Bardella en Israël : dernière étape de la dédiabolisation du RN ?
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C'est une bien triste première quand on connaît les origines du Rassemblement National. Le président du RN, Jordan Bardella, est reçu en Israël ce mardi, invité par Benjamin Netanyahou pour participer à une conférence internationale contre l'antisémitisme organisée par le gouvernement israélien d'extrême droite. Dans une convergence des populismes, comme on en voit de plus en plus, Netanyahou a donc décidé de faire l'impasse sur le passé de ce qui était, il n'y a pas très longtemps encore, le Front National, parti fondé par l'antisémite notoire Jean-Marie Le Pen et le Waffen-SS Pierre Bousquet.
Et ses racines, cette histoire, colle à la peau du RN, même si ses cadres continuent, l'opération de dédiabolisation entamée depuis que Marine Le Pen a pris l'RN du parti.
Dans quelques heures, dans quelques jours, je m'envolerai pour Israël, où je suis invité à intervenir sur cette grande cause qui doit nous unir, qu'est la lutte contre l'antisémitisme, à l'invitation du gouvernement de l'État d'Israël. Et je m'y rendrai aussi comme un acte de solidarité à l'égard d'une nation qui lutte non seulement pour sa sécurité, mais qui lutte, comme nous devons lutter ici, contre le fondamentalisme islamiste et contre le terrorisme. Donc, le Rassemblement National, et je le dis très clairement, n'est plus le Front National. Le Rassemblement National n'est pas le Front National.
Et si précisément, il y a eu cette rupture que vous évoquez en 2015, entre Marine Le Pen et son propre père, c'était en très grande partie en raison, et à raison, de la question de l'antisémitisme.
Ce qui veut dire que les regrets ne sont que des regrets. Alors, malgré la critique, malgré la controverse, Bardella exulte lors de cette conférence. Il prononcera un discours sur la montée de l'antisémitisme en France depuis le 7 octobre, avec dans sa délégation une certaine Marion Maréchal, qu'on ne nomme plus Le Pen. Alors, comment expliquer cette invitation solennelle du porte-étendard de l'extrême droite française en Israël ? On en parle tout de suite avec Bélir Nabli. Bonsoir, Bélir. Bonsoir. Alors, Bélir, cette invitation officielle de Bardella en Israël, c'est le dernier étage de la dédiabolisation du RN ?
En fait, c'est un événement qui est à la fois, comment dire, paradoxal et normal. Paradoxal parce que, comme tu l'as rappelé, le RN, malgré tout, s'inscrit dans une histoire, celui de ses ancêtres individuels et partisans, celui du Front National, qui a été notamment cofondé par des antisémites, et dont le présent, en tant que parti, le RN, est encore rythmé par des scandales autour de l'antisémitisme de certains de ses candidats ou de certains de ses cadres et militants. Ses élus, même des députés. Voilà. Donc, l'antisémitisme, contrairement à ce que vient de déclarer M. Bardella, ne relève pas du passé, mais bien du présent du RN.
Donc, d'une certaine manière, on a cet aspect paradoxal par rapport à cet événement, d'autant plus que, du côté d'Israël, c'est un État qui est né de l'idée de rompre avec la menace que représente l'antisémitisme pour les Juifs d'Europe en particulier. Donc, effectivement, l'événement est paradoxal en soi. Et, en même temps, il y a une part de normalité ou de logique dans cet événement, en ce sens où, effectivement, côté Rassemblement National, il s'inscrit dans la stratégie et le processus de banalisation, de normalisation du RN, notamment en tentant d'afficher la lutte contre l'antisémitisme comme un élément de sa nouvelle identité politique.
Et, côté israélien, il y a aussi, dans cette part de logique également, l'affirmation d'une identité politique d'extrême droite, incarnée à la fois par le gouvernement en place, mais qui dépasse le gouvernement Netanyahou, et qui rejoint en cela l'identité politique, l'ADN politique d'un parti comme le Rassemblement National. Et qui est prêt à ignorer, justement, les accointances anciennes, des accointances avec les nazis du parti qu'est le Rassemblement National ? Absolument. Et en cela, ce n'est pas nouveau du tout, du tout.
Je ne vais pas remonter trop loin dans l'histoire de l'État d'Israël et de ses cofondateurs, mais il suffit de rappeler notamment qu'Ariel Sharon, l'un des principaux prédécesseurs de Benjamin Netanyahou, et qui était également estampillé de la droite nationaliste, voire de l'extrême droite, lui-même assumait de cultiver une relation particulière avec ces Américains évangélistes qui sont animés par à la fois un sentiment pro-sioniste, mais un pro-sionisme, pour reprendre leur propre terme, qui était animé par une conception, une lecture de la Bible fondamentalement antisémite, puisque leur volontarisme, leur engagement pour Israël est animé par l'idée suivant laquelle, finalement, l'existence d'Israël est inhérente à un projet biblique qui passera, à un moment donné, par, finalement, la conversion des Juifs en chrétiens.
Donc, c'est une image, une représentation des Juifs qui est foncièrement antisémite et qui anime cette frange des chrétiens évangélistes qui représente près de 50 millions de personnes aux États-Unis et qui est l'un des noyaux durs, si ce n'est le noyau dur de l'électorat actuel de Donald Trump.
Et donc, à l'époque, déjà, Ariel Sharon se présentait devant eux, cultivait une relation privilégiée avec ces Américains-là, une relation qui n'a cessé de se renforcer à travers la figure de Benjamin Netanyahou et qui, aujourd'hui, donc, se traduit notamment par cette capacité des dirigeants israéliens à tendre la main à des antisémites notoires, y compris, donc, vis-à-vis du Rassemblement national dont l'histoire est connue et dont le présent est également bien connu et ne permet pas d'attribuer un quelconque blanc-seing en matière d'antisémitisme.
Est-ce que l'arrivée au pouvoir de Donald Trump, on sait qu'il représente aussi ce courant conservateur salué et grandement estimé par le Rassemblement national, est-ce que cette arrivée de Trump au pouvoir et les liens d'amitié avec Benjamin Netanyahou favorisent aussi, d'une certaine façon, la reconnaissance officielle du RN en Israël ? Pas sûr que Donald Trump connaisse véritablement le Rassemblement national et encore moins Jordan Bardella. Je te renvoie notamment à l'excursion de Zemmour à Washington qui a essayé de feindre une visite officielle, ou presque, lors de la cérémonie d'investiture du nouveau président américain.
Non, je pense que tout cela s'inscrit dans un mouvement de fond. Il suffit de constater la manière dont l'essentiel des leaders d'extrême droite aujourd'hui au pouvoir dans le monde sont également pro-israéliens. C'est-à-dire qu'ils adhèrent à ce soutien conditionnel à Israël. Tu as cité Donald Trump, on peut citer également le président argentin, Milley, on peut citer le premier ministre indien, Modi. Donc tu vois que c'est transcontinental, c'est transculturel.
Par contre, politiquement, il y a le même ADN qui relève de l'extrême droite, c'est-à-dire qui relève de la xénophobie, notamment, donc le rejet de l'autre, et une radicalité qui peut amener à exhorter ou à reconnaître une forme de légitimité à la violence politique, voire physique. Donc c'est un mouvement historique qui dépasse à la fois Jordan Bardella, Donald Trump ou d'autres. C'est un mouvement historique qui vient, en vérité, dévoiler la dérive de l'État d'Israël qui est devenue une espèce de référence qui s'impose à tous les leaders d'extrême droite qui citent Israël en exemple, notamment à travers un système axiologique, c'est-à-dire des valeurs, l'autorité, la sécurité.
Ils n'osent pas le dire, mais aussi, on pourrait ajouter, le racisme, puisque Israël est associé notamment dans un récent avis de la Cour internationale de justice à un système d'apartheid eu égard au système juridique appliqué à l'encontre des Palestiniens de Cisjordanie, de Jérusalem. Et donc, tout cela fait qu'Israël est devenu plus qu'un symbole, c'est devenu un système de référence dans le logiciel d'extrême droite contemporain. Netanyahou et sa politique sont assez impopulaires en Israël. Il y a eu d'énormes manifestations le week-end dernier, notamment. On peut imaginer que cette invitation retourne encore plus son opinion contre lui ou cette opinion s'en désintéresse finalement ?
Il faut se départir, je pense, du regard franco-français. Pour nous, c'est un événement eu égard à l'histoire de France aussi, où l'antisémitisme est bien ancré et un antisémitisme d'extrême droite qui a donné naissance au Front national et qui a participé à la naissance du Rassemblement national. Mais du point de vue israélien, tout cela est, à mon avis, secondaire, marginal. Non, c'est d'abord une affaire franco-française, mais qu'il faut mettre dans la perspective que j'ai rappelée au niveau global.
Mais quand je dis que c'est une affaire franco-française, il faut aussi rappeler un certain nombre de rubicons ou de lignes rouges, oui, de seuils qui ont été franchis récemment dans ce processus de normalisation et de banalisation du Rassemblement national. Je ne reviens pas sur les institutions tenues par la droite ou les macronistes qui sont une figure particulière de la droite et qui ont participé à non seulement la normalisation, mais à l'institutionnalisation du RN. Non, je pense aussi à des prises de parole vraiment pour le coup qui transgressent, qui ont transgressé notre imaginaire.
Je pense à la figure de Klarsfeld, père et fils, père et fils qui contribuent, j'allais dire, au quotidien, au présent, à cette dédiabolisation en saluant d'une certaine manière la démarche de Marine Le Pen, le Rassemblement national et qui, en même temps, malheureusement, participe à la stigmatisation d'une autre cible, les arabo-musulmans, pour aller vite. Ce qui illustre parfaitement finalement la dérive dont je te parlais en ce sens où, comme l'a reconnu Jordan Bardella, le régime israélien et le Rassemblement national ont des cibles communes.
Alors, en France, Jonathan Harfi, qui dirige le CRIF, le Conseil représentatif des institutions juives de France, a déclaré, dans un euphémisme, là aussi, assez troublant, qu'il demeure une méfiance vis-à-vis du Rassemblement national. Et réponse du porte-parole Julien Audoul, le RN serait le véritable défenseur de la communauté juive de France. On y écoute.
Le Rassemblement national et même le dôme de fer, le dôme de fer de la communauté juive de France, parce que nous sommes les seuls à vouloir lutter et à avoir la détermination d'éradiquer l'islamisme qui aujourd'hui tue et met en insécurité nos compatriotes de confession juive. Monsieur Harfi, avec tout le respect que j'ai pour lui, malheureusement, n'est pas représentatif. Le CRIF n'est plus représentatif.
Je le dis parce que, vous voyez, sur le terrain, bon nombre de nos compatriotes ont bien compris aujourd'hui que, malheureusement, certains s'étaient totalement aveuglés et n'avaient pas voulu voir et dénoncer la menace, cette menace qui s'est propagée, qui a été alimentée par les politiques d'immigration, parce que l'antisémitisme de l'islamisme ne s'est pas implanté comme par enchantement. Il a été nourri par les vagues migratoires. Plus vous importez d'antisémites, plus l'antisémitisme, malheureusement, prospère dans les quartiers, que ce soit dans les mosquées radicales, chez certains prédicateurs, chez certaines officines ou autres, sur certains terrains de sport.
Vous avez eu des manifestations pro-Gaza, anti-Israël, sur certains terrains de football. Donc, très clairement, M. Harfi se trompe de combat et il a 40 ans de retard, malheureusement, pour lui. Et en faisant ça, il ne sert pas nos compatriotes de confession juive.
Alors, Bélir, il n'est pas question ici de défendre le CRIF, qu'on sait parfois problématique sur certains sujets. Mais cette attaque de Julien O'Doul vis-à-vis d'une organisation représentative des Juifs, c'est assez risible de se poser en dôme de fer des Juifs de France de la part du RN. Oui, même si c'est évident, quand même, le discours qu'on vient d'entendre cultive un système d'amalgame et de confusionnisme qui, malheureusement, comme tu l'auras constaté, n'a à aucun moment été contredit. Cette logorée vraiment xénophobe dans la mesure où elle repose sur l'amalgame entre immigration, terrorisme, notamment, et personne sur le plateau ne l'a contredit.
Alors, c'est ça aussi qui nourrit finalement ce confusionnisme caractéristique du débat public et qui le dégrade. ce qui est l'un des principaux moteurs également du discours du RN. Il est sur une sorte d'autoroute sans aucun contrôle, sans aucune vigie et donc ça donne ce type de sorties médiatiques pour le moins détestables. Pour répondre à ta question, les déclarations d'Odoul, malgré tout, elles sont intéressantes en ce sens où, au-delà d'un soutien inconditionnel à Israël et au-delà de cette volonté d'apparaître comme les protecteurs des Juifs de France, il y a non seulement une volonté de s'inscrire dans la dédiabolisation du RN, mais il y a plus. Il y a plus.
Ce n'est pas que du discours et une volonté finalement de changer la vitrine. Non, non, il y a aussi... Enfin, ça reste un parti qui s'inscrit dans une compétition électorale. dans leur esprit, dans l'esprit des cadres et de la direction du RN, il y a un marché à investir, un marché électoral. C'est comme ça qu'ils pensent et donc, ils essayent d'incarner une nouvelle offre. Ils essayent de cultiver une tentation aussi pour des Juifs de France de franchir le Rubicon et de voter pour le RN. Donc, c'est ça aussi qui est en jeu. Il faut le garder à l'esprit. il y a une logique boutiquaire, arithmétique, électorale.
On a affaire à des politiques, on a affaire à un parti politique qui, au-delà de, encore une fois, de la refonte de la vitrine, veut accéder au pouvoir. Et l'accès au pouvoir suppose non seulement de déconstruire ce qu'il représentait aux yeux de la plupart des Français, mais aussi de pouvoir gagner de nouveaux marchés électoraux, si j'ose dire. Le 7 octobre, en ce sens, ça a été un tournant de ce rapprochement à la fois ce rapprochement entre l'extrême droite française et israélienne, mais aussi d'une volonté du RN de jouer la carte, clairement la carte médiatique de la proximité avec la communauté juive.
Oui, incontestablement, mais il manque une pièce dans ce puzzle et dans cette stratégie, c'est LFI. C'est LFI parce que le RN comme les médias mainstream tendent à vouloir substituer finalement le rôle et le symbole que représentaient le Front National puis le RN par une force de gauche, la France insoumise. Et c'est là où finalement, c'est l'un des moteurs également de la montée en puissance et de la dynamique du RN, c'est d'avoir trouvé un remplaçant finalement dans le discours de lutte contre l'antisémitisme. La cible, ce n'est plus eux, mais LFI. Et en ce sens, c'est du pain béni.
C'est vraiment une victoire discursive et idéologique spectaculaire que l'on constate au quotidien dans les médias mainstream. Et à l'inverse, il faut bien reconnaître que LFI a été incapable de contrer finalement cette stratégie, cette offensive à la fois médiatique et politique. Il se trouve cornerisé et il va falloir à un moment donné déconstruire ce discours. Alors il tente de manière à la fois systémique et aussi en visant des erreurs manifestes, notamment lorsqu'on leur attribue soit des déclarations, soit des actes qui n'existent pas.
Mais malheureusement, force est de constater qu'au-delà des faits, il y a, comme Marx disait, une alliance objective entre le système médiatique et le Rassemblement national pour identifier LFI comme étant la nouvelle incarnation du mal, en tous les cas l'incarnation de l'antisémitisme sur la scène politique. Et la conversion, se fait aussi sur l'islamophobie. On entendait le terme qu'a utilisé notamment Odoul sur l'antisémitisme islamiste qui minerait une partie de nos concitoyens. C'est aussi une façon de mélanger à la fois cette islamophobie qu'on sait présente et ancrée au sein du Rassemblement national et l'électoralisme dont tu parlais vis-à-vis de la communauté juive.
Alors là, pour être honnête, ça dépasse tous les cercles possibles et imaginables. Le discours islamophobe fait consensus ou presque sur la scène politique française soit activement, soit par le silence et la passivité. Et donc là, il n'y a pas de particularisme, j'allais dire, de telle ou telle entité, même si c'est un très bon exemple, un excellent exemple de ce phénomène par lequel l'ERN, finalement, comme le FN avant, initie des mouvements sur lesquels les autres s'alignent.
Et c'est ça la victoire idéologique ou la victoire, la bataille culturelle du Rassemblement national, c'est qu'il initie des expressions, des formules, des images que reprennent les autres acteurs politiques à un moment donné. Donc ça, c'est assez incroyable et je crois que le débat qui va suivre va être une autre illustration, le débat sur le voile dans le sport qui également est né à l'extrême droite et qui se retrouve aujourd'hui défendu par des mouvements qui se présentent comme centristes. C'est pour dire l'évolution du curseur politique en France.
Dans la classe politique française, en tout cas, le changement de braquet du RN, le supposé changement de braquet du RN ne trompe pas tout le monde. Voici ce qu'en dit Ségolène Royal, par exemple.
Comment ne pas voir que les massacres à Gaza avec les photos des enfants broyés, déchiquetés qui circulent dans les banlieues ne nourrissent pas quelque part ? C'est-à-dire qu'aujourd'hui, Netanyahou est le principal adversaire d'Israël et de la cause juive. C'est ça qu'il faut comprendre. Et quand le RN se dit le rempart de l'antisémitisme, c'est juste parce qu'il est soutien d'un gouvernement d'extrême droite qui aujourd'hui massacre un peuple. Et je sais que c'est très dur pour ceux qui ont subi le 7 octobre ou qui souffrent encore dans leur chair par solidarité de dire cela.
Mais heureusement que de plus en plus de voix juive s'élèvent pour condamner cela et heureusement que les manifestations s'élèvent aussi à Tel Aviv pour faire en sorte précisément que l'on trouve des solutions à la cohabitation pacifique entre les communautés. C'est ça notre mission première. Et donnons l'exemple de cette cohabitation pacifique entre les partis politiques. Essayons justement ce soir de se dire
d'accord avec ce que tu viens d'entendre, Béli. Oui, surtout encore une fois là où le RN n'a pas changé derrière l'espèce de jeu de chasse musicale où ils ont remplacé ou tentent de remplacer dans le discours du moins les juifs par les arabos-musulmans ou en vérité il y a toujours la même xénophobie. Il y a toujours la xénophobie, la haine de l'autre. Donc ça, c'est un invariable. Et en ce sens, il n'y a pas de normalisation. possible avec le RN. C'est aussi, en gros, le seul critère, c'est finalement l'identité de celui qui est haï. Je ne pense pas que ça soit à la hauteur ni du débat démocratique ni des critères républicains de ce qui relèverait de la normalité.
Donc non, en fait, c'est un très bon exemple du fait que le RN n'a pas changé. C'est la xénophobie. qui est toujours au cœur de son propre moteur discursif et politique. Et donc, le fait qu'il ait remplacé les juifs par les arabos musulmans, de mon point de vue, ne change absolument rien, si ce n'est que c'est teinté d'une forte dose de cynisme dans la mesure où ils ne sont pas les seuls en vérité à participer à cette xénophobie islamophobe en particulier, que donc, ils ont trouvé là un terreau fertile pour se normaliser et pour nourrir leur propre dynamique.
Voilà, elle est là, l'équation et malheureusement, pour l'instant, je ne vois pas grand-chose comme pas beaucoup de contre-pouvoirs ou de discours efficaces pour faire obstacle à cette dynamique. On constate l'ampleur de ce débat autour de Gaza, notamment autour de l'antisémitisme, de l'islamophobie dans le débat public, dans les médias. Est-ce que cela va être un enjeu pour 2027 ? Et comment est-ce que la gauche peut se positionner vis-à-vis de tout cela ? Éviter de tomber dans l'islamophobie que porte le Rassemblement national sans être pour autant évidemment le rouage d'une forme d'antisémitisme ?
Je pense que l'enjeu que tu viens de rappeler, c'est une manière d'appeler à la responsabilité ou au sens de la responsabilité et de la rigueur. Je vois que parfois, non pas qu'on se moque, mais on souligne le fait que parfois je fais attention aux termes employés, modes de raisonnement également, c'est parce que précisément, c'est aussi ça, le sens de la responsabilité. Notamment, l'un des pièges principaux qui nous est tendu aujourd'hui, c'est d'assimiler les Juifs aux Israéliens et inversement, l'Israël au judaïsme. C'est pour moi une équation ou une chaîne de...
Une équation qui n'a pas de fondement systématique qu'il ne faut pas généraliser et qu'elle peut prêter à des jeux dangereux et qui est de la même nature en vérité que l'équation que je rejette également entre naturellement arabos-musulmans, islamisme et terrorisme. C'est du même acabit. C'est du même acabit. Donc la première responsabilité pour un acteur public, pour un responsable politique, c'est de déconstruire ou de ne pas accepter du moins ce type d'équation et de partir des faits. Et de partir des faits. Donc par exemple, lorsqu'on critique l'État d'Israël, on le critique eu égard à son comportement, à ses actes.
Et on ne va pas déduire de ses actes une généralité sur les Juifs du monde ou même les Juifs de France. C'est ça l'antisémitisme. Par exemple, c'est de déduire un acte attribué ou commis par un État, donné, même si celui-ci se revendique comme un État juif ou l'État juif, l'attribuer à tous les Juifs du monde. C'est comme si on attribuait les actes de l'Arabie saoudite ou de l'Iran, deux États symboliquement très forts dans le monde arabo-musulman, à tous les arabo-musulmans. Ça n'aurait pas de sens. Eh bien, il faut être extrêmement clair, extrêmement net sur ce type de déduction. Merci beaucoup, Belir, pour cet échange sur la visite de Jordan Bardella en Israël. et
sur la visite de Jordan Bardella
Jordan Bardella