Emmanuel Grégoire : "Je porte cette cicatrice comme beaucoup de personnes qui ont gardé le silence"
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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Pourquoi est-ce que c'est un sujet important pour vous sur lequel vous souhaitez vous exprimer ?
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Qu'est-ce qui fait que 40 ans plus tard, on fait le choix d'en parler ?
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Qu'est-ce que vous dites ce matin à ceux qui sont victimes et qui se taisent ?
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Qu'est-ce qu'on peut faire de plus ? Qu'est-ce que vous pouvez faire de plus ?
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Est-ce que ça veut dire que l'on doit être absolument sur une logique de principe de précaution ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« 15 enquêtes judiciaires ont été ouvertes pour violences sexuelles dans les maternelles parisiennes. »
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« Je l'ai tue pendant des dizaines d'années. »
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« C'était il y a un peu moins de 40 ans maintenant. »
- 4:00Invité politiqueFait
« C'est-à-dire que vous ne pouvez pas porter plainte ? Je le pourrais, mais ça n'aurait aucune chance d'arriver, puisque la prescription est largement passée. »
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« pour la seule année 2025, 15 enquêtes judiciaires ouvertes pour violences sexuelles dans les maternelles parisiennes. »
- 6:55PrésentateurFait
« Un plan a été lancé par la mairie pour lutter contre les violences sur les enfants, avec notamment la création d'un défenseur des enfants. »
Temps de parole
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Il est 7h48 sur France Inter. Benjamin Duhamel, votre invité et député socialiste, est candidat à la mairie de Paris. Bonjour Emmanuel Grégoire. Bonjour. Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter. J'ai bien sûr le candidat à la mairie de Paris en face de moi ce matin. À 7h, habituellement, on parle politique, campagne électorale. Mais si vous êtes là, c'est pour nous parler de vous et de votre histoire en lien avec la question des abus sexuels sur les enfants. Des abus qui sont en nette augmentation à Paris pour la seule année 2025. 15 enquêtes judiciaires ont été ouvertes pour violences sexuelles dans les maternelles parisiennes.
Pourquoi est-ce que c'est un sujet important pour vous sur lequel vous souhaitez vous exprimer ?
Si je souhaite vous parler ce matin, ce n'est pas comme député, ce n'est pas même comme élu local. Si je souhaite le faire, c'est d'abord comme citoyen, comme père de trois enfants et comme ancien enfant. Je suis quelqu'un qui porte une plaie intérieure depuis très longtemps. Une plaie silencieuse comme sans doute des millions de Français. Et j'ai décidé de lever ce silence. Je le lève parce que me sont remontées ces dernières semaines des faits insoutenables dans des écoles à Paris et ailleurs qui m'ont renvoyé à ma propre histoire.
Cette histoire, c'est celle d'un enfant qui, en CM1, a subi des violences sexuelles pendant plusieurs mois dans le cadre d'activités périscolaires dans une piscine municipale. Et sans qu'à l'époque, je n'ai trouvé ni la force, ni les moyens, ni les mots de dire cette douleur et cette souffrance. Je l'ai tue pendant des dizaines d'années. C'était il y a un peu moins de 40 ans maintenant. Je n'ai même eu la force d'en parler aux familles aimantes qui m'entouraient. Et ces histoires qui me remontent me renvoient à quelque chose d'assez fondamental. C'est lorsqu'on en est enfant, on ne sait pas poser les mots sur les choses.
On a honte, tout simplement, de dire la vérité telle qu'on la ressent, telle qu'on la mécomprend. Parfois, je porte cette cicatrice et je le sais comme beaucoup de personnes qui ont gardé le silence. Et je me dis que si je gardais le silence, alors cela n'aurait servi à rien.
Et on entend, Emmanuel Grégoire, ce matin, votre émotion, cette cicatrice dont vous parlez. Qu'est-ce qui fait que 40 ans plus tard, on fait le choix d'en parler ? C'est parce qu'il y avait cette honte, qu'il y avait une forme de déni, que quelque chose est remonté à la surface ?
Il y a d'abord, je crois, ce sentiment qu'on peut transformer la douleur en joie de vivre et la souffrance en empathie. Et surmonter cela, pas seulement par le silence, mais aussi par, on va dire, un surinvestissement dans les joies qui sont à côté. Et aussi parce que, comme responsable public, comme élu, je ne peux pas ne pas me replacer dans mes propres problèmes, d'une certaine manière, tels que je les observe dans les affaires qui remontent.
Et je crois que l'un des grands enjeux que nous avons comme parents, comme pouvoir public, comme acteurs dans la société en général, l'un des enjeux est de tendre la main à nos enfants et de tout faire pour que notre espace de vie commune, notre société, soit un lieu de protection, de respect et d'éducation de nos enfants. Et si j'en tire un enseignement, puisque c'était il y a bien trop longtemps pour que je puisse engager des poursuites judiciaires, et quand je me suis posé la question sérieusement... C'est-à-dire que vous ne pouvez pas porter plainte ? Je le pourrais, mais ça n'aurait aucune chance d'arriver, puisque la prescription est largement passée.
J'ai décidé d'en faire un combat central de mon engagement. Je l'ai fait plutôt de façon silencieuse jusqu'à présent, mais aujourd'hui, l'actualité très pesante que l'on observe m'invite à parler, très librement, très sincèrement, en espérant d'ailleurs contribuer à libérer la parole d'un certain nombre d'enfants, que ce soit dans le recueil de la parole par leur famille, par l'institution, qu'elle soit de la responsabilité de l'éducation nationale ou de la ville, pour faire en sorte que ça n'arrive plus.
Emmanuel Grégoire, dans un instant, je vous interrogerai effectivement sur ce qui peut être fait, notamment à l'échelle des communes, à l'échelle de la mairie de Paris. Mais vous dites, pour ceux qui se taisent, pour ceux qui ne parlent pas, ça a été votre cas pendant près de 40 ans. Qu'est-ce que vous dites ce matin à ceux qui sont victimes et qui se taisent, qui n'osent pas parler, qui pour certains ont occulté, ont enfoui au plus profond d'eux-mêmes ces souvenirs de violences sexuelles ?
La première chose, c'est qu'ils ne doivent pas avoir honte. Et pendant longtemps, on ne parle pas parce qu'on a honte. Ensuite, on ne parle pas parce qu'on ne veut pas paraître faible. Et enfin, on ne parle pas parce que l'on pense qu'il est trop tard. Et ce que je veux dire à toutes les victimes, c'est qu'il y a des mains secourantes, il y a des gens qui sont là pour vous aimer, pour vous accompagner, pour vous écouter. Je pense évidemment d'abord aux parents, même s'il ne faut pas oublier qu'il y a aussi des violences intrafamiliales et que c'est un cadre peut-être encore plus difficile à verbaliser.
Je veux leur dire que nous sommes là pour les protéger, nous sommes là pour les accompagner dans leur éducation et dans leur apprentissage de la vie et qu'ils doivent faire confiance à tous les adultes qui les entourent, il n'y a pas que des gens mauvais.
Des mains secourantes parce que quand vous aviez 7 ans, vous vous êtes senti seul. Il faut redire aussi, à ce moment-là, vous en parlez, je crois, à votre mère, mais beaucoup plus tard, vous n'en parlez jamais à votre père.
Non, non, j'en parle, mon père est mort, il y a longtemps, je ne lui en ai jamais parlé. J'en ai parlé à ma maman longtemps, longtemps après et peut-être même en banalisant cela parce que j'avais à la fois envie d'en parler et pas envie d'en parler. Et si moi, je n'en parle pas, qui le ferait ? Donc, j'ai décidé de le faire, non pas du tout dans un registre de pathos, mais dans un registre de responsabilité de l'action collective qui relève à la fois de la société tout entière, des institutions et des familles.
C'est vrai, Emmanuel Grégoire, qu'il y a un contexte, je le disais, pour la seule année 2025, 15 enquêtes judiciaires ouvertes pour violences sexuelles dans les maternelles parisiennes. Un plan a été lancé par la mairie pour lutter contre les violences sur les enfants, avec notamment la création d'un défenseur des enfants. Qu'est-ce qu'on peut faire de plus ? Qu'est-ce que vous pouvez faire de plus ? Puisque vous souhaitez exercer les fonctions de maire de Paris pour lutter contre ce fléau. Qu'est-ce qui peut être fait, qui n'a pas déjà été fait ?
Tout le travail qui a été engagé est essentiel. D'abord, peut-être la pointe d'optimisme que j'ai, c'est que nous sommes dans un contexte qui est aujourd'hui beaucoup plus favorable à la libération de la parole des enfants. Mais on voit bien que ça ne suffit pas. On voit bien qu'il faut continuer. Je le dis très clairement et avec gravité, nous devons engager un combat sociétal et judiciaire total contre la pédocriminalité et contre le sentiment d'impunité qui peut habiter un certain nombre de ces prédateurs. La deuxième chose, c'est de faciliter la recueil de la parole des enfants et de tout mettre en place pour faire en sorte de prévenir ce genre de situation.
Je ne suis pas là pour détailler l'ensemble des mesures parce qu'elles sont évidemment nombreuses. Mais l'enjeu essentiel est évidemment de prévenir ce type de situation par l'accompagnement des enfants, par la formation des adultes, par la levée du sentiment d'impunité qui peut parfois s'y installer.
Est-ce que ça veut dire par exemple Emmanuel Grégoire que l'on doit être absolument sur une logique de principe de précaution, c'est-à-dire suspension immédiate de tout animateur qui serait suspecté d'avoir commis des violences sexuelles sur des enfants ?
La réponse est oui, mais je ne veux pas cibler un métier en particulier parce qu'il s'agit en réalité de tous les métiers qui sont en contact des enfants.
Il y a eu des animateurs du périscolaire puisque c'est la compétence de la mairie.
Bien sûr, mais il y a d'autres compétences de la mairie ou d'autres institutions. C'est le cas dans les conservateurs de musique, c'est le cas dans toutes les formations ou les moments d'accueil des enfants. Et je pense d'abord aux professionnels de ces secteurs-là qui à l'occasion de ces drames, à l'occasion de ces révélations, sont en souffrance eux-mêmes alors que l'immense majorité d'entre eux, heureusement, sont des gens d'une infinie bienveillance et d'un infini dévouement pour nos enfants dans nos sociétés, dans tous les endroits où on accueille des enfants. Et je crois qu'ils sont les premiers à demander plus de sécurité, plus de garantie en la matière.
Mais donc la question de la suspension est évidente. Je crois d'ailleurs qu'il faudra réfléchir à muscler un peu le cadre législatif parce qu'il y a encore des trous dans la raquette sur les transmissions d'informations, sur les partages, entre guillemets, sur l'évaluation des risques. Mais que si tout le monde prend ce sujet à bras-le-corps, nous progresserons et ferons en sorte de faire de nos villes et de Paris en particulier, des lieux qui aiment et qui protègent nos enfants.
Merci Emmanuel Grégoire, candidat à la mairie de Péril, d'être venu témoigner ce matin au micro de France Inter.
Et merci Benjamin Duhamel, il est 7h58.
Emmanuel Grégoire