Affaire Patrick Bruel : "Nous sommes entendues", disent les premières plaignantes après la mise en examen du chanteur
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Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Il y a un grand entretien ce matin consacré à l'affaire Patrick Bruel, vous savez que le chanteur est accusé de violence sexuelle et sexiste par près de 30 femmes mises en examen cette semaine, il fait désormais l'objet d'un contrôle judiciaire. On va y revenir longuement et pour en parler ce matin sur le studio Audinter, nous recevons une journaliste qui mène l'enquête depuis 10 ans à Mediapart, Mediapart qui a fait les premières révélations concernant les accusations visant le chanteur en mars 2026, question réaction amis auditeurs au 01 45 24 7000 ou l'application Radio France.
Bonjour Marine Turquie, merci d'être avec nous, avec nous également deux femmes qui ont pris la parole, osé prendre la parole pour dénoncer des faits de violence, qui ont porté plainte pour viol pour l'une d'entre elles contre Patrick Bruel, dont je rappelle qu'il est toujours présumé innocent. Bonjour Karine Wieser, vous êtes attachée de presse, vous vivez en Belgique et vous avez déposé plainte en mars dernier pour agression contre Patrick Bruel, agression requalifiée en tentative de viol par le parquet de Nanterre cette semaine. Merci infiniment d'être avec nous ce matin depuis la Belgique.
Bonjour Maïdi Roth, vous êtes la première femme à avoir parlé à Mediapart et à Marine Turquie pour dénoncer une agression de Patrick Bruel dont vous avez été victime. C'était en 2018, vous aviez 27 ans. Vous allez nous raconter comment vous avez entamé cette démarche et vous Marine, comment vous avez recueilli ces paroles. Mais même question pour commencer à toutes les deux, Maïdi Roth et Karine Wieser, quelle a été votre réaction lorsque vous avez appris la mise en examen de Patrick Bruel et son placement sous contrôle judiciaire ? Karine Wieser.
Oui, moi j'ai évidemment suivi attentivement tous les faits qui se sont passés en attente d'un verdict par rapport à ces longues heures d'attente, évidemment. J'étais soulagée déjà parce que ça voulait dire que nous étions entendus, qu'on avait été pris en considération et donc c'est déjà un grand acte qui a été donné.
Merci Maïdi Roth, même question ?
La même chose, le soulagement, c'est-à-dire que ça libère la parole des femmes, on est entendus, voilà, il y a une écoute qui se met en place.
Une écoute qui se met en place puisqu'il y a un contrôle assorti de plusieurs obligations concernant Patrick Bruel. Marine Turquie, vous disiez cette semaine que l'affaire Bruel était une affaire qui ne faisait que débuter. Et expliquez-nous pourquoi et comment tout a commencé pour vous il y a dix ans ?
Alors comment tout a commencé, c'est justement avec Maïdi Roth qui est ici parce que je rencontre Maïdi Roth en marge d'une autre enquête sur Luc Besson. Et au détour de cette conversation, elle me dit, vous me dites que celui sur qui il faudra enquêter, c'est Patrick Bruel. Maïdi me raconte qu'elle aurait subi une agression dans un taxi au festival d'Acapulco au Mexique en 97 et que d'autres personnes auraient été agressées également en marge de ce festival. Et donc c'est ça mon premier point de départ de cette affaire et de cette enquête qui va durer plus de sept années quand même. Pourquoi ? Parce qu'en fait, ce n'est pas le moment pour beaucoup de femmes à l'époque de parler.
Patrick Bruel est extrêmement puissant, c'est le chanteur de variétés le plus connu en France. Le plus populaire ? Bien sûr, c'est l'artiste le plus invité aux enfoirés, il est invité aux hommages nationaux d'Emmanuel Macron, aux Invalides, au Panthéon. Il faut se rendre compte quand même, parce qu'aujourd'hui on le voit effectivement mis en examen.
Mais il a porté la flamme olympique.
Bien sûr, évidemment. Donc à l'époque, ces femmes, beaucoup ont l'impression que c'est comme se jeter d'une falaise que de parler pour dénoncer des violences sexuelles.
Maïdi, vous avez eu le sentiment de vous jeter d'une falaise en contactant Marine Turquie ?
Non, alors c'est elle qui m'a contactée. Mais qu'est-ce que vous êtes décidée à parler ? C'était une évidence en fait. Je me suis retrouvée dans ce festival, Patrick Bruel m'a agressée dans ce taxi. Et c'est surtout que le lendemain ou le jour d'après, je suis témoin. Je vois une femme sortir d'un bungalow en larmes, les habits un peu déchirés, etc. Je lui amène de l'eau, on lui porte secours. Il y avait une autre actrice qui vient m'aider à la soutenir. Et elle nous raconte que Patrick Bruel l'a agressée. Et là je me dis, mais ce n'est pas possible, quelque chose ne fonctionne pas du tout. Vous avez même fait une liste après, du nombre de personnes concernées.
Et le soir, avec quelques comédiennes qui étaient présentes, on se dit, et si on faisait une liste ? Et si on mettait sur un bout de papier les agressions qu'on a déjà subies ? Et qu'on transmet cette liste entre nous pour protéger les nouvelles comédiennes qui arrivent, les jeunes actrices, etc. Et voilà, ça a été le point de départ du... C'est un peu MeToo avant MeToo, finalement. MeToo avant MeToo, parce que c'est 97 comme vous l'aura pris bien. Voilà, les femmes se protègent entre elles. On est en 97 et en fait ces sujets ne sont pas un sujet. Les violences sexuelles, on n'en parle pas.
Et donc comme dans d'autres affaires, PPDA notamment, les femmes se protègent et s'alertent entre elles. Ce qui ne devrait pas exister. Et c'est, je crois, ce qui a rendu aussi cette enquête difficile. C'est qu'en fait, il y avait des consignes qui étaient données. On l'a montré à Mediapart dans des enquêtes aux enfoirés, dans différentes rédactions. On a envoyé des journalistes hommes pour interviewer Patrick Bruel. Au lieu de ne pas inviter Patrick Bruel, en fait, on prévenait les femmes qu'il fallait faire attention de ne pas se retrouver seule avec lui. Ça pose une question.
S'il n'a pas de comportement problématique, comme il le dit Patrick Bruel, pourquoi des consignes étaient données ? Pourquoi les femmes se prévenaient entre elles ? A Capulco, ce que raconte Maïdi Roth, est intéressant. Plusieurs femmes dénoncent, lors de ce même festival, en l'espace de quatre jours, plusieurs agressions sexuelles ou tentatives de viol, dont Daniela Elsner, qui est aujourd'hui la patronne d'Unifrance, institution phare du cinéma français, qui, justement, a porté plainte pour tentative de viol, qui est l'une des personnes qui va me parler et pouvoir permettre ma première enquête publiée au mois de mars dernier, qui déclenche, en fait, toute l'affaire.
Mais vous dites que vous n'avez jamais reçu autant de plaintes, une trentaine de témoignages, parce que certaines victimes veulent parler. Est-ce que, finalement, ça crée aussi un effet masse ? Il y a d'autres plaintes qui arrivent, qui arrivent encore, d'ailleurs. Bien sûr, à partir du moment où vous avez publié une première enquête étayée, recoupée, qui, justement, a un petit peu d'écho, et bien d'autres gens vous contactent. Même aujourd'hui ? Même aujourd'hui, mais surtout depuis la parole de Flavie Flamand, qui a pris la parole dans Mediapart au mois de mai, qui a porté plainte pour viol, en dénonçant un viol alors qu'elle était mineure en 1991.
C'est important de dire que cette parole a permis un coup de projecteur médiatique, enfin, sur cette affaire qui est tentaculaire. Je reçois des dizaines et des dizaines de témoignages, je travaille dessus, donc je ne peux pas vous en parler à ce stade. Non, mais vous en pouvez me donner aujourd'hui, on va continuer, voilà.
De nouvelles plaintes ?
Oui, on a révélé, justement, hier soir, deux nouvelles plaintes qui viennent, tout juste d'être déposées là, au Parquet de Nanterre. Une femme qui dénonce un viol en 2012, une femme qui dénonce... Une tentative de viol. Une tentative de viol en 2012. Ça veut dire qu'on se plaint rien qu'à Nanterre ? Alors, c'est difficile de compter les plaintes, parce qu'il y a des femmes qui ont fait des signalements, d'autres femmes qui veulent simplement être auditionnées, et ce qui est intéressant, c'est qu'en fait, les femmes parlent beaucoup plus pour appuyer la parole des autres que pour elles-mêmes.
C'est à rebours du stéréotype d'une femme qui voudrait actionner le levier MeToo pour se venger, qui arriverait à Mediapart avec une clé USB, des SMS, etc., pour démonter la statue Patrick Bruel. C'est pas ça, la réalité des choses. C'est que c'est difficile de parler, c'est long, et elles le font pour appuyer la parole des autres, parce que quand elles entendent les dénégations de Patrick Bruel qui disent « c'est faux, tout ça est une chasse », ou « ce sont des rumeurs », eh bien, elles, elles disent « moi, je sais que c'est vrai, j'ai vécu ça ».
Son avocate, lui, contesse les faits et il entend démontrer son innocence, je cite l'avocate de Patrick Bruel. Karine Wieser, vous avez porté plainte en mars contre Patrick Bruel, une plainte pour agression survenue en 2010. Elle a été requalifiée cette semaine par le parquet de Nanterre en tentative de viol. Qu'est-ce que vous ressentez lorsque vous voyez de plus en plus de femmes prendre la parole ?
Je suis plus que satisfaite, évidemment. Quant à ma plainte qui a été requalifiée, je suis évidemment agréablement surprise parce que les juges ont mis les mots sur la réalité de la plainte et elle a été considérée comme telle. Donc, je suis vraiment très satisfaite. Maintenant, de plus en plus de femmes parlent et c'est le but de la médiatisation, c'est de leur faire prendre la parole, leur dire que c'est possible, qu'elles doivent avoir confiance en elles, qu'on est soutenus dans ce combat et que maintenant, on se fait entendre. Donc oui, une médiatisation est nécessaire.
Mais Maïdi Roth, vous ne vous dites pas que vous aussi, vous pourriez porter plainte, vous seriez qualifiée à le faire ? Alors moi, mon intention, ça a vraiment été de soutenir Daniela et de témoigner non-anonymement pour que ce papier puisse exister le 18 mars. Voilà, ça a été vraiment ça. Et maintenant, je suis là parce que je pense qu'il faut protéger nos jeunes. Vous êtes lanceuse d'alerte ? Je ne sais pas. Je ne sais pas ce que je suis, mais je ne me pose même pas la question. Il faut protéger nos jeunes. Il faut créer des structures qui existent déjà, mais les renforcer de formation contre les violences sexistes et sexuelles. il faut protéger les femmes.
Il faut surtout qu'il n'y ait plus de... le moins possible de possibilités de complicité sur les structures, spectacles, cinéma, etc.
Alors il faut rappeler, parce que nous sommes dans un état de droit et que ce studio n'est pas un tribunal, que Patrick Bruel est présumé innocent. Mais c'est important de recueillir votre parole, Marine Turquie. Vous, vous avez constaté que c'est la première fois que le parquet se saisit aussi rapidement d'une affaire de viol et d'agression. Après des révélations dans la presse qui datent maintenant, il se passe quelque chose au niveau de la justice ? Vous avez le sentiment que ça bouge ?
La meilleure des preuves, c'est qu'en fait, le parquet a demandé la mise en examen pour 9 cas. Il avait déjà entre les mains 7 des cas. Enfin, la justice belge et la justice française. Donc aujourd'hui, il demande la mise en examen pour des faits qu'il a lui-même classés il y a quelques années. Qu'est-ce que ça raconte ? Ça raconte que la justice, comme la société, elle évolue dans son regard posé sur ces affaires de violences sexuelles. Elle les comprend mieux. Et je crois aussi que le fait qu'une enquête sérieuse, étayée, qui soit publiée, et même deux, sur Mediapart, a fait avancer les choses.
Est-ce que sans enquête de la presse, sans travail de la presse, il y aurait eu cette grande enquête judiciaire ? C'est la question qu'on peut poser aujourd'hui.
On peut poser la question. Vous dites d'ailleurs dans les colonnes de Mediapart que tous les témoignages que vous avez recueillis racontent un récit, je vous cite, quasiment similaire, sans se connaître.
Oui, ce sont des femmes sur une période de 40 ans, aux quatre coins de la France, qui racontent des choses extrêmement similaires, sans se connaître. Elles sont figurantes, chanteuses en début de carrière, masseuses ou esthéticiennes, techniciennes dans la musique ou le cinéma. Et ce qu'elles racontent, c'est un chanteur qui se jetterait sur elles sans signer avant-coureur et sans se soucier de leur consentement. Ce sont leurs témoignages. Elles dénoncent des faits, vous l'avez dit, qui sont de gravité pénale différentes, qui vont du harcèlement sexuel au viol, en gros, pour résumer, mais qui racontent un même homme qui ne se soucierait pas de leur consentement.
Et c'est important de le dire, ce que Patrick Bruel, vous l'avez dit, il dit « moi, j'ai jamais outrepassé un refus ». Les 30 témoignages qui sont sortis dans la presse et ceux qui sont aussi, aujourd'hui, entre les mains de la justice, racontent l'inverse. Un homme qui n'entend pas le nom. Certaines disent « moi, j'ai dû le repousser physiquement ». Certaines disent « moi, je lui ai dit non 100 fois ». Mais justement, est-ce qu'il y a un effet ? On parlait de l'accélération, du fait que c'est allé vite. Il y a quatre juges d'instruction qui ont été nommés. C'est énorme pour ce type d'affaires.
Est-ce qu'il y a un effet liana aussi qui fait que cette petite collégienne qui a été tuée peut-être par ce suspect qui est actuellement mis en examen lui aussi, est-ce que cette médiatisation aussi de cette affaire fait que, enfin, les choses vont peut-être plus vite ? La justice accélère, en tout cas, dans ce type d'affaires.
Ces deux actualités, elles se percutent
et elles n'ont rien à voir. Elles n'ont rien à voir, c'est tout à fait évident qu'elles n'ont rien à voir. Mais le point commun, c'est qu'en fait, la justice avait déjà en main, dans les deux cas, beaucoup d'éléments et que, peut-être, il y a des gens qui n'ont pas été protégés, c'est évident. Donc, aujourd'hui, il y a un miroir qui est tendu à la justice, qu'il faut qu'elle saisisse, mais je crois que, plus largement, ce sont les pouvoirs publics. Gérald Darmanin avait en main un rapport qu'on a révélé à Mediapart, un rapport de 2023, qui montre une chaîne pénale asphyxiée de plaintes, qui montre que des plaintes pour viol n'ont pas été investiguées pendant des années.
C'est précisément ce qui se passe aussi dans le cas de l'affaire Liana. Et ça, je pense qu'aujourd'hui, il y a peut-être quelque chose qui se passe, il y a peut-être une parole qui est davantage entendue.
Maïdi, est-ce que vous vous parlez entre victimes, entre personnes qui ont vécu des situations comparables, pour vous soutenir mutuellement ?
Alors, pas du tout. Pas du tout ? Mais pas du tout. Même Daniela, que quand j'ai apporté mon témoignage à Mediapart, je ne lui ai jamais parlé, en fait. Je l'ai croisé au Festival de Cannes. Là, à ce Festival de Cannes, on est tombés dans les bras l'une de l'autre.
C'est donc la directrice générale d'UniFrance
qui était à Capulco. Mais elle a mis un visage sur mon nom, en fait. Elle me dit, c'est toi. Mais pendant tous ces mois, on ne s'est pas parlé.
Donc c'est vous, Marine, qui faites le lien entre ces femmes, pour le moment ?
Ce que raconte Maïdi Roth est intéressant. Ça veut dire qu'en fait, il n'y a pas de complot. Il n'y a pas de gens qui se coordonnent. Il n'y a pas de gens qui se parlent plus que ça. Ce sont des femmes qui dénoncent la même chose sans s'être parlées. Elles étaient présentes ensemble au Festival de 1997 sans forcément savoir, à l'époque, ce qui était arrivé l'une à l'autre. Donc en fait, c'est moi qui révèle leur témoignage. Mais ces femmes ne se sont pas parlées entre elles. Et c'est important de le dire.
Karine Wieser, vous avez reçu des insultes, vous avez reçu des courriers jusqu'à la... Enfin, dans la boîte à lettres de votre domicile ?
Oui, tout à fait. Oui, tout à fait. La salve de haine, d'injures et de menaces des fans... La haine ? Ah oui, oui, vraiment. Oui, tout à fait. Les injures, c'est vraiment quelque chose qui rythme mon quotidien depuis deux mois et demi.
Mais de la part de fans de Patrick Bruel, de personnes qui vous en veulent d'atteindre leur icône sur son piédestal ?
Exactement. J'entache la personnalité qu'est Patrick Bruel. Ces fans ont vécu toute leur vie. Leur vie a été rythmée par Patrick Bruel de l'adolescence à maintenant. Et là, toucher à Patrick Bruel, c'est toucher à leur éducation, à leur façon de vivre. Et donc, elles se sentent elles-mêmes agressées. Donc, c'est le dommage collatéral que je subis, en effet, depuis plus de deux mois. Mais Maïderot, c'est vrai qu'on a dit pendant des années que DSK, que Patrick Poivre d'Arvor, que Patrick Bruel c'était des séducteurs, qu'ils avaient une drague lourde. Elle est où la limite entre la drague lourde, entre la séduction un peu pataude et le harcèlement et le viol ?
Et surtout, à quel moment on ose se dire que la limite elle est franchie en fait ? Merci, merci pour cette question. Je voulais parler de ça justement. J'ai fait la formation VSS du CNC et c'était formidable. Du Centre National de la Cinématographie. Pardon, pardon, excusez-moi. Du Centre National de la Cinématographie et j'ai vraiment pu mettre des mots sur des actes. C'est-à-dire qu'il y a eu un cadre d'un coup. Et ça fait tellement du bien de savoir qu'il y a le pénal, il y a le droit du travail, qu'une main sur un genou, qu'est-ce que c'est ? Alors une main sur un genou, qu'est-ce que c'est ?
Alors, à partir du moment où un homme vous touche sans votre consentement, il y a une forme d'agression sexuelle en fait. Voilà. Et après, il y a toute une série de repères pour qualifier tout ça et c'est tellement bien d'avoir un cadre juridique et je pense que plus on a un cadre juridique autour de tout ça, un cadre juridique sur quelque chose qui avant était confus et qui du coup nous atteint parce qu'on n'a pas les mots. C'est important de dire que la séduction, ce n'est pas les violences sexuelles. Voilà, c'est ça. Certains font mine quand même de confondre les deux.
Moi, l'une des femmes qui témoigne dans mon enquête m'a dit, moi je sais ce que c'est que la drague, je sais ce que c'est que le harcèlement sexuel et moi ce n'est pas de la drague que j'ai vécue. Donc en fait, il faut quand même remettre les mots. Patrick Brouel a beaucoup justement entretenu cette image du chanteur romantique, de la séduction, c'est les réponses qu'il fait à Mediapart. Il dit, j'ai pu séduire de manière directe ou maladroite. Il plaide la séduction maladroite. On ne parle pas de séduction, on parle d'accusation de violence sexuelle, c'est bien différent. Quand il insiste qu'une femme dit non plusieurs fois, on n'est pas dans de la séduction visiblement.
Mais ce mythe justement du séducteur, je pense que cette affaire l'écorne aujourd'hui. Je pense que, contrairement aux fans de Brouel qui disent il n'a pas besoin de violer Patrick Brouel, il y a des ordres de femmes. On disait la même chose grâce à la parole de toutes ces femmes et grâce au coup de projecteur médiatique sur cette affaire, on commence à faire la différence entre la séduction qui est bien claire et puis les accusations
de violence sexuelle.
Maïdi Roth ?
Oui, parce que moi sur le moment, je me suis dit c'est un séducteur. Et même si je me suis sentie en danger parce que je lui ai dit fais gaffe, il y a mon mec qui m'attend à la sortie du taxi et il m'a répondu je ne suis pas jaloux. Et sur cette phrase, je me suis dit je suis une proie finalement. Mais c'est vrai que j'ai minimisé. Et c'est en voyant l'autre agression deux jours plus tard que j'ai pris conscience. Voilà, c'est juste pour expliquer qu'on minimise beaucoup nous les femmes et qu'on se dit on lui plaît, il nous a embrassées.
Alors il y a une question de Chantal sur l'appli Radio France. Elle vous a adressé au fond Marine Turquie parce que vous avez beaucoup travaillé sur le sujet. Mais qu'est-ce qui peut expliquer de tels comportements ? Comment peut-on en arriver là quand on est un homme ? Vous vous êtes posé la question quasiment en termes psychologiques comme journaliste ?
Il y a des gens qui pensent que c'est une question de pulsions sexuelles, de besoins, qu'on entend souvent les hommes auraient plus de besoins sexuels, ça c'est quelque chose que je vois sous tous mes articles dans les commentaires. Il ne s'agit pas de pulsions sexuelles, il s'agit de rapports de domination. Les violences sexuelles sont des affaires d'abus de pouvoir et de domination qui peuvent prendre les atours de la sexualité mais ce sont des crimes et des lits potentiels de propriété de domination. Et donc en fait c'est ça que raconte cette affaire.
Que vous soyez l'instituteur, le prêtre, l'instituteur du JT de 20h ou que vous soyez Patrick Bruel, le point commun c'est vous avez de la notoriété du pouvoir, qu'est-ce que vous en faites ? Avec quel levier vous actionnez ? Ce sont des affaires d'abus de pouvoir.
Merci en tout cas à toutes les trois d'avoir été les invités de France Inter ce matin Marine Turquie. Je renvoie donc à l'article qui vient de paraître sur le site de Mediapart où vous dites que le dossier s'alourdit concernant Patrick Bruel. Merci infiniment à toutes les deux d'avoir témoigné également avec nous ce matin et merci d'avoir été avec nous Maïdi Roth et Karine Wieser depuis la Belgique. Bonne journée.
Merci.