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interviewPublic Sénat· 8 décembre 2022 4 min

"Il n’y a aucune raison de briser un système de retraites qui n’est pas en péril"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Clémentine Autain

On a beaucoup de sujets à voir. D'abord, les retraites, Julien ?

0:01
Présentateur

Oui, une petite question, puisque hier, il y a eu une réunion autour de la Première ministre et du Président de la République, de la majorité, sur ce sujet des retraites, sujet inflammable. On comprend qu'il reste encore des arbitrages à faire entre peut-être une ouverture vers 65 ans à âge légal, allongement de la durée de cotisation ou accélération de la réforme touraine, de l'augmentation des trimestres, ou bien on reste sur 65 ans. Est-ce que dans tous les cas, de toute façon, c'est pour vous une déclaration de guerre ?

0:31
Clémentine Autain

Moi, je suis abasourdie que le débat soit 64 ans ou 65 ans d'allongement d'âge légal de départ à la retraite. Une écrasante majorité de Français est opposée, opposée à travailler plus longtemps. Il n'y a aucune raison de briser notre système et de nous faire travailler plus longtemps, puisque le système lui-même, par répartition, aujourd'hui n'est pas en péril. Ce n'est pas moi qui le dis, c'est le COR, le Conseil d'orientation des retraites, qui a fait des estimations et en gros…

1:00
Présentateur

– C'est un déficit, il est en déficit.

1:01
Clémentine Autain

– En déficit de combien ?

1:03
Présentateur

– On parle de quoi ? 10 milliards ?

1:04
Clémentine Autain

– 10 milliards sur 340 milliards annuels de prestations.

1:09
Présentateur

– Donc c'est quelque chose qui peut être compensé par ailleurs.

1:11
Clémentine Autain

– Combien de dividendes reversés sur une année, là ? 70 milliards, qu'on prenne la mesure des choses. Je dis qu'on prenne la mesure des choses. Donc on va nous faire travailler jusqu'à 65 ans, donc en réalité plus, parce que si vous dites l'âge légal de départ à 64 ou 65 ans, ça veut dire que dans la vraie vie, suivant le moment où vous avez commencé et le caractère plus ou moins haché de votre retraite, vous allez plutôt partir autour de 67, 68 ans.

1:37
Présentateur

– 67, il y a eu une promesse d'Elisabeth Borne pour ne pas bouger cet âge-là.

1:41
Clémentine Autain

– Non mais vous vous rendez compte ? Est-ce que vous vous rendez compte de ce que ça veut dire pour des millions de gens ? Est-ce que vous savez qu'on a aujourd'hui 1 million de personnes qui pendant plus de 20 heures par semaine font des gestes répétés de façon très cadencée ? Est-ce que vous savez qu'il y a 2 millions de personnes qui portent des charges lourdes 10 heures par mois ? Et vous allez demander à ces gens de travailler jusqu'à 65 ans ? – Par mois ou par jour ? – Par mois, non, non, par mois. Et qui vont, c'est déjà pas mal.

2:06
Présentateur

– Non, non, bien sûr.

2:06
Clémentine Autain

– C'est déjà pas mal, je vous assure. Et qui vont travailler plus long.

2:09
Présentateur

– Mais alors qu'est-ce que vous allez faire face à cette offensive gouvernementale ? Qu'est-ce que vous allez faire concrètement ?

2:15
Clémentine Autain

– Très concrètement, on s'est mis en ordre de marche très fortement. D'abord, je suis très heureuse de voir que les syndicats se sont organisés en intersyndicale et ont décidé d'en découdre sur la contre-réforme des retraites. Ils vont sans doute appeler à une première journée de mobilisation. Donc on est très attentifs à cela. Et nous les avons d'ailleurs toutes auditionnées, les organisations syndicales. Quand je dis nous, c'est à la fois les députés de la NUPES et les sénateurs de tous les groupes de gauche. Et nous travaillons ensemble, nous aurons une conférence de presse la semaine prochaine, commune, avec un texte dans lequel nous disons…

– Donc un contre-projet, vous allez présenter un… Là, pour l'instant, nous allons dire que nous ne voulons pas d'un allongement de l'âge de départ à la retraite. – Ça, vous l'avez déjà dit ? – Et que nous réaffirmons notre horizon, qui est celui d'un départ à 60 ans avec 40 annuités. Ça, c'est notre horizon. – Et il y aura une mobilisation commune, politique et syndicale ensemble ? – Nous estimons qu'il n'y a pas péril en la demeure. C'est-à-dire que l'argument financier est un faux argument. C'est totalement mensonger. Il n'y a pas besoin, urgemment, de mettre à bas notre système. D'autant que dans les projections, en 2040, le système revient à l'équilibre.

Et que par ailleurs, tout ça, c'est sans compter la capacité à faire en sorte qu'on aille vers le plein emploi. C'est-à-dire que toutes ces projections, on part du principe qu'on reste quelque part dans une situation où on n'est pas capable de chômage de maths.