Jordan Bardella : "S'il y a des blocages, c'est de la responsabilité du gouvernement"
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France Inter, Jérôme Cadet, le 7-9-30. Bonjour Jordan Bardella. Bonjour. Eurodéputé, président du Rassemblement National, merci d'être avec nous ce matin. Merci à vous. À mes côtés pour vous interroger, Yael Gauze. J'attends également vos questions, auditeurs, auditrices de France Inter, 01-45-24-7000 ou via l'application France Inter. Jordan Bardella, mardi prochain, les syndicats donnent rendez-vous dans la rue pour, disent-ils, mettre le pays à l'arrêt, et s'opposer à la réforme des retraites. Pendant ce temps, hier, le texte a été validé en commission au Sénat. Les sénateurs débuteront le débat dans l'hémicycle.
Demain, est-ce que vous dites, vous aussi, ce matin, il faut mettre le pays à l'arrêt pour forcer le gouvernement à retirer son texte ?
Nous combattons depuis plusieurs semaines ce texte, notamment au Parlement et à l'Assemblée nationale. Moi, j'ai eu l'occasion de me prononcer, tout comme Marine Le Pen, en faveur du soutien à l'ensemble de ces mobilisations populaires qui sont déroulées partout dans le pays, calmement, pacifiquement, et qui ont réuni des Français qui venaient d'horizons politiques et professionnels très différents.
Un soutien sans participation ?
Moi, j'incite, encore, pour une raison très simple, c'est que, d'abord, beaucoup de nos élus, beaucoup de nos militants, nos adhérents et beaucoup d'électeurs de Marine Le Pen étaient dans la rue pour manifester, comme tous les Français, d'ailleurs, comme 78% des Français qui sont opposés à cette réforme pour combattre ce texte de loi et exprimer le rejet de la politique du gouvernement. Nous ne n'y étons pas à titre personnel parce que nous avons le premier groupe d'opposition à l'Assemblée nationale et que notre rôle est, justement, d'empêcher que ce texte ne soit adopté à l'Assemblée nationale.
Il est au Sénat, le 7 mars, pourquoi ne verrions-nous pas des élus RN dans la rue, également ? Écoutez, sur les blocages, moi, je suis très clair.
Je pense que, d'abord, s'il y a des blocages, c'est de la responsabilité du gouvernement. C'est le gouvernement qui tente aujourd'hui de passer en force sur un texte qu'une très large majorité des Français rejettent parce que ce texte va faire beaucoup de mal aux Français et à ceux qui travaillent le plus durement dans notre pays, premièrement. Deuxièmement, je pense que le blocage n'est peut-être pas la solution idéale dans la mesure, et moi, je suis très réticent sur ce sujet, parce que, en fait, ça pénalise les Français les plus modestes.
Donc, une grève reconductible à la SNCF, par exemple, dit que ce n'est pas une bonne chose ?
Je pense que ça va pénaliser les Français les plus modestes, qui, en plus de devoir subir la réforme des retraites à 64 ans, auront en retour des difficultés pour aller mettre de l'essence dans leur voiture. Je pense aux infirmières libérales, aux policiers, aux pompiers, et plus largement à tous ces Français qui vont devoir faire des files d'attente interminables devant les stations-service, et pour certains, d'ailleurs, ne pas pouvoir aller travailler, et donc prendre le risque de perdre une journée de salaire.
Et donc, quand la CGT, quand Philippe Martinez dit « j'appelle à des grèves reconductibles partout », là, vous ne suivez pas ?
Je pense que c'est le bilan du gouvernement, encore une fois. Et je pense que la solution à tous les blocages, parce que le premier des blocages est démocratique, c'est un référendum. Si le président de la République mettait en œuvre la proposition du Rassemblement National de soumettre ce texte à l'avis du peuple français par un référendum, alors le peuple français pourrait s'exprimer sur ce texte, et on éviterait une logique de blocage qui pénaliserait les plus modestes d'entre nous.
Pas de participation d'élus aux manifestations, pas de meeting non plus, présence... Si, si. Vous faites des meetings...
Nous organisons entre la mi-janvier et la mi-mars un peu plus d'une centaine de réunions publiques sur toute la France avec l'ambition d'aller rencontrer les Français au plus proche des territoires, précisément sur cette question. D'abord pour expliquer aux gens que cette réforme des retraites, ça va être à la fois la hausse des efforts et la baisse des pensions, parce que c'est ça l'objectif derrière, c'est de faire des économies sur les pensions de retraite, parce qu'il y a beaucoup de gens qui ne pourront pas aller jusqu'à 64 ans et qui partiront avec une décote.
Et nous menons campagne activement sur le terrain, avec des tractages, des distributions de tracts, des rencontres avec les Français tous les week-ends, évidemment un travail très important au Parlement.
C'était moins actif précisément au Parlement, 212 amendements déposés, moins que Renaissance, moins que LR. On se demande si vous êtes vraiment opposé à cette réforme.
Non mais écoutez, d'abord, les Français se sont exprimés. Il y a eu des études d'opinion qui ont été faites depuis maintenant 10 jours, le sondage IFOP, le sondage qui est paru dans le JDD la semaine dernière, et qui dit que les Français considèrent que Marine Le Pen et les députés du Rassemblement National ont été les plus crédibles dans l'opposition à ce texte. Le bilan de l'obstruction parlementaire de la NUPES, des 15 ou 20 000 amendements qui ont été déposés de manière irresponsable par la NUPES, c'est que ça a confisqué le débat.
Et que ça a empêché le Parlement, ça a empêché l'Assemblée Nationale de faire voter les députés sur ce fameux article 7, qui prévoit le décalage de l'âge de départ minimal à 64 ans.
Donc, on peut déposer 15, 20 000 amendements pour déplacer des virgules, ça n'a aucun intérêt, ça n'a aucun intérêt sur le fond, ça sert le gouvernement et ça empêche précisément les députés de se retrouver confrontés à un vote, alors qu'un seul amendement, j'explique bien pour que les Français comprennent, un seul amendement de suppression aurait suffi avec le vote du Rassemblement National, le vote de la NUPES et peut-être le vote d'une partie des députés LR qui ne souhaitent pas se mettre derrière Emmanuel Macron, permis de faire tomber ce décalage à la retraite à 64 ans. Donc, NUPES a confisqué le débat et a facilité le travail du gouvernement.
C'est passé, il faut qu'on avance un petit peu.
Mais c'est très important, parce qu'il n'y a pas eu de vote sur ce texte pour l'instant. Le texte va revenir devant l'Assemblée Nationale. Mais NUPES a facilité le travail du gouvernement
et pour le coup Mélenchon a voté Macron une troisième fois. Pourquoi c'est impossible, mardi 7 mars, de voir Jordan Bardella manifester contre la réforme des retraites dans une rue en France ? Parce que je suis président du Rassemblement National.
Si je descends dans les rues, à côté des syndicats qui ont exprimé à plusieurs reprises, d'ailleurs, excusez-moi, si vous ne m'invitez pas à dire chez vous... Tous les leaders de la NUP manifestent... Oui, manifestement, M. Martinez a exprimé les critiques les plus vives à l'égard de M. Mélenchon. Il y a plusieurs cortèges, vous savez très bien. En expliquant que M. Mélenchon fracturait le front d'opposition à la réforme des retraites. Je pense que chacun est dans son rôle. Les syndicats sont dans leur rôle. Ce mouvement qui est organisé par les syndicats, ce n'est pas le Rassemblement National qui l'organise.
Et moi, je ne souhaite pas aller faire de la récupération sur un mouvement qui n'est pas le mien. Si j'étais descendu dans la rue, vous m'auriez posé la question dans le sens inverse en me disant « Mais vous n'avez pas l'impression de faire un peu de récupération politique ? » Donc, je pense que chacun est dans son rôle. On a besoin, dans cette opposition à la réforme des retraites, de la mobilisation de chacun, de l'énergie, de tous. Moi, je regrette un peu le sectarisme de la gauche, mais il y a 78% des Français qui font vivre cette majorité de refus.
Il faut qu'on soit capable, chacun dans notre couloir, l'ERN au Parlement, parce qu'on a le premier groupe d'opposition à l'Assemblée, les syndicats et tous les Français qui y sont opposés de la mobilisation collective.
Vous dites, Jordan Bardella, il n'y a pas eu de vote à l'Assemblée Nationale, pas sur l'ensemble du texte, mais il y en a eu un sur l'article 1. Et vos députés ont voté contre la suppression des régimes spéciaux. Sur les régimes spéciaux, quelle est votre position ? Est-ce qu'il faut les garder ?
Alors, nous avons déposé un certain nombre d'amendements. Je pense que sur les régimes spéciaux, le gouvernement fait les fonds de tiroir. On parle là de 6% des retraités, c'est-à-dire de 7 milliards d'euros dans les dépenses qui sont faites sur les retraites, sur les 360 milliards que nous coûtent les retraites chaque année. En vérité, le gouvernement, et c'est peut-être là le reproche que nous le faisons sur les régimes spéciaux, cherche à supprimer les quelques avantages qu'offrent un certain nombre de professions sur des domaines où on a déjà beaucoup de mal à recruter.
On a parlé de la RATP et nous avons déposé un amendement, parce qu'on a aussi tenté d'amender ce texte pour faire en sorte qu'il y ait une clause du grand-père qui se met en place à partir de 2035. Mais quand vous avez seulement 900 emplois qui sont pourvus sur les 1400 offres qui sont faites l'an dernier par la RATP, que vous avez 20% du réseau Île-de-France Mobilité qui fonctionne mal parce qu'on manque de personnel, je ne crois pas que de supprimer. Le seul avantage, là, tout de suite, il ne faut pas supprimer les régimes spéciaux. Je pense que c'est de la chirurgie économique. Je vous donne un exemple très simple.
Dans l'industrie énergétique et gazière, aujourd'hui, on est contraint d'importer des ingénieurs américains. 70% des besoins en chaudronnier et en couvreur ne sont pas couverts aujourd'hui dans l'industrie énergétique et gazière. Donc, je vous dis que d'aller supprimer le régime spécial d'une profession qui a déjà du mal à recruter, je pense que ça va encore accroître les difficultés de recrutement. En revanche, il y a des régimes spéciaux, par exemple, comme celui de la Banque de France, qui n'impliquent pas une exposition particulière du corps, physique, mentale, etc., qui fait qu'on peut se passer, effectivement, d'un régime spécial.
Mais juste, je veux faire comprendre aux gens que là, on parle de 6% des dépenses de retraite. Donc, ça n'est pas un sujet central. C'est un sujet extrêmement sensible, vous le savez. Ça pose la question de la justice. Nous avons déposé des amendements en ce sens. Mais je veux dire, là, le gouvernement fait preuve de brutalité et racle les fonds de tiroir pour une raison très simple. C'est qu'on nous a vendu cette réforme comme un acte courageux, comme une prise de responsabilité en nous expliquant que le système des retraites était en danger.
On s'aperçoit que toutes les compromissions qui ont été faites sur ce texte, par exemple, le fait qu'on limite à 43 ou 44 annuités le taux de cotisation, fait qu'on n'aura pas le bénéfice qui était attendu au début dans cette réforme. D'un mot sur les retraites d'accord. C'est de la casse sociale qui, économiquement, ne va pas rapporter grand-chose. Il y a d'autres choix
et c'est ce qu'on a essayé de défendre à l'Assemblée nationale. Si la réforme passe en 2027, lors de la campagne présidentielle à venir, vous porterez quoi comme discours ? Retour à 62 ans ? Si on passe à 64 ? Notre réforme des retraites,
le contre-projet qu'on a proposé, aux yeux d'ailleurs de beaucoup de Français, et de 42% d'entre eux, si on en croit la dernière élection présidentielle, est peut-être le plus lisible et le plus juste. Nous, on intègre de facto la pénibilité dans la progressivité. C'est-à-dire qu'on considère que...
Je parle de l'âge légal. Vous reviendrez en arrière. Est-ce que qui croit que vous reviendrez en arrière ?
C'est un peu plus compliqué. Si vous me permettez juste... Dix secondes. On défend un système de retraite à 60 ans et 40 annuités pour ceux qui ont commencé à travailler entre 17 et 20 ans. Au-delà, il y a une progressivité. Et c'est normal que quand vous avez commencé à travailler à 24-25 ans, vous partiez évidemment plus tard. Mais Marine Le Pen a dit qu'en 2027, si nous arrivions à la tête de l'État, qu'évidemment, elle permettrait ce départ à 60 ans et 40 annuités pour ceux qui ont commencé à travailler entre 17 et 20 ans. Et donc, en abrangeant tout ou partie de ce texte qui va être, je pense, très difficile pour les gens les plus modestes parce que c'est ça le sujet.
Comment expliquer aujourd'hui à un boulanger, à un artisan, à une caissière, à un électricien qui va devoir travailler jusqu'à 64 ans ? Et donc pour les autres, 62 ans ? 62 ans. Alors, vous savez que c'est une mesure d'âge et de temps de cotisation. Donc 62 ans et 42 annuités de cotisation.
Ça permet d'équilibrer le régime de retraite alors que le nombre de retraités par rapport au nombre de cotisants, on le sait, va continuer d'augmenter ces prochaines années. Alors, vous m'amenez là
sur deux débats qui sont essentiels, celui de la natalité, de la productivité. En réalité, dans un système où ceux qui travaillent pèlent la retraite de ceux qui ne travaillent plus, il faut soutenir l'emploi. Or, les emplois qui ont été créés par Emmanuel Macron depuis 2017 sont des Uber Jobs, ce sont des emplois précaires. La productivité de notre économie, elle stagne depuis 2017.
On fait quasiment exception au sein des pays de l'OCDE et donc, il faut réindustrialiser le pays et il faut surtout soutenir une politique familiale et une politique nataliste parce que le vrai sujet, c'est que la France n'a jamais été aussi peuplée mais nous n'avons jamais fait aussi peu d'enfants dans notre société.
Or, les enfants d'aujourd'hui sont les cotisants de demain et donc, il faut desserrer les taux financiers sur les familles qui souhaiteraient avoir des enfants mais qui sont inquiets des fins de mois difficiles, qui sont inquiets de la crise du pouvoir d'achat et nous avons proposé, entre autres, qu'on revienne sur les mesures qui ont été prises contre les familles par François Hollande en 2014 qui avaient notamment réformé, vous savez, l'abaissement du quotient familial et le caractère universel des allocations familiales.
La baisse du taux de fécondité en France remonte à 2010, c'est avant Jordan Bardella. Vos modèles en matière de politique de natalité sont la Hongrie et la Pologne. Or, les succès de ces politiques sont très contestables aujourd'hui.
Alors, sur la Hongrie, non, c'est faux. Sur la Hongrie, on est passé en 10 ans d'un taux de fécondité qui était de 1,22 à 1,52. Et ça stagne, on est très loin du renouvellement générationnel. Pour une raison très simple, oui, d'accord, mais je veux dire, ces politiques-là, elles ont 5 à 10 ans. Une politique nataliste, ça se mène sur le temps long. Or, aujourd'hui, les familles qui aimeraient faire des enfants, eh bien, renoncent à en faire. Je vous rappelle qu'il y avait un sondage Cantard qui disait que le taux idéal d'enfants par famille, ce que disaient les Français, c'était à peu près 2,49. C'est un sondage qui a été fait par Cantard.
Or, le taux de fécondité réel dans notre société, il est d'1,88. Donc, Marine Le Pen avait proposé des mesures très simples, très claires pendant la présidentielle. C'est notamment des prêts qui étaient faits par l'État, des prêts de 100 000 euros qui pouvaient être contractés par les jeunes coups, par les familles, avec l'intérêt qu'au bout du troisième enfant, le capital restant disparaît et que ce prêt était donc transformé en subvention. Et nous avions notamment proposé, encore une fois, c'était financé dans le projet présidentiel de Marine Le Pen, qu'on puisse octroyer une part fiscale pleine dès le deuxième enfant.
Donc, il y a des mesures très claires pour ajouter une liberté supplémentaire aux familles qui souhaitent faire des enfants et desserrer véritablement les taux financiers.
Vous reprendriez l'expression de Sébastien Chenu ici même le 13 février. Moi, je préfère qu'on fabrique des travailleurs français plutôt qu'on les importe.
Je pense que le choix, il est très clair. C'est-à-dire que soit on a recours à l'immigration et c'est ce qui est en train d'être fait aujourd'hui pour résoudre un déficit démographique. Trois quarts de l'accroissement naturel, c'était Hervé Le Bras qui rappelait ça chez vos confrères de CETAVOU, trois quarts de l'accroissement naturel de la population est liée aujourd'hui à l'immigration. L'immigration, ce n'est pas juste une variable économique, c'est aussi une variable qui peut profondément changer dans un certain nombre de territoires, la culture de notre pays, notre langue, nos coutumes et changer la manière dont on vit dans un certain nombre de territoires.
Donc, plutôt que de recourir à l'immigration comme le fait l'Allemagne qui fait rentrer des centaines de milliers de travailleurs chaque année, moi, je préfère soutenir une politique nataliste et surtout mettre en place la vraie solidarité nationale, c'est-à-dire réserver le système social français et notamment les allocations
familiales aux familles françaises parce que je pense que c'est du bon sens. Mais qu'est-ce que vous répondez alors à tous ces chefs d'entreprise, hôtellerie, restauration qui ont besoin urgentement de main-d'oeuvre, qui veulent régulariser vite parce qu'ils ont 200 à 300 000 postes vacants à combler ? C'est le sujet du manque de main-d'oeuvre
dans un certain nombre de professions, dans l'hôtellerie, dans la restauration. Moi, je suis très pragmatique. On n'a pas le temps de faire des enfants, c'est urgent. Mais aujourd'hui, au moment où on se parle, quand vous me poussez dans le vide et que je n'ai pas de parachute, beaucoup de chefs d'entreprise n'ont pas le choix que de recourir à une main-d'oeuvre étrangère. C'est mal ça ? Il faut, et je pense que ça doit être l'un des objectifs, je pense que l'objectif des politiques qui sont conduites en France, c'est à partir du moment où nous avons 6 millions de chômeurs, de recréer les conditions économiques pour faire en sorte que les patrons puissent recourir à une main-d'oeuvre.
Donc il y a un problème de formation. Bien souvent dans les professions que vous avez citées, et j'en discutais il y a quelques jours avec des chefs d'entreprise dans le sud de la France, il y a un problème de logement. C'est-à-dire que quand vous faites venir chaque année sur la Côte d'Azur, par exemple, des étudiants, des jeunes, pour travailler dans l'hôtellerie, la restauration, et bien quand la quasi-totalité du salaire part dans le logement, et bien ça pose un problème.
Et ces travailleurs-là ne contribuent pas par leur cotisation au régime de retraite de tous les Français ? Qui ça ? Ces travailleurs-là, étrangers, ne contribuent pas aussi à la réglation générale ? Le sujet, M. Gault, c'est que nous avons
6 millions de chômeurs en France. Et que mon boulot, ce n'est pas de trouver du travail à des Afghans ou à des Tunisiens. Mon boulot, c'est de créer les conditions économiques pour faire en sorte qu'on baisse le chômage en France. Votre boulot, c'est aussi de permettre que les conditions économiques soient réunies pour que les entreprises fonctionnent. Et que tous les jeunes... D'abord, il y a un problème de salaire dans un certain nombre de filières. Et l'immigration est utilisée depuis maintenant plusieurs années pour faire peser à la baisse sur les salaires. En Grande-Bretagne, ils ont mis en place des mesures très strictes pour lutter contre l'immigration clandestine.
Et ils ont abouti à une augmentation des salaires de 8%. Et notamment dans les secteurs les plus difficiles. Or, aujourd'hui, quand vous permettez l'embauche d'une main-d'oeuvre bon marché, c'est le cas par exemple avec la Directive du Travail Détaché qui est permise par l'Union Européenne qui fait qu'aujourd'hui, dans le BTP par exemple, je suis très concret, vous pouvez recourir à des travailleurs polonais ou des travailleurs d'Europe de l'Est qui paient les charges dans le pays d'origine. Donc tout cela crée une concurrence déloyale avec les travailleurs français.
Or, quand dans un département, il y a une seule boîte du BTP qui recourt au travail détaché, toutes les autres sont obligées de s'aligner. Sinon, elles ne sont plus compétitives. La directive a été modifiée depuis. Non, que dalle. Je vous assure, je siège au Parlement européen. Emmanuel Macron avait promis de la réformer. Il y a un certain nombre de critères administratifs qui ont été réformés. Mais en fait, le fond du problème, il demeure. Donc, il faut augmenter les salaires. Beaucoup de chefs d'entreprise ne le peuvent pas aujourd'hui parce que les charges sont trop importantes.
Et nous défendons une mesure qui est une mesure, me semble-t-il, de bon sens qui vise à dire aux chefs d'entreprise de TPEP, mais notamment, vous augmentez de 10% les salaires de votre entreprise. Ces 10% sont exonérés de cotisations patronales. Et ça, c'est vraiment une mesure de fond pour rendre du pouvoir d'achat aux Français et permettre aux chefs d'entreprise de desserrer les taux
des charges qui passent sur eux. Jordan Bardella, je voudrais qu'on parle de la situation sur le front en Ukraine. Les combats se concentrent depuis plusieurs semaines sur la ville de Barmout dans l'Est. Combat terrible. La situation pour l'armée ukrainienne est extrêmement tendue. Certains soldats ukrainiens parlent de retraite à venir. Est-ce qu'il faut aider encore davantage l'armée ukrainienne à se défendre ?
Écoutez, d'abord, je pense que la Russie doit comprendre qu'elle n'a plus rien à gagner en Ukraine. Je pense qu'on a deux principes à poser. Le premier principe, c'est qu'il n'y aura pas d'issue militaire à ce conflit. Et en cela, le président de la République a raison de rappeler que viendra le temps où l'ensemble des belligérants devront se mettre autour de la table pour négocier. Et la France s'honorerait d'ailleurs, Marine Le Pen l'a proposé il y a quelques jours de proposer à l'ensemble des belligérants une conférence internationale pour la paix parce que je pense que notre pays a à la fois un rôle de porter la paix et un rôle d'équilibre.
Nous, nous sommes favorables à tout ce qui peut permettre à l'Ukraine de se défendre. Conférence sur la paix sans conditions. Je pense que la première des conditions, c'est que la Russie retire ses troupes. La Russie doit comprendre qu'elle n'a plus rien à gagner en Ukraine. Y compris de Crimée dont vous aviez approuvé l'annexion ? Je pense que la Crimée n'est pas la question. Oui, mais je pense que la Crimée excusez-moi, je pense que tout n'est pas égal par ailleurs et je pense que la Crimée est un cas un peu à part. La Crimée avait été cédée par Khrouchev comme une session, comme une offre qui avait été faite en 1956 à l'Ukraine.
La Crimée est un territoire qui historiquement appartenait à la Russie. Il y avait eu un vote sur l'indépendance en 2014. Il y a quand même eu
un référendum bidon
en 2014. Après un vote d'indépendance du Parlement en 2014 à la suite de la révolution en Aïlande. Votre collègue Thierry Mariani était venu comme observateur à prouver... Excusez-moi, et pas l'invasion par une armée régulière. Il n'y a pas eu les crimes de guerre qu'il y a aujourd'hui en Ukraine. Je pense que c'est un sujet qui est un peu à part et qui, à mon avis, n'est pas le cœur du sujet dans cette affaire. Donc c'est une souveraineté
à la carte pour les Ukrainiens, en fait. Ils n'ont pas droit à toute leur souveraineté, si je vous comprends bien.
Pas sur tout leur territoire. Je pense qu'ils ont évidemment droit à leur souveraineté et on ne peut pas être souverainiste. Et je vais peut-être rappeler quelque chose qui relève de l'évidence. Mais il y a dans cette affaire un État agresseur, la Russie, un pays agressé, l'Ukraine. La Russie a très certainement sous-estimé l'existence même du sentiment patriotique et du sentiment national qui existe aujourd'hui en Ukraine. Et nous avons dit à plusieurs reprises que nous étions favorables à l'envoi de matériel défensif, missiles anti-chars, système anti-aérien, de l'équipement individuel qui puisse permettre à l'Ukraine de se défendre.
Les canons Césars, encore une fois, on est à la limite du matériel offensif. Mais oui ou non ? Mais écoutez, est-ce qu'on en a des canons Césars ? Parce qu'en l'état actuel des choses, permettez-moi de vous rappeler que sur les 77 canons Césars que dispose l'armée française, on en a cédé pour l'instant près d'un quart de notre stock. Mais pas au risque de démunir totalement
l'armée française. Excusez-moi. Si vous ne livrez pas d'armes, la conséquence, c'est que les Ukrainiens perdent des batailles. Ils n'ont pas assez de position.
Mais je pense que nous devons aussi, excusez-moi, mais nous devons aussi nous préserver d'une forme de risque d'engrenage. Et excusez-moi de rappeler, permettez-moi de vous rappeler que le président de la République lui-même, qui a priori n'est pas adhérent du Rassemblement National, a lui indiqué que la France devait, elle aussi, mettre des lignes rouges sur l'envoi d'avions de combat et d'un certain nombre d'autres matériaux, notamment des missiles longues portées.
Si demain, l'Ukraine devait avoir entre ses mains des missiles longues portées et prendrait le risque de toucher des villes russes comme Rostov ou comme Sébastopol, on rentrerait dans un engrenage qui aurait des conséquences cataclysmiques pour le reste de l'Europe. Et encore une fois, cette position-là n'est pas seulement celle du Rassemblement National, elle est celle, à l'heure où nous nous parlons, de la diplomatie française et je pense que cette prudence est nécessaire.
Vous êtes à la tête d'un parti qui rembourse toujours un prêt de 9 millions d'euros à un créancier russe lié à des campagnes électorales passées. Vous en êtes où précisément ? Nous remboursons
chaque mois. Je ne suis pas venu avec le plan comptable et le plan de financement de la dette, mais moi je souhaite que ce prêt soit remboursé le plus rapidement possible. Mais encore une fois... Pour solder le passé et tourner la page de la Russie ? C'était un prêt à 6%, donc ce n'était pas un prêt d'ami, si je peux me permettre de vous le rappeler. Un prêt qui avait été contracté en 2015 auprès d'une banque Tchéco-Russe parce qu'encore une fois nous n'avions trouvé en France et en Europe aucune banque qui acceptait de prêter au Rassemblement National. Mais excusez-moi... Parce qu'il y avait des liens avec la Russie aussi, Jordan Bardella ? Excusez-moi, mais quand vous faites un...
Qui va au crème là en 2017 ? Vous avez peut-être... Je ne vais pas entrer dans vos vies privées, mais vous avez peut-être acheté une voiture ou un appartement ou une maison. Vous n'êtes pas redevable à Emmanuel Macron. Parce que vous avez contacté un peu de banque française. C'est pas pareil. Et croyez-moi que si cette banque était liée au Kremlin, je pense qu'elle n'aurait pas fait faillite en Russie.
Question des auditeurs de France Inter au standard 0145 24 7000 et notamment d'Élodie qui nous appelle du département de l'Essonne. Bonjour Élodie. Oui, bonjour et merci de prendre ma question. Je voudrais interroger Jordan Bardella c'est le fait qu'on est déjà 8 milliards sur terre et que dans le contexte de la réforme des retraites, ça fait plusieurs semaines que le Rassemblement National et d'autres leaders de droite appellent les Français à faire des enfants puisque les enfants d'aujourd'hui sont les quotidants de demain. C'est ce que vous avez dit tout à l'heure. C'est ça.
Votre collègue Chenu a dit que les enfants d'aujourd'hui sont les ouvriers de demain sauf que demain, on sera peut-être 9 milliards. Donc face à l'urgence climatique, comment vous vous positionnez sur le fait d'appeler une politique nataliste dans le contexte de la réforme des retraites alors qu'on a déjà 10 milliards d'habitants sur terre ? Merci à vous Elodie. Jordan Bardella ?
Le débat, vous avez raison de rappeler, il est démographique. On est effectivement 8 milliards sur terre. Le seul souci, c'est que si nous ne faisons pas, si nous ne soutenons pas une politique, encore une fois, il n'y a aucune contrainte, mais si nous ne créons pas les conditions favorables pour la natalité dans notre pays, d'autres civilisations le font à notre place. Je me permets de vous rappeler que sur les 8 milliards d'habitants que nous sommes aujourd'hui sur terre, il y en a 4 milliards en Asie et qu'il y en aura d'ici à 2050, 2 milliards 500 millions en Afrique, c'est-à-dire dans un continent qui fera face à 450 millions d'Européens.
Donc, si nous ne soutenons pas aujourd'hui des politiques natalistes qui visent à encourager la natalité pour ceux qui le souhaitent, encore une fois, eh bien, nous disparaîtrons. Pour une raison très simple, c'est que la démographie, c'est la seule science exacte et que c'est elle
qui fait l'histoire. Question d'Estelle également sur ce thème. Monsieur Bardella, est-ce que votre politique nataliste sous-entend, comme en Pologne, l'abolition du droit à l'avortement ?
Non, absolument pas. Moi, je ne suis pas du tout pour une remise en cause quelconque de la loi Veil et très, très loin de ça. Mais, encore une fois, je veux dire, il y a un rapport qui avait été remis il y a quelques mois, j'ai plus la date exacte, par François Bayrou, et qui rappelait que la vraie cassure sur la courbe de natalité dans notre société sur l'accroissement de la population, elle s'était faite en 2014 lorsque François Hollande avait pris des mesures très dures contre la famille qui fait que ça a découragé beaucoup de faire des enfants. Tout à l'heure, c'est 2010 la baisse du taux de fécondité.
Oui, et dans ce rapport de François Bayrou, François Bayrou rappelait qu'il y avait une vraie cassure supplémentaire en 2014.
Question politique, Jordan Bardella, le magazine L'Incorrect, le mensuel L'Incorrect, a réuni ce mois-ci dans un entretien croisé les présidents des trois mouvements jeunes des Républicains, de Génération Z, Éric Zemmour reconquête et chez vous, le RNJ, le Rassemblement National Jeunesse. La question, c'est est-ce que vous diriez que vous appartenez au même camp ? Les trois répondent oui et j'espère que nous combattrons ensemble, nous dit le représentant jeune du RN. Est-ce que c'est le retour de l'Union des Droites ?
Non, mais c'est la nécessité de rassembler tous les patriotes dans un même camp parce que je pense que la France est menacée de disparition et qu'il y a beaucoup de gens qui s'inquiètent de voir disparaître notre langue, notre culture et les Français veulent rester eux-mêmes dans ce XXIe siècle. Ils veulent que la France reste la France et précisément ce sentiment patriote, cette attache à notre nation, il existe chez nous, il existe chez des patriotes sincères chez LR et aussi probablement chez des gens à reconquête et même ailleurs d'ailleurs.
Ce qui ne se fait pas avec Marine Le Pen pourra se faire demain avec la génération qui vient ?
Non, mais vous savez, les personnes... Unies au gouvernement, non, mais on a le droit... Modèle italien peut-être. Mais on se parle. On se parle. Voilà. Et c'est vrai que les personnes que vous citez sont des gens avec qui on a tous grandi politiquement. C'est-à-dire que vous parlez à Éric Zemmour par exemple ? On fréquentait les... Non. On se parle. Vous fréquentiez quoi, pardon ? On ne se parle pas à Éric Zemmour. Mais on était dans les mêmes soirées étudiantes. Voilà. Et puis certains ont choisi le RN, d'autres ont choisi Debout la France à l'époque. D'autres... Vous savez, aujourd'hui, on a beaucoup de députés qui viennent par exemple de Debout la France.
Et je me souviens d'une discussion avec Alexandre Loubet qui était le président et qui est aujourd'hui député du RN qui était hier président des jeunes de Debout la France. Et on savait, il y a dix ans, quand on fréquentait les mêmes soirées étudiantes, qu'on finirait un jour par se retrouver et par travailler ensemble. Et moi, je souhaite que tous les amoureux de la France puissent se rassembler parce que je pense que s'ils sont unis, eh bien nous remporterons la prochaine élection présidentielle. Merci à vous, Jordan Bardella. Invité du grand entretien
sur France Inter ce matin. Merci.
Jordan Bardella