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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 15 novembre 2016 9 min

Bruno Le Maire : "La beauté du combat politique, c'est quand ça résiste, quand c'est difficile"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Il est 8h22, le 7h9, Patrick Cohen, sur France Inter. Bonjour Bruno Le Maire. Bonjour Patrick Cohen. Qu'est-ce qu'elle nous dit de la politique aujourd'hui, l'élection de Donald Trump aux Etats-Unis ?

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Bruno Le Maire

Je crois qu'elle nous dit, ça a été dit tout à l'heure par Bernard Guetta, elle nous dit la colère et le désarroi de beaucoup de peuples dans beaucoup de nations occidentales, pas qu'aux Etats-Unis. On voit bien que depuis des années, il se produit des phénomènes politiques qui sont absolument sans précédent dans les nations occidentales. Rien de ce que nous vivons aujourd'hui n'est connu, n'est comparable à ce que nous avons vécu dans les années passées. Regardez l'Autriche. Un candidat à la présidentielle, issu d'une formation d'extrême droite, a deux doigts d'être élu président de la République autrichienne. Regardez l'Allemagne.

L'Alternative für Deutschland, un parti des extrêmes, qui dépasse les 10% de votes aux élections régionales, alors qu'aucun parti n'extrémiste, depuis 1945 en Allemagne, n'obtenait des scores pareils et que c'était tout à fait impensable. La Grande-Bretagne, elle décide de sortir de l'Union Européenne. Le Brexit, personne ne s'attendait à ça. Tout cela, on écoutait les colères.

1:06
Présentateur

La question, c'est de savoir, est-ce que la politique, c'est dire aux gens ce qu'ils veulent entendre ou essayer de les conduire sur un chemin qu'on croit juste ?

1:14
Bruno Le Maire

C'est plutôt, c'est certainement les conduire sur un chemin que l'on croit juste, mais tout en entendant ce qui se dit. Qu'est-ce qui se dit dans toutes ces nations occidentales ? Et en France, moi ça fait 4 ans que je me déplace en France, j'ai rencontré des dizaines de milliers de Français. Il y a une inspiration à plus de protection économique face à la mondialisation. Et il y a une inspiration à plus de protection culturelle face au sentiment que dans le fond, la nation se délite, l'histoire disparaît, la langue française n'est plus maîtrisée comme elle devrait être maîtrisée, nos repères comme la laïcité ou l'égalité homme-femme ne sont plus respectés.

C'est ça cette demande que je sens au plus profond du peuple français, de la protection économique par le travail et de la protection culturelle par la réaffirmation de la culture française.

1:56
Présentateur

On a cru comprendre la semaine dernière que vous vous preniez pour une sorte de Trump français, puisque vous soulignez que... Trump, vous avez dit, c'est la victoire du candidat qui a écouté le peuple américain et qui n'a jamais dirigé les Etats-Unis, sous-entendu, moi, contrairement aux anciens premiers ministres ou anciens présidents de la République. Mais s'il y a un Trump français dans la primaire de droite, c'est Poisson, c'est le seul qui n'a pas été ministre.

2:19
Bruno Le Maire

En tout cas, ce n'est certainement pas moi, je n'ai ni la mèche de M. Trump, ni les discours de M. Trump, et je pense qu'on ne répond pas à la colère des gens par les propositions dont on sait qu'on ne va pas les tenir. Regardez ce qu'a fait M. Trump, il vient d'être élu, c'est le choix du peuple américain, je le respecte, et sitôt élu, il dit déjà, l'Obamacare, dans le fond, le système de protection sociale américain mis en place par Barack Obama, c'est pas si mal que ça, on va le préserver.

C'est l'inverse de ma manière de faire de la politique, au contraire, j'arrive avec un contrat présidentiel précis, clair, chiffré, et je dis à tous les Français qui veulent que ça change vraiment, et qu'on bâtisse un nouveau système, il est écrit ce nouveau système, noir sur blanc, dans mon contrat. Donc, pas question de raconter n'importe quoi pour se faire élire. Vous m'avez compris.

3:00
Présentateur

Voilà, mais en revanche, le renouveau, l'idée qu'il faut un homme neuf qui n'a pas exercé de responsabilité, enfin, vous, vous avez exercé, pardon de le rappeler, vous avez exercé des responsabilités, vous avez été ministre pendant 5 ans,

3:12
Bruno Le Maire

J'ai été ministre de l'agriculture pendant 3 ans, mais je n'ai jamais dirigé notre pays, je n'ai été ni président de la République, ni Premier ministre. Et ce que je veux dire par là, c'est que oui, il faut savoir tourner des pages, oui, il faut savoir proposer d'autres têtes, on ne peut pas continuer, Patrick Cohen, toujours, avec les mêmes. D'abord, je pense que ça représente un risque pour nos électeurs et pour notre famille politique. Je vois bien les électeurs, depuis quelques jours, ils balancent intérieurement entre l'audace, en se disant, allez, du renouveau, ce serait peut-être bien, on va passer à autre chose, un nouveau projet, de nouvelles têtes. Et de l'autre côté, la sécurité.

On va reprendre ce qu'on connaît déjà, ils ont déjà dirigé le pays, peut-être qu'ils ont fait des erreurs, peut-être qu'ils ne sont pas allés assez loin, mais au moins on les connaît.

3:54
Présentateur

Et chaque électeur de droite... La sécurité, c'est moi, la sécurité, c'est Fillon, c'est... L'audace, c'est ce que je veux représenter, Patrick Cohen, on l'a compris.

4:01
Bruno Le Maire

Et la sécurité, c'est Juppé et Sarkozy ? La sécurité, c'est reprendre ceux qui ont déjà dirigé le pays, on les connaît, on sait ce que l'on a. C'est peut-être pas exceptionnel, mais on sait ce que l'on a.

4:10
Présentateur

L'audace est en queue de peloton, si on suit un peu la course des sondages.

4:14
Bruno Le Maire

Bien sûr, parce qu'il y a cette hésitation au fond de chaque électeur de la droite et du centre. Et ce que je veux dire à ces électeurs-là, c'est que la sécurité, c'est pas reprendre les mêmes pour gagner l'élection présidentielle de 2017. La sécurité, c'est l'audace. Parce que lorsque nous allons nous retrouver en 2017, et qu'on va s'apercevoir que toutes les familles politiques ont fait ce renouvellement-là, regardez les Verts, ils ont eu la grande sagesse d'éliminer Cécile Duflo et de mettre à la place Yannick Jadot. C'est la première fois depuis longtemps qu'on prend en exemple le fonctionnement des Verts. Un homme de droite qui prend en exemple le fonctionnement des Verts.

Moi j'ai débattu avec Yannick Jadot, je ne partage absolument pas ses idées, mais dans sa manière de faire de la politique, de discuter comme on le fait ce matin, très sereinement, très librement, honnêtement, il incarne une forme de renouvellement qui peut faire mal aux élections. J'espère pour vous qu'il y aura plus de monde pour voter dimanche prochain à la primaire. Je l'espère aussi, mais regardez chez les socialistes, Emmanuel Macron qui s'apprête à se porter candidat.

Mais le jour où nous aurons en face de nous un Emmanuel Macron ou un Manuel Valls, avec une manière de faire la politique plus simple, plus libre, plus directe, qu'est-ce qu'il y a de la sécurité pour le peuple de droite et du centre ? C'est de mettre en face des hommes qui ont déjà dirigé le pays ou c'est d'arriver avec quelqu'un de nouveau ? Moi je considère que la sécurité aujourd'hui, c'est l'audace, c'est de tourner la page, c'est de changer les projets, les têtes, les idées.

5:34
Présentateur

Avec un renouvellement de génération, si on a bien compris. Bon, on ne va pas se mentir, la probabilité que vous soyez au second tour, Bruno Le Maire, est aujourd'hui assez faible. Qu'est-ce qui vous a manqué dans cette campagne ?

5:44
Bruno Le Maire

Mais elle existe encore, Patrick Cohen. Oui. Et puis les leçons à tirer sur la campagne, j'attendrai le 27 novembre. Ah bon ? Pour les tirer. D'accord. Je considère que jusqu'au bout, il faut se battre. Je considère que l'engagement que j'ai pris auprès des dizaines de milliers de personnes qui me soutiennent hier à Paris, au DOC, dans ce meeting de Paris, il y avait une ferveur extraordinaire. Il y a des gens qui y croient. Et j'y crois profondément. Il y a des jeunes, il y a des bénévoles, il y a des gens de la société civile, il y a des députés, il y a des parlementaires, il y a des maires. Non mais vous le dites ce matin dans le Figaro,

6:12
Présentateur

c'est difficile de porter quelque chose de nouveau. Oui, c'est difficile.

6:14
Bruno Le Maire

Et c'est beaucoup plus dur que ce que je pensais. Oui, c'est dur. Et oui, c'est beaucoup plus dur que ce que je pensais parce qu'il y a des résistances. Mais raison de plus pour se battre, ce qui fait la beauté d'un combat politique, ce n'est pas quand c'est facile, que vous êtes dans la pente, qu'il y a le vent dans le dos et qu'il faut se laisser couler, ça tout le monde sait faire. Ce qui fait la beauté du combat politique, c'est quand ça résiste, quand c'est difficile, quand vous avez des obstacles devant vous, parce que c'est à ça qu'on mesure la force de votre engagement. Mon engagement, il est inébranlable.

Parce qu'il est au service, il est au service de l'amélioration de la vie des Français.

6:45
Présentateur

Mais l'expérience, ça peut aider aussi. Bien sûr que l'expérience, ça aide. Avec un peu plus d'expérience, vous n'auriez peut-être pas raté votre premier débat télévisé.

6:52
Bruno Le Maire

Sans doute, mais l'enthousiasme, ça vaut aussi l'expérience. La force de l'engagement, ça vaut aussi le bilan que certains laissent derrière eux. Et c'est ça qui peut, dimanche prochain, faire la différence. Il y a aujourd'hui beaucoup d'électeurs de droite et du centre qui sont indécis, qui se disent, mais dans le fond, pour qui est-ce qu'on va voter ? C'est quoi la bonne solution ?

Moi, je leur dis que la bonne solution, c'est d'aller chercher au fond d'eux-mêmes cette audace qui permettra d'inventer quelque chose de neuf, de construire un nouveau système et de montrer que le renouvellement ne s'écrit pas à gauche, chez les Verts ou au Front National, mais qu'il s'écrit à droite et au centre.

7:27
Présentateur

Le populisme qui peut gagner en France, c'est ce que tout le monde dit après la victoire de Trump. Il est incarné par qui aujourd'hui ?

7:36
Bruno Le Maire

Moi, je n'aime pas ce mot de populisme, parce que dans le mot de populisme, il y a le mot au peuple, et moi, je respecte le peuple français. Mais ce que je sais, c'est qu'aujourd'hui, vous avez... Vous voulez dire un démagogue, si vous voulez. Vous avez... Alors, les démagogues, c'est autre chose. Vous avez un Front National qui est puissant, qui a obtenu des scores au régional, qui sont des scores extraordinairement élevés. On le sait. Qu'est-ce que l'on attend pour écouter les attentes des Français ? Et pour leur apporter des réponses très concrètes sur le travail.

J'ai fait mes propositions sur le marché de l'emploi, sur le système éducatif, parce qu'il y a une inquiétude par rapport à l'effondrement du système éducatif français qui est extraordinairement profonde. J'ai tous ces parents qui se disent « Mais nos enfants ne vont plus arriver à réussir si le système éducatif n'est pas reconstruit totalement. » Il y a une inquiétude des plus faibles pour leur santé. Pourquoi est-ce que je propose, par exemple, de mieux rembourser des soins dentaires, des soins optiques ? Parce que j'ai vu partout en France des hommes, des femmes, notamment âgées, qui ont des petites pensions de retraite, qui n'arrivent même plus à se payer des soins corrects.

La droite, ça doit rimer aussi avec solidarité, aussi avec défense des plus faibles.

8:35
Présentateur

Bruno Le Maire, invité de France Inter ce matin. On vous retrouve dans quelques minutes avec les questions des auditeurs et dans 30 secondes, la revue de presse.

Bruno Le Maire : "La beauté du combat politique, c'est quand ça résiste, quand c'est difficile" — Bruno Le Maire · Pourquijevote