Contre-matinale #91 | La macronie saccage l'école, le système médiatique et le racisme... l'actu du jour
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Questions et réponses
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- 14:24OuverteRéponse directe
Vous n'y allez pas avec le dos de la cuillère pour qualifier les réformes de Jean-Michel Blanquer.
- 14:49OuverteRéponse directe
Pourquoi dites-vous que c'est un plan social ?
- 17:11OuverteRéponse directe
Vous rapportiez que l'on opposait le droit de réserve aux professeurs pour les museler ?
- 18:39OuverteRéponse directe
On a vu des professeurs convoqués pour avoir critiqué le protocole sanitaire.
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Jean-Michel Blanquer veut responsabiliser ses élèves dès 15 ans.
- 22:50OuverteRéponse directe
Cet intérêt pour les neurosciences nous rappelle des propos de Sarkozy.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 11:27InvitéChiffre
« En 2017, vous avez fermé 4 900 lits. »
- 11:30InvitéChiffre
« En 2018, 4 200 lits. »
- 11:33InvitéChiffre
« En 2019, 3 100 lits. »
- 11:35InvitéChiffre
« En 2020, 5 700 lits fermés. »
- 12:09InvitéChiffre
« Depuis l'arrivée au pouvoir d'Emmanuel Macron, plus de 17 000 lits d'hospitalisation complètes ont effectivement été fermés. »
- 16:21InvitéChiffre
« Certains professeurs touchent 24 euros nets de plus qu'avant l'arrivée de Jean-Michel Blanquer à l'éducation nationale. »
- 4:07PrésentateurChiffre
« Selon un sondage de 2019, 67% des Françaises et Français interrogés sont hostiles au retour des enfants de combattants français. »
- 9:41PrésentateurChiffre
« Une étude de Citral du 4 mars 2015, réalisée à la suite de la réception de la seule offre de Keolis, a ainsi évalué qu'un allotissement permettrait une économie d'exploitation de l'ordre de 5 %, soit 120 millions d'euros pour la durée de la DSP. »
- 6:21PrésentateurChiffre
« L'UMA liste ainsi les économies faites sous son mandat, principalement, sans surprise, des économies sur le social et le logement, dont le budget a été divisé par 2,5. »
- 7:13PrésentateurChiffre
« Les premiers crédits de France 2030, c'est 3,4 milliards d'euros pour 2022. »
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« Une grande partie de ces secteurs numériques, hydrogènes, automobiles et aéronautiques ont déjà été abondamment aidés depuis le début du quinquennat. »
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« Le privé fera mieux que la puissance publique. »
- 30:23PrésentateurFait
« Il est impliqué dans l'affaire du syndicat Avenir Lycéen qui aurait été créé pour soutenir ces réformes. »
- 34:32InvitéFait
« Dissoudre un groupe d'extrême droite pour dissoudre un groupe d'extrême droite, ça n'a pas forcément d'utilité. »
- 34:58InvitéFait
« La justice aujourd'hui offre suffisamment d'armes pour pouvoir judiciariser des gens quand ils franchissent la limite. »
- 34:32InvitéFait
« dissoudre un groupe d'extrême droite pour dissoudre un groupe d'extrême droite ça n'a pas forcément d'utilité »
- 34:41InvitéFait
« ça empêche les services de renseignement de les suivre comme ils pourraient l'être »
- 34:49InvitéFait
« ce n'est qu'un affichage politique »
- 34:58InvitéFait
« la justice aujourd'hui offre suffisamment d'armes pour pouvoir judiciariser des gens quand ils franchissent la limite »
- 35:31InvitéFait
« il ne s'agit pas du tout d'accabler les professionnels de l'aide sociale à l'enfance »
- 36:17InvitéFait
« ils arrivent il n'y a absolument aucune prise en charge »
- 38:56InvitéFait
« ce n'est pas une question de couleur de peau objective »
- 39:06InvitéFait
« la Shoah c'est du racisme »
- 39:14InvitéFait
« elles ont été racialisées par les nazis »
- 39:22InvitéFait
« la race en fait c'est une construction arbitraire »
- 43:22InvitéFait
« c'est le racisme qui fait exister la race »
Temps de parole
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Bonjour à toutes et tous, on se retrouve déjà pour la dernière contre-matinale de la semaine qui célèbre le 656 millième abonné sur la chaîne YouTube. Merci d'être de plus en plus nombreux et nombreux à suivre la chaîne du Média. Votre soutien passe en effet par les abonnements, les likes et les partages qui donnent une meilleure visibilité à nos contenus. Votre soutien s'exprime surtout par des dons car c'est le seul moyen de garantir notre indépendance et la gratuité des émissions que nous produisons. Rendez-vous sur Eucapal, vous trouverez le lien vers la cagnotte en description de la vidéo. Place au sommaire de cette nouvelle édition. Comment la Macronie a abîmé l'école ?
C'est le titre du dernier numéro de Politis qui consacre huit pages au bilan du gouvernement en matière d'éducation. Un dossier très engagé et fourni sur lequel nous échangerons ici, sur ce plateau, avec le rédacteur en chef de l'hebdomadaire de gauche. Vous avez sûrement aperçu cette jolie couverture en librairie. Kif Taras, c'est le premier livre de Grassley et Rocaia Diallo, sorti le 17 janvier dernier, et qui vise à abattre les obstacles à la déconstruction du racisme systémique.
Dans le prolongement de leur podcast créé en 2018, produit par Binge Audio et qui comptabilise plus de 4 millions d'écoutes, les deux femmes de conviction proposent un ouvrage mêlant la théorie à leurs observations personnelles et intimes. Leur antiracisme n'est pas moral, mais politique. C'est ce que les autrices affirment avec force. Il est avant tout nourri par la volonté d'œuvrer en faveur de la justice sociale, en mettant en lumière des phénomènes ayant un réel impact, tant dans le quotidien que dans les décisions politiques. Nous en discuterons avec Rocaia Diallo en fin d'émission. Nous sommes le vendredi 11 février 2022, il est 7h37.
Vous regardez ou écoutez la 91e contre-matinat de la semaine qui démarre, comme toujours, par la titrologie. Le monde nous emmène en Syrie à la rencontre des orphelins de djihadistes français. Dans le camp de Roche, dans le nord du pays, ces mineurs nés de parents français tués lors des combats qui ont marqué l'écroulement de Daesh désespèrent d'être rapatriés. Ils vivent seuls ou avec d'autres familles. Ces enfants français évoluent dans des conditions sanitaires terribles, au sein des camps où les actes criminels sont monnaie courante, notamment les meurtres. Selon les chiffres de l'OMS, plus de 249 enfants sont décédés de malnutrition, de plaies infectées, brûlures et diarrhées aiguës.
D'après Marie Dosé, avocate de famille de djihadistes français dont elle demande le retour dans l'Hexagone, 331 femmes et enfants étrangers hébergés à Roche ont pu rentrer chez eux durant l'année 2021, dont 97 européens. Et parmi eux, seulement 7 enfants français ont été rapatriés en janvier 2021. Depuis cette date, plus rien se désole l'avocate interrogée par Le Monde. Les camps du nord-est de la Syrie abritent un total de 80 femmes djihadistes et 200 enfants français. Jusqu'à présent, 35 d'entre eux présumés orphelins ont été rapatriés. Mais Paris refuse catégoriquement de faire revenir les femmes adultes.
Les plaintes de Marie Dosé devant la Cour de justice de la République ayant été classées sans suite, elle a saisi le Comité international de droits de l'enfant, le Comité contre la torture des Nations Unies et la Cour européenne des droits de l'homme. L'audience s'est tenue en septembre 2021. La décision n'est pas encore connue. La question du rapatriement des enfants en France est éminemment politique. Elle relève d'un président en campagne pour sa réélection qui a peur de la réaction de l'opinion publique. Selon un sondage de 2019, 67% des Françaises et Français interrogés sont hostiles au retour des enfants de combattants français.
On vous invite à découvrir les témoignages poignants de jeunes filles qui ont frôlé la mort et sombrent dans le fatalisme. Éducation, échec et maths. Comme nos camarades de Politis, Libération consacre sa une au bilan catastrophique du ministre de l'Éducation, contraint de faire marche arrière face aux multiples alertes des enseignants et sociétés savantes sur la chute très nette des enseignements en maths au lycée. En effet, depuis 2019, la réforme du bac a fragilisé la place des mathématiques au lycée, devenue facultative en première. La discipline est désertée, en particulier par les filles.
Les craintes d'une baisse du niveau, d'un creusement des inégalités et d'une pénurie de scientifiques contraignent Jean-Michel Blanquer à réformer sa réforme. Libé est allé à la rencontre de lycéennes qui ont préféré laisser tomber les maths, se sentant exclues du système. Le journal rappelle que les élèves français sont parmi les plus mauvais en mathématiques. La France a dégringolé dans les différents classements mondiaux, jusqu'à être définie comme dernière d'Europe et avant dernière des pays de l'OCDE, juste avant le Chili.
Il n'y a pas que le ministre de l'Éducation qui fait un moonwalk, le député Cédric Villani, médaille Fields, en 2010, exclue de LERM en 2020, après avoir longtemps soutenu le projet de réforme du lycée de Jean-Michel Blanquer, il souhaite aujourd'hui que le programme en mathématiques soit réexaminé. Ce matin, l'humanité met à sa une la candidate des Républicains à l'élection présidentielle. Valérie Pécresse, candidate des riches et très riche candidate, dans un dossier de quatre pages bien documenté, le quotidien d'inspiration communiste tire le bilan de ces années à la tête de l'île de France.
Le moins que l'on puisse dire, c'est que cette vitrine de son projet inégalitaire nous fait craindre le pire en cas d'élection de candidate LER. Celle qui éclame haut et fort « ce que je fais pour la région, je le veux pour la France » est une fervente défenseuse de l'austérité. L'UMA liste ainsi les économies faites sous son mandat, principalement, sans surprise, des économies sur le social et le logement, dont le budget a été divisé par 2,5, mais aussi 5 millions d'euros de moins pour l'environnement. La dévitalisation des services publics pour donner la priorité aux entreprises et la surenchère sécuritaire sont aussi deux piliers de la politique de Valérie Pécresse.
Affaiblir le public pour enrichir le privé, rien de bien innovant. France 2030, le plan à 34 milliards de Macron pour booster sa campagne et le complexe techno-industriel, c'est la une de Basta, qui rappelle que ce nouveau plan d'investissement annoncé par Emmanuel Macron en octobre 2021 a été décidé sans concertation. Piloté directement par l'Elysée, le gouvernement a surpris les parlementaires en faisant voter à la dernière minute, et quasiment sans débat, les premiers crédits de France 2030, c'est 3,4 milliards d'euros pour 2022, et le principe d'un plan à 34 milliards d'ici 2030.
Il permettrait, selon Emmanuel Macron, de continuer à développer de très grands champions français, notamment dans le domaine de l'innovation industrielle et technologique. Calibré pour servir les intérêts de grands groupes industriels, le plan est dépourvu d'objectifs en matière d'emploi et de climat, décliné en trois volets, mieux produire, mieux vivre, mieux comprendre, et en investissements transversaux. France 2030 est un mélange entre catalogue et programme politique, rapporte Basta.
Son fil conducteur semble être la foi dans la capacité de la technologie et des grands industriels à résoudre les problèmes économiques, sociaux, environnementaux et géopolitiques de la France, poursuit le journal. L'article pose la question de l'opportunité d'un nouveau plan, dans la mesure où une grande partie de ces secteurs numériques, hydrogènes, automobiles et aéronautiques ont déjà été abondamment aidés depuis le début du quinquennat et encore plus depuis le début de la crise sanitaire, notamment dans le plan de relance de septembre 2020.
Il n'y a pas de révolution thématique dans France 2030 par rapport au plan de relance, sauf l'espace et les fonds marrants, fait remarquer Nadine Levrato, économiste à l'université Paris 1 et Paris Nanterre. Alors pourquoi un plan France 2030 ? Le message est politique, rapporte Basta, c'est un moyen de lancer sa campagne, sans le dire à l'approche des élections présidentielles. Le plan France 2030 ressemble à une feuille de route pour un potentiel nouveau quinquennat. Lyon, les écologistes jouent la carte de la concurrence dans les transports. Les syndicats entrent en lutte. C'est le titre d'un article très fourni de Rapport de Force.
Favoriser la concurrence entre les entreprises qui exploitent le réseau de transports en commun lyonnais, sans les aider les salariés, c'est la promesse de la majorité écologiste dans la métropole de Lyon, à laquelle ne croient pas les syndicats et qui l'ont fait savoir lors d'une grève massive le 9 février. Rapport de Force nous plonge dans la bataille pour l'avenir des transports en commun, qui ne fait que commencer. Pourquoi une telle volonté de mise en concurrence des entreprises ? Essentiellement pour des questions de réduction du coût.
Une étude de Citral du 4 mars 2015, réalisée à la suite de la réception de la seule offre de Keolis, a ainsi évalué qu'un allotissement permettrait une économie d'exploitation de l'ordre de 5 %, soit 120 millions d'euros pour la durée de la DSP, une délégation de services publics. Détail le rapport de la Cour régionale des comptes. Il souligne également que la concurrence permettrait de sortir de la dépendance vis-à-vis de Keolis. Pour les syndicats des TCL, CGT, FO, UNSA et CFDT, qui ont appelé à la grève ce mercredi 9 février, l'allotissement est bien une mauvaise nouvelle.
Ne soyons pas dupes, la finalité de cette démarche se traduira indéniablement par des reculs sociaux, par des surcoûts pour les citoyens et par une dégradation des conditions de transport pour les voyageurs, résume l'intersyndicale dans un communiqué. On ne pouvait pas terminer cette titrologie sans mettre en avant nos camarades de off-investigation. Le nouveau média de la galaxie des indépendants, ils ont sorti en début de semaine le quatrième épisode de leur série d'enquêtes sur la Macronie, dédiée cette fois à l'hôpital public. Le synopsis ? Pouvait-on gagner la bataille contre le coronavirus avec un hôpital à bout de force ? Depuis des années, l'exécutif supprime des milliers de lits.
Les soignants tirent le signal d'alarme sans être entendus. En 2018, Emmanuel Macron lâchait à des infirmières épuisées. Il n'y a pas d'argent magique. Malgré les milliards promis par le ministre de la Santé dans le cadre du Ségur, l'enveloppe accordée chaque année aux hôpitaux ne leur permet pas de faire face aux besoins de soins croissants des Français. On regarde un extrait de ce documentaire disponible sur leur site internet et réalisé par Cécile Dolman. Regardez, on revient juste après.
En 2017, vous avez fermé 4 900 lits. En 2018, 4 200 lits. En 2019, 3 100 lits. En 2020, 5 700 lits fermés. Vous battiez votre record dans le lit fermé en pleine année Covid. Vous avez baissé la digue. Vous n'avez cessé de baisser la digue. Et ce qui fait que la seule digue que aujourd'hui vous voulez relever, c'est la digue du contrôle. C'est quoi ? C'est de dire aux Français de se diviser, de chercher des boucs émissaires parmi eux quand c'est au sommet qu'il y a les responsabilités. C'est au sommet que depuis 2 ans, vous n'avez pas fait passer encore, malgré vos beaux discours, l'argent avant les gens.
Depuis l'arrivée au pouvoir d'Emmanuel Macron, plus de 17 000 lits d'hospitalisation complètes ont effectivement été fermés. Mais cette politique de réduction des moyens et des capacités d'accueil qui fragilisent l'hôpital public remonte en fait au début des années 2000. En 2003, après une canicule historique, le président Chirac lance un plan appelé Plan Hôpital 2007. Il pousse les hôpitaux à s'endetter massivement auprès du secteur privé et introduit un nouveau mode de financement, la tarification à l'activité. Désormais, la plupart des séjours à l'hôpital se verront attribuer un tarif Sécurité sociale par le gouvernement.
Explication d'un sociologue du CNRS qui a écrit un livre sur le sujet. Par exemple, un accouchement par voie basse sans complications, son tarif va être de 3 700 euros. L'hôpital va toucher 3 700 euros pour un accouchement par voie basse sans complications. Une transplantation pulmonaire de niveau 4, donc d'un niveau un peu compliqué, ça va être 71 000 euros. L'hôpital va toucher 71 000 euros. Et multiplié tous ses séjours par les tarifs, vous obtenez les recettes de l'établissement. Entre 2005 et 2006, un énarque encore inconnu en poste au ministère de la Santé, un certain Jean Castex, va contribuer à mettre en place ce système.
Il sera généralisé en 2008 par Roselyne Bachelot, alors ministre de la Santé.
Autre média, autre sujet, mais même cause. De l'hôpital à l'école, un même constat effrayant nous saisit, même s'il n'y a rien de nouveau. En Macronie, les services publics sont la cible de la politique ultra-libérale qui les affaiblisse. C'est en tout cas le message, mis à la une de nos amis de Politis, une une à la fois claire et offensive. Comment la Macronie a abîmé l'école ? Indigne l'hebdomadaire de gauche à la couverture de nos livraisons qui consacrent huit pages au bilan de l'actuel pouvoir en matière d'éducation. Le dossier de Politis n'est pas seulement engagé, il est aussi fouillé et même quelque part assez exhaustif.
C'est pour cette raison que nous avons souhaité inviter Antonin Amado, rédacteur en chef de l'hebdomadaire. Bonjour Antonin.
Bonjour à tous. Merci de l'invitation.
Merci de l'avoir accepté dans votre dernière parution que je montre ici. Vous n'y allez pas avec le dos de la cuillère pour qualifier les réformes mises en place par Jean-Michel Blanquer, notamment celles qui caractérisent sa fameuse école de la confiance. Pour un de vos interlocuteurs, ce n'est pas une réforme, c'est un plan social. Pourquoi le dit-il ? Qu'est-ce qu'il entend par là ?
Je vais rebondir d'abord sur votre petite introduction, parce que vous dites qu'on s'indigne. Alors, c'est vrai qu'on a des convictions qui sont proches des vôtres, mais finalement, c'est un dossier, vous l'avez dit, qui est assez fouillé, qui fait neuf pages. En plus, on écrit petit sur Politis, donc c'est très dense. C'est bien plus factuel qu'indigné, en l'occurrence. Il y a énormément de matière dans ce dossier qui prouve à quel point l'école s'est désagrégée sous la Macronie, qui a subi cinq ans de ce que nous, on appelle le blanquerisme. Alors, effectivement, il y a beaucoup de choses à dire.
Sur le sujet, principalement, du plan social que vous évoquez, effectivement, il y a beaucoup des professeurs, des syndicats qu'on a interrogés, qui disent qu'en fait, c'est une vision managériale qui s'est imposée au sein de l'éducation nationale, avec énormément de verticalité et de violence dans les rapports sociaux. Il y avait quand même un certain espoir qui était né de l'arrivée de Jean-Michel Blanquer. On s'en souvient peu aujourd'hui, mais à l'époque, il suscitait un espoir parce qu'il avait promis notamment des revalorisations de salaire pour les professeurs et pour l'ensemble des personnels de l'éducation nationale.
Aujourd'hui, on s'aperçoit que ces promesses n'ont pas du tout été tenues, que les hausses de salaire promise sont assez faméliques. Certains professeurs touchent 24 euros nets de plus qu'avant l'arrivée de Jean-Michel Blanquer à l'éducation nationale. Et surtout, surtout, la moyenne du salaire des professeurs reste très en deçà de ce qu'elle est dans les autres pays de l'OCDE. Et ça, c'est totalement factuel. La promesse de revalorisation n'a pas été tenue. Et puis, du coup, ça a créé une espèce de rancœur très forte.
S'ajoute à ça, toujours dans cette espèce de vision managériale très verticale et assez violente, la volonté d'étouffer en fait le dialogue social et puis d'essayer de fragmenter justement l'unité, de fragmenter la capacité à mobiliser qui est très forte encore aujourd'hui mais qui s'amenuise dans l'éducation nationale.
Oui, vous rapportiez justement dans ce dossier que l'on opposait le droit de réserve à ces professeurs pour les museler quelque part ?
Je vais vous raconter une petite histoire. Je vais garder, je vais évidemment préserver l'anonymité des personnes qui sont concernées et puis le lieu. Rien que le fait que je dise ça. Ça dit à quel point la parole n'est pas libre dans l'école aujourd'hui. nous, on a interrogé récemment des professeurs qui se plaignaient d'une situation. Pareil, je ne vais pas en dire plus.
Ce sont des gens qui avaient sollicité le rectorat pour des problèmes notamment liés à la pandémie, à des remplacements, à des problèmes avec des élèves, des problèmes très spécifiques qui n'avaient pas de réponse depuis plus d'un mois à leur demande et puis il a suffi qu'elles s'expriment dans les médias et qu'est-ce qui s'est passé ? Ils ont été immédiatement convoqués au rectorat pour qu'on leur reproche de manière assez fallacieuse les propos qu'elles avaient tenus dans la presse et ça, c'est une histoire parmi beaucoup beaucoup d'autres en fait.
Donc, il y a une très grande célérité aux reproches voire à la sanction d'une part et il y a on va dire un train beaucoup plus lent quand il s'agit d'essayer de régler les problèmes qui concernent évidemment ceux qui touchent les personnels enseignants les personnels encadrants mais in fine les élèves.
Oui, on a vu ça aussi des professeurs qui se faisaient ou bien convoqués ou qui recevaient un courrier parce qu'ils avaient osé critiquer même le protocole sanitaire.
Le protocole sanitaire je me permets de rebondir là-dessus il faut vraiment avoir conscience que c'est en filigrane c'est le fil rouge de la colère des professeurs et des personnels de l'éducation nationale aujourd'hui ils ont été abandonnés en tout cas c'est ce qu'ils nous ont dit ils se sont sentis abandonnés tout au long de cette pandémie évidemment avec des protocoles qui sont complètement erratiques qui changent de semaine en semaine de mois en mois et puis ils n'ont pas oublié aussi qu'au début de la pandémie ils ont été laissés en première ligne alors certes au début l'école a été fermée mais très vite ça a été rouvert et d'ailleurs Jean-Michel Blanquer s'est fait une fierté que l'école reste ouverte mais les personnels enseignants les personnels encadrants se posent la question de savoir à quel prix cette école est restée ouverte sans matériel de protection sans détecteur de CO2 dans les classes parce qu'on sait que c'est important pour mesurer en fait la concentration et éviter les contaminations sans tout ce qui leur aurait permis à la fois de se préserver et de continuer à exercer leur métier dans de bonnes conditions voilà aujourd'hui ils n'ont rien oublié et la colère est immense
oui on a pu on peut lire effectivement dans cet article des témoignages qui sont très forts très poignants et très accablants en même temps une professeure qui disait Jean-Michel Blanquer m'a dégoûté de l'enseignement et aujourd'hui je suis en burn-out j'ai décidé d'arrêter de travailler parce que j'avais le sentiment de trahir de trahir ses élèves et alors c'est un témoignage d'une professeure qui a été corroborée par un autre on a vraiment le sentiment que c'est un ministre peut-être le ministre de l'éducation nationale qui a été qui est le plus impopulaire de la Ve République
ça alors la popularité c'est toujours difficile à mesurer puis c'est par essence du ressenti donc c'est difficile ce qui est sûr c'est que sur les différents journalistes qui ont travaillé sur cette question ils ont rencontré une soif de dire et de raconter ce qui leur arrivait sous l'égide de Jean-Michel Blanquer comme ils en avaient rarement rencontré ça on peut le dire effectivement on a l'impression
que c'est un ministre qui est aussi bien détesté par les professeurs que par les élèves on apprend que Jean-Michel Blanquer donc le ministre de l'éducation du gouvernement Castex affiche une sorte de volonté de retour fondamentaux des apprentissages en gros lire écrire compter mais qu'au-delà du discours il y a une sorte de passion pour les neurosciences qu'est-ce que ça traduit ?
Les neurosciences c'est très pratique pour une raison toute bête c'est que ça donne une espèce de méthode un vademecom pour dire que tous les apprentissages se passent de la même façon pour les enfants et ça permet de faire fi du contexte et en particulier du contexte social donc si vous avez les neurosciences à disposition entre guillemets et bien vous n'avez pas besoin de vous interroger sur des accompagnements spécifiques en fonction des difficultés des élèves en fonction du niveau des classes en fonction des territoires voilà donc ça permet de ne pas s'interroger sur le contexte social malheureusement la réalité ça ne vous surprendra pas est un petit peu plus nuancée ce qui est intéressant c'est de noter que même des neuropsychiatres et des neuroscientifiques qui travaillent sur ces questions-là et qui promeuvent les neurosciences notamment dans les apprentissages disent aujourd'hui que on ne peut pas ça ne peut pas être l'alpha et l'oméga de l'enseignement et de l'éducation aujourd'hui et qu'il faut malgré tout un enseignement un accompagnement pédagogique qui permet d'accompagner les élèves le mieux possible avec des outils que peuvent permettre les neurosciences en tout cas ça c'est un débat qui est légitime mais en tout cas ça ne peut pas suffire
cet intérêt pour les neurosciences nous rappelle aussi des propos de Nicolas Sarkozy qui avait provoqué un tollé il disait qu'on pouvait détecter un futur délinquant dès l'âge de 3 ans et Politis nous explique que Blanquer a plus ou moins repris cette idée mais sans lever de bouclier qu'est-ce qu'il fait entendre exactement est-ce qu'il y a un rapport avec ces fameuses neurosciences
c'est difficile à dire en tant que tel mais effectivement il y a cette idée un peu sous-jacente qui consiste à dire qu'on peut détecter les comportements déviants et je mets d'énormes guillemets sur le mot déviant parce qu'on voit tout ce qui comporte de dangereux par définition dès l'âge de 3 ans et effectivement et donc on propose des grilles de lecture qui consistent en fait à placer des enfants dans des cases et d'une certaine façon on détermine aussi beaucoup de choses alors même qu'ils ont 3, 4, 5 ans ce qui paraît fou quand vous le formulez ainsi en plus quand vous placez des enfants dans des cases je ne sais pas si vous avez des enfants mais moi j'en ai et j'en connais beaucoup en fait les enfants ils ont quand même une nette tendance à vouloir se conformer au regard de l'adulte et quand on sait ça cette pensée-là elle est à la fois effrayante et moi je la considère comme dangereuse et c'est le cas de l'ensemble des journalistes des 6 journalistes qui ont travaillé sur ce dossier
il y a aussi autre chose qui est frappant c'est que Jean-Michel Blanquer veut responsabiliser ses élèves c'est pour ça qu'il a choisi d'adopter en tout cas de faire voter cette réforme du baccalauréat puis de Parcoursup donc on aurait des enfants qui dès l'âge de 15 ans devraient être habilités à faire un choix d'orientation qui sera forcément déterminant pour l'avenir donc des élèves suffisamment responsables pour choisir leur avenir mais pas suffisamment pour choisir leur tenue
absolument et ce qui est intéressant dans ce que vous soulignez c'est que là encore on ne tient pas compte du contexte social c'est-à-dire que quand vous avez des enfants de 13, 14, 15 ans qui sont issus de milieux favorisés qui sont extrêmement accompagnés par leurs parents qui ont un contexte socio-culturel autour d'eux qui est très riche qui les nourrit qui les pousse ben là ça peut fonctionner simplement si vous prenez des élèves qui sont issus des milieux populaires ou qui ont des parents qui ne parlent pas français des choses comme ça en fait on les pousse vers des choix dont eux-mêmes et leur famille ne comprennent pas forcément toujours toutes les implications ils se ferment d'un seul coup un certain nombre de portes qui auraient pu correspondre à leurs aspirations donc nous on appelle ça une responsabilisation irresponsable en l'occurrence donc sur le papier pourquoi pas mais il faudrait que pour que ça fonctionne il y ait un vrai un véritable accompagnement de ces élèves et de ces familles parce qu'il ne faut jamais oublier les familles et qui aujourd'hui n'existent pas clairement
impossible avec des profs absents ou des conseillers d'orientation qui ne sont même plus dans ces écoles vous écrivez que Jean-Michel Blanquer est un idéologue autoritaire et sensible à l'idéologie d'extrême droite pour quelles raisons ?
ça c'est son parcours qui nous le dit je vous renvoie à l'excellent papier de Nadia Sweeney qui a dressé un portrait un peu au vitriol mais par définition un portrait qui est très factuel d'abord il faut savoir que le père de Jean-Michel Blanquer était proche de l'OS donc Jean-Michel Blanquer a baigné un peu dans une ambiance très très particulière il ne faut pas oublier qu'il était pressenti et qu'il était proche de François Fillon en 2017 et qu'il aurait tout aussi bien pu devenir le ministre de l'éducation de François Fillon et puis on voit bien les nominations qui ont été les siennes et les gens qu'il a placé au ministère de l'éducation on voit bien aussi que là il y a une nouvelle nomination qui fait polémique c'est un monsieur qui s'appelle Marc Scheringham et qui vient d'être nommé président du conseil supérieur des programmes donc c'est un ancien conseiller de Raymond Barr de François Fillon de Xavier D'Arcoche de Xavier D'Arcoche pardon et il est proche des milieux catholiques traditionnalistes c'est très facile de retrouver des déclarations de ce monsieur qui à mon avis posent problème parce que il y a une vision qui favorise le privé il y a une vision qui tend à vouloir réintroduire une espèce de christianisation dans l'enseignement je ne suis pas sûr que ça aille dans le sens d'un grand progressisme
bancaire qui a dirigé l'ESSEC une grande école de commerce également ardent défenseur vous venez le dire de la privatisation de l'enseignement qu'est-ce qui vous permet de l'affirmer ? Je connais un peu les réponses mais que le public puisse découvrir inviter le public à découvrir ce dossier
Ce qui nous permet de l'affirmer c'est tout ce qu'on démontre dans son parcours en l'occurrence il a favorisé le privé partout où il est passé en l'occurrence donc là je vous renvoie vraiment à notre dossier dans son ensemble mais il sous-tend chez Jean-Michel Blanquer est sous-tendu l'idée que finalement le privé mais ça c'est pas propre à l'éducation nationale c'est propre aussi à l'ensemble de la Macronique c'est que quelque part le privé fera mieux que la puissance publique que les fonctionnaires que les gens qui sont au service de manière désintéressée de l'ensemble de la nation
c'est ça en fait on a un Jean-Michel Blanquer donc un ministre de l'éducation qui décime quelque part l'école publique qui ensuite pointe ces défaillances et qui dit aux parents si vous voulez une école de qualité orientez-vous vers le privé
et ça c'est très classique dans les systèmes c'est-à-dire qu'on déshabille la puissance publique en la privant de moyens en la privant de financements et puis une fois que les dysfonctionnements qui mécaniquement arrivent et en général arrivent assez rapidement surtout sur un ministère aussi important que celui de l'éducation nationale effectivement on peut dire derrière bon effectivement vous voyez bien que ça ne fonctionne pas comme ça devrait fonctionner et donc voilà et vous savez ce qui est intéressant aussi c'est que là où c'est très pervers c'est que les enfants les parents ne jouent jamais avec l'éducation de leurs enfants et que vous avez des gens y compris des classes populaires qui sont prêts à se saigner aux 80 pour envoyer finalement leurs enfants dans le privé parce que ils ont envie de leur offrir toutes les chances pour réussir et ça c'est une réalité en l'occurrence donc on voit bien que quelque part l'école dans son ensemble est aujourd'hui prise en otage par Jean-Michel Blanquer
d'ailleurs Jean-Michel Blanquer il est bon de rappeler qu'il est impliqué dans l'affaire du syndicat Avenir Lycéen qui aurait été créé pour soutenir ces réformes et contre lequel le parquet a ouvert une enquête pour détournement de biens publics dans l'utilisation des subventions qui lui ont été allouées puisque vous êtes là on peut aussi peut-être parler des autres sujets contenus dans le dernier Politis ou peut-être que vous voudriez ajouter s'il y a aussi un autre point que je trouvais très intéressant vous mettiez en avant en lumière en tout cas dans ce dossier qu'il y avait une véritable invisibilisation du sujet de l'école dans les médias
c'est ça c'est ça qui nous paraît intéressant le grand terme en ce moment pour parler de la campagne présidentielle c'est comment on dit ça c'est une campagne téfale où aucun sujet n'accroche nous on pense qu'à Politis il y a des sujets de fond et que c'est notre rôle que de faire ce bilan un peu et d'essayer d'aller prendre le temps de revenir en fait sur les sujets qui nous intéressent c'est la raison pour laquelle nous on a voulu effectivement faire ce bilan de la Macronie à l'école on considère qu'il n'y a pas vraiment de sujet plus important alors si il y en a quelques-uns qui sont au moins aussi important mais le sujet de l'éducation il concerne toute la société et les transverses et il était important d'y revenir
et vous faisiez également remarquer que l'école était un sujet de gauche vraiment est-ce qu'on peut l'affirmer avec force est-ce que le comment dire le mandat de François Hollande a été satisfaisant en matière d'éducation
non il n'a pas vraiment été il n'a pas vraiment été satisfaisant mais ce n'est pas sur ce plateau que je vais rappeler tous les doutes qui entourent le fait d'associer François Hollande au mot de gauche en l'occurrence donc voilà non mais ce qui est intéressant c'est qu'en fait ça reste une préoccupation de gauche est-ce que c'est un sujet pour tous les candidats oui parce que tous les candidats ont des propositions à faire sur l'école d'ailleurs il y en a beaucoup notamment à la droite tendance extrême qui sont tout à fait compatibles avec la vision qu'on a aujourd'hui Jean-Michel Blanquer d'ailleurs on s'interroge de savoir si Marine Le Pen ou Éric Zemmour arrivaient à l'Elysée si Jean-Michel Blanquer ne ferait pas un excellent ministre de l'éducation nationale pour ces deux candidats d'extrême droite mais au-delà de ça on a fait un comparatif de toutes les propositions dans un tableau qui est très synthétique et didactique mais en l'occurrence ce qu'on voit bien c'est que les propositions des candidats de gauche à savoir Jean-Luc Mélenchon Yannick Jadot Anne Hidalgo Fabien Roussel sont beaucoup plus et Anne Hidalgo sont beaucoup plus étoffées et sont plus construites que celles des candidats de droite elles sont plus précises elles sont plus argumentées elles sont plus cohérentes que celles que celles de la droite d'ailleurs dans le tableau qu'on présente c'est ce qui est assez intéressant et j'invite vos téléspectateurs à s'y référer mais d'ailleurs sur la droite sur la à droite c'est très c'est très clair c'est très espacé c'est beaucoup plus dense concernant les candidats de gauche il y a aussi un aspect visuel qui est assez intéressant à observer
ce tableau effectivement très concis qui fait en tout cas vous avez fait un travail énorme mais vous évitez de nous perdre justement dans les programmes des candidats c'est une excellente synthèse on va conclure Antonin cette interview alors peut-être en parlant d'autres sujets qui ont été traités par le politiste je pense comme ça notamment à la dissolution les groupuscules d'extrême droite ou encore à l'excellente l'excellente enquête très documentée sur comment l'aide sociale à l'enfance de lignes-les-bains se débarrasse des jeunes étrangers d'en accompagner entre autres
vous savez nous à Politis on essaye d'être un peu les canaris dans la mine c'est-à-dire qu'on essaie d'aller identifier des sujets qui ne font pas encore tout à fait le devant de l'actualité on espère qu'on va inspirer quelques-uns des confrères rapidement effectivement sur les dissolutions des groupes d'extrême droite on a mené un travail qui montre que en fait dissoudre un groupe d'extrême droite pour dissoudre un groupe d'extrême droite ça n'a pas forcément d'utilité pourquoi ?
parce que ça empêche les services de renseignement de les suivre comme ils pourraient l'être quand ils sont fixés sur des groupes d'une part et en plus ce n'est qu'un affichage politique et dernier point sur ce sujet la justice aujourd'hui offre suffisamment d'armes pour pouvoir judiciariser des gens quand ils franchissent la limite ce qui arrive assez fréquemment dans ce genre de groupe donc effectivement c'est intéressant de comparer toujours les mesures d'affichage telles que peut les afficher par exemple Gérald Darmanin dans ce dossier et sur ces thèmes et puis la réalité du terrain et nous on est très attaché à la réalité du terrain à Politis et puis vous évoquez l'enquête qu'on a fait sur l'aide sociale à l'enfance à Dignes-les-Bains en fait il ne s'agit pas du tout d'accabler les professionnels de l'aide sociale à l'enfance qui sont des gens qui sont dévoués et qui font tout ce qu'ils peuvent pour aider les gamins dont ils ont la charge mais aujourd'hui un peu à l'image de ce qui se passe dans l'éducation nationale ils se retrouvent dans des situations où on leur demande de travailler avec très très peu de moyens et en plus avec une volonté politique étrange là à Dignes-les-Bains c'est le conseil départemental qui donne pour consigne de renvoyer les mineurs non accompagnés et les femmes de MNA dont on a énormément parlé avec un billet de train ou un billet de bus et on les renvoie vers Marseille en leur disant si si tu verras ça va bien se passer en fait ils arrivent il n'y a absolument aucune prise en charge et ce sont des gamins parce que ce sont des gamins qui se retrouvent à dormir à la rue et qui se retrouvent confrontés à une violence assez inouïe qu'on a du mal à imaginer ici et qui sont in fine récupérés par des professionnels de l'enfance ou de l'hébergement d'urgence dans des états qui sont assez dramatiques qui sont des gamins qui sont traumatisés et qui vont mettre longtemps s'ils y parviennent à se remettre de l'épreuve qu'ils auront traversée alors même que notamment à Dignes il y a des places pour ces gamins et qui pourraient tout à fait être accompagnés
Oui les mineurs non accompagnés qui sont envoyés parfois dans des hôtels qui sont convertis en hôtels sociaux on avait reçu un Sirem Saber un journaliste et ex-enfant placé à l'ASE qui témoignait dans ce sens puisqu'un mineur dans la compagnie avait été retrouvé mort il y a encore quelques semaines hélas un dernier message peut-être à ceux qui nous écoutent Antonin
Écoutez Politis c'est un vieux magazine qui a 33 ans d'existence on a lancé une campagne de soutien il y a quelques temps parce qu'on avait besoin de nos abonnés de notre communauté pour nous sauver on avait besoin de 500 000 euros on a été financés à plus de 650 000 euros donc déjà je voudrais leur dire merci ça c'est la première chose mais ce qui va nous sauver aujourd'hui c'est le fait de récupérer davantage il faut s'abonner à Politis pour que vive une presse libre et indépendante de tous les pouvoirs et puis nous de notre côté on s'engage à poursuivre le travail qui est le nôtre et de produire de l'information originale qui n'existe nulle part ailleurs
l'information originale et de qualité comment la Macronie a abîmé l'école je suis même presque tentée de lire comment la Macronie a abîmé la jeunesse merci à vous merci à vous Antonin donc on vous invite vraiment à vous procurer ce numéro de Politis comment la Macronie a abîmé l'école on passe à Kif Taras Rocaïa Diallo notre deuxième invité de ce plateau si Kif Taras a fait le pari alors de sauter à pieds joints avec ses 85 épisodes on peut se demander s'il peut penser la question raciale si on peut encore penser la question raciale sans provoquer des réactions violentes voire irrationnelles pourquoi le mot race fait débat quel sens lui donner on vous propose de visionner ce court extrait très éloquent
ce n'est pas une question de couleur de peau objective la racialisation c'est un processus qui peut conduire à la mise en domination raciale de personnes qui peuvent par ailleurs être perçues comme blanches et donc la Shoah c'est du racisme les personnes considérées comme juives qu'elles le soient réellement ou non ont été racialisées elles ont été racialisées par les nazis et donc elles ont vécu la Shoah et le Holocaust d'une fête d'une racialisation et c'est pour ça que c'est important de dire que la race en fait c'est une construction arbitraire arbitraire c'est-à-dire qu'on peut décider que ma couleur de peau me fait appartenir au même groupe que Beyoncé que vous avez cité et en vérité quand on nous regarde toutes les deux il n'y a absolument rien de commun nous n'avons pas les mêmes traits nous n'avons pas les mêmes cheveux nous n'avons pas la même couleur de peau mais l'histoire de nos ancêtres fait qu'aujourd'hui en 2022 nous sommes considérés comme appartenant au même groupe racial de la même manière que les théories nazies ont racialisé des personnes d'une fête d'une ascendance réelle ou supposée juive et les ont enfermées dans un groupe racial et donc quand Huipi Goldberg dit que ce sont des blancs contre d'autres blancs ce n'est pas ce qui s'est produit déjà ce n'était pas une opposition en fait c'est un génocide ce n'est pas des gens qui se sont combattus les uns et les autres c'est un groupe qui a agressé un autre groupe et qui a tenté de l'anéantir et surtout c'est un groupe qui s'est considéré comme appartenant à une entité supérieure à celle de l'autre groupe ça montre bien que dans le racisme en fait il n'y a absolument rien de biologique on est dans la construction et dans la domination qui est proprement liée à l'idéologie
Donc comme je le disais en introduction vous avez certainement découvert cette jolie couverture c'est Kiv Taras le premier livre écrit par Rokaya Diallo et Grassley qui est dans le prolongement du podcast qui comptabilise plus de 4 millions d'écoutes et qui vise à déconstruire le racisme systémique Rokaya Diallo est-ce que tu m'entends ? Oui bonjour Nadia Bonjour ça fait plaisir
de t'entendre Ravie aussi merci beaucoup pour cette invitation et pour la diffusion de l'extrait
Avec plaisir Rokaya déjà félicitations pour cette longue retranscription des interviews du podcast mais pas seulement puisqu'il s'agit aussi de se poser la question de comment on peut impacter aussi la société donc à travers les réflexions que Grassley et toi-même a porté dans cet ouvrage donc vous avez osé justement osé de sauter à pieds joints dans les questions raciales avec ses 85 épisodes et pourtant on a encore du mal à parler du mot race il est encore vraiment tabou comment tu l'expliques avec Rokaya Diallo alors tu l'as expliqué ici dans cet extrait mais finalement tu es tout le temps mise à l'épreuve et on te demande toujours de revenir sur cette question que tu expliques pourtant de la meilleure des façons on ne peut pas mieux clarifier ce concept mais comment expliquer qu'en 2022 on résiste encore à comprendre qu'il s'agit d'une catégorie sociale et pas du mot race dans le sens biologique
Alors merci beaucoup Nadia effectivement le livre que Grassley avons écrit est un livre qui a vocation à permettre aux personnes de se documenter sur la question raciale sur ses bases ses fondements historiques son expression dans la vie quotidienne au public tout simplement aujourd'hui dans le contexte français et il est vrai que c'est une question qui est mal maîtrisée parce qu'elle est très peu enseignée et parce que souvent elle est enseignée en tout cas elle est débattue quand elle est débattue dans l'espace public sur un ton relativement anxiogène donc c'est vrai que l'extrait que tu as diffusé qui était sur LCI la semaine dernière a énormément circulé sur les réseaux sociaux j'ai l'impression effectivement d'avoir déjà dit cette chose à plusieurs reprises mais que peut-être il y a aujourd'hui une écoute un peu plus attentive à ces questionnements parce que effectivement on a passé ces dernières années des événements qui ont conduit de plus nombreux français à s'interroger ou en tout cas à constater les effets de la racialisation historique sur la société française actuelle
oui alors justement comment combattre le racisme sans parler de race en fait c'est ça la question pour toi il est évident qu'on doit recourir expliquer pointer détailler ce concept pour mieux lutter contre les discriminations comment pourrait-on faire autrement
tout à fait en réalité c'est le racisme qui fait exister la race c'est vrai que c'est un terme qui est tabou mais c'est un terme qui existe dans notre droit il est toujours dans la constitution française malgré un vote de l'Assemblée nationale qui a voulu retirer en 2018 ça n'a toujours pas été approuvé par le Sénat et surtout il faut le comprendre comme un outil de domination c'est-à-dire que la racialisation est liée à une histoire une histoire de colonisation d'esclavage qui a pu conduire également à des génocides et qui a produit des conséquences dans nos imaginaires collectifs et dans les pratiques actuelles donc parler de race c'est parler de ce critère qui permet de distinguer de discriminer qui autorise des personnes en fait à cliver la société et à la pensée d'une manière qui génère des discriminations du racisme et donc on ne peut pas lutter contre le racisme on ne peut pas essayer de déconstruire ces différentes hiérarchisations sans parler de ce critère en fait qui est le critère de la race alors évidemment l'aspiration que l'on devrait tous avoir c'est celle de dépasser ce phénomène racial mais aujourd'hui on n'est pas du tout en mesure de le faire donc il faut en parler il faut en parler il faut nommer pour déconstruire et pour dépasser
c'est ça nommer pour mieux lutter le mot race une catégorie sociale les opposants de ce terme il y en a beaucoup ils sont nombreux je pense notamment à monsieur Marc Côté je me souviens même plus c'est Boc Côté voilà monsieur Marc Côté qui a écrit un livre fantastique révolution racialiste alors eux ce qu'ils craignent c'est qu'en recourant à ce terme là même s'il a une exception plutôt sociologique ça pourrait conduire à réhabiliter le mot race dans son sens biologique
non mais en fait c'est moi ce que je trouve formidable c'est qu'on pense qu'en retirant un mot de manière totalement magique la France va supprimer le racisme alors que ce mot sert justement dans la constitution il est inclus dans une expression qui est sans distinction de race donc ça veut dire en fait que c'est un mot qui a été introduit pour lutter contre les discriminations contre les distinctions qui sont fondées effectivement sur une fiction qui n'a pas de fondement biologique mais sur une fiction qui est tout à fait opérante donc moi ces gens qui passent davantage d'énergie à dire que les gens qui utilisent le terme race sont des problèmes plutôt qu'à lutter contre le racisme qui est documenté à plusieurs niveaux au niveau des recherches d'emploi des recherches d'appartement au niveau aussi de la verbalisation quand même d'un certain discours politique qu'on entend énormément particulièrement en ces temps de campagne présidentielle donc ces gens-là qui vont davantage lutter contre le mot que contre des phénomènes qui sont absolument visibles lisibles et audibles et bien ce sont des gens qui pour moi luttent en réalité contre l'antiracisme et qui ont trouvé un prétexte commode qui est de dire que ce mot-là est un problème et que ce mot-là est un mot qui génère du racisme alors que c'est absolument faux
je vais te poser cette question un peu relou un peu fâcheuse mais je dirais un peu relou parce que je sens qu'elle va être posée par des trolls en commentaire dans la vidéo YouTube est-ce qu'il y a un racisme anti-blanc au qu'il y a diallo ?
alors il y a effectivement il est possible de discriminer d'éprouver des sentiments de haine ou d'agresser des personnes parce qu'elles sont blanches ou perçues comme telles mais le racisme c'est un mot qui a une histoire il est ancré dans une histoire très longue qui est l'histoire de l'esclavage qui est l'histoire de la colonisation qui est l'histoire de la Shoah et donc qui est une idéologie de hiérarchisation des groupes en fonction de critères arbitraires qui constituent effectivement des groupes raciaux et une hiérarchisation qui a conduit à une institutionnalisation et à une violence donc le racisme c'est ça ça s'inscrit dans cette histoire-là de manière très très précise et c'est un phénomène qui opère à différents endroits de la vie quotidienne or les personnes blanches ne font pas l'expérience d'une discrimination structurelle qui serait issue d'une histoire et d'une idéologie qui aurait hiérarchisé le monde de manière à faire que les blancs seraient en bas à l'échelle hiérarchique si certains blancs font de manière individuelle l'expérience de violence évidemment c'est condamnable mais ce n'est pas une expérience collective aujourd'hui le fait d'être blanc ou blanche n'est pas un désavantage structurel en France quand on est blanc on ne se demande pas quelles conséquences sa couleur de peau aura sur sa trajectoire professionnelle quotidienne ou même sur le fait de pouvoir par exemple se reconnaître dans des gens qui nous ressemblent dans les films la télévision dans la littérature etc.
donc ce n'est pas du racisme à quoi on parlait même si toute haine et toute violence doivent être combattues
Merci de l'avoir de nouveau clarifié je posais la question en introduction mais je vais peut-être la repréciser je te demandais si l'on pouvait penser la question raciale en France et je vais la compléter cette question sans risque sans risque pour sa carrière ou sans risque pour sa vie tu as été la cible de nombreuses campagnes de cyber harcèlement tu as été la cible de menaces de mort d'autres professeurs en université ont vu leur évolution ralentie parce qu'ils défendaient une certaine parce qu'ils j'allais dire une vision indigéniste mais ça c'est leur langage donc je vais plutôt dire qu'ils s'intéressaient aux questions de la pardon je vais y arriver du décolonialisme est-ce que tu peux peut-être témoigner justement de ces difficultés aujourd'hui en tant que journaliste autrice et militante d'aborder ces questions sans craindre pour sa vie quelque part
ce qui est certain et très très juste dans ce que tu dis c'est que la question raciale est une question explosive en France décider de consacrer du temps à parler de questions raciales mais aussi de féminisme parce que Kiftara c'est un projet qui justement essaie de croiser les dynamiques d'oppression en parlant en tout cas du genre et de la question raciale et bien c'est s'exposer à des dévexations voire effectivement à des pertes moi j'ai par exemple j'ai fait mon premier procès en cyber-harcèlement en 2014 donc pour une agression qui était intervenue en 2013 j'ai gagné c'était un appel au viol j'ai aussi été menacée de mort à plusieurs reprises effectivement je suis régulièrement injuriée cyber-harcèlement c'est complètement hebdomadaire et je suis aussi exposée à des récriminations extrêmement plus ou moins brutales de la part des personnalités publiques donc c'est vrai que c'est un sujet qui n'est pas consensuel et qui génère à la fois de l'agressivité et qui peut aussi générer des pertes quand je parlais de pertes j'ai perdu clairement des opportunités professionnelles du fait de mes prises de position sur la question et encore aujourd'hui mon nom est perçu à certains endroits comme étant sulfureux donc oui en France c'était compliqué quand on est par exemple à l'université de travailler sur ces questions-là et d'obtenir effectivement des postes parce que ce sont des questions qui sont considérées comme étant sulfureuses et comme n'étant pas légitimes non plus intellectuellement c'est aussi ça qui est compliqué c'est que tout le monde essaie de s'exprimer sur la question raciale il y a beaucoup de personnes qui essaient de s'exprimer sur les questions raciales pour les stigmatiser mais bien peu sont capables de mobiliser les théories qui ont conduit à la réflexion actuelle donc ça reste des prises de position qui sont risquées en tout cas qui ne sont pas comment dire génératrices de comment dire d'opportunités dans le contexte français c'est véritablement très compliqué
oui donc ça provoque effectivement une violence qui est presque irrationnelle quand on parle de ces questions de race et de racisme est-ce que tu as le sentiment Rokaya alors déjà j'aimerais te poser cette question comment on fait pour se protéger de cette violence comment toi tu fais parce qu'à chaque fois nous on te regarde sur les plateaux télé on a un énormément de respect pour toi on est assez admiratif de cette résilience de cette capacité de répondre aux attaques mais dans le même temps on se dit mais comment faire Rokaya Diallo
merci beaucoup pour ta question et ta solidarité bon déjà je pense qu'il y a des choses qui sont aussi liées à des dispositions personnelles la réalité c'est que j'apprécie le débat et que quand je vais débattre sur un plateau de télévision c'est pas quelque chose qui me fait souffrir moi voilà je pense que je suis d'un naturel en tout cas je l'ai découvert dans l'exercice d'un naturel assez combatif donc le fait de confronter mes idées y compris parfois de manière violente sur des plateaux de télévision c'est pas un problème c'est très différent de ce que j'ai évoqué à l'instant qui est le cyberharcèlement qui est beaucoup plus lourd et effectivement qui est plus dommageable comment fait-on en tout cas pour ce qui me concerne je varie mes activités j'ai la chance de faire d'autres choses Kiftara c'est le 11ème livre que je publie je fais des documentaires que je réalise et que j'écris donc c'est un temps de création que voilà que j'investis avec une grande liberté on a ce podcast Kiftara qu'on a créé avec Grassley qui nous permet d'inviter de nombreuses personnes différentes dont tu fais partie par exemple pour parler de sujets assez variés c'est un espace de liberté également et puis surtout aussi peut-être un petit peu moins depuis deux ans mais en tout cas j'ai l'opportunité de me rendre régulièrement dans d'autres pays ce qui permet aussi de relativiser ce qui se passe dans le contexte français et après à titre personnel je pense qu'il est important de se protéger et de s'entourer correctement d'une manière à avoir un équilibre et à ne pas dédier sa vie à l'espace public donc moi l'espace public c'est un espace professionnel les plateaux de télévision sur lesquels tu peux me voir ou d'autres personnes dont tu parlais à l'instant sont des plateaux où j'exerce ma profession donc je viens en tant que personne qui est liée contractuellement à ces espaces-là donc ça fait aussi aborder la question d'une manière différente parce que je sais que je viens faire mon travail et qu'après une fois que j'ai terminé mon travail je rentre chez moi et je m'adonne à des activités divertissantes ou autres ça joue aussi énormément
Oui alors toujours en rapport avec cette violence que tu peux subir et même d'autres sociologues d'autres autrices qui écrivent sur cette question du racisme et de la race on a le sentiment qu'il y a clairement une avancée aujourd'hui on voit de plus en plus de nouveaux visages émerger dans l'espace public qui se saisissent de ces questions et qui sont légitimes beaucoup plus légitimes à le faire puisqu'elles sont elles-mêmes concernées donc une avancée et en même temps on a l'impression qu'en face on va créer de nouveaux concepts on va vous affubler d'islamo-gauchistes d'indigénistes on va parler de wokisme pour empêcher finalement ce débat et on a le sentiment dans le même temps que finalement c'est un peu creuser le fossé et un peu contribuer à cliver la société c'est tout le paradoxe ou alors est-ce que c'est un passage obligatoire avant de pouvoir peut-être vivre de manière un peu plus de cohabiter et de vivre d'une manière un peu plus pacifique
alors ce qui est effectivement vraiment fascinant c'est que les deux choses dont tu viens de parler sont consécutives l'une de l'autre c'est-à-dire que c'est précisément parce qu'il y a de nouvelles figures de personnes non blanches ou d'une nouvelle génération de féministes qui introduisent dans le débat public des notions qui ont été pendant très très longtemps invisibilisées et qui ont le pouvoir de le faire pour quelles raisons parce qu'aujourd'hui on dispose de réseaux sociaux qui permettent d'imposer un discours alternatif alternatif pardon au discours médiatique dominant c'est précisément parce que ces figures-là surgissent que les réactions se font violentes et que les conservateurs et les conservatrices redoublent d'imagination pour disqualifier ces personnes en les affublant de noms plus ou moins infamants plus ou moins stupides alors qu'en réalité la plupart des français ne comprennent pas de quoi il ressort de quoi il ressort par exemple tu as parlé du wokeisme à l'instant ce mot-là est issu des luttes afro-américaines être woke dans un phrasé états-unien noir c'était au 20ème siècle l'idée de la vigilance par rapport aux possibles violences aux possibles inégalités en tout cas aux inégalités réelles qui étaient légions à l'époque et puis surtout le fait de garder les yeux ouverts donc c'est quelque chose de très positif et de très affirmatif et c'est un terme qui a été introduit dans l'espace médiatique français directement pour être considéré comme infamant donc je pense que la première des choses à faire c'est de ne pas nier moi quand on me dit que je suis woke je préfère être woke qu'endormie en réalité je ne veux pas être endormie je ne veux pas garder les yeux fermés sur les différentes oppressions qui existent dans la cité dans laquelle je vis par ailleurs si vous faites un micro trop tard dans la rue et que vous demandez aux françaises et aux français ce qu'est le wokeisme je pense que personne ne peut vous dire de quoi il s'agit donc c'est un mot comme ça un petit peu valise dans lequel chacun met tout ce qu'il ou elle projette en tout cas du côté des politiques mais qui n'a absolument aucun fondement dans l'espace intellectuel dans l'imaginaire collectif français donc je pense qu'il ne faut pas se laisser intimider par les différents mots qu'on peut employer par exemple l'indigénisme c'est une création mais en réalité l'indigénisme ça a existé c'est un courant littéraire haïtien des années 1920 ben voilà c'est très bien je veux dire je pense qu'il faut juste au contraire revendiquer la terminologie dont on essaie de nous déposséder comme l'universalisme je pense que l'universalisme c'est très beau et qu'il a des sources et des ressources intellectuelles qui existent aussi en dehors du contexte français et que dire qu'on y aspire qu'il n'est pas survenu mais qu'on y aspire et je crois que vraiment cette agitation qui existe de la part des conservateurs qui est incarnée par quelqu'un dont je parlais tout à l'heure qui est Jean-Michel Blanquer notamment c'est du conservatisme qui est simplement celui de personnes qui sont disposées qui tentent désespérément de garder le pouvoir de garder la main sur les formulations des discours publics et qui essayent justement d'écarter des personnes qui formulent les choses différemment et qui imposent un discours une lecture sur le féminisme sur l'antiracisme mais aussi sur d'autres questions LGBTQIA+, qui est qui est issue de leur propre terminologie et ça c'est nouveau
Oui oui pour vous parler de Jean-Michel Blanquer ce sont des personnes politiques qui sont beaucoup plus liées au passé colonial que ces militants antiracistes à qui ils demandent de regarder droit devant et d'arrêter de regarder en direction du passé Rocaïa je sais que t'es très prise j'ai une dernière petite question 85 épisodes Kiv Taras est-ce qu'il y a une problématique ou une interview qui t'a particulièrement touchée ?
Merci de rappeler effectivement l'existence de ce podcast qui est diffusé un mardi sur deux Grasse et moi avons à cœur de vraiment croiser en tout cas d'inviter des profils très différents aussi bien des artistes que des universitaires que des personnes engagées des journalistes des sportifs bon c'est un sportif donc pour nous c'est important en fait de mettre tous les savoirs au même niveau il y a plusieurs épisodes qui m'ont marquée mais je pense que vraiment l'un des épisodes que j'ai trouvé extrêmement utile et qu'on a fait qu'on a fait avant la vague Black Lives Matter qui a surgi après le meurtre de George Floyd c'est l'épisode qu'on a fait avec Amal Bantounsi sur les violences policières qu'on a fait au début de l'année 2020 avant la pandémie qui était extrêmement intéressant elle parlait de la plateforme qu'elle avait mis en place qui s'appelle UVP urgence violences policières qui permettait aux gens de signaler et de documenter les violences policières auxquelles ils ou elles assistaient et c'était vraiment un épisode extrêmement instructif qui a été un épisode qui a rencontré le plus grand nombre d'écoutes qui a donné lieu au plus grand nombre d'écoutes parce que je pense qu'il parlait vraiment d'un sujet qui reste encore sous-exploité en tout cas sous-exploité en tout cas sous-traité je dirais plutôt dans l'espace médiatique français et je pense que c'est une question qui reste très importante dans le contexte français mais parmi les 84 épisodes il y en a énormément qui m'ont marqué on a parlé de fétichisation du corps des femmes on a parlé du fait d'être une personne noire et trans on parle beaucoup aussi des communautés asiatiques parce que Grassley qui est ma comparse est d'origine asiatique et donc ça permet de parler aussi d'un groupe de français ou de personnes en tout cas vivant en France asiatique qui est très très peu dont on parle très peu en fait dans l'antiracisme français on parle aussi beaucoup il y a un épisode que j'ai beaucoup aimé dernièrement qui parlait des gens du voyage et c'est un terme que je mets entre guillemets parce que c'est une construction aussi raciale historique avec William Hacker et c'est un épisode que je recommande parce que c'est souvent une question qu'on connaît très très peu sur notamment la stigmatisation historique des communautés qu'on a considérées comme étant des communautés qui sont les gens du voyage c'est un épisode que j'ai beaucoup apprécié
également Merci merci infiniment Rokhaya Diallo je rappelle que le livre Kiv Taras est sorti en librairie le 17 janvier un livre qui vise à abattre les obstacles à la déconstruction du racisme systémique et voilà il est aussi nourri par la volonté c'est important de le marteler d'oeuvrer en faveur de la justice sociale en mettant en lumière des phénomènes ayant un réel impact tant dans le quotidien que dans les décisions politiques je te souhaite un excellent voyage Rokhaya Merci beaucoup Nadia bonne fin de l'émission Merci j'espère qu'on aura le plaisir de te recevoir ici en plateau Très très heureuse Merci encore pour l'invitation Avec grand plaisir très bonne journée Bonne journée Au revoir Au revoir L'émission touche à sa fin merci d'avoir été nombreuses et nombreux de nous suivre vous pouvez bien évidemment la retrouver en podcast sur la chaîne YouTube en podcast et en replay exactement sur la chaîne YouTube et sur tous les réseaux sociaux on compte sur votre soutien votre soutien passe par des likes par les dons c'est ce qui garantit notre indépendance également la gratuité des contenus que vous pouvez voir sur toutes les plateformes du média je vous souhaite un excellent week-end je vous retrouve pour ma part mercredi prochain et vous pourrez vous pourrez retrouver dès lundi mon cher camarade et collègue Théophile à très bientôt c'est parti