Clément Beaune : "La date limite pour un accord sur la pêche avec Londres fixée au 10 décembre"
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Chapitres
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Questions et réponses
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- 0:54OuverteRéponse directe
Pour l'UE, l'hypothèse de refermer les frontières extérieures est-elle sur la table ?
- 2:11OuverteRéponse directe
Entre Européens, allez-vous harmoniser les frontières intérieures ?
- 3:57OuverteRéponse directe
Les fêtes approchent, ceux qui ont de la famille en Europe pourront-ils se déplacer librement ?
- 4:39OuverteRéponse directe
Venons-en à ce naufrage dans la Manche, quels résultats pour la réunion de crise ?
- 6:49OuverteRéponse directe
De nombreux responsables politiques demandent la renégociation des accords du Touquet, sont-ils caduques ?
- 10:21RelanceRéponse directe
Xavier Bertrand propose de laisser les migrants prendre le ferry directement, est-ce une bonne idée ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:03Invité politiqueFait
« Ce n'est pas le cas à ce stade. »
- 1:12Invité politiqueFait
« On a toujours essayé d'avoir un dispositif proportionné et surtout on essaie d'avoir un dispositif coordonné. »
- 1:30Invité politiqueFait
« Vous vous souvenez par exemple du Brésil, où il y avait eu une forte circulation du variant au printemps, on avait mal coordonné tout ça, là on le fait en européen. »
- 1:58Invité politiqueFait
« On a des mesures aujourd'hui, parce qu'on n'est pas dans la même situation grâce à la vaccination notamment, que dans les vagues précédentes, c'est d'avoir un dispositif proportionné et ciblé sur les pays qui sont les plus à risque. »
- 5:33Invité politiqueFait
« On sait que deux tiers des personnes qui arrivent dans le nord de la France pour tenter la traversée transitent par la Belgique et souvent viennent avant des Pays-Bas ou d'Allemagne. »
- 6:00Invité politiqueFait
« Le gouvernement allemand s'est engagé à contrôler mieux ces filières d'achat pour qu'on limite, on casse là aussi les filières de passeurs. »
- 6:30Invité politiqueChiffre
« On a démantelé près de 50 filières. »
- 13:13Invité politiqueFait
« C'est beaucoup trop lent et le compte n'y est toujours pas. »
- 13:43Invité politiquePromesse
« S'il n'y a pas eu de geste massif d'ici le 10 décembre, nous arrêterons ce dialogue. »
- 17:38Invité politiqueChiffre
« On a sauvé 8000 vies cette année depuis le début de l'année en mer avec les sauveteurs britanniques aussi. »
Temps de parole
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Et avec Iaël Gauze, nous recevons ce matin dans le grand entretien du 7-9 le secrétaire d'Etat chargé des affaires européennes. Question réaction, amis auditeurs, au 01 45 24 7000 sur les réseaux sociaux et l'application mobile de France Inter. Bonjour et bienvenue Clément Beaune. Bonjour. Et merci d'être à notre micro ce matin. Avant d'en venir à la crise des migrants de Calais, aux échanges peu diplomatiques qu'elle a entraîné entre Paris et Londres, quelques questions sur l'inquiétude suscitée par l'émergence du nouveau variant Omicron. 8 cas suspects détectés chez nous. Vendredi, la France, l'Italie, la Suisse, le Royaume-Uni ont suspendu tous les vols venant d'Afrique australe.
Certains pays vont plus loin. Israël, le Maroc, le Japon interdisent leur territoire à tous visiteurs étrangers quand le Royaume-Uni exige désormais un test PCR avec mise à l'isolement le temps d'avoir le résultat. Pour ce qui est de l'UE, Clément Beaune, l'hypothèse d'avoir à refermer les frontières extérieures du continent est-elle sur la table ?
Ce n'est pas le cas à ce stade. On a toujours essayé d'avoir un dispositif proportionné et surtout on essaie d'avoir un dispositif coordonné. Pas parce que c'est bien par principe d'avoir une coordination européenne, mais parce que si, comme on l'a fait dès vendredi, on suspend les vols en France, mais que nos partenaires européens ne le font pas, vous avez des contournements, des gens qui arrivent dans un autre pays européen et qui peuvent rejoindre la France. Ce qu'on n'avait pas réussi à faire dans les précédentes vagues, vous vous souvenez par exemple du Brésil, où il y avait eu une forte circulation du variant au printemps, on avait mal coordonné tout ça, là on le fait en européen.
Vous l'avez rappelé, il y a 15 Etats membres qui, dès vendredi, parce qu'on a activé ce qu'on appelle le frein d'urgence européen, ont suspendu les vols. On les suspend jusqu'à demain minuit. Et puis ensuite on met en place un protocole sanitaire extrêmement renforcé, parce qu'on ne peut pas vivre à 100% de suspension des vols. On a par exemple des ressortissants français qui ont le droit de rejoindre le territoire, mais il faut qu'il y ait un protocole très strict de test d'isolement pour toutes les personnes qui reviennent de ces pays à fort risque, et ça on essaie de le faire en européen.
Donc on a des mesures aujourd'hui, parce qu'on n'est pas dans la même situation grâce à la vaccination notamment, que dans les vagues précédentes, c'est d'avoir un dispositif proportionné et ciblé sur les pays qui sont les plus à risque, et ces listes rouges on peut évidemment les étendre, les adapter en fonction des besoins.
Et entre Européens, Clément Beaune, est-ce que vous allez harmoniser la situation à l'intérieur de l'UE, pour les frontières intérieures, parce qu'on se souvient de vagues précédentes où chacun un petit peu dans la panique faisait un peu ce qu'il pouvait, ce qu'il voulait, vis-à-vis de ses voisins, de ses partenaires. Est-ce que là, vous allez avoir une doctrine à 27 ans ?
Oui, alors on essaye, je ne vous cache pas que c'est difficile, avec la coordination parfaite on n'y arrive pas totalement, ça c'est clair, mais il y a une grande différence là aussi, c'est qu'on a le pass sanitaire. Aujourd'hui, pour circuler en Europe, on a d'ailleurs tous le même pass sur nos téléphones ou sur une feuille de papier avec le même code, on a le pass sanitaire qui est obligatoire. Pour voyager en Europe, pour prendre un avion à destination d'un pays européen, il faut montrer son pass sanitaire. Donc il y a déjà ce contrôle, c'est déjà harmonisé entre pays européens.
Ce qu'on fait parfois, et c'est cela qu'on va essayer de coordonner, c'est que quand il y a des risques supplémentaires, on l'a fait ces dernières semaines, indépendamment du variant, avec la dégradation de la situation sanitaire aux Pays-Bas, en Allemagne, dans d'autres pays, c'est qu'on demande un test pour les non-vaccinés.
Un test PCR en plus, mais on ne sait pas s'il détecte ce variant Omicron.
Pardon, je distingue deux choses. Avant la question du variant qui est apparue il y a quelques jours, il y avait beaucoup de pays européens qui connaissaient une forte dégradation de la situation sanitaire, qui n'était pas liée au variant, qui était liée à la reprise de l'épidémie. Et donc on avait adapté notre dispositif. Par exemple, quand vous venez aujourd'hui d'Allemagne en France en avion, soit vous êtes vacciné, très bien, soit vous n'êtes pas vacciné. Aujourd'hui, on exige un test de moins de 24 heures pour être le plus rigoureux possible. On va voir, en européen, il y a des discussions encore aujourd'hui, si on doit adapter notre dispositif à ce variant.
Mais pour l'instant, il faut être très prudent et très honnête, on ne connaît pas encore bien les caractéristiques de ce variant.
On l'entendait dans le journal de 7 heures, il y a des inquiétudes dans les milieux du tourisme avec ce nouveau variant. Les fêtes approchent. Ceux qui ont de la famille en Espagne, en Allemagne ou en Italie pourront-ils se déplacer librement ? Mais ce matin, vous leur dites quoi, Clément Beaune ? Annulez ? Attendez de voir l'évolution ? Ou allez-y, réservez, voyager ?
Non, je ne leur dis certainement pas d'annuler. On va attendre de voir l'évolution. Mais en Europe, je le redis, nous n'avons jamais fermé complètement les frontières. Parce que c'est notre espace de vie, pas seulement le tourisme, mais il y a des travailleurs frontaliers, par exemple, qui ont besoin chaque matin. Ce matin, il y en a ceux qui nous écoutent, qui vont au Luxembourg, en Allemagne, en Belgique. Donc, on ne va pas fermer les frontières européennes. Simplement, notre arme, c'est le pass sanitaire. C'est d'accélérer encore la vaccination. Et puis, pour les non-vaccinés notamment, d'avoir des tests plus récents.
Donc, on aura une circulation européenne que j'espère préserver au maximum. En tout cas, on ne sera pas dans une situation de fermeture complète des frontières à l'intérieur de l'Europe. On ne l'a jamais fait.
Clément Beaune, venons-en à ce naufrage dans la Manche. C'était mercredi dernier. Il a causé la mort de 27 migrants. Une réunion de crise s'est tenue hier après-midi à Calais entre le ministre français de l'Intérieur, Gérald Darmanin, votre collègue, ses homologues belges, allemands, néerlandais, des représentants de Frontex, d'Europol, mais avec une grande absente. La Grande-Bretagne, justement, puisque le gouvernement a considéré que Priti Patel, l'homologue britannique de Gérald Darmanin, n'y avait plus sa place.
Pour quels résultats, cette réunion ? Alors d'abord, il y a des résultats concrets entre pays européens dont on avait besoin de toute façon. Qu'est-ce qui est concret ? Je vous prends un exemple très concret. L'agence Frontex, qui est, pour être plus précis, l'agence qui contrôle les frontières européennes ou qui aide à contrôler les frontières européennes, elle va déployer à partir de demain un avion jour et nuit de repérage, de surveillance des frontières pour voir, par exemple... C'était déjà prévu, c'était déjà dans les tuyaux. C'était envisagé, ça a été confirmé hier.
Et puis, il y a des choses qui vont se préciser dans les jours qui viennent, mais par exemple, on sait que deux tiers des personnes qui arrivent dans le nord de la France pour tenter la traversée transitent par la Belgique et souvent viennent avant des Pays-Bas ou d'Allemagne. Si les services de renseignement, les services de police ne coopèrent pas, ne se donnent pas l'information, n'interviennent pas pour intercepter des passeurs ou des filières, eh bien, on n'y arrive pas. Et donc, c'est ce renforcement de la coopération policière, judiciaire qui s'est fait hier. Je prends un exemple très concret. Les canaux pneumatiques sont souvent acquis en Allemagne pour les traverser.
Le gouvernement allemand s'est engagé à contrôler mieux ces filières d'achat pour qu'on limite, on casse là aussi les filières de passeurs. Les pays comme les Pays-Bas ou l'Allemagne vont sans doute aussi envoyer des officiers dans une outil de renseignement qui est à coquel, pour être très concret, très factuel, qui va permettre de mieux partager l'information sur les mouvements, les filières, les passeurs. On a arrêté plus de 1500 passeurs qui, depuis le début de l'année, grâce à ces échanges de renseignements européens. On a démantelé près de 50 filières. C'est ça qu'il faut renforcer parce que c'est comme ça.
Ce n'est pas par des grands moulinets ou des déclarations à l'emporte-pièce, comme on l'a parfois entendu du côté britannique, qu'on règle le sujet. Et puis, il faut bien sûr continuer la coopération avec le Royaume-Uni.
De nombreux, suite à ce drame, de nombreux responsables politiques demandent la renégociation des accords du Touquet signés en 2003 entre la France et le Royaume-Uni. Je dénoncerai ces accords, dit Jean-Luc Mélenchon. Yannick Jadot estime que c'est honteux pour la France d'être réduite à cette opération de police financée par la Grande-Bretagne. À droite, critique de Xavier Bertrand également ou de Michel Barnier qui appelle à remettre à plat les accords du Touquet. Ces accords, Clément Beaune, sont-ils caduques aujourd'hui ? Faut-il les dénoncer ?
Nous discuterons de toutes les options ce matin même autour du Président de la République mais je veux quand même un peu de sérieux de responsabilité sur ce sujet. Michel Barnier, c'est la première fois que je l'entends dire cela. Comme Européen, on le voit maintenant faire volte-face sur à peu près tous les sujets, ça mérite un peu plus de travail. Xavier Bertrand nous avait habitué à ce genre de déclaration mais regardons ce qui se passe. Les accords du Touquet, c'est quoi ? C'est le fait qu'on fait les contrôles de frontières sur Terre, effectivement du côté français, conjointement je le dis quand même, avec les Britanniques qui nous apportent des financements et du soutien, heureusement.
Financement incomplet,
c'est quand même très déséquilibré depuis des 8 ans. C'est déséquilibré et je le dis aussi aux Britanniques, on fait un effort parce qu'on pense que c'est l'intérêt collectif mais qui est pour eux et donc se faire engueuler au titre d'un boulot qu'ils ne font pas et qu'on fait, c'est quand même un peu fort de café. Mais, sur le fond, les accords du Touquet, ils ont été signés à près de 20 ans. Ils ont été signés d'ailleurs par Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur. Toute sensibilité politique confondue, ce financement supplémentaire britannique. Mais si on ne le faisait pas, il faut quand même se poser la question. On dit, on dénonce les accords. Qu'est-ce qui va se passer ?
Il va y avoir du passage systématique. Des gens qui vont traverser la mer sans aucun contrôle. Je pense que malheureusement, ça aboutirait à plus de drames. À plus de traversées meurtrières sur des canaux surchargés avec ce qu'on a connu dans la Manche dramatiquement et 27 morts. On le revivrait, je pense, puissance 2, 3 ou 10. Mais débordés par ces drames et ces tragédies, ces accords ne sont-ils pas caduques ? Il faut clairement renforcer la coopération avec les Britanniques. C'est ce qu'on a commencé à faire cet été, ce que Gérald Darmanin a négocié, financement britannique.
Surtout, puisque nous sommes dans ce moment difficile avec les Britanniques, ce qu'on leur demande, c'est de changer leur modèle. C'est ça qu'il faut changer plus que les accords du Touquet. Je vous prends simplement un exemple. Pourquoi les gens veulent aller au Royaume-Uni ? Parce qu'il y a la langue, parce que souvent il y a des communautés familiales qui essayent de rejoindre, mais parce qu'il y a, disons-le, un modèle économique de quasi, parfois, esclavage moderne ou en tout cas, de travail clandestin très fort. Une fois que vous êtes au Royaume-Uni, vous pouvez plus facilement trouver un job au noir qui est souvent mal payé, mais c'est attractif.
Et donc si les Britanniques ne reviennent pas sur un certain nombre de contrôles, sur les règles du marché du travail plus respectueuses, plus humaines, on aura toujours cet attractif.
Esclavage moderne ?
Mais pas les Britanniques, dans les filières d'emploi, comme malheureusement on le vit partout en Europe, quand on exploite les travailleurs clandestins qui n'ont pas de papier et à qui on ne donne aucun droit. Mais au Royaume-Uni, cela existe plus encore que chez nous parce qu'il y a moins de contrôles et parce que ce modèle très libéral, économiquement, il faut le dire aussi, a abouti à ça. Et puis dernier point, j'insiste, les Britanniques n'ont pas de filière de migration légale. Pour déposer une demande d'asile au Royaume-Uni, il faut aller au Royaume-Uni.
Donc tous les gens qui veulent demander l'asile au Royaume-Uni, ils tentent de la traverser, parfois au péril de leur vie et on voit des drames. Donc c'est ça qu'il faut remettre à plat, le président l'a dit, le ministre intérieur l'a dit aussi, il faut être très ferme dans les jours qui viennent avec les Britanniques, mais il faut être très prudent sur les sujets ou les mots un peu faciles. Dénoncer les accords du Touquet, c'est le risque immédiat d'avoir un certain nombre de morts sur la conscience. Donc moi, je ferai très attention à cela. On regardera toutes les options, mais avec responsabilité. Parmi ceux qui dénoncent
ces accords du Touquet, il y a Xavier Bertrand, candidat LR pour le Congrès LR en fin de semaine. Qu'est-ce qu'il dit sur France Info, chez nos confrères ce matin ? Il propose de laisser les migrants prendre le ferry directement, qu'ils aillent en Angleterre pour installer un rapport de force avec Boris Johnson. Une manière pour lui de montrer que la France ne se laisse pas faire après la lettre de Boris Johnson qui demandait à la France de gérer tous les migrants illégaux arrivant sur le sol anglais.
Je suis rarement timide dans le rapport de force avec les Britanniques. J'étais sur la pêche extrêmement ferme. Je pense que de temps en temps, ils font en effet le rapport de force. Mais là aussi, on parle de vies humaines, on parle de destins humains. Qu'est-ce qui va se passer si tout le monde peut aller sur le ferry aujourd'hui ? Ne croyez pas que ça va attirer plus de monde et que les filières de passeurs qui sont malheureusement cyniques et très organisées vont faire venir plus de migrants à Calais, à Dunkerque, à Grande-Synthe. Est-ce que c'est l'intérêt des habitants des Hauts-de-France et de Xavier Bertrand comme président de région ?
Franchement, regardons toutes les options, nous le ferons, mais un peu de sérieux et on ne joue pas avec les vies humaines pour créer des rapports de force ou des négociations difficiles. Je vais vous dire, les Britanniques savent très bien que sans coopération avec la France, ils n'y arriveront pas. Et le pire, c'est qu'en pratique, la coopération avec le Royaume-Uni est bonne. Ça ne mérite pas cette agitation, ce discours anti-français, anti-européen qui est obsédant et obsessionnel chez les Britanniques après le Brexit qui est ridicule parce qu'il ne correspond pas
à la réalité. A quoi joue Boris Johnson ? Répondez-nous rapidement. Est-il un partenaire fiable pour la France ? Écoutez, aujourd'hui, force est de constater
que le Brexit a détruit beaucoup de confiance et beaucoup de coopération. Quand on parle de vies humaines, je le redis, on a besoin de garder cette coopération. Nous, nous travaillons, nos forces de l'ordre travaillent tous les jours avec les Britanniques. On ne va pas jeter ce bébé avec l'eau du bain et jeter cette coopération aux orties. Mais, effectivement, il y a un discours systématique qui consiste à cacher les difficultés intérieures britanniques en tapant sur l'Europe et singulièrement sur la France. C'est un discours qui, je crois, est dangereux, qui est irresponsable et qui ne mène nulle part. Nous sommes, comme disait les Britanniques, les adultes dans la pièce, nous, Européens.
Nous sommes responsables, nous sommes sérieux. C'est pour ça que, sur le sujet migratoire, il n'y a pas de solution facile. Il y a une coopération nécessaire. Sur la pêche, on le voit aussi. Nous avons besoin de défendre nos intérêts. Mais, malheureusement, je crois que l'échec du Brexit est masqué par un écran de fumée qui consiste à faire de l'Europe un punching ball quotidien. C'est malheureux.
Alors, sur la pêche, c'est évidemment l'autre sujet de tension entre le Royaume-Uni et la France. En vertu de l'accord de Brexit, les pêcheurs européens, je le rappelle, peuvent continuer à travailler dans les eaux britanniques à condition de pouvoir prouver qu'ils y pêchaient auparavant. Depuis le 1er janvier 2021, la France a obtenu un peu moins de 1 000 licences, 960 licences de pêche. Paris en réclame plus, 150 autorisations de plus. Vous étiez hier en contact avec votre homologue britannique. Ça a donné quelque chose ? Allons-nous les obtenir, ces permis, et quand ? Écoutez, je vais être très honnête, c'est beaucoup trop lent
et le compte n'y est toujours pas. Combien l'a de plus, alors, ce week-end ? Il n'y en a pas eu de plus ce week-end, je le dis très clairement. Nous avons une nouveauté, c'est que la Commission européenne s'est davantage mobilisée, je regrettais que ce ne soit pas le cas, c'est beaucoup plus le cas. Elle a mis une date limite précise, publique, le 10 décembre. Donc il y a des négociations avec les britanniques jusqu'au 10 décembre entre la Commission européenne, le Royaume-Uni et nous-mêmes. C'est la Commission européenne qui le fait au nom de l'Union, avec nous. Et d'ici le 10 décembre, nous espérons un règlement complet de cette affaire.
S'il n'y a pas eu de geste massif d'ici le 10 décembre, nous arrêterons ce dialogue. Ça a été très clairement dit, non seulement par la France, mais aussi maintenant par la Commission européenne. Les britanniques le savent, la balle est dans leur camp. Il y a des négociations aujourd'hui, il y a des négociations mercredi. Je serai en contact avec les commissaires encore cette semaine, comme Annick Girardin, la ministre de la Mer, et nous ferons les comptes en fin de semaine, date limite 10 décembre.
C'est Christophe Castaner, le président des députés En Marche, qui disait récemment que les Anglais profitent des imprécisions du texte sur la pêche qui n'a pas été négocié au mieux, dit-il, par Michel Barnier quand il avait la charge de la négociation du Brexit au nom de l'Union européenne. Est-ce que les pêcheurs français paient les imprécisions du texte et le cadre négocié à l'époque par Michel Barnier ?
Alors les britanniques, il y a bien sûr toujours un marge à interprétation dans un texte, mais ils rajoutent des critères, sans être trop technique, ils rajoutent des critères par rapport à ce qui est écrit noir sur blanc dans le texte. Donc moi ce que je dis très clairement à nos amis britanniques, c'est qu'ils demandent des documents, des précisions aux pêcheurs qui ne sont pas prévues par l'accord.
Mais ce qu'il aurait fallu y penser avant, est-ce que Michel Barnier a manqué de clairvoyance à l'époque ?
Je vais être très honnête, j'ai un grand problème quand Michel Barnier, qui a été un grand européen toute sa vie, nous explique que maintenant il faut jeter la cour de justice à la poubelle, ou quand il faut d'un coup, alors qu'il n'en avait jamais parlé auparavant, sacrifier les accords du Touquet sans réfléchir. Mais en revanche, je dis que Michel Barnier a été, avec la France, un bon négociateur du Brexit. On peut toujours faire mieux, on peut toujours regretter de ne pas avoir écrit telle ou telle phrase dans un accord. Mais moi, je suis très critique sur son discours européen dans cette campagne des Républicains et cette course à l'extrême droite.
Je suis en revanche respectueux du travail qu'il a fait en tant que négociateur du Brexit. Je reste honnête et sur cette position.
On file au standard beaucoup d'appels ce matin et beaucoup surtout de réactions sur l'application mobile d'Inter. Cécile, bonjour. Bonjour. Bienvenue, nous vous écoutons.
Merci. J'ai été choquée par Boris Johnson qui propose de renvoyer des gens qui ont réussi à passer qu'on m'en renvoie un paquet Amazon. Ça, c'était vraiment très très choquant. Mais j'ai également été choquée par la réaction française de refuser la venue du représentant britannique, Madame Patel. J'ai trouvé que ça faisait boys club et que c'était un peu un prêté pour un rendu. J'entends tout et son contraire dans ce que dit votre invité. Il faut être ferme mais ça se passe bien. Nos amis britanniques, etc. Mais en fait, dans les faits, c'est toujours des gens qui meurent au milieu et puis voilà.
C'est très choquant. Merci Cécile pour cette intervention, interpellation. Clément Beaune vous répond.
Bonjour Cécile. Sur les propos de Boris Johnson, je partage. On parle effectivement de vies humaines. C'est pour ça que j'essaye, pardon si ça mérite encore d'être clarifié, d'être le plus juste et équilibré possible. ce qui a s'est passé hier, c'est-à-dire que Mme Patel, la ministre de l'Intérieur britannique, ne soit pas invitée, c'est parce que nous l'avons considéré qu'il n'y avait pas un contexte de bonne coopération politique. Mais évidemment, il y aura des contacts, la ministre de l'Intérieur l'a dit, avec la ministre de l'Intérieur britannique, entre les administrations françaises et britanniques parce qu'on en a besoin.
Et cette coopération, pour être très clair, moi je regrette qu'elle soit dénigrée par les britanniques parce que c'est la seule voie pour lutter contre les passeurs et qu'on luttait contre les filières et pour maîtriser l'immigration. Mais Clément Baud,
on a question de ces filles c'est de dire est-ce qu'on n'est pas en train de perdre un temps fou pour des bisbis diplomatiques franco-britanniques sur le dos de l'urgence d'un dossier urgent des vies humaines
dont vous parliez ? Nous ne ferons jamais cela. Nous ne ferons jamais cela et c'est pour ça d'ailleurs je l'ai rappelé, pour ça que j'ai parlé de coopération et même d'amitié, en pratique, pour ça sortons du buzz malheureusement entretenu par quelques responsables politiques britanniques, l'opposition humanitaire entre sauveteurs et bonne entre la France et le Royaume-Uni. Et donc, moi j'essaie de distinguer parce qu'on parle justement de vies humaines ce qui se passe, ce qu'on essaie de faire au quotidien pour empêcher les passeurs, pour démanteler les filières, pour sauver des vies.
On a sauvé 8000 vies cette année depuis le début de l'année en mer avec les sauveteurs britanniques aussi et puis un buzz politique malheureux. J'espère qu'on va vite passer à autre chose qui est entretenu par le gouvernement conservateur britannique.
Avant d'en venir à quelques questions politiques, ses réactions sur l'application France Inter. Cécile, Boris Johnson ne demande-t-il pas à la France ce que nous faisons à la frontière italienne ? Quand nos policiers trouvent des migrants dans le train à Menton ou passant la frontière, ils les renvoient du côté italien. N'est-on pas hypocrite ? Le mot hypocrite revient très souvent. Bruno, ne trouvez-vous pas hypocrite que nous refusons des Anglais ce que nous demandons aux Turcs ? A savoir, payer pour garder les migrants à la frontière ? Clément Beaune. Alors, c'est des cas
complètement très différents. Avec l'Italie, cela n'a absolument rien à voir. D'abord parce que nous avons une coopération à la frontière entre les polices françaises et italiennes comme sur le terrain avec les britanniques. Mais à part quelques moments où vous avez vu aussi ce mauvais buzz du côté italien comme M. Salvini à l'époque était ministre de l'Intérieur à Rome, il y a une bonne coopération avec l'Italie et politiquement une coopération européenne pour là aussi démanteler les filières, mieux enregistrer les migrants, empêcher les passages illégaux. Et donc, je crois que le ton, la qualité de la coopération politique est bien meilleure avec l'Italie.
J'espère qu'on va reprendre ce chemin avec les britanniques.
Vous avez beaucoup de crises à gérer en ce moment Clément Beaune et vous avez réservé votre soirée à la mutualité à Paris ce lundi pour participer au lancement d'ensemble citoyens. C'est désormais comme ça qu'il faut appeler les élus et militants qui se mettent sous la même bannière de la majorité présidentielle. Structure qui va chapoter La République En Marche, Le Modem et le nouveau parti d'Edouard Philippe Horizon. Qu'est-ce que c'est que ce machin, ce gadget ? C'est sérieux ? C'est une machine de guerre pour 2022 ? C'est un vrai parti ? C'est quoi ? Et vous oubliez les territoires de progrès qui a la sensibilité
de l'aile gauche de la majorité. L'idée, c'est justement au-delà de partis de formations politiques qui ont leur histoire d'avoir une bannière commune, un ensemble commun, un rassemblement politique militant pour les échéances qui viennent, l'élection présidentielle et les élections législatives. Il ne faut pas y voir davantage. C'est important de s'organiser et c'est important de dire qu'on peut être du modem parce que historiquement on a suivi François Bayrou dans son aventure politique essentiel parce qu'on a rejoint Emmanuel Macron au moment d'En Marche comme moi.
Mais chacun garde ses billes pour les investitures.
Il y aura encore des discussions.
C'est une UDF inaboutie quand même.
Écoutez, très honnêtement, ce n'est pas ce qui me passionne le plus de savoir comment ça va exactement s'organiser pour des investitures, etc. Le signal qui est donné ce soir simple et clair, c'est qu'on travaille ensemble, que l'ensemble de ces quatre formations politiques autour d'En Marche veulent la candidature et la réélection d'Emmanuel Macron et veulent y aller ensemble dans cette bataille politique. Et quand on voit un peu de fragmentation partout, je pense que c'est plutôt mieux d'essayer de se rassembler. Voilà, c'est tout.
Vous avez des amis à En Marche qui regardent un peu l'image que donne cette bannière commune et la scène ce soir à la mutualité et qui disent que ça ressemble un petit peu au vieux RPR des années 80 parce que, où sont les femmes ? Vous avez 47% de femmes députées à En Marche mais là, sur l'équipe dirigeante de cette maison commune, de l'ensemble citoyen, on ne les voit pas. Est-ce que vous n'avez pas un problème d'image ?
Je ne sais pas. Vous savez, la parité, ce n'est pas une question d'image. C'est une question de transformation de la société aussi, en donnant l'exemple. Vous n'avez que des hommes qui dirigent cette majorité présidentielle. Il va falloir remédier à cela parce qu'on a, parmi nos députés, parmi les membres du gouvernement, vous l'avez dit, jamais eu autant de femmes élues ou de femmes nommées et on a besoin de refléter ça dans le rassemblement. Et ce n'est pas ça aujourd'hui.
Ce soir, je crois que, puisqu'il faut donner de l'exemple et c'est très important aussi, il y aura autant de femmes que d'hommes qui s'exprimeront au meeting de la mutualité et puis après, puisque c'est le début d'une aventure, il faut que dans les instances dirigeantes, c'est très clair, il y a un principe de parité. Moi, j'y suis extrêmement attentif, vigilant et je le souhaite parce que c'est important
pour notre société. Clément Beaune, suite à la diffusion d'un reportage dans l'émission Envoyé Spécial, l'affaire Hulot continue à secouer la classe politique française. Le gouvernement doit s'excuser de son soutien à Nicolas Hulot en 2018, lors de précédentes révélations, a estimé Sandra Regol, secrétaire nationale adjointe d'Europe Écologie Les Verts. En 2018, dit-elle, tout le monde au gouvernement dit circuler, il n'y a rien à voir. Regrettez-vous aujourd'hui le soutien sans faille ? A posteriori, est-ce que vous le regrettez a posteriori ? Apporté à l'époque à Nicolas Hulot, était-ce une erreur ? Une faute ?
Écoutez, franchement, je vais être très simple là-dessus, il n'y a pas de regrets ou d'excuses à avoir. D'ailleurs, je n'étais pas membre de ce gouvernement, mais peu importe. Aujourd'hui, il y a eu des enquêtes de presse et il y a des procédures judiciaires qui ont été ouvertes ou rouvertes. Point barre, les faits dont on parle sont d'une extrême gravité, que ces procédures puissent avoir lieu. C'est très important. Que la presse ait fait son travail en dénonçant de possibles faits, c'est très important. Et puis, en attendant, moi, je veux quand même revenir à deux principes très simples. Immense gravité des faits dont on parle et présomption d'innocence.
Ce n'est pas à moi de dire oui ou non de délivrer un jugement sur un responsable politique ou d'ailleurs sur quelconque personne, publique ou pas. C'est la justice qui le dira et les enquêtes qui le montreront. Moi, je veux être très simple là-dessus parce que quand on rentre dans le commentaire politico-judiciaire, je pense qu'on fait une erreur.
Clément Beaune, Joséphine Baker au Panthéon demain, est-ce qu'il faut y lire un acte, un message politique de la part du président ?
Oui, politique au sens le plus large et noble du terme. Ce que représente Joséphine Baker, c'est une identité ouverte, c'est un engagement pour la France qu'elle a choisi. C'est aussi, parce que j'entendais Thomas Legrand, je crois, à juste titre dire elle est au Panthéon, on l'est toujours, pour ce qu'elle représente en termes de valeur et de symbole, on a besoin aujourd'hui. Ça, je crois qu'il faut l'assumer parfaitement, mais aussi parce qu'elle a fait, elle a eu des actes de bravoure et de courage extraordinaire. Ça a été d'abord une grande artiste, comme un certain nombre de gens qui sont honorés au Panthéon, et puis ça a été quelqu'un qui s'est engagé pendant la guerre.
Donc c'est un symbole, mais c'est plus que ça. Ce sont des actes qui ont fait l'image et l'histoire de la France. Et donc, dans un moment, on nous dit que c'est toujours la faute de l'autre, que c'est la faute du migrant, de l'étranger, de l'Européen d'à côté ou de l'Africain qui vient de plus loin ou de je ne sais où d'Amérique, et bien avoir ce symbole, oui, d'ouverture, de rassemblement en parcours exceptionnel, qui peut être un exemple pour beaucoup. C'est très important.
Clément Beaune, merci. Merci, monsieur le secrétaire d'État chargé des Affaires Européennes d'avoir été au micro d'Inter.