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Discours / meetingyoutube.com· 27 avril 2021 10 minMixteNumériqueÉconomie & entreprisesCulture, médias & sportEurope & international

JLE2020 Discours de Bruno le Maire au Ministère de l'Économie et des Finances et de la Relance

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 55 %Attaque 30 %Défensif 15 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 6:09Bruno Le MaireFait
    « que nous avons réussi à stopper avec les ministres des Finances du G7 il y a maintenant un peu plus d'un an, »
  • 7:33Bruno Le MairePromesse
    « Reprendre le pouvoir, c'est aussi imposer aux géants du digital une juste taxation. »
  • 8:52Bruno Le MairePromesse
    « et qu'il puisse y avoir une juste taxation des gens du digital d'ici l'été prochain, »

Temps de parole

  • Présentateur100 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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Présentateur

Alors je n'ai pas lu son dernier livre, mais je vous recommande très vivement un livre magnifique qui est « L'amour et les forêts », qui est une histoire extraordinaire d'une femme qui se cherche, qui estime que dans le fond elle est passée à côté de son existence, qu'elle n'a pas l'existence qu'elle aurait dû avoir, qu'elle souffre avec son mari.

Et le narrateur va essayer de lui inventer une autre existence avant de découvrir des choses que je vous laisse découvrir dans le livre d'Éric Reinhardt, « L'amour et les forêts », j'aurais pu faire critique littéraire, qui est un magnifique roman qui a d'ailleurs été primé, reconnu, récompensé, et j'espère pouvoir lire son prochain livre très rapidement. Je voudrais dire à tous ceux qui nous écoutent, pas les journalistes, mais les lycéennes et les lycéens qui sont en ligne, puisque malheureusement, Covid oblige, nous sommes en format restreint. Lisez. Vous n'imaginez pas le plaisir que ça va vous procurer.

Je le dis avec beaucoup de conviction, parce que j'ai moi-même des enfants, j'en ai un qui est lycéen, et c'est devenu un combat, la lecture. Et je veux juste dire à tous ceux qui nous écoutent que ce combat, nous le menons avec Marc-Helreda Charrière, avec Luce Perrault, avec Éric Reinhardt qui est présent, avec tous les journalistes qui sont présents ici et qui écrivent. Ce n'est pas pour vous ennuyer. Ce n'est pas pour faire des leçons de morale. Ce n'est pas pour vous obliger à faire des activités qui seraient pénibles.

Mais c'est parce que je le redis, la lecture est un immense plaisir, qu'elle va développer votre imagination, qu'elle va vous permettre de vous ouvrir à des mondes radicalement nouveaux dans lesquels vous ne seriez pas entrer sans les mots, qu'elle va vous permettre de mieux comprendre qui vous êtes, de mettre des mots sur des choses que vous ressentez et que vous ne savez même pas de vous-même, et qu'une personne totalement inconnue, que vous n'avez jamais rencontrée, que vous n'avez jamais vue, que probablement vous ne verrez jamais et que vous ne rencontrerez jamais, vous soufflera à l'oreille, par les mots, dans le silence de la lecture, des choses que vous n'auriez jamais comprises sur vous si vous ne les aviez pas lues.

On apprend plus sur son désir d'aventure en lisant Robinson Crusoe qu'en partant au voyage. On apprend plus sur le désir et la jalousie, qui peut animer le désir et qui est souvent à la base du désir, en lisant Albertine retrouvée ou la prisonnière qu'en en faisant soi-même l'expérience. Et quand on souffre soi-même de jalousie parce qu'on aime quelqu'un qui ne vous aime pas ou qui est aimé par quelqu'un d'autre, eh bien il suffit de lire Proust pour comprendre ce que c'est que ce sentiment, de mettre des mots dessus et ces mots vont vous apaiser.

Ces mots vont vous apaiser parce que vont vous faire comprendre que vous faites partie d'une collectivité qui ressent les mêmes choses et que vous n'êtes pas tout seul. Et c'est ça la singularité de la lecture. C'est que c'est une activité solitaire qui vous ouvre au reste du monde. Vous êtes seul et vous n'êtes jamais autant avec tous les autres que lorsque vous lisez un livre. Donc je le redis à tous ceux qui nous écoutent, à tous les jeunes qui nous écoutent, lisez. Arrachez-vous aux écrans. Arrachez-vous aux écrans. Les écrans vous dévorent, la lecture vous nourrit. C'est toute la différence. Les écrans vous vident, les livres vous remplissent. C'est toute la différence.

Alors évidemment que c'est un combat parce que l'écran c'est la facilité, on est capté, l'attention est captée. Et en plus ils sont tellement bien organisés, ça fera le lien avec les GAFA, qui savent vous donner, exactement comme on le fait pour les rats, des petits stimuli nerveux, toutes les 5 secondes, toutes les 10 secondes, qui vous obligent à continuer à rester scotché à votre écran. Mais malheureusement, c'est pas ça qui vous permettra de développer votre liberté. Et je termine par là parce que c'est aussi une conviction très forte chez moi. La littérature est une arme de liberté.

Et les écrans trop souvent peuvent devenir, pas toujours, je parle pas des écrans de cinéma, je parle des écrans des géants du digital, peuvent devenir des instruments d'asservissement. Vous pouvez être asservi dans votre consommation, dans votre comportement, dans vos pratiques, dans vos gestes. Pas des écrans qui sont formatés pour orienter votre pensée. La littérature, elle, elle vous donne de la liberté. Les mots vous donnent de la liberté pour vous construire et être ce que vous êtes. Je le dis à toutes les lycéennes et tous les lycéens qui nous écoutent, vous êtes chacun unique. Chacun.

Eh bien, la littérature vous permettra, et les livres vous permettront, de découvrir à quel point vous êtes unique et à quel point vous ne ressemblez à personne d'autre. C'est ça ce qui fait l'humanité. Chaque personne est unique et c'est la littérature qui nous l'apprend. Je voudrais donc féliciter Joël Toledano et féliciter aussi les membres du jury d'avoir choisi comme livre qui aura ce prix du livre de l'économie, Gaffa, reprenons le pouvoir. Il faut reprendre le pouvoir sur les écrans. Et vous reprendrez le pouvoir sur les écrans par les mots et par la lecture. Et il faut reprendre le pouvoir sur les géants du numérique.

C'est le combat que nous menons avec le président de la République depuis près de trois ans. Et on aura besoin de toutes les forces parce que, croyez-moi, ce n'est pas un combat facile. Mais les enjeux sont absolument considérables. Je n'ai pas encore lu le livre, mais une fois encore, je me réjouis et du titre et du chemin que vous tracez, de l'ambition que vous portez. Oui, il faut reprendre le pouvoir sur les Gaffa. Pourquoi ? Parce que c'est notre liberté qui est en jeu. C'est notre liberté de consommation. Et puis, c'est le rapport de force au XXIe siècle entre les États et les entreprises privées, les géants du digital.

Aujourd'hui, les géants du digital, si on ne leur met pas des limites, vont finir par acquérir des droits et des pouvoirs supérieurs à ceux des États. Il restera aux États uniquement le monopole de la force légitime et encore. Et encore. Quand on voit le projet, par exemple, de monnaie Libra, que nous avons réussi à stopper avec les ministres des Finances du G7 il y a maintenant un peu plus d'un an, mais le projet Libra, c'était très simple. C'est une monnaie souveraine qui concurrence l'euro, le dollar ou le yen. Ce n'est pas un instrument de paiement. Un instrument de paiement, ça ne me dérange pas qu'une entreprise ait son propre instrument de paiement interne.

Ça existe, ça ne pose pas de difficultés. C'était une vraie monnaie, avec le risque, à un moment donné, qu'assise sur un panier de monnaie constitué sur l'euro, le dollar ou le yen, le jour où il modifie le panier de monnaie, comme ce sont des entreprises qui pèsent des milliers de milliards de dollars de capitalisation, vous risquez d'avoir la valeur de l'euro modifiée par un géant du digital, c'est-à-dire par une entreprise privée sans aucune légitimité. Ce n'est pas acceptable. Donc oui, il faut reprendre le pouvoir sur les GAFA. Oui, il faut regarder comment est-ce qu'on évite les concentrations excessives.

Comment est-ce qu'on peut me dire que lorsqu'on fait à le Somme-Siemens, il y a concentration excessive dans le domaine ferroviaire, mais qu'on peut racheter WhatsApp et d'autres applications dans le Facebook et qu'il n'y a pas de concentration excessive des moyens au sein d'une même entreprise privée. Et je me réjouis de voir que les États-Unis d'Amérique sont les premiers à avoir dit juridiquement qu'il y a un problème, il faut qu'on s'attaque à la concentration excessive des géants du numérique. Reprendre le pouvoir, c'est aussi imposer aux géants du digital une juste taxation. Ce sont les grands gagnants de la crise économique.

On a été scotché chez nous, on a passé son temps sur Netflix, sur Amazon, ou à commander des choses sur différents sites Internet, à envoyer des tweets, à utiliser WhatsApp. Donc tout ça a fait les bénéfices et la bonne santé économique et financière des gens du numérique. Mais on n'est toujours pas arrivé à leur imposer le même niveau de taxation que la moindre PME du fin fond de la Creuse. Ce n'est pas acceptable.

Et là aussi, il y a un tournant, et je m'en réjouis, quand je vois que la première déclaration de la nouvelle secrétaire au Trésor américain, la nouvelle ministre des Finances des États-Unis, Jeannette Yellen, a été de dire que, dans le fond, c'était l'intérêt des États-Unis de taxer des gens du digital. Ça fait trois ans que nous essayons, avec le président de la République, d'en convaincre le président Trump et Stephen Mnuchin, son ministre des Finances. Là, il y a un changement. Je reste prudent, mais les déclarations vont dans la bonne direction.

Maintenant, ce qu'on attend, c'est qu'on passe des déclarations aux actes, qu'il y a un accord à l'OCDE, et qu'il puisse y avoir une juste taxation des gens du digital d'ici l'été prochain, au niveau international, à l'OCDE. Donc, vous voyez, c'est un programme essentiel. Ce qui se joue, c'est notre démocratie, c'est la vie politique, c'est la définition d'un bien commun, c'est l'équité dans les échanges, c'est l'équité entre les entreprises, qu'elles soient petites ou qu'elles soient grandes. Donc, je suis convaincu que cet ouvrage est de salut public.

Enfin, un tout dernier mot, je ne suis pas plus long, pour remercier tous ceux au premier rang desquels Marc Ladré-Lacharrière, qui se sont engagés pour ce livre de l'économie depuis maintenant plusieurs années. Alors, je suis désolé, parce que l'hôte de ces lieux est le même depuis maintenant près de 4 ans, donc ça va devenir un petit peu lassant. Il faudra voir d'ici quelques années pour renouveler un peu le personnel, parce que c'est bien d'avoir de nouvelles têtes. Mais c'est vraiment formidable de continuer à avoir cette initiative, de poursuivre cette initiative.

Je saluais Luce Perrault, qui depuis des années et des années est engagée pour le livre d'économie, pour le livre politique et pour le livre tout court. Ça fait plaisir qu'une des singularités françaises, c'est qu'on croit encore aux mots, aux livres et à la littérature. C'est une conviction que je partage et c'est une conviction que je défends. Merci à tous.

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