comme dans une entreprise.

Il n'y a aucune excuse pour dire qu'on ne peut pas maîtriser ses dépenses dans l'entreprise. La même chose est vraie pour l'Etat. Il est urgent que la France travaille à un programme pour mieux maîtriser ses dépenses.

Sans maîtrise des dépenses, il n'y a pas d'investissements et pas de croissance. C'est clé aussi pour les présidentielles de 2027 que ce sujet soit traité. La maîtrise des dépenses, c'est la crédibilité de la France. - C.Roux: A l'échelle européenne, ça pose un problème, le fait qu'on n'ait pas tous la même rigueur budgétaire, dans cet attelage à 27 où certains, comme la France, semblent ne pas respecter les règles du jeu?

Dans cette Europe que vous aimez, vous leur faites une déclaration d'amour...

Est-ce que la situation de la France est devenue problématique? - T.Buberl: La situation de la France est problématique, mais ce n'est jamais trop tard.

Les dépenses sont maîtrisables. A mon avis, on n'a pas de problème de dépenses en France, mais un problème de priorités. Il faut réfléchir aux priorités pour mieux maîtriser ses dépenses.

La France doit donner l'exemple au niveau européen dans le prochain cycle présidentiel, qu'elle peut mieux maîtriser ses dépenses. - C.Roux: Pourquoi, en tant que le patron d'un grand groupe d'assureurs, vous dites que vous allez faire une déclaration d'amour à l'Europe?

Parce que certains prospèrent sur un discours critique vis-à-vis de l'Europe... - T.Buberl: C'est une histoire très personnelle d'Etienne et moi.

Si vous regardez mon parcours, sans Europe, ce n'est pas possible. Tout ce que j'ai vécu était incroyable. Aujourd'hui, on se trouve dans une situation dans laquelle nos pères nous ont laissé cette Europe avec unité.

Qu'est-ce qu'on fait aujourd'hui? On ne parle qu'en négatif de l'Europe. - C.Roux: Pourquoi dites-vous que votre histoire est une histoire d'Européens? - T.Buberl: Je suis né en Allemagne.

La 1re fois que j'ai vu la France, c'était quand j'étais dans un échange en Bretagne. J'ai appris le français. J'ai vécu en Suisse.

Depuis 10 ans, je suis en France. Il n'y a pas mieux pour faire connaissance avec l'Europe. J'ai énormément profité. - C.Roux: Vous estimez que la faiblesse de l'Europe n'est pas un manque de ressources, mais un manque de confiance envers nos valeurs.

Ce qui prospère parfois dans les sondages, c'est des messages de repli nationaliste, en France ou en Allemagne. Qu'est-ce qu'elle a raté, cette Europe, pour donner davantage envie d'avoir confiance en l'Europe? - T.Buberl: Elle a ratifié cette déclaration de l'amour.

Nos parents, c'était l'Europe pour la paix. Nous, c'était l'Europe pour pouvoir bouger en Europe sans passeport, pour pouvoir étudier ailleurs. Si je demande à mes enfants, ils me demandent pourquoi je leur pose la question.

Pourquoi doit-on s'engager émotionnellement pour l'Europe? C'est ça qui manque aujourd'hui. - C.Roux: "On tremble de tout, du prix de l'énergie, de l'IA, de la Chine, des humeurs de Trump..." Si on doute, c'est peut-être parce qu'on ne se sent pas totalement unis à 27, totalement alignés sur ce qu'est l'Europe aujourd'hui dans ses valeurs, non? - T.Buberl: On a oublié ce qu'était cette Europe.

Nos pères ont créé l'Europe pour dire qu'on pouvait créer un espace ensemble dans lequel on pouvait faire les choses qu'on ne pouvait pas faire seuls. Aujourd'hui, on se retrouve face à une Europe qui harmonise le couvercle sur les bouteilles jusqu'aux chars qu'on veut utiliser en Europe...

Est-ce vraiment dans l'esprit de l'Europe que nos pères nous ont laissée? Non. - C.Roux: Peut-être que l'Europe ne se sent pas impuissante face à des empires comme les Etats-Unis ou la Chine, ou d'autres.

On peut parler de la Russie, qui se vit comme un empire. Est-ce que l'Europe est une puissance selon vous? Est-ce qu'elle doit se penser comme puissance? - T.Buberl: L'Europe, c'est une puissance de valeurs communes.

On a créé un modèle très différent du modèle américain ou chinois. Nous avons une démocratie, l'ascenseur social, le contrat social, et on a cette unité en restant divers. Je me sens français et européen en même temps.

Ce modèle est assez rare. Il doit être préservé. - C.Roux: Vous dénoncez les marchands de divorce, les défaitistes.

Parfois, il y a la réalité, au-delà du discours. On a vu pendant des années la France et l'Allemagne tenter de faire un avion du futur en commun. Finalement, Boeing et Dassault n'ont pas réussi à se mettre d'accord.

Il y a les discours et la réalité de l'Europe. Elle est parfois complexe. Parfois, ce sont des échecs. - T.Buberl: On parle tout le temps des sujets qui n'ont pas marché.

Parlons des sujets qui marchent et restons en France. Si vous demandez aux Français les choses qui les rendent le plus fiers, vous avez toujours Notre-Dame et les Jeux olympiques. Un projet avec un attachement émotionnel très élevé, un Etat qui a fixé les règles et le privé qui a fait...

Il n'y a aucune raison pour que ça ne se fasse pas en Europe. Vous avez mentionné le Scaf. C'est comment on peut harmoniser 2 avions.

A la fin, on a un chat, mais il manque des drones, des satellites, de l'IA...

Focalisons-nous sur les sujets où personne n'est avancé. - C.Roux: Ce sera un enjeu de la prochaine présidentielle, trouver un narratif, un récit pour trouver cet amour, cette foi en l'Europe? - T.Buberl: Absolument.

La même chose est vraie pour la France. Cet amour pour l'Europe, pour la France...

On redonne plus de destin aux Européens, aux Français pour qu'ils puissent prendre plus de responsabilités et de liberté dans leur vie.