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interviewLCP — La Politique et moi (sur YouTube)· 6 mars 2025 13 min

Justine Gruet, nouvelle figure de la Droite Républicaine

Audio original de l'émission.

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Mon invitée n'a pas peur du surmenage. Députée depuis 2022, elle n'a pas abandonné sa profession de kinésithérapeute et continue d'exercer un mandat au niveau local. Figure de la nouvelle génération de la droite républicaine, elle est vice-présidente du groupe à l'Assemblée nationale.

Générique Bonjour, Justine Gruet. -Bonjour. -Alors, quand vous avez été élue pour la première fois en juin 2022, votre prédécesseur a eu ces mots : "Sa victoire est ma plus belle victoire." Cet homme, c'est Jean-Marie Sermier, député du Jura pendant 20 ans et votre mentor, on peut le dire, en politique.

Je vous propose de l'écouter en 2002, lors de sa première élection. -Il faut absolument qu'on intègre ce nouveau facteur de proximité dans les relations entre la population et ses élus parce qu'autrement le fossé continuera à se creuser et il y aura encore un éloignement de la politique de la part de nos électeurs et je crois que ce serait la catastrophe. -Avant de parler du rôle de Jean-Marie Sermier dans votre parcours, ce constat d'abord, je crois que vous le Partagez, il faut combler ce fossé entre électeurs et élus. -C'est encore cruellement vrai et je crois que c'est l'ADN-même de mon engagement politique, ce sens de l'intérêt général, de la proximité, de l'accessibilité aussi et de la sincérité. -Alors, il a joué, en tout cas, Jean-Marie Sermier, un rôle important dans votre histoire politique.

Vous étiez militante depuis les années lycées, mais vous avez 23 ans quand vous vous engagez à ses côtés en prenant la tête de son comité de soutien aux législatives. Deux ans plus tard, vous devenez son adjointe à la mairie de Dole. Qu'est-ce qui vous inspirait chez cet homme ? -Justement, cette sincérité, cette volonté aussi de s'engager pour un territoire, pour défendre des convictions sur lesquelles il n'a pas forcément changé, et surtout sa capacité à faire confiance aux jeunes.

Et quand en 2012, il me demande d'être présidente de son comité de soutien, je venais de créer mon cabinet de kiné, et avec cet enjeu de mêler vie professionnelle et politique, déjà à l'époque ça pouvait paraître compliqué. Et cette confiance qu'il a su m'apporter à la fois en 2012 mais aussi et surtout en 2014 lorsqu'il me place numéro deux sur sa liste, c'était de dire : "J'ai besoin de jeunes à mes côtés mais pas juste pour avoir de la jeunesse, aussi pour avoir cet esprit d'ouverture et cette capacité à faire confiance à la nouvelle génération qui arrive et sans cesse se renouveler sur les idées qu'on peut proposer. -Alors, en 2022, Jean-Marie Sermier annonce ne pas vouloir briguer de nouveau un mandat de député.

Vous sautez sur l'occasion et vous prenez sa succession. Après votre élection, la presse, parfois peu tendre, vous présente comme un bébé...

Sermier. A partir de là, il a fallu vous affranchir. Comment est-ce qu'on enlève cette étiquette ? -Je n'ai pas honte qu'on puisse dire que j'étais un bébé Sermier, mais je crois que j'ai réussi à m'affranchir de par ma personnalité.

J'ai la chance de pouvoir avoir toujours Jean-Marie à mes côtés. Quand j'ai besoin, je l'appelle. Il n'est pas omniprésent dans mon mandat.

Il a aussi eu cette intelligence de me laisser pleinement prendre ma place dans mes fonctions. Je crois que c'est une force aussi de savoir, et c'est ce que ma famille politique devra savoir faire dans les années à venir, s'appuyer sur l'expérience des plus anciens, mais aussi faire confiance à l'audace de la jeunesse qui arrive. -Alors, en juillet dernier, vous avez été réélue et vous avez pris du galon, nommée vice-présidente de la Droite républicaine par Laurent Wauquiez.

Je voudrais de vos prises de position dans l'hémicycle ces derniers mois. -L'Etat-providence est à bout de souffle et il écoeure nos entreprises. Cessons ce cercle vicieux qui vise à augmenter sans cesse les charges qui touchent toujours les mêmes personnes pour financer de nouvelles dépenses créées à des fins d'assistanat.

Notre pays détient le bien triste record du niveau d'impôts, de taxes et de cotisations le plus élevé d'Europe. Quand allons-nous enfin en finir avec cette technocratie qui se pose en nouvelle classe dirigeante ? -Ces mots pourrait être ceux de Laurent Wauquiez, on vous entend très alignés sur le sujet et les discours.

Vous voilà devenu un bébé Wauquiez ? -Alors, vous apprendrez que j'ai un peu de caractère, j'ai ma personnalité et j'ai très clairement dit à Laurent Wauquiez que c'était avec grand plaisir et un honneur que j'acceptais cette vice-présidence mais aussi pour pouvoir faire changer les choses et pour pouvoir créer cette nouvelle dynamique dont notre famille politique a besoin. -Je voudrais vous entendre sur le Rassemblement national.

Dans une interview cet été, vous avez déclaré que votre parti devait être prêt à négocier, y compris avec le parti de Marine Le Pen. Vous estimez que les Français vous ont élue pour faire de la politique autrement, de façon non-partisane, non-partisane peut-être, mais des accords avec le RN, est-ce que ce n'est pas une ligne rouge ? -C'est une ligne rouge.

J'ai toujours dit que le Rassemblement national était au-delà d'un parti extrême, un parti démago, et qui du coup fait du populisme. Et c'est toujours plus facile de faire passer des idées en étant populiste, en essayant de proposer des solutions simples à des problèmes complexes. J'ai toujours dit que je ne m'allierai jamais au Rassemblement national, par contre qu'il fallait qu'on soit en capacité à répondre aux attentes de leurs électeurs. -Trouver des points d'accord sur certaines questions, c'est possible, mais pas d'alliance. -Il y a un vrai message qui nous a été envoyé pour les élections européennes et le premier tour législatives, d'une volonté de changement.

Et j'ai confiance en Michel Barnier et en son gouvernement pour avoir cette rupture et ce changement dont la France a besoin. -Je vous pose cette question sur le Rassemblement national, car vous avez été une des premières à réagir dans votre camp en juin dernier, quand Eric Ciotti, alors président des Républicains, annonçait vouloir faire alliance avec le RN. Vous publiez très rapidement ce tweet : "Je suis une vraie républicaine, je ne m'allierai jamais au Rassemblement national, je demande la démission d'Eric Ciotti".

C'était un cri du coeur, vous pouvez nous raconter les circonstances ? -J'ai perdu mon grand-père pendant les débats sur l'accompagnement de fin de vie. J'étais dans l'hémicycle quand j'ai appris son décès et ses obsèques avaient lieu le mardi après-midi à 14 h 00.

Et à 13 h 00, j'écoute la radio dans la voiture en partant au funérarium et j'entends cette déclaration d'Eric Ciotti. Et je me suis sentie blessée, peut-être parce que j'étais fragile à ce moment-là, alors qu'en politique, on doit sans cesse faire preuve de force et être courageuse, en tous les cas. Et je me suis dit : "Mais comment un homme est capable d'emmener toute une famille politique sur des prises de position, dont ma famille politique ne voulait pas.

Et cette initiative personnelle et individuelle est pour moi une grave erreur. Et vraiment, j'en ai beaucoup voulu, mais je lui en veux toujours autant et j'ai pu lui dire tout cela. -Pour en revenir à l'une de vos spécificités, ce souci de l'ancrage local.

Vous avez décidé de conserver votre mandat de conseillère municipale en charge des seniors à la mairie de Dole. Vous ne percevez plus d'indemnité cependant, précisons-le. Vous continuez aussi à exercer, à temps très partiel, mais tout de même, votre métier de kinésithérapeute.

Pourquoi mener tout cela à la fois et comment vous faites pour tout concilier ? -Il faut être bien organisé, il faut être bien entouré aussi. Je remercie mon mari et ma famille.

Et je crois qu'on a besoin, et les Français ont besoin, que les élus soient des personnes comme eux, qui ont une vie de famille, qui ont un métier. Et le fait de conserver mon métier me permet aussi d'avoir...

Comment je dirais ? Cet esprit plus tranquille. Si demain, je ne suis plus élue, j'aurai toujours mon épanouissement familial, professionnel.

Et cet équilibre, il est important. -Votre père a fait 30 ans, lui, de mandat local comme adjoint à la mairie de Baverans, petite commune du Jura de 500 habitants. C'est là aussi, de lui, que vous tenez cette sensibilité aux sujets locaux, aux sujets concrets ? -Oui, et puis j'ai grandi dans une petite commune.

Vous savez, la ville de Dole est la plus grande ville du Jura, elle n'a pourtant que 25 000 habitants, et je déplore que la ruralité ne soit pas plus représentée et au coeur des préoccupations, des débats, quand on entend parfois la technocratie parisienne mettre des choses en place qui sont complètement décorrélées. Ensuite, c'est quand même une histoire de famille aussi et d'éducation, la politique. Et les valeurs que nos parents savent nous transmettre donnent aussi du sens dans les actions qu'on mène adulte. -Sur cette question de l'ancrage local de l'élu, j'y reviens, vous avez déposé une proposition de loi.

Vous demandez à ce que sur les affiches électorales, la photo du candidat soit toujours visible. Vous régissez à certaines affiches, on en voit certaines, où lors des dernières législatives, notamment, seules apparaissent les têtes d'affiches nationales, le candidat disparaît. Pour une première proposition de loi, ça peut sembler anecdotique, mais pas pour vous. -Ca donne du sens aussi à la fonction de député.

Les gens sont des fois un peu perdus sur qui fait quoi et comment ça s'organise, donc je vais souvent dans les écoles pour expliquer le fonctionnement de notre institution et le rôle du député. Et on m'a dit : "C'est parce que vous, vous n'avez plus de tête de liste et de personnes charismatiques à mettre sur l'affiche." Peut-être, mais on est arrivé quand même à ce niveau de décorrélation entre l'intérêt des Français pour la politique et ce pourquoi on vote.

Et ce que j'ai tenu à préciser aussi, c'est que l'idée de n'avoir sur la fiche que le candidat et son suppléant est potentiellement un bandeau de soutien en dessous qui donne du sens justement à cette élection qui est de la politique nationale. Et pour le coup, mon adversaire du Rassemblement national n'était pas sur son affiche, a depuis démissionné, est partie dans le Sud. Et c'était déjà des projets qu'elle avait.

Et quand je vois "Bardella, Premier ministre," il faut rappeler aux Français que quand on vote pour un député, on vote pour qu'il représente le 577e des Français dans l'hémicycle. Et ça pourrait être un sujet de discussion à l'occasion de la proportionnelle. Et si on met une proportionnelle, on se retrouvera dans la même configuration que des scrutins régionaux, où parfois on ne connaît pas forcément son élu et il n'a pas forcément cet ancrage territorial.

Et ce n'est pas juste être ancré dans son territoire pour être réélu, mais c'est aussi et surtout être au contact en permanence et au quotidien avec les Français pour leur apporter les bonnes solutions. -Avant d'avoir la carrière politique que l'on vient de décrire, vous vous destiniez, étant enfant, à devenir professeure de sport, je crois, vous avez d'ailleurs pratiqué le basket pendant dix ans à un certain niveau, puisque vous avez fait sport-études et participé au championnat de France. Je crois que vous étiez meneuse. -Exactement. -Qu'est-ce que c'est ce poste de meneuse ?

C'est essentiel sur un terrain, dans cette capacité à organiser l'équipe sur le terrain, à redynamiser aussi quand les résultats ne sont pas forcément en adéquation avec ce qu'on souhaitait mettre en place. Et puis, c'est aussi être capable de s'adapter en permanence, à la fois au placement des joueuses, à la fois au score, à l'équipe qui est en face. Et je pense qu'en politique, l'ensemble des élus locaux, les maires notamment, ont cette capacité d'adaptation, à savoir s'adapter en permanence à ce qui peut arriver. -C'est aussi une question de taille, vous n'êtes pas grande. -Oui, en effet, vous l'avez remarqué.

Mais il ne s'agit pas d'être grande, il suffit d'être rapide sur un terrain de basket et puis surtout d'être en capacité à se placer au bon endroit au bon moment. -Vous avez arrêté le basket à cause d'une blessure. Sans ça, vous ne seriez pas députée aujourd'hui ? -Je crois vraiment aux questions de rencontre dans une vie, aux portes qu'on ouvre.

Et quand on ouvre une porte, on est parfois obligé d'en fermer d'autres. Et... il se trouve que j'ai rencontré mon mari au même moment que je me suis blessée, que je me suis engagée en politique aux côtés de Jean-Marie et ça faisait beaucoup.

Et je crois que j'ai cette capacité à cloisonner aussi ces différents instants de vie. Et j'ai fait 20 ans de basket et on disait : "T'arriveras jamais à arrêter." J'ai arrêté du jour au lendemain.

C'est aussi ce qu'il faut qu'on garde en tête, que la politique peut s'arrêter du jour au lendemain et qu'on est là à un instant T pour répondre aux attentes des gens qui nous ont élus et puis surtout pour être sincère et justement ne pas jouer un rôle à des fins, juste d'être réélu. -Alors en parlant de blessures, vous avez à en soigner dans votre métier de kinésithérapeute. On dit parfois que la France est déchirée ou bien bloquée.

Autant de termes qui doivent vous parler. On peut soigner un pays comme on soigne un patient ? -Oui, et j'ai aimé la prise de parole de Michel Barnier dans son discours de politique générale sur la culture de l'évaluation.

Et quand on est kiné, on pose un bilan, un diagnostic kiné, avec des déficits, avec des incapacités, et qui nous permettent de proposer un traitement. Et il a parlé de culture de l'évaluation dans cette capacité à chaque séance, et du coup, là, à chaque texte, à chaque problème qui arrive à notre pays, d'être capables de voir si ce qu'on a fait a été efficace, est-ce qu'il faut le poursuivre, ou est-ce qu'il faut utiliser un autre outil. -Pour finir, je vous propose de répondre à notre quiz.

Je vais vous demander de compléter les phrases qui vont s'afficher à l'écran. "Les 'Républicons', un nouveau parti..." C'est un lapsus que vous aviez fait en séance. -Je m'en souviens bien.

C'était, comment je dirais ça, pas prémonitoire, mais la Droite républicaine, ce sera bien. -"Organiser son premier meeting..." C'est comme ça que vous avez commencé. -Il y a l'adrénaline d'être sûre dans ses convictions.

Et je crois qu'en politique, on aime l'adrénaline. -"Mener campagne cinq mois après un accouchement..." Ca vous est arrivé en juillet. -Ce n'était pas prévu, mais c'est ce qui construit aussi une personnalité et une vie de famille.

Encore merci à mon mari d'être à mes côtés. -Merci, Justine Gruet, d'être venue dans "La politique et moi". -Merci à vous de votre invitation.

Générique de fin

Justine Gruet, nouvelle figure de la Droite Républicaine — Justine Gruet · Pourquijevote