« La paix est notre affaire à tous » - Discours à Chauny
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par des associations d'anciens combattants, par des associations de défense des droits humains, mais aussi et surtout par des citoyennes et des citoyens qui se sont érigés et continuent à s'élever contre ce déni de justice qui meurtrit encore nos cœurs et notre patrie. La proposition de loi pour une réhabilitation générale et collective, civique et morale, qui a été rassemblée à adopter en janvier le combat. La réhabilitation générale, le temps a passé, mais la mémoire de l'injustice est toujours vive. Aujourd'hui encore, des petits-enfants, des arrières-petits-enfants, luttent pour que justice soit rendue à leur aïeul.
Ils connaissent et ressentent encore la honte et la douleur infligées à ces hommes et à leur famille. Les femmes et les enfants des fusillés pour l'exemple connurent l'opprobre et le déshonneur en plus du deuil. Ce sont 639 hommes et leurs familles qui attendent encore la réhabilitation, que la justice leur rende enfin justice. Rien qu'en septembre et octobre 1914, plus de 140 hommes sont fusillés pour l'exemple. Leurs crimes ? Abandon de poste, désobéissance devant l'ennemi, mutilation volontaire. Mais derrière ces mots froids et juridiques se cache une réalité bien plus complexe. Comme l'a dit le brancardier Leleu, jugera qui voudra, à condition qu'il soit passé par là.
En effet, l'appréciation de l'abandon de poste est rendue particulièrement difficile en raison de la désorganisation des combats liés aux offensives menées en 14 et en 15. L'histoire du soldat Joseph Gabrielli en témoigne. Simple d'esprit et ne parlant que le Corse. Il n'avait pas été en mesure de rejoindre sa compagnie après s'être fait soigner d'une blessure en marge d'une offensive. Il fut condamné pour abandon de poste le 14 juin 1915 et fusillé le jour même. Avant d'être réhabilité par la Cour spéciale de justice le 4 novembre 1933. Bien d'autres n'ont pas eu la chance de bénéficier de la même mobilisation en faveur du réexamen de leur dossier.
Mais il était aisé, dans le contexte de l'époque, de confondre mouvements de surprise face à l'offensive ennemie et désertion. Défaillance passagère ou instinctive et renoncement définitif à se battre. Ou encore, de prendre pour une mutilation volontaire ce qui était en vérité une blessure de guerre. Ces hommes étaient des poilus ordinaires. Ces hommes n'étaient pas des lâches. Ils sont allés jusqu'au bout extrême des forces de leur âme face à l'horreur absolue de la guerre. Souvent des gens modestes, des paysans, des ouvriers, des artisans pour la plupart. Ils ne connaissaient pas le droit. Ils ne pouvaient se défendre face à une justice de guerre implacable et brutale.
Interrogatoire à charge, absence d'instruction, d'avocat professionnel, de circonstances atténuantes, de droits de recours, de possibilités de grâce. Ils n'ont tout simplement pas eu le droit à un procès équitable au nom de l'efficacité répressive. Certains ont été jugés dans la soirée pour des faits datant du matin même et fusillés dès le lendemain. Ces hommes ont été fusillés parce que l'état de droit a été suspendu, parce que la justice a été suspendue, parce que l'humanité elle-même a été suspendue. L'Assemblée nationale, dès 1916, prend conscience que ni la conduite de la guerre, ni la justice ne pouvaient être laissées aux militaires.
A l'unanimité, elle entend mettre fin au crime des conseils de guerre en rétablissant les droits élémentaires de la défense. A l'unanimité encore, elle vote une amnistie après-guerre. Mais ces lois qui rendent possible la révision des procès ne permettent qu'une quarantaine de réhabilitations. Aujourd'hui, la réhabilitation doit être politique et collective, et non judiciaire et individuelle. Il n'est pas possible de rouvrir des procès pour des faits datant de plus d'un siècle. Et d'ailleurs, indépendamment des faits qui ont pu leur être reprochés. Ce qui unit ces 639 hommes par-delà la mort, c'est qu'ils ont tous été victimes d'un déni de justice.
C'est ce manquement à ces principes que la République doit aujourd'hui réparer. Liberté, égalité, fraternité. Ce sont ces principes, érigés en devise de notre République par Maximilien Robespierre, qui ont été bafoués. C'est en leur nom que le combat pour la réhabilitation est mené. C'est en leur nom que ce monument a été érigé. C'est en leur nom que l'Assemblée nationale a voté la réhabilitation. C'est en leur nom que le Sénat doit faire de même. C'est en leur nom que la République doit réhabiliter les fusillés pour l'exemple, afin qu'ils soient affirmés avec force que ces hommes sont morts pour la France. Je vous remercie.
Je passe maintenant la parole à Jean-Luc Mélenchon. Mesdames, Messieurs, chers amis, et pour beaucoup d'entre vous, chers camarades, M. le maire honoraire, M. le maire, un premier mot de remerciement le plus chaleureux pour l'équipe municipale qui nous a accueillis avec tant de bienveillance, de courtoisie et, j'ose le dire, de fraternité. Dans ce moment républicain, non-obstant, ce qui peut-être, je n'ai pas posé la question, nous sépare politiquement. Il est vrai que nous avons été divers à nous exprimer. Il y a parmi nous des pacifistes. On nous a entendu parler avec force des pacifiques. J'en suis.
Et je voudrais vous dire devant ce monument d'abord l'émotion que l'on peut ressentir, l'émotion intellectuelle. Où et quand la terre de France a-t-elle produit ailleurs et un autre jour une fraction de son peuple si exemplaire que celui de cette région-ci, celle où est née Condorcet, Saint-Just, Gracchus-Babeuf et quelques autres, pardon pour eux, les oublies. C'est-à-dire la fine pointe de ce qui a été une des plus belles pages de l'histoire de France, mais de l'humanité, la grande et glorieuse révolution de 1789, affirmant le principe depuis lors vérifié dans les lois de la nature de la pure et entière similitude des êtres humains entre eux et leur parfaite égalité en droit.
Où et quand a-t-on produit une commune d'une modeste dimension, chaunie, qui se porte volontaire pour recevoir le monument, qui certainement ne lui a pas valu que des compliments, à la mémoire des insoumis. Et, puisqu'ils étaient insoumis, il fallait bien que se fussent des insoumis à leur tour qui déposent la proposition de loi pour leur complète et parfaite réhabilitation. Et encore devant vous, je veux en remercier Bastien Lachaud, qui a mené cette bataille pour nous convaincre tous, et puis ensuite devant l'Assemblée nationale pour en convaincre tous ceux qui se trouvaient là et qui ont adopté cette loi.
Je l'en remercie, et cela me permet d'illustrer la parfaite complémentarité qui peut exister dans notre esprit, entre la commémoration de ce matin, commémoration de la victoire sur l'envahisseur allemand, commémoration de la fin de la guerre, et puis célébration, à mes yeux il n'y a pas de contradiction devant quelque chose d'aussi profondément humain qui nous parle à la lecture de ces noms où l'on voit parfois des fratries entières avec le père. Tout le monde est mort. Il n'y a plus d'hommes dans la famille. Ici, là, partout, je suis passé en France, sur le territoire de l'Hexagone ou bien sur les territoires des Outre-mer, à la Réunion, dans les Antilles ou en Guyane.
J'ai toujours l'envie d'aller voir ce petit monument qui illustre cet élan qui a soulevé tous ceux qui invitent à défendre la patrie. Oh, vous avez raison, mille fois raison, de dire toutes les obscures motivations et les très visibles bénéfices qui se tirent d'une guerre, mais qu'on me permette de penser à ceux qui l'ont mené. Quel carnage ! 1 300 000 morts, 600 000 handicapés, 15 000 gueules cassées, et puis ces guerriers venus de si loin. On dit qu'ils n'avaient pas le choix. Personne n'avait le choix.
D'abord, Goumier, tirailleurs sénégalais, qui, à ces moments-là, étaient acceptés pour mourir pour la France et qui, aujourd'hui, sont ignominieusement montrés du doigt, y compris quand leurs enfants sont les nôtres, députés du peuple français, insultés par ceux qui ne méritent pas l'honneur de représenter ce peuple, ce peuple tel que je vous vois, tel que nous sommes, enfants, petits-enfants, de femmes et d'hommes, venus de toutes parts, et quand bien même ne l'étaient-ils que de si près, je veux dire, s'ils étaient d'autres régions, ne sommes-nous pas d'abord tous ces fêtus de paille ?
Que la vie pousse ici et là, et qui ne donne un sens à cette existence que par l'engagement qu'ils y prennent, soit auprès des leurs, par leur amour, soit dans leur devoir, de citoyens, de citoyennes, d'enseignants, de travailleurs, au service du collectif.
Et alors, à l'instant où se desserrent les portes obscures de la mort, du néant, comme l'ont fait ceux qui ont voté pour la réhabilitation de ces malheureux, morts il y a plus d'un siècle, alors, quand ces portes s'entrebaillent, entre celui qui est monté à l'assaut, sachant qu'il allait mourir, et celui qui a refusé d'y aller, sachant qu'il allait mourir, il y a en commun la force de l'engagement devant le néant et l'absurde, devant la pierre qui sans cesse dévale la pente et va du sommet jusqu'à la rivière, d'où Sisyphe la repousse jusqu'au sommet, et ainsi de suite. Devant l'absurde, ce qui prévaut, c'est l'engagement.
Devant l'absurde et devant la mort, ce qui fait du sens, c'est d'en donner, c'est de s'avancer, c'est de se prononcer, c'est à toute chose de donner le sens que l'on veut y donner. Voilà pourquoi ceux qui mourraient n'ont pas failli, je le dis aux impudents qui ont osé dire que ces malheureux avaient failli. Et je ne voudrais pas qu'on croie qu'il se serait agi de 639 malentendus à supposer qu'il n'y en ait eu que 639. Ce n'était pas seulement de pauvres diables égarés sur les lignes de front. Ce n'était pas seulement des gens qui étaient accusés de mutilations volontaires.
Il y avait ceux qui savaient parfaitement ce qu'ils étaient en train de faire, c'est-à-dire de se condamner à mort eux-mêmes parce qu'ils refusaient de participer à un carnage que leur raison repoussait et que leur amour pour l'humanité, pour le combattant de la tranchée d'à côté et de la tranchée d'en face, parfois, réunissait comme ces jours de Noël où les guerriers des deux camps sortaient des tranchées et célébraient Noël ensemble. Oh, je ne dis pas qu'il n'y avait pas d'adversité, qu'il n'y avait pas d'ennemi, qu'il ne fallait pas faire son devoir. Chacun a fait ce qu'il a cru juste de faire. Pour la patrie, chacun a sa façon, c'est-à-dire pour l'amour de la France.
Mais il savait ce qu'il faisait. Et s'il est vrai qu'on a beaucoup fusillé en 1914 et 1915, c'est parce qu'à ce moment-là, avec leurs pantalons rouges Garance, les hommes qui couraient sur les crêtes étaient comme des cibles pour leurs ennemis. Parce qu'à ce moment-là, il y avait dans les sous-officiers et officiers qui avaient été recrutés du fait de la conscription, un grand nombre de défusards qui retrouvaient dans les rangs des militaires professionnels les anti-dréfusards qu'ils avaient auparavant combattus, si bien que c'est la période où l'on a perdu le plus de sous-officiers sur le front. Jamais la politique n'a quitté la guerre.
Jamais la politique n'en a été absente et jamais elle ne la quittera. La guerre n'a jamais été inéluctable, j'y viens. Mais auparavant, qu'on entend de ma voix parler pour le soldat Alphonse Didier, socialiste, qui en 1917, alors que 500 000 hommes refusaient de continuer le carnage, 68 divisions sur 110, s'opposent à la guerre et se font embraser par un courant venu sur toutes les tranchées, de tous les fronts, de tous ceux qui n'en pouvaient plus, de cette tuerie dont le sens s'était perdu.
Et cet officier, Alphonse Didier, sous-officier, dit qu'il arrête la guerre et qu'il est mutin insoumis parce qu'il croit que l'international socialiste a décidé que la guerre doit finir et que les travailleurs, partout où ils sont, cesseront le combat. Courage exemplaire, courage isolé, mais je le dis à chacun, le courage est toujours un acte individuel.
Le courage, c'est celui qui refuse de se soumettre quand l'ordre est absurde, quand la tuerie est certaine, que l'on s'appelle De Gaulle ou que l'on s'appelle Dupont ou Didier, le courage est toujours un engagement individuel et lui seul fait reculer les ténèbres de l'abandon, de la résignation, de la soumission, de l'obéissance à des ordres absurdes et criminels. Ah, il est dur de s'en soumettre. Il est d'abord dur de le décider parce que c'est un choix philosophique. Il n'est pas simple quand on aime sa patrie, quand on est travailleur, quand on est paysan, qu'on ne sait pas forcément tout ce qui se passe ni ce qui se décide de prendre l'incroyable décision de désobéir.
Ça ne va pas de soi. Et tous ceux qui sont ici engagés, quel que soit leur engagement, syndicaliste, philosophique ou autre, vous savez comme c'est difficile de se décider. Eh bien, on se décidera d'autant plus facilement dans l'avenir. Que l'on saura que la guerre n'a jamais été inéluctable. Oh, bien sûr, après coup, on sait la liste des conditions qui y conduisaient. Et par-dessus tout, on dira comme Jean Jaurès que le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orage. Et que, bien sûr, toutes les activités humaines étant toujours intégrées dans la réalité des rapports économiques et sociaux qui dominent une époque, alors toujours, bien sûr, l'argent est là.
Comme il a fait son nid dans les malheurs du Covid, comme il a fait les milliards qu'il a accumulés dans les malheurs récents, il l'a fait à l'époque dans l'industrie d'armement, dans l'industrie de la destruction. Mais à l'époque, on taxait les super profits après la guerre. La différence, c'est qu'aujourd'hui, on ne le fait plus, semble-t-il.
Eh bien, sachant tout cela, rappelez-vous, surtout vous, jeunes gens, que l'histoire est toujours évidente quand on la regarde dans le rétroviseur, quand les faits ont eu lieu, quand on explique après, mais que toute notre vie se présente devant nous et que nous l'affrontons avec les leçons du passé difficile à démêler et avec le courage qui va nous animer. Oui, ce monde-ci, de nouveau, est plein de guerres et des guerres d'un type nouveau qui viennent de pressions qui semblent si incroyablement puissantes qu'on se demande comment les peuples vont pouvoir y résister. Les guerres de l'eau, que voulez-vous qu'il advienne quand il n'y a pas d'eau ? Personne ne peut s'en passer.
Dès lors, on compte au moins 11 guerres de l'eau probables dans le monde parce que les conflits d'usage sont là pour retirer du fleuve, pour tirer du barrage l'eau dont on a besoin. Et puis, il y a celle qui résulte de l'absurdité des provocations et de l'intention dans ces provocations suivant la vieille formule « Si tu veux la paix, prépare la guerre. Si tu veux la paix, prépare la paix. Organise-toi pour elle. Milite pour elle. Travaille à elle. » La guerre ne vient jamais que de causes matérielles identifiables. S'il y a conflit pour l'usage de l'eau, alors il faut la partager.
S'il y a conflit pour l'accès aux matières premières, car lorsque nous sommes maintenant 8 milliards d'êtres humains, quel que soit le régime économique, la prédation sur la nature est plus violente qu'elle a jamais été à aucune génération dans le passé. Regardez-moi, et il y en a quelques-uns comme moi dans cette foule. Nous avons été contemporains de deux doublements de la population totale de l'humanité. Pas une génération avant la mienne n'a connu une telle situation. Alors, à 8 milliards, il est certain qu'il faut tout changer de fond en comble si l'on veut que l'humanité est en futur.
De fond en comble et chasser la loi de l'argent pour y substituer celle de l'intérêt général humain de notre survie à tous et du monde magnifique et superbe que vous voyez ici et là parce que c'est l'automne produire ces couleurs si belles qu'elles nous font oublier que l'automne précède l'hiver et ses achèvements. À ceux qui sont en automne comme à ceux qui sont au printemps dans leur vie, la beauté du monde est promise pour peu qu'on s'en soucie.
J'ai dit qu'il y a 11 conflits possibles pour des questions écologiques immédiates, qu'il y en a autant à cause de l'accès aux matières premières et puis il y a celles qui résultent des compétitions et des escalades dont on dira après coup qu'elles avaient du sens mais dont on sait qu'il doit être possible de les interrompre. La guerre de 14 n'était pas inéluctable quand bien même toutes ces causes ont été analysées et qu'on a compris comment 56 nations ont été impliquées dans cette guerre jusqu'à la Bolivie, la Chine et combien d'autres pays ? Eh bien, elles n'étaient pas inéluctables.
La deuxième guerre mondiale n'était pas inéluctable si l'on avait arrêté à tant pour peu qu'on en ait eu le courage les nazis et ceux qui les représentaient dans tous les pays. C'est ce courage-là qu'il faut encore avoir car les tensions dans les nations produisent toujours des tensions entre les nations. Savoir apaiser les tensions sociales, les tensions ethniques dans les nations, c'est les rendre plus difficiles à agir entre les nations. La paix n'est pas une cause abstraite. La paix n'est pas une prière présentée devant je ne sais quel absolu qui nous surplomberait. La paix est notre affaire.
Il faut, car j'ai entendu le discours qu'a tenu le président de la République sur la défense de la France. Certainement, et au risque de décevoir quelques-uns de mes camarades qui ne sont pas de mon avis à cet instant, je suis attaché à l'idée d'être capable de se défendre tout seul. Et je sais que cela repose sur une certaine volonté générale du peuple. Mais, je le redis, il me paraît indispensable pour le chef de l'État qu'il ne nous parle pas seulement des idées d'ailleurs confuses qu'il a sur le sujet, mais qu'il nous dise de quelle manière il compte travailler concrètement à la paix.
Nous voulons que soit rétabli le traité qui a été annulé concernant les missiles à portée intermédiaire, c'est-à-dire ceux qui tirent entre 500 et 4000 kilomètres. Car il y avait un accord entre l'URSS et les USA pour que de telles armes ne soient jamais déployées en Europe. Et lorsque nous, Français, nous eûmes disposer ce que l'on appelait des missiles à roulettes qui tiraient à 350 kilomètres de notre frontière, le président Mitterrand prit la sage décision de faire retirer ces armes et de les faire démanteler parce qu'elles vivaient, elles visaient par la force des choses des capitales du milieu de l'Europe.
Nous ne voulons plus sur le sol de l'Europe de missiles à portée intermédiaire parce que ces missiles ne viseront jamais personne d'autre que nous-mêmes. Et c'est la raison pour laquelle, avec urgence, la France, qui est membre du Conseil de sécurité des Nations Unies, doit intervenir et l'Europe pour rétablir cette interdiction. De la même manière, nous avons à nous interroger sur les programmes d'armement et de réarmement de chacune de nos nations.
Nous ne pouvons pas accepter, sous prétexte d'une amitié, par ailleurs, je n'en doute pas sincère, que la République fédérale d'Allemagne décide d'un programme de réarmement de 100 milliards d'euros sans que nous, qui en sommes voisins, n'ayons rien à dire sur le sujet. Je crois que nous avons à dire. Il s'agit dorénavant, non pas de réciter en cadence je ne sais quel discours sur la nécessité de s'armer sans avoir dit à aucun moment pourquoi faire et contre qui. J'estime qu'il n'est de bonne politique que celle qui dit les choses, les nomme et dit à quoi elle veut répondre.
Nous devons être, nous, Français, plus que d'autres parce que nous sommes une nation nucléaire, partisans d'intégrer le traité de désarmement universel et de recours aux armes nucléaires. Car, sinon, on peut être précipité dans des absurdités stratégiques du thème de celle qu'a évoqué le chef de l'État en indiquant qui on ne frapperait pas ceux qui voulaient dire qui on frapperait. dans sa dernière intervention télévisée.
Le mieux est de dire que le souhait des Français est de ne frapper personne du moment qu'on ne les agresse pas et que dans ces conditions, la France, qui bien sûr ne serait pas la première à avoir à le faire, mais qui devrait s'engager à le faire, devrait militer pour le désarmement nucléaire. Quel est le sens rationnel de posséder des réserves d'armes qui permettent de détruire 17 fois la planète ? Une seule suffirait et elle est de trop, vous le pensez comme moi. Et à côté de l'armement nucléaire, il serait temps aussi d'exiger l'application du traité international de dissolution de toutes les unités de production des armes chimiques.
Et il est à déplorer que plus de 30 ans après qu'on ait signé l'accord à Paris, ni les armes chimiques des Russes ni celles des Américains n'ont été détruites. Nous devons exiger sur la scène internationale que de telles armes soient détruites. Et de même, notre pays reprenant le dossier qu'il avait naguère porté, c'est-à-dire au moins jusqu'à l'année 1992, doit de nouveau intervenir et se prononcer pour que soit interdite la fabrication et l'accumulation des armes biologiques. Que ceux qui viennent de voir ce qu'est une pandémie imaginent ce que serait le recours à de tels armements, à de tels moyens de destruction. D'un malheur, peut-être, il est possible de faire un bien.
Je pense à cet instant. que s'il est avéré en effet que les armes nucléaires et en particulier celles des Français qui cheminent sous les océans comme vous le savez pourraient être remis en cause par des dispositifs militaires nouveaux qui permettraient de repérer les sous-marins. On me dit « Ah, mais M. Mélenchon, pas d'inquiétude, ce n'est pas avant 20 ou 30 ans, mais 20 ou 30 ans, c'est la porte à côté pour vous, mademoiselle, pour vous, jeune homme. C'est la porte à côté dans ces conditions qu'elle peut bien être. Le sens de persister à entretenir un matériel comme on le ferait si on utilisait des arbalètes à l'époque de la guerre des fusils.
Je dis que d'un mal, c'est-à-dire des menaces supplémentaires, peut venir un bien. Si nous décidions d'en face à un autre mal, d'utiliser l'espace pour pouvoir, depuis la Terre ou depuis l'espace, avoir des moyens de dissuasion moins destructeurs, moins saccageurs que les larmes, que n'est l'arme nucléaire, d'interrompre des communications, comme vous le savez, c'est une arme décisive.
Voilà pourquoi, non seulement, je pose la question de la paix dans sa forme la plus concrète, par ses aspects les plus concrets, et que peut-être on trouvera trop simple, qui est que pour préparer la paix, il faut discuter des armes, et que si l'on discute des armes, il faut discuter du moyen de les retirer tous et pas seulement certains, et que quelles seraient les raisons qu'invoquerait une nation qui refuserait de parler de désarmement. En même temps, je me prononce pour que la France de nouveau intervienne en conformité avec ce qu'elle défendait dans le passé, qui était le refus de la transformation de l'espace en zone militarisée.
Nous avons signé des traités, des grandes nations ont signé des traités, déclarant pour la première fois de notre histoire commune qu'étant tous des êtres humains semblables par nos besoins et par nos droits, alors, l'espace infini que peut-être nous allons commencer à explorer et où nous, Français, nous avons fait la démonstration de nos capacités techniques, scientifiques, à l'explorer au bénéfice de tous, ne soit pas transformé à nouveau en un champ de bataille.
Mais il faut choisir l'un ou l'autre et puisque la France a choisi d'avoir un état-major militaire de l'espace, qu'au moins on parle à l'Assemblée nationale de ces questions, qu'on cesse d'être le pays qui entre en guerre pendant neuf ans au Mali et on part en plein mois d'août sans qu'on chasse ni pourquoi on y a été ni pourquoi on revient.
Je veux dire par là que si nous savons pourquoi on y a été le jour où nous sommes intervenus à la demande du gouvernement malien, jamais il n'a été discuté où que ce soit des conditions du retour à la paix et je me souviens de ceux qui m'ont montré du doigt comme un défaitiste parce que je disais que ce n'était pas sérieux d'avoir une présence militaire dans un pays qui n'est pas le nôtre sans dire à quelles conditions on finirait par s'en aller si bien que nous sommes partis dans des conditions que je ne nommerai pas par respect pour ceux qui sont morts là-bas pour servir et obéir comme les ordres leur en avaient été donné ni pour les populations civiles qui ont eu à connaître de cette guerre.
Mais parler comme je suis en train de faire « Oh ! » va me valoir encore bien des reproches mais c'est le langage tout cru de la vérité. Si vous voulez vous défendre commencez par vous demander contre qui commencez par vous demander comment commencez par vous demander avec qui et c'est mon ultime plaidoyer vous tous avez-vous choisi et quand d'être quoi qu'il arrive aligné sur l'un ou sur l'autre et de partager ces guerres. Eh bien ce n'est pas l'idée que je m'en fais. C'est la raison pour laquelle je crois que plus que jamais comme un temps on en avait posé les bases avant de les oublier en rejoignant un commandement militaire intégré qui n'est pas le nôtre qui est celui de l'OTAN.
La France n'a pas à être alignée. La France doit être un pays non aligné qui en fonction des circonstances des conflits intervient de la manière qui lui paraît la plus opportune d'abord pour réduire les conflits et ensuite le cas échéant pour se prononcer sur la conduite de ses affaires. Le non alignement n'a jamais voulu dire la neutralité. La France est la France parce qu'elle est une république parce qu'elle est la terre des droits de l'homme même si elle ne les respecte pas toujours beaucoup parce qu'elle est la nation unie par la devise de Robespierre liberté, égalité, fraternité et que même si elle ne le respecte pas beaucoup ça reste son horizon sa ligne à atteindre.
La France donc n'est pas une nation neutre. Elle aura toujours à voir avec les affaires du monde et elle aura toujours un avis sur ses affaires. elle aura quelque chose à dire en permanence et notamment dans la seule instance qui existe et qui nous rassemble tous, humanité, l'organisation des Nations Unies aux pleines d'imperfections mais seul lieu où nous nous retrouvons en tant qu'humanité.
Dès lors, le non alignement est une condition de sagesse et d'efficacité non seulement dans le concert des nations mais du point de vue de l'indépendance de notre pays et un peuple n'est pas libre s'il n'est pas indépendant et cette indépendance signifie qu'il doit être souverain et souverain en tous points et sur tous les sujets qu'il s'agisse de se nourrir ou qu'il s'agisse de se défendre et je crois qu'on se défend mieux si l'on est mieux nourri.
Je ne dis cela que pour montrer à quel point les questions qui concernent la défense sont des questions globales et que je ne crois pas raisonnable d'en appeler seulement comme a fait le président de la République ce qui, comme on dit, n'engage à rien à l'esprit de défense qui devrait vous animer tous sans qu'on vous ait dit à quel sujet, contre qui et de quelle manière. Je préfère qu'on parle raisonnablement de choses concrètes qui permettent de comprendre comment un peuple se soude et est capable de partager des idéaux communs. Voici ce que je voulais dire ici ayant appris qu'il y avait à Chauilly ce monument.
La terre de laine, je l'ai dit tout à l'heure, est chargée de cette histoire magnifique et incroyable des hommes et des femmes qui l'ont portée. 90% du territoire de ce département a été considéré comme dévasté. moi qui ai eu l'honneur d'être élu de Marseille, je peux vous dire qu'on ne connaît pas ces choses-là. Dans le sud, les nazis ont rasé un bout de Marseille qu'ils appelaient le cloaque de l'Europe parce que déjà la population bigarrée ne plaisait pas aux nazis. Mais personne n'a idée de ce que c'est qu'un territoire dévasté à 90%.
Cette commune, je le dis pour ceux qui m'entendent à cette heure, celle-ci, Choni, avant que les Allemands l'évacuent, a été entièrement dynamité, totalement détruite. Et dans cette région, combien de fois la ligne de front est arrivée ici à la première et la deuxième guerre ? Comment enlever de notre souvenir la SS installée aux alentours des mines pour forcer les travailleurs à produire davantage en mangeant moins ? Et ainsi de suite. Non, ces récits ne sont pas à oublier. C'est le contraire. Il faut s'en souvenir. Il faut se souvenir que quand la guerre a lieu, un siècle plus tard, on continue à sortir 50 tonnes de munitions par an du sol meurtri, labouré, ravagé par la guerre.
La guerre n'est pas un jeu vidéo. La guerre n'est pas quelque chose dont à la fin on finit par se dire qu'on peut s'y accoutumer. Non. Car à chaque âge, les armes ont été accumulées qui rendent possible la destruction de toute vie sur cette planète. Puisse la beauté de l'automne, de ses couleurs flamboyantes, puisse ce monument où l'on voit ces hommes qui avaient décidé de passer pour ceux qui l'avaient décidé en pleine connaissance de cause, habité par une idée plus grande que jusqu'au point de la mort.
Et puisque vous avez eu l'intelligence, monsieur la sculpteur, et vous autres, les élus de cette commune, et vous, monsieur le maire honoraire, vous avez eu l'intelligence de faire figurer parmi les quatre personnages que l'on voit là, ceux des nôtres venus de si loin, tirailleurs sénégalais, d'abord, gommiers, morts pour la France. En tout cas, morts dans une guerre où ils ont fait quelque chose pour nous. Si bien qu'à cette heure, nous pouvons dire à eux, à leurs enfants, à nos petits-enfants en commun, vive la République, vive la France. Sous-titrage Société Radio-Canada
Bastien Lachaud