Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewBFMTV· 14 octobre 2023 26 min

Prix Samuel Paty: le discours intégral de Gabriel Attal

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Gabriel Attal

Mesdames et Messieurs les parlementaires, Mesdames et Messieurs les rectrices et les recteurs, Mesdames et Messieurs les directrices et les directeurs, Madame la Présidente du Conseil des Sages de la Laïcité, Madame la Présidente de l'Association des Professeurs d'Histoire-Géographie, Monsieur le Président du Jury, Mesdames et Messieurs les professeurs, chers élèves, Mesdames, Messieurs. Le 16 octobre 2020, aux abords du Collège du Bois-d'Aulne, un professeur est assassiné. La barbarie, le choc, l'union, tout sauf l'oubli. Ce 16 octobre 2020, on a tué Samuel Paty. Ce 16 octobre 2020, on a tué un professeur.

Ce 16 octobre 2020, c'est la barbarie du terrorisme islamiste et la lâcheté sans nom d'esprit malade qui ont assassiné Samuel Paty. Il y a trois ans, l'obscurantisme a tenté d'éteindre la lumière, les lumières. Un père, un fils, un ami, un professeur est mort. Depuis ce jour, un martyr de la République est né dans nos cœurs et dans nos consciences. Aujourd'hui, c'est la flamme de son souvenir que nous sommes venus raviver. Ce que nous faisons aujourd'hui, au fond, c'est apporter une nouvelle pierre à l'édifice de sa mémoire. Aux enfants présents aujourd'hui, je veux donc vous dire merci et bravo.

Ce que vous avez fait en participant, puis en remportant ce prix, Samuel Paty, c'est dire une chose simple. L'école est plus forte que tout. Vous, les élèves, vous êtes plus forts que tout. Vos professeurs sont plus forts que tout, eux aussi. Chers élèves, je dois vous dire combien je vous admire. Avec vos professeurs, vous avez travaillé, beaucoup travaillé, pour remettre vos travaux et pour participer au prix Samuel Paty. Parce que vous savez combien ce moment est un moment important. Parce que vous savez combien ce prix est un prix important.

Je veux dès maintenant remercier la présidente de l'Association des professeurs d'histoire-géographie et le président du jury, pour leur investissement sans faille, pour faire vivre ce prix. Vous êtes notre exemple. Ce moment de souvenir, ce moment d'émotion, et ce moment de fierté, nous vous le devons. Nos élèves vous le doivent. Car c'est aussi vous, les élèves, que nous célébrons aujourd'hui. Votre travail, votre talent, votre imagination. Avant d'évoquer plus en détail votre travail, je veux vous adresser à vous, élèves, un message très personnel. Je veux vous dire que sans vous, qui êtes nos élèves, l'école n'est rien. Que si l'école existe, ce n'est que pour vous.

Si l'école existe, c'est d'abord pour vous permettre d'être curieux, d'être engagé, vous permettre aussi d'apprendre et de découvrir. Parce que comme l'a dit Léon Blum, c'est dans la jeunesse que la pensée et l'action s'aiguillent pour le reste de l'existence. Si l'école existe, c'est pour faire de vous des citoyens. Dans quelques années, vous aurez le droit de vote, vous pourrez vous exprimer, donner votre avis, participer à la vie de notre pays, la France. C'est aussi pour vous permettre de vous émanciper. Vous émanciper, c'est-à-dire devenir libre, vraiment libre, pleinement libre. Chers élèves, l'école n'existe que pour vous rendre libre.

Je parle de citoyenneté, d'émancipation, de liberté, précisément parce que ces trois valeurs sont au cœur du prix Samuel Paty 2023. Le thème qui a été retenu, cela a été dit il y a un instant, ce sont les infox, les fausses nouvelles, les fake news, qui sont justement au croisement de toutes ces valeurs. Libre, nous devons tous l'être. Mais la liberté elle-même fait surgir des questions. Peut-on être libre jusqu'à mentir pour propager le complot, le mensonge ou la haine ? Peut-on être libre jusqu'à propager des fausses informations ? Tout votre travail apporte une réponse claire. C'est non.

Non, car le complotisme, l'obscurantisme, la haine ou le mensonge sont contraires à l'idée même de liberté. Voilà un premier enseignement fort que vous nous donnez par votre travail à nous les adultes dans le cadre de ce prix. Autre question, comment peut-on lutter contre ces forces du mal, contre ceux qui veulent ce mal et qui le propagent ? Comment peut-on lutter contre la manipulation des esprits et des consciences, contre les fausses informations, contre le mensonge, contre la haine ? Là aussi, c'est vous qui nous apportez la plus ferme des réponses. C'est par l'école que nous parviendrons à bâtir le rempart contre ces forces du mal et du néant.

Je veux donc, au nom de tous les adultes présents ici dans ce grand amphithéâtre de la Sorbonne, au nom de tous les professeurs de France et au nom de tout notre pays, vous dire un immense merci et un très grand bravo. Merci et bravo à la classe de 4e de Mme Havard du collège Jacques-Yves Cousteau à Brouille-le-Vert pour votre vidéo. Merci et bravo à la classe de 4e de Mme Bréoré du collège Camille-Claudel à L'Astrenne pour votre vidéo aussi. Merci et bravo à la classe de 4e de Mme Naudin du collège de Foncarade à Montpellier pour votre podcast. Pour le lycée, nous allons célébrer tout à l'heure trois classes qui remportent cette année le prix Samuel Paty. La classe de terminale de M.

Gagnère du lycée international Jeanne d'Arc pour sa bande dessinée. La classe de première HGGSP de Mme Thomas du lycée Charlotte Perriand à Bénèche pour son jeu. Et enfin la classe de seconde professionnelle métier de la relation client de Mme Lebescon au lycée Edmé-Bouchardon de Chaumont pour son jeu vidéo. Ce jour, c'est votre jour. Ce moment, c'est votre moment. Vous vous êtes engagé, vous avez travaillé et maintenant c'est à nous de vous célébrer. Mais, je le dis sans détour, en recevant ce prix, vous recevez aussi cet après-midi un devoir. Celui de faire vivre toujours et partout la cause pour laquelle vous avez tant travaillé.

Celui de faire vivre toujours et partout la mémoire de celui qui a donné son nom au prix que vous allez recevoir dans quelques instants. En recevant ce prix, vous devenez les frères et les sœurs de mémoire de Samuel Paty, qui est devenu, il y a trois ans, en mourant pour l'école, le professeur de tout un pays et de toute une nation, la nation française. Il est devenu notre professeur à tous. Et depuis ce 16 octobre 2020, nous l'aimons tous comme un élève aime son professeur. Nous l'aimons parce que nous savons sa passion pour les grands auteurs du 19e siècle, tout autant que pour les groupes de rock.

Nous l'aimons parce qu'il était curieux de tout, de cultures étrangères, de la langue arabe, curieux de l'autre. Nous l'aimons parce qu'il incarnait tellement bien cette exigence émancipatrice de l'école, parce qu'il croyait dans ses élèves et dans leur intelligence, parce qu'il ne cédait rien, ni à la facilité, ni à la fatalité. Nous l'aimons parce qu'au nom de la liberté d'expression, tout autant qu'au nom de la pédagogie sur les événements du monde, il a montré des caricatures en classe, sans jugement ni leçon de morale. Nous l'aimons parce qu'il était libre, nous l'aimons parce qu'il était professeur, nous l'aimons parce qu'il est mort pour notre école.

Chers élèves, mesdames et messieurs les professeurs, en tant que ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, mais aussi comme citoyen, je suis très fier de vous et à travers vous très fier de nos élèves, de nos professeurs et de notre école. Je suis fier de vous et je suis aussi très ému par votre présence cet après-midi à la Sorbonne, temple laïque des Lumières et du Savoie. D'abord parce que ce lieu incarne tout ce qu'est l'école à la française. L'universalisme des savoirs, l'intemporalité de notre humanisme, l'héritage de notre culture et de notre place à nul autre pareil dans le monde. Nous ne sommes pas un pays comme les autres, nous sommes la France.

Ce pays dont on dit qu'il a inventé les droits de l'homme, ce pays de l'abolition des privilèges, ce pays de l'école pour tous, laïque, gratuite et mixte, ce pays des grands auteurs, des grands artistes, des grands professeurs, ce pays de la démocratisation des savoirs, ce pays des Lumières, ce pays où jamais nous n'accepterons que l'on puisse mourir d'enseigner. Je l'ai dit en introduction de mon propos, il y a trois ans, le terrorisme islamiste et l'obscurantisme ont tenté d'éteindre la lumière, nos Lumières. Mais l'école n'a rien cédé. Nos professeurs n'ont rien cédé.

En reprenant le chemin des cours et en perpétuant la promesse de leur mission, nos professeurs ont poursuivi la révolte symbolique et pacifique des grands esprits qui font le pari de l'intelligence. Car notre école est plus forte que tous les obscurantismes. Nous sommes plus forts qu'eux. Et je le dis avec d'autant plus de force que nous sommes encore une fois en deuil. Il y a tout juste 24 heures, on a encore assassiné un professeur. Il y a tout juste 24 heures, on a encore voulu éteindre nos Lumières. J'étais ce matin à nouveau au lycée d'Arras où exerçait Dominique Bernard. J'y ai vu une communauté éducative traumatisée par ce qui s'est passé hier, par la barbarie, par la violence.

J'y ai vu des élèves, j'y ai vu des professeurs qui étaient là et qui, dans l'adversité, dans le choc, dans le traumatisme, se demandaient déjà comment regarder de l'avant et comment avancer face au mal, face à la haine. Non, les islamismes, non, les terroristes, non, les fous de Dieu n'ont pas éteint la lumière. Mais oui, nous avons été touchés. Il y a 24 heures, le cœur de tout un pays s'est arrêté de battre au moment où nous apprenions la mort sauvage de Dominique Bernard. Tout de suite, nous avons pensé à Samuel Paty, évidemment. Je sais le choc immense que l'attentat terroriste d'hier a suscité chez nos enseignants. Encore une fois, on s'en prend à l'un des leurs.

Je sais combien chaque professeur, dans les tréfonds de son âme et de sa conscience, s'est immédiatement posé cette question. Et si ça avait été moi ? Je partage tout de ce choc, tout de cette émotion, tout de cette douleur. Je partage l'appréhension de devoir revenir devant les élèves lundi matin, devoir à nouveau tenter d'aborder l'inexplicable, à nouveau parler de l'horreur, à nouveau parler de terrorisme, à nouveau parler d'un professeur mort. Je partage cette appréhension parce que je la comprends. J'ai reçu dès hier soir les organisations syndicales qui représentent tous ceux qui font battre le cœur de notre école.

Comme je m'y étais engagé auprès d'eux, j'ai décidé que nous permettrons à tous les enseignants personnels de direction, personnels techniques et administratifs de nos établissements du second degré, dès lundi matin, à 8h, de se retrouver. Se retrouver entre eux pour un temps d'échange à la fois humain et pédagogique. J'ai ressenti cette attente immense de la part de nos enseignants, de la part des personnels de l'éducation nationale, de pouvoir se retrouver entre eux, de pouvoir échanger entre eux, de pouvoir préparer entre eux le retour des élèves. Je le dis, c'est aussi un enjeu pour ce qui est le cœur même de leur vocation, la transmission.

Nos professeurs ne cherchent qu'une seule chose, transmettre. Ils ne cherchent qu'une seule chose, transmettre dans les meilleures conditions possibles. face à cette barbarie, face à cette désolation, pour transmettre le mieux possible en direction de nos élèves, pour pouvoir aborder ce qui s'est passé avec eux. Évidemment qu'ils ont besoin de ce temps pour se retrouver et pour le préparer ensemble. Ces professeurs portent le deuil de l'assassinat de Dominique Bernard. C'est sur leurs épaules que pèse le poids de l'exigence absolue que je fixe à notre école. Ne rien céder, ne pas renoncer, continuer à faire vivre sa promesse.

Notre nation ne peut pas se contenter de mots de sympathie ou de témoignages de soutien pour nos professeurs. Notre nation doit montrer en acte qu'elle est tout entière derrière nos professeurs. Ceux-là même qui permettent à notre nation de rester unis, à nos enfants de construire leur propre destin, à notre école de tenir et d'exister. Je souhaite donc que lundi soit une journée de solidarité pour nos professeurs. Une journée de solidarité pour nos professeurs, c'est bien ce que nous leur devons. Lundi matin, je l'ai dit, tous les membres de la communauté éducative, des collèges et lycées se retrouveront ainsi à 8h pour leur permettre de se retrouver et préparer la reprise des cours.

Ils en ont besoin, nous avons le devoir d'être à leur côté et de leur permettre d'avoir ce temps entre eux, ce temps pour eux. Encore une fois, parce qu'hier, c'est l'un d'eux qui est tombé pour l'école et parce que le cœur de leur vocation, encore une fois, c'est de transmettre, et pour cela, de travailler ensemble. Lundi matin, les cours au collège et au lycée commenceront donc à 10h. Je sais les difficultés qui peuvent être liées à ce choix pour un certain nombre de familles.

C'est la raison pour laquelle j'ai échangé, notamment avec la présidente de l'Association des régions de France, compétente pour les transports scolaires, avec les organisations syndicales, avec les associations de parents d'élèves, pour trouver la meilleure solution possible. Les cours commenceront à 10h pour les élèves. Il y a des élèves qui dépendent des transports scolaires. Pour les élèves qui dépendent des transports scolaires et dont les familles ou l'entourage ne pourront organiser leur venue dans l'établissement un peu plus tard, nous assurerons les transports scolaires à l'heure prévue.

Il y aura un accueil minimal, temporaire, dans l'établissement, en lien avec les collectivités locales que je remercie, qui permettra de les accueillir tout en laissant au personnel le temps d'échanger et de se retrouver entre eux. Je veux remercier par avance toutes celles et ceux qui se mobiliseront pour organiser ce temps qui est, je le dis, absolument essentiel pour notre école, pour les professeurs, mais aussi, encore une fois, pour nos élèves. Je veux aussi m'adresser à tous les Français. Lundi matin, soyons tous derrière notre école.

Je suis absolument convaincu que les entreprises de France dont les salariés sont parents d'élèves au collège et qui devront s'adapter pour amener leurs enfants un peu plus tard dans leur établissement sauront être tolérants avec ces salariés qui arriveront un peu plus tard au travail. La nation fait bloc derrière nos enseignants. Elle est consciente du besoin qui est le vôtre de vous retrouver ensemble pour préparer au mieux le retour de nos élèves.

J'espère donc et je crois profondément que les employeurs de France qui le peuvent se joindront à cet effort de solidarité pour nos professeurs en permettant à ses collaborateurs d'arriver un peu plus tard lorsqu'ils doivent amener leurs enfants au collège. Je demande à tout notre pays de montrer que nous tenons unis dans un élan de solidarité pour notre école. Notre nation entière porte le deuil de l'assassinat terroriste de Dominique Bernard comme elle porte et portera éternellement le deuil de l'assassinat de Samuel Paty. Mais le poids de ce deuil est plus lourd encore pour nos professeurs. Soyons à leur côté.

Lundi, en cette journée de solidarité pour nos professeurs, une minute de silence aura lieu dans toutes les écoles, tous les établissements scolaires et tous les rectorats de France à 14h. Voilà la réponse immédiate de la nation pour nos professeurs. Mais mesdames et messieurs, je le dis avec force, évidemment, les mots ne suffisent pas. Évidemment, nous ne nous contenterons pas de dire l'émotion, le deuil, le choc. Nous ne nous contenterons pas de désigner l'ennemi. Il a frappé il y a trois ans. Il a frappé hier, il frappe à visage découvert. C'est le terrorisme islamiste. Je l'ai dit hier, notre devoir est évidemment de continuer à dépasser les mots pour être dans l'action.

À quoi bon dire plus jamais ça si la réponse que nous apportons ne permet pas de garantir cette promesse ? À quoi bon répéter les mêmes mots si nos concitoyens ont le sentiment qu'ils ne sont pas suivis des faits ? Les mots finissent toujours par s'envoler. Seuls les actes, eux, restent et demeurent. Et donc, notre devoir immédiat, difficile, c'est de continuer à agir. Nous avons le devoir de continuer à agir. Nous avons en réalité aujourd'hui un triple devoir. Le devoir de se souvenir, le devoir de transmettre, le devoir de protéger.

Le devoir de se souvenir, d'abord, nous le remplissons aujourd'hui alors que nous sommes réunis dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne pour célébrer la mémoire de Samuel Paty et faire vivre son héritage. Le devoir de se souvenir, nous le remplirons lundi matin avec cette journée de solidarité avec nos professeurs et avec le silence que l'école respectera partout en France à 14h. Le devoir de se souvenir, c'est ce que nous faisons alors que la nation toute entière s'apprête à s'incliner devant la dépouille et devant le souvenir de nos professeurs morts pour notre école. Le devoir de transmettre, ensuite. Il nous occupe aujourd'hui et il s'imposera à nous dès lundi.

Aujourd'hui, en célébrant la mémoire de Samuel Paty, c'est son héritage intellectuel, c'est le leg de sa vie que nous nous remémorons. En nous retrouvant chaque année pour ce prix, nous sommes à la hauteur de ce devoir de transmission qui fut à la fois le moteur de sa vie et le leg de sa mort. Et je veux remercier très sincèrement à nouveau les organisateurs de ce prix. Mais ce devoir de transmission, il n'est pas lié à un seul professeur ou même à deux. Ce devoir de transmission, c'est la promesse impérative de l'école sans laquelle plus rien n'est valable. Ni l'existence d'une école ni l'existence d'une nation.

Ce devoir de transmission, nous allons tout faire pour le remplir ensemble, dès lundi matin, grâce à nos professeurs. Le devoir de protéger, enfin, c'est sans doute celui qui rend possible tous les autres. Le verbe protéger fait partie de ces mots si souvent employés que son sens s'évapore parfois dans la répétition abusive de la promesse qu'il emporte. Protéger, cela veut dire abriter, garantir. Pour transmettre, il faut protéger. Voilà aussi l'une des promesses de l'école, être un abri, garantir la sérénité. Bref, être un asile inviolable, forcé de constater, malheureusement, que cela continue parfois à ne pas être le cas.

Alors maintenant que le sang a coulé, que les mots se sont exprimés, se pose inévitablement l'une des questions à la fois si simple et pourtant si vertigineuse. Que faire ? Que faire ? Ma conviction profonde, c'est que nous devons continuer à mieux protéger notre école, mieux la protéger des influences qui n'y sont pas les bienvenues. Le corollaire de cette question, c'est le sujet de la laïcité. Nous avons, je crois, avancé de manière importante en cette rentrée.

Mais nous ne sommes pas au bout du chemin et nous continuerons à agir sans relâche pour que cette laïcité sans laquelle l'école à la française n'est plus ce qu'elle doit toujours être, pour que cette laïcité continue à être défendue et protégée. Nous devons aussi mieux protéger la sécurité de ceux qui font l'école. La sécurité physique de nos professeurs et de nos élèves, d'abord. Je l'ai dit dès hier soir, nous avons renforcé avec le ministre de l'Intérieur la sécurité de nos établissements et je remercie les forces de sécurité intérieures, les militaires de Sentinelle qui sont déployés pour protéger nos établissements.

J'ai annoncé également le déploiement de nos personnels de sécurité, nos équipes mobiles de sécurité et des rectorats au sein des établissements. Mais je veux aller plus loin et je réunirai donc l'ensemble des associations d'élus dans les prochains jours pour aborder cette question. Vous le savez, les infrastructures de nos écoles et nos établissements sont la responsabilité des collectivités locales mais je n'ignore rien de l'attente de nos concitoyens en la matière. Elles sont très engagées, les collectivités locales. L'éducation nationale ne se défaussera pas et nous avancerons tous ensemble. la sécurité intellectuelle des professeurs ensuite.

Ce que nos professeurs, vos professeurs ont à vous transmettre chers élèves, c'est aujourd'hui votre bien le plus précieux, celui qui vous permettra de réaliser tous vos rêves, d'atteindre tous vos objectifs, de parvenir à l'émancipation et au bonheur. Nous devons donc garantir à tout prix que les savoirs, tous les savoirs, que les enseignements, tous les enseignements puissent être transmis sereinement en cours. Je sais que nous n'y sommes pas. Je le sais. Car je sais qu'un professeur sur deux a déjà dû s'auto-censurer en cours en raison des conséquences éventuelles de ce qu'il avait à dire.

Un professeur sur deux déclare s'être déjà auto-censuré en cours en raison de la peur qui était la sienne des conséquences de ce qu'il souhaitait transmettre à ses élèves. Cette auto-censure, c'est un poison mortel pour l'école. Je veux dire aux 860 000 professeurs de ce pays que je suis de leur côté, que je les soutiendrai toujours et partout et que je ne céderai par un pouce de terrain à ceux qui veulent faire taire l'école, à ceux qui veulent faire taire nos professeurs, à ceux qui veulent nous faire taire tout court. Les professeurs doivent être mieux et davantage soutenus dans leurs enseignements.

C'est pourquoi au sein de chaque académie nous mettrons en place une cellule d'appui pédagogique pour se tenir aux côtés de tous les professeurs qui se sentiraient à un moment ou à un autre en insécurité pédagogique face à certains enseignements ou à certains moments de l'année. Cette cellule pourra être mobilisée par chaque professeur qui en aurait besoin, donnerait un appui pédagogique ou pourrait déclencher l'intervention des équipes académiques Valeurs de la République si besoin. La sécurité morale de notre nation enfin. Cette sécurité morale c'est notre capacité à préserver et à assumer les valeurs qui sont les nôtres. C'est notre capacité à rester unis.

C'est notre capacité à rejeter toute forme d'obscurantisme ou de complotisme à nous dresser contre le terrorisme islamiste. C'est notre capacité à rester debout. Au fond, c'est notre capacité à laisser notre lumière allumée. Là encore, c'est l'école qui rend tout cela possible. Parce que c'est à l'école qu'on devient citoyen. C'est à l'école qu'on devient pleinement français. C'est à l'école qu'on apprend à ne rien abandonner, à ne jamais transiger sur l'essentiel, la liberté, l'égalité, la fraternité. C'est à l'école que l'on apprend que si l'on est une nation libre aujourd'hui, c'est parce que des millions de nos ancêtres avant nous ont payé de leur sang le prix de notre liberté.

C'est à l'école que l'on apprend que nous ne sommes pas seuls, que nous avons des droits pour soi, certes, mais aussi et surtout des devoirs pour les autres. C'est à l'école que nous apprenons à rester à la fois fermes et unis, fermes dans les mots et dans les actes, unis pour notre pays et notre école. Mesdames et messieurs, chers professeurs, chers élèves, je suis fier de vous, fier du travail qui vous a permis de recevoir le prix Samuel Paty, je vous l'ai dit, fier de votre détermination à faire vivre la mémoire du professeur Samuel Paty.

Fier parce que vous défendez en acte l'héritage de quelqu'un que vous n'avez jamais connu, dont vous n'avez jamais croisé la route et pourtant à qui vous avez dédié tant et tant d'heures. Aujourd'hui, notre cœur saigne à nouveau, nos plaies sont vives, nous avons mal, mais cette douleur et ses plaies ne doivent pas nous tétaniser, jamais. L'école ne se laissera pas terroriser, sous aucun prétexte. Dès lundi, nous continuerons à être dans l'action, dans le mouvement. Nous continuerons à ne pas nous contenter de questions, mais à apporter des réponses. Nous continuerons à ne plus nous satisfaire de paroles et à être dans l'action. Soyons dans l'action, pour l'école.

Parce que, forte de son long cortège de combattants du savoir, l'école n'est jamais plus forte que lorsqu'elle déclare au monde et à ceux qui veulent éteindre la lumière, je vous déclare la paix. Je vous remercie. Merci.

25:25
Locuteur

Merci.