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interviewBFMTV· 15 avril 2025

Censure, présidence des Républicains, budget...L'interview de Michel Barnier en intégralité

Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.

BFM TV face à face. Apolline de Malherbe. Il est 8h32 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV.

Bonjour Michel Barnier. Bonjour Apolline de Malherbe. Merci d'être dans ce studio pour répondre à mes questions ce matin.

C'est la première interview matinale que vous donnez depuis que vous aviez quitté Matignon. Vous avez bien sûr été Premier ministre de septembre à décembre dernier. Vous avez été aussi ministre des Affaires étrangères.

Vous avez été deux fois commissaire européen. Vous avez été négociateur du Brexit. De nombreuses questions à vous poser ce matin. et notamment sur la manière dont François Bayrou pourrait peut-être réussir là où vous avez échoué sur les efforts budgétaires.

Mais je voudrais d'abord vous interroger sur un témoignage que j'ai reçu ce matin et qui m'a particulièrement frappé. Le témoignage d'un boulanger. Il s'appelle Cédric.

Il a 4 commerces, 4 boulangeries. Il fermera pour la première fois le 1er mai prochain. Pourquoi ?

Parce qu'on dit aux boulangers qu'officiellement, depuis des années ils sont tous ouverts, mais qu'officiellement ils n'ont pas le droit d'être ouverts le 1er mai, pas le droit de faire travailler leurs salariés, même s'ils étaient prêts à les payer double ou triple. Écoutez Cédric. Je ne prendrais pas le risque de payer 750 euros d'amende par salarié.

Je pensais que c'était légal. C'était un jour qui était payé triple. Tout est fait pour empêcher les gens de travailler.

En France, j'ai l'impression qu'on ne veut plus travailler. Pourtant c'est la seule façon de créer de la richesse, au lieu de nous prendre des impôts, qu'on nous laisse travailler, on créera de la richesse. Et on nous met des bâtons dans les roues en permanence.

On est prêt à travailler plus, on est prêt à payer nos impôts, et on nous met des bâtons dans les roues, on nous dit d'arrêter de bosser. Est-ce que ce n'est pas une des contradictions françaises, Michel Barnier ? Mais évidemment, ce problème s'inscrit dans le défi général de l'impuissance publique.

Hier, on a déploré le décès d'un grand prix Nobel de littérature, par Jova, par Kess Lursa, qui était franco-péruvien, et qui disait un jour dans une interview, on ne peut pas vivre qu'avec des vérités. Je serais tenté de dire, j'oserais dire à votre micro, on ne peut pas gouverner sans dire la vérité. Donc c'est ce que j'ai essayé de faire quand j'ai été Premier ministre.

Dire la vérité sur les comptes publics, sur le fait qu'on tire des chèques en blanc ou en bois sur la tête de nos enfants depuis trop d'années, je rappelle le chiffre, on va payer au titre des intérêts à des gens qui nous prêtent de l'argent, souvent des fonds de pension américains ou autres, on va payer 60 à 65 milliards d'euros cette année. Et puis l'impuissance publique, c'est le deuxième constat que j'ai fait en devenant Premier ministre, et vous avez avec ce témoignage de ce boulanger un exemple, l'impuissance publique à réduire la bureaucratie, à donner de la souplesse, à permettre aux gens qui veulent travailler de le faire, à réduire l'immigration, à la supprimer, l'immigration clandestine, à réduire la dette, à l'impuissance publique, à se parler, à prendre en charge l'intérêt national. Pourquoi je suis tombé ?

Parce que vous avez des partis politiques, l'extrême droite d'un côté, l'extrême gauche de l'autre, et le parti socialiste qui à cet instant-là était irresponsable, qui ont laissé de côté l'intérêt du pays. L'intérêt du pays, c'était de chacun prendre sa part, chacun prendre sa part du déficit de la France, et de réduire ce déficit pour nos enfants. S'ils ne le font pas pour les autres, qu'ils le fassent au moins pour leurs enfants, ou pour les jeunes Français.

Et donc, il faudra que chacun rende des comptes. Voilà ce que je pense. En 2027, le jugement du peuple arrive.

En 2027, il va falloir que chacun rende des comptes. Et on va y revenir, et on va s'y projeter aussi avec vous, parce que vous, vous êtes projeté aussi en 2027, notamment auprès de vos partisans et des anciens membres de votre gouvernement. Vous dites, il faut dire la vérité, et en même temps, vous dites, je suis tombé.

Est-ce que ce n'est pas parce que vous avez dit la vérité que vous êtes tombé ? Possiblement, mais je ne le regrette pas. J'ai dit un jour à Pauline de Ballère, je préfère être impopulaire qu'irresponsable.

Mais en même temps, si on ne peut plus gouverner...

Non, mais cette vérité, elle est là. Vous savez très bien qu'à un moment donné, pour des raisons totalement tactiques et opportunistes, Mme Le Pen a baissé le pouce, et elle a joint ses voix à l'extrême-gauche. Et le Parti Socialiste, c'est là où j'ai eu la plus grande déception.

Mais ce n'est pas à cet instant comporté comme un parti de gouvernement. Il n'a pas été à la hauteur, le Parti Socialiste. Alors peut-être qu'il est devenu parce que j'ai essuyé les plâtres, probablement.

Mais j'espère que les circonstances seront un peu différentes pour le Premier ministre, à qui je souhaite de réussir. Il vous doit beaucoup, finalement, François Bayon. Parce que vous avez essuyé les plâtres, comme vous dites.

Je ne peux pas dire qu'il me doit beaucoup. On verra bien. En tout cas, je souhaite qu'il réussisse.

Mais le problème que j'ai indiqué, l'État de la France, le déficit public, l'impuissance publique, ce constat, il est toujours là. Et le diagnostic, moi, j'ai envie de le reprendre là où il était. Il faut que les partis politiques prennent leurs responsabilités.

Et puis il faudra qu'on assume dans le débat présidentiel, qui est le principal débat qui va commencer, et puis j'espère une majorité absolue à l'Assemblée nationale, qu'on assume ce constat de l'impuissance publique et qu'on règle cette question et qu'on dise la vérité aux gens. Je suis frappée. En fait, vous êtes en campagne.

Non, je participe au débat. Je participe au débat. Si vous personnalisez les choses...

Non, non, mais je veux dire, vous estimez que la campagne, elle commence maintenant. Évidemment qu'elle commence maintenant. Et vous en prenez votre part.

Alors on va voir à quel rôle, on va voir à quelle place. Il faut que, le plus tôt possible, en tout cas en 2027 ou plus tard, on ait la capacité d'avoir un nouveau président de la République. Et j'espère qu'il serait issu de la droite et du centre.

Et une majorité absolue. Ça ne veut pas dire une majorité homogène et fermée. Une majorité plurielle.

Je pense même qu'il faudra une coalition. Même si le président de la République a un grand parti avec lui, ce que je souhaite, il faudra qu'il fasse attention aux autres, qu'on ait une coalition. Ce que j'ai essayé de faire à l'Assemblée nationale, pendant quelques mois, en réunissant des gens qui soutenaient le gouvernement actuel ou le gouvernement précédent.

Et puis, mon propre parti, les Républicains, qui s'est joint pour la première fois avec le Sénat, ne l'oubliez pas, pour soutenir le gouvernement. Michel Barnier, on regardera dans un instant jusqu'où irait cette coalition. Mais vous le dites, le diagnostic est le même.

François Bayrou va tout à l'heure tenir une sorte de conférence sur les finances publiques, avec l'objectif, je cite, de sensibiliser les Français aux pathologies budgétaires du pays. Ça fait combien de temps qu'il y a des pathologies budgétaires dans ce pays ? Ça fait une trentaine d'années.

Quand on parle du constat, d'ailleurs, j'espère qu'on aura un instant pour en parler, je veux dire aussi que notre débat politique est très hexagonal. On se regarde le nombril trop souvent. Il y a des problèmes que personne ne viendra régler pour nous.

La question de la dette française, c'est un autre problème. La question de la durée du travail, des 35 heures, c'est un autre problème. Je pense à ce boulanger.

La question de la compétitivité française, c'est un autre problème. Personne ne viendra régler le problème à notre place. On a trop pensé pendant longtemps, jusqu'à ce que Donald Trump, en gros, siffle la fin de la récréation, on a trop pensé qu'on pouvait s'en remettre aux autres.

La fin des dividendes, comme le dit Emmanuel Macron. On a trop regardé nos problèmes par nous-mêmes. Je répète qu'il y a des problèmes que nous pouvons seulement nous régler, et personne ne viendra régler pour nous.

Il y a des problèmes aussi qui viennent d'ailleurs. Et vous voyez bien, avec les folies de M. Trump, l'attitude d'agression de la Russie, il faut regarder ce qui se passe autour de nous.

Moi, j'ai eu la chance d'être à Bruxelles pendant quelques années et de voir un peu les problèmes de la France. Et encore, je répète, il y a des problèmes que nous devons nous-mêmes régler pour nous-mêmes. Alors, lesquelles sont les priorités ?

Comment faire pour trouver 40 milliards d'économies ? Et encore, est-ce que 40 milliards, c'est suffisant ? Non, je ne crois pas que ce soit suffisant, mais c'est un début.

Il faut aboutir à une situation, en 2029 ou 30, on est 3% de déficit, on est loin du compte. Le gouvernement actuel, pour différentes raisons, n'a pas obtenu l'effort que j'avais souhaité dès la première année, moins 1% de déficit. Donc la marche à franchir en 2026 sera un peu plus haute et donc plus difficile.

Je souhaite qu'il y arrive. Il y a des solutions. Et encore une fois, il faudra peut-être travailler, par exemple, sur la base du rapport de la Cour des comptes sur l'assurance maladie.

Il y a des réductions de dépenses, des fonctionnements de l'État. Il y a trop d'agences dans ce pays. Il y a trop de bureaucratie.

Je pense que si on réglait la question de l'inflation des normes, des règlements de la bureaucratie qui empoisonnent souvent la vie des gens et des agriculteurs comme des entreprises et parfois des consommateurs, on gagnerait un ou deux points de PIB. Donc il y a un effort collectif. Mais tout ça exige, comment dirais-je, Apolline de Baller, un effort d'intelligence nationale.

Il faut que tout le monde prenne...

Vous y croyez encore à ça ? À une forme d'union nationale ? Moi, je crois que chacun doit prendre sa responsabilité, doit prendre sa part.

Et on ne peut pas perdre les deux ans qui viennent. Tout le monde est responsable de ce qui va se passer. Bien sûr, le gouvernement doit bouger.

Mais aussi les partis politiques doivent bouger. Ils doivent être responsables. Ils vont devoir rendre des comptes aux Français.

Et comment on n'a pas utilisé ces deux années pour lutter contre l'impuissance publique, pour réduire le déficit, pour maîtriser l'immigration aux frontières, comme essaye de le faire avec beaucoup de courage Bruno Retailleau ? Bruno Retailleau. Que vous soutenez Bruno Retailleau dans la course à la présidence.

J'ai fait le choix de le soutenir, lui, pas de m'opposer à quelqu'un d'autre. Je fais le choix de le soutenir parce qu'il a le sens de l'État, qu'il était mon ministre, qu'il est extrêmement courageux et qu'on a besoin de quelqu'un comme ça à la tête de ce parti politique. Vous l'avez entendu, les maires de France boycottent le rendez-vous avec François Bayrou tout à l'heure.

Ils estiment que c'est toujours à eux de faire les efforts et c'est toujours sur eux qu'on se repose. Est-ce que vous les comprenez ? Oui, je peux comprendre cette réaction.

Maintenant, il faut toujours essayer d'être à la table pour écouter ce qui se dit. Je pense que le Premier ministre a raison de vouloir dialoguer avec tout le monde et expliquer. Mais je n'ai pas beaucoup aimé, lorsque je suis devenu Premier ministre, d'avoir entendu, avant que j'arrive, ce procès qu'on faisait aux collectivités locales, aux maires, des petites communes comme des grandes, aux départements, aux régions, en disant, c'est vous qui êtes responsable du déficit.

On a vu, quelques mois plus tard, que ce n'était pas vrai. Donc, il ne faut pas mettre en accusation les maires qui sont à la veille des élections municipales et qui font un travail formidable pour la République française, pour l'unité du pays. Et on ne peut pas les considérer comme les sous-traitants de l'État.

Donc, vous comprenez qu'ils se disent, on en a assez de payer pour tout le monde ? Je comprends qu'ils soient vigilants, même si je pense, comme je m'y étais engagé, que départements, régions et communes doivent participer à l'effort de réduction de la dépense publique. Il y a un point sur lequel vous aviez fini par céder.

C'était la question de l'indexation des pensions de retraite sur l'inflation. Aujourd'hui, ça fait à nouveau partie, finalement, ça revient par la fenêtre, des questions qui pourraient être soulevées pour trouver ces économies. Supprimer l'abattement de 10% pour les retraités et ne plus indexer sur l'inflation, mais peut-être seulement sur les salaires.

Ça fait partie des pistes dont vous vous dites qu'il faut absolument les exploiter ? Pour être précis, j'avais simplement proposé de retarder l'indexation de quelques mois, du 1er au 30 juin. Donc, je n'avais pas proposé de la supprimer.

Je pense que tout le monde doit faire un effort. Je l'ai dit moi-même plusieurs fois. Chacun devra faire un effort.

Vous m'avez...

Si vous regardez les déclarations que j'ai faites à la télévision ou dans les journaux, chacun doit faire un effort, mais il faut que cet effort soit juste. Ce que les Français ne supportent pas non plus, c'est le sentiment d'injustice, qu'il y a dans ce pays, la justice fiscale, la justice sociale. Donc, il y a des efforts à faire, mais il y a aussi des efforts à faire, par exemple, contre la fraude sociale ou la fraude fiscale pour moins gérer les hôpitaux ou un certain nombre de services publics avec trop d'administrations.

Ça, ça serait une priorité pour vous ? On sait que la Cour des comptes, notamment sur la question de l'assurance maladie, dit qu'il reste environ 4 milliards qui seraient de la fraude. Je pense que la Cour des comptes a fait un rapport sérieux et qu'il faut l'écouter.

Je sais que la fraude existe. La fraude aussi, j'ai proposé de travailler, par exemple, pour un changement complet des gardes vitales pour vérifier que tout le monde, tous ceux qui ont une carte vitales...

Mais la fraude, c'est surtout du fait des médecins. D'ailleurs, Cédric Le Boulanger, tout à l'heure, qui nous appelait, parmi les points dont il témoignait, il y avait la question du 1er mai, mais il y avait aussi, par exemple, le fait que l'un de ses salariés, dit-il, l'assurance maladie l'a appelé hier pour l'informer qu'un de ses salariés qui était officiellement en arrêt n'était en réalité pas vraiment en arrêt et que c'était un arrêt de complaisance qui lui était délivré par son médecin. Mais chacun a fait son travail.

Et donc, dans ce cas-là, l'assurance maladie a fait son travail. Et on sait bien qu'il y a de la fraude. Donc il faut que...

L'esprit de responsabilité à Pauline de Valère, auquel j'appelle les partis politiques, il vaut pour tout le monde. Chacun doit faire un effort. Mais la situation est très grave.

Elle l'est, d'autant plus que nous sommes agressés de l'extérieur par M. Trump ou par M. Poutine.

Il faut bien ouvrir les yeux et se dire que...

Puisque je veux dire un petit mot quand même la situation de M. Trump et des provocations qu'il fait tous les jours, je crois qu'il ne faut pas passer trop de temps à commenter ce qu'il fait ni ce que fait son vice-président. En revanche, il faut être beaucoup de sang-froid et beaucoup d'actions collectives au niveau européen.

Et la grande chance, je veux le dire parce que vous le savez, je suis patriote européen et je suis fier de l'être, la grande chance que nous avons, c'est d'être appuyés sur un marché unique de 450 millions de citoyens. C'est l'Union européenne et c'est notre chance parce que c'est la seule chose qui peut faire plier M. Trump et qui peut faire aussi que le président chinois un jour ou M.

Poutine nous respecte à nouveau. C'est le moment de dire merci à l'Europe pour vous ? Non, c'est le moment d'être européen en même temps que d'être patriote et de se dire qu'une partie de nos réponses à cette agression extérieure.

On y répondra mieux en étant ensemble. Est-ce qu'elle répond suffisamment vite et suffisamment fort à l'Union européenne ? Moi, je pense qu'elle a bien fait.

Et d'ailleurs, ce n'est pas la première fois. De ne pas s'agiter immédiatement ? Il n'y a pas d'agitation.

Il faut être très calme avec beaucoup de sang-froid. Vous voyez bien d'ailleurs que M. Trump change d'opinion.

Il est dans une sorte de croisade contre la Chine, une croisade contre l'Europe. Il n'aime pas l'Europe, M. Trump.

Parce que nous sommes...

Il est entouré de spéculateurs, de financiers, de milliardaires qui n'aiment pas le pôle de gouvernance que nous constituons et qui les empêchent de spéculer tranquillement. Comme M. Poutine n'aime pas l'Europe de son côté parce que nous sommes un pôle d'attractivité politique pour les peuples d'Europe centrale qui sont déjà revenus dans l'Union européenne et d'autres qui pourraient un jour y revenir.

Qu'est-ce qui vous a frappé le plus pendant ces trois mois à Matignon ? Il y a le régime des partis sans l'esprit de compromis. Et donc je pense que dans ce pays, on doit avoir la culture du compromis.

On doit l'apprendre. On n'est pas toujours d'accord. On ne vient pas du même endroit.

On ne va pas au même endroit. Mais sur des sujets d'intelligence nationale, d'intérêt national, l'intérêt de nos enfants, il faut qu'on soit ensemble. Ça vous a déçu ?

Vous êtes déçu ? Oui, j'ai été déçu. J'ai été déçu par l'irresponsabilité de l'extrême droite, du Rassemblement national et de l'extrême gauche qui donne ce spectacle navrant à l'Assemblée nationale.

Et puis de l'irresponsabilité, du manque du sens de responsabilité du Parti socialiste au moment où je suis tombé. Parce qu'ils m'ont fait tomber. C'est eux qui vous ont fait tomber.

Vous estimez vraiment que c'est le Parti socialiste ? Oui, j'attendais. Vous savez, quand je suis arrivé à Matignon, le lendemain, le surlendemain, j'ai appelé M.

Hollande, j'ai appelé M. Vallaud, j'ai appelé M. Faure et tous les trois m'ont dit la même chose.

Alors que je n'avais pas ouvert la bouche, je n'avais pas informé le gouvernement, je n'avais pas annoncé mon programme avec 10 jours seulement pour faire le budget. Ils m'ont dit on vote la censure. Tu n'es pas de gauche, nous voulons un Premier ministre de gauche, donc nous allons voter la censure contre le budget.

Et donc je savais, je n'avais rien à attendre de ce côté-là. Ça, ce n'est pas responsable et je leur en veux. Vous leur en voulez ?

Je leur en veux, pas personnellement, mais je leur en veux pour l'intérêt du pays. Et quand je vous ai dit tout à l'heure que vous êtes en campagne, vous savez immédiatement non, non, pas du tout, pas du tout. Mais pourquoi pas ?

Et pourquoi pas ? Nous verrons bien. Ce que je veux dire, à bonne élève, c'est que ça ne sert pas de personnaliser les choses à ce stade.

Non, mais je ne dis pas personnaliser, mais je veux dire, à un moment, les uns et les autres commencent à se lancer dans la course. Vous avez d'ailleurs vous-même plusieurs fois été dans la course, y compris à la tête de votre propre famille politique. Aujourd'hui, vous vous engagez pour Bruno Retailleau à la tête des LR.

On le voit bien, je veux dire, vous restez sur votre faim après ces trois mois. Vous avez fait beaucoup. Non, dites les choses autrement.

Je veux rester utile tant que vous avez des convictions, tant que vous avez une capacité identique à celle que j'avais quand j'ai été élu la première fois. J'avais 22 ans, haute parenthèse. La même capacité de vous indigner, la même capacité de vous enthousiasmer.

Vous avez envie d'être utile. C'est mon cas. Je viens de créer d'ailleurs une association des amis de Michel Barnier pour réunir tous ceux qui veulent m'aider et je vais participer à ce débat et je veux être utile et je verrai bien.

Mais je veux être utile, je veux être une solution à l'unité de mon camp, qui est le camp de la droite et du centre, élargie à tous ceux qui voudront participer au redressement de notre pays et à la lutte contre l'impuissance publique. Et ça veut dire que quand vous dites on verra bien, je verrai bien, ça veut dire pourquoi pas ? Ça veut dire que je prendrai ma part et que je veux être utile au débat politique et à mon pays.

Je veux continuer à être utile à mon pays. Michel Barnier, Marine Le Pen, inéligible, en attendant son procès en appel inéligible avec effet immédiat. Vous disiez tout à l'heure certains Français ont un sentiment d'injustice.

Marine Le Pen dit que c'est une forme d'injustice ou en tout cas de justice politique. Qu'est-ce que vous en dites, vous ? Je pense qu'il faut faire très attention.

Madame Le Pen est députée. Ses amis le sont. M.

Bardel a dit qu'ils font la loi. Ils font la loi. C'est leur honneur et c'est leur responsabilité.

Il faut qu'ils respectent la loi. Et dans cette loi et dans cet état de droit, il y a le respect de l'indépendance de la justice. Voilà ce que je pense.

Et donc, s'ils ont commis une faute et clairement, la justice dit qu'ils ont détourné des fonds publics européens, il faut qu'ils respectent la loi. Cette autre question, Apolline de Malherbe, indépendante, on ne va pas faire des lois de circonstance pour Mme Le Pen ou pour quelqu'un d'autre. Savoir s'il est normal qu'une peine soit exécutoire avant le dernier recours.

Voilà. Ça, c'est une question qui peut être posée mais indépendamment du cas de Mme Le Pen. Donc, sur la question de l'exécution immédiate, ce qu'on appelle l'exécution provisoire, là, vous dites...

Je pense qu'il y a un sujet pour les élus locaux, pour tous ceux qui sont dans ce cas-là, mais indépendamment du cas de Mme Le Pen. En attendant, quelqu'un qui fait la loi doit la respecter. C'est aussi simple que ça.

Vous avez dit tout à l'heure, Michel Barnier, il faudra une grande coalition. Elle commence où ? Elle s'arrête où ?

En tout cas, c'est le socle, comme je l'ai souvent dit, qui rassemble aujourd'hui les centristes, une famille importante, les amis d'Edouard Philippe, les amis de M. Macron et puis les Républicains. Mais sans doute, grâce à la partie des Républicains qui a retrouvé de l'élan depuis que j'ai été Premier ministre et avec des grands ministres comme M.

Rotaillot, Mme Genevard et d'autres, aujourd'hui, M. Tabarro qui font...

Je pourrais citer les quelques ministres qui sont restés et qui font la preuve que les Républicains sont un parti de gouvernement responsable et c'est l'honneur de Bruno Rotaillot en particulier de tenir cette place. Depuis que je suis revenu au gouvernement pendant trois mois, on a vu les militants revenir, on a vu les élus revenir. Donc, on a besoin de la partie de la droite républicaine qui soit forte, notamment pour que des citoyens en toute bonne foi et je pense qu'il faut les écouter qui ont eu la tentation ou qui ont eu un vote pour M.

Scotti ou Mme Le Pen reviennent vers nous. Donc, ce parti est important dans cette coalition avec tous ceux qui sont plus au centre. reviennent vers nous mais aucun accord d'aucune sorte avec l'ERN ou avec l'ERN.

Jamais. Michel Barnier, un mot encore sur...

D'ailleurs, au-delà du fait qu'ils m'ont fait tomber, c'est eux qui ont pris aussi avec le Parti Socialiste la décision de joindre leur voix et il faudra qu'ils rendent des comptes parce que moi, je vais leur demander et les Français leur ont demandé. Ils ont joué leur voix à l'extrême-gauche à un parti antisémite et un parti qui fait n'importe quoi. Donc, il faudra bien que cette irresponsabilité-là chacun l'assume.

Il faudra rendre des comptes. C'est un mot que vous redites de nombreuses fois depuis le début de cet entretien. Michel Barnier, un mot sur les plus fragiles, les plus âgés, la question aussi de la loi fin de vie qui commence à être discutée cette semaine.

Bruno Retailleau, que vous soutenez pour LR, dit « Cette loi va dans le très mauvais sens. Demain, ce que je crains, c'est que ce soit beaucoup plus facile de demander la mort que d'avoir des soins. Au moment de votre mort, les uns et les autres vont se poser la question « Suis-je un fardeau pour la société ? » Est-ce que vous partagez son inquiétude ou est-ce qu'au contraire vous soutenez cette loi ?

Moi, j'aurais sans doute, comme le Premier ministre l'a décidé, séparé les sujets des soins palliatifs qui ont une loi, celle de M. Leonetti, qui a été complétée depuis et qui est une loi qu'il faut appliquer, qui exige des moyens. La fin de vie, ce n'est pas soigné, c'est autre chose.

Donc, je crois qu'il faut faire très attention. Et je me pose des questions aussi sur le texte que j'ai vues, comme Bruno Rotaillot, comme d'autres, au-delà des questions morales, qui va beaucoup trop loin. Voilà ce que je pense.

Ce texte en l'État va beaucoup trop loin. Je pense tel qu'il est actuellement issu des débats parlementaires, il va trop loin. D'ailleurs, beaucoup de députés qui sont favorables à cette idée-là souhaitent revenir ou préciser un certain nombre de points.

Je pense qu'il faut leur donner cette possibilité. Merci, Michel Barnier, d'avoir répondu à mes questions ce matin. Vous qui êtes évidemment l'ancien Premier ministre et qui dites que l'important, ce sera aussi 2027, même si d'ici là, il faut être utile, 2027 où il faudra rendre des comptes.

Merci à vous. Et agir avant. Il est 8h52 sur RMC et BFM TV.